ÉTUDES SUR VOLTAIRE ET SON TEMPS
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.PIERRE BAYLE
COMMENTAIRE PHILOSOPHIQUE SUR CES PAROLES DE JÉSUS-CHRIST:
CONTRAINS-LES D’ENTRER,
OU TRAITÉ DE LA TOLÉRANCE UNIVERSELLE

Table de Bayle

.DEUXIÈME PARTIE

Chap. VII. Septième objection: On ne peut nier la contrainte au sens littéral, sans introduire une tolérance générale. — Réponse à cela, et que la conséquence est vraie, mais non pas absurde : examen des restrictions du quelques demi-tolérants.

C’est ici que nos adversaires s’imaginent nous tenir par la gorge; il s’ensuit de vos raisons, disent-ils, qu’il faudrait souffrir dans la république non seulement les sociniens, mais aussi les Juifs, et les turcs : or cette conséquence est absurde : donc la doctrine d’où elle naît l’est aussi.

Je réponds que j’accorde la conséquence, mais je nie qu’elle soit absurde.

Il y a des occasions où les sentiments moyens sont les meilleurs, et les deux extrémités vicieuses; cela est même fort fréquent, mais en cette rencontre on ne saurait trouver de juste milieu; il faut tout ou rien; on ne peut avoir de bonnes raisons pour tolérer une secte, si elles ne sont pas bonnes pour en tolérer une autre; il en va comme dans les fourches caudines où Herennius Pontius conseilla l’une ou l’autre des deux extrémités, ou de bien traiter tous les romains, ou de les tuer tous : et l’expérience montra que son fils qui voulut tenir le milieu, n’y entendit rien. Ista quidem sententia, lui dit sagement son père, ea est quae neque amicos parat, neque inimicos tollit. (Tite-live, I. 9)

Tâchons d’éclaircir ceci le plus brièvement qu’il sera possible, et premièrement pour ce qui regarde les Juifs, on est persuadé même dans les pays d’inquisition, comme en Italie, qu’ils doivent être tolérez.

On les tolère dans plusieurs états protestants, et tout ce qu’il y a de gens raisonnables ont horreur du traitement qu’on leur fait en Portugal et en Espagne.

Il est vrai qu’il y a beaucoup de leur faute; car pourquoi y demeurent-ils sous l’apparence de chrétiens, et avec une profanation horrible de tous les sacrements, puis qu’ils peuvent aller ailleurs professer hautement le judaïsme? Mais cette faute n’excuse point les lois cruelles des espagnols, et encore moins l’exécution rigoureuse de ces lois.

En deuxième lieu pour ce qui est des mahométans, je ne vois pas qu’ils soient plus indignes de tolérance que les Juifs; au contraire ils le sont moins, puis qu’ils tiennent Jésus-Christ pour un grand prophète; et ainsi s’il prenait fantaisie au mufti d’envoyer en chrétienté quelques missionnaires, comme le pape en envoie dans les Indes, et que l’on surprît ces missionnaires turcs s’insinuant dans les maisons, pour y faire le métier de convertisseurs, je ne pense pas qu’on fût en droit de les punir; car s’ils répondaient les mêmes choses que les missionnaires chrétiens répondraient dans le Japon en pareil cas, savoir que le zèle de faire connaître la vraie religion à ceux qui l’ignorent, et de travailler au salut de leur prochain dont ils déplorent l’aveuglement, les a engagez à leur venir faire part de leurs lumières, et que sans avoir égard à cette réponse, ni les ouïr dans leurs raisons, on les pendît, ne serait-on pas ridicule de trouver mauvais que les japonais en fissent autant? Puis donc qu’on blâmerait horriblement les japonais, il faut convenir qu’il ne faudrait pas maltraiter ces missionnaires du mufti, mais les faire entrer en conférence avec des prêtres, ou des ministres, afin de les détromper.

