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| Index Voltaire | Commande CDROM | Mélanges XI (Supplément) | SUPPLÉMENT AUX OEUVRES EN PROSE DE VOLTAIRE I. ÉCLAIRCISSEMENTS
(1)On trouve depuis longtemps dans l'état de la France que les gentilshommes ordinaires du roi furent créés par Henri III au nombre de quarante-cinq. Cependant rien n'est plus faux, et ce qui a été écrit sur les autres officiers de la couronne, et particulièrement sur la charge de premier gentilhomme de la chambre, n'a guère plus de vérité. Il eût été à désirer que ceux qui ont donné ces livres eussent compulsé les anciens comptes de l'épargne, ceux de la maison du roi qui sont encore à la chambre des comptes, les mémoires de Brienne, les recueils faits anciennement chez quelques secrétaires d'État: avec ces secours on rectifierait beaucoup d'erreurs, et on mettrait plus d'un officier de Sa Majesté au fait de ses fonctions et de ses prérogatives, qui sont souvent un sujet d'incertitude et de contestations. Pour commencer par la prétendue institution des quarante-cinq gentilshommes de la chambre du roi par Henri III, cette fausseté est palpable. 1° Les Pandectes de Carondas disent expressément que François Ier donna aux chambellans le titre de gentilshommes ordinaires de sa chambre, et en fixa le nombre à vingt-cinq. Ces officiers, qui étaient nommés chambellans Sous les rois prédécesseurs de François Ier, étaient aussi nommés chevaliers de l'hôtel, et sont aussi anciens que la monarchie, puisqu'il n'y a point eu de roi qui n'ait eu besoin d'avoir un certain nombre de gentilshommes pour le service auprès de sa personne. 2° Le plus ancien compte de la maison du roi qui soit échappé a l'incendie de la chambre des comptes est de l'année 1515 On y trouve les vingt de la chambre et de la maison ci-devant chambellans gentilshommes, qui sont MM. de Montpipeau, Montréal, Montmorency, d'Armagnac, Château-Morand, et ils ont chacun quatre cents livres de gages, a treize livres le marc, ce qui était alors considérable, six chevaux entretenus aux dépens du roi, et une table. 3° Aucun d'eux n'avait les patentes de premier gentilhomme de la chambre; mais le plus ancien des vingt prenait le titre de premier, sans autre avantage au-dessus de ses camarades que d'avoir six cents livres d'appointements quand les autres n'en avaient que quatre cents. On voit par le registre de 1515 que M. de Montpipeau, comme le plus ancien, touchait six cents livres de gages. 4° En 1516 et 1517 on trouve vingt et un gentilshommes ordinaires: le roi ayant ajouté une nouvelle charge en faveur du fils d'Anne de Montmorency, depuis connétable de France. 5° Depuis 1520 jusqu'à la fin de 1523, le nombre est porté jusqu'à vingt-quatre, et dans l'année 1523 on leur augmente leurs gages jusqu'à douze cents livres. 6° En 1524 le nombre de ceux qui eurent ce titre monta jusqu'à trente et un, mais les sept derniers étaient surnuméraires, ne touchaient que trois cents livres de gages, et ne faisaient pas les fonctions de service. 7° Ces fonctions étaient de lever et de coucher le roi, de le suivre partout, de lui servir d'aides de camp, d'aller de sa part complimenter les souverains, etc. 8° En 1529 et 1530, Anne de Montmorency, grand maître, et maréchal de France, depuis connétable, se trouve dans le rôle des gentilshommes ordinaires, employé pour douze cents livres avec les seigneurs de La Barre, de Tende, de Genneviliers, de Barbezieux, de Mouhy, de Montpezat, du Bellay, de Château-Morand, etc. On voit par là combien Moreri et ses continuateurs se sont trompés en attribuant la charge de premier gentilhomme de la chambre du roi à Anne de Montmorency en 1520, puisqu'en ce temps et pendant tout le règne de François Ier, cette charge n'existait pas. Anne de Montmorency est compris dans le rôle des gentilshommes ordinaires jusqu'à l'année 1538, où il fut fait connétable. Duchêne, plus exact dans l'Histoire de la maison de Montmorency, ne fait point le connétable Anne premier