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| Index Voltaire | Oeuvres complètes | Mélanges VI (1768-1769) | COLLECTION D'ANCIENS ÉVANGILES
NOTICE: Les Mémoires secrets parlent de cette Collection à la date du 27 mai 1769; et l'on peut croire que c'est en ce mois qu'elle parut. L'édition originale est un volume in-8° de 284 pages, plus le titre et la table. Une note de la satire intitulée Dialogue de Pégase et du Vieillard (voyez les Pièces en vers) dit que cet ouvrage est de l'abbé Bigex. Cet abbé, qui était l'un des secrétaires ou copistes de Voltaire, avait déjà signé une déclaration du 1er mars 1769 (voyez en fin de la Lettre anonyme écrite à M. de Voltaire et la Réponse). Il signa encore les trois Lettres à l'abbé Foucher (qui sont aussi dans le présent volume, pages 431-437). Les ouvrages de Fabricius (J.-A.) et de Grabius (J.-E.) que Voltaire a mis à contribution sont Codex apocryphus Novi Testamenti, qui a eu plusieurs éditions, et Specilegium SS. Patrum ut et haereticorum seculi post Christum natum I, II, III. C'est dans ces deux ouvrages (et dans le Codex pseudepigraphus Veteris Testamenti de Fabricius) qu'il trouva les matériaux de l'article Apocryphes de ses Questions sur l'Encyclopédie (voyez au Dictionnaire philosophique). (B.)
En publiant cette traduction de quelques anciens ouvrages apocryphes, on n'a pas cru devoir justifier par l'exemple de Cicéron, de Virgile et d'Homère, les idiotismes(64) et les répétitions(65) qui choqueraient dans un écrit profane. Jésus ayant expressément déclaré qu'il avait été(66) envoyé pour prêcher l'Évangile aux pauvres, ses disciples, à son exemple, n'affectèrent jamais le langage étudié d'une sagesse humaine(67). Saint Luc avoue à Théophile qu'on avait composé plusieurs Évangiles avant qu'il lui dédiât le sien et ses Actes des apôtres. Cependant les Constitutions apostoliques ne recommandent la lecture que(68) des Évangiles de Matthieu, de Jean, de Luc, et de Marc. Et la principale raison qu'en donne saint Irénée(69), c'est que le prophète David, pour demander l'avènement du Verbe, s'écrie(70): Vous qui êtes assis sur le chérubin, apparaissez. Or, selon Ézéchiel(71) et l'Apocalypse(72), le chérubin ayant la figure de quatre animaux, le lion désigne la génération royale de Jésus écrite par Jean; le veau, sa génération sacerdotale décrite par Luc; l'homme, sa génération humaine racontée par Matthieu; et l'aigle volant, l'esprit prophétique dont Marc est saisi en commençant son Évangile. C'est pour cela qu'il n'y a eu que quatre Testaments donnés au genre humain: le premier, avant le déluge, sous Adam; le second, après le déluge, sous Noé; le troisième, la loi sous Moïse; et le quatrième, comme le sommaire de tous les autres, renouvelle l'homme et l'élève vers le royaume céleste par l'Évangile. Aussi conclut-il qu'il y aurait autant de vanité que d'ignorance et d'audace à recevoir plus ou moins de quatre Évangiles. Saint Ambroise(73), saint Athanase(74) et saint Augustin(75) font, à la vérité, chacun une association différente des quatre animaux et des quatre évangélistes; mais saint Jérôme, qui attribue(76) l'aigle à Jean, le boeuf à Luc, le lion à Marc, et l'homme à Matthieu, a été suivi par Fulgence(77), Eucher de Lyon(78), Sédulius, Théodulphe d'Orléans, Pierre de Riga, et par un très grand nombre d'autres modernes tant latins que grecs, comme il parait par Germain, patriarche de Constantinople(79); en un mot par toute la foule des peintres(80). Ces quatre Évangiles furent appelés authentiques par opposition aux autres nommés apocryphes. On trouve ces deux mots grecs dans l'appendice du concile de Nicée(81), où il est dit qu'après avoir placé pêle-mêle les livres apocryphes et les livres authentiques sur l'autel, les Pères prièrent ardemment le Seigneur que les premiers tombassent sous l'autel, tandis que ceux qui avaient été inspirés par le Saint-Esprit resteraient dessus: ce qui arriva sur-le-champ. Nicéphore(82), Baronius(83) et Aurelius Peruginus(84), nous apprennent d'ailleurs que deux évêques nommés Chrysante et Musonius étant morts pendant la tenue du concile de Nicée, premier oecuménique, il était nécessaire d'avoir leur signature pour la validité dudit concile. On porta sur le tombeau des défunts le livre où étaient renfermés les actes divisés par sessions: on passa la nuit en oraison; on mit des gardes autour du tombeau, comme on avait fait autour de celui de notre Seigneur; et le lendemain on trouva (ô chose incroyable!) que les trépassés avaient signé. Comme le pape Léon Ier fit ensuite(85) livrer aux flammes les écritures apocryphes qui passaient sous le nom des apôtres, il n'y en a qu'un petit nombre qui soient parvenues jusqu'à nous; et l'on ne connaît plus des autres que les noms et quelques fragments épars dans les écrivains ecclésiastiques. Saint Jérôme, par exemple(86), fait mention de l'Évangile selon les Égyptiens, de celle de Thomas, de Mathias, de Barthélemy, des douze apôtres, de Basilides, d'Apelles, et ajoute qu'il serait trop long de faire l'énumération des autres. Un décret(87) connu sous le nom du pape Gélase, quoique quelques manuscrits l'attribuent au pape Damase, et d'autres au pape