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NOTES
Note_1
« C’est ici, dit Joly, l’article qui a le plus scandalisé...
Je n’examinerai qu’un ou deux endroits, et je renverrai pour le reste aux
auteurs qui ont réfuté cet article. » Les ouvrages
auxquels il renvoie, sont : l’Examen du Pyrrhonisme de Bayle, par Crousas,
et l’Apologie de David, 1737, in-12. Mais Bayle a été extrêmement
réservé en comparaison de l’écrivain anglais à
qui l’on doit : The man after God’s own heart, 1761, in-12, dont
il existe une traduction française, attribuée au baron d’Holbach,
et intitulée
David, ou Histoire de l’Homme selon le coeur de
Dieu, 1768, petit in-8°. Voltaire a peut-être encore plus
maltraité David dans son drame burlesque intitulé Saül.
— La version donnée ici de l’article David, est celle de 1702.
J’ai eu l’attention de noter les moindres additions faites par Bayle. Quant
aux suppressions de plusieurs passages, qu’on lisait dans l’édition
de 1697, on les trouvera à la suite, sous le titre de Variantes
de l’article David. Par cette disposition, chacun pourra, dans ses
lectures, rétablir l’une ou l’autre version ; et d’un coup d’œil
on verra les morceaux qui attirèrent des désagréments
à Bayle ; lorsque ce n’est que des fragments, ils seront imprimés
en italique ; mais il m’a paru inutile d’employer ce caractère lorsque
la suppression portait sur des remarques entières. (Beuchot.) —
Dans cette édition numérisée nous reproduisons les
articles de 1697 et 1702, chacun dans leur intégralité.(RDB)
Note_2
Ier livre de Samuel, chap. XVI, verset 13.
Note_3
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| (A) Isaïe descendait
en droite ligne de Juda, l’un des et demeurait à Bethléem
petite ville de la tribu de Juda, un des douze enfants de Jacob. Quelques
nouveaux récits disent que lorsque la mère de David le conçut,
Isaïe, son père, ne pouvait point jouir de sa femme, mais de
sa servante; et c’est par là qu’ils expliquent le verset 7 du Psaume
LI, où David assure qu’il a été formé en
iniquité, et que sa mère l’a échauffé en péché.
Cela, disent-ils, signifie qu’Isaïe, son père, commit un
adultère en l’engendrant, parce qu’encore qu’il l’engendrât
de sa femme, il croyait ne l’engendrer que d’une servante à la pudicité
de laquelle il avait tendu des pièges*(a).
Cette explication est peu conforme à la doctrine du péché
originel; et c’est pour cela que le père Bartolocci*(b),
ayant rapporté ce sentiment des nouveaux rabbins, s’est cru obligé
d’examiner par occasion, si les anciens Juifs ont reconnu la vérité
de cette doctrine. Si la supposition de ces rabbins était véritable,
ils auraient très grande raison de dire qui Isaïe aurait commis
un adultère ; mais d’autre côté il faudrait dire qu’il
n’aurait point commis un péché, si croyant de bonne foi qu’il
jouissait de sa femme, il eût engrossé sa servante. Cette
supposition rabbinique est bien éloignée de la tradition
que St Jérôme rapporte. Il dit qu’on a cru qu’Isaïe,
père de David ne commit jamais aucun péché actuel,
et qu’il n’y eut en lui aucune souillure que celle qu’il apporta du sein
de sa mère… (Citations latines)*(c).
Au reste, ceux qui voudraient adopter l’impertinence des Rabbins sur la
conception de David, passeraient aisément dans une autre impertinence,
qui serait de mettre David au nombre des bâtards illustres. La raison
physique que l’on allègue pourquoi les bâtards viennent si
souvent au monde avec tant de talents naturels, aurait lieu ici de la part
du père.
