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| Index Voltaire | Commande CDROM | Mélanges IV (1763-1766) | MÉMOIRE POUR OLYMPIE
Notice de Moland: Ce Mémoire, édité par MM. de Cayrol et François, Lettres inédites de Voltaire (1856), tome II, page 601, est de 1764. « Cette discussion, disent les éditeurs, qui renferme d’ailleurs d’excellents principes dramatiques, n’a pas paru sans intérêt. On y voit le travail intérieur du cabinet de l’écrivain, comment il composait et corrigeait, ainsi que le jugement et la franchise de ses critiques familiers. On remarquera, par exemple, avec quelle force de conviction et quelle liberté de paroles, malgré l’autorité de tant de succès, ils condamnent d’avance les scènes froides et la poésie débile d’Olympie. » (M.). — La tragédie d’Olympie est, dans la présente édition, au tome 2 du Théâtre. MÉMOIRE... 1° Si on retranche quelque chose au quatrième acte, qui est beaucoup trop court, il ne lui restera presque rien. 2° Quand on a averti Cassandre en présence d’Olympie qu’Antigone est entré en armes, quand Cassandre est sorti pour le combattre, il faut absolument qu’Olympie apprenne à la fin de cet acte ce qui est arrivé, parce que le lieu du combat est trop près pour qu’elle n’en ait pas des nouvelles, parce que le spectateur en attend, parce que tout presse, parce qu’il est ridicule, dans une telle situation, de finir un acte par un monologue sur l’amour. Si elle quitte le théâtre, où va-t-elle? Sort-elle pour aller voir les combattants? Cela serait absurde. Est-ce pour aller chez sa mère? Rien de plus plat. Ce serait un moyen sûr de n’avoir ni un quatrième acte, ni un cinquième. 3° Quand on lui apporte les nouvelles de ce combat, si on se contente de lui dire qu’on est aux mains, elle le savait déjà; la terreur n’augmente pas, et tout ce qui ne l’augmente pas la diminue. 4° L’hiérophante étant le seul homme qui peut lui parler, il serait ridicule qu’il s’écartât de Statira et des combattants pour n’apprendre rien de nouveau à Olympie. Il faut donc qu’il lui annonce une nouvelle, et que cette nouvelle soit plus frappante que tout ce qui s’est passé. 5° L’hiérophante ne peut se rendre auprès d’Olympie que dans le cas où Statira mourante le prie de lui amener sa fille, car il faut une raison terrible pour que ce grand prêtre quitte son poste. 6° Si Statira n’a pas arrêté la fureur des deux princes en se donnant à leurs yeux un coup de poignard, il n’y a aucune raison pour laquelle ces deux rivaux ne continuent pas de combattre, et la victoire de l’un ou de l’autre étant alors décidée, le vainqueur devient le maître absolu d’Olympie et du temple. Il n’y a plus de cinquième acte. Le vainqueur enlève Olympie: elle se tue, si elle veut; mais il n’y a plus de tragédie, parce qu’il n’y a plus de suspension. Si on porte au cinquième acte le combat des deux rivaux et la mort de Statira, il est impraticable, il est contre toute vraisemblance que dans l’instant même ces deux princes demandent sa fille en mariage. On n’a pas même le temps de préparer le bûcher de la mère; tout se ferait avec une précipitation ridicule et révoltante. Il faut absolument, entre le quatrième et le cinquième, entre la mort de Statira et la proposition du mariage, un intervalle qu’on peut supposer de quelques heures, sans quoi ce cinquième acte paraîtrait le comble de l’absurdité. Il est si odieux, si horrible de proposer un mariage à une fille dont la mère vient de se tuer dans l’instant même qu’on ne conçoit pas comment une telle idée peut se présenter. Les empressements des deux amants, le jour même de la mort de Statira, ont déjà quelque chose de si étrange que si le grand prêtre n’avait pas par ses discours diminué cette horreur, elle ne serait pas tolérable. Mais si, dans le moment même où l’on suppose qu’Olympie apprendrait la mort de sa mère, le grand prêtre lui parlait de songer à prendre un mari, cette proposition, alors si déplacée, serait sifflée de tout le monde. Mais il n’est pas contre la bienséance que ce grand prêtre, au quatrième acte, lui dise simplement ce que sa mère, qui n’est pas encore morte, lui recommande. 