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PAR GRIMM, DIDEROT, RAYNAL, MEISTER... | Index Voltaire | Correspondance littéraire | JUILLET 1764. 1er juillet 1764.
Réflexions sur l’histoire naturelle à propos des dixième et onzième volumes de Buffon et Daubenton. On comptera, parmi les ouvrages qui ont illustré le siècle de Louis XV, l’Histoire naturelle générale et particulière, avec la description du Cabinet du roi, entreprise par MM. de Buffon et Daubenton, de l’Académie royale des sciences, et gardes du Jardin du roi et de son Cabinet d’histoire naturelle. Ces deux hommes célèbres, en réunissant leurs talents et leurs connaissances, ont fourni jusqu’à présent une vaste et belle carrière. M. de Buffon, après avoir exposé dans des discours généraux ses idées sur la formation, la constitution de l’univers, sur la nature et les révolutions de notre globe, sur l’homme, sur les animaux, s’est attaché à l’histoire particulière de chaque espèce; M. Daubenton y a ajouté la description anatomique et détaillée de chaque animal. Si le travail de M. de Buffon est plus brillant, s’il est reçu avec plus d’empressement de la part du plus grand nombre, qui ne cherche à avoir que des notions générales, il faut convenir que celui de M. Daubenton sera bien précieux à la postérité: car si jamais la science de la nature peut faire quelque progrès, ce sera par de tels travaux répétés, comparés et transmis de siècle en siècle; si Aristote ou Pline avait eu son Daubenton, on sent aisément que nous serions débarrassés de beaucoup d’incertitudes et d’obscurités et que l’histoire naturelle en serait un peu plus avancée. Ou a reproché à M. de Buffon une trop grande facilité à créer des systèmes et à s’en engouer; on a dit qu’il voyait moins la nature dans ses opérations que dans sa tête; de savants naturalistes des pays étrangers, et surtout d’Allemagne, où cette science est particulièrement cultivée, ont relevé un grand nombre de ses erreurs. Malgré tout cela, M. de Buffon aura toujours la réputation d’un philosophe distingué; l’élévation de ses idées et de son style lui donnera toujours un droit incontestable à l’emploi difficile et glorieux d’historien de la nature. Si des gens d’un goût sévère lui reprochent un peu trop de poésie dans son style, il faut convenir que ce défaut se pardonne bien plus aisément que la sécheresse et la pauvreté qu’on remarque dans d’autres ouvrages philosophiques de notre temps. L’étude de la nature serait la plus digne d’occuper le premier âge et d’entrer principalement dans le plan de notre éducation. Au lieu de faire perdre aux jeunes gens un temps précieux dans des exercices gothiques, qu’on a compris dans les collèges sous le nom de rhétorique et de philosophie, et qui ne servent qu’à gâter l’esprit, ne serait-il pas beaucoup plus convenable de leur meubler la tête de mille connaissances certaines et utiles pour tout le reste de la vie ? Cette étude, jointe à celle des arts mécaniques, non moins recommandable, rendrait la première éducation moins sédentaire et plus conforme au voeu de la nature, qui exige un mouvement continuel pour l’âge de la croissance; le maître se promènerait avec ses disciples, de campagne en campagne, d’ateliers en ateliers, au lieu de les renfermer dans de vastes prisons et de les occuper à composer un thème, à argumenter sur une thèse et à d’autres travaux aussi nuisibles qu’insipides. Cette étude conviendrait particulièrement à la curiosité du premier âge. L’ardeur de s’instruire est plus grande dans l’enfance, et la mémoire toute fraîche recevrait une nomenclature utile et réelle, au lieu de ce fatras de termes scolastiques, métaphysiques, théologiques, dépourvus de sens et d’idées. Comme l’éducation publique, dans des États immenses tels que les nôtres, ne saurait être que vague et indéterminée, l’étude de la nature et des arts mécaniques aurait encore l’avantage d’être également utile dans toutes les conditions de la vie. Quelque état qu’un jeune homme embrasse au sortir de l’enfance, il lui sera toujours honteux de ne rien connaître aux productions naturelles et d’ignorer la manière dont se fabriquent le linge et le drap qu’il porte. Enfin l’avantage le plus décisif de cette étude sur celle dont on occupe la jeunesse serait d’accoutumer l’esprit, dès les premiers pas qu’il fait, à penser avec justesse, à ne se pas payer de mots, à comprendre de bonne heure les bornes et la pauvreté de nos connaissances, à sentir combien il est difficile d’échapper à l’erreur, à apprendre le grand art de douter, de se défier de ses lumières, d’être modeste et sage; qualités sans lesquelles on ne peut devenir un bon esprit, et que la véritable science peut seule donner à la jeunesse, naturellement confiante et présomptueuse. Rien, en effet, ne paraît plus propre à tempérer notre