OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE
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MÉLANGES X

REMARQUES SUR L'OUVRAGE INTITULÉ

L'EXISTENCE DE DIEU DÉMONTRÉE PAR LES MERVEILLES DE LA NATURE,

PAR M. NIEUWENTYT(3).

I. - Si quelqu'un a, dès sa jeunesse, eu le bonheur d'être convaincu des perfections adorables de Dieu, de le reconnaître pour son seigneur tout-puissant, son créateur, et son conservateur, et de l'honorer, il lui paraîtra peut-être étrange qu'il se trouve des gens qui, reconnaissant un être éternel ou un Dieu dans l'essence de cet être, le considèrent néanmoins comme dépourvu de toutes les perfections dont on vient de parler(4).

Tu fais toujours Dieu à ton image; tu veux que Dieu soit comme un bourgmestre. Pouvons-nous honorer Dieu? 

II. - Ajoutons que les contemplations qui font le sujet du livre que je donne au public ne tendent, si la chose est possible, qu'à ramener ces malheureux et à leur inspirer de meilleurs sentiments.

Verbiage. 

III. - Cette passion(5) les porte uniquement à souhaiter l'accomplissement de leurs désirs, et de n'être soumis à personne.

C'eût été un plaisant orgueil, dans Spinosa, de vouloir ne pas dépendre de Dieu quand il dépendait d'un bourgmestre. 

IV. - Les païens prétendaient que les dieux se plaisaient aux mêmes vices que les hommes, l'ivrognerie, l'adultère, etc.

Cela est faux et ridicule. Les fables des poètes n'étaient pas la religion. Les anciens enseignèrent la morale la plus sévère. 

V. - Or comme tout cet égarement n'est autre chose qu'une impétuosité qui les entraîne, n'ayant pas la moindre ombre de raison pour fondement, on en ramène plusieurs de cette espèce, lorsqu'il plaît à Dieu, qui est la cause suprême de toutes choses, de bénir les moyens dont on s'est servi pour faire cette bonne oeuvre.

Verbiage. 

VI. - Suivant leur opinion, le monde était gouverné par un hasard inconstant.

Le hasard est un mot vide de sens. 

VII. - Car au lieu que la première classe d'athées(6), qui n'est fondée que sur la jouissance des plaisirs, peut être ramenée tout doucement dès que les voies qu'on emploie pour leur persuader le contraire commencent à se faire sentir, l'obstacle qu'il y a outre cela à la conversion de ceux-ci(7) est que, venant à abandonner les sentiments qu'ils avaient embrassés, ils craignent de perdre la gloire de surpasser tous les autres en sagesse et en force d'esprit, et de donner quelque atteinte à leur prétendue réputation.

Verbiage. 

VIII. - On doit regarder Spinosa comme un de ces athées qui ne l'est que parce qu'il estime pouvoir de cette manière vivre avec plus de plaisir et de contentement d'esprit.

Spinosa reconnaît une intelligence suprême, universelle, nécessaire; mais il la joint à la matière: il ne reconnaît dans ces deux modes qu'une seule substance, qui est Dieu. Jamais Spinosa n'a passé sa vie dans la joie. 

IX. - J'ai connu particulièrement dans ma jeunesse un de ses plus intimes amis, qui avait été son disciple... Étant tombé malade, il se tint longtemps tranquille, à l'imitation de son maître, et à la fin il prononça ces terribles paroles: qu'il croyait enfin but ce qu'il avait nié auparavant, mais qu'il était trop tard pour espérer grâce. Un savant de ma connaissance a pris la peine de me marquer cette misérable fin avec toutes ces circonstances, disant qu'il ne doutait pas que comme j'avais connu cet homme depuis plusieurs années...

Nomme-le donc! Mais qu'importe? 

X. - Le quatrième motif d'athéisme... tire sa source dans d'autres d'une trop bonne opinion d'eux-mêmes, et de ce qu'ils prennent aveuglément pour des vérités les raisonnements que leur entendement ou leur imagination leur suggère.

Tout cela est ridicule: un théologien a autant de présomption qu'un athée pour le moins. 

