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OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE-DICTIONNAIRE PHILOSOPHIQUE

XAVIER

Saint Xavier, surnommé l’apôtre des Indes, fut un des premiers disciples de saint Ignace de Loyola.

Quelques écrivains modernes, trompés par l’équivoque du nom, se sont imaginé que les apôtres saint Barthélemy et saint Thomas avaient prêché aux Indes orientales. Mais Abdias(49) remarque très bien que les anciens font mention de trois Indes: la première située vers l’Éthiopie, la seconde proche des Mèdes, et la troisième à l’extrémité du continent.

Les Indiens à qui saint Barthélemy prêcha sont les Arabes de l’Yémen, qui sont nommés par Philostorge(50) les Indiens intérieurs, et par Sophronius(51) les Indiens fortunés: ce sont les habitants de l’Arabie Heureuse.

L’Inde qui est proche des Mèdes est évidemment la Perse et les provinces voisines, qui furent d’abord soumises aux Parthes. Or c’est dans ce pays-là, dans l’empire des Parthes, que les historiens ecclésiastiques(52) témoignent que saint Thomas alla prêcher l’Évangile. Aussi le métropolitain de Perse se vante-t-il, depuis plusieurs siècles, d’être le successeur de saint Thomas. L’auteur des voyages de cet apôtre et celui de l’histoire d’Abdias, s’accordent là-dessus avec nos autres écrivains.

Enfin, la troisième Inde, à l’extrémité du continent, comprend les côtes de Coromandel et de Malabar, et c’est celle dont Xavier fut l’apôtre. Il arriva à Goa, l’an 1542, sous la protection de Jean III, roi de Portugal; et malgré les miracles qu’il y opéra, il prétendait, de l’aveu du missionnaire dominicain Navarrète(53), qu’on n’établirait jamais aucun christianisme de durée parmi les païens, à moins que les auditeurs ne fussent à la portée d’un mousquet. Le jésuite Tellez, dans son Histoire d’Éthiopie(54),fait le même aveu. « Ç’a toujours été, dit-il, le sentiment que nos religieux ont formé concernant la religion catholique, qu’elle ne pourrait être d’aucune durée en Éthiopie, à moins qu’elle ne fût appuyée par les armes. »

L’expérience, en effet, vient à l’appui de cette opinion. Ce fut par les armes que l’on convertit l’Amérique; et Barthélemy de Las Casas, moine et évêque de Chiapa, écrivit en langue castillane l’Histoire admirable des horribles insolences, cruautés et tyrannies exercées par les Espagnols aux Indes occidentales. Ce témoin oculaire affirme(55) que, dans les îles et sur la terre ferme, ils firent mourir en quarante ans plus de douze millions d’âmes. Ils faisaient certains gibets longs et bas, de manière que les pieds touchaient quasi à la terre, chacun pour treize, à l’honneur et révérence de notre Rédempteur et de ses douze apôtres, comme ils disaient, et, y mettant le feu, brûlaient ainsi tout vifs ceux qui y étaient attachés. Ils prenaient les petites créatures par les pieds, les arrachant des mamelles de leurs mères, et leur froissaient la tête contre les rochers. Las Casas oublie de remarquer que le Psalmiste(56) appelle heureux celui qui pourra traiter ainsi les petits enfants.

Au reste, il faut redire ici comme à l’article Reliques: Jésus n’a condamné que l’hypocrisie des Juifs, en disant(57): « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous courez la mer et la terre pour faire un prosélyte; et quand il l’est devenu, vous le rendez digne de la géhenne deux fois plus que vous. »

Notes.

Note_49 Liv. VIII, art. i.

Note_50 Histoire ecclésiastique, liv. II, chap. vi.

Note_51 Saint Jérôme, dans le catalog.

Note_52 Eusèbe, liv. III, chap. i; et Récognitions, liv. IX, art. i.

Note_53 Traité VI, p. 436, col. 6.

Note_54 Liv. IV, chap. iii.

Note_55 Page 6 et 10 de la traduction française de Jacques de Miggrode.

Note_56 Ps. cxxxci, v. 9.

Note_57 Matthieu, chap. xxiii, v, 15.

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