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| Index Voltaire | Commande CDROM | Mélanges IV (1763-1766) | DOUTES NOUVEAUX SUR LE TESTAMENT
Notice de Beuchot: François-Louis-Claude Marin, né à la Ciotat en 1721, mort à Paris en 1809, à qui Voltaire adressa quelques lettres, fit paraître, en septembre 1764, une nouvelle édition du Testament politique de Richelieu, sous le titre de Maximes d’État, ou Testament politique, etc., en deux parties in-8°. Il combattait dans la Préface les sentiments de Voltaire sur cet écrit (voyez au tome précédent). On publia en même temps une nouvelle édition très augmentée de la Lettre de Foncemagne sur le Testament politique du cardinal de Richelieu, in-8° de ij et 153 pages. Voltaire n’avait cessé de reproduire dans divers ouvrages son opinion sur le Testament politique, et les nouvelles objections de Voltaire étaient réfutées dans la Lettre de Foncemagne. Voltaire alors écrivit les Doutes nouveaux, qu’il a datés lui-même d’octobre 1764. La Lettreécrite depuis l’impression des Doutes, qui est à la suite, fait partie de la première édition; tellement même qu’une réclame typographique en indique l’existence. Il eût donc été plus exact de dire que cette Lettre avait été écrite pendant l’impression. La publication des Doutes nouveaux eut lieu en novembre 1764; mais, selon l’usage établi dans la librairie de dater de l’année suivante les impressions faites dans les derniers mois de l’année, le frontispice porte 1765. Mercier de Saint-Léger est auteur de la Lettre de M*** aux auteurs des Mémoires pour l’histoire des sciences et des beaux-arts, touchant les nouveaux écrits sur le véritable auteur du Testament politique du cardinal de Richelieu; 1765, in-8° de 24 pages; voyez, dans le présent volume, l’Arbitrage. (B.)
DOUTES NOUVEAUX ... Lorsque M. de Foncemagne, en 1750, écrivit pour soutenir l’authenticité du Testament politique, voici ce qu’on lui répondit, et ce qui ne fut pas imprimé parce que l’auteur de cette réponse voyagea hors de sa patrie: « Un académicien connu de ses amis par la douceur de ses moeurs, et du public par ses lumières, a écrit contre mon sentiment. « Son ouvrage est plein de cette sagesse et de cette politesse que son titre annonce. Tout homme doit se défier de son opinion, lorsqu’il est repris par un tel critique. « Mon illustre adversaire emploie toute la sagacité de son esprit à prouver que ce Testament politique, attribué au cardinal de Richelieu, est en effet de ce grand ministre. On voit (ce qui est assez commun) qu’il tâche de croire, et qu’il doute. Il a trop d’esprit et trop de raison pour ne pas apercevoir les contradictions, les erreurs, les anachronismes dont ce livre est rempli: il sait sans doute mieux que moi que les grands hommes ne disent jamais d’inepties. Voilà pourquoi il avoue, après s’être tourné de tous les côtés, que le cardinal de Richelieu n’a dicté ni écrit tout l’ouvrage, et qu’il en a confié la rédaction à des ouvriers subalternes. Je n’en veux pas davantage. Avouer qu’un testament politique, destiné par un premier ministre à un roi, un ouvrage qui devait être si secret, est cependant de plusieurs mains, c’est avouer qu’il n’est pas du premier ministre. « Si j’avais l’honneur d’entretenir ce sage adversaire qui sait douter, je lui dirais: Avouez qu’au fond vous ne croyez pas qu’il y ait un mot du cardinal dans ce testament; pensez-vous de bonne foi que le chevalier Walpole se fût avisé d’écrire un catéchisme de politique pour le roi George Ier? L’idée seule vous en paraît ridicule. Examinez la situation où était le cardinal de Richelieu avec Louis XIII, et vous conviendrez peut-être que la seule pensée de faire un pareil livre pour