XI. - Voilà la plus pernicieuse espèce d'athées... d'autant plus que plusieurs parmi eux ayant appris les Éléments d'Euclide, l'algèbre, et d'autres parties des mathématiques qui ne sont que spéculatives, ils passent à cause de cela pour grands mathématiciens chez les ignorants, ce qui ne leur convient néanmoins pas plus que le nom de grand philosophe à une personne qui n'entendrait pas la logique; puisqu'on peut être fort versé dans ces sciences idéales, sans néanmoins avoir que peu ou point de connaissance de ce qui existe réellement, et qu'on voit arriver.

Verbiage. 

XII. - Aussi voyons-nous aujourd'hui que, pour faire passer les écrits mêmes des athées pour des vérités incontestables, leurs auteurs ont tâché d'y donner la forme de démonstrations mathématiques. On en voit un exemple éclatant dans le livre de Spinosa.

Il est le seul. 

XIII. - ... C'est-à-dire, pour parler plus clairement, que les mathématiciens raisonnent seulement ou sur leurs idées, ou sur les choses qui existent réellement hors de leurs idées.

Obscur et plat. 

XIV. - Or ceux qui ont lu Spinosa, et qui l'entendent, savent qu'il pose uniquement ses idées et son entendement pour fondement de toute chose.

Spinosa ne nie point un Dieu; il nie la création il admet la morale. 

XV. - Comme ces malheureux philosophes donnent tant à leurs lumières, et ont coutume d'user de toute la subtilité imaginable pour tâcher d'éluder la force des arguments de métaphysique, quoique fondés sur de bons raisonnements, l'unique chose que j'aie vu pratiquer avec succès pour les dépouiller de cette insupportable suffisance de vouloir comprendre toute chose, et les convaincre de la médiocrité de leur pénétration, ce qui est surtout très nécessaire pour leur conversion, a été de les mener dans un laboratoire de chimiste ou dans un autre endroit où l'on fait ordinairement des expériences de physique, et de leur demander si ceci ou cela se faisait, quelles suites ils pensent qu'il en devrait résulter suivant leur conception et leurs idées?

Très mauvais raisonnement. 

XVI. - Les premiers (acheminements à l'athéisme) sont les préjugés, dont quelques-uns sont nés avec nous, ou tirent leur origine d'un assujettissement à nos sens extérieurs. C'est ainsi, par exemple, qu'on se figure que le soleil n'est pas plus grand qu'une assiette ou qu'un petit plat, et qu'il n'est que très peu éloigné de nous, etc.

Verbiage et fausseté. 

XVII. - Si on leur faisait voir la force inconcevable de l'air dont ils sont entourés, et qu'à moins d'une sagesse suprême qui par une opposition de forces sut tenir en bride celle de l'air ils seraient en un instant réduits en poudre, et qu'on leur fît comprendre le terrible mouvement de la lumière, laquelle, si elle n'était liée à des lois qui la font égarer et dissiper, serait capable de mettre en feu et en flammes tout le globe terrestre en peu de minutes; qui pourrait douter, s'il a quelque étincelle de raison, que ces gens-là ne soient portés par là à louer et à magnifier la grandeur, la sagesse, et le pouvoir d'un Dieu?

Dis donc à remercier. 

XVIII. - Et ce qui m'a surpris encore, c'est de voir que des gens, qui ont de l'esprit d'ailleurs, prétendent même expliquer comment ont été faites, dès le commencement, toutes les choses qui sont renfermées entre la circonférence du firmament et son centre.

Il en veut à Descartes; et il a raison. 

XIX. - Sous cette fausse manière de diriger ses pensées doit être comprise aussi celle de vouloir, par une même hypothèse, expliquer tous les phénomènes de la nature. Il n'est pas difficile de faire voir que, dès qu'on a reconnu pour vraie cette manière de philosopher, elle nous fait former des idées indécentes de Dieu.

Tu as donc connu de sottes gens? Car ils devaient conclure. comme Platon, que Dieu est le grand, l'éternel géomètre. 

XX. - Pour n'être donc pas séduit par cette manière de ne philosopher que par hypothèses, il est nécessaire, en premier lieu, qu'on ne s'attache pas trop à cette étude spéculative, quelque chatouillement secret qu'elle nous cause par la fertilité de ses suppositions, et par le moyen qu'elle nous donne de mettre notre génie dans tout son beau jour; mais il faut plutôt s'appliquer à des expériences réelles, et qu'on examine les choses dans la nature même, et non dans les idées de l'homme.

Ah! tu as raison enfin; mais ta raison est bien bavarde. 

