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NOTES
Note_1
La réunion du parlement d’Irlande et du
parlement d’Angleterre en un seul date de 1800. (B.)
Note_2
Voyez dans les Fragments sur l’histoire, l’Essai
sur les Dissensions des Églises de Pologne.
Note_3
Entre cet avertissement et le Traité
sur la Tolérance, qui suit, l’édition de Kehl contenait
une lettre à M. Chardon, maître de, requêtes, etc.,
sur l’affaire de Sirven, que d’après le conseil de feu Decroix,
l’un des éditeurs de Kehl, j’ai placé dans la Correspondance,
au mois de février 1768. (B.)
Note_4
Le 12 octobre 1761. (Note
de Voltaire.)
Note_5
On ne lui trouva, après le transport du
cadavre à l’hôtel de ville, qu’une petite égratignure
au bout du nez, et une petite tache sur la poitrine, causée par
quelque inadvertance dans le transport du corps. (Note
de Voltaire.)
Note_6
Voltaire donne le 10 mars pour date de cette procession
mais elle avait lieu le 17 mai, en mémoire de la victoire remportée
par les catholiques sur les protestants an mai 1562.
Note_7
Le curé de Saint-Étienne ne protesta
nullement, et disputa même le droit d’inhumation au curé de
Thaur, sur le territoire duquel se trouvait l’hôtel de ville.
Note_8
Lasalle.
Note_9
Laborde.
Note_10
Je ne connais que deux exemples de pères
accusés dans l’histoire d’avoir assassiné leurs fils pour
la religion:
Le premier est du père de sainte Barbara, que nous
nommons sainte Barbe. Il avait commandé deux fenêtres dans
sa salle de bains; Barbe, en son absence, en fit une troisième en
l’honneur de la sainte Trinité; elle fit, du bout du doigt, le
signe de la croix sur des colonnes de marbre, et ce signe se grava profondément
dans les colonnes. Son père, en colère, courut après
elle l’épée à la main; mais elle s’enfuit à
travers une montagne qui s’ouvrit pour elle. La père fit le tour
de la montagne, et rattrapa sa fille; on la fouetta toute nue, mais Dieu
la couvrit d’un nuage blanc; enfin son père lui trancha la tète.
Voilà ce que rapporte la Fleur des saints.
Le second exemple est le prince Herménégilde.
Il se révolta contre le roi son père, lui donna bataille
en 584, fut vaincu et tué par un officier: on en a fait un martyr,
parce que son père était arien. (Note
de Voltaire.)
Note_11
Un jacobin vint dans mon cachot, et me menaça
du même genre de mort si je n’abjurais pas: c’est ce que j’atteste
devant Dieu. 23 juillet 1762. Pierre Calas. (Note
de Voltaire.)
Note_12
Elle fut logée chez MM. Dufour et Mallet,
banquiers, puis accueillie par d’Argental et Damilaville.
Note_13
Mémoire à consulter, et Consultation
pour la dame Anne-Rose Cabibel, veuve Calas, et pour ses enfants, 23
août 1762.
Note_14
Mémoire pour Donat, Pierre et Louis
Calas.
Note_15
Mémoire pour dame Anne-Rose Cabibel,
veuve du sieur Jean Galas, L. et L.-D. Calas, leurs fils, et Anne-Rose
et Anne Calas, leurs filles, demandeurs en cassation d’un arrêt du
parlement de Toulouse, du 9 mars 1762.
Note_16
On les a contrefaits dans plusieurs villes, et
la dame Calas a perdu le fruit de cette générosité.
(Note de Voltaire.)
Note_17
Choiseul s’occupait alors à faire la paix
avec l’Angleterre.
Note_18
Dévot
vient du mot latin devotus.
Les devoti de l’ancienne Rome étaient ceux qui se dévouaient
pour le salut de la république: c’étaient les Curtius, les
Décius. (Note de Voltaire.)
Note_19
C’est-à-dire des conseillers du parlement.
Note_20
Ils renouvelaient le sentiment de Bérenger
sur l’Eucharistie; ils niaient qu’un corps pût être en cent
mille endroits différents, même par la toute-puissance divine;
ils niaient que les attributs pussent subsister sans sujet; ils croyaient
qu’il était absolument impossible que ce qui est pain et vin aux
yeux, au goût, à l’estomac, fût anéanti dans
le moment même qu’il existe; ils soutenaient toutes ces erreurs,
condamnées autrefois dans Bérenger. Ils se fondaient sur
plusieurs passages des premiers Pères de l’Église, et surtout
de saint Justin, qui dit expressément dans son dialogue contre Tryphon:
« L’oblation de la fine farine... est la figure de l’eucharistie
que Jésus-Christ nous ordonne de faire en mémoire de sa passion.
» (Page 119, Edit. Londinensis, 1719, in-8°.)
Ils rappelaient tout ce qu’on avait dit dans les premiers
siècles contre le culte des reliques; ils citaient ces paroles de
Vigilantius: « Est-il nécessaire que vous respectiez ou même
que vous adoriez une vile poussière? Les âmes des martyrs
animent-elles encore leurs cendres? Les coutumes des idolâtres se
sont introduites dans l’Église: on commence à allumer des
flambeaux en plein midi. Nous pouvons pendant notre vie prier les uns pour
les autres; mais après la mort, à quoi servent ces prières?
»
Mais ils ne disaient pas combien saint Jérôme
s’était élevé contre ces paroles de Vigilantius. Enfin
ils voulaient tout rappeler aux temps apostoliques, et ne voulaient pas
convenir que, l’Église s’étant étendue et fortifiée,
il avait fallu nécessairement étendre et fortifier sa discipline:
ils condamnaient les richesses, qui semblaient pourtant nécessaires
pour soutenir la majesté du culte. (Note
de Voltaire.)