orgueil que l’état où se trouve l’histoire de la nature. Malgré les efforts de tant de siècles et les travaux de tant d’excellentes têtes, on n’y saurait faire un pas sans rencontrer des difficultés et des incertitudes. Les faits manquent partout, et partout les philosophes leur ont substitué leurs faux systèmes. Il y a même apparence que la nature restera pour nous éternellement impénétrable, et qu’elle se refusera toujours à notre regard audacieux et faible. L’étude de la nature sera donc moins pour nous un moyen de perfectionner la science qu’un avertissement utile de la faiblesse de nos organes, des bornes de notre esprit et de la vanité de nos travaux. Deux choses semblent s’opposer à la perfection de cette science : la brièveté de la vie et les barrières insurmontables que la nature a élevées entre les espèces. Je ne parle pas, seulement des espèces sauvages et carnassières que leur instinct éloigne de l’homme et rend indomptables; mais celles que nous avons réduites en servitude ou à l’état de domesticité, depuis l’antiquité la plus reculée, ne se refusent pas moins à notre curiosité et à notre instruction. Nous connaissons sans doute le chat et le chien un peu mieux que le lion et la panthère; mais combien de questions importantes et essentielles à éclaircir sur ces animaux qui vivent avec nous depuis tant de siècles! Nous n’aurons des idées nettes sur leur organisation, sur leurs perceptions, sur leur manière de recevoir et de communiquer leurs idées, que lorsqu’il y aura des Buffons parmi eux comme parmi nous, et que nous pourrons lire l’histoire naturelle qu’ils auront écrite de leur espèce. Ces Buffons, chiens ou chats, tomberont dans d’étranges bévues. Il y a grande apparence que le chat fera une description plus magnifique de la Chartreuse de la rue d’Enfer que du palais de Versailles; que saint Bruno sera pour lui un plus grand homme que Louis XIV, parce qu’il aura procuré aux chats l’occasion de faire toute l’année, bien à leur aise, excellente chère en maigre tandis qu’il n’y a à Versailles que des viandes et du tumulte. L’historiographe des loups ou des oiseaux de proie ne manquera pas de consacrer, dans ses fastes, l’année 1757 comme une des plus heureuses. Neuf batailles rangées en moins de huit mois de temps! Quelle abondance de gibier ! Mais il dira que le bonheur du monde a toujours été en diminuant depuis ce moment, et que, vers l’année 1763, une disette générale et affligeante a succédé à tant d’abondance(1). Au milieu de ces beaux raisonnements, auxquels ceux de nos philosophes ne ressemblent que trop souvent, nous serions bien surpris d’apprendre des vérités sur la nature, sur le caractère, sur les moeurs de ces espèces dont nous ne nous étions jamais doutés, quoiqu’elles nous eussent, pour ainsi dire, crevé les yeux depuis cinq ou six mille ans. Il est évident que l’histoire de la nature est différente pour chaque espèce, et que chaque être lit dans ce grand livre, comme il peut, avec les yeux qu’il a reçus, c’est-à-dire suivant les organes et les facultés dont il est doué. Tous les objets extérieurs sont modifiés par nos organes, dont la faiblesse et les bornes nous mettent à tout instant dans le cas d’une ignorance invincible et nous empêchent d’assigner un certain degré d’évidence même aux choses que nous croyons le mieux savoir. Le moucheron, presque imperceptible, qui erre sur le front du professeur d’histoire naturelle comme sur un vaste continent bordé d’un côté d’immenses forêts, et, de l’autre, de gouffres et de précipices, tandis que celui-ci explique gravement à ses écoliers la science de la nature; ce moucheron, s’il pouvait se faire écolier pour un moment, serait bien étonné d’apprendre que ce vaste continent, dont la solitude l’effraye, n’est pas la moitié du visage d’un animal appelé homme, qui fait tant de train dans ce monde sans que les moucherons s’en doutent seulement, et dont un doigt porté sur le front, sans dessein, peut devenir aussi funeste au voyageur moucheron que l’écroulement d’une montagne au voyageur homme. Il est constant que l’homme n’a, à cet égard, aucune supériorité sur la créature la plus chétive. L’erreur nous environne également avec la différence que le moucheron vraisemblablement ne consume pas l’instant de son existence à faire des systèmes et des raisonnements à perte de vue, et que tous les étonnants efforts du génie de l’homme ne lui ont appris qu’à connaître sa faiblesse, en l’embarrassant d’incertitudes, de doutes, de difficultés inexplicables. La brièveté de la vie paraît opposer des obstacles insurmontables aux progrès de cette science. Même en réunissant nos travaux, en les dirigeant vers un but commun, nous ne pouvons nous flatter de recueillir assez de faits pour constater les principes généraux et les lois constantes de la nature. Tout