DICTIONNAIRE HISTORIQUE ET CRITIQUE DE PIERRE BAYLE
PARIS, DESOER, LIBRAIRE, RUE CHRISTINE, 1820, 16 volumes.
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TOME V

DAVID.
Article de 1702.

Voyez l'article DAVID de l'édition 1697 qui fut très contestée..

David(1), roi des Juifs, a été un des plus grands hommes du monde, quand même on ne le considérerait pas comme un roi prophète, qui était selon le coeur de Dieu. La première fois, que l’Écriture le fait paraître sur la scène(2), c’est pour nous apprendre que Samuel le désigna roi, et fit la cérémonie du sacre. David n’était alors, qu’un simple berger. Il était le plus jeune des huit fils d’Isaïe Bethléémite(A) Après cela, l’Écriture nous apprend qu’il fut envoyé au roi Saül(4), pour lui faire passer les accès de sa frénésie au son des instruments de musique(B) Un service de cette importance le fit tellement aimer de Saül, que ce prince le retint dans sa maison, et le fit son écuyer(6). L’Écriture dit ensuite que David s’en retournait de temps en temps chez son père pour avoir soin des troupeaux; et qu’un jour son père l’envoya au camp de Saül avec quelques provisions, qu’il destinait à trois de ses fils qui portaient les armes. David, en exécutant cet ordre, ouït le défi qu’un Philistin nommé Goliath, fier de sa force et de sa taille gigantesque, venait faire tous les jours aux Israélites, sans que personne parmi eux osât l’accepter. Il témoigna bonne envie de s’aller battre contre ce géant ; et là-dessus il fut amené au roi, et l’assura qu’il triompherait de ce Philistin. Saül lui donna ses armes; mais comme David s’en embarrassé il les quitta, et résolut de ne se servir que de sa fronde. Il le fit si heureusement qu’il terrassa d’un coup de pierre ce rodomont, et puis il le tua de sa propre épée, et lui coupa la tête qu’il vint présenter à Saül(C). Ce prince avait demandé à son général, en voyant marcher David contre Goliath : De qui est fils ce jeune garçon(D). Le général lui répondit qu’il n’en savait rien, et reçut l’ordre de Saül de s’informer : mais Saül l’apprit lui-même de la bouche de ce jeune homme; car, lorsqu’on le lui eut amené après la victoire, il lui demanda : de qui es-tu le fils ? et David lui répondit qu’il était le fils d’Isaïe. Alors Saül le retint à son service, sans lui permettre de s’en retourne chez Isaïe(9). Mais comme les chansons qu’on chanta par toutes les villes sur la défaite des Philistins, faisaient dix fois plus d’honneur à David qu’à Saül(10), le roi sentit une jalousie véhémente, qui s’augmenta de plus en plus, parce que les emplois, qu’il donnait à David afin de l’éloigner de la cour, ne servaient qu’à le rendre plus illustre, et à lui acquérir l’affection et l’admiration des Juifs. Par une fausse politique, il voulut l’avoir pour gendre : il espéra que la condition sous laquelle il lui donnerait sa seconde fille, le délivrerait de cet objet d’aversion ; mais il fut confondu dans sa ruse. Il demanda pour le douaire de sa fille cent prépuces de Philistins : David lui en apporta deux cents bien comptés(11); de sorte qu’au lieu de périr dans cette entreprise, comme Saül l’avoir espéré, il en revint avec un nouvel éclat de gloire. Il épousa la fille de Saül, et n’en devint que plus formidable au roi(12) : toutes les expéditions furent très heureuses contre les Philistins; son nom fit grand bruit; il fut dans une estime extraordinaire(13) ; si bien que Saül, qui connaissait beaucoup moins la vertu de son beau-fils, que le naturel des peuples, s’imagina que la mort de David était la seule chose qui fût capable d’empêcher que l’on ne le détrônât. Il résolut donc de s’en défaire pour une bonne fois. Il fit confidence de ce dessein à son fils aîné, qui, bien loin d’entrer dans la jalousie de son père, avertit David de ce noir complot(14). David prit la fuite, et fut poursuivi de lieu en lieu, jusqu’à ce qu’il eût donné des preuves incontestables de sa probité, et de la fidélité à son beau-père, à qui il ne fit aucun mal en deux occasions favorables(15), où il ne tenait qu’à lui de le tuer. Cela fit résoudre Saül à le laisser en repos. Mais comme David craignit le retour des mauvais desseins de ce prince, il n’eut garde de relâcher ses précautions; au contraire, il se pourvut mieux d’asile qu’auparavant au pays des Philistins(16). Il demanda au roi de Gath une ville pour sa demeure, d’où il fit cent courses sur les pays d’alentour(17). Il retourna en Judée après la mort de Saül, et y fut déclaré roi par la tribu de Juda(18). Cependant, les autres tribus se soumirent à Isbozet, fils de Saül : la fidélité d’Abner en fut cause(19). Cet homme, qui avait été général d’armée sous le roi Saül, mit Isbozet sur le trône et l’y maintint contre les efforts de David ; mais n’ayant pu souffrir qu’Isbozet le censurât d’avoir pris une concubine de Saül(20), il négocia avec David pour le mettre en possession du royaume d’Isbozet. La négociation eût été bientôt conclue au contentement de David, si Joab(21), pour venger une querelle particulière, n’eût tué Abner. La mort de cet homme ne fit que hâter la ruine du malheureux Isbozet: deux de ses principaux capitaines le tuèrent, et portèrent sa tête à David, qui, bien loin de les en récompenser comme ils s’y étaient attendus, donna ordre qu’on les tuât(22). Les sujets d’Isbozet ne tardèrent guère à subir volontairement le joug de David. Ce Prince avait régné sept ans et demi sur la tribu de Juda: depuis il régna environ trente-trois ans sur tout Israël(23).

