DICTIONNAIRE HISTORIQUE ET CRITIQUE DE PIERRE BAYLE
PARIS, DESOER, LIBRAIRE, RUE CHRISTINE, 1820, 16 volumes.
| Table de Bayle | Index Voltaire | Études sur Voltaire |

AVERTISSEMENT

SUR LA SECONDE ÉDITION.

(37)La première chose dont j’avertis mes lecteurs est que presque à toutes les remarques qu’ils ont pu voir ci-dessus(38) conviennent et doivent être appliquées au travail de cette seconde édition.

Je les avertis en second lieu que j’ai été bien fâché qu’un amas de circonstances, dont il serait fort inutile de les entretenir, m’ait contraint de joindre à ce qui avait déjà paru ce que je faisais de nouveau. Je n’ignorais pas que cela pourrait déplaire à ceux qui avaient acheté lai première édition; mais enfin j’ai espéré qu’ils seraient assez raisonnables pour recevoir mes excuses.

Ils n’ont pas dû s’imaginer que la seconde édition ne serait en rien préférable à la première; car il a fallu nécessairement qu’ils crussent que je corrigerais toutes les fautes dont je me pourrais apercevoir, et que les additions et les corrections qui étaient à la fin de chaque tome seraient insérées chacune en sa place naturelle. Cela seul pouvait donner la préférence à la seconde édition, et causer quelque chagrin à ceux qui avaient acheté l’autre. Il était donc impossible de ne leur pas donner quelque mécontentement. On se trouvait donc réduit de ce côté-là à la différence du plus au moins; mais de l’autre côté il s’agissait de la satisfaction toute entière de ceux qui n’avaient point encore le livre, et qui le voulaient avoir. Ils eussent été bien mécontents de la division en deux alphabets. On pouvait s’imaginer avec quelque vraisemblance qu’ils étaient en plus grand nombre que ceux qui s’étaient pourvus de la première édition. Une longue expérience a fait connaître que cette sorte d’ouvrages alphabétiques se réimpriment plusieurs fois, lors même qu’ils sont très défectueux. On s’est donc trouvé dans l’alternative ou de ne contenter pas tout à fait un certain nombre de gens, ou d’en contenter tout à fait un plus grand nombre : la raison a donc voulu qu’on prît le dernier parti.

Il y avait un milieu à suivre : c’était d’imprimer à part les additions; et de les insérer aussi dans la seconde édition. Ceux qui n’avaient pas encore acheté eussent eu par ce moyen tout l’ouvrage, sous un seul alphabet. Ceux qui avaient acheté n’eussent été obligés qu’à se pourvoir des additions, et ils eussent trouvé plus supportable l’incommodité des deux alphabets que celle de payer deux fois une même chose. J’aurais pris cet expédient si j’avais cru que les additions seraient aussi grandes qu’elles l’ont été; mais lorsque l’on commença cette seconde édition, je me figurais qu’elles ne pourraient monter qu’à un petit nombre de feuilles, et que ce ne serait point la peine de les publier à part. Les choses ont changé de face pendant le cours de l’impression; mais l’occasion de se servir de ce milieu était perdue quand on a pu croire que les additions pourraient composer un tome. On y prendrait mieux garde si cette seconde édition avait des suites; car, en ce cas-là, on prendrait de telles mesures que chacun pourrait acheter séparément ce qui serait ajouté.

Si cette excuse ne suffit pas, en voici une autre. Le public doit être si accoutumé aux fréquentes éditions des dictionnaires corrigées et augmentées chaque fois, qu’il ne serait pas raisonnable de se fâcher que j’aie suivi un usage que tant d’exemples autorisent. J’en pourrais citer beaucoup; mais je me contente d’alléguer le Dictionnaire de Moréri, dont il s’est fait neuf éditions en vingt-cinq ans, toujours avec de nouvelles additions et corrections. La neuvième sera sans doute suivie de plusieurs autres sur le même pied, tant en France(39) qu’en Hollande. Je ne demanderais point, que l’on m’excusât si j’étais coupable de tant de rechutes; mais il me semble que l’on me doit tenir pour justifier sur cette première foie, et principalement puisque je n’ai pas dessein de réitérer cette conduite.