Je viens de lire un livre italien*(d),
où ce conte des rabbins est raconté en cette manière
: le père de David aimait sa servante, et après l’avoir cajolée
plusieurs fois, il lui dit enfin qu’elle eût à se tenir prête
à coucher cette nuit-là avec lui. Elle, n’ayant pas moins
de vertu que de beauté, se plaignit à sa maîtresse
qu’Isaïe ne lui donnait nul repos par ses sollicitations. Che non
poteva haver riposo, rispetto che il patrone continuamente la tentava per
farla giacere una notte con lui. « Promets-lui de le contenter
cette nuit-ci, lui répondit sa maîtresse, et j’irai me mettre
à ta place. » La chose s’exécuta deux ou trois nuits
consécutives. Quand Isaïe se fut aperçu que sa femme
avec laquelle il ne couchait plus depuis longtemps était néanmoins
enceinte, il l’accusa d’adultère, et ne voulut ajouter foi au récit
qu’elle lui fit de l’accord passé avec la servante. Ni lui ni ses
fils ne voulurent voir l’enfant qu’elle mit au monde, ils le tinrent pour
bâtard : il la traita avec le dernier mépris, et fit élever
l’enfant à la campagne parmi les pâtres. Il ne parla point
de ce mystère à ses voisins; il cacha cette honte domestique
pour l’amour de ses enfants. Les choses demeurèrent en cet état
jusqu’à ce que le prophète Samuel fut chercher un roi dans
la famille d’Isaïe. Son choix ne s’étant pas arrêté
sur aucun des fils qu’on lui montra, il fallut faire venir David : on le
fit avec répugnance, parce qu’on craignit de découvrir un
secret honteux ; mais quand on eut vu que ce prétendu bâtard
était la personne que le prophète cherchait, on changea bien
de pensée ; ce ne furent plus que beaux cantiques. David commença
par un Te Deum, il loua Dieu qui avait ouï ses prières,
et qui l’avait délivré de la note de bâtardise. Isaïe
continua et dit : La pierre que les architectes ont rejetée est
devenue la pierre angulaire, qui soutiendra toute la maison. Ses autres
fils, Samuel, etc. dirent aussi des sentences. Le Rabbin ajoute que le
dessein d’Isaïe avait été bon, sa femme était
vieille, sa servante jeune, et il souhaitait de procréer de nouveaux
enfants. Il pensiero d’Isaï era buono, perche essendo la patrona
vecchia, e la massera giovane, havea desiderio di haver altri figlivoli*(e).
O la bonne Apologie : si de pareilles excuses suffisaient, quelle multitude
d’impudiques ne mettrait-on pas à couvert de la censure ? y eut-il
jamais de dogmes sur la direction d’intention plus commodes que celui-là?
*(a) Voyez le Journal des Savants
du 14 juillet 1692, p. 465. Édition de Hollande.
*(b) La Bibliotheca magna Rabbinica,
Partie II, page 4, cité dans le Journal des Savants du 14
juillet 1692.
*(c) Citations de St Jérôme,
et du père Camart, de Rebus gestis Eliae.
*(d) Ce livre a pour titre Precetti
da esser imparati dalle donne Ebree
*(e) Precetti da esser imparati, etc.,
p. 69 |
.
Note_4
Ier livre de Samuel, chap. XVI, verset 20.
Note_5
.
| (B) On pourrait débiter
bien des Recueils sur ce sujet; mais je m’en abstiens, et vous renvoie
à ceux de Caspar Loescherus Professeur en Théologie à
Wittemberg. Consultez la Dissertatio historico-Theologica de Saule per
musicam curato. Elle fut imprimée à Wittemberg l’an 1688. |
.
Note_6 C’est-à-dire
qu’il portait les armes de Saül. Ier livre de Samuel, chap. XVI, verset
21.
Note_7
.
| (C) Les armes de
Goliath furent conservées comme un monument de la gloire des Israélites.