Ce long règne fut remarquable par de grands succès, et par des conquêtes glorieuses : il ne fut guère troublé que par l’attentat des propres enfants du prince(E). Ce sont ordinairement les ennemis que les souverains ont le plus à craindre. Peu s’en fallut que David ne retournât à la condition chétive où Samuel le trouva. Humainement parlant, ce revers lui était inévitable(F), s’il n’eût trouvé des gens qui firent l’office d’un traître auprès d’Absalom son fils(26). La piété de David est si éclatante dans les Psaumes, et dans plusieurs de ses actions, qu’on ne la saurait assez admirer. C’est un soleil de sainteté dans l’Église : il y répand par ses ouvrages une merveilleuse lumière de consolation et de piété ; mais il a eu ses taches(G). La Vie de ce grand Prince publiée par M. l’abbé de Choisi est un bon livre, et serait beaucoup meilleur, si l’on avait pris la peine de marquer en marge les années de chaque fait, et les endroits de la Bible ou de Josèphe qui ont fourni ce que l’on avance. Un lecteur n’est pas bien aise d’ignorer si ce qu’il lit vient d’une source sacrée, ou d’une source profane. Je ne marquerai pas beaucoup de fautes de M. Moréri(H) L’article de David, que je viens de lire dans le Dictionnaire de la Bible, me fournira la matière d’une Remarque(I).
 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
NOTES

Note_1  « C’est ici, dit Joly, l’article qui a le plus scandalisé... Je n’examinerai qu’un ou deux endroits, et je renverrai pour le reste aux auteurs qui ont réfuté cet article. » Les ouvrages auxquels il renvoie, sont : l’Examen du Pyrrhonisme de Bayle, par Crousas, et l’Apologie de David, 1737, in-12. Mais Bayle a été extrêmement réservé en comparaison de l’écrivain anglais à qui l’on doit : The man after God’s own heart, 1761, in-12, dont il existe une traduction française, attribuée au baron d’Holbach, et intitulée David, ou Histoire de l’Homme selon le coeur de Dieu, 1768, petit in-8°. Voltaire a peut-être encore plus maltraité David dans son drame burlesque intitulé Saül. — La version donnée ici de l’article David, est celle de 1702. J’ai eu l’attention de noter les moindres additions faites par Bayle. Quant aux suppressions de plusieurs passages, qu’on lisait dans l’édition de 1697, on les trouvera à la suite, sous le titre de Variantes de l’article David. Par cette disposition, chacun pourra, dans ses lectures, rétablir l’une ou l’autre version ; et d’un coup d’œil on verra les morceaux qui attirèrent des désagréments à Bayle ; lorsque ce n’est que des fragments, ils seront imprimés en italique ; mais il m’a paru inutile d’employer ce caractère lorsque la suppression portait sur des remarques entières. (Beuchot.) — Dans cette édition numérisée nous reproduisons les articles de 1697 et 1702, chacun dans leur intégralité.(RDB)

Note_2  Ier livre de Samuel, chap. XVI, verset 13.