XXI. - Pourrait-il tirer de là une autre conséquence, sinon que toutes ces choses avaient été faites dans la vue d'effectuer ce qu'on voit faire par leur moyen?

Cet endroit est bon, quoique mal exprimé. 

XXII. - Le livre que les chrétiens appellent Bible a été écrit avec une sagesse très grande et plus qu'humaine... Elle a Dieu pour auteur... Elle coule d'une source divine... Ce livre traitant des choses naturelles, quoique dans une autre vue et seulement en passant, en rapporte souvent des qualités qui ne sont connues que de grands naturalistes sages et expérimentés.

En second lieu, ce livre propose, dans les termes les plus clairs, certaines propriétés de choses naturelles qui, dans le temps qu'il a été écrit (du moins autant qu'il nous paraît par les histoires et les annales), n'ont été connues à aucun homme vivant, qui n'ont pu l'être non plus faute d'instruments nécessaires, et qui, pour cette raison, n'ont pu avoir été découvertes qu'après beaucoup d'années par les curieux les plus appliqués...

Si l'on veut encore mieux confirmer la divinité de ce livre, on peut y ajouter, en troisième lieu, qu'on voit que ce livre parle expressément des bornes de la connaissance humaine pour l'avenir: vérité qui n'a pu se découvrir qu'à la postérité suivante, et que même jusqu'à présent les plus savants ont dû reconnaître malgré eux.

Dieu est prouvé par toutes les religions. C'est la raison qui le démontre la Bible raconte ses oeuvres. Tu raisonnes comme un sacristain. 

XXIII. - Enfin (et cette dernière réflexion est d'une extrême importance) que c'est une extrême imprudence, dans une affaire d'où dépend une éternité bienheureuse ou infiniment misérable, de ne prendre pour soutien de leurs opinions(8) qu'un je ne sais quoi fondé uniquement sur un peut-être ou un possible, et qui, outre cela, a tous les témoignages de l'histoire contre soi.

Tu as oublié la source la plus commune de l'athéisme: 

Saepe mihi dubiam traxit sententia mentem(9), etc.

XXIV. - J'ai souvent pensé que si Adam, notre commun père, revenait sur la terre pour y vivre quelques siècles, il y aurait peu d'apparence qu'aucun de ses descendants lui fît la moindre caresse.

Au contraire, tout le monde voudrait le voir. Il gagnerait beaucoup d'argent à la foire. Mais comment peux-tu être assez bête pour croire l'histoire d'Adam, et pour ne pas la regarder comme une allégorie imitée des six gahambars persans? 

XXV. - En ce cas, il(10) devra accorder que s'il est malheureux, il n'y a que le hasard qui puisse le tirer de cet état; et, s'il est heureux, comme la cause en est fortuite, et qu'elle ignore ce qu'elle fait, il doit être dans des craintes continuelles qu'à chaque moment le hasard(11) ne détruise son bonheur.

Laisse là ton hasard; c'est un mot vide de sens. 

XXVI. - Enfin qu'il(12) dise avec sincérité si, après avoir réfléchi sérieusement sur tout ce que nous venons de dire, il ne doit pas estimer infiniment plus heureux ceux qui sont persuadés qu'ils doivent leur origine à un être adorable, qui par sa sagesse a si artistement agencé toutes les parties de leur corps; qui par sa puissance les soutient, et leur donne pour nourriture tant de choses qu'il a créées pour leur usage; qui peut les conserver, et les conserve en effet, parce qu'il est bon, et les garantit de tout accident fâcheux...

Oh, sot! A-t-il préservé d'accidents fâcheux douze millions d'Américains égorgés le crucifix à la main, et la moitié des hommes crucifiée par l'autre? 

XXVII. - Quoiqu'il voie tant de personnes dont il ne saurait douter de la sagesse et de la pénétration, et qui suivent une route différente de la sienne, néanmoins il fait tous ses efforts pour se persuader qu'il n'y a point de Dieu.

Animal! qu'importe à Dieu d'être loué par toi? 

XXVIII. - C'est donc avec raison qu'au psaume xiv, verset 1, le prophète royal appelle insensé celui qui... travaille à se rendre malheureux... Or voilà l'athée.

Sot! il est bien question ici de ton prophète royal! 

