|
VOLTARIANA DE FRÉRON | Index Voltaire | Études sur Voltaire | Galerie | Voltairiana de Fréron | ÉPÎTRE DÉDICATOIRE A MONSIEUR ARROUET DE VOLTAIRE(1) Gentilhomme ordinaire, Conseiller du Roi de France en ses Conseils, Historiographe de France, l’un des XL de l’Académie Française, fils du Sr. ARROUET, Greffier Porte-clef du Parlement petit-fils d’un Prud’Homme de son Village (†) etc., etc., etc. Monsieur L’attention soigneuse que vous avez eu à remplir vos Ouvrages, d’Anecdotes vraies et fictives, sur la conduite et le mérite, ou les Ouvrages des Grands Hommes, nous est un garant que vous ne pourrez qu’approuver qu’on ait marché sur vos traces, en rassemblant dans ce Recueil toutes celles qu’on a pu recueillir, qui vous regardent en particulier, votre Conduite et vos Ouvrages. Je m’imagine que vous ne condamnerez, pas aussi la liberté qu’on a prise d’ajouter votre Généalogie à vos titres, celle-ci vous fait autant d’honneur, que celle que vous reprochiez à Rousseau, d’être fils d’un Cordonnier, lui en a fait. Les Grands Hommes, qui doivent leur nom et leur réputation moins à la distinction de leur Naissance, qu’à leur Génie naturel, à leurs Talents, à leur Mérite, ont toujours été placés au-dessus de ceux, à qui le rang et la fortune de leurs parents avaient donné des Gouverneurs, des Précepteurs pour leur former le Coeur et l’Esprit. Je travaille d’exemple, comme vous voyez. C’est aussi celui de l’Auteur des Réflexions sur le Poème de la Bataille de Fontenoi, qui m’a enhardi à vous dédier ce Recueil: et comme vous avez toujours eu du goût pour la multiplicité des éditions, j’ose me flatter que vous ne serez point fâché que je suive votre exemple en en faisant le plus que je pourrai de cette Amphigourie, revue et augmentée de toutes les pièces que vos amis, et ceux qui ont votre gloire à coeur, auront la charité de m’envoyer. Vous-même pouvez y contribuer en m’envoyant vos remarques sur diverses Pièces de ce Recueil, auxquelles je ne manquerai pas de les ajouter, par forme de notes ou de Remarques, pour vous convaincre avec quelle considération je suis, Monsieur,
P. S. J’espère que mon nom Russien
ne vous effraiera point. Un savant, tel que vous, Monsieur, ne doit ignorer
aucune langue sur tout celles des Nations où les sciences sont cultivées.
A M. de Voltaire
Quelque Rimeur moins caustique les a changés de cette manière, et nous croyons qu’il a bien fait. .
La Force réunie augmente sa Vertu. C’est ce que nous disait un Élève du grand
Matanasius,
en
nous fournissant les différents morceaux que nous venons de rassembler.
Il nous suggérait en même temps une Déification dans
le goût de celle que ce fameux Docteur a jointe, il y a quinze ans,
à l’agréable et scientifique Commentaire du Chef d’Oeuvre
d’un Inconnu. Cette idée est des plus charmantes: il ne s’agit
que de la remplir, c’est pourquoi, nous prions instamment les zélés
Philologues de vouloir nous prêter leurs lumières, et de nous
communiquer ce qu’ils ont de Pièces brillantes et convenables
à l’Apothéose du Poète Physicien qui fait l’objet
de nos éloges. Loin d’ici ces Esprits hargneux, esclaves de préjugés,
qui s’opiniâtrent à traiter de libelles, ce qu’on doit plutôt
nommer remontrances instructives et charitables, Mais quelque nom qu’on
veuille leur donner, il est évident qu’elles n’ont fait que relever
la gloire de notre Coriphée; puisqu’après avoir été
mûrement examinés par l’Aréopage de la Littérature,
elles n’ont point empêché qu’il n’y fût admis. Il en
sera donc du présent Recueil comme de ce Volume d’Épitaphes
de Richelieu, de Mazarin et de Colbert, qui n’a jamais pu donner atteinte
à la mémoire respectable de ces Grands Hommes. Le savant
Professeur et parasite Montmaur, ne passe pas moins à
la postérité, pour avoir été en bute, il
y a cent ans, aux sarcasmes, et aux badinages caustiques des plus beaux
esprits de France: au contraire, c’est ce qui a le plus contribué
à faire voler sa Renommée par toute la République
des Lettres. Enfin, c’est ici si l’on veut, le IXe Songe philosophique
du fertile écrivain des Lettres Juives, dont il dévoile
si élégamment l’obscurité par ces harmonieuses
paroles.
Il pouvait ajouter: je l’ai imaginé tout exprès en faveur du Physicien Bel-Esprit, de qui je suis l’admirateur perpétuel. En effet peut-il être mieux figuré que par ce Chêne élevé jusqu’aux nues, qui méprise autant les Faunes et les Satires, qu’il sent peu les coups de leurs faibles roseaux? Cette insensibilité est tout autrement naturelle, que celle qu’on a dépeinte dans ces vers. .
Une pareille stupidité ne paraît guères dans le vrai: témoin le procès tragi-comique, qui vient d’être si judicieusement décidé. A moins qu’on ne dise que l’Acteur était plus animé à venger l’honneur du Corps célèbre qu’il croit illustrer, qu’à satisfaire son ressentiment personnel. C’est un problème à résoudre. Avant d’apprendre à connaître l’esprit et
le coeur de notre Héros dans la lecture de ce Volume, il convient
de donner une idée de la figure de son corps, dont on peut voir
la tête au frontispice de ses ouvrages.
|
|
Note_1 Voltaire a porté
le nom d’Arrouet jusqu’après la publication de son Oedipe,
alors il le tronqua contre celui de de Voltaire, sous lequel il espérait
être plus heureux que sous le premier, comme il l’écrivit
alors, dans une lettre que nous avons, à sa chère Pimpette
fille
cadette de la fameuse Madame Du Noyer, dont il a été si éperdument
amoureux, qu’il l’aurait enlevée si la mère, ayant découvert
le complot, n’avait prié le marquis de Châteauneuf, dont Arrouet
était page, de l’en empêcher; ce que fit ce ministre qui craignait
la plume de la Du Noyer, en l’expédiant le lendemain, comme Exprès,
à Versailles, et priant le Secrétaire d’État d’empêcher
qu’il revint en Hollande. Anecdote que nous tenons d’une personne, qui
nous a confié la lettre de sa main propre signée de Voltaire,
après quoi, par P. S., il met: ne t’étonne pas, ma chère,
de ce changement de nom; j’ai été si malheureux avec l’autre
que je veux voir si celui-ci m’apportera du bonheur. N’était-ce
pas plutôt parce qu’il avait honte de porter le nom d’un Porte-clef;
en ce cas ne pourrait-on pas dire de lui, à plus juste titre, que
de Rousseau, qu’il a renié son Père.
|