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NOTES
Note_1
«
C’est ici, dit Joly, l’article qui a le plus scandalisé... Je n’examinerai
qu’un ou deux endroits, et je renverrai pour le reste aux auteurs qui ont
réfuté cet article. » Les ouvrages auxquels il renvoie,
sont : l’Examen du Pyrrhonisme de Bayle, par Crousas, et l’Apologie de
David, 1737, in-12. Mais Bayle a été extrêmement réservé
en comparaison de l’écrivain anglais à qui l’on doit : The
man after God’s own heart, 1761, in-12, dont il existe une traduction
française, attribuée au baron d’Holbach, et intitulée
David,
ou Histoire de l’Homme selon le coeur de Dieu, 1768, petit in-8°.
Voltaire a peut-être encore plus maltraité David dans son
drame burlesque intitulé Saül. — La version donnée
ici de l’article David, est celle de 1702. J’ai eu l’attention de noter
les moindres additions faites par Bayle. Quant aux suppressions de plusieurs
passages, qu’on lisait dans l’édition de 1697, on les trouvera à
la suite, sous le titre de Variantes de l’article David. Par cette
disposition, chacun pourra, dans ses lectures, rétablir l’une ou
l’autre version ; et d’un coup d’œil on verra les morceaux qui attirèrent
des désagréments à Bayle ; lorsque ce n’est que des
fragments, ils seront imprimés en italique ; mais il m’a paru inutile
d’employer ce caractère lorsque la suppression portait sur des remarques
entières. (Beuchot.) — Dans cette édition numérisée
nous reproduisons les articles de 1697 et 1702, chacun dans leur intégralité.(RDB)
Note_2
Ier
livre de Samuel, chap. XVI, verset 13.
Note_3
.
| (A)
Isaïe descendait en droite ligne de Juda, l’un des douze enfants de
Jacob et demeurait à Bethléem petite ville de la tribu de
Juda. Quelques nouveaux rabbins disent que lorsque la mère de David
le conçut, Isaïe, ne croyait point jouir de sa femme, mais
de sa servante; et c’est par là qu’ils expliquent le verset 7 du
Psaume LI, où David assure qu’il a été formé
en iniquité, et que sa mère l’a échauffé en
péché. Cela, disent-ils, signifie qu’Isaïe, son
père, commit un adultère en l’engendrant, parce qu’encore
qu’il l’engendrât de sa femme, il croyait ne l’engendrer que d’une
servante à la pudicité de laquelle il avait tendu des pièges*(a).
Cette explication est peu conforme à la doctrine du péché
originel; et c’est pour cela que le père Bartolocci*(b),
ayant rapporté ce sentiment des nouveaux rabbins, s’est cru obligé
d’examiner par occasion, si les anciens Juifs ont reconnu la vérité
de cette doctrine. Si la supposition de ces rabbins était véritable,
ils auraient très grande raison de dire qui Isaïe aurait commis
un adultère ; mais d’autre côté il faudrait dire qu’il
n’aurait point commis un péché, si croyant de bonne foi qu’il
jouissait de sa femme, il eût engrossé sa servante. Cette
supposition rabbinique est bien éloignée de la tradition
que St Jérôme rapporte. Il dit qu’on a cru qu’Isaïe,
père de David ne commit jamais aucun péché actuel,
et qu’il n’y eut en lui aucune souillure que celle qu’il apporta du sein
de sa mère… (Citations latines)*(c).
Au reste, ceux qui voudraient adopter l’impertinence des Rabbins sur la
conception de David, passeraient aisément dans une autre impertinence,
qui serait de mettre David au nombre des bâtards illustres. La raison
physique que l’on allègue pourquoi les bâtards viennent si
souvent au monde avec tant de talents naturels, aurait lieu ici de la part
du père.
*(a)
Voyez le Journal des Savants du 14 juillet 1692, p. 465. Édition
de Hollande.
*(b)
La
Bibliotheca magna Rabbinica, Partie II, page 4, cité dans le
Journal
des Savants du 14 juillet 1692.
*(c)
Citations de St Jérôme, et du père Camart, de Rebus
gestis Eliae. |
.
Note_4
Ier
livre de Samuel, chap. XVI, verset 20.
Note_5
C’est-à-dire
qu’il portait les armes de Saül. Ier livre de Samuel, chap. XVI, verset
21.
Note_6
Ier
livre de Samuel, chap. XVII, verset 15.
Note_7
Ier
livre de Samuel, chap. XVII, verset 49, 50.
Note_8
.
| (B)
Les
armes de Goliath furent conservées comme un monument de la gloire
des Israélites. David les porta d’abord dans sa tente*(a),
mais apparemment on les mit ensuite dans un lieu sacré ; car nous
lisons*(b) que David ayant demandé au sacrificateur
Abimélec, s’il ne pourrait point lui fournir quelque hallebarde
ou quelque épée, ce sacrificateur lui répondit que
L’épée de Goliath doit être enveloppée d’un
drap, derrière l’éphod, et qu’il n’avait qu’à
la prendre. David se la fit donner. Quant à la tête de Goliath,
elle fut portée à Jérusalem*(c),
lorsque David eut choisi cette ville pour la capitale de son royaume. Josèphe
dit positivement que ce fut David lui-même qui consacra à
Dieu l’épée de Goliath*(d).
*(a)
Samuel, XVII, verset 54.
*(b)
Samuel, XXI, verset 8 et 9.
*(c)
Samuel, XVII, verset 54.
*(d)
Josèphe, Antiq., livre VI, ch. XI et XIV. |
.
Note_9
Ier
livre de Samuel, chap. XVII, verset 55.
Note_10
.
| (C)
C’est
une chose un peu étrange, que Saül n’ait point connu David
ce jour-là, vu que ce jeune homme avait joué des instruments
plusieurs fois en sa présence, pour calmer les noires vapeurs qui
le tourmentaient. Si une narration comme celle-ci se trouvait dans Thucydide
ou dans Tite-Live, tous les critiques concluraient unanimement que les
copistes auraient transposé les pages, publié quelque chose
en un lieu, répété quelque chose dans un autre, ou
inséré
des morceaux postiches dans l’ouvrage de l’auteur. Mais il faut bien se
garder de pareils soupçons lorsqu’il s’agit de la Bible. Il y a
eu néanmoins des personnes assez hardies, pour prétendre
que tous les chapitres ou tous les versets du premier Livre de Samuel n’ont
point la place qu’ils ont eue dans leur origine. M. l’abbé de Choisi
lève mieux, ce me semble, la difficulté. On amena David
à Saül, dit-il*(a) : d’abord il
ne le reconnut pas, quoi qu’il l’eut vu plusieurs fois dans le temps qu’il
l’avait fait venir pour jouer de la harpe ; mais comme il y avait plusieurs
années, comme David était alors fort jeune, qu’il était
venu à la cour en qualité de musicien, et qu’on le voyait
alors habillé en berger, il ne faut pas s’étonner qu’un roi
accablé d’affaires, et dont l’esprit était malade, eût
oublié les traits de visage d’un jeune homme qui n’avait rien de
considérable. Je voudrais seulement qu’il n’eût point
dit: 1° qu’il y avait plusieurs années que Saül n’avait
vu David ; 2° que David était fort jeune, quand il vint à
la cour de Saül en qualité de musicien. Il n’y a nulle apparence
qu’il fût de beaucoup moins jeune quand il tua Goliath, que lorsqu’il
vint la première fois à la cour de Saül; car, au temps
de ce premier voyage,
il était homme fort et vaillant, et
guerrier, et qui savait bien parler*(b); il n’avait
que trente ans, lorsqu’après la mort de Saül il fut élu
roi ; et il faut nécessairement qu’il se soit passé bien
des années depuis la mort de Goliath, jusques à celle de
Saül. Voyez la Remarque où nous critiquons M. Moréri,
et la Remarque (L).