Hormisdas(88), note comme apocryphes l'Itinéraire de Pierre apôtre en dix livres sous le nom de Saint Clément, les Actes d'André apôtre, de Philippe apôtre, de Pierre apôtre, de Thomas apôtre; l'Évangile de Thaddée, de Mathias, de Thomas apôtre, de Barnabé, de Jacques le Mineur, de Pierre apôtre, de Barthélemy apôtre, d'André apôtre, de Lucien, d'Hésyque; le Livre de l'enfance du Sauveur, de la Naissance du Sauveur, et de sainte Marie et de sa sage-femme, du Pasteur, de Lenticius, les Actes de Thècle et de Paul apôtre; la Révélation de Thomas apôtre, de Paul apôtre, d'Étienne apôtre; le Livre du trépas de sainte Marie; ceux qu'on appelle les Sorts des apôtres, et la Louange des apôtres; celui des Canons des apôtres; l'Épître de Jésus au roi Abgare. Les Actes de Pierre, son Évangile, et ceux de Thaddée, de Jacques le Mineur, et d'André, ne se trouvent pas dans quelque manuscrits de ce décret. Le savant Fabricius a publié une notice de cinquante Évangiles apocryphes, que l'on trouvera dans ce recueil avant la traduction des quatre conservés en entier. A tant d'écrits dictés(89) par un zèle qui n'était point selon la science, les ennemis du christianisme ne manquèrent pas d'en opposer d'autres qu'ils décoraient des mêmes titres. Pour ne parler d'abord que des Évangiles, saint Irénée(90) dit que les disciples de Valentin étaient parvenus à un tel point d'audace qu'il donnaient le titre d'Évangile de vérité à un écrit qui ne s'accordait en rien avec les Évangiles des apôtres; de sorte, ajoute-t-il, que, chez eux, l'Évangile même n'est pas sans blasphème. Tertullien nous apprend(91) que cette infamie avait commencé par les Juifs; et que par eux, et à cause d'eux, le nom du Seigneur est blasphémé parmi les nations. En effet, au rapport de saint Justin(92), d'Eusèbe(93), et de Nicéphore(94), les Juifs de la Palestine avaient envoyé dans toutes les parties du monde, tant par mer que par terre, des écrits remplis de blasphèmes contre Jésus, pour les faire publier, et même enseigner à la jeunesse dans les écoles des villes et des champs. Quoique les empereurs Constantin(95) et Théodose(96) aient donné chacun un édit portant ordre, sous peine de mort, de brûler tous les écrits contre la religion des chrétiens, on trouve encore des traces des blasphèmes des Juifs dans les Actes de Pilate, mieux connus sous le nom d'Évangile de Nicodème. On y lit(97) que les Juifs, en présence de Pilate, reprochèrent à Jésus qu'il était magicien et né de la fornication. On ne doutera pas que ce ne soit là le blasphème de l'Évangile de vérité, si l'on fait attention qu'Origène(98) témoigne que Celse intitulait Discours de vérité un ouvrage dans lequel il faisait reprocher par un Juif à Jésus d'avoir supposé qu'il devait sa naissance à une vierge, d'être originaire d'un petit hameau de la Judée, et d'avoir eu pour mère une pauvre villageoise qui ne vivait que de son travail, laquelle, ayant été convaincue d'adultère avec un soldat nommé Panther, fut chassée par son fiancé, qui était charpentier de profession. Qu'après cet affront, errant misérablement de lieu en lieu, elle accoucha secrètement de Jésus; que lui, se trouvant dans la nécessité, fut contraint de s'aller louer en Égypte, où ayant appris quelques-uns de ces secrets(99) que les Égyptiens font tant valoir, il retourna dans son pays, et que, tout fier des miracles qu'il savait faire, il se proclama lui-même Dieu. Cet écrit pernicieux, quoique réfuté par Origène, fit cependant une telle impression que deux Pères écrivirent sérieusement qu'en effet Jésus avait été appelé fils de Panther, et cela, dit saint Épiphane(100), parce que Josèphe était frère de Cléophas, fils de Jacques surnommé Panther, engendrés tous les deux d'un nommé Panther. Et selon saint Damascène(101), parce que Marie était fille de Joachim, fils de Bar-Panther, fils de Panther. Comme ces surnoms ne se trouvent point dans les deux généalogies différentes de Jésus, écrites l'une par saint Matthieu(102) l'autre par saint Luc(103), l'Église s'en est tenue au conseil de saint Paul(104) de ne point s'attacher à des fables et à des généalogies sans fin, qui produisent plutôt des doutes que l'édification de Dieu, qui est dans la foi. Lactance(105) remarque aussi qu'Hiéroclès avait pris le titre d'amateur de la vérité, dans deux livres adressés aux chrétiens. Il ajoutait aux blasphèmes de Celse, que le Christ, ayant été chassé par les Juifs, rassembla une troupe de neuf cents hommes avec lesquels il fit le métier de brigand. Ces nouvelles calomnies furent aussi aisément réfutées par Eusèbe de Césarée que celles de Celse l'avaient été par Origène. J'ai honte de parler ici d'autres ouvrages encore subsistants, L'Arétin, par exemple(106), compare Marie à Léda, qui devint enceinte de Jupiter transformé en cygne, comme si c'était en cette occasion que l'Esprit-Saint eût pris la forme d'un pigeon. Le jésuite Sanchez(107), agitant de bonne foi la question si la vierge Marie fournit de la semence dans l'incarnation du Christ(108), s'autorise pour l'affirmative du sentiment de Suarez(109) et de Pero Mato(110). Ces théologiens ignoraient-ils que tout ce qui concerne ce mystère ineffable est si au-dessus