Note_3
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(A) Isaïe descendait en droite ligne de Juda, l’un des et demeurait à Bethléem petite ville de la tribu de Juda, un des douze enfants de Jacob. Quelques nouveaux récits disent que lorsque la mère de David le conçut, Isaïe, son père, ne pouvait point jouir de sa femme, mais de sa servante; et c’est par là qu’ils expliquent le verset 7 du Psaume LI, où David assure qu’il a été formé en iniquité, et que sa mère l’a échauffé en péché. Cela, disent-ils, signifie qu’Isaïe, son père, commit un adultère en l’engendrant, parce qu’encore qu’il l’engendrât de sa femme, il croyait ne l’engendrer que d’une servante à la pudicité de laquelle il avait tendu des pièges*(a). Cette explication est peu conforme à la doctrine du péché originel; et c’est pour cela que le père Bartolocci*(b), ayant rapporté ce sentiment des nouveaux rabbins, s’est cru obligé d’examiner par occasion, si les anciens Juifs ont reconnu la vérité de cette doctrine. Si la supposition de ces rabbins était véritable, ils auraient très grande raison de dire qui Isaïe aurait commis un adultère ; mais d’autre côté il faudrait dire qu’il n’aurait point commis un péché, si croyant de bonne foi qu’il jouissait de sa femme, il eût engrossé sa servante. Cette supposition rabbinique est bien éloignée de la tradition que St Jérôme rapporte. Il dit qu’on a cru qu’Isaïe, père de David ne commit jamais aucun péché actuel, et qu’il n’y eut en lui aucune souillure que celle qu’il apporta du sein de sa mère… (Citations latines)*(c). Au reste, ceux qui voudraient adopter l’impertinence des Rabbins sur la conception de David, passeraient aisément dans une autre impertinence, qui serait de mettre David au nombre des bâtards illustres. La raison physique que l’on allègue pourquoi les bâtards viennent si souvent au monde avec tant de talents naturels, aurait lieu ici de la part du père.

Je viens de lire un livre italien*(d), où ce conte des rabbins est raconté en cette manière : le père de David aimait sa servante, et après l’avoir cajolée plusieurs fois, il lui dit enfin qu’elle eût à se tenir prête à coucher cette nuit-là avec lui. Elle, n’ayant pas moins de vertu que de beauté, se plaignit à sa maîtresse qu’Isaïe ne lui donnait nul repos par ses sollicitations. Che non poteva haver riposo, rispetto che il patrone continuamente la tentava per farla giacere una notte con lui. « Promets-lui de le contenter cette nuit-ci, lui répondit sa maîtresse, et j’irai me mettre à ta place. » La chose s’exécuta deux ou trois nuits consécutives. Quand Isaïe se fut aperçu que sa femme avec laquelle il ne couchait plus depuis longtemps était néanmoins enceinte, il l’accusa d’adultère, et ne voulut ajouter foi au récit qu’elle lui fit de l’accord passé avec la servante. Ni lui ni ses fils ne voulurent voir l’enfant qu’elle mit au monde, ils le tinrent pour bâtard : il la traita avec le dernier mépris, et fit élever l’enfant à la campagne parmi les pâtres. Il ne parla point de ce mystère à ses voisins; il cacha cette honte domestique pour l’amour de ses enfants. Les choses demeurèrent en cet état jusqu’à ce que le prophète Samuel fut chercher un roi dans la famille d’Isaïe. Son choix ne s’étant pas arrêté sur aucun des fils qu’on lui montra, il fallut faire venir David : on le fit avec répugnance, parce qu’on craignit de découvrir un secret honteux ; mais quand on eut vu que ce prétendu bâtard était la personne que le prophète cherchait, on changea bien de pensée ; ce ne furent plus que beaux cantiques. David commença par un Te Deum, il loua Dieu qui avait ouï ses prières, et qui l’avait délivré de la note de bâtardise. Isaïe continua et dit : La pierre que les architectes ont rejetée est devenue la pierre angulaire, qui soutiendra toute la maison. Ses autres fils, Samuel, etc. dirent aussi des sentences. Le Rabbin ajoute que le dessein d’Isaïe avait été bon, sa femme était vieille, sa servante jeune, et il souhaitait de procréer de nouveaux enfants. Il pensiero d’Isaï era buono, perche essendo la patrona vecchia, e la massera giovane, havea desiderio di haver altri figlivoli*(e). O la bonne Apologie : si de pareilles excuses suffisaient, quelle multitude d’impudiques ne mettrait-on pas à couvert de la censure ? y eut-il jamais de dogmes sur la direction d’intention plus commodes que celui-là?