David les porta d’abord dans la tente*(a), mais apparemment
on les mit ensuite dans un lieu sacré ; car nous lisons*(b)
que David ayant demandé au sacrificateur Abimélec, s’il ne
pourrait point lui fournir quelque hallebarde ou quelque épée,
ce sacrificateur lui répondit : L’épée de Goliath
est là, enveloppée d’un drap, derrière l’éphod
; prenez-la , si vous voulez. David se la fit donner. Quant à
la tête de Goliath, elle fut portée à Jérusalem*(c),
lorsque David eut choisi cette ville pour la capitale de son royaume. Josèphe
dit positivement que ce fut David lui-même qui consacra à
Dieu l’épée de Goliath*(d).
*(a) Samuel, XVII, verset 54.
*(b) Samuel, XXI, verset 8 et 9.
*(c) Samuel, XVII, verset 54.
*(d) Josèphe, Antiq., livre
VI, ch. XI et XIV. |
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Note_8
.
| (D) C’est une chose
un peu étrange, que Saül n’ait point connu David ce jour-là,
vu que ce jeune homme avait joué des instruments plusieurs fois
en sa présence, pour calmer les noires vapeurs qui le tourmentaient.
Si une narration comme celle-ci se trouvait dans Thucydide ou dans Tite-Live
, tous les critiques concluraient unanimement que les copistes auraient
transposé les pages , publié quelque chose en un lieu , répété
quelque chose dans un autre, ou inféré des morceaux postiches
dans l’ouvrage de l’auteur. Mais il faut bien se garder de pareils soupçons
lorsqu’il s’agit de la Bible. Il y a eu néanmoins des personnes
assez hardies, pour prétendre que tous les chapitres ou tous les
versets du premier Livre de Samuel n’ont point la place qu’ils ont eue
dans leur origine. M. l’abbé de Choisi lève mieux, ce me
semble, la difficulté. On amena David à Saül,
dit-il*(a) : d’abord il ne le reconnut pas, quoi
qu’il l’eut vu plusieurs fois dans le temps qu’il l’avait fait venir pour
jouer de la harpe ; mais comme il y avait plusieurs années, comme
David était alors fort jeune, qu’il était venu à la
cour en qualité de musicien, et qu’on le voyait alors habillé
en berger, il ne faut pas s’étonner qu’un roi accablé d’affaires,
et dont l’esprit était malade, eût oublié les traits
de visage d’un jeune homme qui n’avait rien de considérable.
Je voudrais seulement qu’il n’eût point dit: 1° qu’il y avait
plusieurs années que Saül n’avait vu David ; 2° que David
était fort jeune, quand il vint à la cour de Saül en
qualité de musicien. Il n’y a nulle apparence qu’il fût de
beaucoup moins jeune quand il tua Goliath, que lorsqu’il vint la première
fois à la cour de Saül; car, au temps de ce premier voyage,
il
était homme fort et vaillant, et guerrier, et qui savait bien
parler*(b); il n’avait que trente ans, lorsqu’après
la mort de Saül il fut élu roi ; et il faut nécessairement
qu’il se soit passé bien des années depuis la mort de Goliath,
jusques à celle de Saül. Voyez la Remarque où nous critiquons
M. Moréri, et la Remarque (L).
*(a) Choisi, Histoire de la vie
de David, pages 8 et 9. Édition d’Amsterdam, 1692.
*(b) Samuel, XVI, verset 13.
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Note_9 Samuel,
XVIII, verset 2.
Note_10 Les
femmes en allant au devant du roi dansaient et chantaient. Saül en
a tué ses mille, et David ses dix mille. Samuel, livre I, chapitre
XVIII, verset 7.
Note_11 Samuel,
livre I, chapitre XVIII, verset 27.
Note_12 Samuel,
livre I, chapitre XVIII, verset 29.
Note_13 Samuel,
livre I, chapitre XVIII, verset 30.
Note_14 Samuel,
livre I, chapitre XIX, versets 1 et 2.
Note_15 Samuel,
livre I, chapitres XXIV et XXVI..
Note_16 Samuel,
livre I, chapitre XXVII.
Note_17 Samuel,
livre I, chapitre XXVII
Note_18 Samuel,
livre II, chapitre II, verset 4.
Note_19 Samuel,
livre II, chapitre II, verset 8.