*(a)
Choisi, Histoire de la vie de David, pages 8 et 9. Édition
d’Amsterdam, 1692.
*(b)
Samuel, XVI, verset 13. |
.
Note_11 Ier
livre de Samuel, chap. XVII, verset 58.
Note_12
Samuel,
XVIII, verset 2.
Note_13
Les
femmes en allant au devant du roi dansaient et chantaient. Saül en
a tué ses mille, et David ses dix mille. Samuel, livre I, chapitre
XVIII, verset 7.
Note_14
Samuel,
livre I, chapitre XVIII, verset 27.
Note_15
Samuel,
livre I, chapitre XVIII, verset 29.
Note_16
Samuel,
livre I, chapitre XVIII, verset 30.
Note_17
Samuel,
livre I, chapitre XIX, versets 1 et 2.
Note_18
Samuel,
livre I, chapitres XXIV et XXVI.
Note_19
Samuel,
livre I, chapitre XXVII.
Note_20
.
| (D)
David,
ayant demeuré quelque temps dans la Ville capitale du roi Akis,
avec là petite troupe de 600 braves aventuriers, craignit d’être
à charge à ce prince, et le pria de lui assigner une autre
demeure. Akis lui marqua la ville de Siceleg. David s’y transporta avec
les braves, et ne laissa point rouiller leurs épées. Il les
menait souvent en parti, et tuait sans miséricorde hommes et femmes
: il ne laissait en vie que les bestiaux; c’était le seul butin
avec quoi il s’en revenait: il avait peur que les prisonniers ne découvrissent
tout le mystère au roi Akis ; c’est pourquoi il n’en amenait aucun,
il faisait faire main basse sur l’un et sur l’autre sexe. Le mystère,
qu’il ne voulait point que l’on révélât, est que ces
ravages se faisaient, non pas sur les terres des Israélites, comme
il le faisait accroire au roi de Gath, mais sur les terres des anciens
peuples de la Palestine*(a). Franchement, cette conduite
était fort mauvaise : pour couvrir une faute, on en commettait une
plus grande. On trompait un roi à qui l’on avait de l’obligation
; et on exerçait une cruauté prodigieuse, afin de cacher
cette tromperie. Si l’on avait demandé à David, Dequelle
autorité fais-tu ces choses ? qu’eût-il pu répondre?
Un particulier comme lui, un fugitif qui trouve un asile sur les terres
d’un prince voisin, est-il en droit de commettre des hostilités
pour son propre compte, et sans commission émanée du souverain
du pays ? David avait-il une telle commission? Ne s’éloignait-il
pas au contraire et des intentions et des intentions et des intérêts
du roi de Gath ? Il est sûr que si aujourd’hui un particulier, de
quelque naissance qu’il fût, se conduisait comme fit David en cette
rencontre, il ne pourrait pas éviter qu’on ne lui donnât des
noms très peu honorables. Je sais bien que les plus illustres héros,
et les plus fameux prophètes du Vieux Testament, ont quelquefois
approuvé que l’on passât au fil de l’épée tout
ce que l’on trouverait en vie; et ainsi je me garderais bien d’appeler
inhumanité ce que fit David, s’il avait été autorisé
des ordres de quelque prophète, ou si Dieu par inspiration lui eût
commandé à lui même d’en user ainsi : mais il paraît
manifestement par le silence de l’Écriture, qu’il fit tout cela
de son propre mouvement.
Je
dirai un mot de ce qu’il avait résolu de faire à Nabal. Pendant
que cet homme qui était fort riche faisait tondre les brebis, David
lui fit demander fort honnêtement quelque gratification : les messagers
ne manquèrent pas de dire que jamais les bergers de Nabal n’avaient
souffert du dommage de la part des gens de David. Comme Nabal était
fort brutal, il demanda d’une façon incivile qui était David,
et lui reprocha d’avoir secoué le joug de son maître: en un
mot, il déclara qu’il n’était pas assez imprudent pour donner
à des inconnus, et à des gens
sans aveu, ce qu’il avait apprêté pour ses domestiques. David
outré de cette réponse fait prendre les armes à 400
de ses soldats, et se met à leur tête ; bien résolu
de ne laisser âme qui vive sans la passer au fil de l’épée.
Il s’y engage même par serment; et s’il n’exécute point cette
sanglante résolution, c’est qu’Abigaïl va l’apaiser par ses
beaux discours et par ses présents*(b). Abigaïl
était la femme de Nabal, et une personne de grand mérite,
belle, spirituelle, et qui plut si fort à David, qu’il l’épousa
dès qu’elle fut veuve*(c). Parlons de bonne
foi: n’est-il pas incontestable que David allait faire une action très
criminelle? Il n’avoir nul droit sur les biens de Nabal, ni aucun titre
pour le punir de son incivilité. Il errait par le monde avec une
troupe de bons amis : il pouvait bien demander aux gens aisés quelque
gratification; mais c’était à lui de prendre patience s’ils
la refusaient, et il ne pouvait les y contraindre par des exécutions
militaires, sans replonger le monde dans l’affreuse confusion de l’état
qu’on appelle de nature, où l’on ne reconnaissait que la seule loi
du plus fort. Que dirions-nous aujourd’hui d’un prince du sang de France,
qui, étant disgracié à la Cour, se sauverait où
il pourrait avec les amis qui voudraient bien être les compagnons
de sa fortune? Quel jugement, dis-je, en ferait-on, s’il s’avisait d’établir
des contributions dans les pays où il se cantonnerait, et de passer
tout au fil de l’épée dans les paroisses qui refuseraient
de payer les taxes? Que dirions-nous si ce prince équipait quelques
vaisseaux, et courait les mers pour s’emparer de tous les navires marchands
qu’il pourrait prendre? En bonne foi, David était-il plus autorisé
pour exiger des contributions de Nabal, et pour massacrer tous les hommes
et toutes les femmes au pays des Hamalékites, etc. et pour enlever
tous les bestiaux qu’il y trouvait ? Je consens que l’on me réponde
que nous connaissons mieux aujourd’hui le Droit des gens, le jus belli
et pacis dont on a fait de beaux systèmes; et qu’ainsi on était
plus excusable en ce temps-là, qu’on ne le serait aujourd’hui. Mais
le profond respect que l’on doit avoir pour ce grand roi, pour ce grand
prophète, ne nous doit pas empêcher de désapprouver
les taches qui se rencontrent dans sa vie; autrement nous donnerions lieu
aux profanes de nous reprocher, qu’il suffit afin qu’une action soit juste
qu’elle ait été faite par certaines gens que nous vénérons.
Il n’y aurait rien de plus funeste que cela à la morale chrétienne.
Il est important pour la vraie Religion, que la vie des orthodoxes soit
jugée par les idées générales de la droiture
et de l’ordre.