Note_21
Le véridique et respectable président
de Thou parle ainsi de ces hommes si innocents et si infortunés:
« Homines esse qui trecentis circiter abhinc annis asperum et incultum
solum vectigale a dominis acceperint, quod improbo labore et assiduo cultu
frugum ferax et aptum pecori reddiderint; patientissimos eos laboris et
inediae, a litibus abhorrentes, erga egenos munificos, tributa principi
et sua jura dominis sedulo et summa fide pendere; Dei cultum assiduis precibus
et morum innocentia prae se ferre, caeterum raro divorum templa adire,
nisi si quando ad vicina suis finibus oppida mercandi aut negotiorum causa
divertant; que si quandoque pedem inferant, non Dei divorumque statuis
advolvi, nec cereos eis aut donaria ulla ponere; non sacerdotes ab eis
rogari ut pro se aut propinquorum manibus rem divinam faciant: non cruce
frontem insignire uti aliorum moris est; cum coelum intonat, non se lustrali
aqua aspergere, sed sublatis in coelum oculis Dei opem implorare; non religionis
ergo peregre proficisci, non per vias ante crucium simulacra caput aperire;
sacra alio ritu et populari lingua celebrare; non denique pontifici aut
episcopis honorem deferre, sed quosdam e suo numero delectos pro antistitibus
et doctoribus habere. Haec uti ad Franciscum relata VI id. feb., anni,
etc. » (Thuani,
Hist., lib. VI.)
Mme de Cental, à qui appartenait une partie des
terres ravagées, et sur lesquelles on ne voyait plus que les cadavres
de ses habitants, demanda justice au roi Henri II, qui la renvoya au parlement
de Paris. L’avocat général de Provence, nommé Guérin,
principal auteur des massacres, fut seul condamné à perdre
la tête. De Thou dit qu’il porta seul la peine des autres coupables,
quod
aulicorum favore destitueretur, parce qu’il n’avait pas d’amis à
la cour. (Note de Voltaire.)
Note_22
Ravaillac n’avait pas été feuillant.
Voyez les Recherches historiques de la présente édition
Note_23
François Gomar était un théologien
protestant; il soutint, contre Arminius son collègue, que Dieu a
destiné de toute éternité la plus grande partie des
hommes à être brûlés éternellement: ce
dogme infernal fut soutenu, comme il devait l’être, par la persécution.
Le grand pensionnaire Barneveldt, qui était du parti contraire à
Gomar, eut la tête tranchée à l’âge de soixante-douze
ans, le 13 mai 1619, « pour avoir contristé au possible l’Église
de Dieu ». (Note de Voltaire.)
Note_24
Un déclamateur, dans l’apologie de la révocation
de l’édit de Nantes, dit en parlant de l’Angleterre: « Une
fausse religion devait produire nécessairement de tels fruits; il
en restait un à mûrir, ces insulaires le recueillent, c’est
le mépris des nations. » Il faut avouer que l’auteur prend
bien mal son temps pour dire que les Anglais sont méprisables et
méprisés de toute la terre. Ce n’est pas, ce me semble, lorsqu’une
nation signale sa bravoure et sa générosité, lorsqu’elle
est victorieuse dans les quatre parties du monde, qu’on est bien reçu
à dire qu’elle est méprisable et méprisée.
C’est dans un chapitre sur l’intolérance qu’on trouve ce singulier
passage; ceux qui prêchent l’intolérance méritent d’écrire
ainsi. Cet abominable livre, qui semble fait par le fou de Verberie, est
d’un homme sans mission: car quel pasteur écrirait ainsi? La fureur
est poussée dans ce livre jusqu’à justifier la Saint-Barthélemy.
On croirait qu’un tel ouvrage, rempli de si affreux paradoxes, devrait
être entre les mains de tout le monde, au moins par sa singularité;
cependant à peine est-il connu. (Note de
Voltaire.) — Le déclamateur objet de cette note est l’abbé
de Caveyrac, qui, à la page 362 de son Apologie de Louis XIV,
a écrit en effet la phrase citée par Voltaire. Les Français,
dans la guerre de 1757, furent malheureux dans les quatre parties du monde.
Note_25
Tout a tellement changé qu’en Irlande même
les protestants se sont cotisés pour faire bâtir des chapelles
à leurs frères catholiques, que la pauvreté, où
l’ancienne intolérance les a réduits mettait hors d’état
d’en élever à leurs dépens. (K.)
Note_26
Voyez Ricaut. (Note de
Voltaire.)
Note_27
Voyez la Relation du bannissement des jésuites
de la Chine.
Note_28
Voyez Kempfer et toutes les relations du Japon.
(Note de Voltaire.)
Note_29
Les deux mots grecs dont ce nom est formé
signifient ami et frère.
Note_30
Allusion au jugement de Salomon.
Note_31
M. de La Bourdonnaie, intendant de Rouen, dit
que la manufacture de chapeaux est tombée à Caudebec et à
Neuchâtel par la fuite des réfugiés. M. Foucaut, intendant
de Caen, dit que le commerce est tombé de moitié dans la
généralité. M. de Maupéou, intendant de Poitiers,
dit que la manufacture de droguet est anéantie. M. de Bezons, intendant
de Bordeaux, se plaint que le commerce de Clérac et de Nérac
ne subsiste presque plus. M. de Miroménil, intendant de Touraine,
dit que le commerce de Tours est diminué de dix millions par année;
et tout cela, par la persécution. (Voyez les Mémoires des
intendants, en 1698.) Comptez surtout le nombre des officiers de terre
et de mer, et des matelots, qui ont été obligés d’aller
servir contre la France, et souvent avec un funeste avantage, et voyez
si l’intolérance n’a pas causé quelque mal à l’État.
On n’a pas ici la témérité de proposer
des vues à des ministres dont on connaît le génie et
les grands sentiments, et dont le coeur est aussi noble que la naissance:
ils verront assez que le rétablissement de la marine demande quelque
indulgence pour les habitants de nos côtes. (Note
de Voltaire.)
— Les deux ministres dont Voltaire fait l’éloge
sont le duc de Choiseul-Stainville, et son cousin le duc de Praslin.
Note_32
On a de M. Berriat-Saint-Prix, Rapport et Recherches
sur les procès et jugements relatifs aux animaux, 1829, in-8°,
et dans le tome VIII des Mémoires de la Société
royale des antiquaires. (B.)
Note_33
Voltaire oublie ici le P. Lallemant, dont il parle
dans son Mandement du révérendissime père en Dieu,
Alexis, etc.