gentilhomme de la chambre: ce n'est qu'en 1560, après la mort de François II, que le maréchal de Saint-André, le premier de son quartier dans l'office de gentilhomme ordinaire, se fit donner les provisions de premier gentilhomme de la chambre. Il était allé, en 1557, complimenter le roi d'Angleterre en qualité de gentilhomme ordinaire; ses appointements furent toujours de douze cents livres, comme ceux des autres, quand il eut la patente de premier gentilhomme de la chambre du roi. 9° Le maréchal de Saint-André ayant été tué a la bataille de Dreux, en 1562, personne n'eut le titre de premier gentilhomme de la chambre du roi, jusqu'en 1568, que le comte de Retz; Gondi, favori de Catherine de Médicis, gentilhomme ordinaire, obtint les mêmes provisions que le maréchal de Saint-André sans avoir d'autres appointements que douze cents livres. 10° En 1580, Henri III avait deux premiers gentilshommes de la chambre, le maréchal de Retz et le marquis de Villequier, a onze cent soixante et six écus de gages. Alors les vingt-quatre gentilshommes ordinaires, servant par quartier, avaient six cent soixante et six écus. C'étaient MM. d'Argence, de La Bourdaisière, d'Urfé, du Châtelet, de Noailles, de Hauterive, de Creuilly, d'Harcourt, de Villarceaux, de Saint-Chamarane, de Grand-Pré, du Reauté, de Listenois, de Givry, de Larchant, de Crillon, de Pardaillan, Marigny, d'Aubeterre, de Villeroy, de Prie, etc. 11° En 1585 il y eut trois premiers gentilshommes de la chambre du roi, le marquis de Villequier, le duc de Joyeuse et le duc d'Épernon, aux mêmes appointements de onze cent soixante-six écus. 12° Cette même année 1585, les gentilshommes ordinaires de la chambre du roi servant près de sa personne (c'est ainsi qu'ils sont qualifiés dans les rôles), négligèrent de porter la clef d'or qu'ils avaient toujours portée depuis François Ier et Henri III leur enjoint expressément de la porter par son ordonnance du 1er janvier. Il veut qu'ils produisent leurs titres de quatre races, à moins que Sa Majesté ne les en dispense; veut que le premier gentilhomme de la chambre en service tienne une table, en même temps que la table du roi, pour les gentilshommes ordinaires; et qu'en l'absence du premier gentilhomme, ce soit le plus ancien du corps qui tienne la table; et défense à eux de manger ailleurs, le tout conformément aux anciennes ordonnances de François Ier. Il ordonne que les gentilshommes de quartier se tiennent toujours dans sa chambre, et qu'ils aient six chevaux qui seront entretenus aux dépens de Sa Majesté; veut qu'ils soient continués dans la fonction de lui présenter son déjeuner, son épée et son chapeau, de l'habiller et le déshabiller; renouvelle expressément l'ordre de s'inscrire eux-mêmes sur un rôle tenu par le premier gentilhomme, et en son absence par le plus ancien du corps, et à faute d'être inscrits ils ne seront payés des gages de ce quartier. 13° Quoiqu'il n'y eût que vingt-quatre gentilshommes ordinaires payés, Henri III donna les honneurs de cette charge à vingt et un autres courtisans, qui eurent la clef d'or et qui lui faisaient cortège. Ce sont ces quarante-cinq gentilshommes qu'on a toujours confondus avec quarante-cinq gentilshommes gascons fournis au roi par le duc d'Épernon et qui assassinèrent le duc de Guise; mais il y avait entre eux une extrême différence. Ceux qui furent employés à tuer le duc de Guise étaient du nombre de ces Gascons qui avaient à la vérité les mêmes appointements que les gentilshommes ordinaires de la chambre, mais ils n'étaient point payés à l'épargne; ils n'étaient point compris dans le rôle des grands officiers de la couronne, comme l'ont toujours été les gentilshommes ordinaires. Ils dépendaient du duc d'Épernon, qui les avait donnés au roi; ils recevaient leurs appointements du duc d'Épernon, qui s'en faisait rembourser à l'épargne par un comptant particulier signé du roi. Ces Gascons se nommaient Lognac, Saint-Capaulet, Montsivry, Saint-Malin, Saint-Gaudin, La Bastide, d'Alfrenas, etc., leurs noms ne se trouvent dans aucun rôle des gentilshommes ordinaires. Ceux qui servaient en cette qualité l'année de la mort du duc de Guise, en 1588, étaient les mêmes qu'on a vus sous l'année 1580, n° 10, et parmi eux on n'en trouve aucun qui ait eu part à l'assassinat du Balafré. 