*(a) Voyez le Journal des Savants du 14 juillet 1692, p. 465. Édition de Hollande.
*(b) La Bibliotheca magna Rabbinica, Partie II, page 4, cité dans le Journal des Savants du 14 juillet 1692.
*(c) Citations de St Jérôme, et du père Camart, de Rebus gestis Eliae.
*(d) Ce livre a pour titre Precetti da esser imparati dalle donne Ebree
*(e) Precetti da esser imparati, etc., p. 69

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Note_4  Ier livre de Samuel, chap. XVI, verset 20.

Note_5
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(B) On pourrait débiter bien des Recueils sur ce sujet; mais je m’en abstiens, et vous renvoie à ceux de Caspar Loescherus Professeur en Théologie à Wittemberg. Consultez la Dissertatio historico-Theologica de Saule per musicam curato. Elle fut imprimée à Wittemberg l’an 1688.
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Note_6 C’est-à-dire qu’il portait les armes de Saül. Ier livre de Samuel, chap. XVI, verset 21.

Note_7
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(C) Les armes de Goliath furent conservées comme un monument de la gloire des Israélites. David les porta d’abord dans la tente*(a), mais apparemment on les mit ensuite dans un lieu sacré ; car nous lisons*(b) que David ayant demandé au sacrificateur Abimélec, s’il ne pourrait point lui fournir quelque hallebarde ou quelque épée, ce sacrificateur lui répondit : L’épée de Goliath est là, enveloppée d’un drap, derrière l’éphod ; prenez-la , si vous voulez. David se la fit donner. Quant à la tête de Goliath, elle fut portée à Jérusalem*(c), lorsque David eut choisi cette ville pour la capitale de son royaume. Josèphe dit positivement que ce fut David lui-même qui consacra à Dieu l’épée de Goliath*(d).

*(a) Samuel, XVII, verset 54.
*(b) Samuel, XXI, verset 8 et 9.
*(c) Samuel, XVII, verset 54.
*(d) Josèphe, Antiq., livre VI, ch. XI et XIV.

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Note_8
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(D) C’est une chose un peu étrange, que Saül n’ait point connu David ce jour-là, vu que ce jeune homme avait joué des instruments plusieurs fois en sa présence, pour calmer les noires vapeurs qui le tourmentaient. Si une narration comme celle-ci se trouvait dans Thucydide ou dans Tite-Live , tous les critiques concluraient unanimement que les copistes auraient transposé les pages , publié quelque chose en un lieu , répété quelque chose dans un autre, ou inféré des morceaux postiches dans l’ouvrage de l’auteur. Mais il faut bien se garder de pareils soupçons lorsqu’il s’agit de la Bible. Il y a eu néanmoins des personnes assez hardies, pour prétendre que tous les chapitres ou tous les versets du premier Livre de Samuel n’ont point la place qu’ils ont eue dans leur origine. M. l’abbé de Choisi lève mieux, ce me semble, la difficulté. On amena David à Saül, dit-il*(a) : d’abord il ne le reconnut pas, quoi qu’il l’eut vu plusieurs fois dans le temps qu’il l’avait fait venir pour jouer de la harpe ; mais comme il y avait plusieurs années, comme David était alors fort jeune, qu’il était venu à la cour en qualité de musicien, et qu’on le voyait alors habillé en berger, il ne faut pas s’étonner qu’un roi accablé d’affaires, et dont l’esprit était malade, eût oublié les traits de visage d’un jeune homme qui n’avait rien de considérable. Je voudrais seulement qu’il n’eût point dit: 1° qu’il y avait plusieurs années que Saül n’avait vu David ; 2° que David était fort jeune, quand il vint à la cour de Saül en qualité de musicien. Il n’y a nulle apparence qu’il fût de beaucoup moins jeune quand il tua Goliath, que lorsqu’il vint la première fois à la cour de Saül; car, au temps de ce premier voyage, il était homme fort et vaillant, et guerrier, et qui savait bien parler*(b); il n’avait que trente ans, lorsqu’après la mort de Saül il fut élu roi ; et il faut nécessairement qu’il se soit passé bien des années depuis la mort de Goliath, jusques à celle de Saül. Voyez la Remarque où nous critiquons M. Moréri, et la Remarque (L).