Disons quelque chose de cette seconde édition. Elle n’est pas augmentée de la moitié, mais il ne s’en faut guère; et si elle n’est pas exempte des fautes de la première autant qu’il l’aurait fallu, et que je le souhaitais, elle est pourtant beaucoup moins défectueuse. La révision m’a fait trouver dans la Première édition plusieurs méprises qui venaient de la négligence des imprimeurs. On y a remédié, comme aussi à plusieurs autres dont le plus grand nombre venait des auteurs que j’avais cités, et que je n’avais pas pu rectifier, à cause que les livres nécessaires pour cela n’étaient pas en ma puissance. Il y a quelques fautes que je n’eusse pas corrigées si on ne m’en eût averti.

On discernera facilement celles-là; car j’ai été soigneux d’indiquer(40) les sources des avis, ou des éclaircissements, ou des suppléments qui m’ont été communiqués. Après tout, je ne suis pas sans beaucoup de crainte qu’il ne soit resté plus de fautes que je n’en ai réparé : c’est le sort des dictionnaires de ne marcher vers la perfection que fort lentement et qu’à diverses reprises. Il leur manque une infinité de choses la première fois qu’ils se montrent; le temps les leur donne peu à peu. Quoi qu’il en soit, j’ai été si mécontent de ma première édition en la faisant repasser sous l’examen, que je la désavoue; et l’abandonne(41), et que je n’en veux plus être responsable qu’à l’égard des choses que j’en ai fait réimprimer; et j’attends de l’équité des lecteurs que s’ils veulent me reprendre, ils s’assureront, avant que d’en venir là, si l’endroit qu’ils croiront fautif se trouve dans la seconde édition. Je les prie aussi très instamment de s’assurer si cet endroit-là est corrigé dans l’errata, ou dans les additions que j’ai mises à la fin de chacun de ces trois volumes.

Il y a une sorte de corrections que j’ai faites comme d’office, et en conséquence d’un engagement dont le public fut informé(42). Je m’y suis conduit avec tout le soin possible, et avec une très forte intention de satisfaire les mécontents. J’ai retranché pour cet effet tout ce que l’article de David pouvait contenir de désagréable. C’est la plus grande suppression qui ait été nécessaire les autres ne sont pas considérables, ni quant à leur nombre, ni quant à leur étendue. On a pu remédier à tout aux dépens de quelques mots ou de quelques lignes, et principalement par le moyen, de quatre éclaircissements qui sont à la fin de cet ouvrage.

Je ne dirai presque rien des additions; je ne veux prévenir personne, chacun en jugera comme il l’entendra; mais je ne veux pas dissimuler que la peine qu’elles m’ont causée ne m’a point permis de corriger les articles de la première édition avec toute la sévérité et avec toute la diligence que j’aurais voulu y apporter. Il est malaisé que, pendant que les imprimeurs travaillent sans discontinuation, l’auteur suffise à ces trois choses : à faire la révision de deux gros volumes in-folio, à les augmenter de plus d’un tiers, et à corriger les épreuves.

Il y a telle addition qui amène du dérangement sur plusieurs endroits, qu’il faut retoucher et rajuster, si l’on ne veut pas se contredire ou débiter du galimatias. Pour bien corriger un dictionnaire, il faudrait se faire une loi de ne le pas augmenter; car il en va de ces ouvrages comme des villes on des fruits. On ne donne guère à une ville une belle symétrie lorsqu’on s’attache beaucoup plus à l’agrandir qu’à réparer les vieilles maisons. Un tel agrandissement sert plutôt à faire paraître les disproportions et les irrégularités qu’à les ôter. Et pour ce qui est des fruits, on sait bien qu’ils ne mûrissent que quand ils cessent de recevoir de nouveaux sucs. Mais voilà le sort ordinaire des ouvrages de compilation. Quand on les réimprime, on songe plus à y joindre de nouvelles choses qu’à mettre les vieilles en meilleur état. On est dégoûté des vieilles que l’on a relues tant de fois, et l’on trouve dans les autres un attrait de nouveauté qui s’empare de toute l’attention de l’auteur. Cela produit un mauvais effet; la plupart des vieilles fautes demeurent, et l’on en ajoute de nouvelles.

J’ai cru qu’on serait bien aise de discerner dans cette édition ce que j’y ai ajouté, et j’ai fait en sorte qu’on le pût facilement. Voici à quelles marques.