l’usage de ce monarque était cent fois plus déplacée. Songez que Louis XIII, toujours malade, était menacé d’une mort prochaine; songez que le cardinal de Richelieu pensait à faire exclure de la régence le frère unique du roi; songez au caractère d’un ambitieux, et voyez s’il est dans son coeur de s’occuper de principes d’éducation, de parler des vitres de la Sainte-Chapelle de Paris, des trois sentences requises pour punir les clercs; d’intituler un chapitre Du règne de Dieu, de recommander la chasteté, et à qui? à un monarque infirme, âgé de quarante ans, auquel on espère survivre car, en 1639, et au commencement de 1640, le cardinal de Richelieu se portait bien encore, et vous savez jusqu’où il poussa ses espérances. « Je ne veux que cette seule raison. Le Testament
fût-il aussi bien fait qu’il l’est mal; fût-il en effet (ce
qu’il n’est point du tout) un vrai testament politique; fût-il un
développement sage et profond de la conduite que Louis XIII devait
tenir avec toutes les puissances de l’Europe, avec ses alliés et
ses ennemis, dans la crise la plus violente, avec sa femme, avec son frère,
avec les princes de son sang, et ses généraux, et ses ministres;
en un mot, l’ouvrage fût-il digne du cardinal de Richelieu, j’oserais
croire encore qu’il n’en est point l’auteur. Je vous dirais qu’il n’est
pas dans la vraisemblance qu’Agrippa fasse un tel testament politique pour
Auguste, ni Séjan pour Tibère, ni La Trimouille pour Charles
VII, ni George d’Amboise pour Louis XII, ni Wolsey pour Henri VIII, ni
Buckingham pour Jacques Ier, ni Olivarès pour Philippe IV, ni enfin
Richelieu pour Louis XIII. Un ministre dit à son maître de
vive voix tout ce qu’il croit important, et surtout il ne fait point de
testament pour lui dire des choses vagues, inutiles et fausses.
Ces sortes de livres sont d’ordinaire le partage des politiques oisifs. Quand le duc de Sully, dans sa retraite, fit composer ses Mémoires par ses secrétaires, il ne donna point de leçons d’enfant à Louis XIII. « Vous avez beau employer toutes les ressources de votre esprit, vous avez beau recueillir quelques maximes éparses dans le Testament politique pour tâcher de les faire regarder comme des émanations de l’âme du cardinal de Richelieu. « Eh, monsieur, vous savez mieux que moi que Balzac, Sirmond, Chapelain, Silhon, Sérisy, en ont débité dix fois davantage. Depuis quand les lieux communs sont-ils un si grand mérite? Ne trouve-t-on pas des maximes partout? J’ouvre le prétendu Testament de Louvois, dont Courtilz est l’auteur; j’y vois: « L’exemple tient très souvent lieu de raison. Il est de la prudence de faire place au torrent, il perd sa rapidité dans sa course. Qui veut s’élever trop haut attire l’envie de ses égaux et la haine de ses supérieurs. » Il y en a cent de cette espèce. On en trouve dans le Testament ridicule du cardinal Albéroni(83), et dans celui du maréchal de Belle-Isle. Je suppose que quelques-unes des maximes et des anecdotes qui sont dans le livre attribué au cardinal aient été en effet recueillies dans sa bouche, s’ensuivra-t-il qu’on doive lui attribuer l’ouvrage? Faut-il d’ailleurs de si grands efforts de génie pour rappeler quelques petites anecdotes, quelques circonstances de la vie privée d’un prince, d’un ministre, et pour savoir les appliquer? N’est-ce pas un artifice commun, pratiqué non seulement par tous ceux qui se sont avisés de forger des Testaments politiques, mais par les auteurs de tous les faux mémoires dont nous sommes inondés? « Vous avez déterré, comme moi, un misérable manuscrit plein d’antithèses et d’hyperboles, digne du pédant Granger, intitulé Testamentum politicum. Il paraît que cette rapsodie pouvait annoncer