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VOLTARIANA DE FRÉRON | Index Voltaire | Études sur Voltaire | Galerie | Voltairiana de Fréron | PORTRAIT DE M. DE V*** M. de V*** est au-dessous de la taille des grands Hommes, c’est-à-dire, un peu au dessus de la médiocre, (je parle à un Naturaliste ainsi point de chicane sur l’observation), il est maigre, d’un tempérament sec: il a la bile brûlée, le visage décharné, l’air spirituel et caustique, les yeux étincelants et malins. Tout le feu, que vous trouvez dans ses ouvrages, il l’a dans son action, vif jusqu’à l’étourderie: c’est un ardent qui va et vient, qui vous éblouit et qui pétille. Un homme ainsi constitué, ne peut pas manquer d’être valétudinaire. La lame use le fourreau. Gai par complexion, sérieux par régime, ouvert sans franchise, politique fans finesse; sociable sans amis: il sait le monde et l’oublie. Le matin Aristipe, et Diogène le soir. Il aime la grandeur, et méprise les Grands. Est aisé avec eux: contraint avec ses égaux. Il commence par la politesse, continue par la froideur, finit par le dégoût: il aime la Cour et s’y ennuie; sensible sans attachement, voluptueux fans passion: il ne tient à rien par choix et tient à tout par inconstance. Raisonnant sans principes. Sa raison a ses accès comme la folie des autres; l’esprit droit, le coeur injuste; il pense tout et se moque de tout. Libertin sans tempérament, il sait aussi moraliser sans moeurs, vain à l’excès, mais encore plus intéressé. Il travaille moins pour la réputation que pour l’argent; il en a faim et soif: enfin se presse de travailler pour se presser de vivre; il était fait pour jouir, il veut amasser. Voilà l’Homme, voici l’Auteur. Né Poète, les vers lui coûtent trop peu. Cette facilité lui nuit, il en abuse et ne donne presque rien d’achevé: Écrivain facile, ingénieux, élégant. Après la Poésie, son métier serait l’Histoire, s’il faisait moins de raisonnements et jamais de parallèles, quoiqu’il en fasse quelquefois d’assez heureux. M. de V*** dans son dernier Ouvrage, a voulu suivre la manière de Bayle, il tâche de le copier en le censurant. On a dit, depuis longtemps, que pour faire un écrivain sans passion et sans préjugés, il faudrait qu’il n’eût ni Religion, ni Patrie. Sur ce pied-là, M. de V*** marche à grands pas vers la perfection. On ne peut d’abord l’accuser d’être partisan de sa Nation, on lui trouve, au contraire, un Tic approchant de la manie des Vieillards. Les bonnes gens vantent toujours le passé et sont mécontents du présent. M. de V*** est toujours mécontent de son Pays et loue avec excès ce qui est à mille lieues de lui. Pour la Religion, on voit bien qu’il est indécis à cet égard. Sans doute il serait l’homme impartial que l’on cherche sans un petit levain d’Anti-Jansénisme un peu marqué dans ses Ouvrages. M. de V*** a beaucoup de Littérature étrangère et Française, et de cette érudition mêlée qui est si fort à la mode aujourd’hui. Politique, Physicien, Géomètre, il est tout ce qu’il veut, mais toujours superficiel et incapable d’approfondir. Il faut pourtant avoir l’esprit bien délié pour effleurer, comme lui toutes les matières. Il a le goût plus délicat que sûr. Satirique ingénieux, mauvais Critique, il aime les sciences abstraites et l’on ne s’en étonne point. L’imagination est son élément, mais il n’a point d’invention et l’on s’en étonne. On lui reproche de n’être jamais dans un milieu raisonnable. Tantôt Philanthrope et tantôt Satirique outré. Pour tout dire, en un mot, M. de V*** veut être un homme extraordinaire et il l’est à coup sûr. Non vultus, non color unus. En voici une autre Peinture plus moderne. Portrait de M. de V***
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