I. Les articles nouveaux ont la figure d’une main index pointé à côté de la première ligne(43).

II. Les additions au texte des vieux articles commencent par un alinéa.

III. Toutes les remarques du commentaire qui se rapportent à cet alinéa sont nouvelles.

IV. Celles où l’on met au commencement la lettre grecque D avec une lettre majuscule de l’alphabet ordinaire le sont aussi.

V. Les additions aux vieilles remarques commencent par un alinéa dont le premier mot est en lettres majuscules. Elles s’étendent presque toujours jusques au commencement de la remarque suivante; si elles ne s’étendent pas jusques là, elles finissent par un mot qui est en gros caractères.

VI. Il y a quelques additions jointes au corps des articles sans être alinéa. On les connaîtra presque toutes par la parenthèse qui y est insérée, et qui contient la lettre grecque D avec une lettre majuscule de l’alphabet ordinaire. Cela veut dire que le plus souvent elles sont le texte d’une nouvelle remarque.

VII. Les additions que l’on ne peut discerner par aucun de ces caractères ne sont pas considérables.

Plusieurs personnes m’ayant conseillé de ne pas laisser, périr le projet que je publiai, l’an 1692, à la tête de quelques essais de ce Dictionnaire, je l’ai fait réimprimer à la fin des dissertations du dernier volume(44).

Il y certaines choses dont j’ai dit en divers endroits que j’en avertissais une fois pour toutes. Le hasard peut faire que jamais les lecteurs ne tombent sur ces endroits-là, les livres tels que celui-ci n’étant pas de ceux que l’on lit de suite et d’un bout à l’autre. L’on m’a donc conseillé d’indiquer ici les lieux où j’ai donné quelques avertissements généraux. Je crois qu’il suffira de marquer … (Ici une liste de pages et références sans objet pour notre édition).

Bien des gens m’ont recommandé de mettre de bonnes tables à la fin du livre Je tombe d’accord qu’il n’y a guère d’ouvrages où elles soient plus nécessaires que dans celle-ci. J’avais formé d’assez bons plans, et peut-être pourrais-je dire qu’il y a peu de personnes plus propres à les exécuter que ceux qui ont travaillé longtemps à de vastes compilations; car s’ils ont voulu vérifier les passages(45), ils ont été obligés d’aller aux tables des matières à tout moment, ils y ont été trompés mille et mille fois : ils en ont donc connu les défauts, et ils ont appris ce qu’il faut faire pour les éviter. Peut-être donc que j’aurais pu composer une bonne table, mais je n’ai eu ni le temps ni la patience nécessaires à un travail si pénible et si ennuyeux. Je n’ai pas même trouvé à propos que la personne dont on s’est servi, et qui eût pu exécuter fort exactement tous les plans qu’on lui eût marqués, s’engageât dans tout le détail que quelques lecteurs demandent. Ils voudraient une table particulière des auteurs cités, censurés, ou corrigés, et ainsi de cent autres choses. J’ai considéré que de telles tables seraient si longues qu’elles rebuteraient beaucoup de gens. Je sais par ma propre expérience, et par celle de plusieurs autres, que les articles d’une table chargée d’une demi page de chiffres ne servent presque à personne car où sont les gens qui, pour chercher un passage, veuillent se donner la peine d’en consulter vingt ? Dans une table de M. de Saumaise(46), l’article de Plinius contient plus de trois colonnes de chiffres; celui de Strabo en contient deux; celui de Théophrastus près de trois. A quoi peut servir cela à un lecteur ? Sera-t-il assez stupide pour employer toute une journée à tenter fortune sur cette incroyable quantité de pages citées ? Le remède à cela serait de marquer que l’on cite Pline pour telle et pour telle chose mais si vous ne faites pas une nouvelle distribution alphabétique, la vue de deux ou trois pages occupées par un seul nom rebutera tout le monde. Or cette distribution alphabétique de ce qui concerne chaque auteur que l’on a cité est un travail de galérien. Et puis ne sait-on pas que de cent lecteurs, il s’en trouve à peine quatre qui se soucient que l’indice des matières soit bon ? La plupart des gens ne le consultent jamais : on prendrait donc une peine horriblement fatigante, et qui ne serait utile qu’a peu de personnes. C’est sur ces raisons, et sur plusieurs autres, que j’ai cru qu’il suffisait de donner la table que l’on verra à la fin du livre, et d’en faire seulement une autre qui ne contient que le catalogue des articles(47). Vous remarquerez, s’il vous plaît, que la table des matières ne contient point le nom de tous les auteurs que j’ai cités, et que lorsqu’elle le contient, elle ne marque pas tous les endroits où je les cite. Ce serait donc se tromper que de raisonner ainsi : Un tel auteur ne paraît pas dans la table, ou n’y paraît que trois fois; donc il n’a pas été cité, ou il ne l’a été que trois fois.