*(a) Choisi, Histoire de la vie de David, pages 8 et 9. Édition d’Amsterdam, 1692.
*(b) Samuel, XVI, verset 13.
 

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Note_9 Samuel, XVIII, verset 2.

Note_10 Les femmes en allant au devant du roi dansaient et chantaient. Saül en a tué ses mille, et David ses dix mille. Samuel, livre I, chapitre XVIII, verset 7.

Note_11 Samuel, livre I, chapitre XVIII, verset 27.

Note_12 Samuel, livre I, chapitre XVIII, verset 29.

Note_13 Samuel, livre I, chapitre XVIII, verset 30.

Note_14 Samuel, livre I, chapitre XIX, versets 1 et 2.

Note_15 Samuel, livre I, chapitres XXIV et XXVI..

Note_16 Samuel, livre I, chapitre XXVII.

Note_17 Samuel, livre I, chapitre XXVII

Note_18 Samuel, livre II, chapitre II, verset 4.

Note_19 Samuel, livre II, chapitre II, verset 8.

Note_20Samuel, livre II, chapitre III.

Note_21C’était le général de l’armée de David.

Note_22 Samuel, livre II, chapitre IV.

Note_23 Samuel, livre II, chapitre V, verset 5.

Note_24
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(E) Le plus grand de leurs attentats fut la révolte d’Absalom, qui contraignit ce grand Prince à s’enfuir de Jérusalem dans un équipage lugubre, la tête couverte, les pieds nus, fondant en larmes, et n’ayant les oreilles battues que des gémissements de ses fidèles sujets*(a). Absalom entra dans Jérusalem comme en triomphe ; et afin que ses partisans ne se relâchassent point par la pensée que cette discorde du père et du fils viendrait à cesser, il fit une chose très capable de faire croire qu’il ne se réconcilierait jamais avec David. Il coucha avec les dix concubines de ce prince, à la vue de tout le monde*(b). Il y a beaucoup d’apparence que ce crime lui aurait été pardonné : l’affliction extrême où sa mort plongea David en est une preuve. C’était le meilleur père que l’on vît jamais : son indulgence pour ses enfants allait au delà des justes bornes, et il en porta la peine tout le premier. Car s’il eût puni, comme la chose le méritait, l’action infâme de son fils Ammon*(c), il n’aurait pas eu la honte et le déplaisir de voir qu’un autre vengea l’injure de Tamar; et s’il eût châtié comme il fallait celui qui vengea cette injure, il n’aurait pas couru risque d’être entièrement détrôné. David eut la destinée de la plupart des grands princes, il fut malheureux dans sa famille. Son fils aîné viola sa propre soeur, et fut tué par l’un de ses frères à cause de cet inceste: l’auteur de ce fratricide coucha avec les concubines de David.

*(a) Samuel, livre II, chapitre XV.
*(b) Samuel, livre II, chapitre XVI.
*(c) Il viola Tamar et fut tué pour ce crime par ordre d’Absalom, frère de Tamar de père et de mère. Samuel, livre II, chapitre XIII.