notre savoir-faire consiste à généraliser nos idées, à imaginer des rapports qui n’existent que dans notre tête, et qui, pour faire honneur à notre imagination ou à notre sagacité, n’en sont pas moins chimériques; à former enfin, d’après quelques faits particuliers, des inductions sur lesquelles nous établissons des lois prétendues éternelles et invariables que la nature n’a jamais connues. Ainsi la source des erreurs est en nous-mêmes, et par conséquent intarissable. Si l’invention de quelques arts utiles paraît nous avoir donné quelques avantages sur les anciens, si la facilité de voyager facilite les moyens de s’instruire, si l’établissement des postes rend la communication des lumières prompte et aisée, si l’imprimerie et l’art de représenter les objets par la gravure paraissent fixer la science en multipliant l’instruction et en portant les connaissances acquises d’une extrémité du globe à l’autre, nous sommes trop continuellement sujets à des révolutions physiques et morales pour tirer de cette circulation des avantages durables un instant malheureux, un incendie, un ouragan, un tremblement de terre, un homme puissant et absurde, fléau plus cruel que tons les autres, suffit pour anéantir les fruits de vingt siècles d’effort et de génie. Les naturalistes nous ont donné de belles méthodes, de beaux systèmes; ils savent classer les êtres avec plus d’ordre et d’exactitude que nos intendants n’en mettent à classer les matelots dans les provinces maritimes; mais la nature méprise ces classes et se moque de nos méthodes. Quel philosophe est assez hardi pour oser assurer qu’il n’y a point d’espèces perdues depuis cinq ou six mille ans que nous prétendons savoir quelque chose de l’histoire de notre globe, ou qu’il ne s’en est pas formé de nouvelles pendant cet intervalle, et qu’il ne s’en forme pas journellement? Pour prononcer sur ce seul point, il faudrait être immortel et remplir à la fois tout l’univers, comme cet être en question que nous connaissons si bien. La rapidité et la brièveté de notre existence nous doivent sans cesse rappeler ce joli mot de Fontenelle « De mémoire de rose, on n’a vu mourir un jardinier. » Il est évident que, pour les roses, le jardinier est un être immortel. Qu’une rose qui voudrait expliquer à ses soeurs les lois éternelles de la nature nous paraîtrait absurde et ridicule ! En lisant les deux nouveaux volumes que MM. de Buffon et Daubenton viennent de publier et qui font le dixième et le onzième de leur ouvrage, vous aurez occasion de vous confirmer dans toutes ces idées. On trouve dans le dixième l’histoire et la description d’un grand nombre d’animaux du Nord, de l’Afrique et de l’Amérique, dont les noms sont à peine connus. Tels sont l’ondatra et le desman, le pecari ou le tajacu, la roussette et le vampire, le polatouche, le petit-gris, le palmiste, le barbaresque et le suisse; le tamanoir, le tamandua et le fourmilier; le pangolin et le phatagin, les tatous, le paca; le sarigue ou l’opossum; la marmose, le cayopollin. Tout le travail de nos deux académiciens se réduit à la dissection de quelques individus de ces espèces, opération utile sans doute, mais qui ne répand aucune lumière sur leur nature, sur leur espèce, sur leur instinct, sur leurs moeurs, etc. L’histoire que M. de Buffon en a voulu tracer ne consiste que dans une réfutation assez ennuyeuse des erreurs où d’autres naturalistes sont tombés sur ces espèces, mais sans qu’il ait put substituer à ces erreurs des notions plus certaines les faits et les connaissances manquent partout; les conjectures et les inductions les remplacent bien mal. Le onzième volume est plus intéressant. Il traite de l’éléphant, le premier des animaux; du rhinocéros, du chameau et dromadaire; du buffle, bonasus, aurochs, bison et zébu; du mouflon et des autres brebis; de l’axis, ou la biche de Sardaigne, ou le cerf du Gange; enfin du tapir, ou l’anta du Brésil. L’histoire de l’éléphant et celle du chameau sont les deux morceaux distingués; mais on admire dans tous les articles de M. de Buffon ce coup d’oeil philosophique, cette tête saine et sage, ce style noble, élevé, majestueux, qui enchante et agrandit pour ainsi dire le lecteur. Je me bornerai à quelques remarques, plus du ressort du goût que de la science. En rendant compte des respects qu’on rend aux éléphants dans les cours indiennes, M. de Buffon observe que l’empereur vivant est le seul devant lequel les éléphants fléchissent les genoux, et que ce salut leur est rendu par le monarque. « Cependant, ajoute l’historien, les attentions, les respects, les offrandes, les flattent sans les corrompre; ils n’ont donc pas une âme humaine; cela seul devrait suffire pour le démontrer aux Indiens. » Voilà un plaisant argument; mais il est plus ingénieux et poétique que philosophique. C’est un