Que si on ne pouvait pas en venir à bout, et qu’ils protestassent qu’ils mourraient plutôt que de désobéir à l’ordre de Dieu et du grand prophète, il se faudrait bien garder de les faire mourir; et pourvu qu’ils ne fissent rien contre le repos public, je veux dire, contre l’obéissance due au souverain dans les choses temporelles, ils ne mériteraient pas seulement l’exil, ni eux, ni ceux qu’ils auraient pu gagner par leurs raisons; car autrement les païens eussent bien fait de chasser et d’emprisonner les apôtres, et ceux qu’ils avaient convertis à l’Évangile.

Il ne faut point oublier la défense d’avoir double poids, et double mesure, ni que de la même mesure, dont nous mesurerons les autres, nous serons mesurez.

Plut à Dieu que les infidèles voulussent faire échange de missions et de tolérances, et convenir que nos missionnaires auraient toute permission de prêcher et d’instruire dans leurs pays, pourvu que leurs missionnaires obtinssent dans nos états une faculté pareille! La religion chrétienne trouverait de grands avantages; les prédicateurs païens et mahométans ne gagneraient rien chez nous, et les nôtres pourraient faire beaucoup de fruit chez les nations infidèles.

Et nous serions bien blâmables, si nous entrions dans une telle défiance de nos raisons, que nous crussions que pour les bien soutenir contre les missionnaires turcs, ou chinois, il faudrait en venir aux prisons, et aux supplices.

Voilà la bonne opinion qu’on a dans les religions persécutantes, de ce qu’elles croient être la pure vérité que Dieu nous a révélée; on ne croit pas qu’elle soit capable de rien faire toute seule; on lui donne pour adjoints les bourreaux, et les dragons, adjoints qui se passent bien de la vérité, puis que tout seuls et sans elle ils font ce qu’ils veulent.

Or si dans le cas le moins favorable, comme dans l’envoi de missionnaires dans un pays où il n’y a point de turcs, je dis qu’ils ne doivent pas être punis d’aucun châtiment temporel; à plus forte raison sont-ils dignes de tolérance dans les pays où on les trouve établis, et dont on s’empare par conquête.

Ainsi je tiens qu’à moins que des raisons de politique ne le demandassent, comme elles demandent quelquefois que l’on chasse les nouveaux sujets de sa propre religion, les princes chrétiens qui prennent des villes sur les turcs n’en doivent pas chasser les mahométans, ni les empêcher d’avoir des mosquées, ou de s’assembler dans des maisons.

Tout ce à quoi il faut travailler, c’est à les instruire, mais sans violence, et sans contrainte.

On leur doit cela non seulement par respect pour cette loi éternelle qui nous montre, quand on la consulte attentivement et sans passion, que la religion est une affaire de conscience qui ne se commande pas, mais aussi par reconnaissance de ce qu’ils ont conservé aux chrétiens de leur empire la faculté d’exercer leur religion.

Je doute fort qu’on leur rende la pareille; le pape ne laisserait jamais en repos l’empereur et les vénitiens, s’ils y laissaient les turcs dans leurs conquêtes, et la cour impériale n’a pas besoin d’être poussée à la persécution par celle de Rome : elle y est désormais trop bien stylée pour avoir besoin d’aide là-dessus.

Je dis en troisième lieu que les païens mêmes ont été dignes de tolérance, et que Théodose, Valentinien, et Martien ne peuvent être aucunement excusez d’avoir condamné à mort tous ceux qui feraient quelque acte de religion païenne.

Car encore que la manière violente dont les anciens empereurs en avaient usé, rendît les païens intolérables par la maxime, qu’une religion qui force les consciences ne mérite point d’être soufferte, il fallait pourtant s’abstenir de représailles, lors qu’on voyait les païens si bas qu’il n’y avait pas lieu de craindre qu’ils redevinssent assez puissants, pour recommencer les tragédies de Decius, et de Dioclétien.

Outre qu’on ne pouvait pas dire de la religion païenne, comme de la romaine, qu’elle fût engagée à persécuter par ses conciles, et quasi par ses principes fondamentaux : ainsi on ne devait pas argumenter de ce qu’avaient fait les empereurs avant Constantin, à ce que feraient les païens qui par aventure seraient devenus les maîtres après Théodose.