des lumières de notre faible raison qu'il fallut que Dieu révélât son fils à Pierre(111) et à Paul(112) avant de confier au premier l'Évangile de la circoncision, et au second l'Évangile du prépuce(113)? Il en a été des Actes des apôtres tout comme des Évangiles. L'imposture des méchants et la pieuse curiosité des simples les ont également multipliés. Outre les actes apocryphes mentionnés dans le décret de Gélase, saint Épiphane(114) dit que les ébionites en avaient supposé dans lesquels ils prétendaient que Paul était né d'un père et d'une mère gentils, et qu'étant venu demeurer à Jérusalem il devint prosélyte, et fut circoncis dans l'espérance d'épouser la fille du pontife; mais que n'ayant pas eu cette vierge, ou bien ne l'ayant pas eue vierge, il en fut si irrité qu'il écrivit contre la circoncision, contre le sabbat, et contre toute la loi. Cette assertion paraissait fondée sur ce que Paul lui-même se dit(115) natif de Tarse en Cilicie, dans les Actes authentiques écrits par Luc; mais Fabricius(116) en cite un manuscrit grec, dans lequel Paul ne dit pas qu'il est né à Tarse(117), mais qu'il a été fait citoyen de cette ville; et saint Jérôme lui-même, si savant dans les langues, vient à l'appui de ce sentiment. Dans deux de ses ouvrages(118), il fait naître Paul à Giscala, ville de la Galilée. Sur ce que le même Paul écrit à Timothée(119) qu'Hermogènes(120) et Démas l'ont abandonné, et qu'il lui parle en même temps(121) des grandes persécutions et des souffrances qu'il avait essuyées à Icone et à Antioche; un de ses disciples, pour suppléer aux Actes des apôtres, qui n'en disent qu'un mot(122), composa les Actes de Thècle et de Paul. Cet ouvrage a été si célèbre autrefois que l'on ne sera pas fâché d'en trouver ici le précis avec les noms des Pères qui l'ont cité. Lorsque Paul, dit l'auteur, après sa fuite d'Antioche, s'en allait à Icone, deux hommes pleins d'hypocrisie, Démas et Hermogènes, se joignirent à lui. Cependant un certain Onésiphore, avec sa femme Lectre et ses enfants Simmie et Zénon, vint l'attendre sur le chemin royal qui conduit à Lystres, pour le recevoir chez lui. Comme il n'avait jamais vu Paul, il le reconnut à sa taille courte, sa(123) tête chauve, ses cuisses courbes, ses grosses jambes, ses sourcils joints, et son nez aquilin. C'était là le signalement que Tite en avait donné. Comme Paul prêchait à Icone, la vierge Thècle, qui était fiancée à un prince de la ville, nommé Thamyris(124), passait les jours et les nuits à l'écouter de la fenêtre de sa maison, voisine de celle d'Onésiphore, où se tenait l'assemblée. Elle n'avait point encore vu la figure de Paul; mais elle désirait de paraître devant lui, et d'être du nombre des femmes et des vierges qu'elle y voyait entrer. Théoclia, sa mère, fit avertir son gendre qu'il y avait trois jours que Thècle, séduite par les discours trompeurs de cet étranger, oubliait de boire et de manger. Les tendres représentations de Thamyris pour la détourner des discours de Paul furent aussi vaines que les larmes de la mère et des servantes(125). Thamyris alors, voyant sortir d'auprès de Paul deux hommes qui se querellaient vivement, les alla joindre dans la rue et les invita à souper, ce qu'ils acceptèrent. Ces deux hypocrites, Démas et Hermogènes, gagnés par la bonne chère et les grands présents que leur fit Thamyris, lui déclarèrent que Paul empêchait les jeunes gens de se marier, en leur persuadant que la résurrection ne sera que pour ceux qui persévéreront dans la chasteté. « Vous n'avez, ajoutèrent-ils, qu'à le faire conduire au gouverneur comme enseignant la nouvelle doctrine des chrétiens; et, suivant le décret de César, on le fera mourir, et vous aurez votre fiancée, à laquelle nous enseignerons(126) que la résurrection que Paul annonce comme à venir est déjà faite dans les enfants que nous avons, et que nous sommes ressuscités lorsque nous avons connu Dieu. » Thamyris, transporté d'amour et de colère, courut le lendemain matin, avec des gens armés de bâtons, se saisir de Paul; et l'ayant traîné devant le gouverneur Castellius, il l'accusa de détourner les vierges du mariage, et toute la troupe criait: « Ce magicien a corrompu toutes nos femmes. » Paul fut mis en prison, et Thècle, pendant la nuit, détacha ses boucles d'oreilles(127), dont elle fit présent au portier de la maison pour se faire ouvrir la porte; et, courant à la prison, elle donna son miroir d'argent au geôlier pour avoir la liberté d'entrer vers Paul, dont elle baisa les chaînes en se tenant debout à ses pieds. Le gouverneur en étant informé la fit comparaître avec Paul devant son tribunal, et lui demanda pourquoi elle n'épousait pas Thamyris. Comme Thècle, au lieu de répondre, avait les yeux fixés sur Paul, sa mère criait au gouverneur: « Brûlez, brûlez cette malheureuse au milieu du théâtre, afin d'effrayer toutes celles qui ont écouté les enseignements de ce magicien. » Alors le gouverneur, très affligé, ordonna que Paul fût fouetté et chassé de la ville, et condamna Thècle à être brûlée. Comme elle parcourait des yeux la foule des spectateurs, elle vit le Seigneur assis(128) sous la forme de Paul, et dit en elle-même: « Paul est venu me