|
| Index Voltaire | Commande CDROM | Mélanges X (1777-1778) | REMARQUES SUR LE CHRISTIANISME DÉVOILÉ,
Notice de Beuchot:
Voltaire, dans sa lettre au marquis de Villevieille, du 20 décembre
1768, dit que
le Christianisme dévoilé est de Damilaville;
mais Voltaire le disait après la mort de Damilaville pour la tranquillité
de l'auteur réel, qui paraît être le baron d'Holbach.
REMARQUES ... I. - Titre. Le Christianisme dévoilé. Cet ouvrage est plus rempli de déclamation que méthodique. L'auteur se répète et se contredit quelquefois. On dira que c'est l'impiété dévoilée. II. - Préface. En un mot, la religion ne change rien aux passions des hommes; ils ne l'écoutent que lorsqu'elle parle à l'unisson de leurs devoirs. Qu'est-ce que parler à l'unisson? On s'est fait dans ce siècle un style bien étrange. III. - Malgré l'inutilité et la perversité de la morale que le christianisme enseigne aux hommes, ses partisans osent nous dire que, sans religion, on ne peut avoir des moeurs. Peut-on appeler perversité la morale de Jésus-Christ? IV. - Chap. Ier. Si les moeurs des peuples n'eurent rien à gagner avec la religion chrétienne, le pouvoir des rois, dont elle prétend être l'appui, n'en retira pas de plus grands avantages. Quoi! valait-il mieux immoler des hommes à Teutatès? V. - Chap. II. Cet homme connu sous le nom de Moïse, nourri dans les sciences de cette région fertile en prodiges, et mère des superstitions se mit donc à la tête d'une troupe de fugitifs à qui il persuada qu'il était l'interprète des volontés de leur Dieu, qu'il en recevait directement les ordres. L'auteur admet donc l'authenticité des livres de Moïse? VI. - La nation juive attendit toujours un Messie, un monarque, un libérateur qui la débarrassât du joug sous lequel elle gémissait, et qui la fit régner elle-même sur toutes les nations de l'univers. Non dans leur prospérité, car alors ils(1) n'en avaient pas besoin. VII. - Chap. iii. Paix sur la terre, et bonne volonté aux hommes. C'est ainsi que s'annonce cet Évangile, qui a coûté au genre humain plus de sang que toutes les autres religions du monde prises ensemble. La citation n'est pas juste. VIII. - Les châtiments passagers de cette vie sont les seuls dont parle le législateur hébreu: le chrétien voit son Dieu barbare se vengeant avec rage et sans mesure pendant l'éternité. En un mot, le fanatisme des chrétiens se nourrit par l'idée révoltante d'un enfer. L'auteur oublie que les autres religions admettaient un enfer longtemps auparavant. IX. - Chap. iv. On ne manquera pas de nous dire que c'est dans une autre vie que la justice de Dieu se montrera: cela posé, nous ne pouvons l'appeler juste dans celle-ci, où nous voyons si souvent la vertu opprimée, et le crime récompensé. Ceci est contre toutes les religions qui ont admis une autre vie, aussi bien que contre la chrétienne. X. - Chap. v. Avant de pouvoir juger de la révélation divine, il faudrait avoir une idée juste de la Divinité. Point du tout pour savoir si on a des preuves. XI. - Les incertitudes et les craintes de celui qui examine de bonne foi la révélation adoptée par les chrétiens ne doivent-elles point redoubler, quand il voit que son Dieu n'a prétendu se faire connaître qu'à quelques êtres favorisés, tandis qu'il a voulu rester caché pour le reste des mortels? Cela n'est pas vrai. Les apôtres se disent envoyés par toute la terre. L'auteur confond continuellement la religion mosaïque et la chrétienne. XII. - Quel était le tempérament de ce Moïse? Qu'importe? XIII. - Enfin quelle preuve avons-nous de sa mission, sinon le témoignage de six cent mille Israélites grossiers et superstitieux, ignorants et crédules? Si l'auteur admet ce témoignage, il se réfute lui-même. XIV. - Chap. VI. Ainsi, du côté des prétentions, la religion chrétienne n'a aucun avantage sur les autres superstitions dont l'univers est infecté. Il n'y a point de superstition dans la secte des lettrés chinois. XV. - Partout où elle(2) règne, ne voyons-nous pas les peuples asservis, dépourvus de vigueur, d'énergie, d'activité, croupir dans une honteuse léthargie, et n'avoir aucune idée de la vraie morale? Exagéré. XVI. - L'effet des miracles de Mahomet fut