OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE  MÉLANGES XI 
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SUPPLÉMENT AUX  POÉSIES DE VOLTAIRE

V. ÉPÎTRE A MADEMOISELLE SALLÉ.


(83)Les Amours, pleurant votre absence, 
Loin de nous s'étaient envolés; 
Enfin les voilà rappelés 
Dans le séjour de leur naissance. 
Je les vis, ces enfants ailés, 
Voler en foule sur la scène 
Pour y voir triompher leur reine, 
Les états furent assemblés; 
Tout avait déserté Cythère, 
Le jour, le plus beau de vos jours, 
Où vous reçûtes de leur mère 
Et la ceinture et les atours. 
Dieux! quel fut l'aimable concours 
Des Jeux qui, marchant sur vos traces, 
Apprirent de vous pour toujours 
Ces pas mesurés par les Grâces, 
Et composés par les Amours! 
Des Ris l'essaim vif et folâtre, 
Pour contempler ces jeux charmants, 
Avait occupé le théâtre 
Sous les formes de mille amants; 
Vénus et ses nymphes, parées 
De modernes habillements, 
Des loges s'étaient emparées. 
Un tas de vains perturbateurs, 
Soulevant les flots du parterre, 
A vous, à vos admirateurs, 
Vint aussi déclarer la guerre. 
Je vis leur parti frémissant, 
Forcé de changer de langage, 
Vous rendre en pestant leur hommage, 
Et jurer en applaudissant. 
Restez, fille de Terpsichore: 
L'Amour est las de voltiger; 
Laissez soupirer l'étranger, 
Brûlant de vous revoir encore. 
Je sais que, pour vous attirer, 
Le solide Anglais récompense 
Le mérite errant, que la France 
Ne fait tout au plus qu'admirer. 
Par sa généreuse industrie, 
Il veut en vain vous rappeler: 
Est-il rien qui doive égaler 
Le suffrage de sa patrie(84)?