raisonnement à la Juvénal; il s’emploierait très bien dans une satire, mais non pas dans un ouvrage sérieux. En parlant de l’art avec lequel les Hottentots savent dresser le boeuf sauvage, M. de Buffon dit: « Les hommes les plus stupides sont, comme l’on voit, les meilleurs précepteurs des bêtes; pourquoi l’homme le plus éclairé, loin de conduire les autres hommes, a-t-il tant de peine à se conduire lui-même? » Il n’y a point d’enfant qui ne puisse répondre à cette question. Dans son Discours sur les animaux de l’ancien et du nouveau continent, M. de Buffon a exposé une assez belle et grande vue. Il prétend qu’on ne trouve dans l’Amérique que les animaux qui ont put passer dans ce nouveau continent par le nord de l’ancien. Tous ceux à qui leur tempérament ne permet pas de subsister dans le nord ne se trouvent pas dans le nouveau monde, parce qu’ils n’ont trouvé aucun passage praticable. Cette conjecture est belle et philosophique; mais il faut bien se garder de lui assigner un degré de certitude qu’elle ne saurait avoir, à cause de la disette des faits et des observations. Par exemple, M. de Buffon remarque qu’on n’a pas trouvé de boeufs dans l’Amérique méridionale, où il n’y a aujourd’hui que des boeufs sans bosse qu’on y a transportés d’Europe depuis la découverte, au lieu que l’Amérique septentrionale s’est trouvée remplie de bisons ou de boeufs à bosse. « Ces bisons, dit M. de Buffon, y ont passé par le nord de l’Europe. » Cependant il assure lui-même qu’il n’y a dans les parties septentrionales de l’ancien continent que des aurochs ou boeufs sans bosse, et que le bison ou boeuf à bosse est un animal des pays méridionaux. Suivant ces observations, c’est l’aurochs qu’on devrait trouver dans l’Amérique septentrionale, et non le bison. Finissons par un fait important que M. de Buffon a ignoré sans doute, puisqu’il n’en parle pas, et que je tiens de M. l’abbé Galiani, qui s’en est assuré par lui-même; c’est que le rhinocéros a deux langues distinctes, placées l’une sur l’autre, de manière que l’inférieure avance jusque sur les bords de la gueule, comme dans les autres animaux, et que la supérieure couvre la moitié de l’autre depuis sa racine. Pour en comprendre le mécanisme, il faut se souvenir que le rhinocéros, ayant le col excessivement court et raide, ne serait guère en état de se procurer sa subsistance sans un museau très allongé, au bout duquel la lèvre supérieure, avançant de beaucoup sur l’inférieure, lui sert, comme la trompe à l’éléphant, à ramasser sa nourriture et à la porter sur sa première langue. Celle-ci la jette sur la seconde, qui en fait la déglutition. Notre langue suit un mécanisme à peu près pareil. Elle est élevée vers son milieu comme un pont, et c’est ce pont qui porte les aliments, après la trituration, à l’orifice du gosier. Vraisemblablement la première langue du rhinocéros manquerait de ressorts à cause de sa longueur; pour se former en pont, il a fallut à l’animal une seconde langue pour recevoir les aliments et les porter en arrière. Beau sujet de dissertation pour les sectateurs des causes finales ! On a agité dans un grand conseil, tenu avant le départ de la cour pour Compiègne, l’importante question de la libre exportation des grains, et la liberté de ce commerce a été accordée sous de certaines restrictions qui ne la gêneront pas si elle ne rencontre pas d’autres obstacles dans l’exécution. On prétend que M. le Dauphin a dit qu’il était du parti de la libre exportation avec environ douze millions de Français, et que le roi s’est rangé du côté des jeunes: car les vieilles perruques étaient toutes pour les lois de prohibition, et ne voyaient que famine et calamités dans le libre commerce des blés. L’esprit de règlement nous obsède, et nos maîtres des requêtes ne veulent pas comprendre qu’il y a une infinité d’objets dans un grand État dont le gouvernement ne doit jamais s’occuper. Feu M. de Gournay, excellent citoyen, respectable par sa droiture et ses lumières, et qui nous a été enlevé trop tôt, disait quelquefois: « Nous avons en France une maladie qui fait bien du ravage; cette maladie s’appelle la bureaumanie. » Quelquefois il en faisait une quatrième ou cinquième forme de gouvernement, sous le titre de bureaucratie. A quoi bon en effet tant de bureaux, tant de commis, tant de secrétaires, tant de subdélégués, tant de maîtres des requêtes, tant d’intendants, tant de conseillers d’État, si la machine va d’elle-même, et qu’il ne reste point de règlement à faire, pas une pauvre petite formalité à observer ? Vous voyez bien que pour tous ces gens-là la liberté du commerce des grains doit être une hydre abominable. En tous pays la raison ne s’établit qu’à la longue et qu’après avoir terrassé tous les monstres et tous les fantômes du préjugé et de la pédanterie. Voici la première