14° Henri IV eut trois premiers gentilshommes de la chambre comme son prédécesseur; et ayant besoin d'économie, il réforma plusieurs officiers de sa maison; il ne remplit les charges de gentilshommes ordinaires de sa chambre que de dix personnes, dont cinq eurent douze cents écus d'appointements, les autres eurent les gages ordinaires; ceux qui eurent douze cents écus furent le vicomte de Canillac, du Martrey, Nancey, d'Elbène, Champigny. En 1600, le comte de Moret, Vilpion, Dugast, Lachenaie, Strozzi, n'avaiept que six cent soixante-six écus, mais ils avaient des pensions d'ailleurs. 15° Après la mort de Henri IV on remplit les vingt-quatre charges aux appointements de deux mille écus. On trouve en 1611, MM. de La Chastre, d'Angennes, d'Aumale, de Marolles, de Saint-Odéol, Charles-Albert de Luynes, Honoré de Luynes, Léon de Luynes, La Chevallerie, Courtenay, de Marillac, de La Chesnaie, de Villegagnon, de La Brosse, de Montmélian, de Mesie, de Clermont, Tallard, de Biragues, d'Entragues, des Ursins, de Tavannes, de Thiange, d'Ambre, de Simiane, de Grignan. 16° Charles-Albert de Luynes, gentilhomme ordinaire, conserva cette charge dans le temps de sa faveur jusqu'à ce qu'il fut connétable, et alors il voulut que ceux qui seraient revêtus de cette dignité lui prêtassent serment, parce qu'ils étaient aides de camp nés du roi, et que tout homme employé dans le service militaire devait prêter serment entre les mains du connétable. Cependant ni Henri de Montmorency, ni Anne de Montmorency, ni le connétable de Bourbon, n'avaient exigé ce devoir, et tous les connétables avaient laissé les gentilshommes ordinaires et chambellans de la chambre du roi jouir de la prérogative de prêter serment entre les mains de Sa Majesté; et Louis XIII ne jugeant point ce différend, le serment ne fut prêté ni au roi ni au connétable; ces officiers furent insensiblement dispensés de tout serment, de sorte qu'aujourd'hui ils sont les seuls officiers de la couronne qui n'en prêtent aucun; ils sont au nombre de vingt-cinq payés sur l'État. 17° Pendant la minorité de Louis XIV, la table du premier gentilhomme de la chambre et des gentilshommes ordinaires fut supprimée. Ceux-ci, par une ordonnance particulière de 1656, eurent celle du grand chambellan et ensuite celle du second grand maître. Le roi Louis XIV les maintint toujours dans leurs privilèges, ils ont toujours servi d'aides de camp à ce monarque, et mangeaient à sa table, à l'armée, quand ils avaient fait des fonctions d'aides de camp. Ils sont envoyés dans le royaume auprès des ambassadeurs, quand ces ministres sont défrayés aux dépens du roi, et il y en a toujours quelques-uns de leurs corps employés en qualité d'envoyés auprès des princes souverains. 18° A l'égard du rôle des grands officiers de la couronne dans lequel les gentilshommes ordinaires de la chambre et maison du roi ont toujours été compris, ce n'est point une dignité particulière, et il n'y a aucun officier du roi qui ait dans ses provisions le titre de grand officier; l'usage avait donné seulement ce nom à ceux qui possédaient anciennement les principaux emplois auprès de la personne des rois. Le titre de grand annexé à une charge n'a jamais été nécessaire pour constituer un grand officier. Les maréchaux de France, et le chancelier, qui sont grands officiers, n'ont pas le titre de grand maréchal et grand chancelier. Voilà les principaux articles sur lesquels on a cru devoir donner des lumières. Il n'y a point de charge dans la maison du roi sur laquelle on ne dût faire les mêmes recherches pour rectifier les erreurs qui se sont glissées dans tous les livres.
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