Et qu’on ne dise pas qu’on ne violentait pas la conscience des païens, en leur défendant le culte des dieux sous peine de mort, car il est certain qu’ils étaient attachez à ce culte par des liens de superstition très forts; et il s’en est trouvé qui ont été prêts à renoncer à de grandes charges, plutôt qu’à leur paganisme.

À la vérité il s’en trouva peu qui voulussent hasarder leur vie; mais si ce fût la seule cause pourquoi les chrétiens ne firent pas mourir beaucoup d’idolâtres, en exécution des lois impériales, je ne vois pas qu’ils doivent se glorifier beaucoup de leur débonnaireté, et l’opposer à la cruauté païenne.

Que si dans l’empire romain la contrainte a été illicite contre les descendants de ceux qui avaient tant persécuté les chrétiens, à plus forte raison le serait-elle aujourd’hui contre les japonais et les chinois; et ainsi quand il arriverait, ou qu’un empereur de ce pays embrasserait la foi chrétienne, ou qu’un chef de croisade, à l’instar de Godefroi de Bouillon, deviendrait le roi de ce pays, il ferait très mal de travailler à la conversion de ses sujets par d’autres voies que par la douceur de l’instruction.

Mais on ne lui souffrirait pas cette tolérance; car si c’étaient des missionnaires papistes qui convertissent l’empereur, ou qui vissent sur le trône un chef de croisade papiste, ils l’engageraient dès le lendemain à publier un édit, portant qu’à peine de la vie chacun eût à se faire baptiser.

Et c’est une bonne leçon aux chinois de chasser tous les missionnaires, qui damneraient pour le moins les trois quarts des gens, en leur faisant profaner les sacrements, et agir contre leur conscience.

Il serait inutile de prouver en particulier, que les sociniens sont dignes de tolérance, après avoir prouvé que les païens, les Juifs, et les turcs en sont dignes : passons donc à l’examen des limitations de messieurs les demi-tolérants.

Ces messieurs, soit pour jouir des commodités de la tolérance, sans perdre le plaisir de persécuter, soit pour d’autres raisons plus honnêtes, coupent le différend par la moitié, et disent qu’il y a des sectes qu’il faut tolérer, et d’autres qu’il faut extirper, sinon par le fer et le feu, à tout le moins par l’exil, et par les confiscations.

Ils disent aussi que si la peine de mort est trop rude pour le peuple qui a été séduit, elle ne l’est pas trop pour l’hérésiarque qui les a séduits. Nec totam servitutem nec totam libertatem pati possunt, comme on disait du peuple romain.

Quand ce vient à déterminer plus particulièrement quels sont les hérésiarques qui méritent la mort, ils disent que ce sont ceux qui prononcent des blasphèmes contre la divinité, et que puis que dans les états bien policés on perce la langue d’un fer chaud, ou on l’extirpe à ceux qui blasphèment, il ne faut pas trouver étrange que les injures atroces et blasphématoires, que Servet vomissait contre la Sainte Trinité, aient été expiées par le feu.

Mais ils me permettront de leur dire qu’ils s’abusent en cela bien lourdement.

Car afin qu’un blasphémateur soit punissable, il ne suffit pas que ce qu’il dit soit un blasphème, selon la définition qu’il plaira à d’autres de donner de ce mot-là; il faut qu’il le soit selon sa propre doctrine, et voilà pourquoi on punit justement un chrétien qui jure le saint nom de Dieu, et qui se sert de termes choquants contre cette même divinité qu’il fait profession de croire; car alors il pêche par malice et sachant qu’il pêche.

Mais qu’un chrétien qui ne croit pas la Trinité, et qui est persuadé en sa fausse conscience, qu’il ne peut pas y avoir trois personnes dont chacune soit Dieu, sans qu’il y ait trois dieux, dise et soutienne que le Dieu des catholiques et des protestants est un faux Dieu, un Dieu contradictoire, etc.

