OEUVRES HISTORIQUES DE FRÉDÉRIC II, ROI DE PRUSSE
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MÉMOIRES POUR SERVIR A L’HISTOIRE DE LA MAISON DE BRANDEBOURG (Table)

IMPRIMÉ À DIX EXEMPLAIRES POUR USAGE OFFICIEL PAR DÉCRET DU 9 JUIN 1845.

AVERTISSEMENT DE L’ÉDITEUR.

L’Histoire de mon temps fut pour le Roi l’objet d’une prédilection marquée: il est facile de s’en apercevoir au soin tout particulier qu’il y a apporté. La rédaction primitive de cet ouvrage, écrit de sa propre main, et dans lequel il retrace les commencements de sa gloire comme roi et comme capitaine, est sa première composition historique; destinée à faire suite aux Mémoires de Brandebourg, elle était intitulée Seconde et troisième partie de l’Histoire de Brandebourg; le Roi l’acheva le 2 novembre 1746. Environ trente ans plus tard, il la retoucha avec un grand soin, et lui donna le titre d’Histoire de mon temps. La première partie de ce nouveau travail, jusqu’à la paix de Berlin, formant cinquante-quatre pages in-4, fut complètement terminée le 1er juin 775; et la seconde, de quarante-neuf pages in-4, le 20 juillet de la même année. Frédéric en déposa le manuscrit autographe, ainsi que celui de ses deux ouvrages historiques postérieurs, aux archives du Cabinet, sans aucune disposition particulière.

La première édition de l’Histoire de mon temps, faite sur le dernier manuscrit de l’Auteur, parut dans l’année 1788. Mais les éditeurs ne se contentèrent pas des corrections orthographiques indispensables: de leur propre autorité ils changèrent le style, altérèrent les faits, et omirent à leur gré des passages entiers. Quant à la correction typographique et à l’orthographe des noms de lieux et de personnes, ils n’y songèrent en aucune façon.

Nous avons donc, de toute nécessité, eu recours au manuscrit original de l’année I775, pour exécuter l’édition complète et parfaitement exacte que nous offrons au lecteur, nous bornant à la correction des fautes les plus élémentaires, selon les principes énoncés dans le Compte-rendu de l’Éditeur. L’on a évité de toucher à toute expression, même obscure ou incorrecte, pour ne point altérer la manière dont l’Auteur avait présenté sa pensée; c’est ainsi qu’à la page 114 du tome II on lit les hommes prenaient des charbons pour en gagnaient, en étaient affectés. Ce que nous avons ajouté en rectifications et remarques explicatives, est indiqué par la lettrine de renvoi, les notes du Roi se distinguent par des chiffres en continuité. Les titres entiers des chapitres, qui sont également de l’Auteur, étaient, dans l’édition de 1788, placés en guise de table des matières à la tête de l’ouvrage; nous les avons reportés à la fin de chaque volume.

Les deux manuscrits originaux de l’Histoire de mon temps, de l’année 1746 et de l’année 1775, sont conservés aux archives royales du Cabinet, caisse 365, lettre C 1 et 2.

Nous n’avons, sur une rédaction antérieure à ces deux manuscrits, que les renseignements fournis par le Roi lui-même dans trois lettres adressées à Voltaire, datées, l’une du 18 novembre 1742, l’autre du 6 avril, et la dernière du 21 mai 1743. Dans la seconde de ces lettres, il lui dit: « Je vous enverrai bientôt l’Avant-propos de mes Mémoires. Je ne puis vous envoyer tout l’ouvrage, car il ne peut paraître qu’après ma mort et celle de mes contemporains, et cela parce qu’il est écrit en toute vérité, et que je ne me suis éloigné en quoi que ce soit de la fidélité qu’un historien doit mettre dans ses récits. » D’après la réponse de Voltaire, on voit que cet Avant-propos de 1743, destiné seulement au premier volume de l’Histoire de mon temps, était très différent de celui qui précède la rédaction finie en 1746; c’est ce dernier que nous reproduisons à la tête de notre édition, conformément au manuscrit autographe. Le ministre comte de Hertzberg avait déjà publié, en 1787, cet Avant-Propos dans ses Huit dissertations, sans l’admettre dans les Oeuvres posthumes.