regarder comme si je ne pouvais pas souffrir avec courage; » et comme elle tenait les yeux arrêtés sur lui, il s'élevait au ciel en sa présence. Le gouverneur, la voyant nue, ne pouvait retenir ses larmes; il admirait sa rare beauté. Thècle, ayant fait le signe de la croix, monta sur le bûcher. Le peuple y mit le feu, qui ne la toucha point, quoiqu'il fût embrasé de tous côtés; parce que Dieu, prenant pitié de Thècle, fit entendre sous terre un grand bruit; un nuage chargé de pluie et de grêle la couvrit; et le sein de la terre, s'ouvrant et s'écroulant, engloutit plusieurs spectateurs; le feu s'éteignit, et Thècle échappa sans avoir aucun mal. Cependant Paul, avec Onésiphore, qui avait quitté les richesses mondaines pour le suivre avec sa femme et ses enfants, jeûnait caché dans un monument sur le chemin qui conduit d'Icone à Daphné. Un des enfants, étant allé vendre la tunique de Paul pour acheter du pain, aperçut Thècle auprès de la maison de son père, et il la conduisit vers Paul. Et sur ce qu'elle dit: « Je vous suivrai où que vous alliez, » Paul lui répliqua: « Nous sommes dans un temps où règne le libertinage, et vous êtes belle; prenez garde qu'il ne vous arrive une seconde tentation pire que la première. » De là Paul renvoya Onésiphore chez lui avec toute sa famille; et, prenant Thècle, il s'en alla à Antioche. Ils n'y furent pas plus tôt arrivés qu'un Syrien, nommé Alexandre, qui en avait été gouverneur, voyant Thècle, en fut amoureux, et offrit de grands et riches présents à Paul, qui lui dit: « Je ne connais pas cette femme dont vous me parlez, et elle n'est point à. moi. » Le gouverneur l'ayant embrassée et baisée dans la rue, elle courut vers Paul, en criant d'une voix triste: « N'insultez point une étrangère, et ne violez point la servante de Dieu. Je suis des premières familles d'Icone, et j'ai été contrainte de quitter la ville parce que je refusais d'épouser Thamyris. » Et, se saisissant d'Alexandre, elle lui déchira sa tunique, fit tomber la couronne de sa tête, et le renversa par terre devant tout le monde. Alexandre, transporté d'amour et de honte, la conduisit au gouverneur, qui, gagné par un présent d'Alexandre, la condamna aux bêtes. Thècle, se voyant condamnée, demanda au gouverneur d'être conservée chaste jusqu'au jour qu'elle devait combattre. Elle fut confiée à une veuve fort riche, nommée Trisina ou Tryphena, dont la fille venait de mourir, et qui la regarda comme sa fille. Thècle fut d'abord exposée à une lionne très cruelle, qui lui léchait les pieds. Et comme Trisina, qui n'avait pas rougi de la suivre, l'eut ramenée dans sa maison, voici que sa fille, qui était morte, lui apparut en songe et lui dit: « Ma mère, prenez à ma place Thècle, la servante du Christ, et demandez-lui qu'elle prie pour moi, afin que je sois transportée dans un lieu de repos. » Thècle, pour calmer les pleurs de la mère, se mit à prier le Seigneur, disant: « Seigneur, Dieu du ciel et de la terre, Jésus-Christ fils du Très Haut, faites que sa fille Falconille vive éternellement. » Ce qu'entendant Trisina, elle pleura davantage, disant: « O jugements injustes! ô crime indigne, de livrer aux bêtes une telle personne! » Thècle fut exposée une seconde fois aux bêtes, après qu'on l'eut dépouillée de ses habits, et on lâcha contre elle des lions et des ours; et la cruelle lionne, courant à elle, se coucha à ses pieds. Une ourse l'ayant attaquée fut arrêtée et mise en pièces par la lionne. Ensuite un lion accoutumé à dévorer des hommes, et qui appartenait à Alexandre, se jeta contre elle. Mais la lionne, en le combattant, tomba morte avec lui. On lâcha ensuite plusieurs bêtes, pendant que Thècle priait debout, les mains étendues vers le ciel. Ses prières étant finies, elle vit la fosse pleine d'eau; et, s'y plongeant précipitamment, elle dit: « Mon Seigneur Jésus-Christ, c'est en votre nom que je suis baptisée en mon dernier jour. » Le gouverneur même ne pouvait retenir ses larmes, voyant que les veaux marins allaient avaler une telle beauté. Mais toutes les bêtes, frappées d'un éclat de foudre, surnagèrent sans force, et une nuée de feu entoura Thècle: de sorte que les bêtes ne la touchèrent point, et que sa nudité fut cachée. Or, comme on avait lâché sur Thècle d'autres bêtes redoutables, toutes les femmes poussèrent un cri de tristesse; et, ayant jeté sur elle, l'une du nard, l'autre de la casse, celle-ci des aromates, cette autre de l'onguent, toutes les bêtes furent comme accablées de sommeil, et ne touchèrent point Thècle; de sorte qu'Alexandre dit au gouverneur: « J'ai des taureaux fort terribles; nous l'y attacherons. » Le gouverneur, tout triste, lui ayant répondu: « Faites ce que vous voudrez, » ils l'attachèrent par les pieds entre deux taureaux, auxquels ils mirent dans l'aine des fers ardents; mais comme les taureaux s'agitaient et mugissaient horriblement, la flamme brûla autour des membres des taureaux les cordes dont Thècle était liée, et elle resta détachée dans le lieu du combat(129). Enfin le gouverneur lui fit rendre ses habits; et, Thècle ayant appris que Paul était à Myre en Lycie, elle s'habilla en homme pour l'aller rejoindre. Paul la renvoya ensuite à