Souvent du haut des cieux Junon sur ses autels
Venait dans les champs de la Grèce
Recevoir l'encens des mortels.
... en ces jours solennels
N'offrit à la déesse
Que des voeux criminels
Qu'alluma dans son coeur une aveugle tendresse.
Il la vit s'envoler au milieu des éclairs;
Désespéré, confus, accablé
de tristesse,
Il se crut seul dans l'univers;
Il souhaita cent fois que Junon fût mortelle;
Ses yeux la suivaient dans les airs,
Et son coeur loin de lui s'envolait après elle.
AIR.
Du destin la loi fatale
Mit un immense intervalle
Entre les mortels et les dieux;
C'est l'amour seul qui les égale.
Souvent ses traits capricieux
Plus puissants que le tonnerre,
Mettent les dieux sur la terre,
Et les mortels dans les cieux.
RÉCITATIF.
Eh quoi! s'écriait-il, les yeux baignés
de larmes,
Orphée a de sa voix fait entendre les charmes
Dans l'affreux empire des morts;
Du fier dieu des enfers il a dompté la rage,
Eurydice avec lui quittait les sombres bords.
Plus amoureux que lui, je pourrai davantage.
Amour, daigne me seconder:
Si tu l'as pu conduire au ténébreux rivage,
C'est au ciel qu'il faut me guider.
Les respects et les craintes,
Les soupirs et les plaintes,
Servent peu les amants;
La seule audace
Obtient leur grâce.
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RÉCITATIF.
Il dit, et sur les pas des filles de Mémoire,
Couvert de ses lauriers, couronné de leur gloire,
Porté par l'Espérance et guidé par
l'Amour,
Il vole au céleste séjour.
Devant lui des portes du jour,
Le dieu qui le conduit fait tomber la barrière;
Il soutient de ces lieux l'immortelle lumière,
Il fait entendre à la divine cour
Sa voix qui si longtemps avait charmé la terre.
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Aux accents de sa voix
Diane moins sévère,
Songea moins à ses bois;
Pour la première fois
Minerve voulut plaire;
Chaque dieu prompt à se rendre
Fut percé des traits les plus doux,
Vénus en devint plus tendre,
Et Vulcain fut moins jaloux.
Triomphe, heureux amant, Junon te rend les armes;
Tu jouis du bonheur de posséder ses charmes.
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Elle goûte avec toi dans une nuit profonde
Les Plaisirs, enfants des Amours,
Que jusqu'alors elle ignora toujours
Dans les bras du maître du monde.
Dieu terrible
Qu'adore l'univers,
Vois sous ton pouvoir inflexible
Les cieux, la terre et les enfers.
De ta grandeur immense
Le coeur n'est point flatté;
Garde ta puissance,
Et nous laisse la volupté. |