Des raisons particulières nous ont déterminé à ajouter au premier volume de l’Histoire de mon temps la Relation de la bataille de Chotusitz, que le Roi composa pour les gazettes deux jours après sa victoire; et au second volume, la Correspondance de Frédéric avec l’ambassadeur d’Angleterre à la cour de Saxe, Thomas Villiers, à l’occasion de la paix de Dresde.

Nous avons jugé convenable de donner la Relation de la bataille de Chotusitz à la suite de l’Histoire de mon temps, parce que le Roi, dans plusieurs de ses lettres, montre qu’il y attachait de l’importance. C’est ainsi que, le 19 mai 1742, il écrit du camp de Czaslau au marquis de Valori, ambassadeur de France à la cour de Berlin: « Je joins ici une relation exacte et très fidèle de ce qui s’est passé à la journée de Chotusitz, dont vous pourriez faire tel usage que vous trouverez convenable. » — A Jordan, trois jours après la victoire: « La relation qui paraîtra, de ce qui a précédé et suivi la bataille, est dressée par moi-même, et elle est conforme à la plus sévère vérité. » — A Algarotti, le 29 mai: « La relation que vous lirez est de ma plume, et exacte, et conforme à la plus sévère vérité. » — Il écrit encore à Jordan, le 5 juin: « La relation imprimée de Berlin, qui sans doute court à présent tous les cafés de l’Europe, est sortie de ma plume. J’ai détaillé toute l’action avec exactitude et avec vérité. » — Et à Voltaire, le 18 juin: « Je vous envoie la relation que j’ai faite moi-même de la dernière bataille, comme vous me la demandez. » Voltaire répondit au Roi: « La relation de votre bataille de Chotusitz, que vous avez eu la bonté de m’envoyer, prouve que vous savez écrire comme combattre; j’y vois, autant qu’un pauvre petit philosophe peut voir, l’intelligence d’un grand général à travers toute votre modestie. Cette simplicité est bien plus héroïque que ces inscriptions fastueuses qui ornaient autrefois trop superbement la galerie de Versailles, et que Louis XIV fit ôter par le conseil de Despréaux; car on n’est jamais loué que par les faits. »

Frédéric fit traduire cette relation en allemand, et la publia dans les deux gazettes de Berlin du 29 mai; le texte français parut le même jour, dans une édition spéciale, sous le titre de Relation de la bataille de Chotusitz. A Berlin, 1742, in-4.

Dans l’impossibilité de nous procurer l’édition originale, nous avons eu recours aux archives du Cabinet, où est conservée (F. 8. H.) la minute du texte, de la main d’un secrétaire du Roi, et corrigée par un des conseillers de Cabinet. Il s’y trouve également une copie de cette pièce: c’est ce dernier manuscrit que nous publions; il est conforme àla traduction allemande.

On remarquera aisément que le Roi ne s’est pas servi de cette Relation pour composer, dans l’Histoire de mon temps, le récit de la bataille de Chotusitz.

Voici les raisons qui nous ont décidé à donner la Correspondance du Roi avec Sir Thomas Villiers relative à l’histoire de la paix de Dresde.

Immédiatement après la paix de Dresde, cette correspondance avait été publiée, selon toute vraisemblance par Villiers lui-même. Le libraire Haude de Berlin, au mois de février 1746, exprima le désir de la réimprimer: le Roi, en y consentant, lui fit demander l’édition de Londres, pour y ajouter encore quelque chose de sa propre main.

Nous reproduisons cette réimpression, qui a pour titre: Recueil de quelques lettres et autres pièces intéressantes pour servir à l’histoire de la paix de Dresde. A Berlin, 1746, 112 pages in-8.

Quant aux additions ou changements apportés par le Roi, nous ne saurions en parler, n’ayant pas eu sous les yeux l’édition de Londres.

Thomas Villiers, fils cadet de Guillaume II, comte de Jersey, créé baron Hyde de Hindon en 1756, et en 1776 comte de Clarendon, ayant eu une seconde fois l’occasion de bien mériter de la cour de Berlin, le Roi lui permit, le 2 novembre 1782, d’ajouter à ses armoiries l’Aigle noir de Prusse dans un écusson d’argent. Il mourut le 11 décembre 1786.

Berlin, ce 9 juin 1845.

J.-D.-E. PREUSS,
Historiographe de Brandebourg.

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