Note_34
Cet homme est l’abbé de Malvaux, qui publia,
en 1762, l’Accord de la religion et de l’humanité sur l’intolérance,
ouvrage dont il est parlé dans le post-scriptum (ch.
xxiv du Traité de la Tolérance), et qui fit rejaillir
sur l’auteur une partie de la juste indignation que s’était attirée
son devancier, l’abbé de Caveyrac, en se faisant l’apologiste de
la Saint-Barthélemy. c’est à ce dernier que quelques personnes
attribuent l’Accord, etc. J’ai suivi l’opinion d’Hébraïl.
(B.)
Note_35
Voici le texte de Cicéron: « Quaeve
anus tam excors inveniri potest, quae illa, quae quondam credebantur, apud
inferos portenta extimescat. » (De Natura deorum, lib. II,
cap. ii.)
Note_36
Chapitres XXI et XXIV. (Note
de Voltaire.)
Note_37
Actes,
chapitre xxv, v. 16. (Note
de Voltaire.)
Note_38
Actes,
chapitre xxvi, v. 24. (Note
de Voltaire.)
Note_39
Quoique les Juifs n’eussent pas le droit du glaive
depuis qu’Archélaüs avait été relégué
chez les Allobroges, et que la Judée était gouvernée
en province de l’empire, cependant les Romains fermaient souvent les yeux
quand les Juifs exerçaient le jugement du zèle, c’est-à-dire
quand, dans une émeute subite, ils lapidaient par zèle celui
qu’ils croyaient avoir blasphémé. (Note
de Voltaire.)
Note_40
Actes,
chap. vii, verset 57.
Note_41
Ulpianus,
Digest., lib. I, tit. ii. «
Eis qui judaicam superstitionem sequuntur honores adipisci permiserunt,
etc. » (Note de Voltaire.)
Note_42
Tacite dit (Annales, XV, 44): « Quos
per flagitia invisos vulgus christianos appellabat. »
Il était bien difficile que le nom de chrétien
fût déjà connu à Rome: Tacite écrivait
sous Vespasien et sous Domitien; il parlait des chrétiens comme
on en parlait de son temps. J’oserais dire que ces mots odio humani
generis convicti
pourraient bien signifier, dans le style de Tacite,
convaincus d’être haïs du genre humain, autant que convaincus
de haïr le genre humain.
En effet, que faisaient à Rome ces premiers missionnaires?
Ils tâchaient de gagner quelques âmes, ils leur enseignaient
la morale la plus pure; ils ne s’élevaient contre aucune puissance;
l’humilité de leur coeur était extrême comme celle
de leur état et de leur situation; à peine étaient-ils
connus; à peine étaient-ils séparés des autres
Juifs: comment le genre humain, qui les ignorait, pouvait-il les haïr?
et comment pouvaient-ils être convaincus de détester le genre
humain?
Lorsque Londres brûla, on en accusa les catholiques;
mais c’était après des guerres de religion, c’était
après la conspiration des poudres, dont plusieurs catholiques, indignes
de l’être, avaient été convaincus.
Les premiers chrétiens du temps de Néron
ne se trouvaient pas assurément dans les mêmes termes. Il
est très difficile de percer dans les ténèbres de
l’histoire; Tacite n’apporte aucune raison du soupçon qu’on eut
que Néron lui-même eût voulu mettre Rome en cendres.
On aurait été bien mieux fondé de soupçonner
Charles II d’avoir brûlé Londres: le sang du roi son père,
exécuté sur un échafaud aux yeux du peuple qui demandait
sa mort, pouvait au moins servir d’excuse à Charles II; mais Néron
n’avait ni excuse, ni prétexte, ni intérêt. Ces rumeurs
insensées peuvent être en tout pays le partage du peuple:
nous en avons entendu de nos jours d’aussi folles et d’aussi injustes.
Tacite, qui connaît si bien le naturel des princes,
devait connaître celui du peuple, toujours vain, toujours outré
dans ses opinions violentes et passagères, incapable de rien voir,
et capable de tout dire, de tout croire, et de tout oublier.
Philon (De Virtutibus, et Legatione ad Caium) dit
que « Séjan les persécuta sous Tibère, mais
qu’après la mort de Séjan l’empereur les rétablit
dans tous leurs droits ». Ils avaient celui des citoyens romains,
tout méprisés qu’ils étaient des citoyens romains;
ils avaient part aux distributions de blé; et même, lorsque
la distribution se faisait un jour de sabbat, on remettait la leur à
un autre jour: c’était probablement en considération des
sommes d’argent qu’ils avaient données à l’État, car
en tout pays ils ont acheté la tolérance, et se sont dédommagés
bien vite de ce qu’elle avait coûté.
Ce passage de Philon explique parfaitement celui de Tacite,
qui dit qu’on envoya quatre mille Juifs ou Égyptiens en Sardaigne,
et que si l’intempérie du climat les eût fait périr,
c’eût été une perte légère, vile damnum
(Annales,
II, 85).
J’ajouterai à cette remarque que Philon regarde
Tibère comme un prince sage et juste. Je crois bien qu’il n’était
juste qu’autant que cette justice s’accordait avec ses intérêts;
mais le bien que Philon en dit me fait un peu douter des horreurs que Tacite
et Suétone lui reprochent. Il ne me paraît point ‘vraisemblable
qu’un vieillard infirme, de soixante et dix ans, se soit retiré
dans l’île de Caprée pour s’y livrer à des débauches
recherchées, qui sont à peine dans la nature, et qui étaient
même inconnues à la jeunesse de Reine la plus effrénée;
ni Tacite, ni Suétone, n’avaient connu cet empereur; ils recueillaient
avec plaisir des bruits populaires. Octave, Tibère, et leurs successeurs,
avaient été odieux, parce qu’ils régnaient sur un
peuple qui devait être libre: les historiens se plaisaient à
les diffamer, et on croyait ces historiens sur leur parole parce qu’alors
on manquait de mémoires, de journaux du temps, de documents: aussi
les historiens ne citent personne; on ne pouvait les contredire; ils diffamaient
qui ils voulaient, et décidaient à leur gré du jugement
de la postérité. C’est au lecteur sage de voir jusqu’à
quel point on doit se défier de la véracité des historiens,
quelle créance on doit avoir pour des faits publics attestés
par des auteurs graves, nés dans une nation éclairée,
et quelles bornes on doit mettre à Sa crédulité sur
des anecdotes que ces mêmes auteurs rapportent sans aucune preuve.