XXIX. - Nous ne nous arrêterons pas tant à prouver sa toute-présence éternelle, parce que je ne crois pas que les athées la nient.

Quelle bêtise! admettre la toute-présence d'un être dont on nie l'existence! 

XXX. - Personne ne doit son existence à soi-même ni à ses parents, mais à quelque autre... Un esprit incrédule et incertain, ou qui pour ne pas reconnaître un Dieu ne voudrait pas acquiescer à ce que nous venons de dire, pourra peut-être nous objecter que par voie de génération ses parents sont la cause qu'il est parmi les vivants. Cette objection paraît plausible du premier abord; mais s'il se veut donner la peine d'examiner plus sérieusement la chose, il sera forcé d'avouer que ses parents, aussi bien que tous les autres hommes, doivent chacun de leur côté leur naissance à ce désir, à ce penchant qui est dans toutes les créatures animées, par lequel les uns et les autres ont reçu leur origine sans savoir s'ils en seraient engendrés ou non. Il devra encore reconnaître qu'aucun de ses parents n'a pu dire, lorsqu'il a été conçu, s'il naîtrait garçon ou fille, bien fait ou malfait de corps, etc. Bien plus: lorsque sa mère était avancée dans sa grossesse, elle n'a pu que souhaiter que son fruit vint heureusement à terme, sans savoir quel serait l'enfant qu'elle portait dans son sein. Et même lorsqu'il est venu au monde, son père et sa mère ont-ils connu la disposition des parties de son corps, de ses veines, de ses nerfs, de sa chair, de ses os, de ses humeurs, etc.?

Si donc ses père et mère ont ignoré tout cela, comment peut-il les regarder comme la véritable cause de leur existence? Peut-on appeler artiste ou la véritable cause d'un ouvrage celui qui doit avouer qu'il en ignore la fabrique et les proportions, et, qui plus est, qui ignorait ce qu'il faisait lorsque même pour le faire il y employait tout ce qui pouvait dépendre de lui?

Comme il ne saurait penser que ses parents ont contribué pour sa formation plus que n'ont fait les autres pères et mères pour leurs enfants, il sera obligé de reconnaître, par ce qui vient d'être dit, qu'il n'a lui-même rien contribué pour son existence, et que même ses parents ont agi sans aucune connaissance de ce qu'ils faisaient; que, par conséquent, ils ne sont que les causes instrumentales de sa formation.

Quel verbiage! quel manque de méthode! que d'ennui! 

XXXI. - Il me paraît presque impossible qu'après cela il puisse se trouver quelqu'un si impie et si opiniâtre que d'oser soutenir que rien de tout ce que nous avons dit ne le touche ni ne trouble sa conscience. Si pourtant il s'en rencontrait quelques-uns de cet ordre, il n'y a pas apparence qu'ils soient tous du même caractère, et qu'ils aient tous renoncé à la raison. Je ne doute pas qu'il ne s'en trouve qui voudront bien se donner la peine de nous suivre dans la recherche des oeuvres du Créateur et de toute la nature; et nous espérons que parmi ceux-là il y en aura du moins quelques-uns qui, frappés des merveilles que nous leur développerons, seront guéris de leurs erreurs en voyant briller partout la Divinité.

Ce bavard donnerait envie d'être athée, si on pouvait l'être. 

XXXII. - Pouvons-nous, sans être pénétrés de reconnaissance et sans être saisis d'étonnement, observer la manière dont notre Créateur a pourvu avec une sagesse admirable à ces inconvénients, en revêtant(13) le dedans de l'estomac et des intestins d'une matière épaisse et tenace comme du limon, qui empêche que ces matières âcres ne blessent?

Ce limon ne vient point de l'estomac, mais des glandes salivaires et autres. 

XXXIII. - Mais lorsque je considère que Dieu, par un effet de sa sagesse et de sa miséricorde infinie, a jugé à propos d'établir la foi par le moyen de l'ouïe!

Quelle extravagance! 

Énorme sottise: les oreilles pour la foi! 

XXXIV. - Dans l'histoire de l'Académie royale des sciences, de l'année 1707, au chapitre des observations sur la physique en général, il est parlé d'un grand musicien, et dans l'année 1708, d'un fameux maître à danser: le premier fut attaqué d'une fièvre continue accompagnée de délire, et l'autre, d'une fièvre très violente accompagnée d'une espèce de léthargie qui fut suivie d'une vraie folie; et tous les deux revinrent dans leur bon sens par le moyen de la musique.

