OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE  MÉLANGES XI 
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SUPPLÉMENT AUX  POÉSIES DE VOLTAIRE

XLIX. PYGMALION
FABLE(64).


Certain sculpteur, d'amour je sais le fait, 
En façonnant une sienne statue, 
La tâtonnait, tout tâtonnant disait: 
« Que de beautés! Si cela respirait, 
Que de plaisirs! » Notez qu'elle était nue. 
Bref, dans l'extase, et l'âme tout émue, 
Laissant tomber son ciseau de sa main, 
Avide, baise, admire et baise encore; 
Dans ses regards, dans ses voeux incertain, 
Des yeux, des mains, de tous ses sens dévore, 
Presse en ses bras ce marbre qu'il adore, 
Et tant, dit-on, le baisa, le pressa 
(Mortels, aimez, tout vous sera possible) 
Que de son âme un rayon s'élança, 
Se répandit dans ce marbre insensible, 
Qui par degrés devenu plus flexible, 
S'amollissant sous un tact amoureux, 
Promet un coeur à son amant heureux. 
Sous cent baisers d'une bouche enflammée 
La froide image à la fin animée 
Respire, sent, brûle de tous les feux, 
Étend les bras, soupire, ouvre les yeux, 
Voit son amant plus tôt que la lumière. 
Elle le voit, et déjà veut lui plaire, 
Craint cependant, dérobe ses appas, 
Se cache au jour, dompte son embarras; 
En rougissant à son vainqueur se livre, 
Puis moins timide et souriant tout bas, 
Avec transport de tendresse s'enivre, 
Presse à son tour son amant dans ses bras, 
S'anime enfin à de nouveaux combats, 
Et semble aimer même avant que de vivre. 

ENVOI.

Toi dont l'esprit, les grâces m'ont charmé,
Puissent mes vers transmettre en toi ma flamme 
Permets qu'amour pour moi te donne une âme. 
Qui n'aime point est-il donc animé?