*(a)
Samuel, livre I, chapitres XXVII.
*(b)
Samuel, livre I, chapitres XXV.
*(c)
Samuel, livre I, chapitres XXV, verset 42 |
.
Note_21
.
| (E.) Pendant
que David avec son petit camp volant exterminait tous les pais infidèles,
où il pouvoir pénétrer, on se préparait dans
le pays des Philistins à faire la guerre aux Israélites.
Les Philistins assemblèrent toutes leurs forces, David et ses braves
aventuriers se joignirent à l’armée d’Akis, et se seraient
battus comme des lions contre leurs frères, si les Philistins soupçonneux
n’eussent contraint Akis de les renvoyer. On appréhenda que dans
la chaleur du combat ils ne se jetassent sur les Philistins, afin de faire
leur paix avec Saül. Lorsque David eut appris qu’à cause de
ces soupçons il fallait qu’il quitta l’armée, il en fut fâché*(a).
Il voulait donc contribuer de toute sa force à la victoire des Philistins
incirconcis sur ses propres frères, le peuple de Dieu, les sectateurs
de la vraie Religion ? Je laisse aux bons casuistes à juger, si
ces sentiments étaient dignes d’un véritable Israélite.
*(a)
Samuel, livre I, chapitres XXIX, verset 8. |
.
Note_22
Samuel,
livre II, chapitre II, verset 4.
Note_23
Samuel,
livre II, chapitre II, verset 8.
Note_24
Samuel,
livre II, chapitre III.
Note_25
C’était
le général de l’armée de David.
Note_26
Samuel,
livre II, chapitre IV.
Note_27
Samuel,
livre II, chapitre V, verset 5.
Note_28
.
| (F)
Le
plus grand de leurs attentats fut la révolte d’Absalom, qui contraignit
ce grand Prince à s’enfuir de Jérusalem dans un équipage
lugubre, la tête couverte, les pieds nus, fondant en larmes, et n’ayant
les oreilles battues que des gémissements de ses fidèles
sujets*(a). Absalom entra dans Jérusalem comme
en triomphe ; et afin que ses partisans ne se relâchassent point
par la pensée que cette discorde du père et du fils viendrait
à cesser, il fit une chose très capable de faire croire qu’il
ne se réconcilierait jamais avec David. Il coucha avec les dix concubines
de ce prince, à la vue de tout le monde*(b).
Il y a beaucoup d’apparence que ce crime lui aurait été pardonné
: l’affliction extrême où sa mort plongea David en est une
preuve. C’était le meilleur père que l’on vît jamais
: son indulgence pour ses enfants allait au delà des justes bornes,
et il en porta la peine tout le premier. Car s’il eût puni, comme
la chose le méritait, l’action infâme de son fils Ammon*(c),
il n’aurait pas eu la honte et le déplaisir de voir qu’un autre
vengea l’injure de Tamar; et s’il eût châtié comme il
fallait celui qui vengea cette injure, il n’aurait pas couru risque d’être
entièrement détrôné. David eut la destinée
de la plupart des grands princes, il fut malheureux dans sa famille. Son
fils aîné viola sa propre soeur, et fut tué par l’un
de ses frères à cause de cet inceste: l’auteur de ce fratricide
coucha avec les concubines de David. Quel scandale pour les bonnes âmes,
que de voir tant d’infamies dans la famille de ce roi!
*(a)
Samuel, livre II, chapitre XV.
*(b)
Samuel, livre II, chapitre XVI.
*(c)
Il viola Tamar et fut tué pour ce crime par ordre d’Absalom, frère
de Tamar de père et de mère. Samuel, livre II, chapitre XIII |
.
Note_29
.
| (G)On
peut voir par cet exemple qu’il n’y a nul fond à faire sur la fidélité
des peuples; car enfin, David était tout ensemble un bon roi et
un grand roi. Il s’était fait aimer, il s’était fait estimer,
et il avait pour la Religion du pays tout le zèle imaginable. Ses
sujets avaient donc lieu d’être contents, et s’ils avaient eu à
choisir un prince, lui eussent-ils pu souhaiter d’autres qualités
? Cependant ils sont si peu fermes dans leur devoir à l’égard
de David, que son fils Absalom, pour se faire déclarer roi, n’a
qu’à se rendre populaire pendant quelque temps, et à entretenir
quelques émissaires dans chaque tribu. On peut appliquer aux peuples
la maxime, casta et quam nemo rogavit. Si l’on ne voit pas plus souvent
des rois détrônés, c’est que les peuples n’ont pas
été sollicités à la révolte par des
intrigues assez bien conduites. Il ne faut que cela: si le prince n’est
pas méchant, on sait bien le faire passer pour tel, ou pour esclave
d’un méchant Conseil. |
.
Note_30
Samuel,
livre II, chapitre XV, versets 34 et suivants.
Note_31
.
| (H)
Nous en avons marqué déjà quelques-unes qui se rapportent
au temps qu’il était homme privé; en voici quelques autres
qui appartiennent au temps de son règne.
I.
On ne saurait bien excuser sa polygamie; car encore que Dieu la tolérât
en ce temps-là, il ne faut pas croire qu’on pût l’étendre
bien loin, sans lâcher un peu trop la bride à la sensualité.
Michol seconde fille de Saül fut la première femme de David:
on la lui ôta pendant sa disgrâce*(a):
il en épousa successivement quelques autres*(b),
et ne laissa pas de redemander la première: il fallut pour la lui
rendre la ravir à un mari qui l’aimait beaucoup, et qui la suivit
aussi loin qu’il lui fut possible, pleurant comme un enfant*(c).
David ne fit point scrupule de s’allier avec la fille d’un incirconcis*(d)
; et quoi qu’il eût des enfants de plusieurs femmes, il prit encore
des concubines à Jérusalem. Il choisissait sans doute les
plus belles qu’il rencontrait; ainsi l’on ne saurait dire que par rapport
aux voluptés de l’amour, il ait eu beaucoup de soin de mécontenter
la nature.
II.
Dès qu’il eut appris la mort de Saül, il songea sans perdre
de temps à recueillir la succession. Il s’en alla à Hébron,
et
aussitôt qu’il y fut arrivé, toute la tribu de Juda, dont
il avait gagné les principaux par ses présents,
le
reconnut pour roi*(e). Si
Abner n’avait conservé au fils de Saül le reste de la succession,
il est indubitable que par la même méthode, je veux dire en
gagnant
les principaux par des présents, David serait devenu roi de
tout Israël. Qu’arriva-t-il après que la fidélité
d’Abner eut conservé onze Tribus toutes entières à
Izbozet ? La même chose qui serait arrivée entre deux rois
infidèles et très ambitieux. David et Izbozet se firent incessamment
la guerre*(f), pour savoir lequel des deux gagnerait
la portion de l’autre, afin de jouir de tout le royaume sans partage. Ce
que je m’en vais dire est bien plus mauvais. Abner mécontent du
roi son maître songe à le dépouiller de ses états,
et à les livrer à David: il fait savoir à David ses
intentions; il le va trouver lui-même pour concerter avec lui les
moyens de faire ce coup. David prête l’oreille à ce perfide,
et veut bien gagner un royaume par des intrigues de cette nature*(g).
