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| Index Voltaire | Commande CDROM | Mélanges XI (Supplément) | SUPPLÉMENT AUX OEUVRES EN PROSE DE VOLTAIRE VI. NOTES SUR LA HENRIADE
Notice: Vous trouverez
dans la
Correspondance,
sous le n° 107, une lettre de Voltaire
à M. Isaac Cambiague, à Londres, dans laquelle il lui annonce
l'envoi d'un exemplaire de la Henriade.
Cet exemplaire lui fut remis
en effet. Après sa mort, en 1728, cet exemplaire passa aux Pelissari,
famille italienne réfugiée à Genève. Un homme
de beaucoup d'esprit, qui a joué un rôle politique assez important
à la fin du règne de Louis XIV, Pesme de Saint-Saphorin,
gentilhomme du pays de Vaud, qui soutenait les intérêts protestants
contre l'influence française dans la guerre de la succession d'Espagne,
s'en empare et l'annote. Cet exemplaire annoté revient à
Voltaire alors qu'il est fixé sur les bords du Léman, et
il s'amuse à le contre-annoter.
S. S. — Je ne suis pas un juge compétent de la poésie française. V. — Pourquoi en parles-tu donc? S.S. — On est bientôt rassasié de leurs grands vers rimés, qu'ils appellent bien tournés, mais qui manquent presque tous de force et d'énergie. V. — Cela n'est pas vrai; Corneille et Despréaux sont pleins de force. S.S. — Je demande pour quelle raison M. de Voltaire a choisi pour un si beau poème une si vilaine action: je veux dire le changement de religion d'Henri IV. V.— Pour deux raisons: parce que le sujet est très beau d'ailleurs, et que la religion catholique est plus poétique que la protestante. S.S. — Henri IV a changé quatre fois de religion: la première, il se fit protestant pour être chef de parti; la seconde, il se fit papiste pour sauver sa vie à la sainte journée de Barthélemy; la troisième, il retourna protestant, et la quatrième, il se fit papiste encore une fois pour entrer dans Paris. V. — Ce n'était pas à moi à en parler. S.S. — Le sujet de M. de Voltaire l'engage naturellement à défendre l'adoration des os de morts, à faire une pompeuse description de la messe(25).... V. — Je n'ai qu'un seul vers sur la messe. S.S. — Je suppose qu'un de nous s'en aille en France avec un livre contre le papisme et contre tes cardinaux; je demande si le cardinal de Fleury lui donnera des dîners à sa maison de campagne et si la cour fera imprimer son livre par souscription. V. — Je n'ai pas été si bien reçu à Londres que vous me le reprochez. La Henriade par souscriptions n'a pas rapporté ce qu'on a bien voulu dire. S.S. — M. de Voltaire introduit un vieillard catholique romain qui prédit que notre religion (la protestante) sera bientôt détruite. Je dis, moi, au contraire, qu'il y a plus d'apparence que le papisme sera à sa fin plus tôt que le protestantisme. V. — Je ne m'y oppose pas. S.S.
J'applique ces vers de M. de Voltaire au papisme, avec la permission de l'auteur: car ni saint Paul, ni saint Jean, ni saint Pierre, n'ont dit la messe ni n'ont fait l'office des morts, ni n'ont eu des images, ni n'ont eu la confession auriculaire, ni la transsubstantiation. C'est tout cela qui a tiré son être des caprices de l'homme. V. — Répondra à cela qui pourra. S.S. — Henri IV changeait de religion comme de maîtresse; mais les poètes sont comme les théologiens: Dieu est leur machine. Il semble que ces deux professions aient pour but de nous tromper avec des paroles; voilà pourquoi les premiers théologiens furent poètes. V. — Plût à Dieu qu'il n'y en eût point d'autres! S.S. — Allons, monsieur de Voltaire, pendant que vous êtes à nous parler des suppôts de la cour de Rome, quelques touches de votre pinceau sur l'infaillibilité, et je vous ferai une souscription pour ce seul endroit. V. — J'accepte la proposition; tope! S.S. — Je prends mon parti de la clémence de Henri IV. Elle tire des larmes. Mais saint Louis fait rire quand il va prier le bon Dieu d'envoyer Henri IV à la messe. V. — C'est toi qui me fais rire. (Suivent d'autres critiques auxquelles Voltaire se dispense de répondre.)
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