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OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE-DICTIONNAIRE PHILOSOPHIQUE

VÉNALITÉ

Ce faussaire dont nous avons tant parlé, qui fit le Testament de Richelieu, dit, au chapitre iv, « qu’il vaut mieux laisser la vénalité et le droit annuel, que d’abolir ces deux établissements difficiles à changer tout d’un coup sans ébranler l’État. »

Toute la France répétait, et croyait répéter après le cardinal de Richelieu, que la vénalité des offices de judicature était très avantageuse.

L’abbé de Saint-Pierre fut le premier qui, croyant encore que le prétendu Testament était du cardinal, osa dire dans ses observations sur le chapitre iv: « Le cardinal s’est engagé dans un mauvais pas, en soutenant que quant à présent la vénalité des charges peut être avantageuse à l’État. Il est vrai qu’il n’est pas possible de rembourser toutes les charges. »

Ainsi, non seulement cet abus paraissait à tout le monde irréformable, mais utile: on était si accoutumé à cet opprobre qu’on ne le sentait pas; il semblait éternel; un seul homme en peu de mois l’a su anéantir.

Répétons donc qu’on peut tout faire, tout corriger; que le grand défaut de presque tous ceux qui gouvernent est de n’avoir que des demi-volontés et des demi-moyens. Si Pierre le Grand n’avait pas voulu fortement, deux mille lieues de pays seraient encore barbares.

Comment donner de l’eau dans Paris à trente mille maisons qui en manquent? comment payer les dettes de l’État? comment se soustraire à la tyrannie révérée d’une puissance étrangère qui n’est pas une puissance, et à laquelle on paye en tribut les premiers fruits? Osez le vouloir, et vous en viendrez à bout plus aisément que vous n’avez extirpé les jésuites, et purgé le théâtre de petits-maîtres.

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