Peut-on dire que ce soient des actions d’un saint? J’avoue qu’il n’y a
rien là qui ne soit conforme aux préceptes de la politique,
et aux inventions de la prudence; mais on ne me prouvera jamais que les
lois exactes de l’équité, et de la morale sévère
d’un bon serviteur de Dieu, puissent approuver cette conduite. Notez que
David ne prétendait pas que le fils de Saül régnât
par usurpation : il convenait que c’était un homme de bien*(h),
et par conséquent un roi légitime.
III.
Je fais le même jugement de la ruse dont David usa pendant la révolte
d’Absalom. Il ne voulut point que Cuscaï, l’un de ses meilleurs amis
le suivît, il lui ordonna de se jeter dans le parti d’Absalom, afin
de donner de mauvais conseils à ce fils rebelle, et d’être
en état de faire savoir à David tous les desseins du nouveau
roi*(i). Cette ruse est sans doute très louable,
à juger des choses selon la prudence humaine, et selon la politique
des souverains. Elle sauva David, et depuis ce siècle jusques au
nôtre inclusivement, elle a produit une infinité d’aventures
utiles aux uns, et pernicieuses aux autres; mais un casuiste rigide ne
prendra jamais cette ruse pour une action digne d’un prophète, d’un
saint, et d’un homme de bien. Un homme de bien en tant que tel aimera mieux
perdre une couronne, que d’être cause de la damnation de son ami
: or c’est damner notre ami en tant qu’en nous est, que de le pousser à
faire un crime; et c’est un crime que de feindre que l’on embrasse avec
chaleur le parti d’un homme; que de le feindre, dis-je, afin de perdre
cet homme en lui donnant de mauvais conseils, et en révélant
tous les secrets de son cabinet. Peut-on voir une fourbe rie plus déloyale
que celle de Cuscaï ? Dès qu’il aperçoit Absalom, il
s’écrie Vive le roi, vive le roi ; et lorsqu’il voit qu’on
lui demande d’où vient son ingratitude de ne pas suivre son intime
ami, il se donne des airs dévots, il allègue des raisons
de conscience, je serai à celui que l’Éternel a choisi*(j).
IV.
Lorsque David à cause de sa vieillesse ne pouvoir être échauffé
par tous les habits dont on le couvrait, on s’avisa de lui chercher une
jeune fille qui le gouvernât, et qui couchât avec lui. Il souffrit
qu’on lui amenât pour cet usage la plus belle fille que l’on put
trouver*(k). Peut-on dire que ce soit l’action d’un
homme bien chaste? Un homme rempli des idées de la pureté,
et parfaitement résolu de faire ce que l’ordre, ce que la belle
morale demandent de lui, consentira-t-il jamais à ces remèdes
? Peut-on y consentir que lorsqu’on préfère les instincts
de la nature, et les intérêts de la chair, à ceux de
l’esprit de Dieu ?
V.
Il y a longtemps que l’on blâme David d’avoir commis une injustice
criante contre Méphiboseth, le fils de son intime ami Jonathan.
Le fait est que David ne craignant plus rien de la faction du roi Saül,
fut bien aise de se montrer libéral envers tous ceux qui pourraient
être restés de cette famille. Il apprit qu’il restait un pauvre
boiteux nommé Méphiboseth fils de Jonathan. Il le fit venir,
et le gratifia de toutes les terres qui avaient appartenu au roi Saül,
et donna ordre à Siba, ancien serviteur de cette maison, de faire
valoir ces terres à son profit, et pour l’entretien du fils de Méphiboseth;
car quant à Méphiboseth il devait avoir toute sa vie une
place à la table du roi David*(l). Lorsque
ce prince se sauvait de Jérusalem, pour n’y tomber pas entre les
mains d’Absalom, il rencontra Siba qui lui apportait quelques rafraîchissements,
et qui lui dit en trois mots que Méphiboseth qui se tenait à
Jérusalem, dans l’espérance que parmi ces révolutions
il recouvrerait le royaume. Sur cela David donna à cet homme tous
les biens de Méphiboseth*(m). Après
la mort d’Absalom, il apprit que Siba avoir été un faux délateur,
et néanmoins il ne lui ôta que la moitié de ce qu’il
lui avoir donné; il ne restitua à Méphiboseth que
la moitié de son bien. II y a des auteurs qui prétendent
que cette injustice, qui était d’autant plus grande que David avait
les dernières obligations â Jonathan, fut cause que Dieu permit
que Jeroboam divisât en deux le royaume d’Israël*(n).
Mais il clé sûr que les péchés de Salomon furent
cause que Dieu permit cette division*(o). Tous les
interprètes n’ont pas renoncé à l’Apologie de David.
Il y en a qui prétendent que l’accusation de Siba n’était
point injuste, ou que pour le moins elle était fondée sur
tant de probabilités, qu’on pouvait y ajouter foi sans faire un
jugement téméraire*(p). Mais il n’y
a guère de gens qui soient de cette opinion. La plupart des Pères
et des Modernes croient que Siba fut un calomniateur, et que David se laissa
surprendre. Remarquez bien la pensée du Pape Grégoire : il
avoue que Méphiboseth fut calomnié, et néanmoins il
prétend que la sentence qui le dépouilla de tous ses biens
était juste. Il le prétend pour deux raisons : 1° parce
que David la prononça; 2° parce qu’un secret jugement de Dieu
y intervint… (Citation latine)*(q). L’auteur
que je cite prend une autre route; puisque la sainteté de David,
dit-il, nous est très connue, et qu’il n’a jamais ordonné
la réparation du tort qu’il avait fait à Méphiboseth,
il faut conclure que la sentence fut juste. C’est établir un très
dangereux principe : on ne pourrait plus examiner sur les idées
de la morale des actions des anciens prophètes, pour condamner celles
qui n’y seraient point conformes; et ainsi les libertins pourraient accuser
nos casuistes d’approuver certaines actions qui visiblement sont injustes;
de les approuver, dis-je, en faveur de certaines gens, et par acception
de personnes. Disons mieux, appliquons aux saints ce qui a été
dit des grands esprits, nullum sine venia placuit ingenium. Les
plus grands saints ont besoin qu’on leur pardonne quelque chose.
VI.
Je ne dis rien du reproche qui fut sait à David par Michol l’une
de ses femmes, sur l’équipage out il s’était mis en dansant
publiquement. S’il avait découvert sa nudité, son action
pourrait passer pour mauvaise moralement parlant; mais s’il ne fit autre
chose que se rendre méprisable par ses postures, et en soutenant
mal la majesté de son caractère, ce fut tout au plus une
imprudence, et non pas un crime. Il faut bien considérer en quelle
occasion il dansa : ce fut lorsque l’Arche fut portée à Jérusalem*(r);
et par conséquent l’excès de sa joie, et de ses sauts, témoignait
son attachement et sa sensibilité pour les choses saintes. Un auteur
moderne a voulu justifier la nudité de François d’Assise
par celle de David : Michol femme de David, dit-il*(s),ayant
vu, d’une fenêtre, son mari, qui, transporté d’une
sainte ferveur, sautait et dansait devant l’Arche du Seigneur, le méprisa
en son coeur, et ... lui dit en raillant : Qu’elle est grande la gloire
que s’est acquise aujourd’hui le roi d’Israël, quand il s’est découvert
en présence des servantes de ses sujets, et qu’il s’est dépouillé
nu comme un débauché ! Ces dernières paroles du
texte sacré semblent faire voir que David se dépouilla tout
nu : néanmoins, comme le même texte (v. 14.), parlant de la
danse de David devant l’arche, dit qu’il était vêtu d’un Éphod
de lin, je ne pense pas qu’il se dépouillât tout nu. Mais
il se dépouilla assez pour qu’il parût comme nu; et que cela
fut jugé indigne de la gravité et de la majesté d’un
roi : d’autant plus que la chose se passait publiquement et devant un grand
monde. L’action de David, accompagnée de toutes ces circonstances,
n’est pas plus favorable que celle de saint François qui eut très
peu de spectateurs*(t): de sorte que si l’action
de l’un mérite la censure, celle de l’autre ne peut pas en être
exempte; aussi lisons-nous que Michol s’en moqua. Mais voyons si le Saint
Esprit s’en est moqué; et nous jugerons par là si l’on doit
sa moquer de saint François.