Note_20Samuel,
livre II, chapitre III.
Note_21C’était
le général de l’armée de David.
Note_22 Samuel,
livre II, chapitre IV.
Note_23 Samuel,
livre II, chapitre V, verset 5.
Note_24
.
| (E) Le plus grand
de leurs attentats fut la révolte d’Absalom, qui contraignit ce
grand Prince à s’enfuir de Jérusalem dans un équipage
lugubre, la tête couverte, les pieds nus, fondant en larmes, et n’ayant
les oreilles battues que des gémissements de ses fidèles
sujets*(a). Absalom entra dans Jérusalem comme
en triomphe ; et afin que ses partisans ne se relâchassent point
par la pensée que cette discorde du père et du fils viendrait
à cesser, il fit une chose très capable de faire croire qu’il
ne se réconcilierait jamais avec David. Il coucha avec les dix concubines
de ce prince, à la vue de tout le monde*(b).
Il
y a beaucoup d’apparence que ce crime lui aurait été pardonné
: l’affliction extrême où sa mort plongea David en est une
preuve. C’était le meilleur père que l’on vît jamais
: son indulgence pour ses enfants allait au delà des justes bornes,
et il en porta la peine tout le premier. Car s’il eût puni, comme
la chose le méritait, l’action infâme de son fils Ammon*(c),
il n’aurait pas eu la honte et le déplaisir de voir qu’un autre
vengea l’injure de Tamar; et s’il eût châtié comme il
fallait celui qui vengea cette injure, il n’aurait pas couru risque d’être
entièrement détrôné. David eut la destinée
de la plupart des grands princes, il fut malheureux dans sa famille. Son
fils aîné viola sa propre soeur, et fut tué par l’un
de ses frères à cause de cet inceste: l’auteur de ce fratricide
coucha avec les concubines de David.
*(a) Samuel, livre II, chapitre XV.
*(b) Samuel, livre II, chapitre XVI.
*(c) Il viola Tamar et fut tué
pour ce crime par ordre d’Absalom, frère de Tamar de père
et de mère. Samuel, livre II, chapitre XIII. |
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Note_25
.
| (F) On peut
voir par cet exemple qu’il n’y a nul fond à faire sur la fidélité
des peuples; car enfin, David était tout ensemble un bon roi et
un grand roi. Il s’était fait aimer, il s’était fait estimer,
et il avait pour la Religion du pays tout le zèle imaginable. Ses
sujets avaient donc lieu d’être contents, et s’ils avaient eu à
choisir un prince, lui eussent-ils pu souhaiter d’autres qualités
? Cependant ils sont si peu fermes dans leur devoir à l’égard
de David, que son fils Absalom, pour se faire déclarer roi, n’a
qu’à se rendre populaire pendant quelque temps, et à entretenir
quelques émissaires dans chaque tribu. On peut appliquer aux peuples
la maxime, casta et quam nemo rogavit. Si l’on ne voit pas plus
souvent des rois détrônés, c’est que les peuples n’ont
pas été sollicités à la révolte par
des intrigues assez bien conduites. Il ne faut que cela: si le prince n’est
pas méchant, on sait bien le faire passer pour tel, ou pour esclave
d’un méchant Conseil. Les prétextes ne manquent jamais, et
pourvu qu’on les soutienne habilement, ils passent pour une raison légitime,
quelque faibles qu’ils soient dans le fond. |
.
Note_26 Samuel,
livre II, chapitre XV, versets 34 et suivants.
Note_27
.
| (G) Le dénombrement
du peuple fut une chose que Dieu considéra comme un grand péché*(a).