à toute force un ouvrage plus étendu; et de là vous inférez que le cardinal de Richelieu pourrait bien avoir part à cet ouvrage plus étendu, et que c’est son testament politique! A quoi est-on réduit en tout genre quand on veut prouver ce qui est improbable Nous pouvons, monsieur, mettre au rang des mensonges imprimés le petit traité du capucin Joseph, De l’Unité du ministre, présenté à Louis XIII(84). « De bonne foi pensez-vous qu’un capucin ait donné un mémoire au roi, par lequel il lui enseignait qu’il fallait qu’un roi « crût en tout son premier ministre, qu’il ne crût rien contre son premier ministre, qu’il révélât à son premier ministre tout ce qu’on lui dirait contre lui, qu’il comblât d’honneurs et de biens son premier ministre, qu’il donnât une autorité sans bornes à son premier ministre »? Est-il bien vraisemblable qu’un grand homme se soit servi, auprès d’un maître très défiant, d’un artifice si grossier? Si un capucin, ami de votre maître-d’hôtel, venait vous présenter un pareil mémoire, vous renverriez le capucin dans son couvent, et vous pourriez bien vous défaire de votre maître-d’hôtel. « Souffrez qu’après avoir fait avec vous ces petites réflexions, et avoir jusqu’ici écrit en critique sur cette matière, j’ose vous parler à présent en citoyen. « Parmi les maximes très triviales dont le Testament politique est plein, il y en a de fort dures. Parmi les conseils qu’on ose y donner, il y en a de bien violents. L’auteur du Testament a cru qu’en faisant parler le cardinal de Richelieu, il fallait le faire parler en homme d’une sévérité outrée, comme Corneille, en mettant les anciens Romains sur le théâtre, leur a donné quelquefois plus d’orgueil et de férocité qu’ils n’en avaient, ou plutôt comme un domestique parle souvent avec fierté au nom de son maître. « Mais, monsieur, quel service rendrait-on aux hommes en voulant mettre sous le nom d’un prêtre, d’un évêque, d’un grand ministre, des maximes impitoyables? Nous vivons sous un roi doux, bienfaisant, indulgent; mais il se peut faire que dans la suite des siècles la nation ait des souverains moins remplis d’humanité. Ne seront-ils pas encouragés à la dureté, à l’abus de la suprême puissance, quand ils croiront que le plus grand ministre de l’Europe a conseillé à son maître de ne point pardonner, de dépouiller tous les magistrats qui consument leur vie à étudier et à maintenir les lois, qui exercent une des plus nobles fonctions de la royauté, et qui n’ont d’autre récompense de leurs travaux que leurs travaux mêmes; de les dépouiller, dis-je, de leurs droits et de leurs privilèges; enfin de faire payer la taille aux parlements, aux chambres des comptes, au grand conseil, etc.; et d’enrôler la noblesse comme des paysans? Ces deux propositions, aussi tyranniques qu’extravagantes, n’auraient-elles pas dû suffire pour dessiller les yeux? « Non seulement je vous soumets, monsieur, toutes les raisons que j’ai alléguées, mais j’en appelle à toutes celles que votre bon esprit vous fournit; je réclame l’intérêt du genre humain. Remercions à jamais le juste, le modéré, l’élégant précepteur du duc de Bourgogne, d’avoir écrit le Télémaque, et souhaitons que le cardinal de Richelieu n’ait point écrit ce testament. « Vous avez un coeur digne de votre génie: que l’un et l’autre s’unissent pour daigner m’éclairer si je me trompe. » M. de Foncemagne a travaillé depuis à m’éclairer; il a cherché partout des copies du Testament politique; il a fait réimprimer ce célèbre ouvrage, et l’a rendu encore plus célèbre par ses remarques(85). Je prends la liberté de lui demander de nouvelles instructions, et j’entre en matière.
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