La principales raison qui m’a fait résoudre a ne point donner à exécuter tous les plans de tables que j’avais en tête est qu’il m’a semblé qu’un mot d’avis pouvait suppléer tous les défauts. Il n’y a qu’a conseiller une chose au petit nombre de lecteurs qui se sert de cette partie d’un livre.

Quand ils liront quelque endroit qui leur paraîtra mériter d’être retenu ou retrouvé au besoin, ils n’auront qu’à voir s’il est marqué dans la table; et s’il ne s’y trouve point, ils n’auront qu’à le marquer eux-mêmes, à la marge de la table sous le mot qui leur paraîtra le plus commode ou sur un papier à part: C’est la méthode dont se servent ceux qui trouvent défectueuses les tables des livres, et qui ont dessein de prévenir le dommage qu’elles leur pourraient causer.

Ayant reçu trop tard les mémoires pour l’article de la ville d’Étampes, et pour celui de Fevret, et pour la maison Minutoli, qui a donné des cardinaux, et plusieurs personnes illustres de tous états, je n’ai pu les employer. J’ai reçu aussi trop tard un article tout dressé et parfaitement bien dressé : c’est celui de Raoul, archevêque de Bourges, fils de Raoul comte, seigneur de Turenne. Il n’eût pas été à propos, ce me semble, de placer tous ces articles dans les addenda qui sont à la fin de chaque volume(48).

Très peu de gens lisent ces sortes d’addenda, et personne ne trouve bon qu’ils remplissent bien des pages. Je suis si persuadé qu’on ne les consulte guère, que je prie ici tout de nouveau mes lecteurs de ne me condamner sur rien avant que d’avoir examiné mes addenda, où je rectifie plusieurs choses. Je les prie aussi d’y consulter nommément l’addition des articles Brun(49) et Bude, dans laquelle je parle de l’ancienne noblesse de ces deux familles ; celle de l’article Fontevraud, et de l’article Léon X(50) ; et l’article Versoris, que je donne tout entier dans l’addenda, du dernier volume(51).

Je n’ai rien à répondre à ceux qui se plaignent de ce que mon ouvrage ne leur fournit pas en assez grande quantité les choses qui sont de leur goût. C’est le destin inévitable des écrits miscellanées. Chaque lecteur y trouve trop de ceci, trop peu de cela. Ceux qui aiment les généalogies n’y en trouvent pas assez; ceux qui ne les aiment pas y en trouvent trop. Ceux qui se plaisent aux raisonnements philosophiques y en voudraient davantage; ceux qui ne les aiment pas y en voudraient beaucoup moins. Les uns voudraient que je n’eusse pas donné l’article de tant de ministres; d’autres s’étonnent que j’en aie tant oublié. Je les prie tous de se souvenir d’un bon mot de Pline, Pardonnons aux autres leurs inclinations, afin qu’ils nous pardonnent les nôtres. Je cite sur cela un beau passage de Scioppius(52).

Que si j’ai parlé d’une certaine famille plutôt que d’une autre qui n’était pas moins considérable, ou qui l’était encore plus, je l’ai fait sans acception de personnes. Ma seule règle a été que j’avais des matériaux pour les unes et non pour les autres.