Icone, où elle apprit la mort de Thamyris; et, n'ayant pu convertir sa mère, signant tout son corps, elle prit le chemin de Daphné; et, étant entrée dans le monument où elle avait trouvé Paul avec Onésiphore, elle se prosterna et y pleura devant Dieu. Ensuite, étant allée à Séleucie, elle en éclaira plusieurs de la parole du Christ, et elle y reposa en bonne paix. Voilà le précis exact des Actes de Thècle et de Paul apôtre. Tertullien, le plus ancien des Pères latins, assure(130) que ce fut un prêtre d'Asie qui composa cet écrit par amour pour Paul. Saint Cyprien d'Antioche(131) fait mention de l'histoire de Thècle; Basile de Séleucie la mit en vers, au rapport de Photius; et saint Augustin(132), en remarquant que les manichéens s'autorisaient de l'exemple de Thècle, ne traite point son histoire de fable, quoiqu'il qualifie de ce nom d'autres écrits apocryphes. Enfin trois autres disciples écrivirent chacun une Relation de la mort de Pierre et de Paul. On traduira, à la fin de ce recueil, celle de Marcel, et les notes indiqueront en quoi elles diffèrent de celles d'Abdias et d'Hégésippe. Nous allons commencer par la notice de cinquante Évangiles dont nous avons parlé. A l'article de l'Évangile selon les Égyptiens, nombre i de la liste alphabétique de Fabricius, et nombre xi de la nôtre(133), ce judicieux écrivain observe que saint Clément Romain ne nomme ni la personne qui interrogeait le Seigneur, ni l'Évangile d'où il a tiré ces paroles que nous rapportons de lui(134). « Le Seigneur étant interrogé par une certaine personne, quand son règne devait arriver, lui dit: Lorsque deux seront un, et ce qui est dehors sera comme ce qui est dedans, et que le mâle avec la femelle ne seront ni mâle ni femelle. » Au lieu que saint Clément d'Alexandrie(135) nomme l'Évangile selon les Égyptiens, dans lequel cette question est faite par Salomé; et la réponse du Seigneur commence ainsi: « Lorsque vous foulerez aux pieds l'habillement de la pudeur, et lorsque deux seront un, etc. » Ainsi la citation dans saint Clément Romain n'est pas exacte. Il en est de même d'une autre qui se lit dans l'Épître de saint Ignace aux Smyrnéens(136). « Et lorsque le Seigneur vint à ceux qui étaient autour de Pierre, il leur dit: Tenez-moi et me touchez et voyez que je ne suis pas un démon incorporel. Et aussitôt ils le touchèrent, et ils crurent, étant convaincus par sa chair et par l'esprit. » Eusèbe(137) avoue qu'il ne sait point où le martyr d'Antioche a puisé ce passage; mais saint Jérôme(138) le reconnaît pour être d'un Évangile qu'il avait traduit depuis peu, et le rapporte avec quelques différences. « Et lorsqu'il vint à Pierre et à ceux qui étaient avec Pierre, il leur dit: Voilà, touchez-moi, et voyez que je ne suis pas un démon incorporel; et aussitôt ils le touchèrent et ils crurent. » Il cite ailleurs(139) ces dernières paroles comme étant de l'Évangile des Hébreux, dont se servent les nazaréens. Cette citation de saint Ignace n'est pas plus exacte que celle de saint Clément Romain. Non seulement on peut conclure de là que les Évangiles apocryphes ont été cités par les Pères apostoliques, mais en même temps résoudre une grande difficulté touchant les quatre Évangiles authentiques. C'est que, comme il est incontestable que les noms de saint Matthieu, de saint Marc, de saint Luc, et de saint Jean, ne se trouvent dans aucun des Pères apostoliques avant saint Justin, on en infère que leurs Évangiles n'existaient pas, et que les seuls apocryphes avaient cours dans ces premiers temps. Mais si l'on pose en fait que les Pères apostoliques ont cité peu exactement les Évangiles authentiques, et les apocryphes, sans en nommer aucun, rien n'empêche de dire que saint Matthieu et saint Luc sont cités dans ce passage de saint Clément Romain(140): « Car le Seigneur dit: Vous serez comme des agneaux au milieu des loups; mais Pierre, répondant, dit: Si donc les loups mettent les agneaux en pièces? Jésus dit à Pierre: Que les agneaux ne craignent pas les loups après votre mort; et vous, ne craignez pas ceux qui vous tuent, et ensuite ne peuvent rien vous faire; mais craignez celui qui, après que vous serez morts, a la puissance de l'âme et du corps, et les peut envoyer dans la géhenne. » En effet, on lit dans saint Matthieu(141): « Voilà, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups(142). Ne craignez point ceux qui tuent le corps et ne peuvent tuer l'âme; mais plutôt craignez celui qui peut perdre et l'âme et le corps dans la géhenne. » On trouve aussi dans saint Luc(143): « Allez, voilà je vous envoie comme des agneaux entre des loups(144). Or je vous dis, à vous qui êtes mes amis: N'ayez point peur de ceux qui tuent le corps, et après cela n'ont plus rien à faire davantage; mais je vous montrerai qui il faut que vous craigniez. Craignez celui qui, après qu'il aura tué, a la puissance d'envoyer dans la géhenne; oui, je vous dis, craignez celui-là. » Malgré la ressemblance de ces textes, on insiste sur ce que l'Évangile de saint Matthieu parle de Zacharie, fils de Barachie, qui ne fut tué, suivant Josèphe(145), que pendant la guerre des Juifs contre les Romains. Donc, ajoute-t-on, l'Évangile de saint Matthieu