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Je deviens vieux, Mercure, et depuis trois mille ans
Jupiter n'a plus de maîtresse.
MERCURE.
Mais dans Fontainebleau quel est votre dessein?
JUPITER.
Je prétends des Français y remplir l'espérance,
Et leur faire un heureux destin.
MERCURE.
Vous vous y prenez mal, il pleut toujours en France;
Leurs clameurs vainement demandent les beaux jours.
JUPITER.
Les mortels se plaignent toujours;
C'est assez qu'on' soit dieu, prince, ou d'un rang suprême,
Pour être en butte a leurs discours;
Eh bien, ils les auront, j'en jure par moi-même,
Ils les auront ces jours doux, tranquilles, sereins.
Qu'ils ne se plaignent plus, une aimable princesse
Va faire en arrivant le bonheur des humains:
Sa grâce m'a charmé, sa vertu m'intéresse;
Au trône des Français je veux l'associer.
Pour jamais je la favorise;
Enfin si Jupiter était à marier
C'est pour moi que je l'aurais prise.
MERCURE.
Vous êtes, sans dissimuler,
Un parti fort honnête, une bonne alliance,
Mais c'est un joli pis-aller
De se trouver reine de France.
Seigneur, dans cet hymen quel sera mon emploi?
Je fais peu, comme on sait, d'honnêtes mariages;
Et Jupiter, l'Amour, et moi,
N'ont servi jusqu'ici qu'à troubler les ménages.
JUPITER.
Charge-toi des plaisirs de la reine et du roi,
Invente quelque fête, et qu'elle réjouisse.
MERCURE.
Et les grands sont-ils donc gens que l'on divertisse?
Rien peut-il réveiller leur goût trop dédaigneux?
Nés au sein des plaisirs, rien n'est plaisir pour
eux.
Par quelle fête et par quels jeux
Pourrais-je ranimer la froide indifférence
Qui semble régner auprès d'eux?
JUPITER.
Quand tu ne serais pas le dieu de l'éloquence,
Il est plus aisé qu'on ne pense,
Mon fils, de divertir la cour;
Un rien suffit pour plaire, un fou souvent amuse.
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MERCURE.
Et voilà, Dieu puissant, ce qui n'a point d'excuse.
Quoi tandis qu'un bouffon exciterait les ris,
Les beaux-arts languissants seraient dans le mépris?
Il faut des jeux aux rois, mais des jeux honorables:
La noble bienséance en doit faire le prix;
Et jusqu'à leurs plaisirs je les veux respectables.
JUPITER.
Va donc, s'il est ainsi, trouver cette princesse,
De qui l'hymen est arrêté;
Les plaisirs et la sagesse
Sont toujours à son côté.
Prépare en ce grand jour une fête immortelle,
Digne du dieu des arts, et surtout digne d'elle.
SCÈNE II.
JUPITER, MERCURE, LA FRANCE.
LA FRANCE.
Écoutez ma voix gémissante,
Dieux, tournez sur moi vos regards,
Comment puis-je être heureuse et florissante
Quand je vois languir les Beaux-Arts?
Louis, ce roi puissant, ce roi dont la mémoire
S'étend aux plus lointains climats,
Les avait conduits sur ses pas,
Avec les Plaisirs et la Gloire:
L'univers s'empressait alors de célébrer
La grandeur de mes destinées;
Les nations venaient, de ma gloire étonnées,
Me voir, m'entendre et m'admirer.
Rendez-moi ces temps pleins de charmes,
Dieux tout-puissants, séchez mes larmes;
Que l'amour des Beaux-Arts puisse un jour s'allumer
Au coeur de notre auguste maître!
Il n'a qu'à désirer, les talents vont paraître.
C'est aux dieux de les faire naître,
C'est aux rois de les animer.
JUPITER.
Je ferai plus encore, une reine nouvelle,
De son roi compagne fidèle,
Mettra le comble à tes désirs:
La sagesse arrive avec elle,
Mais la sagesse aimable et mère des plaisirs;
Les Arts, les Muses et les Grâces
Dans ton sein volent sur ses traces.
Terre, embellissez-vous; cieux, soyez plus sereins;
Vous, Aquilons fougueux, retenez votre haleine.
Muses, Grâces, Plaisirs, célébrez
votre reine,
Commencez vos concerts divins. |