Ses amours pour la femme d’Urie, et les ordres qu’il donna de faire périr
le même Urie*(b), sont deux crimes très
énormes; mais il en fut si touché, et il les expia par une
repentance si admirable, que ce n’est pas l’endroit de sa vie par où
il contribue le moins à l’instruction et à l’éducation
des âmes fidèles. On y apprend la fragilité des saints;
et c’est un précepte de vigilance : on y apprend de quelle manière
il faut pleurer ses péchés ; et c’est un très beau
modèle. Quant aux Remarques que certains critiques voudraient étaler
pour faire voir qu’en quelques autres actions de sa vie il a mérité
un grand blâme, je les supprime dans cette édition d’autant
plus agréablement, que des personnes beaucoup plus éclairées
que moi en ce genre de matières m’ont assuré que l’on dissipe
facilement tous ces nuages d’objections, dès qu’on se souvient,
1° qu’il était roi de droit pendant la vie de Saül; 2°
qu’il avait avec lui le grand sacrificateur qui consultait Dieu pour savoir
ce qu’il fallait faire; 3° que l’ordre donné à Josué
d’exterminer les infidèles de la Palestine subsistait toujours;
4° que plusieurs autres circonstances tirées de l’Écriture,
nous peuvent convaincre de l innocence de David dans une conduite, qui
considérée en général paraît mauvaise,
et qui le serait aujourd’hui.
*(a) Samuel, livre II, chapitre XXIV.
*(b) Samuel, livre II, chapitre VIII. |
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Note_28
.
| (H) Cinq seulement.
I. David était âgé de vingt-deux ans,
lorsque Samuel l’oignit de l’huile destinée au sacre des rois.
Cela es incompatible avec ce qui suit, et avec ce qui précède.
Cet auteur venait de dire que David naquit l’an 2950 du Monde et
un peu après il marque que David vainquit Goliath l’an 2971 du
Monde. Il est manifeste que la victoire sur Goliath est postérieure
au sacre de David, au lieu que selon Moréri la cérémonie
du sacre ne se fit qu’un an après cette victoire. Pour corriger
cette faute, il faut dire que David reçut l’onction âgé
de vingt ans*(a). Le reste n’a pas besoin de correction;
car il est vrai que David vainquit Goliath l’année d’après
son sacre.
II. Il n’est pas vrai que Saül ait renouvelé
la persécution contre David, depuis que celui-ci se fut abstenu
deux fois de lui faire le moindre mal, en ayant la plus favorable occasion
du monde. Il est un peu surprenant que l’Écriture, pour aggraver
le crime de Saül, n’ait pas remarqué qu’il se repentit bientôt
de sa réconciliation avec David, et qu’il se rendit coupable d’une
noire ingratitude. Dans le chapitre XXIV du livre I de Samuel, il apprend
que David, le pouvant tuer dans une caverne, n’avait voulu lui faire aucun
mal: il admire cette générosité ; il souhaite que
le bon Dieu la récompense; il reconnaît que la couronne est
destinée à David; il lui recommande sa famille; et sen retourne
dans sa maison. Dans le chapitre XXVI du même livre, il apprend que
David le pouvant tuer de nuit dans sa tente, s’en retire sans lui rien
faire: il admire cette générosité ; il donne sa bénédiction
à David ; il lui prédit toute sorte de prospérité;
et s’en retourne chez lui. M. Moréri prétend que ces deux
choses si semblables arrivèrent la même année. Je le
répète : il est un peu surprenant que l’Écriture ne
se serve point du premier de ces deux faits, pour rendre plus odieuse l’opiniâtreté
de Saül à persécuter l’on gendre. Deux ou trois lignes
pouvaient faire un grand effet : un lecteur eût été
frappé de voir que Saül, redevable de la vie à son beau-fils,
le loue, l’admire, lui souhaite mille bénédictions, et ne
laisse pas dans peu de temps de se remettre en campagne pour le perdre.
Les lois de la narration demandent sans doute qu’en parlant de cette nouvelle
poursuite, on observe qu’elle était une infraction de cet accord
solennel qui avait suivi l’aventure de la caverne. Cependant, vous ne trouvez
pas un iota clans l’Écriture touchant cette circonstance.