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Note_25
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(F) On peut voir par cet exemple qu’il n’y a nul fond à faire sur la fidélité des peuples; car enfin, David était tout ensemble un bon roi et un grand roi. Il s’était fait aimer, il s’était fait estimer, et il avait pour la Religion du pays tout le zèle imaginable. Ses sujets avaient donc lieu d’être contents, et s’ils avaient eu à choisir un prince, lui eussent-ils pu souhaiter d’autres qualités ? Cependant ils sont si peu fermes dans leur devoir à l’égard de David, que son fils Absalom, pour se faire déclarer roi, n’a qu’à se rendre populaire pendant quelque temps, et à entretenir quelques émissaires dans chaque tribu. On peut appliquer aux peuples la maxime, casta et quam nemo rogavit. Si l’on ne voit pas plus souvent des rois détrônés, c’est que les peuples n’ont pas été sollicités à la révolte par des intrigues assez bien conduites. Il ne faut que cela: si le prince n’est pas méchant, on sait bien le faire passer pour tel, ou pour esclave d’un méchant Conseil. Les prétextes ne manquent jamais, et pourvu qu’on les soutienne habilement, ils passent pour une raison légitime, quelque faibles qu’ils soient dans le fond.
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Note_26 Samuel, livre II, chapitre XV, versets 34 et suivants.

Note_27
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(G) Le dénombrement du peuple fut une chose que Dieu considéra comme un grand péché*(a). Ses amours pour la femme d’Urie, et les ordres qu’il donna de faire périr le même Urie*(b), sont deux crimes très énormes; mais il en fut si touché, et il les expia par une repentance si admirable, que ce n’est pas l’endroit de sa vie par où il contribue le moins à l’instruction et à l’éducation des âmes fidèles. On y apprend la fragilité des saints; et c’est un précepte de vigilance : on y apprend de quelle manière il faut pleurer ses péchés ; et c’est un très beau modèle. Quant aux Remarques que certains critiques voudraient étaler pour faire voir qu’en quelques autres actions de sa vie il a mérité un grand blâme, je les supprime dans cette édition d’autant plus agréablement, que des personnes beaucoup plus éclairées que moi en ce genre de matières m’ont assuré que l’on dissipe facilement tous ces nuages d’objections, dès qu’on se souvient, 1° qu’il était roi de droit pendant la vie de Saül; 2° qu’il avait avec lui le grand sacrificateur qui consultait Dieu pour savoir ce qu’il fallait faire; 3° que l’ordre donné à Josué d’exterminer les infidèles de la Palestine subsistait toujours; 4° que plusieurs autres circonstances tirées de l’Écriture, nous peuvent convaincre de l innocence de David dans une conduite, qui considérée en général paraît mauvaise, et qui le serait aujourd’hui.

*(a) Samuel, livre II, chapitre XXIV.
*(b) Samuel, livre II, chapitre VIII.

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Note_28
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(H) Cinq seulement.

I. David était âgé de vingt-deux ans, lorsque Samuel l’oignit de l’huile destinée au sacre des rois. Cela es incompatible avec ce qui suit, et avec ce qui précède. Cet auteur venait de dire que David naquit l’an 2950 du Monde et un peu après il marque que David vainquit Goliath l’an 2971 du Monde. Il est manifeste que la victoire sur Goliath est postérieure au sacre de David, au lieu que selon Moréri la cérémonie du sacre ne se fit qu’un an après cette victoire. Pour corriger cette faute, il faut dire que David reçut l’onction âgé de vingt ans*(a). Le reste n’a pas besoin de correction; car il est vrai que David vainquit Goliath l’année d’après son sacre.