Je dois une réponse particulière à ceux qui ont trouvé à redire que j’aie parlé de si peu de grands guerriers. Deux causes m’ont réduit à cette grande sécheresse. L’une est, comme j’en ai averti suffisamment, que j’ai évité de me rencontrer avec les autres dictionnaires, tant à l’égard des éditions déjà faites qu’à l’égard des éditions à venir. La plupart des généraux d’armée anciens et modernes se trouvent dans le Moréri; on y trouve surtout les connétables, les amiraux, et les maréchaux de France, etc. Ces articles ne coûtaient que la peine de copier le père Anselme. Je me suis persuadé que tous les fameux guerriers septentrionaux et allemands paraîtraient avec beaucoup de détail dans le Dictionnaire de M. Chappuzeau. Je n’ai donc point cru qu’il fallût que je me tournasse de ce côté-là. Mais voici une autre raison encore plus forte. Je ne me suis point vu en état de donner l’article des hommes de guerre tel que je l’aurais voulu. Le travail du père Anselme est bon et utile, et a demandé une patience et des recherches incroyables mais il ne peut point satisfaire la curiosité des lecteurs. Ce n’est presque rien que de savoir qu’une telle année un général prit ou secourut une ville, qu’il gagna une bataille, etc. On souhaite outre cela de savoir quel était son caractère, s’il excellait en courage comme Marcellus, ou en prudence comme Fabius, le cunctateur; s’il était plus propre à conquérir qu’à conserver; si par trop de feu il s’éblouissait un jour de bataille, ou s’il demeurait tranquille dans le plus fort du péril; par quel coup de tête il gagna une bataille qui était déjà presque perdue; par quelle faute il fut vaincu en une telle occasion. On souhaite encore de savoir si en effet il remporta la victoire comme l’assurent les écrivains de son parti, ou s’il la perdit, comme l’assurent les écrivains du parti contraire. Ces disputes-là sont innombrables(53). Je me croirais obligé de les discuter, et de mettre en parallèle les relations des deux partis, afin qu’en établissant pour principe les faits dont elles conviennent, soit à l’égard du combat, soit à l’égard de ses suites, on pût parvenir par la voie des conséquences à quelque sorte de certitude.

Par exemple, si je parlais du maréchal de Luxembourg, je voudrais marquer le caractère qui le distinguait des autres guerriers, donner quelques détails sur les occasions où il fit paraître ce en quoi il excellait, et ce en quoi ses talents étaient d’un ordre inférieur. J’éviterais les péchés de commission et d’omission que je trouve sur son chapitre dans le Dictionnaire de Moréri. Je ne dirais pas qu’il défit les armées de Hollande près de Bodegrave l’an 1672, qu’il prit Bodegrave(54) l’an 1673, qu’il fit lever le siège de Charleroi l’an 1674. Car le premier de ces trois faits est une hyperbole inexcusable(55), et les deux autres sont absolument chimériques. Je ne dirais pas qu’en 1673, il passa au travers de l’armée ennemie au nombre de soixante et dix mille hommes, quoiqu’il n’en eut que vingt mille. C’est une hyperbole qu’on ne pardonnerait point aux poètes. Je ne dirais pas qu’en 1678, il battit l’armée des Hollandais à St-Denys proche de Mons; mais j’examinerais le problème du gain de cette bataille. Je ne dirais pas qu’en 1692 il prit à Steinkerke le canon, le bagage, etc., des ennemis, car c’est un fait manifestement réfuté par la propre relation qu’il fit lui-même de ce combat, et qui fut imprimée en France tout aussitôt. Je n’omettrais point la rébellion où il s’obstina depuis l’an 1649 jusqu’à la paix des Pyrénées. Je n’omettrais point sa campagne de Philisbourg(56) sous prétexte qu’il en fut mortifié. Je n’omettrais point sa prison de la Bastille, et je tâcherais de percer le voile épais sous lequel on tient couvertes les procédures de la chambre de l’Arsenal contre lui. Cela est d’autant plus à propos pour l’honneur de sa mémoire, qu’il a couru d’étranges bruits, et bien ridicules, touchant son procès. J’examinerais ce que tant de gens s’imaginent sans beaucoup de raison peut-être, qu’il ainsi rendu de plus grands services à la France pendant ses dernières campagnes, s’il n’eût préféré au bien public ses intérêts particuliers qui étaient de faire durer la guerre, ou s’il n’eût pas eu des ordres limités. Ces gens-là prétendent qu’il n’était à la tête de l’armée, que comme les légats du pape à la tête du concile de Trente, c’est-à-dire qu’il fallait qu’il attendît par la poste un renouvellement continuel d’inspiration. Enfin, je tâcherais de trouver le véritable milieu, quant à ses moeurs, entre son oraison funèbre et certains écrits qui ont été imprimés(57).

Il n’y a personne qui ne voie qu’étant hors d’état de remplir un plan de cette nature, je suis fort excusable de n’entamer point de tels articles.

J’ai oublié dans la préface de la première édition l’une des causes qui me portent à citer de longs passages latins; c’est qu’il y a bien des gens qui lisent mon livre sans avoir qu’une petite connaissance du français; mais le latin leur est bien connu, et ainsi, par le secours de la citation, ils peuvent entendre parfaitement ce que je veux dire(58).