7° Il paraît donc d’une nécessité absolue que Statira meure à la fin du quatrième, et qu’Olympie ait le temps de prendre sa résolution entre le quatrième et le cinquième. 8° Cette résolution de se jeter dans le bûcher de sa mère ne peut être prise qu’avec un peu de temps; il faut au moins laisser celui des funérailles. Mais figurez-vous l’effet insupportable que ferait ici une action trop pressée: « Votre mère vient de se tuer dans le moment; épousez vite Cassandre ou Antigone. Nous allons brûler votre mère tout d’un temps. » En vérité, un tel arrangement épouvante. 9° On dira peut-être qu’on peut faire mourir Statira entre le quatrième et le cinquième, et c’est précisément ce que j’ai fait: elle se donne le coup de poignard au quatrième. Olympie, qui court à elle, la trouve encore vivante; elle meurt dans ses bras, elle lui recommande d’épouser Antigone. C’est cet ordre d’épouser Antigone qui fait le fondement du cinquième, et qui le rend vraisemblable. 10° Il ne faut pas croire que le spectacle d’Olympie en deuil, au milieu des prêtresses en habit blanc, soit une chose à négliger. Ceux qui ont vu jouer la pièce ont trouvé le contraste très attendrissant. 11° Pour envisager la chose de tous les sens, songez qu’au cinquième acte, ou bien l’on apprend la mort de Statira à sa fille, ou bien elle la sait déjà: si elle la sait, il n’y a rien à changer à la pièce, c’est ainsi que je l’ai faite; si on la lui apprend, reste-t-elle sur le théâtre, ou s’en va-t-elle? Si elle reste, quelle horreur! quel défaut de bienséance d’écouter ses deux amants! Si elle s’en va, quel prétexte aurait-elle de revenir? Qui occuperait le théâtre en son absence? Qui écouterait-on? Pourrait-elle quitter le corps de sa mère, dès qu’une fois elle serait près de ce corps? Reviendrait-elle chercher ses amants? Qu’aurait-elle à leur dire? Il faut que ses amants lui parlent malgré elle, mais non pas qu’elle vienne les chercher. Que conclure de tout cet examen? Qu’il faut se contenter de retravailler quelques vers qui ne sont pas assez bien faits, que le cinquième acte doit subsister tel qu’il est, et que, s’il fait à Paris la moitié seulement de l’effet qu’il a produit ailleurs, on ne doit pas être mécontent. SUR OLYMPIE. On ne saurait dissimuler que la mort extraordinaire, surnaturelle, de Statira ne choque également tout le monde. Il ne faut pas espérer qu’elle réussisse mieux au théâtre qu’à la lecture. Il est au contraire plus que probable que cette mort tuera la pièce, et que le cinquième acte ne produira point d’effet. Après avoir indiqué de nouveaux changements, l’habile et sincère critique termine ainsi: Dans ce plan, on ôte la défaut majeur de la mort bizarre de Statira. On rend Cassandre agissant, disons mieux, on le fait être ce qu’il doit être, et faire ce qu’il doit faire: car n’est-il pas inconcevable qu’un roi jeune, passionnément amoureux, qui a une armée, reste dans sa cellule à dire son chapelet pendant qu’il s’agit de tout pour lui; qu’il se laisse arrêter par une prétendue loi dont il doit se moquer; qu’il attende que son sort soit décidé par un prêtre qui le traite comme un enfant, et une jeune personne, qui à la vérité l’aime, mais qui dépend d’une mère impérieuse qui est son ennemie mortelle, et qui n’a que de trop fortes armes contre lui? Encore une fois, peut-on concevoir que, dans