Autres chimères. 

XXXV. - On trouve aussi beaucoup d'observations qu'on a faites sur des personnes piquées de la tarentule, qui est une espèce d'insecte en Italie de la forme et de la grosseur d'une araignée: ce petit animal produit dans l'esprit des désordres extraordinaires et des mouvements tout à fait surprenants dans le corps. Dans quelques cas le visage devient noir, les pieds et les mains sont immobiles; d'autres ne parlent point, ou sont plongés dans une profonde mélancolie; ils cherchent les lieux solitaires et les cimetières; il y en a qui creusent la terre, et font des trous qu'ils remplissent d'eau pour se jeter dans la boue. Enfin, après avoir souffert une infinité de maux, ils meurent de cette maladie.

Quoi! tu es médecin, et tu répètes ces contes! 

XXXVI. - Un homme qui jouait du luth à Venise se vantait de priver, en jouant de son instrument, les auditeurs de l'usage de l'entendement, etc.

Encore! 

XXXVII. - J'en ai vu(14) qui, étant sujettes à cette affreuse maladie, étaient non seulement dans des frayeurs continuelles, mais elles se plaignaient de ce qu'il leur semblait entendre le son d'une grande cloche, lorsqu'elles entendaient la voix ordinaire d'un homme; et peu s'en fallait qu'elles ne se trouvassent mal.

Cela peut être; mais est-ce là une preuve des bontés de Dieu? 

XXXVIII. - Qu'un athée nous dise donc... (en cas qu'il eût produit quelque chose de semblable, quoique dans un degré de perfection beaucoup moindre) s'il ne prendrait pas pour un grand affront si quelqu'un, voyant son ouvrage, ne remarquait point l'industrie de l'ouvrier? Après cela ne s'apercevra-t-il point de son aveuglement, lui qui refuse de reconnaître la même chose dans une machine aussi surprenante que le corps humain?

Et tous les corps organisés. 

XXXIX. - Les sens extérieurs nous conduisent naturellement à l'âme, qui se trouve unie à notre corps d'une manière tout à fait admirable.

Il faudrait d'abord prouver l'existence de l'âme avant de parler de son union; il faudrait savoir si elle est faculté ou substance, si ce n'est pas Dieu qui produit nos idées comme il produit le mouvement. 

XL. - L'âme n'est point matérielle.

Eh! fiacre, presque tous les premiers Pères de l'Église ont cru l'âme matérielle. 

XLI. - On observe en premier lieu que l'âme n'opère pas (de quelque manière que cela soit) par sa volonté sur toutes les parties de notre corps; ou plutôt que toutes les parties de notre corps ne sont pas sujettes à l'âme quant à leurs mouvements.

Quoi! tu ne sais pas qu'on retient souvent son urine, son sperme, ses excréments, ses crachats, ses larmes, etc.? 

XLII. - Personne ne saurait raisonnablement attribuer tout cela au pur hasard.

Sot bavard, les Turcs attribuent-ils toutes ces opérations au hasard? 

XLIII. - Nous n'aurions donc jamais su faire de comparaison, si notre âme au dedans n'écrivait, comme dans un livre qu'elle consulte quand il lui plaît, ce qui a été porté jusqu'à elle par les sens.

Bon. 

XLIV. - Notre Créateur, afin de multiplier ses merveilles dans l'homme, et de nous rendre entièrement heureux, a voulu suppléer à ce défaut des sens, et nous donner le pouvoir de nous représenter les choses qui sont passées, celles qui doivent arriver, et celles qui sont absentes. Les philosophes ont appelé la première de ces facultés mémoire, et l'autre imagination.

Bon. 

XLV. - Chap. xv. Des passions humaines et de la génération en peu de mots.

Tout ce chapitre paraît faible et ridicule. 

XLVI. - N'est-ce pas là l'effet d'une providence qui fait que les hommes s'assistent et s'entr'aident mutuellement dans leurs besoins particuliers?

Et que deviennent les castes de l'Inde et de l'Égypte? 

XLVII.- Il faut observer dans cette table: 1° que dans Londres, pendant quatre-vingt-deux ans, le nombre des enfants mâles excéda chaque année celui des femelles; 2° que cette différence s'est toujours trouvée entre deux termes peu éloignés l'un de l'autre, etc...

