OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE  MÉLANGES XI 
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II. LETTRE AU NOM DE MME LA MARÉCHALE DE VILLARS
A MADAME DE SAINT-GERMAIN.

 

(3)Du château de Sully, 1719.
A vous de qui les sentiments, 
L'esprit, la probité, la douceur et les charmes, 
Font que tous les mortels, en vous rendant les armes, 
Sont vos amis ou vos, amants. 
Nous vous avions promis un récit très fidèle 
De ce qu'on fait dans ce séjour 
Bâti par un ministre adoré de la cour, 
Et qui sera la demeure éternelle 
Et de la gloire et de l'amour. 
Monsieur le maréchal est allé dans la ville, 
Dont sûrement il reviendra 
Tout aussitôt qu'il le pourra; 
Car, hélas! des vertus elle n'est plus l'asile. 
Pour la dame du château, 
A qui les dieux devraient porter envie, 
S'ils pouvaient envier ce qu'ils font de plus beau, 
Elle a très peu de compagnie. 
Vous savez que ses agréments 
Lui tiennent lieu de tout le monde; 
Elle sait égayer par cent amusements 
Cette solitude profonde. 
Nous qui voyons tous les jours ses beaux yeux, 
Nous la trouvons toujours nouvelle; 
Et si nous désirons quelque chose en ces lieux, 
Nos désirs ne sont que pour elle. 
Pour le jeune marquis, j'avouerai franchement 
Que le long du jour il s'ennuie, 
Et qu'il bâille très fréquemment. 
Vous en êtes la cause, encor qu'innocemment: 
C'est vous qui lui donnez cette mélancolie. 
Votre absence est souvent la source de l'ennui; 
Et son bonheur serait extrême 
S'il se pouvait que, loin de lui, 
Vous vous ennuyassiez de même. 
Madame de Vogué vient tout en ce moment 
De faire une parodie, 
Que l'on trouve très jolie, 
Et qui mérite assurément 
Que dans le Mercure galant
Au mois prochain on la publie, 
Avec un petit compliment. 
Boissieux, doux, poli, complaisant, 
Et que vous devriez connaître, 
A l'esprit d'autant plus plaisant 
Qu'il semble moins songer à l'ère; 
Il est d'un aimable entretien, 
Badinant parfois sur un rien 
Avec un air simple et sincère. 
A l'égard du pauvre Voltaire, 
On ne vous en écrira rien: 
Il est comme à son ordinaire; 
Passant un peu pour un vaurien, 
Et ne s'en embarrassant guère, 
Car il est très homme de bien, 
Et très occupé de vous plaire. 
Les Muses partagent son temps; 
Seulement tout ce qui l'étonne, 
C'est qu'il passa toujours parmi les médisants 
Pour avoir chansonné les gens, 
Et que c'est lui que l'on chansonne. 
Adieu. La dame de céans 
Souhaiterait qu'il se pût faire 
Que Germaine troquât Persans(4)
Pour son beau château solitaire, 
Car vous êtes bien son affaire, 
Et surtout celle de l'enfant 
Dont cette Vénus est la mère. 
Chacun vous fait son compliment. 
Signé Villars. 
Plus bas,
Voltaire