au moins de convaincre les Arabes qu'il était un homme divin. Mahomet n'a point fait de miracles. Il n'y a dans l'Alcoran que le miracle du voyage de la Mecque à Jérusalem en une nuit. XVII. - Chap. vii. On ne peut douter que Moïse n'ait annoncé un Dieu unique aux Hébreux. L'auteur va toujours contre ses propres principes en attribuant le Pentateuque à Moïse. XVIII. - Est-ce connaître la Divinité que de dire que c'est un esprit, un être immatériel, qui ne ressemble à rien de ce que les sens nous font connaître? L'esprit humain n'est-il pas confondu par les attributs négatifs d'infinité, d'immensité, de toute-puissance, d'omni-science, etc.? L'auteur combat bien mal à propos cette idée de Dieu, reçue, non seulement chez les chrétiens, mais dans toute la terre. XIX. - Comment concilier la sagesse, la bonté, la justice, et les autres qualités morales que l'on donne à ce Dieu, avec la conduite étrange et souvent atroce que les livres des chrétiens et des Hébreux lui attribuent à chaque page? N'eût-il pas mieux valu laisser l'homme dans l'ignorance totale de la Divinité que de lui révéler un Dieu rempli de contradictions? Les anciens donnaient à Dieu les mêmes attributions sans révélation et sans contradiction. XX. - Chez ces Tartares, Dieu s'appelle Kon-Clocik, Dieu unique, et Kon-cio-sum, Dieu triple. Sur leurs chapelets, ils disent om, ha, hum, intelligence, bras, puissance; ou parole, coeur, amour. Ce mot oum vient des brachmanes. XXI. - Chap. VIII. On ne manquera pas de vous dire que le dogme des récompenses et des peines d'une autre vie est utile et nécessaire aux hommes, qui sans cela se livreraient sans crainte aux plus grands excès. Je réponds que le législateur des Juifs leur avait soigneusement caché ce prétendu mystère, et que le dogme de la vie future faisait partie du secret que dans les mystères des Grecs on révélait aux initiés. Ce dogme fut ignoré du vulgaire. Non. La vie future était le dogme populaire. C'était l'unité de Dieu qui était le dogme secret. XXII. - Si les souverains gouvernaient avec sagesse et équité, ils n'auraient pas besoin du dogme des récompenses et des peines futures pour contenir les peuples. Toutes les républiques grecques admirent ce dogme. XXIII. - En effet, le christianisme admet des êtres invisibles d'une nature différente de l'homme. Et les Gentils aussi. XXIV. - Chap. IX. L'eau bénite, qui chez les chrétiens a pris la place de l'eau lustrale des Romains. Il faut dire: chez les catholiques. XXV. - Chap. x. Les livres postérieurs à Moïse ne sont pas moins remplis d'ignorance. Josué arrête le soleil, qui ne tourne point. Il tourne sur son axe. Il faut dire: qui ne tourne point autour de la terre. XXVI. - Chap. XI. Au lieu d'interdire la débauche, les crimes et les vices, parce que Dieu et la religion défendent ces fautes, on devrait dire que tout excès nuit à la conservation de l'homme, le rend méprisable aux yeux de la société, est défendu par la raison, qui veut que l'homme se conserve; est interdit par la nature, qui veut qu'il travaille à son bonheur durable. En un mot, quelles que soient les volontés de Dieu, indépendamment des récompenses et des châtiments que la religion annonce pour l'autre vie, il est facile de prouver à tout homme que son intérêt, dans ce monde, est de ménager sa santé, de respecter les moeurs. Pourquoi ôter aux hommes le frein de la crainte de la Divinité? Tous les philosophes, excepté les épicuriens, ont dit qu'il faut être juste pour plaire à Dieu. XXVII. - Dans les pays qui se vantent de posséder le christianisme dans toute sa pureté, la religion a tellement absorbé l'attention de ses sectateurs qu'ils méconnaissent entièrement la morale, et croient avoir rempli tous leurs devoirs dès qu'ils montrent un attachement scrupuleux à des minuties religieuses totalement étrangères au bonheur de la société. Cet abus de la religion n'est pas la religion. XXVIII. - Chap. XII. Suivant le messie, toute la loi consiste à aimer Dieu par-dessus toutes choses, et le prochain comme soi-même. Et suivant Moïse. XXIX. - Chap. xvi. Le dominicain qui empoisonna l'empereur Henri VI. Dis donc Henri VII.
FIN DES REMARQUES SUR LE CHRISTIANISME, ETC.
|