fut écrit après cette guerre, qui y paraît prédite(146). Cette allégation spécieuse semble porter à faux dès que l'Évangile des nazaréens(147) nous apprend que le Zacharie dont parle saint Matthieu était fils de Joïada. Sans nous étendre davantage sur l'utilité des Évangiles apocryphes, voyons en peu de mots ce que l'on connaît de ces anciens écrits(148). Cet Évangile n'est connu que par le décret du pape Gélase, dont on a parlé dans l'avant-propos. Outre saint Jérôme cité dans l'avant-propos, Bède(149) fait mention de cet Évangile, dont saint Épiphane(150) a conservé ce passage: « Le Christ a dit dans l'Évangile: Soyez d'honnêtes banquiers; servez-vous de toutes choses, en choisissant de chaque écriture ce qui vous sera utile. » Saint Jérôme, Origène(151), saint Ambroise(152), et Théophilacte(153), en ont parlé. Il est compris dans le décret de Gélase. Son nom se trouve dans le décret de Gélase, dans saint Jérôme, et dans Bède. On ne connaît de cet Évangile que le nom cité par saint Jérôme, Origène, et saint Ambroise. Saint Épiphane(154) pense que cet Évangile est un de ceux dont parle saint Luc en commençant le sien. Il avait insinué auparavant(155) que Cérinthe se servait de l'Évangile de saint Matthieu. VIII. - HISTOIRE DE LA FAMILLE DU CHRIST, TROUVÉE SOUS L'EMPEREUR JUSTINIEN. Cette histoire, qui se trouve dans Suidas, le fit mettre par le pape Paul IV au nombre des livres défendus, au rapport de Possevin, qui parle aussi, dans son Apparat(156),de la réfutation qu'Hentenius en publia à Paris, l'an 1547, à la fin du commentaire d'Euthymius Zigabenus sur les quatre évangélistes, qu'il avait traduits en latin. Jules Africain, dans sa lettre à Aristide(157), rapporte qu'Hérode, honteux de son origine ignoble(158), fit brûler tous les monuments des anciennes familles d'Israël; mais qu'un petit nombre, jaloux de l'antiquité de leur noblesse, suppléèrent à cette perte en se faisant une nouvelle généalogie, soit de mémoire, soit en s'aidant des titres particuliers qui leur restaient. De ce nombre étaient ceux qu'on appela desposynoi en grec, parce qu'ils étaient proches parents du Sauveur. Saint Épiphane(159) dit qu'ils avaient altéré et tronqué l'Évangile de saint Matthieu, qu'ils commençaient ainsi: « Sous le règne d'Hérode, roi de Judée, Jean, fils de Zacharie et d'Élisabeth, que l'on disait être de la race du prêtre Aaron, vint baptiser dans le fleuve du Jourdain, du baptême de la pénitence, et tout le monde allait à lui. Le peuple ayant été baptisé, Jésus y vint aussi, et fut baptisé par Jean. Et lorsqu'il fut sorti de l'eau, les cieux s'ouvrirent, et il vit le Saint-Esprit de Dieu qui descendait sous la forme d'une colombe, et qui entrait en lui. Et une voix éclata du ciel, disant: Vous êtes mon fils bien-aimé, je me suis complu en vous. Et ensuite: Je vous ai engendré aujourd'hui; et aussitôt dans ce même lieu brilla une grande lumière(160). Ce que Jean ayant vu, lui dit: Qui êtes-vous, Seigneur? La voix reprit du ciel: Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui je me suis complu. A ces mots Jean, se jetant à ses pieds: Seigneur, dit-il, baptisez-moi, je vous prie; mais lui l'en empêchait, disant: Laissez, il est à propos que nous accomplissions ainsi toutes choses. » Ailleurs(161) les ébionites font dire à Jésus: « Je suis venu pour abroger les sacrifices; et, si vous ne cessez de sacrifier, la colère de Dieu contre vous ne cessera pas. » Ensuite(162): « Ai-je désiré de manger la chair, cette pâque avec vous? » Paroles que Luc(163) rapporte sans interrogation et sans parler de la chair. Enfin(164), outre l'Évangile sous le nom de Matthieu, les mêmes ébionites paraissent en avoir supposé sous celui de Jacques et des autres disciples. Saint Jérôme fait mention de cet Évangile, et saint Épiphane(165) dit que les sabelliens y puisaient leur erreur; comme si le Sauveur y déclarait à ses disciples que le Père, et le Fils, et le Saint-Esprit, sont le même. Saint Clément Romain(166) et saint Clément d'Alexandrie en citent ces paroles: « Le Seigneur étant interrogé par une certaine(167) Salomé, quand son règne devait venir, lui dit(168): Lorsque vous foulerez aux pieds l'habillement de la pudeur, et lorsque deux seront un, et ce qui est dehors sera comme ce qui est dedans, et que le mâle avec la femelle ne seront ni mâle ni femelle(169). Salomé demandant: Jusqu'à quand les hommes mourront-ils? le Seigneur dit: Tant que vous autres femmes enfanterez. Et lorsqu'elle eut dit: J'ai donc bien fait, moi qui n'ai point enfanté; le Seigneur répliqua: Nourrissez-vous de toute herbe, mais ne vous nourrissez pas de celle qui a de l'amertume(170). » Enfin on rapporte que le Sauveur avait dit: « Je suis venu pour détruire les ouvrages de la femme; c'est-à-dire de la femme de la cupidité: or ses ouvrages sont la génération et la mort. » Saint Épiphane(171) pense que l'Évangile dont se servaient les encratites était celui que Tatien avait composé en fondant ensemble les quatre Évangiles canoniques; mais il paraît se tromper lorsqu'il dit que quelques-uns l'appelaient selon les Hébreux: en effet saint Jérôme, qui traduisit ce dernier en grec et en latin, ne dit nulle part qu'il