Ce n’est pas blasphémer à son égard, puis qu’il ne dit rien contre la divinité qu’il reconnaît, mais contre une autre qu’il ne connaît pas.

La remarque paraîtra plus solide, si j’ajoute que si on laisse les persécuteurs les maîtres de la définition du blasphème, il n’y aura point de blasphémateurs plus exécrables que les premiers chrétiens et les huguenots.

Car il ne se peut rien dire de méprisant, de bas, et d’infâme que les premiers chrétiens aient dit, sans garder nulles mesures, contre les dieux du paganisme, et l’on sait que les protestants n’épargnent pas le Dieu de la messe, et que ce qu’ils en disent quelquefois fait dresser les cheveux à leurs adversaires.

Je n’approuve point ceux qui ont l’incivilité de se servir de termes trop odieux, en présence de ceux qui s’en scandalisent : l’honnêteté et la charité veulent que l’on ménage leur conscience, et le respect qui est dû aux princes veut que l’on s’abstienne en leur faveur de certaines phrases; si bien qu’en cela les premiers chrétiens n’ont pas eu toujours la discrétion qu’ils devaient.

Mais au fond ce n’est qu’incivilité et grossièreté.

Les protestants, à cela près, trouvent fort bon qu’on dise du Dieu de la messe ce que les papistes définissent un blasphème, et que les premiers chrétiens aient dit des idoles du paganisme ce que les païens nommaient un blasphème.

S’ensuit-il pour cela que les premiers chrétiens aient été des blasphémateurs dignes de mort, ou que les réformez le soient? Point du tout, parce qu’alors le blasphème n’est point défini par un principe commun à l’accusateur et à l’accusé, au persécutant, et à celui qu’on persécute.

Or cela même avait lieu pour Servet.

Les blasphèmes dont on l’accusait ne pourvoient pas recevoir ce nom, en vertu d’un principe ou d’une idée qu’il admît aussi bien que le sénat de Genève; et par conséquent il ne pouvait être puni comme blasphémateur, qu’il ne s’ensuive que les chrétiens pourvoient être punis comme des blasphémateurs, par les païens, les réformez par les papistes, et tous ceux qui croient la Trinité, par les sociniens.

En vertu de cette maxime les réformez, qu’on appelle calvinistes, pourraient punir de mort, comme d’insignes blasphémateurs, les papistes et les remontrants, qui disent que le Dieu de Calvin est cruel, injuste, auteur du péché, et néanmoins punisseur de ce péché sur des créatures innocentes.

Ce sont des blasphèmes horribles, selon la définition que les réformez donneraient à ces paroles; mais comme ceux qui les profèrent ne les dirigent pas contre la divinité qu’ils adorent, mais contre une chose qu’ils croient n’être que la vision et la chimère d’un autre parti, on ne peut pas justement conclure qu’ils blasphèment contre Dieu.

Je sais bien qu’on me dira que Servet avait tort dans le fond, et que les réformez ont raison dans le fond, à l’égard de l’eucharistie, et qu’ainsi il n’y a point de conséquence de l’un aux autres; mais voilà justement ce que diraient les papistes, si on les voulait punir d’avoir dit que le Dieu de Calvin est un tyran, auteur du péché etc.

Ils diraient qu’ils ont raison d’appeler blasphème ce qu’on dit contre leur eucharistie, parce qu’ils ont la vérité de leur côté, mais qu’on a tort d’appeler blasphème ce qu’ils disent contre la prédestination de Calvin, parce que c’est un faux dogme.

Ce sera toujours pure pétition de principe; rien de net et de précis, un renvoi perpétuel au fond; en un mot chacun disposera du dictionnaire à sa fantaisie, en commençant par s’emparer de cette hypothèse, j’ai raison et vous avez tort; ce qui est jeter le monde dans un chaos plus affreux que celui d’Ovide.

Nos demi-tolérants disent aussi qu’il faut tolérer les sectes qui ne renversent pas les fondements du christianisme, mais non pas celles qui les renversent.

C’est encore la même illusion.

Car on demandera ce que c’est que renverser les fondements.