(Note de Voltaire.)
Note_43
Nous respectons assurément tout ce que
l’Église rend respectable; nous invoquons les saints martyrs, mais
en révérant saint Laurent, ne peut-on pas douter que saint
Sixte lui ait dit: Vous me suivrez dans trois jours; que dans ce
court intervalle le préfet de Rome lui ait fait demander l’argent
des chrétiens; que le diacre Laurent ait eu le temps de faire assembler
tous les pauvres de la ville; qu’il ait marché devant le préfet
pour le mener à l’endroit où étaient ces pauvres;
qu’on lui ait fait son procès; qu’il ait subi la question; que le
préfet ait commandé à un forgeron un gril assez grand
pour y rôtir un homme; que le premier magistrat de Rome ait assisté
lui-même à cet étrange supplice; que saint Laurent
sur ce gril ait dit: « Je suis assez cuit d’un côté,
fais-moi retourner de l’autre ni tu veux me manger? » Ce gril n’est
guère dans le génie des Romains; et comment se peut-il faire
qu’aucun auteur païen n’ait parlé d’aucune de ces aventures?
(Note de Voltaire.)
Note_44
Il faut regarder cet ouvrage comme une espèce
de plaidoyer où M. de Voltaire se croyait obligé de se conformer
quelquefois à l’opinion vulgaire. On ne mérite point la mort
pour avoir jeté un morceau de bois dans le Rhône. On ne punit
point de mort un homme qui, par emportement, donne quelques coups de bâton
dont il ne résulte aucune blessure mortelle, et, aux yeux de la
loi, un moine n’est qu’un homme: Farel méritait d’être renfermé
pendant quelques mois, et condamné à payer aux moines, outre
des dommages et intérêts, de quoi refaire un autre saint Antoine.
(K.)
Note_45
Il n’y a qu’à ouvrir Virgile pour voir
que les Romains reconnaissaient un Dieu suprême, souverain de tous
les êtres célestes.
…0! qui res hominumque deumque
Aeternis regis imperiis, et fulmine terres.
(Enéide, I. 233-234)
O pater, ô hominum divumque aeterna potestas, etc.
(Enéide, X. 18)
|
Horace s’exprime bien plus fortement:
Unde nil majus generatur ipsa,
Nec viget quidquam simile, aut secundum.
(Lib. I, od. xii,
17-18.)
|
On ne chantait autre chose que l’unité de Dieu
dans les mystères auxquels presque tous les Romains étaient
initiés. Voyez le bel hymne d’Orphée; lisez la lettre de
Maxime de Madaure à saint Augustin, dans laquelle il dit «
qu’il n’y a que des imbéciles qui puissent ne pas reconnaître
un Dieu souverain ». Longinien étant païen écrit
au même saint Augustin que Dieu « est unique, incompréhensible,
ineffable »; Lactance lui-même, qu’on ne peut accuser d’être
trop indulgent, avoue, dans son livre V (Divin. Institut., c. iii),
que « les Romains soumettent tous les dieux au Dieu suprême;
illos subjicit et mancipat Deo ». Tertullien même,
dans son Apologétique
(c. xxiv), avoue que tout l’empire
reconnaissait un Dieu maître du monde, dont la puissance et la majesté
sont infinies, principem mundi, perfectae potentiae et majestatis. Ouvrez
surtout Platon, le maître de Cicéron dans la philosophie,
vous y verrez « qu’il n’y a qu’un Dieu; qu’il faut l’adorer, l’aimer,
travailler à lui ressembler par la sainteté et par la justice
». Épictète dans les fers, Marc-Antoine sur le trône,
disent la même chose en cent endroits. (Note
de Voltaire.)— La lettre de Maxime de Madaure, dont Voltaire
parle dans cette note, se trouve dans le dialogue de Sophronime et Adélos.
Note_46
S’ils s’étaient contentés d’écrire
et de prêcher, il est vraisemblable qu’on les eût laissés
tranquilles mais le refus de prêter les serments les rendit suspects
dans une constitution où l’on faisait un grand usage des serments.
Le refus de prendre une part publique aux fêtes en l’honneur des
empereurs était une espèce de crime dans un temps où
l’empire était sans cesse agité par des révolutions.
Les insultes qu’ils commettaient contre le culte reçu étaient
punies avec sévérité, et avec barbarie, dans des siècles
où les moeurs étaient féroces, où l’humanité
n’était point respectée, où l’administration des lois
était irrégulière et violente. (K.)
Note_47
Chapitre xxxix. (Note
de Voltaire.)
Note_48
Chapitre xxxv. (Note
de Voltaire.)
Note_49
Chapitre iii. (Note de
Voltaire.)
Note_50
De Paucitate martyrum, ouvrage réfuté
par dom Ruinart. (G. A.)
Note_51
Cette assertion doit être prouvée.
Il faut convenir que, depuis que l’histoire a succédé à
la fable, on ne voit dans les Égyptiens qu’un peuple aussi lâche
que superstitieux. Cambyse s’empare de l’Égypte par une seule bataille;
Alexandre y donne des lois sans essuyer un seul combat, sans qu’aucune
ville ose attendre un siège; les Ptolémées s’en emparent
sans coup férir; César et Auguste la subjuguent aussi aisément;
Omar prend toute l’Égypte en une seule campagne; les Mameluks, peuple
de la Colchide et des environs du mont Caucase, en sont les maîtres
après Omar; ce sont eux, et non les Égyptiens, qui défont
l’armée de saint Louis, et qui prennent ce roi prisonnier. Enfin,
les Mamelucks étant devenus Égyptiens, c’est-à-dire
mous, lâches, inappliqués, volages, comme les habitants naturels
de ce climat, ils passent en trois mois sous le joug de Sélim Ier,
qui fait pendre leur soudan, et qui laisse cette province annexée
à l’empire des Turcs, jusqu’à ce que d’autres barbares s’en
emparent un jour.