II. Il n’est pas vrai que Saül ait renouvelé la persécution contre David, depuis que celui-ci se fut abstenu deux fois de lui faire le moindre mal, en ayant la plus favorable occasion du monde. Il est un peu surprenant que l’Écriture, pour aggraver le crime de Saül, n’ait pas remarqué qu’il se repentit bientôt de sa réconciliation avec David, et qu’il se rendit coupable d’une noire ingratitude. Dans le chapitre XXIV du livre I de Samuel, il apprend que David, le pouvant tuer dans une caverne, n’avait voulu lui faire aucun mal: il admire cette générosité ; il souhaite que le bon Dieu la récompense; il reconnaît que la couronne est destinée à David; il lui recommande sa famille; et sen retourne dans sa maison. Dans le chapitre XXVI du même livre, il apprend que David le pouvant tuer de nuit dans sa tente, s’en retire sans lui rien faire: il admire cette générosité ; il donne sa bénédiction à David ; il lui prédit toute sorte de prospérité; et s’en retourne chez lui. M. Moréri prétend que ces deux choses si semblables arrivèrent la même année. Je le répète : il est un peu surprenant que l’Écriture ne se serve point du premier de ces deux faits, pour rendre plus odieuse l’opiniâtreté de Saül à persécuter l’on gendre. Deux ou trois lignes pouvaient faire un grand effet : un lecteur eût été frappé de voir que Saül, redevable de la vie à son beau-fils, le loue, l’admire, lui souhaite mille bénédictions, et ne laisse pas dans peu de temps de se remettre en campagne pour le perdre. Les lois de la narration demandent sans doute qu’en parlant de cette nouvelle poursuite, on observe qu’elle était une infraction de cet accord solennel qui avait suivi l’aventure de la caverne. Cependant, vous ne trouvez pas un iota clans l’Écriture touchant cette circonstance. Voici d’autres sujets de surprise. David exposant à Saül qu’il ne s’était point rendu digne de la persécution qu’il souffrait, et qu’il n’avait tenu qu’à lui de le tuer dans la tente, ne représente pas que c’était la seconde fois qu’il avoir eu la vie du roi entre les mains, et que le roi avait bientôt mis en oubli l’aventure de la caverne. Saül de son côté, qui avoue qu’il a tort, et qui parle à David de la manière du monde la plus honnête, n’observe point que c’est la seconde fois qu’il lui doit la vie. Avouons que de telles circonstances ne s’oublient pas. De plus, nous voyons que dans la première de ces deux rencontres David et Saül tiennent à peu près les mêmes paroles que dans la seconde. Si je voyais deux récits de cette nature, ou dans Élien, ou dans Valère Maxime, je ne ferais pas difficulté de croire qu’il n’y aurait là qu’un fait, qui ayant été rapporté en deux manières aurait servi de sujet à deux articles, ou à deux chapitres. Le fait serait que David ayant en ses mains la vie de Saül son cruel persécuteur, l’aurait conservé précieusement. Les deux manières de conter la chose seraient, 1° que Saül obligé par quelque nécessité naturelle de s’écarter de ses gens, entra dans une caverne où était David; 2°, que David se glissa de nuit jusqu’à la tente de Saül, les gardes dormant profondément. ]e laisse au Père Simon, et autres critiques de sa volée, à examiner s’il était possible que les Livres Historiques du Vieux Testament rapportassent deux fois la même chose. Il me semble que l’action des Ziphiens, rapportée dans le chapitre XXIII du livre I de Samuel, n’est point différente de celle qui est rapportée dans le chapitre XXVI du même livre. Quiconque voudra faire le parallèle de ces deux récits sera sans doute de mon sentiment. Ce qu’il y a de bien certain c’est que Saül n’a point persécuté David depuis la seconde réconciliation. C’est la seconde faute de M. Moréri.

III. La 3° consiste en ce qu’il assure que David fut si bien reçu d’Achis roi de Gath, que sa nouvelle faveur faillit à faire soulever les Grands. Il n’y a pas un mot de vrai dans tout cela; et je ne vois rien qui ait pu produire cette fausseté, que les soupçons que l’on forma contre David, lorsqu’on le vit avec ses troupes à l’arrière garde de l’armée Philistinne. Les chefs voulurent absolument qu’il s’en retournât dans la ville qui lui avait été donnée*(b). Il y avait une grande différence entre ces chefs, et les grands de la cour du roi de Gath.

IV. Le prétendu mécontentement des Grands n’obligea point David à se retirer de cette cour. Il s’en retira par respect, il craignit que lui et ses gens n’incommodassent le prince par leur séjour dans la capitale: il pria donc Akis da lui assigner une autre demeure; ce qui lui fut accordé. Ceci advint avant que les chefs des Philistins demandassent que David sortît de leur camp.

V. Il ne fallait pas dire que David revint à Siceleg, puisque l’on n’avait pas dit qu’il y eût déjà séjourné.

*(a) Il naquit, selon Calvisius, l’an du monde 2860, et fut oint par Samuel l’an du monde 2880, et tua Goliath l’année d’après.
*(b) Samuel, livre I, chapitre XXIX.
 

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Note_29
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(I) Les imprimeurs en étaient ici, lorsqu’on m’a fait voir un Dictionnaire*(a), que j’ai consulté tout aussitôt à l’article du Prophète David. J’y ai trouvé des endroits qui m’ont donné lieu à faire des observations.