Il rapporte après cela ce
que David répondit a Michol, et ce que l’Écriture remarque
touchant la stérilité de cette femme. Il y aurait bien des
dames qui mériteraient d’être stériles, s’il ne fallait
pour cela qu’avoir le goût de Michol. On trouverait fort étrange
par toute l’Europe, si un jour de procession du Saint Sacrement les rois
dansaient dans les rues n’ayant qu’une petite ceinture sur le corps.
VII.
Les conquêtes de David feront le sujet de ma dernière observation.
Il y a des casuistes rigides, qui ne croient pas qu’un prince chrétien
puisse légitimement s’engager à une guerre, par la seule
envie de s’agrandir. Ces casuistes n’approuvent que les guerres défensives,
ou en général celles qui ne tendent qu’à faire restituer
à chacun le bien qui lui appartient. Sur le pied de cette maxime,
David aurait souvent entrepris des guerres injustes; car outre que l’Écriture
sainte nous le représente assez souvent comme l’agresseur, il se
trouve qu’il étendit les bornes de son empire depuis l’Égypte
jusqu’à l’Euphrate*(u). Il vaut donc mieux
dire pour ne pas condamner David, que les conquêtes peuvent être
quelquefois permises, et qu’ainsi l’on doit prendre garde si en déclamant
contre les princes modernes, on ne frappe pas ce grand prophète
sans y penser.
Mais
si généralement parlant les conquêtes de ce saint monarque
lui ont été glorieuses, sans préjudicier à
sa justice, on a de la peine à convenir de cette proposition, quand
on descend dans le détail. Ne fouillons point par nos conjectures
dans les secrets que l’Histoire ne nous a
point révélés : ne concluons pas que puisque David
voulut profiter de la trahison d’Abner, et de celle de Cuscaï, il
n’y a guère de ruses qu’il n’ait mises en usage contre les rois
infidèles qu’il subjugua. Arrêtons-nous uniquement à
ce que l’Histoire sainte nous dit de la manière dont il traitait
les vaincus. Il emmena aussi le peuple qui était dans Rabba*(v),et
le mit sur des scies, et sur des herses de fer, et sur des cognées
de fer, et les fit passer par un fourneau où on cuit les briques.
Ainsi en fit-il en toutes les villes des enfants de Hammon*(w).
La Bible de Genève observe à la marge de ce verset, que c’étaient
des espèces de supplices à mort dont on usait anciennement.
Voyons
comment il traita les Moabites : il les mesura au cordeau les faisant
coucher par terre, et en mesura deux cordeaux pour les faire mourir, et
un plein cordeau pour les laisser en vie*(x).C’est-à-dire,
qu’il voulut précisément en faire mourir les deux tiers,
ni plus ni moins*(y). L’Idumée reçut
un plus rude traitement : il y fit tuer tous les mâles, Joab y
demeura six mois avec tout Israël, jusqu’à tant qu’il eut exterminé
tous les mâles d’Édom*(z). Peut-on
nier que cette manière de faire la guerre ne soit blâmable
? Les Turcs et les Tartares n’ont-ils pas un peu plus d’humanité
? Et si une infinité de petits livrets crient tous les jours contre
des exécutions militaires de notre temps, dures à la vérité
et fort blâmables, mais douces en comparaison de celles de David,
que ne diraient pas aujourd’hui les auteurs de ces petits livres, s’ils
avaient à reprocher les scies, les herses, les fourneaux de David,
et la tuerie générale de tous les mâles grands et petits
?
*(a)
Samuel, livre I, chapitre XXV, verset 44.
*(b)
Samuel, livre II, chapitres III et V.
*(c)
Samuel, livre II, chapitre III, verset 16.
*(d)
Samuel, livre II, chapitre III, verset 5.
*(e)
Histoire de la Vie de David, de l’abbé de Choisi, page 47.
*(f)
Samuel, livre II, chapitre III, verset 1.
*(g)
Samuel, livre II, chapitre III.
*(h)
Samuel, livre II, chapitres IV, verset 11.
*(i)
Samuel, livre II, chapitre XV.
*(j)
Samuel, livre II, chapitre XVI, verset 18.
*(k)
Rois, livre I, chapitre I.
*(l)
Samuel, livre II, chapitre I.
*(m)
Samuel, livre II, chapitre IX.
*(n)
Rois, livre II, chapitre 16, v. 6, et chap. 19 v. 29.I.
*(o)
Rois, livre I, chapitre XI, verset 11.
*(p)
Th Raynaud, p. 232.
*(q)
Th Raynaud, p. 232.
*(r)
Samuel, livre II, chapitre VI.
*(s)
Ferrand, Réponse à l’apologie pour la réformation,
364, 365.
*(t)
Bonaventure, Vie de Saint François, citée par Ferrand,
Réponse à l’apologie pour la réformation, 363,
364.
*(u)
Abbé de Choisi, Histoire de David, page 64.
*(v)
C’était la principale ville des Hammonites.
*(w)
Samuel, livre II, chapitre XII, verset 31.
*(x)
Samuel, livre II, chapitre VIII, verset 2.
*(y)
Voyez la note de la Bible de Genève.
*(z)
Samuel, livre I, chapitre XI, verset 15. |
.
Note_32
.
| (I)Prenez
bien mon sens : je ne veux pas dire que David en cet état ne parlait
point selon ses pensées : mais que la manière franche et
nette, dont il ouvrit son coeur, témoigne qu’auparavant il avait
sacrifié en deux rencontres remarquables la justice à l’utilité.
Il avait clairement connu que Joab méritait la mort, et que l’impunité
des assassinats dont cet homme avait les mains teintes était une
injure criante faite aux lois et à la raison. Joab néanmoins
avait conservé ses charges, son crédit, son autorité.
Il était brave, il servait fidèlement et utilement le roi
son maître ; on pouvait craindre de fâcheux mécontentements
si l’on entreprenait de le châtier. Voilà des raisons de politique
qui firent céder les lois à l’utilité. Mais lorsque
David n’eut plus besoin de ce général, il donna ordre qu’on
le fît mourir; ce fut un des articles de son Testament*(a).