ait vu celui de Tatien, dont se servaient non seulement ses disciples, mais encore les autres catholiques qui habitaient en Syrie sur les bords de l'Euphrate, comme l'atteste Théodoret(172). Gélase déclare apocryphes les livres de l'enfance du Sauveur. On donnera en français le fragment(173) de celui que Cotelier a traduit du grec en latin, et ensuite un autre complet que Sike de Brème a mis en latin d'après l'arabe. Le savant M. Sinner parle d'un autre manuscrit, n° 377 de la Bibliothèque de Berne, dans lequel l'arrivée des mages à Jérusalem est rapportée deux ans après la naissance de Jésus. Il ajoute au voyage de Marie et de Joseph en Égypte que, « le troisième jour de leur départ, Marie dans le désert se trouva fatiguée de la trop grande chaleur du soleil; et, voyant un palmier, elle dit à Joseph: Reposons-nous un peu sous son ombre. Et Joseph, se hâtant, la conduisit vers le palmier, et la fit descendre de sa monture. Et lorsque Marie fut assise, regardant les branches du palmier, et les voyant chargées de fruits, elle dit à Joseph: J'ai envie, si cela se pouvait, de manger du fruit de ce palmier. Alors Joseph lui dit: Je suis surpris que vous me disiez cela, puisque vous voyez quelle hauteur ont les rameaux de ce palmier. Pour moi, je suis très en peine où nous prendrons de l'eau pour remplir nos outres, qui sont déjà vides, et pour nous ranimer. Alors le petit enfant Jésus, d'un air joyeux dans le sein de la vierge Marie sa mère, dit au palmier: Arbre recourbez-vous, et rafraîchissez ma mère de vos fruits. Aussitôt à cette parole il inclina son sommet jusqu'aux pieds de Marie et cueillant tous les fruits qu'il avait, ils se rafraîchirent. Or après que tous les fruits furent cueillis, il demeurait incliné attendant, pour se relever, l'ordre de celui qui l'avait fait baisser Alors, Jésus lui dit: Palmier, dressez-vous, et vous affermissez, et soyez comme les arbres qui sont dans le paradis de monseigneur et de mon père. Ouvrez aussi de vos racines la veine qui est caché en terre: il en coulera des eaux pour nous désaltérer. Aussitôt le palmier se dressa, et des sources d'eaux très claires et très douces commencèrent à sortir par ses racines. Comme il est fait mention de l'Évangile éternel, dans l'Apocalypse(174), les frères mendiants, vers le milieu du xiiie siècle, en composèrent un par lequel l'Évangile du Christ devait être abrogé. Cet ouvrage fut condamné par le pape Alexandre IV à être brûlé, mais en secret, pour ne pas scandaliser les frères(175). On lisait dans cet Évangile(176): J'étais arrêté sur une haute montagne, lorsque je vois un homme d'une haute taille et un autre fort court. Ensuite j'entends une voix comme celle du tonnerre. Je m'approche donc de plus près pour écouter, alors il me parla de cette manière: Je suis le même que vous, et vous êtes le même que moi; et en quelque endroit que vous soyez, j'y suis, et je suis dispersé par toutes choses. Et de quelque endroit que vous voudrez, vous me cueillez. Or en me cueillant, vous vous cueillez vous-même. » Ensuite(177): « Je vis un arbre portant douze fruits chaque année, et il me dit: C'est là le bois de vie. » Saint Épiphane, qui rapporte ces deux passages, dit que les gnostiques interprétaient ce dernier des règles des femmes. Les gnostiques(178), outre certaines Interrogations de Marie, avaient aussi d'autres Évangiles sous le nom des disciples. Bède(179) remarque que l'Évangile selon les Hébreux ne doit pas être compris parmi les apocryphes, mais parmi les histoires ecclésiastiques, d'autant que saint Jérôme, interprète de l'Écriture sainte, en a pris nombre de témoignages. Ils sont compris dans le décret de Gélase; quoique Usserius(180) pense qu'Hesychius, Égyptien, de même que Lucianus, martyr, avaient plutôt entrepris de corriger les livres saints que de les falsifier. Saint Jérôme aussi(181) les cite l'un et l'autre, en rendant compte au pape Damase des tracasseries qu'il avait lui-même à essuyer en pareille conjoncture. Le décret de Gélase en fait mention. Postel l'a traduit de grec en latin, et on le donne en français(182). Un Évangile de Jacques le Majeur, trouvé en Espagne, l'an 1595(183), fut condamné par Innocent XI, l'an 1682(184). Enfin Cotelier(185) et Labbe(186) parlent d'un Évangile manuscrit qui est à la Bibliothèque du roi de France, n° 2276, dont voici le titre: « Commence l'histoire de Joachim et d'Anne, et de la nativité de la bienheureuse mère de Dieu, Marie toujours vierge, et de l'Enfance du Sauveur. Moi, Jacques, fils de Joseph, etc. » Il est nommé dans le décret de Gélase. Quelques manuscrits grecs l'attribuent à Jacques(187). Cet Évangile n'est connu que par ce qu'en disent saint Irénée(188), saint Épiphane(189), et Théodoret(190). On ne le connaît que par le décret de Gélase. Il est nommé Lenticius, Lentius, Léontius, Lucius, Leicius, Seleucus, dans le décret de Gélase, et saint Augustin(191) l'appelle d'abord Leontius, et ensuite deux fois Leucius. Grabe(192) parle d'un manuscrit de cet Évangile, qu'il a vu dans la bibliothèque d'Oxford, et le passage qu'il en rapporte se trouve aussi article xlix de l'Évangile de l'Enfance. Il s'agit d'un maître d'école qui mourut pour avoir