victoire qu’elle remporte en France, à force de brochures, après un combat de douze à quinze ans: car il s’est bien passé quinze ans depuis l’excellent Essai sur la police des grains, publié par M. Herbert(2), qui, quelques années après son ouvrage, s’est défait lui-même pour s’être ruiné par des entreprises malheureuses(3). Tous ceux qui ont écrit depuis sur ce sujet n’ont fait que répéter les idées de M. Herbert; mais cette répétition même était nécessaire pour faire réussir enfin un projet si salutaire. Comment se peut-il donc qu’on ait défendu, en dernier lieu, d’écrire les sur affaires d’administration et de finance? Indépendamment de l’odieux des lois prohibitives, lorsqu’elles ne sont pas d’une nécessité absolue, ne sent-on pas que quand sur dix mille sottises qu’on imprime il ne se trouverait qu’une vérité, une vue utile, elle suffirait pour dédommager de l’inutilité des autres? Parmi les ouvrages qui ont paru depuis quelques Blois sur cette matière, il faut compter celui de M. Dupont, sur l’exportation et l’importation des grains(4), et une brochure de M. Abeille, intitulée Réflexions sur la police des grains en France et en Angleterre(5). Ce dernier morceau est très bien fait. Il me reste une inquiétude que je n’ai remarquée à aucun des auteurs qui ont écrit sur cette matière. Si la liberté de ce commerce s’établit en France en vertu des dernières résolutions, je ne doute pas qu’elle ne devienne une source de prospérité intarissable, et que cette seule permission ne soit plus effrayante pour les Anglais que toutes nos forces ensemble; mais pour en tirer tous les avantages que la France est en droit d’en attendre, ne faudrait-il pas en même temps abolir la taille arbitraire, le plus grand de nos maux? Car lorsqu’une culture heureuse et libre aura procuré de l’aisance au laboureur français, si indigent, si malheureux aujourd’hui, ne serait-il pas à craindre que monsieur le subdélégué, le voyant mieux vêtu, sa femme et ses enfants mieux entretenus, n’en prenne occasion de l’augmenter à la taille? Ce serait un moyen sûr de lui faire passer l’envie de s’enrichir par une culture améliorée. M. l’abbé Morellet a aussi publié un fragment de trente-cinq pages sur la police des grains(6). Il prétend dans cette lettre que les faits sont inutiles en matière d’administration, et ne doivent rien prouver; que c’est par des principes qu’il faut se conduire et non par des faits. En honneur, M. l’abbé Morellet se moque un peu de nous. Les principes sont-ils autre chose que ce qui résulte des faits? Lorsqu’un fait paraît contraire à un bon principe, ou favorable à une absurdité, c’est une preuve qu’il y a quelque chose de caché dans ce fait, et que je n’en ai qu’une connaissance imparfaite: car un fait réel ne saurait être contraire a un bon principe, ou ce principe cesserait de l’être si le fait lui était véritablement opposé. Ainsi, quoique notre cher abbé ait hasardé cette assertion d’un ton très affirmatif, il me permettra de croire qu’il ne sait ce qu’il dit(7). 15 juillet 1764. On a donné le 5 de ce mois, sur le théâtre de la Comédie-Française, la première représentation des Triumvirs, tragédie nouvelle. C’est le dernier triumvirat de Rome dont il est question ici, c’est-à-dire celui de Marc-Antoine, de Lépide et d’Octave. Feu Crébillon avait traité le même sujet; ce fut sa dernière pièce que nous vîmes jouer et tomber, il y a dix à douze ans. L’auteur de la tragédie nouvelle est anonyme; on prétend que c’est un ex-jésuite qui s’appelle Marchand, et je ne serais pas éloigné de croire cette pièce l’ouvrage d’un homme de collège(8). Cette tragédie est tombée, et n’a point reparu. J’en ai vu cependant réussir de plus mauvaises réussir, c’est-à-dire avoir un succès passager, et je crois que ceux qui ont applaudi Cromwell en dernier lieu n’étaient pas en droit de siffler les Triumvirs; mais enfin, le parterre n’était pas disposé cette fois-ci à l’indulgence. Julie disait à Octave, au dernier acte, avec emphase, en montrant Pompée : Nous nous aimons tous deux pour le bonheur du monde. Ce vers et quelques autres aussi plats firent rire. Les acteurs, en général, jouèrent fort mal. Le rôle du jeune Pompée, en particulier, était aussi mal fait que mal rendu, et le public fit justice de celui à qui Octave avait pardonné trop légèrement. Il s’en faut bien sans doute que cette tragédie soit un bon ouvrage. Les trois derniers actes surtout sont pitoyables, et toute la fable en est ridicule et absurde. Faire dépendre le sort du triumvirat et de l’empire du monde de l’intrigue de deux femmes et de l’intérêt de leur passion, voilà une invention peut heureuse. L’intérêt ne pouvait d’ailleurs tomber sur aucun acteur, et le dénouement ne pouvait être satisfaisant. On voit que l’auteur a compté sur l’effet que ferait l’assassinat d’Octave