OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE  MÉLANGES XI 
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SUPPLÉMENT AUX  POÉSIES DE VOLTAIRE

VII. CANTATE

(12)RÉCITATIF.


Souvent du haut des cieux Junon sur ses autels 
Venait dans les champs de la Grèce 
Recevoir l'encens des mortels. 
... en ces jours solennels 
N'offrit à la déesse 
Que des voeux criminels 
Qu'alluma dans son coeur une aveugle tendresse. 
Il la vit s'envoler au milieu des éclairs; 
Désespéré, confus, accablé de tristesse, 
Il se crut seul dans l'univers; 
Il souhaita cent fois que Junon fût mortelle; 
Ses yeux la suivaient dans les airs, 
Et son coeur loin de lui s'envolait après elle. 

AIR.

Du destin la loi fatale 
Mit un immense intervalle 
Entre les mortels et les dieux; 
C'est l'amour seul qui les égale. 
Souvent ses traits capricieux 
Plus puissants que le tonnerre, 
Mettent les dieux sur la terre, 
Et les mortels dans les cieux. 

RÉCITATIF.

Eh quoi! s'écriait-il, les yeux baignés de larmes, 
Orphée a de sa voix fait entendre les charmes 
Dans l'affreux empire des morts; 
Du fier dieu des enfers il a dompté la rage, 
Eurydice avec lui quittait les sombres bords. 
Plus amoureux que lui, je pourrai davantage. 
Amour, daigne me seconder: 
Si tu l'as pu conduire au ténébreux rivage, 
C'est au ciel qu'il faut me guider. 
Les respects et les craintes, 
Les soupirs et les plaintes, 
Servent peu les amants; 
La seule audace 
Obtient leur grâce. 
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 

RÉCITATIF.

Il dit, et sur les pas des filles de Mémoire, 
Couvert de ses lauriers, couronné de leur gloire, 
Porté par l'Espérance et guidé par l'Amour, 
Il vole au céleste séjour. 
Devant lui des portes du jour, 
Le dieu qui le conduit fait tomber la barrière; 
Il soutient de ces lieux l'immortelle lumière, 
Il fait entendre à la divine cour 
Sa voix qui si longtemps avait charmé la terre. 
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
Aux accents de sa voix 
Diane moins sévère, 
Songea moins à ses bois; 
Pour la première fois 
Minerve voulut plaire; 
Chaque dieu prompt à se rendre 
Fut percé des traits les plus doux, 
Vénus en devint plus tendre, 
Et Vulcain fut moins jaloux. 
Triomphe, heureux amant, Junon te rend les armes; 
Tu jouis du bonheur de posséder ses charmes. 
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Elle goûte avec toi dans une nuit profonde 
Les Plaisirs, enfants des Amours, 
Que jusqu'alors elle ignora toujours 
Dans les bras du maître du monde. 
Dieu terrible 
Qu'adore l'univers, 
Vois sous ton pouvoir inflexible 
Les cieux, la terre et les enfers. 
De ta grandeur immense 
Le coeur n'est point flatté; 
Garde ta puissance, 
Et nous laisse la volupté.