DICTIONNAIRE HISTORIQUE ET CRITIQUE DE PIERRE BAYLE
PARIS, DESOER, LIBRAIRE, RUE CHRISTINE, 1820, 16 volumes.
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AVERTISSEMENT

SUR LA QUATRIÈME ÉDITION.

(63)Si les éditions réitérées d’un gros livre sont une preuve de l’approbation du public, on peut dire qu’aucun livre n’a été si généralement estimé que le Dictionnaire de M. Bayle. Il est rare de voir qu’un ouvrage aussi étendu que celui-là ait été imprimé tant de fois en si peu de temps. Cette édition est la quatrième, sans compter celle qu’on imprima à Genève en 1715.

M. Bayle laissa après sa mort plusieurs nouveaux articles qu’il destinait pour le Supplément de son Dictionnaire. Ils furent insérés dans la troisième édition, imprimée à Rotterdam en 1720. C’est sur cette édition que celle-ci a été faite : mais elle lui est préférable par bien des endroits.

I. Elle est infiniment plus exacte et plus correcte. On a confronté les épreuves avec les éditions publiées par M. Bayle en 1696 et 1702, et on a eu sous les yeux l’exemplaire même de M. Bayle de l’édition de 1702, où il y a plusieurs additions et corrections de sa main. De cette manière, on a rétabli des expressions et des phrases entières qui avaient été omises, changées ou altérées dans l’édition précédente.

II. On a fait la même chose à l’égard des articles du Supplément. On les a comparés avec le manuscrit original de M. Bayle et par ce moyen on a rétabli le texte dans sa pureté, on a retranché tout ce qui s’y était glissé d’étranger.

III. Les passages grecs, latins, etc., ont été revus et corrigés avec beaucoup de soin.

IV. On a rempli quelques citations qui n’étaient qu’indiquées dans l’édition de 1720.

V. On a mis dans leur rang les articles qui étaient déplacés dans l’édition précédente, ou qui avaient été renvoyés à la fin du quatrième tome.

VI. On trouvait à la fin de ce même tome des remarques critiques qui avaient été communiquées aux libraires : elles sont insérées ici dans le corps de l’ouvrage chacune à sa place; mais on les a distinguées du teste de M. Bayle, en les mettant a linea, précédées d’une lettre grecque, qui leur sert de renvoi, et cette marque §, et suivies de ces mots : Rem. Crit.(64)

VII. On a ajouté à la fin du quatrième tome un écrit imprimé à Paris, en 1706, sous le titre de Remarques critiques sur la nouvelle édition du Dictionnaire historique de Moréri, donnée en 1704. M. Bayle fit réimprimer cet écrit, et l’accompagna d’une préface qui contient d’excellentes instructions pour perfectionner le Dictionnaire de Moréri. Il y joignit aussi des observations historiques et critiques, qui tendent au même but, et où il marque les erreurs de fait, les faux raisonnements, et même les fautes de langage où l’auteur des Remarques est tombé. Mais il lui a passé une chose que les auteurs ne se pardonnent guère. Il voyait bien que ce censeur avait tiré du Dictionnaire historique et critique, et cela sains le citer, presque toutes les remarques qu’il avait faites sur le Moréri, cependant il ne lui reproche jamais ce plagiat; il se contente de défendre quelques endroits que le critique avait mal entendus, ou qu’il avait censurés mal à propos. M Des Maizeaux a gardé moins de ménagements dans les observations qu’il a jointes à celles de M. Bayle : il a restitué à M. Bayle toutes les remarques critiques que le censeur avait prises de lui et qu’il s’était appropriée. Il a aussi relevé cet auteur sur sa hardiesse à avancer certains faits sans en donner des preuves, et sur sa manière de raisonner vague, équivoque et trompeuse. Mais comme le but de ce petit ouvrage est de servir à perfectionner le Dictionnaire de Moréri, M. Des Maizeaux s’est particulièrement attaché à marquer les corrections qu’on a faites dans les dernières éditions aux endroits que l’auteur a censurés. Les nouveaux éditeurs y verront tout d’un coup ce qu’on a déjà fait, et ce qui reste encore à faire par rapport à ces endroits-là. Il a quelque fois spécifié les éditions où ces changements ont été faits : mais pour l’ordinaire il s’en tient à celle de 1725, qui est la dernière, et qui contient plusieurs nouvelles additions et corrections. Il n’a rien dit des éditions de Hollande, ayant sans doute cru que nos libraires se conformeront désormais à celles de Paris, en y apportant les modifications nécessaires. Il ne paraît pas que les nouveaux éditeurs du Moréri aient eu en main ces Remarques critiques : ils n’ont certainement point vu la préface et les notes de M. Bayle. M. Bayle ne voulut pas se nommer, ce qui fait que ce petit ouvrage n’est presque point connu. Les observations de M. Des Maizeaux sont distinguées de celles de M. Bayle par ces mots mis à la fin : Nouv. Observ.

VIII. Enfin on trouvera à la tête(65) de cette édition la Vie de M. Bayle, écrite par M. Des Maizeaux. Nous n’en saurions mieux rendre compte qu’en donnant ici une lettre de M. Des Maizeaux à M. de la Motte(66), qui nous a procuré cet ouvrage, et qui a cru que cette lettre pouvait tenir lieu de l’avertissement qu’on lui demandait.

Le 30 mars 1730.
 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
NOTES

Note_63 Édition de 1730; 4 volumes, in-folio.

Note_64 Dans la présente édition in-8°, elles sont marquées d’un astérisque entre parenthèses, signe commun à plusieurs autres notes ; mais on a conservé à la fin les mots Rem. Crit.

Note_65 Ainsi que les autres préliminaires je l’ai rejetées dans le XVIe vol., et on la trouvera ci-après. (Beuchot.)

Note_66 Elle précède la Vie de Bayle. Voir ci-après.