Voici d’autres sujets de surprise. David exposant à Saül qu’il
ne s’était point rendu digne de la persécution qu’il souffrait,
et qu’il n’avait tenu qu’à lui de le tuer dans la tente, ne représente
pas que c’était la seconde fois qu’il avoir eu la vie du roi entre
les mains, et que le roi avait bientôt mis en oubli l’aventure de
la caverne. Saül de son côté, qui avoue qu’il a tort,
et qui parle à David de la manière du monde la plus honnête,
n’observe point que c’est la seconde fois qu’il lui doit la vie. Avouons
que de telles circonstances ne s’oublient pas. De plus, nous voyons que
dans la première de ces deux rencontres David et Saül tiennent
à peu près les mêmes paroles que dans la seconde. Si
je voyais deux récits de cette nature, ou dans Élien, ou
dans Valère Maxime, je ne ferais pas difficulté de croire
qu’il n’y aurait là qu’un fait, qui ayant été rapporté
en deux manières aurait servi de sujet à deux articles, ou
à deux chapitres. Le fait serait que David ayant en ses mains la
vie de Saül son cruel persécuteur, l’aurait conservé
précieusement. Les deux manières de conter la chose seraient,
1° que Saül obligé par quelque nécessité
naturelle de s’écarter de ses gens, entra dans une caverne où
était David; 2°, que David se glissa de nuit jusqu’à
la tente de Saül, les gardes dormant profondément. ]e laisse
au Père Simon, et autres critiques de sa volée, à
examiner s’il était possible que les Livres Historiques du Vieux
Testament rapportassent deux fois la même chose. Il me semble que
l’action des Ziphiens, rapportée dans le chapitre XXIII du livre
I de Samuel, n’est point différente de celle qui est rapportée
dans le chapitre XXVI du même livre. Quiconque voudra faire le parallèle
de ces deux récits sera sans doute de mon sentiment. Ce qu’il y
a de bien certain c’est que Saül n’a point persécuté
David depuis la seconde réconciliation. C’est la seconde faute de
M. Moréri.
III. La 3° consiste en ce qu’il assure que David fut
si bien reçu d’Achis roi de Gath, que sa nouvelle faveur
faillit à faire soulever les Grands. Il n’y a pas un mot de
vrai dans tout cela; et je ne vois rien qui ait pu produire cette fausseté,
que les soupçons que l’on forma contre David, lorsqu’on le vit avec
ses troupes à l’arrière garde de l’armée Philistinne.
Les chefs voulurent absolument qu’il s’en retournât dans la ville
qui lui avait été donnée*(b). Il
y avait une grande différence entre ces chefs, et les grands de
la cour du roi de Gath.
IV. Le prétendu mécontentement des Grands
n’obligea point David à se retirer de cette cour. Il s’en retira
par respect, il craignit que lui et ses gens n’incommodassent le prince
par leur séjour dans la capitale: il pria donc Akis da lui assigner
une autre demeure; ce qui lui fut accordé. Ceci advint avant que
les chefs des Philistins demandassent que David sortît de leur camp.
V. Il ne fallait pas dire que David revint à
Siceleg, puisque l’on n’avait pas dit qu’il y eût déjà
séjourné.
*(a) Il naquit, selon Calvisius, l’an
du monde 2860, et fut oint par Samuel l’an du monde 2880, et tua Goliath
l’année d’après.
*(b) Samuel, livre I, chapitre XXIX.
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Note_29
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| (I) Les imprimeurs
en étaient ici, lorsqu’on m’a fait voir un Dictionnaire*(a),
que j’ai consulté tout aussitôt à l’article du Prophète
David. J’y ai trouvé des endroits qui m’ont donné lieu à
faire des observations.
I. Il n’est point vrai que David soit venu au monde 110
ans avant la naissance de Jésus-Christ : il y a plus de mille ans*(b)
entre
la naissance de l’un et la naissance de l’autre.