Lorsque l'on considère le grand nombre d'hommes que les guerres enlèvent, qui périssent sur mer et de cent autres manières..., où sera l'homme assez fou pour oser dire que c'est par un pur hasard, sans le secours de la Providence, que le nombre des enfants mâles excède celui des femelles?

Vers les quinze ans on trouve toujours qu'il reste plus de femelles que de mâles. 

XLVIII. - Les soins heureux des philosophes du dernier siècle nous ont donné sur la nature de l'air deux découvertes remarquables qui étaient entièrement cachées à tous les anciens, savoir: sa pesanteur et son ressort.

Aristote a connu la pesanteur de l'air, mais non le degré de pesanteur. 

XLIX. - Mais si au lieu d'eau on prenait de la lessive (qui, quoiqu'elle eût resté six années exposée à l'air, ne s'était imprégnée d'aucun air, du moins autant qu'il était possible de le découvrir avec le secours de la machine pneumatique), elle pourrait peut-être nous fournir un baromètre utile.

Tes vessies sont des lanternes. 

L. - Chacun étant contraint de reconnaître ici(15) une puissance qui le préserve à tous moments d'une entière destruction, et que cette même puissance agit selon les règles d'une sagesse merveilleuse, pouvons-nous nous dispenser d'attribuer cela à un être infiniment sage qui dirige tout?

Bon. 

LI. - Or que l'eau se change en terre par ce moyen, c'est ce que M. Boyle a démontré par des expériences; M. Newton en parle aussi dans son livre sur l'optique, page 319. Voici les termes dont il se sert: L'eau se change en une terre solide par des distillations réitérées, comme M. Boyle l'a découvert dans ses expériences.

Expérience fausse. 

LII. - L'Égypte est arrosée par le Nil sans le secours des pluies. Ce pays, qui est uni partout et sans aucune montagne...

Oui, le Delta; mais le Nil jusqu'au D est environné de rochers. 

LIII. - Si nous supposons que l'eau s'évapore également dans toute l'étendue de la terre, et qu'il s'en évapore un pouce par jour, selon ce calcul il monterait chaque année dans l'air, par l'évaporation, 365 pouces d'eau en profondeur; toute cette eau, supposé qu'elle retombe en pluie, serait capable d'inonder, dans une seule année, toute la surface de la terre jusqu'à 365 pouces de hauteur.

Comme si cette eau retombait tout à la fois! Quel pitoyable raisonnement! 

LIV. - Est-ce sans le secours d'aucune sagesse que toute la mer, couverte de tant de grands vaisseaux d'un poids immense, et qui a tant de lieues de largeur, ne presse pas contre la digue avec plus de force, etc.?

Tu t'écartes bien de ton but. Tu ne prouves que l'industrie des hommes. 

LV. - Montrez une poignée de sable à quelqu'un qui, pendant tout un voyage, aura vu une mer orageuse rouler ses vagues, et dites-lui que des corps si petits et si méprisables, qu'on peut disperser par le souffle, sont en état d'arrêter la force de ces montagnes d'eau.

As-tu oublié que c'est la gravitation, et non le sable? 

LVI. - Ajoutez à cela que la terre a été habitée depuis tant de siècles par tant de millions d'hommes et de bêtes, qui ne sont composés que des productions de la terre, qu'il aurait été impossible, sans le soin d'une sagesse supérieure, que la terre n'eût perdu beaucoup de sa fertilité; de sorte que, quoiqu'on n'eût pas lieu d'appréhender la destruction de ce globe, tous les animaux pourtant, et les créatures vivantes qui y habitent, auraient à la fin péri par le défaut de fertilité de la terre, et par conséquent par le défaut d'aliments.

Tu prouves par tes faux raisonnements que les bêtes ont trouvé tout fait pour elles, et qu'il a fallu que l'homme fît tout. 

LVII. - Nous avons déjà fait voir(16) qu'on peut faire de la terre avec de l'eau.

Faux. 

LVIII. - On a observé que tous les métaux, étant placés dans le foyer du verre ardent, se changent en verre, et que l'or, en se vitrifiant, prend une belle couleur de pourpre.

Très douteux. 