Son successeur Salomon fut chargé d’une semblable exécution
contre Semeï. Cet homme sachant que David se sauvait de Jérusalem
en grand désordre, à cause de la révolte d’Absalom,
le vint insulter au beau milieu du chemin, et lui fit des reproches encore
plus durs que les pierres qu’il lui jetait*(b). David
souffrit cette injure fort patiemment : il y reconnut, et y adora la main
de Dieu avec des marques d’une piété singulière ;
et lorsque ses affaires furent rétablies, il pardonna à Semeï
qui fut des premiers à se soumettre, et à implorer sa clémence*(c).
David lui jura qu’il ne le ferait point mourir, et il lui tint sa parole
jusqu’au lit de mort; mais se voyant en cet état il chargea son
fils de faire mourir cet homme*(d); preuve évidente
qu’il ne l’avait laissé vivre que pour s’attirer d’abord la gloire
d’un prince clément, et puis afin d’éviter que personne ne
lui reprochât en face d’avoir manqué de parole. Je voudrais
bien savoir si dans la rigueur des termes un homme qui promet la vie à
son ennemi s’acquitte de sa promesse, lorsque par son Testament il ordonne
de te tuer.
De
tout ce que je viens dire dans les Remarques précédentes
et dans celle-ci, on peut aisément insérer que si les peuples
de la Syrie avaient été d’aussi grands faiseurs de libelles,
que le sont aujourd’hui les Européens, ils auraient étrangement
défiguré la gloire de David. De quels noms et de quels titres
infâmes n’auraient-ils pas accablé cette troupe d’aventuriers
qui le fut joindre, après qu’il se fut retiré de la cour
de Saül ? L’Écriture nous apprend que tous ceux qui se voyaient
persécutés par leurs créanciers, tous les mécontents,
et tous ceux qui étaient très mal dans leurs affaires, coururent
vers lui, et qu’il se rendit leur chef*(e). Il n’y
a rien qui puisse être plus malignement empoisonné qu’une
telle chose. Les historiens de Catilina et ceux de César fourniraient
à bien des couleurs à un peintre satirique. L’Histoire a
conservé un petit échantillon des médisances auxquelles
David était exposé parmi les a amis de Saül. Cet échantillon
témoigne qu’ils l’accusaient d’être homme de sang, et qu’ils
regardaient la révolte d’Absalom comme la juste punition des maux
qu’ils disaient que David avoir faits à Saül, et à toute
sa famille. Je mets en marge les paroles de l’Écriture*(f)
; et voici celles de Josèphe*(g) : (Citation
grecque et traduction latine de Josèphe, Antiqu., livre
VII, chap. VIII) …
Ils
outraient les choses : il est vrai que selon le témoignage de Dieu
même David était un homme de sang; et c’est pour cela que
Dieu ne lui voulut pas permettre de bâtir le Temple*(h). Il est vrai
encore que pour apaiser les Gabaonites, il leur livra deux fils et cinq
petits-fils de Saül, qui furent crucifiés tous sept*(i).
Mais il est faux qu’il ait jamais attenté, ni la vie, ni à
la couronne de Saül.
Ceux
qui trouveront étrange que je dise mon sentiment sur quelques actions
de David, comparées avec la morale naturelle, sont priés
de considérer trois choses.
1°
Qu’ils sont eux-mêmes obligés de confesser que la conduite
de ce prince envers Urie est un des plus grands crimes qu’on puisse commettre.
Il n’y a donc entre eux et moi qu’une différence du plus au moins
; car je reconnais avec eux que les fautes de ce prophète n’empêchent
pas qu’il n’ait été rempli de piété, et d’un
grand zèle pour la gloire de l’Éternel. Il a été
sujet à l’alternative des passions et de la grâce. C’est une
fatalité attachée à notre nature depuis le péché
d’Adam. La grâce de Dieu le conduisait très souvent ; mais
en diverses rencontres les passions prirent le dessus : la politique imposa
silence à la religion.
2°
Qu’il est très permis à de petits particuliers comme moi,
de juger des faits contenus dans l’Écriture, lors qu’ils ne sont
pas expressément qualifiés par le Saint Esprit. Si l’Écriture
en rapportant une action la blâme ou la loue, il n’ait plus permis
à personne d’appeler de ce jugement ; chacun doit régler
son approbation ou son blâme sur le modèle de l’Écriture.
Je n’ai point contrevenu à ce devoir : les faits sur lesquels j’ai
avancé mon petit avis, sont rapportés dans l’Histoire Sainte,
sans l’attache du Saint Esprit, sans aucun caractère d’approbation*(j).
3°
Qu’on ferait un très grand tort aux lois éternelles, et par
conséquent à la vraie religion, si on donnait lieu aux profanes
de nous objecter, que dès qu’un homme a eu part aux inspirations
de Dieu, nous regardons sa conduite comme la règle des mœurs ; de
sorte que nous n’oserions condamner les actions du monde les plus opposées
aux notions de l’équité, quand c’est lui qui les a commises.
Il n’y a point de milieu; ou ces actions ne valent rien, ou les actions
semblables à celles-là ne sont pas mauvaises : or, puisqu’il
faut choisir l’une ou l’autre de ces deux choses, ne vaut-il pas mieux
ménager les intérêts de la morale, que la gloire d’un
particulier ? Autrement, ne témoignerait-on pas que l’on aime mieux
commettre l’honneur de Dieu, que celui d’un homme mortel ?
*(a) Rois, livre I, chapitre II, verset
6.
*(b) Samuel, livre II, chapitre XVI,
verset 5 et suivants.
*(c) Samuel, livre II, chapitre XIX,
verset 19 et suivants.
*(d) Rois, livre I, chapitre II,
verset 9.
*(e) Samuel, livre I, chapitre XXII,
verset 2.
*(f) Samuel, livre II, chapitre XVI.
*(g) Flavius Josèphe, Antiquités
juives, livre VII, chapitre VIII.
*(h) Livre des Chroniques, livre
I, chapitre XXII, verset 8, et chap. XXVIII, verset 3.
*(i) Samuel, livre II, chapitre XXI.
*(j)
J’ai pris garde que l’Écriture nous apprend que David consulta et
suivit les ordres de Dieu quand il s’agit de repousser les agresseurs,
(Samuel, I, chap. XXIII et XXX); mais qu’il ne consulta point Dieu, quand
il voulut ruiner Nabal, ni quand il allait exterminer les voisins d’Akis,
et faisait accroire qu’il ravageait les États de Saül. C’est
un signe que Dieu n’approuvait point ces sortes d’actions. |
.
Note_33
Voyez
la remarque I à la fin.
Note_34
.
| (K)
Cinq seulement.
I.
David était âgé de vingt-deux ans, lors que Samuel
l’oignit de l’huile destinée au sacre des rois. Cela est incompatible
avec ce qui suit, et avec ce qui précède. Il venait de dire
que David naquit l’an 2950 du monde, et un peu après il marque que
David vainquit Goliath l’an 2971 du monde. Il est manifeste que la victoire
sur Goliath est postérieure au sacre de David, au lieu que selon
Moréri la cérémonie du sacre ne se fit qu’un an après
cette victoire. Pour corriger cette faute, il faut dire que David reçut
l’onction âgé de vingt ans*(a). Le reste
n’a pas besoin de correction; car il es vrai que David vainquit Goliath
l’année d’après son sacre.
II.