Hérodote rapporte que, dans les temps fabuleux,
un roi égyptien nommé Sésostris sortit de son pays
dans le dessein formel de conquérir l’univers: il est visible qu’un
tel dessein n’est digne que de Picrochole ou de don Quichotte; et sans
compter que le nom de Sésostris n’est point égyptien, on
peut mettre cet événement, ainsi que tous les faits antérieurs,
au rang des Mille et une Nuits. Rien n’est plus commun chez les
peuples conquis que de débiter des fables sur leur ancienne grandeur,
comme, dans certains pays, certaines misérables familles se font
descendre d’antiques souverains. Les prêtres d’Égypte contèrent
à Hérodote que ce roi qu’il appelle Sésostris était
allé subjuguer la Colchide: c’est comme si l’on disait qu’un roi
de France partit de la Touraine pour aller subjuguer la Norvège.
On a beau répéter tous ces contes dans mille
et mille volumes, ils n’en sont pas plus vraisemblables; il est bien plus
naturel que les habitants robustes et féroces du Caucase, les Colchidiens,
et les autres Scythes, qui vinrent tant de fois ravager l’Asie, aient pénétré
jusqu’en Égypte; et si les prêtres de Colchos rapportèrent
ensuite chez eux la mode de la circoncision, ce n’est pas une preuve qu’ils
aient été subjugués par les Égyptiens. Diodore
de Sicile rapporte que tous les rois vaincus par Sésostris venaient
tous les ans du fond de leurs royaumes lui apporter leurs tributs, et que
Sésostris se servait d’eux comme de chevaux de carrosse, qu’il les
faisait atteler à son char pour aller au temple. Ces histoires de
Gargantua sont tous les jours fidèlement copiées. Assurément
ces rois étaient bien bons de venir de si loin servir ainsi de chevaux.
Quant aux pyramides et aux autres antiquités, elles
ne prouvent autre chose que l’orgueil et le mauvais goût des princes
d’Égypte, ainsi que l’esclavage d’un peuple imbécile, employant
ses bras, qui étaient son seul bien, à satisfaire la grossière
ostentation de ses maîtres. Le gouvernement de ce peuple, dans les
temps mêmes que l’on vante si fort, paraît absurde et tyrannique;
on prétend que toutes les terres appartenaient à leurs monarques.
C’était bien à de pareils esclaves à conquérir
le monde!
Cette profonde science des prêtres égyptiens
est encore un des plus énormes ridicules de l’histoire ancienne,
c’est-à-dire de la fable. Des gens qui prétendaient que dans
le cours d’onze mille années le soleil s’était levé
deux fois au couchant, et couché deux fois au levant, en recommençant
son cours, étaient sans doute bien au-dessous de l’auteur de l’Almanach
de Liège. La religion de ces prêtres, qui gouvernaient
l’État, n’était pas comparable à celle des peuples
les plus sauvages de l’Amérique: on sait qu’ils adoraient des crocodiles,
des singes, des chats, des oignons; et il n’y a peut-être aujourd’hui
dans toute la terre que le culte du grand lama qui soit aussi absurde.
Leurs arts ne valent guère mieux que leur religion;
il n’y a pas une seule ancienne statue égyptienne qui soit supportable,
et tout ce qu’ils ont eu de bon a été fait dans Alexandrie,
sous les Ptolémées et sous les Césars, par des artistes
de Grèce; ils ont eu besoin d’un Grec pour apprendre la géométrie.
L’illustre Bossuet s’extasie sur le mérite égyptien,
dans son Discours sur l’Histoire universelle adressé au fils
de Louis XIV. Il peut éblouir un jeune prince; mais il contente
bien peu les savants: c’est une très éloquente déclamation,
mais un historien doit être plus philosophe qu’orateur. Au reste,
on ne donne cette réflexion sur les Égyptiens que comme une
conjecture: quel autre nom peut-on donner à tout ce qu’on dit de
l’antiquité? (Note de Voltaire.)
— La lâcheté des Égyptiens a été souvent
l’objet du blâme de Voltaire. C’est à la critique d’Hérodote
que sont consacrés les chapitres vi et vii du Pyrrhonisme de
l’histoire.
Note_52
On ne révoque point en doute la mort de
saint Ignace mais qu’on lise la relation de son martyre, un homme de bon
sens ne sentira-t-il pas quelques doutes s’élever dans son esprit?
L’auteur inconnu de cette relation dit que « Trajan crut qu’il manquerait
quelque chose à sa gloire s’il ne soumettait à son empire
le dieu des chrétiens ». Quelle idée! Trajan était-il
un homme qui voulut triompher des dieux? Lorsque Ignace parut devant l’empereur,
ce prince lui dit: « Qui es-tu, esprit impur? » Il n’est guère
vraisemblable qu’un empereur ait parlé à un prisonnier, et
qu’il l’ait condamné lui-même; ce n’est pas ainsi que les
souverains en usent. Si Trajan fit venir Ignace devant lui il ne lui demanda
pas: Qui es-tu? il le savait bien. Ce mot esprit impur a-t-il
pu être prononcé par un homme comme Trajan? Ne voit-on pas
que c’est une expression d’exorciste, qu’un chrétien met dans la
bouche d’un empereur? Est-ce là, bon Dieu! le style de Trajan?
Peut-on imaginer qu’Ignace lui ait répondu qu’il
se nommait Théophore, parce qu’il portait Jésus dans son
coeur, et que Trajan eût disserté avec lui sur Jésus-Christ?
On fait dire à Trajan, à la fin de la conversation: «
Nous ordonnons qu’Ignace, qui se glorifie de porter en lui le crucifié,
sera mis aux fers, etc. » Un sophiste ennemi des chrétiens
pouvait appeler Jésus-Christ
le crucifié; mais il
n’est guère probable que, dans un arrêt, on se fut servi de
ce terme. Le supplice de la croix était si usité chez les
Romains qu’on ne pouvait, dans le style des lois, désigner par le
crucifié l’objet du culte des chrétiens: et ce n’est
pas ainsi que les lois et les empereurs prononcent leurs jugements.
On fait ensuite écrire une longue lettre par saint
Ignace aux chrétiens de Rome: « Je vous écris, dit-il,
tout enchaîné que je suis. » Certainement, s’il lui
fut permis d’écrire aux chrétiens de Rome, ces chrétiens
n’étaient donc pas recherchés; Trajan n’avait donc pas dessein
de soumettre leur Dieu à son empire; ou si ces chrétiens
étaient sous le fléau de la persécution, Ignace commettait
une très grande imprudence en leur écrivant: c’était
les exposer, les livrer, c’était se rendre leur délateur.