LIX. - M. Cassini, en traçant le méridien de France jusqu'aux Pyrénées, par ordre du roi, en a mesuré exactement la longueur de chaque degré, et a trouvé, à 7 degrés 1/3 entre les parallèles d'Amiens et de Collioure, qu'il a comparés l'un à l'autre, que leur grandeur augmentait continuellement à mesure qu'ils s'approchaient de la ligne équinoxiale, et qu'elle diminuait par conséquent en approchant des pôles.

Erreur reconnue. 

LX. - Le centre de la terre n'est rien.

Si vous ne la considérez que comme un point mathématique, qui n'est qu'une abstraction de l'esprit. 

LXI. - Ceux qui examinent de près toutes ces choses peuvent-ils, sans reconnaître la sagesse de Dieu dans sa sainte parole, lire l'expression dont Job se sert, chap. xxvi, verset 7: Il suspend la terre sur rien.

Job n'a rien à faire ici. 

LXII. - De la vient que M. Whiston dit que le centre de pesanteur de tous les corps de ce monde est un vrai rien.

Le vrai centre, le centre réel est l'aboutissement physique de toutes les lignes physiques. 

LXIII. - Le globe de la terre garde toujours la même obliquité.

Non, et nous changeons de pôle. 

LXIV. - Si, par malheur, ces causes qui agissent avec tant de violence ébranlaient la terre, et la faisaient une fois changer de place, que pourrait-on attendre de là qu'une ruine et une destruction générale, où tout changerait absolument, l'air, le climat, etc.?

Pitoyable. Ne vois-tu pas que ce changement ne pourrait se faire qu'insensiblement dans la suite des siècles, comme la précession des équinoxes? 

LXV. - Voici une chose qu'un philosophe ne saurait expliquer: il faut lui demander pour quelle raison la terre étant plus pesante que l'eau, les eaux ne couvrent point la surface de la terre, et ne l'environnent comme l'air, puisqu'il est hors de doute que l'un devrait arriver aussi bien que l'autre, selon les lois de la pesanteur.

Quelle pitié! N'est-il pas évident que la loi de la gravitation s'y oppose? 

LXVI. - Il est nécessaire(17) de nous étendre ici un peu plus sur la zone septentrionale (tempérée). Tout ce qui est autour de nous, ou bien tout ce que nous avons décrit dans cet ouvrage, ne tend qu'à une chose, je veux dire à manifester la puissance, la sagesse, et la bonté de Dieu, qui brille d'une manière éclatante dans ce qui compose cet univers; ce qu'il y a de certain, c'est que cette zone ne cède à aucune autre en rien: elle est fertile, les saisons y sont tempérées, les habitants très savants, et fort industrieux; ainsi il n'y a pas lieu de douter qu'elle ne surpasse de beaucoup tous les autres pays dans le commerce, dans la navigation, dans l'art militaire.

Quoi: l'art de tuer est la preuve de Dieu! 

LXVII. - Mais le plus grand de tous les avantages, et celui qui élève cette zone incomparablement au-dessus de toutes les autres parties du globe, c'est la connaissance du vrai Dieu, et du véritable culte qu'on lui doit, puisque ce soleil brillant n'éclaire plus malheureusement l'Asie, où Dieu avait jugé à propos (ce qui surpasse toute la reconnaissance humaine) de se révéler.

Et pourquoi la Chine ne connaît-elle pas le vrai Dieu? 

LXVIII. - Vous qui niez la résurrection, dites-nous si les parties qui composent votre corps visible (nous ne dirons rien ici du premier principe ou du germe, qui est d'une petitesse extrême) n'étaient pas aussi écartées l'une de l'autre sur la terre il y a environ 5,000 ans, qu'elles le seront quelques années après votre mort, ou à la fin du monde.

Ah! mon ami, tu gâtes un assez bon ouvrage par des raisonnements bien ridicules. 

LXIX. - Simon de Vries nous dit, dans sa description de l'ancienne Groenlande, que l'air y est si pur qu'il empêche que les corps ne se corrompent, et le fameux géographe Samson rapporte qu'un colonel espagnol passant du Pérou au Chili sur une montagne fort haute, il y eut quelques-uns de ses gens qui moururent de froid; et que, plusieurs années après, il les trouva dans le même état, c'est-à-dire sur leurs chevaux morts, tenant la bride à la main; leurs corps n'étaient pas corrompus.

Quels contes de bonne vieille! Et tu fais le philosophe! 

