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| Oeuvres complètes de Voltaire | Études sur Voltaire | Galerie | .PIERRE BAYLE COMMENTAIRE PHILOSOPHIQUE SUR CES PAROLES DE JÉSUS-CHRIST: CONTRAINS-LES D’ENTRER, OU TRAITÉ DE LA TOLÉRANCE UNIVERSELLE .PREMIÈRE PARTIE Chap. VII. Sixième réfutation du sens littéral, par la raison qu’il ôte à la religion chrétienne un fort argument dont elle se sert contre le mahométisme. Ce chapitre sera beaucoup plus court que les précédents, parce qu’il y a un docteur de Sorbonne, nommé M. Diroys, qui a fait depuis peu d’années un livre intitulé, preuves et préjugez pour la religion chrétienne, où il montre amplement et par de bonnes raisons la fausseté des religions idolâtres, et de la mahométane, en leur donnant, entre autres caractères, celui de persécuter, et d’exiger des professions à vive force, à quoi il oppose la manière douce, pacifique, ensanglantée de persécution passive, et non d’active dont le christianisme s’est établi. C’est par-là que nous dissipons la chicane que nous font les libertins, quand nous leur proposons, comme une preuve de la divinité de la religion chrétienne, les grands progrès qu’elle a faits au long et au large en peu de temps. Ils nous répondent que si cette preuve était bonne, la religion de Mahomet le serait aussi, parce qu’en peu de temps elle s’est répandue dans une infinité de pays; mais nous répliquons que cela n’est pas étonnant, parce que Mahomet et ses sectateurs se sont servis de la contrainte, au lieu que les chrétiens n’ont opposé au paganisme que leur constance à souffrir. Il n’y a rien qui ne soit très raisonnable et très fort de la part des chrétiens dans cette dispute; mais si une fois il était prouvé que Jésus-Christ a commandé la contrainte, il n’y aurait rien de plus pitoyable que cette attaque que nous ferions aux mahométans; d’où j’argumente ainsi : un sens littéral qui ôte à la religion chrétienne une forte preuve contre les fausses religions, est faux; or tel est le sens littéral de ces paroles, contrains-les d’entrer; donc il est faux. Que pourrez-vous dire contre les violences des païens, et des sarrasins? Leur irez-vous faire honte, comme fait M. Diroys, de ce qu’une adoration forcée, une hypocrisie évidente, un culte notoirement contre la conscience, pour obéir aux hommes, passent parmi eux pour des actes de piété et de religion? Leur direz-vous que leurs dieux et leurs adorateurs ne demandent qu’autant de religion qu’il en faut pour détruire la véritable, puis qu’ils sont aussi satisfaits d’une adoration forcée que d’une sincère? Mais ne voyez-vous pas qu’on se moquera de vous, et qu’on vous renverra en France chercher la réponse à vos questions? Ne voyez-vous pas qu’on vous répondra, qu’ils n’ont fait que ce que Jésus-Christ a commandé si expressément; et au lieu de vous laisser prétendre que ses premiers disciples sont plus à louer que ceux de Mahomet, qu’on répondra au contraire que ceux-ci ont beaucoup mieux fait leur devoir, n’ayant point perdu de temps à se servir d’une voie commandée de Dieu, courte, et efficace. On vous dira que les chrétiens des trois premiers siècles ont été, ou des contempteurs punissables des ordres de Jésus-Christ, ou des lâches et des poltrons, qui n’ont osé faire ce qui leur était commandé, ou des gens simples et bêtes qui ne connaissaient pas la centième partie de leurs droits, au lieu que les mahométans y ont été d’abord très instruits, et les ont fait valoir en braves gens, fort zélés pour obéir à une loi qui ne peut être que juste, puis que nous sommes contraints d’avouer qu’elle est émanée de Jésus-Christ. Et pour ce qui est de leurs grands progrès, si d’un côté nous en diminuons le mérite, à cause des forces qu’ils ont eues en main, ils le relèveront de l’autre, en disant que Dieu a béni visiblement le zèle et le courage, avec lequel ils ont établi, sans perdre temps, la divine religion de son prophète, par les voies que nous avouons nous-mêmes être très saintes et commandées expressément de Dieu. |