Il semble que ceux qui ont rédigé ces actes
devaient avoir plus d’égards aux vraisemblances et aux convenances.
Le martyre de saint Polycarpe fait naître plus de doutes. Il est
dit qu’une voix cria du haut du ciel: Courage, Polycarpe! que les
chrétiens l’entendirent, mais que les autres n’entendirent rien:
il est dit que quand on eut lié Polycarpe au poteau, et que le bûcher
fut en flammes, ces flammes s’écartèrent de lui, et formèrent
un arc au-dessus de sa tête; qu’il en sertit une colombe; que le
saint, respecté par le feu, exhala une odeur d’aromate qui embauma
toute l’assemblée, mais que celui dont le feu n’osait approcher
ne put résister au tranchant du glaive. Il faut avouer qu’on doit
pardonner à ceux qui trouvent dans ces histoires plus de piété
que de vérité. (Note de Voltaire.)
Note_53
Histoire ecclésiastique, liv. viii. (Note
de Voltaire.)
Note_54
Voyez le chapitre xxvi de l’Examen important,
le chapitre iii du Pyrrhonisme de l’histoire, et le 6e article
des Fragments sur l’histoire.
Note_55
Daniel, chapitre III.
Note_56
La guerre de Sept ans, terminée par le
traité du 10 février 1763.
Note_57
La grande loi de l’attraction.
Note_58
Le parlement de Paris avait, le 8 juin 1763, rendu
un arrêt contre l’inoculation.
Note_59
Voyez l’excellente Lettre de Locke sur la tolérance.
(Note de Voltaire.)
Note_60
Le jésuite Busembaum, commenté par
le jésuite Lacroix, dit « qu’il est permis de tuer un prince
excommunié par le pape, dans quelque pays qu’on trouve ce prince,
parce que l’univers appartient au pape, et que celui qui accepte cette
commission fait une oeuvre charitable ». C’est cette proposition,
inventée dans les petites-maisons de l’enfer, qui a le plus soulevé
toute la France contre les jésuites. On leur a reproché alors
plus que jamais ce dogme, si souvent enseigné par eux, et si souvent
désavoué. Ils ont cru se justifier en montrant à peu
prés les mêmes décisions dans saint Thomas et dans
plusieurs jacobins (voyez, si vous pouvez, la Lettre
d’un homme du monde
à un théologien sur saint Thomas;
c’est une brochure
de jésuite, de 1762). En effet, saint Thomas d’Aquin, docteur angélique,
interprète de la volonté divine (ce sont ses titres), avance
qu’un prince apostat perd son droit à la couronne, et qu’on ne doit
plus lui obéir; que l’Église peut le punir de mort (livre
II, part. 2, quest. 12); qu’on n’a toléré l’empereur Julien
que garce qu’on n’était pas le plus fort (livre II, part. 2, quest.
12); que de droit on doit tuer tout hérétique (livre II,
part. 2, quest. 11 et 12); que ceux qui délivrent le peuple d’un
prince qui gouverne tyranniquement sont très louables, etc., etc.
On respecte fort l’ange de l’école; mais si, dans les temps de Jacques
Clément, son confrère, et du feuillant Ravaillac, il était
venu soutenir en France de telles propositions, comment aurait-on traité
l’ange de l’école?
Il faut avouer que Jean Gerson, chancelier de l’Université,
alla encore plus loin que saint Thomas, et le cordelier Jean Petit, infiniment
plus loin que Gerson. Plusieurs cordeliers soutinrent les horribles thèses
de Jean Petit. Il faut avouer que cette doctrine diabolique du régicide
vient uniquement de la folle idée où ont été
longtemps presque tous les moines que le pape est un Dieu en terre, qui
peut disposer à son gré du trône et de la vie des rois.
Nous avons été en cela fort au-dessous de ces Tartares qui
croient le grand-lama immortel: il leur distribue sa chaise percée;
ils font sécher ces reliques, les enchâssent, et les baisent
dévotement. Pour moi, j’avoue que j’aimerais mieux, pour le bien
de la paix, porter à mon cou de telles reliques que de croire que
le pape ait le moindre droit sur le temporel des rois, ni même sur
le mien, en quelque cas que ce puisse être. (Note
de Voltaire.)
Note_61
Jean, xiv, 28.
Note_62
II, 14.
Note_63
I, 17.
Note_64
III, 23-31.
Note_65
Voyez l’article Généalogie du Dictionnaire
Philosophique.
Note_66
Catholiques et protestants.
Note_67
Exode,
xii, 8.
Note_68
Ibid., ii.
Note_69
Pascha,
la Pâque, fête annuelle
des Juifs, en mémoire de leur sortie d’Égypte.
Note_70
Lévitique, xiii, 23.
Note_71
Ibid., xvi, 22.
Note_72
Deutéronome, ch.xiv (Note
de Voltaire.)
Note_73
Dans l’idée que nous avons de faire sur
cet ouvrage quelques notes utiles, nous remarquerons ici qu’il est dit
que Dieu fit une alliance avec Noé et avec tous les animaux; et
cependant il permet à Noé de
manger de tout ce qui a vie
et mouvement; il excepte seulement le sang, dont il ne permet pas qu’on
se nourrisse. Dieu ajoute (Genèse,
ix, 5) « qu’il
tirera vengeance de tous les animaux qui ont répandu le sang de
l’homme ».
On peut inférer de ces passages et de plusieurs
autres ce que toute l’antiquité a toujours pensé jusqu’à
nos jours, et ce que tous les hommes sensés pensent, que les animaux
ont quelque connaissance. Dieu ne fait point un pacte avec les arbres et
avec les pierres, qui n’ont point de sentiment; mais il en fait un avec
les animaux, qu’il a daigné douer d’un sentiment souvent plus exquis
que le nôtre, et de quelques idées nécessairement attachées
à ce sentiment. C’est pourquoi il ne veut pas qu’on ait la barbarie
de se nourrir de leur sang, parce qu’en effet le sang est la source de
la vie, et par conséquent du sentiment. Privez un animal de tout
son sang, tous ses organes restent sans action. C’est donc avec très
grande raison que l’Écriture dit en cent endroits que l’âme,
c’est-à-dire ce qu’on appelait l’âme sensitive, est
dans le sang; et cette idée si naturelle a été celle
de tous les peuples.