Est-ce renverser une chose qui en soi et réellement est les fondements du christianisme, ou une chose qui est crue telle par l’accusateur, mais non pas par l’accusé? Si l’on répond que c’est le premier, voilà le commencement d’un long procès où l’accusé tiendra pour la négative, soutenant que ce qu’il nie, bien loin d’être le fondement de la religion, n’est qu’une fausseté, ou tout au plus qu’une chose indifférente.

Si l’on se contente de répondre que c’est le second, voilà l’accusé qui dira que peu lui importe de renverser ce qui passe pour fondamental dans l’esprit de son adversaire, puis que ce n’est nullement une conséquence que ce soit rien de fondamental; et ainsi voilà une nouvelle dispute qui s’élèvera sur cet enthimême de l’accusateur : une telle chose me paraît fondamentale; donc elle l’est; qui est un raisonnement pitoyable.

Si l’on veut donc réussir dans cette dispute, il faut montrer qu’une telle secte renverse ce qu’elle croit fondamental dans le christianisme, et alors il faudra la tolérer sur le pied qu’on tolère les Juifs, plus ou moins; ou bien il faut montrer que les choses qu’elle renverse sont fondamentales, quoi qu’elle ne le croie pas; mais pour le montrer il ne faut pas définir les fondements à sa fantaisie, ni se servir de preuves qui soient disputées par l’adversaire; autrement ce serait prouver une chose obscure par une aussi obscure, ce qui est une moquerie : il faut se servir de principes avouez et reconnus des deux partis.

Si l’on en vient à bout, l’accusé sera réduit à la tolérance sur le pied d’une secte non chrétienne; si l’on n’en vient pas à bout, il ne sera pas justement traité comme renversant les fondements.

J’ajoute que s’il suffit, pour ne point tolérer une religion, de croire qu’elle renverse ce que nous croyons fondamental, les païens ne devaient pas souffrir les prédicateurs de l’Évangile, et nous ne pourrions pas souffrir l’Église romaine, ni l’Église romaine nous; car nous ne croyons pas que les fondements du christianisme se trouvent dans la communion romaine, sans un mélange d’un poison très dangereux; et quant à elle, elle est très persuadée qu’en niant son infaillibilité, nous renversons de fond en comble l’essence la plus fondamentale du christianisme.

Il y en a aussi qui distinguent entre une secte qui commence de s’élever, ou qui n’a jamais obtenu des édits de tolérance, et une secte qui est déjà toute établie, soit par la possession, soit par une concession dûment ratifiée, et ils prétendent que celle-ci mérite toute sorte de tolérance, mais que l’autre n’en mérite pas toujours.

Pour moi j’accorde très volontiers que la deuxième espèce de secte est incomparablement plus digne de tolérance que l’autre, et qu’il n’y a rien de plus infâme que d’anéantir des lois, saintement jurées; mais je nie que la première ne le soit pas, car si elle ne l’était pas, comment blâmerions-nous les premières persécutions des chrétiens, et les supplices que François Ier et Henri II ont fait souffrir à ceux qu’on nommait luthériens? Je dis la même chose de la distinction qu’on fait entre le chef d’une secte, et le peuple qui se laisse misérablement séduire; j’avoue que ce séducteur, ou malicieux, ou de bonne foi, fait plus de mal que le peuple, mais il ne s’ensuit pas qu’encore que le peuple mérite plus de support, l’hérésiarque doive être puni; car si cela s’ensuivait, le supplice de Luther et de Calvin n’aurait pas été condamnable, et celui de Saint Paul et de Saint Pierre ne le serait pas non plus.

Je vois bien que pour dernière ressource on me dira, que si Luther, Calvin et les apôtres n’avaient pas eu la vérité de leur côté, le supplice qu’on leur aurait fait souffrir eût été juste; et ainsi ce sera fonder l’injustice des persécutions, non pas sur la violence que l’on fait à la conscience, mais sur ce que celui qu’on persécute est de la vraie religion.

C’est une difficulté considérable qu’il nous faut examiner dans le chapitre suivant.

Chapitre suivant.