LXX. - Ils(18) opposent à ces textes(19) quelques expressions du même apôtre, I Corinth., xv, versets 35, 36, 37, 38, et ils prétendent qu'ils ne sauraient s'accorder avec les précédents.

Tu soutiens bien mal une bonne cause. 

LXXI. - Si une personne doit ressusciter dans la même grandeur qu'auparavant, le germe n'a qu'à se développer de la même manière qu'il s'était développé durant sa vie, se remplir ensuite de la même matière, qui, lorsque le corps était en vie, et que le volume de ce corps augmentait, aurait servi pour le remplir et le faire croître; dans ce cas, un chacun doit avouer que la même personne ressusciterait avec son propre corps.

Il n'y a rien de si contraire à la physique que ce chapitre(20).

LXXII. - On ignore, par exemple, si c'est le soleil ou bien la terre qui se meut.

Comment, on ne le sait pas! La chose est démontrée. 

LXXIII. - M. Stevin dit... qu'il ne paraît pas nécessaire que le soleil soit au centre des étoiles fixes, mais qu'on a de bonnes raisons pour convenir qu'il y est.

Ou il n'y a point étoiles fixes dans le texte, ou Stevin ne sait ce qu'il dit. 

LXXIV. - Voici de quelle manière s'exprime le fameux Kepler dans son Epitom. Astronom., p. 448, et ensuite p. 673: Lorsqu'on entendra ces choses, quoiqu'on soit éloigné de croire qu'elles sont réelles, et qu'on ne fasse que les supposer, il sera très facile de s'en servir.

C'était dans l'aurore de la raison. 

LXXV. - Les mathématiciens supposent des lignes et des cercles imaginaires pour la construction de sinus et de tangentes, etc., et dans celle des logarithmes, que tous les nombres sont vrais; tandis que parmi plusieurs centaines, à peine y en a-t-il quelques-uns qui le soient réellement.

Ridicule. 

LXXVI. - C'est ainsi que les arpenteurs ou ceux qui mesurent la terre, lorsqu'ils trouvent des lignes un peu courbes, et qui forment quelquefois de petits angles en avançant en dedans et en dehors, supposent ces mêmes lignes droites.

Eh bien! qu'en résulte-t-il? 

LXXVII. - Qui est-ce qui ne sait pas qu'en élargissant les degrés de latitude de plus en plus dans la navigation, on ne fait uniquement qu'une pure fiction? Et cela ne sert qu'à trouver, d'une manière plus aisée, le véritable décroissement de chaque degré de longitude.

Non plus aisée. 

LXXVIII. - Quoique, quand on est versé dans l'optique, on sache que les verres sphériques ne ramassent jamais les rayons dans un point (excepté dans un ou deux cas), comme font les verres de certaines figures; cependant n'est-ce pas une chose bien commune, en faisant des télescopes ou des microscopes, de les supposer tout autrement qu'ils ne sont?

Quoi! parce que le point central n'est pas un point mathématique? 

LXXIX. - Les fameux mathématiciens qui ont écrit sur l'art de jeter les bombes supposent que les boulets, par le moyen de la force de la poudre, et de celle de leur pesanteur, décrivent une ligne qu'ils appellent parabole; au lieu que s'ils considéraient la résistance de l'air et les autres causes ci-dessus, ils sauraient que les propriétés de cette ligne sont très différentes de celles de la parabole.

Faux. Elle est géométriquement parabole, et ne s'en éloigne que par des accessoires étrangers. 

LXXX. - Tous les astronomes anciens et modernes ont supposé, pour fondement de leurs calculs, que le mouvement diurne, véritable ou apparent, du soleil, se fait dans un cercle parallèle ou également distant de l'équinoxial, quoique cette ligne, à cause du mouvement annuel du soleil ou de la terre, approche plutôt d'une ligne spirale que d'un cercle, comme tous les astronomes le savent.

Ce n'est donc pas par ignorance(21).

LXXXI. - Venons à présent à la conclusion que nous venons de tirer de ce que nous avons dit jusqu'ici du mouvement ou du repos de la terre.

Ce dernier chapitre(22) est le plus mauvais de tous. Il y a même de la mauvaise foi, et de plus il est absolument inutile au dessein de l'auteur. 

FIN DES REMARQUES SUR L'OUVRAGE DE NIEUWENTYT.