au quatrième acte; mais cet événement n’en pouvait faire aucun, parce que tout le monde savait d’avance que l’auteur serait obligé de ressusciter Octave dans l’acte suivant. Il n’en coûte rien au poète de conduire son petit Pompée jusqu’au lit d’Octave sans que personne s’oppose à leur passage; mais enfin, il faut bien qu’ils le laissent vivre, malgré qu’ils en aient, et de quelque commodité qu’il fût pour eux de s’en débarrasser. Avec tout cela, malgré une intrigue très informe, malgré beaucoup d’absurdités et de platitudes dans le plan et dans les détails, si l’on m’assurait que l’auteur n’a que dix-huit ans, je n’en désespérerais pas. C’est que le ton en général est bien; c’est que tous ces personnages parlent assez en Romains, et qu’ils ont assez les idées et la tournure de leur siècle, et que ce mérite est fort rare; c’est que le poète exprime ses idées souvent assez heureusement, qu’il les tire du fond de son sujet et des exemples domestiques, et que c’est ainsi que se traitent les grandes affaires, et non par maximes et avec cette fausse emphase si commune dans nos tragédies, et si fastidieuse aux gens de goût, c’est que son style, quoique inégal et souvent faible, m’a pourtant paru le véritable style de la tragédie, aussi longtemps qu’on la fera en vers alexandrins; c’est qu’il serait pardonnable à un enfant, d’ailleurs de beaucoup de talent, de manquer un sujet qui exige le génie de Sophocle, c’est-à-dire les talents de grand poète et de grand homme d’État réunis, pour être traité convenablement. Jugez quel terrible effet aurait produit sur les théâtres des anciens cette scène entre Octave et Marc-Antoine, où ils décident du sort de Rome, où ils auraient marchandé entre eux la vie de tant de grands personnages, de tant d’illustres Romains; où l’un aurait sacrifié son ami, son bienfaiteur, pour obtenir de l’autre la proscription de son frère ou de son allié; où enfin l’intérêt aurait fait taire et la voix du sang, et celle de l’amitié, et celle de la reconnaissance! Voilà un grand et illustre spectacle, digne d’être montré à une nation; mais de tels spectacles ne se verront que lorsque les théâtres redeviendront une école publique de moeurs et une des plus importantes institutions du gouvernement. Aussi longtemps qu’on n’ouvrira les théâtres que pour l’amusement et le délassement d’un certain ordre de citoyens, je l’ai déjà dit, il faudra renoncer à voir la tragédie reprendre son ancien et véritable lustre. C’est bien sur un théâtre où l’on ne peut faire de tragédie sans qu’il y ait de rôle de femmes qu’il faut traiter le sujet du triumvirat ! Tout poète qui est obligé de mêler aux grands intérêts d’Octave et d’Antoine les petits intérêts de Fulvie et les tendres intérêts de Julie est sûr de faire un mauvais ouvrage; tout poète qui entreprend de faire régler aux triumvirs leurs affaires en vers alexandrins peut se flatter de leur mettre dans la bouche quelques vers heureux, mais n’approchera jamais du naturel et de la force d’une telle discussion, ni de l’effet terrible que produirait une telle conférence. M. Algarotti vient de mourir en Italie. Cet homme est célèbre en Europe par ses liaisons et par le séjour qu’il a fait auprès d’un grand roi(9). Il a écrit dans sa langue un Newtonianisme pour les dames, ou des entretiens dans lesquels il explique le système de Newton, comme Fontenelle avait expliqué, dans ses Mondes, le système de Descartes. Cet ouvrage, qu’on trop vanté par M. de Voltaire, a été traduit en français(10), et a eu une vogue passagère à Paris; mais il est oublié aujourd’hui. M. Algarotti a fait d’ailleurs plusieurs petits écrits sur la poésie et sur les beaux-arts. Il y en a un dans lequel il désire que l’opéra italien, en conservant sa musique, adopte le plan et la constitution de l’opéra français, en associant les ballets et les choeurs au fond du poème. Cela a été tenté il y a quelques années sans succès, à Parme, par ordre de l’infant. On traduisit l’opéra d’Armide de Quinault, que les Français regardent comme le chef-d’oeuvre de leur théâtre lyrique; on traduisit encore l’opéra d’Hippolyte et Aricie; un des plus célèbres maîtres modernes, Fraetta, les mit en musique; la Gabrieli, la divine Gabrieli, y chantait; la nouveauté du spectacle avait attiré un monde prodigieux de toutes les parties d’Italie, mais, malgré tout ce qu’on a imprimé dans les feuilles publiques pour les vanter, ces opéras n’eurent point de succès. Le comte de Durazzo, intendant des spectacles à la cour de Vienne(11), a fait faire, en dernier lieu, un pareil essai dans l’opéra d’Orphée et Eurydice, mis en musique par le chevalier Gluck. Cet ouvrage, dont j’ai eu occasion de voir la partition, m’a paru à peu près barbare. La musique serait perdue si ce genre pouvait s’établir; mais j’ai trop bonne opinion des