II. L’auteur s’efforce d’ôter la difficulté,
qui saute aux yeux de tous les lecteurs, quand ils considèrent que
Saül ne connaît point David le jour que Goliath fut tué:
il s’efforce, dis-je, de la lever, et il s’y embrouille plus qu’il ne faudrait;
car il dit en un endroit*(c), que David âgé
de dix-sept ans alla jouer de la harpe auprès de Saül, et en
un autre*(d), il ne lui donne que quatorze ou quinze
ans, et la taille d’un fort petit garçon. Peu après,
voulant réfuter ceux qui disent que le combat contre Goliath précéda
le jeu de la harpe, il se fait une objection spécieuse tirée
de ce que ceux qui proposèrent David comme un sujet propre à
chasser par la mutique le Démon qui affligeait Saül, lui donnèrent
l’éloge de vaillant homme, et de bon guerrier*(e).Je
réponds à cela, dit-il, qu’on ne doit pas conclure
par ces deux mots fortissimum et bellicosum, que le combat
soit avant le jeu de la harpe, puisqu’on peut donner le nom de fort à
qui que ce soit, pourvu qu’il le soit véritablement selon son âge.
Est-ce pas être très fort que de prendre les ours et les lions
à la course, combattre contre eux et les étouffer ? Voilà
une réponse qui suppose que David, étant encore fort petit,
et un jeune garçon de 14 ou 15 ans, s’était
battu contre des lions, les avoir pris à la course, les avait étouffés,
et pouvait être appelé un homme fort, un homme guerrier, un
homme qui parlait bien. Cette difficulté est assez grande pour mériter
d’être repoussée : d’où vient donc que notre auteur
ne fait pas même semblant de l’entrevoir ? Son silence n’empêchera
pas que les lecteurs qui auront du nez ne sentent bien que puisque David
se battit à l’âge de vingt et un ans contre Goliath*(f),
il devait avoir près de vingt ans la première fois qu’il
fut à la cour de Saül. Et ainsi la raison que notre auteur
débite comme la meilleure pourquoi Saül ne connut point David
le jour du combat contre Goliath, ne vaut rien*(g). Cette
raison est qu’un petit garçon change tellement de visage pendant
sept ans, que ceux qui ne le revoient qu’après une absence de sept
années ne le reconnaissent point. David n’est point dans le cas,
il faut donc recourir à d’autres raisons. L’auteur rapporte celles
que divers commentateurs ont imaginées. Si elles ne satisfont pas
pleinement ceux qui ne sont pas faciles à contenter, il s’en faut
prendre à la nature de la question.
III. L’Auteur oublie la plus forte preuve qu’on puisse
alléguer contre ceux qui veulent que David n’ait été
mandé pour chasser le Démon de Saül, qu’après
le combat de Goliath. Il n’allègue point que ces gens-là
renversent l’ordre selon lequel l’Écriture narre les événements
; il n’allègue point que le serviteur de Saül, qui loua David
d’être robuste, guerrier, éloquent, beau, ne parla pas de
la victoire remportée sur Goliath. Or il est impossible de comprendre
que ceux qui auraient voulu le recommander au roi après ce combat,
eussent été assez bêtes pour ne pas dire tout court
au prince, Ce même jeune homme, qui a tué Goliath, joue
bien des instruments: c’est lui qui vous guérira.
La crainte d’être trop long m’empêche d’examiner,
si dans le reste de l’article l’auteur a manqué d’exactitude. Il
a évité l’inconvénient que je marque à M. l’abbé
de Choisi, il a rapporté les années où David a fait
telle et telle chose.
*(a) C’est le Dictionnaire de la
Bible, composé par M. Simon, prêtre, docteur en théologie,
et imprimé à Lyon en 1693, in-folio.
*(b) Il y en a 1090, selon Calvisius
*(c) Dictionnaire de la Bible, page
249.
*(d) Dictionnaire de la Bible, page
259.
*(e) Dictionnaire de la Bible, page
259.
*(f) C’est la supposition de l’auteur
du Dictionnaire de la Bible, page 249.
*(g) Il cite l’auteur de l’Histoire
de la Bible, qui a mis 3 ans entre la première fois que Saül
vit David et la deuxième fois, qui a supposé que David n’avait
que 15 ans la première fois. |
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