I. Il n’est point vrai que David soit venu au monde 110 ans avant la naissance de Jésus-Christ : il y a plus de mille ans*(b) entre la naissance de l’un et la naissance de l’autre.

II. L’auteur s’efforce d’ôter la difficulté, qui saute aux yeux de tous les lecteurs, quand ils considèrent que Saül ne connaît point David le jour que Goliath fut tué: il s’efforce, dis-je, de la lever, et il s’y embrouille plus qu’il ne faudrait; car il dit en un endroit*(c), que David âgé de dix-sept ans alla jouer de la harpe auprès de Saül, et en un autre*(d), il ne lui donne que quatorze ou quinze ans, et la taille d’un fort petit garçon. Peu après, voulant réfuter ceux qui disent que le combat contre Goliath précéda le jeu de la harpe, il se fait une objection spécieuse tirée de ce que ceux qui proposèrent David comme un sujet propre à chasser par la mutique le Démon qui affligeait Saül, lui donnèrent l’éloge de vaillant homme, et de bon guerrier*(e).Je réponds à cela, dit-il, qu’on ne doit pas conclure par ces deux mots fortissimum et bellicosum, que le combat soit avant le jeu de la harpe, puisqu’on peut donner le nom de fort à qui que ce soit, pourvu qu’il le soit véritablement selon son âge. Est-ce pas être très fort que de prendre les ours et les lions à la course, combattre contre eux et les étouffer ? Voilà une réponse qui suppose que David, étant encore fort petit, et un jeune garçon de 14 ou 15 ans, s’était battu contre des lions, les avoir pris à la course, les avait étouffés, et pouvait être appelé un homme fort, un homme guerrier, un homme qui parlait bien. Cette difficulté est assez grande pour mériter d’être repoussée : d’où vient donc que notre auteur ne fait pas même semblant de l’entrevoir ? Son silence n’empêchera pas que les lecteurs qui auront du nez ne sentent bien que puisque David se battit à l’âge de vingt et un ans contre Goliath*(f), il devait avoir près de vingt ans la première fois qu’il fut à la cour de Saül. Et ainsi la raison que notre auteur débite comme la meilleure pourquoi Saül ne connut point David le jour du combat contre Goliath, ne vaut rien*(g). Cette raison est qu’un petit garçon change tellement de visage pendant sept ans, que ceux qui ne le revoient qu’après une absence de sept années ne le reconnaissent point. David n’est point dans le cas, il faut donc recourir à d’autres raisons. L’auteur rapporte celles que divers commentateurs ont imaginées. Si elles ne satisfont pas pleinement ceux qui ne sont pas faciles à contenter, il s’en faut prendre à la nature de la question.

III. L’Auteur oublie la plus forte preuve qu’on puisse alléguer contre ceux qui veulent que David n’ait été mandé pour chasser le Démon de Saül, qu’après le combat de Goliath. Il n’allègue point que ces gens-là renversent l’ordre selon lequel l’Écriture narre les événements ; il n’allègue point que le serviteur de Saül, qui loua David d’être robuste, guerrier, éloquent, beau, ne parla pas de la victoire remportée sur Goliath. Or il est impossible de comprendre que ceux qui auraient voulu le recommander au roi après ce combat, eussent été assez bêtes pour ne pas dire tout court au prince, Ce même jeune homme, qui a tué Goliath, joue bien des instruments: c’est lui qui vous guérira.

La crainte d’être trop long m’empêche d’examiner, si dans le reste de l’article l’auteur a manqué d’exactitude. Il a évité l’inconvénient que je marque à M. l’abbé de Choisi, il a rapporté les années où David a fait telle et telle chose.

*(a) C’est le Dictionnaire de la Bible, composé par M. Simon, prêtre, docteur en théologie, et imprimé à Lyon en 1693, in-folio.
*(b) Il y en a 1090, selon Calvisius
*(c) Dictionnaire de la Bible, page 249.
*(d) Dictionnaire de la Bible, page 259.
*(e) Dictionnaire de la Bible, page 259.
*(f) C’est la supposition de l’auteur du Dictionnaire de la Bible, page 249.
*(g) Il cite l’auteur de l’Histoire de la Bible, qui a mis 3 ans entre la première fois que Saül vit David et la deuxième fois, qui a supposé que David n’avait que 15 ans la première fois.

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