C’est sur cette idée qu’est fondée la commisération
que nous devons avoir pour les animaux. Des sept préceptes des Noachides,
admis chez les Juifs, il y en a un qui défend de manger le membre
d’un animal en vie. Ce précepte prouve que les hommes avaient eu
la cruauté de mutiler les animaux pour manger leurs membres coupés,
et qu’ils les laissaient vivre pour se nourrir successivement des parties
de leurs corps. Cette coutume subsista en effet chez quelques peuples barbares,
comme on le voit par les sacrifices de l’île de Chio, à Bacchus
Omadios, le mangeur de chair crue. Dieu, en permettant que les animaux
nous servent de pâture, recommande donc quelque humanité envers
eux. Il faut convenir qu’il y a de la barbarie à les faire souffrir;
il n’y a certainement que l’usage qui puisse diminuer en nous l’horreur
naturelle d’égorger un animal que nous avons nourri de nos mains.
Il y a toujours eu des peuples qui s’en sont fait un grand scrupule: ce
scrupule dure encore dans la presqu’île de l’Inde; toute la secte
de Pythagore, en Italie et en Grèce, s’abstint constamment de manger
de la chair. Porphyre, dans son livre de l’Abstinence, reproche
à son disciple de n’avoir quitté sa secte que pour se livrer
à son appétit barbare.
Il faut, ce me semble, avoir renoncé à la
lumière naturelle, pour oser avancer que les bêtes ne sont
que des machines. Il y a une contradiction manifeste à convenir
que Dieu a donné aux bêtes tous les organes du sentiment,
et à soutenir qu’il ne leur a point donné de sentiment.
Il me paraît encore qu’il faut n’avoir jamais observé
les animaux pour ne pas distinguer chez eux les différentes voix
du besoin, de la souffrance, de la joie, de la crainte, de l’amour, de
la colère, et de toutes leurs affections; il serait bien étrange
qu’ils exprimassent si bien ce qu’ils ne sentiraient pas.
Cette remarque peut fournir beaucoup de réflexions
aux esprits exercés sur le pouvoir et la bonté du Créateur,
qui daigne accorder la vie, le sentiment, les idées, la mémoire,
aux êtres que lui-même a organisés de sa main toute-puissante.
Nous ne savons ni comment ces organes se sont formés, ni comment
ils se développent, ni comment on reçoit la vie, ni par quelles
lois les sentiments, les idées, la mémoire, la volonté,
sont attachés à cette vie: et dans cette profonde et éternelle
ignorance, inhérente à notre nature, nous disputons sans
cesse, nous nous persécutons les uns les autres, comme les taureaux
qui se battent avec leurs cornes sans savoir pourquoi et comment ils ont
des cornes. (Note de Voltaire.)
Note_74
Amos,
ch. v, v. 26. (Note
de Voltaire.)
Note_75
Jérém., ch. vii, v. 22. (Note
de Voltaire.)
Note_76
Act.,
ch. vii, v. 42-43. (Note
de Voltaire.)
Note_77
Deutér., ch. xii, v. 8. (Note
de Voltaire.)
Note_78
Plusieurs écrivains conclurent témérairement
de ce passage que le chapitre concernant le veau d’or (qui n’est autre
chose que le dieu Apis) a été ajouté aux livres de
Moïse, ainsi que plusieurs autres chapitres.
Aben-Hezra fut le premier qui crut prouver que le Pentateuque
avait été rédigé du temps des rois. Wollaston,
Collins, Tindal, Shaftesbury, Bolingbroke, et beaucoup d’autres, ont allégué
que l’art de graver ses pensées sur la pierre polie, sur la brique,
sur le plomb ou sur le bois, était alors la seule manière
d’écrire; ils disent que du temps de Moïse les Chaldéens
et les Égyptiens n’écrivaient pas autrement; qu’on ne pouvait
alors graver que d’une manière très abrégée,
et en hiéroglyphes, la substance des choses qu’on voulait transmettre
à la postérité, et non pas des histoires détaillées;
qu’il n’était pas possible de graver de gros livres dans un désert
où l’on changeait si souvent de demeure, où l’on n’avait
personne qui pût ni fournir des vêtements, ni les tailler,
ni même raccommoder les sandales, et où Dieu fut obligé
de faire un miracle de quarante années (Deutéronome, viii,
5) pour conserver les vêtements et les chaussures de son peuple.
Ils disent qu’il n’est pas vraisemblable qu’on eût tant de graveurs
de caractères, lorsqu’on manquait des arts les plus nécessaires,
et qu’on ne pouvait même faire du pain; et si on leur dit que les
colonnes du tabernacle étaient d’airain, et les chapiteaux d’argent
massif, ils répondent que l’ordre a pu en être donné
dans le désert, mais qu’il ne fut exécuté que dans
des temps plus heureux.
Ils ne peuvent concevoir que ce peuple pauvre ait demandé
un veau d’or massif (Exode, xxxii, 1) pour l’adorer au pied
de la montagne même où Dieu parlait à Moïse, au
milieu des foudres et des éclairs que ce peuple voyait (Exode,
xix,
18-19), et au son de la trompette céleste qu’il entendait. Ils s’étonnent
que la veille du jour même où Moïse descendit de la montagne,
tout ce peuple se soit adressé au frère de Moïse pour
avoir ce veau d’or massif. Comment Aaron le jeta-t-il en fonte en un seul
jour (Exode, xxxii, 4)? comment ensuite Moïse le réduisit-il
on poudre (Exode, xxxii, 20)? Ils disent qu’il est impossible à
tout artiste de faire en moins de trois mois une statue d’or, et que, pour
la réduire en poudre qu’on puisse avaler, l’art de la chimie la
plus savante ne suffit pas: ainsi la prévarication d’Aaron et l’opération
de Moïse auraient été deux miracles.