Italiens, nos seuls maîtres dans les arts, pour craindre que ce faux genre leur plaise jamais. Je crois avoir démontré dans l’Encyclopédie, à l’article Poème lyrique, que le plan et la constitution de l’opéra français sont aussi vicieux que sa musique est froide et ennuyeuse, et que c’est un reste de barbarie qui nous a fait associer, ou plutôt confondre dans un même drame, deux imitations aussi distinctes que le chant et la danse. Pour revenir à M. Algarotti, ce que je trouve de plus beau et de plus glorieux, c’est qu’il a pu laisser par son testament une marque de souvenir au roi de Prusse et une autre à M. Guillaume Pitt. C’est annoncer au public qu’il a été honoré de l’amitié de deux grands hommes, et je trouve plus de vanité à cela qu’à son épitaphe, quoi qu’en disent les pédants. Il a ordonné qu’on mît sur sa tombe: Hic jacet Algarottus, sed non omnis (Ci-git Algaroti, mais pas tout entier). Cette épitaphe peut paraître chrétienne ou dévote, si vous voulez; mais pour vaine, je ne le sens pas. Je crois d’ailleurs que ce n’est que la parodie de celle qu’un autre Italien célèbre, dont le nom ne me revient pas, fit mettre sur sa pierre: Hic jacet... totus (Ci-gît un tel, tout entier). L’abbé Galiani prétend que l’épitaphe de M. Algarotti appartient de droit à Farinelli, ou à Caffarelli, ou à Salimbeni(12), à qui il convient de la restituer. La mort vient de nous enlever, à un âge peu avancé, M. Le Vayer, ancien maître des requêtes(13). C’était un homme moins célèbre que savant et aimable. Il possédait toutes les langues anciennes et modernes, et avait, avec un esprit droit, des connaissances fort variées. il avait été, dans sa jeunesse, de la cour de Mlle de Charolais. Plusieurs couplets charmants, où la beauté et les grâces de cette princesse sont célébrées, sont de M. Le Vayer. Il se perd tous les jours de bien jolies choses en ce genre, et c’est dommage. On prétend que ces riens ont nui à la fortune de M. Le Vayer dans la carrière qu’il avait embrassée. Les pédants voudraient bien établir qu’il faut être aussi sot qu’eux pour être capable de places et d’emplois sérieux; ils ont du moins grand intérêt et grand soin de décrier les gens d’esprit. La vie privée, à laquelle M. Le Vayer se vit condamné, ne lui fut pas à charge. Il jouissait d’une fortune considérable avec une femme aimable qu’il aimait beaucoup et dont il était adoré. Il passait une grande partie de l’année dans ses terres, où il faisait du bien, et où sa mémoire sera longtemps en vénération. Il est mort d’une manière bien malheureuse; il avait coutume de se baigner chez lui dans un bain, qu’on lui chauffait au moyen d’un cylindre rempli de charbons allumés. Le domestique, qui avait placé le cylindre à côté de la baignoire lorsque son maître y fut entré, oublia, en s’en allant, de l’emporter avec lui. On sait que la vapeur du charbon, qui ne peut se dissiper dans l’air, est un poison prompt et actif auquel rien ne résiste. On trouva le maître et son chien, qu’on avait enfermé avec lui dans la chambre du bain, sans vie. Lettres du marquis de Roselle, roman, par Mme Élie de Beaumont. Il vient de paraître un nouveau roman intitulé Lettres du marquis de Roselle, en deux parties, par Mme Élie de Beaumont, femme du célèbre avocat de ce nom. Le marquis de Roselle est un jeune seigneur fort riche, qui, entrant dans le monde avec un coeur tout neuf, un caractère honnête et des passions très vives, tombe dans les pièges d’une fille de l’Opéra, qui joue la vertu avec lui et lui tourne la tête au point de le déterminer à l’épouser. Il est prêt à consommer cet acte de folie et de honte, lorsqu’on réussit à lui ouvrir les yeux. Cette passion insensée ayant dérangé sa santé, on l’envoie aux eaux, où il devient amoureux d’une fille de condition peu riche, mais d’ailleurs charmante, et l’épouse au grand contentement de tout le monde. Voilà toute la fable, qui est assez plate, comme vous le voyez. Ce M. de Roselle est un sot enfant, dont l’aveuglement pour une courtisane est trop bête pour intéresser. Il fallait un prodigieux génie pour rendre cette situation susceptible d’intérêt, et Mme de Beaumont n’en a pas l’ombre. Son roman a pourtant eut une sorte de succès : c’est qu’il est rempli de sentiments honnêtes et d’une sorte de morale à la portée de tout le monde; on y trouve même quelques sermons assez chauds. On ne peut refuser de l’estime à une femme qui a écrit les Lettres du marquis de Roselle, mais on l’estimerait encore davantage si, après les avoir écrites, elle les eût jetées au feu parce qu’elle en aurait senti la médiocrité. Poésies diverses de Sabatier, Rochon de Chabannes, Mauger, Le Bret, etc. Et pour grossir le fagot, on peut y ajouter plusieurs morceaux de poésie, les uns très médiocres, les autres détestables, comme une Ode sur l’imprimerie ; la Population