Ceux qui se donneront la peine de jeter les yeux sur les marges de ce Dictionnaire sont priés de se souvenir que les citations que j’ai fait marquer par un chiffre sont celles que j’ai trouvées dans les auteurs dont je rapporte des passages. Ce n’est point à moi à répondre de celles-là.

Le 7 décembre 1701.
 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
NOTES

Note_37 1702, en 3 vol. in-folio

Note_38 Dans la préface de la première édition.

Note_39 Les nouvelles littéraires de Paris apprennent que M. Vautier travaille à une nouvelle édition du Moréri; et cela non seulement pour l’augmenter et le corriger, mais aussi pour le refondre. Il est bien capable d’y réussir. C’est lui qui a donné l’édition de Paris, 1699.

Note_40 Soit en général, soit en nommant les gens, soit en mettant des étoiles ou des points à la place de leur nom, quand j’ai su ou cru qu’ils ne voulaient pas être nommés. Il y a très peu d’exceptions à ceci.

Note_41 Ceci se doit entendre principalement des exemplaires qui furent réimprimés, et dont je ne revis pas les épreuves. Les imprimeurs y ont fait de grosses fautes, comme j’en avertis le public à la fin de mes Réflexions sur un imprimé qui a pour titre : Jugement, etc.

Voyez ci-dessous la note suivant. On pourra discerner ces exemplaires, si l’on prend garde qu’ils contiennent, sur la dernière page du 1er volume, un supplément d’errata.

Note_42 Dans une Lettre touchant ce qui s’est passé dans le consistoire de l’église wallonne de Rotterdam, au sujet du Dictionnaire critique.

Cette lettre se trouve ci-dessous dans la Vie de M. Bayle de cette édition (année 1698.)

Note_43 On n’a pas cru devoir conserver ces distinctions dans cette édition, non plus que dans la précédente, où il n y a point d’additions de l’auteur. [Voyez mon Discours préliminaire en tête du Ier. vol. (Beuchot.)]

Note_44 Il est ici dans le tome XV.

Note_45 C’est ce que j’ai fait autant que j’ai pu, toutes les fois que j’ai eu assez de livres.

Note_46 Salmasius in indico Auctorum citatorum in Exercitationibus Plinianis.

Note_47 Voyez ci-après à la fin de la note suivante.

Note_48 Ces quatre articles se trouveront à la fin de cette 3e édition parmi les articles communiqués à l’auteur; et, afin de remédier en quelque sorte à l’inconvénient dont il se plaint ici, on les a insérés dans la liste alphabétique des articles de ce Dictionnaire, avec cette marque de distinction ‡ dans la 4e et dans cette 5e ; on les a insérés leur place. [Et aussi dans la présente édition in-8°. Quant à la liste alphabétique des articles elle a été refondu dans la table générale ; les noms des personnages qui ont des articles dans le Dictionnaire sont imprimés en petites capitales. Ceux qui ont est été l’objet de noies ou additions sont précédés d’un astérisque. (Beuchot)]

Note_49 Le plénipotentiaire d’Espagne à la paix de Munster.

Note_50 Toutes ces additions ont été mises en leur lieu dans la 3e édition dans la 4e et dans cette 5e. [et aussi dans la présente.]

Note_51 J’y donne deux lettres de ce pape qui n’avaient jamais été imprimées, et qui sont bien curieuses.

Note_52 Scioppius, Element. philosopha stoicae moralis,. cap. CLII, fol. 147. (Texte latin non cité ici).

Note_53 L’origine bien souvent en est que par des raisons de politique on se sert du nom de victoire dans les premières relations d’un combat qui se vendent au milieu des rues. Ce titre, qui ne devrait être que passager, devient primordial. C’est comme un nom de baptême qu’on porte toujours.

Note_54 Notez que Bodegrave n’est qu’un village.

Note_55 Conférez l’article Bodegrave, [tome III.]

Note_56 En 1676.

Note_57 On ne parle pas de tous, car la plupart sont des lettres si fades, si impertinentes et si manifestement suspectes de calomnie, qu’on ne doit y avoir aucun égard

Note_58 Pour cette édition électronique nous ne reproduirons pas en général les citations latines et grecques, nous nous bornerons à en donner les références. Y. B.