Il n’est pas vrai que Saül ait renouvelé la persécution
contre David, depuis que celui-ci se fut abstenu deux fois de lui faire
le moindre mal, en niant la plus favorable occasion du monde. Il est un
peu surprenant que l’Écriture, pour aggraver le crime de Saül,
n’ait pas remarqué qu’il se repentit bientôt de sa réconciliation
avec David, et qu’il se rendit coupable d’une noire ingratitude. Dans le
chapitre XXIV du livre Ier de Samuel, il apprend que David, le pouvant
tuer dans une caverne, n’avait voulu lui faire aucun mal : il admire cette
générosité; il souhaite que le bon Dieu la récompense
; il reconnaît que la couronne est destinée à David;
il lui recommande sa famille, et s’en retourne dans sa maison. Dans le
chapitre XXVI du même livre, il apprend que David le pouvant tuer
la nuit dans sa tente, s’en retire sans lui rien faire : il admire cette
générosité; il donne sa bénédiction
à David ; il lui prédit toute sorte de prospérité;
et s’en retourne à son logis. Mr. Moréri prétend que
ces deux choses si semblables arrivèrent la même année.
Je le répète : il est un peu surprenant que l’Écriture
ne se serve point du premier de ces deux faits, pour rendre plus odieuse
l’opiniâtreté de Saül à persécuter son
gendre. Deux ou trois lignes pouvaient faire un grand effet : un lecteur
doit été frappé de voir que Saül, redevable de
la vie à sou beau-fils, le loue, l’admire, lui souhaite mille bénédictions,
et ne laisse pas dans peu de temps de se remettre en campagne pour le perdre.
Les lois de la narration demandent sans doute qu’en parlant de cette nouvelle
poursuite, on observe qu’elle était une infraction de cet accord
solennel qui avait suivi l’aventure de la caverne. Cependant vous ne trouvez
pas un iota dans l’Écriture touchant cette circonstance.
Voici d’autres sujets de surprise. David exposant à Saül qu’il
ne s’était point rendu digne de la persécution qu’il souffrait,
et qu’il n’avait tenu qu’à lui de le tuer dans sa tente, ne représente
pas que c’était la seconde fois qu’il avait eu la vie du roi entre
ses mains, et que le roi avait bientôt mis en oubli l’aventure de
la caverne. Saül de son côté, qui avoue qu’il a tort,
et qui parle à David de la manière du monde la plus honnête,
n’observe point que c’est la seconde fois qu’il lui doit la vie. Avouons
que de telles circonstances ne s’oublient pas. De plus, nous voyons que
dans la première de ces deux rencontres David et Saül tiennent
à peu près les mêmes paroles que dans la seconde. Si
je voyais deux récits de cette nature, ou dans Élien, ou
dans Valère Maxime, je ne ferais pas difficulté de croire
qu’il n’y aurait là qu’un fait, qui ayant été rapporté
en deux manières aurait servi de sujet à deux articles, ou
à deux chapitres. Le fait serait que David ayant en ses mains la
vie de Saül sou cruel persécuteur, l’aurait conservé
précieusement. Les deux manières de conter la chose seraient,
1°
que Saül obligé par quelque nécessité naturelle
de s’écarter de ses gens, entra dans une caverne où était
David;
2°
que David se glissa de nuit jusqu’à la tente de Saül, les gardes
dormant profondément. Je laisse à M. Simon, et à des
critiques de sa volée à examiner s’il serait possible que
les Livres Historiques du Vieux Testament rapportassent deux fois la même
chose. II me semble que l’action des Ziphiens, rapportée dans le
chapitre XXIII du livre Ier de Samuel, n’est point différente de
celle qui est rapportée dans le chapitre XXVI du même livre.
Quiconque voudra faire le parallèle de ces deux récits, sera
sans doute de mon sentiment. Ce qu’il y a de bien certain, c’est que Saül
n’a point persécuté David depuis la seconde réconciliation.
C’est la seconde faute de M. Moréri.
III.
La [troisième faute] consiste en ce qu’il assure que David fut
si bien reçu d’Achis, roi de Gath, que sa nouvelle faveur
faillit faire soulever les Grands. Il n’y a pas un mot de vrai dans
tout cela ; et je ne vois rien qui ait pu produire cette fausseté,
que les soupçons que l’on forma contre David, lorsqu’on le vit avec
ses troupes à l’arrière-garde de l’armée d’Akis. Les
chefs des Philistins voulurent absolument que David s’en retournât
dans la ville qui lui avait été donnée*(b).
Il y avait une grande différence entre ces chefs, et les Grands
de la cour du roi de Gath.
IV.
Le prétendu mécontentement des Grands n’obligea point David
à se retirer de cette cour. Il s’en retira par respect : il craignit
que lui et ses gens n’incommodassent le prince par leur séjour dans
la capitale : il pria donc Akis de lui assigner une autre demeure; ce qui
lui fut accordé. Ceci advint avant que les Chefs des Philistins
demandassent que David sortît de leur camp.
V.
Il ne fallait pas dire que David revint à Siceleg, puis que
l’on n’avait pas dit qu’il y eût déjà séjourné.
*(a)
Il naquit, selon Calvisius, l’an du monde 2860, et fut oint par Samuel
l’an du monde 2880, et tua Goliath l’année d’après.
*(b)
Samuel, livre I, chapitre XXIX. |
.
Note_35
.
| (L)
Les imprimeurs en étaient ici, lorsqu’on m’a fait voir un Dictionnaire*(a),
que j’ai consulté tout aussitôt à l’article du Prophète
David. J’y ai trouvé des endroits qui m’ont donné lieu à
faire des observations.
I.
Il n’est point vrai que David soit venu au monde 110 ans avant la naissance
de Jésus-Christ : il y a plus de mille ans*(b)
entre la naissance de l’un et la naissance de l’autre.
II.
Il ne fallait pas supprimer les courses faites par David sur les alliés
de son patron, ni le mensonge dont il se servit en persuadant au roi Akis
qu’il les faisait sur les terres des Israélites. Il ne fallait point
non plus supprimer la mauvaise guerre qu’il faisait à ces gens-là:
il passait au fil de l’épée hommes et femmes. Il n’es pas
permis dans un Dictionnaire d’imiter les panégyristes qui ne touchent
qu’aux beaux endroits : il faut agir en historien, il faut rapporter le
bien et le mal, et c’est ce qu’a fait l’Écriture.
III.
On ne saurait donc approuver l’affectation qui paraît ici de ne rien
dire des ruses de David, tant contre Izbozeth, que contre Absalom; et de
ne parle que des guerres où David était provoqué.
Ne fallait-il pas dire quelque chose de celles où l’Écriture
le représente comme l’agresseur, et de la sévérité
étonnante dont il usait envers les vaincus ?
IV.
L’Auteur fait pis que supprimer, il suppose dans l’Écriture que
les
Syriens, les Ammonites, les Moabites, et les autres peuples voisins attaquaient
David. L’Histoire Sainte insinue clairement qu’ils ne firent que tâcher
de si défendre, en quoi ils ne réussirent nullement*(c).
V.
Il suppose aussi sans l’Écriture que ce prince épousa la
jeune fille qu’on lui avait amenée pour tâcher de le réchauffer.
Je pourrais lui passer cela, sans faire tort à ce que j’ai dit touchant
cette belle méthode de faire revivre la chaleur naturelle. Je ne
pense pas que nos casuistes modernes les plus relâchés consentissent
qu’un vieillard entièrement incapable de consommer le mariage, épousât
une jeune fille dans la seule vue de se réchauffer les pieds et
les mains auprès d’elle. Ils croiraient sans doute qu’il pécherait,
et qu’il serait cause que sa compagne pécherait aussi.