et la Beauté, deux odes par M. Sabatier; une imitation allégorique de la dixième églogue de Virgile; une autre imitation philosophique et morale, et très froide, d’après Juvénal(14), sur les passions et la vanité de toutes choses, par M. Rochon de Chabannes, auteur de la petite comédie d’Heureusement et d’une autre petite pièce intitulée la Matinée à la mode. Item, un petit poème en quatre chants sur l’incendie de la foire Saint-Germain et sa nouvelle reconstruction, Item, un poème en trois chants, très insipide et très froid, intitulé Mes Caprices, ou Spéculation sur l’homme(15). Ces trois chants ont pour objet l’imagination, l’esprit et le coeur. Mais les Quatre Saisons(16), poème par M. Le Bret, méritent la préférence sur tout le reste. Cela est excellent à force d’être mauvais. Excellente lecture pour se délasser et pour rire. Il ne faut pas confondre ce M. Le Bret avec M. Bret, auteur de quelques comédies médiocres, mais qui est un aigle en comparaison du chantre des quatre saisons. Les Muses françaises, première partie, contenant un tableau universel, par alphabet et numéro, des théâtres de France, avec les noms de leurs auteurs et de toutes les pièces anonymes de ces théâtres depuis les Mystères jusqu’en 1764(17). Je crois que ce catalogue très complet de toutes les pièces dramatiques nous vient du laborieux chevalier de Mouhy, et on peut le regarder comme son meilleur ouvrage, parce qu’il n’y a pas mis du sien. L’Homme, ou le Tableau de la vie, histoire des passions, des vertus et des événements de tous les âges, trouvée dans les papiers de feu M. l’abbé Prévost, avec figures, trois volumes in-12, voilà le titre d’une insigne rapsodie qu’on vient de publier sous le nom d’un auteur célèbre(18), mort sur la fin de l’année dernière. Soit qu’on l’ait effectivement trouvée dans ses papiers, soit qu’un mauvais auteur ait voulu se servir d’un nom célèbre pour donner de la vogue à ses platitudes, on ne peut rien lire de plus détestable. On a publié dans le même temps la suite d’un roman que l’abbé Prévost avait commencé deux ans avant sa mort, et qu’il avait intitulé le Monde moral, ou Mémoires pour servir à l’histoire du coeur humain. Ce roman consiste en aventures détachées, et la suite, qui paraît en deux parties, est encore plus mauvaise que les premiers volumes, qui n’eurent aucun succès dans leur temps. Enfin on a ramassé en deux volumes des contes, aventures et faits singuliers recueillis de M. l’abbé Prévost. La plupart de ces rapsodies sont tirées du Pour et Contre, journal de ce laborieux écrivain. L’abbé Prévost était né avec beaucoup de talent; une conduite déréglée lui nuisit beaucoup. Il avait un besoin continuel d’argent, et il écrivait toujours. La réputation de ses premiers ouvrages le mit aux gages des libraires. Il aimait le vin et les femmes, et trouvait le secret de dépenser tout ce qu’il gagnait(19). M. Necker, de Genève, chef d’une des plus fortes maisons de banque de Paris(20), a lu à la dernière assemblée générale de la Compagnie des Indes un Mémoire au nom des députés des actionnaires, du nombre desquels il était. Ce Mémoire, qui a été imprimé, trace le nouveau plan d’administration sur lequel la Compagnie se propose de continuer son commerce. Ce plan paraît très bien combiné, et il vient d’être adopté par la Compagnie. M. Necker est un homme de beaucoup d’esprit et de mérite. En crayonnant à la fin de son Mémoire le tableau du véritable négociant, il a fait, sans le savoir, son propre portrait. Il serait à désirer que nous en eussions beaucoup qui lui ressemblassent. Le père de M. Necker, né à Custrin, était professeur en droit public à Genève, où il en publia des principes élémentaires, dont il se servait pour ses leçons(21). Le P. Joseph Barre, chanoine régulier de l’abbaye royale de Sainte-Geneviève, vient de mourir dans un âge avancé. Il a fait plusieurs ouvrages de recherches, et surtout une Histoire d’Allemagne en plusieurs volumes in-4°, qui n’est point du tout estimée ni en France ni en Allemagne(22). Nous avons deux graveurs qui ont commencé une fort belle entreprise. L’un, nommé Ficquet, gravera en petit format les portraits des hommes célèbres dans les lettres et dans les arts. Il nous a déjà donné ceux de La Fontaine, de M. de Voltaire, de Jean-Jacques Rousseau et de plusieurs autres. Il compte donne celui de Pierre Corneille pour le mettre à la tête de l’édition que M. de Voltaire vient de faire au profit de sa petite-nièce. L’autre graveur, qui s’appelle de Marcenay, fera une suite de portraits de héros, de grands rois, de grands capitaines, de grands politiques, de grands hommes d’État. Il a commencé par ceux de Henri IV et du duc de Sully. C’est dommage que le burin de M. de Marcenay ne soit pas des plus estimés.
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