une situation aussi critique, il reste les mains dans ses poches à attendre ce qui en arrivera? Cette résignation est celle d’un novice (jésuite encore) qui n’ose penser que d’après son général, mais elle n’est pas celle d’un roi armé du plus respectable, du plus incontestable de tous les droits, de celui d’époux. — Mais Cassandre est fait ainsi: il a fait des expiations, il craint les dieux. — Oui, il a fait des expiations, mais quand? dans un temps où tout cela se rapportait à son amour, en était autant d’actes, innocentait, si on peut se servir de ce terme, sa passion à ses yeux enfin, quand rien de tout cela n’allait contre son but. D’ailleurs on nous a peint ce même Cassandre comme variable, tantôt craintif, tantôt téméraire, tantôt soumis, tantôt révolté; ainsi on ne peut pas dire qu’on le fait changer tout d’un coup de caractère. Au contraire, on justifie celui qu’on lui a donné, et assurément si ce caractère est tel, c’est bien le moment de la variation, celui de ne pas tenir compte de ces scrupules de religion qui l’intimidaient, ni de rien, quand on veut lui ôter sa femme, qu’il adore. Cela est dans la nature; le reste n’y est pas. Il résulte un autre avantage de ce plan qui est le plus grand, d’avoir un cinquième acte en action, en grands mouvements, au lieu d’un qui ne roule que sur les difficultés successives qu’on fait à cette Olympie, qui n’a pas trouvé le secret d’intéresser sur son projet de se faire religieuse et qui la menait au bûcher: acte froid, vide, et qui sera la pierre d’achoppement de la pièce. Au reste, on est bien éloigné de croire en avoir imaginé un où il n’y ait rien à dire: il faudrait qu’on fût devenu fou à enfermer: on l’est tout autant d’avoir voulu dicter les discours que doivent tenir les personnages. Mais quand on veut faire un plan, il faut bien imaginer les scènes; quand on parle des scènes, il faut bien dire à peu près sur quoi on croit qu’elles doivent rouler. Il n’y a peut-être dans tout cela rien qui vaille, à la bonne heure; mais si cela peut servir à faire entendre à M. de V... qu’il ne faut pas que Statira meure subitement, qu’il faut qu’Olympie intéresse et touche, qu’il faut surtout un cinquième acte plus étoffé, plus digne de terminer une belle pièce que celui qui existe, qu’il y entre ou n’y entre pas la moindre chose de tout ceci, on n’aura pas regret à sa peine. FRAGMENT D’OBSERVATIONS DE M. D’ARGENTAL SUR OLYMPIE ET RÉPONSES DE VOLTAIRE EN NOTES. Il y a dans le cinquième acte quelque chose qui manque, que nous sentons, et que nous ne pouvons pas définir, une certaine langueur qui le tuera, si vous n’y remédiez. Cela vient peut-être de ce que Cassandre n’y est pas assez vif et assez pressant, qu’il raisonne assez juste, mais qu’il ne sent point assez vivement. Nous n’aimons point par exemple qu’il dise: Elle (Statira) nous séparait, son trépas nous rejoint. C’est une idée malhonnête et choquante à présenter à Olympie dans ce terrible moment(70). Nous pensons qu’il faudrait refaire ce couplet de Cassandre. Nous vous avions parlé de quelques vers qui étaient à changer comme: Dans l’excès de vos maux, qui doivent nous toucher(71)! Nous toucher! Comme cela est faible pour des maux
excessifs!
Des maux où le ciel fit naître(72)! Voici une remarque du second acte:
Ce qui s’est passé n’est donc que des fiançailles et les désigne exactement, au lieu qu’il faut qu’ils soient mariés(73), et très mariés(74), et irrévocablement: aussi le sont-ils dans tout le cours de la pièce, puisqu’il n’y a que la qualité de meurtrier qu’on découvre à Cassandre qui peut rompre le mariage(75); et si cela n’était pas ainsi, point de pièce(76). FIN DU MÉMOIRE POUR OLYMPIE.
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