VI.
L’Auteur s’efforce d’ôter la difficulté qui saute aux yeux
de tous les lecteurs, quand ils considèrent que Saül ne connaît
point David le jour que Goliath fut tué : il s’efforce, dis-je,
de la lever, et il s’y embrouille plus qu’il ne faudrait; car il dit en
un endroit*(d), que David âgé de dix-sept
ans alla jouer de la harpe auprès de Saül, et en un autre*(e)
il
ne lui donne que quatorze ou quinze ans, et la taille d’un fort petit
garçon. Peu après, voulant réfuter ceux qui disent
que le combat contre Goliath précéda le jeu de la harpe,
il se fait une objection spécieuse tirée de ce que ceux qui
proposèrent David comme un sujet propre à chasser par la
musique le Démon qui affligeait Saül, lui donnèrent
l’éloge de vaillant homme, et de bon guerrier*(f).Je
réponds à cela, dit-il, qu’on ne doit pas conclure
par ces deux mots Fortissimum et Bellicosum, que le combat luit
avant le jeu de la harpe, puisqu’on peut donner le nom de fort à
qui que ce soit, pourvu qu’il le soit véritablement selon son âge.
Est-ce pas être très fort que de prendre les ours et les lions
à la course, combattre contre eux et les étouffer. Voilà
une
réponse qui suppose que David étant encore fort petit,
et un jeune garçon de quatorze ou quinze ans, s’était
battu contre des lions, les avait pris à la course, les avait étouffés,
et pouvoir être appelé un homme fort, un homme guerrier, un
homme qui parlait bien. Cette difficulté est assez grande pour mériter
d’être repoussée : d’où vient donc que notre auteur
ne fait pas même semblant de l’entrevoir ? Son silence n’empêchera
pas que les lecteurs qui auront du nez ne sentent bien que puisque David
se battit à l’âge de vingt et un ans contre Goliath*(g),
il devait avoir près de vingt et un ans la première fois
qu’il fut à la cour de Saül. Et ainsi la raison que notre auteur
débite comme la meilleure pourquoi Saül ne connut point David
le jour du combat contre Goliath, ne vaut rien*(h).
Cette raison est qu’un petit garçon change tellement de visage pendant
sept ans, que ceux qui ne le revoient qu’après une absence de sept
années ne le reconnaissent point. David n’est point dans le cas,
il faut donc recourir à d’autres raisons. L’auteur rapporte celles
que divers commentateurs ont imaginées. Si elles ne satisfont pas
pleinement ceux qui ne sont pas faciles à contenter, il s’en faut
prendre à la nature de la question.
VII.
L’auteur oublie la plus forte preuve qu’on puisse alléguer contre
ceux qui veulent que David n’ait été mandé pour chasser
le Démon de Saül qu’après le combat de Goliath. Il n’allègue
point que ces gens-là renversent l’ordre selon lequel l’Écriture
narre les événements; il n’allègue point que le serviteur
de Saül, qui loua David d’être robuste, guerrier, éloquent,
beau, ne parla pas de la victoire remportée sur Goliath. Or il est
impossible de comprendre que ceux qui auraient voulu le recommander au
roi après ce combat, eussent été assez bêtes
pour ne pas dire tout court au prince, Ce même jeune homme, qui
a tué Goliath, joue bien des instruments: c’est lui qui vous guérira.
La
crainte d’être trop long m’empêche d’examiner, si dans le reste
de l’article l’auteur a manqué d’exactitude. II a évité
l’inconvénient que je marque à Mr. l’abbé de Choisi
; il a rapporté les années où David a fait telle et
telle chose.
*(a)
C’est le Dictionnaire de la Bible, composé par M. Simon,
prêtre, docteur en théologie, et imprimé à Lyon
en 1693, in-folio.
*(b)
Il y en a 1090, selon Calvisius
*(c) Voyez Samuel, livre II, chapitre
VIII.
*(d) Page 249.
*(e) Page 259.
*(f) Page 259.
*(g) C’est la supposition du Dictionnaire
de la Bible.
*(h)
Il cite l’auteur du Dictionnaire de la Bible qui a mis 8 ans entre
la première fois que Saül et la seconde, et qui a supposé
que David n’avait que 15 ans la première fois. |
.
Note_36
.
| (M)
David
laissa son royaume à Salomon, au préjudice du droit d’aînesse
; droit, qui dans les Couronnes héréditaires doivent être
inviolablement maintenu, à moins qu’on ne veuille ouvrir la porte
à mille guerres civiles. Néanmoins David eut de très
justes raisons de déroger à ce droit, puis qu’Adonija son
fils aîné avait eu tant d’impatience de régner, qu’il
était monté sur le trône avant que David eût
cessé de vivre*(a). Ce bon père n’avait
osé témoigner sut ressentiment contre une impatience qui
dans le vrai ne différait point de l’usurpation: il avait été
toujours fort tendre pour ses enfants; et son âge presque décrépit
n’était pas fort propre à corriger la mollesse qui accompagne
les coeurs tendres: mais la mère de Salomon, excitée et dirigée
par un prophète*(b) qu’Adonija n’avait point
prié au festin royal*(c), para le coup; elle
et le prophète obligèrent David à se déclarer
en faveur de Salomon, et à donner tous les ordres nécessaires
pour l’installation de ce jeune prince. Adonija se crut perdu, et se réfugia
au pied des autels: mais Salomon le fit assurer qu’il ne lui serait fait
aucun mal, pourvu qu’il le vit tenir une bonne et sage conduite*(d).
II le lit tuer néanmoins pour une raison qui paraît assez
légère; je veux dire à cause qu’Adonija avait demandé
en mariage la Sunamite qui avait servi à réchauffer David*(e).
Ceci confirme ce que j’ai dit ci-dessus, que ce roi-prophète fut
malheureux en enfants. Ils n’avaient aucun naturel, ni envers lui, ni les
uns envers les autres., Voici le plus sage de tous, qui répand le
sang de son aîné pour une vétille ; car il ne faut
pas s’imaginer qu’il l’ait fait mourir à cause du dérèglement
qu’il y avait dans ces amours d’Adonija. Tous les fils de David devaient
regarder la Sunamite comme le fruit défendu. Sa virginité
avait appartenu à leur père; il s’en serait mis actuellement
en possession, si ses forces l’avaient permis. Adonija était donc
blâmable de jeter les yeux sur cette fille; mais ce ne fut point
pour cette raison que son frère le tua: ce fut à cause que
sa demande réveilla les jalousies de Salomon, et fit craindre que
si on l’accoutumait à demander des faveurs, il ne songeât
bientôt à faire valoir son droit d’aînesse*(f).
Une politique à quelques égards de la nature de celle des
Ottomans le fit périr.
*(a) Livre des Rois, livre I, chapitre
I.
*(b) Par le prophète Nathan.
*(c) Livre des Rois, livre I, chapitre
I, versets 10 et 26.
*(d) Livre des Rois, livre I, chapitre
I, versets 51, 52.
*(e) Livre des Rois, livre I, chapitre
II.
*(f) Livre des Rois, livre I, chapitre
II, verset 20. |
.
|