frappé Jésus. Voyez ce qu'on en dit n° xviii, article d'Hesychius(193). Le 1er est l'Évangile de Thomas, apôtre, mentionné dans le décret de Gélase, dans l'Histoire des manichéens, de Pierre de Sicile(194), et dans Leontius(195). Ce dernier y joint l'Évangile de Philippe. Le 2e est l'Évangile vivant dont parlent Photius(196), Cyrille de Jérusalem(197), et saint Épiphane(198). Il est nommé le premier avant ceux de Thomas et de Philippe, par Timothée, prêtre de Constantinople(199), ou du moins par celui qui a interpolé tout ce passage qui manque dans quelques éditions et dans quelques manuscrits. Le 3e enfin, réfuté par Diodore(200), fut écrit, au rapport de Photius(201), par Ada, qui le nomma Modion, en faisant allusion au boisseau dont parle saint Marc(202), sous lequel on ne met pas la lumière. Meursius(203) se trompe en disant que ce dernier est le même que l'Évangile de Thomas. Tollius(204) et Cotelier(205) nomment expressément l'écrit d'Ada avec l'Évangile vivant et celui de Thomas, sans parler de celui de Philippe. Le nom d'Ada se trouve aussi dans l'Évangile de Nicodème, article xiv. C'était l'Évangile de saint Luc que Marcion prétendait avoir été écrit par saint Paul, à ce que disent saint Irénée(206), Origène(207), Tertullien(208) et saint Épiphane(209). XXIX, XXX, XXXI. - TROIS LIVRES DE LA NAISSANCE DE SAINTE MARIE. Saint Épiphane(210), saint Grégoire de Nysse(211) et saint Augustin(212) parlent des deux premiers. On donnera le troisième en français, d'après la traduction latine que saint Jérôme en a faite sur l'hébreu attribué à saint Matthieu(213). Ce livre, compris dans le décret de Gélase, est réfuté par saint Jérôme(214). XXXIII, XXXIV. - INTERROGATIONS DE MARIE, GRANDES ET PETITES. Saint Épiphane(215) est le seul qui fasse mention de ces deux livres dont se servaient les gnostiques. C'est le même dont a parlé sous le nom de saint Jean, n° xx. XXXVI.
- ÉVANGILE HÉBREU DE SAINT MATTHIEU
Saint Jérôme(216) dit que le Zacharie tué entre le temple et l'autel y est appelé fils de Joïada comme dans les Paralipomènes(217), au lieu de fils de Barachie comme dans saint Matthieu. Eusèbe(218), d'après Papias, croit que cet Évangile est le même que celui selon les Hébreux, n° xvii, parce que l'histoire d'une femme qui fut accusée de plusieurs crimes devant le Seigneur est rapportée dans l'un et dans l'autre. Son nom se trouve dans le décret de Gélase, dans saint Jérôme, Origène(219), Eusèbe(220), Bède(221), et saint Ambroise(222). On lit au commencement de quelques manuscrits et à la fin de quelques autres que « l'empereur Théodose trouva dans les archives publiques, dans le prétoire de Ponce Pilate à Jérusalem, cet Évangile écrit en hébreu par Nicodème, la dix-neuvième année de l'empereur Tibère César, le 8 des calendes d'avril, qui est le 23 mars, sous le consulat de Rufus et de Léon, la quatrième année de la deux cent deuxième olympiade, Joseph et Caïphas étant princes des prêtres. » Au reste, quoique cet Évangile soit le seul qui parle du péché originel(223), et de la descente de Jésus aux enfers, il ne faut pas croire que saint Augustin y ait puisé ce qu'il en dit dans une de ses lettres(224). Ce Père nous apprend lui-même(225) qu'il avait su, par révélation, le mystère de la grâce. Un semblable secours suffisait pour expliquer tous les dogmes qui ne sont pas assez clairement énoncés dans l'Écriture authentique. Saint Jérôme(226) entend ces mots des épîtres de Paul(227):Selon mon Évangile, de l'Évangile prêché par cet apôtre, et écrit par son disciple saint Luc. Voyez n° xxviii, l'article de Marcion. On ne le connaît que par ce qu'en dit saint Épiphane(228). Clément d'Alexandrie(229) fait aussi mention d'un ouvrage de Tatien, sous le titre de la Perfection selon le Sauveur. Il est parlé d'un Évangile parfait dans celui de l'enfance du Christ(230). Saint Épiphane(231), Timothée, prêtre de Constantinople(232), et Léontius(233), parlent d'un Évangile de Philippe; mais on ignore si c'est du même livre qu'il est tiré, et si on l'attribuait à l'apôtre de ce nom, ou bien à l'un des sept diacres nommé Philippe(234). Le décret de Gélase, Origène(235), Eusèbe de Césarée(236), et d'autres, font mention d'un Évangile de Pierre comme supposé, et très différent de celui de Marc son disciple, qu'on attribuait aussi à Pierre, suivant saint Jérôme(237) et Tertullien(238). On ne le connaît que par le décret de Gélase. Il en est parlé dans les Constitutions des apôtres(239), et dans la préface arabique du concile de Nicée(240). On n'en sait que le nom, qui se trouve dans Eusèbe(241) et saint Jérôme(242). Fabricius cite aussi(243) une ancienne version syrienne de l'Évangile de Nicodème. C'est le même que celui des encratites, n° xii. Il en est parlé dans le décret de Gélase et dans Eusèbe(244). C'est le premier des manichéens, n° xxv. Son nom se trouve avec celui de Mathias dans les auteurs cités n° xxxvii. Voyez ce qu'en dit saint Irénée, cité dans la préface. C'est le second Évangile des manichéens, n° xxvi. * * * * * * Voici maintenant l'Évangile
de la naissance de Marie, dont nous avons parlé,
n° xxxi de la notice alphabétique.
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