L’humanité, la bonté de coeur, qui les trompent,
les empêchent de croire que Moïse ait fait égorger vingt-trois
mille personnes
(Exode, xxxii, 28) pour expier ce péché;
ils n’imaginent pas que vingt-trois mille hommes se soient ainsi laissé
massacrer par des lévites, à moins d’un troisième
miracle. Enfin ils trouvent étrange qu’Aaron, le plus coupable de
tous, ait été récompensé du crime dont les
autre étaient si horriblement punis (Exode, xxxiii, 19; et
Lévitique, viii, 2), et qu’il ait été fait
grand prêtre, tandis que les cadavres de vingt-trois mille de ses
frères sanglants étaient entassés au pied de l’autel
où il allait sacrifier.
Ils font les mêmes difficultés sur les vingt-quatre
mille Israélites massacrés par l’ordre de Moïse (Nombres,
xxv,
9), pour expier la faute d’un seul qu’on avait surpris avec une fille madianite.
On voit tant de rois juifs, et surtout Salomon, épouser impunément
des étrangères que ces critiques ne peuvent admettre que
l’alliance d’une Madianite ait été un si grand crime: Ruth
était Moabite, quoique sa famille fût originaire de Bethléem;
la sainte Écriture l’appelle toujours Ruth la Moabite: cependant
elle alla se mettre dans le lit de Booz par le conseil de sa mère;
elle en reçut six boisseaux d’orge, l’épousa ensuite, et
fut l’aïeule de David. Rahab était non seulement étrangère,
mais une femme publique; la Vulgate ne lui donne d’autre titre que
celui de meretrix (Josué, vi, 17); elle épousa Salmon,
prince de Juda; et c’est encore de ce Salmon que David descend. On regarde
même Rahab comme la figure de l’Église chrétienne:
c’est le sentiment de plusieurs Pères, et surtout d’Origène
dans sa septième homélie sur Josué.
Bethsabée, femme d’Urie, de laquelle David eut
Salomon, était Éthéenne. Si vous remontez plus haut,
le patriarche Juda épousa une femme chananéenne; ses enfants
eurent pour femme Thamar, de la race d’Aram: cette femme, avec laquelle
Juda commit, sans le savoir, un inceste, n’était pas de la race
d’Israël.
Ainsi notre Seigneur Jésus-Christ daigna s’incarner
chez les Juifs dans une famille dont cinq étrangères étaient
la tige, pour faire voir que les nations étrangères auraient
part à son héritage.
Le rabbin Aben-Hezra fut, comme on l’a dit, le premier
qui osa prétendre que le Pentateuque avait été
rédigé longtemps après Moïse: il se fonde sur
plusieurs passages. « Le Chananéen (Genèse, xv,
6) était alors dans ce pays. La montagne de Moria (II. Paralip.,
iii, 1) appelée la montagne de Dieu. Le lit de Og, roi de
Bazan, se voit encore en Rabath, et il appela tout ce pays de Bazan les
villages de Jaïr, jusqu’aujourd’hui. Il ne s’est jamais vu de prophète
en Israël comme Moïse. Ce sont ici les rois qui ont régné
en Édom (Genèse, xxxvi, 31) avant qu’aucun roi régnât
sur Israël. » Il prétend que ces passages, où
il est parlé de choses arrivées après Moïse,
ne peuvent être de Moïse. On répond à ces objections
que ces passages sont des notes ajoutées longtemps après
par les copistes.
Newton, de qui d’ailleurs on ne doit prononcer le nom
qu’avec respect, mais qui a pu se tromper puisqu’il était homme,
attribue, dans son introduction à ses Commentaires sur Daniel et
sur saint Jean, les livres de Moïse, de Josué, et des Juges,
à des autours sacrés très postérieurs: il se
fonde sur le chap. xxxvi de la Genèse; sur quatre chapitres
des Juges, xvii, xviii, xix, xxi; sur Samuel, chapitre viii; sur les Chroniques,
chap. ii; sur le livre de Ruth, chap. iv. En effet, si dans le chap. xxxvi
de la
Genèse il est parlé des rois, s’il en est fait
mention dans les livres des Juges, si dans le livre de Ruth il est parlé
de David, il semble que tous ces livres aient été rédigés
du temps des rois. C’est aussi le sentiment de quelques théologiens,
à la tête desquels est le fameux Leclerc. Mais cette
opinion n’a qu’un petit nombre de sectateurs dont la curiosité sonde
ces abîmes. Cette curiosité, sans doute, n’est pas au rang
des devoirs de l’homme. Lorsque les savants et les ignorants, les princes
et les bergers paraîtront après cette courte vie devant le
maître de l’éternité, chacun de nous alors voudra être
juste, humain, compatissant, généreux; nul ne se vantera
d’avoir su précisément en quelle année le Pentateuque
fut
écrit, et d’avoir démêlé le texte des notes
qui étaient en usage chez les scribes. Dieu ne nous demandera pas
si nous avons pris parti pour les Massorètes contre le Talmud,
si nous n’avons jamais pris un caph pour un beth, un yod pour un
vaü,
un daleth pour un res: certes, il nous jugera sur nos
actions, et non sur l’intelligence de la langue hébraïque.
Nous nous en tenons fermement à la décision de l’Église,
selon le devoir raisonnable d’un fidèle.
Finissons cette note par un passage important du Lévitique,
livre
composé après l’adoration du veau d’or. Il ordonne aux Juifs
de ne plus adorer les velus, « les boucs, avec lesquels même
ils ont commis des abominations infâmes ». On ne sait si cet
étrange culte venait d’Égypte, patrie de la superstition
et du sortilège; mais on croit que la coutume de nos prétendus
sorciers d’aller au sabbat, d’y adorer un bouc, et de s’abandonner avec
lui à des turpitudes inconcevables, dont l’idée fait horreur,
est venue des anciens Juifs: en effet, ce furent eux qui enseignèrent
dans une partie de l’Europe la sorcellerie. Quel peuple! Une si étrange
infamie semblait mériter un châtiment pareil à celui
que le veau d’or leur attira; et pourtant le législateur se contente
de leur faire une simple défense. On ne rapporte ici ce fait que
pour faire connaître la nation juive; il faut que la bestialité
ait été commune chez elle, puisqu’elle est la seule nation
connue chez qui les lois aient été forcées de prohiber
un crime qui n’a été soupçonné ailleurs par
aucun législateur.
Il est à croire que dans les fatigues et dans la
pénurie que les Juifs avaient essuyées dans les déserts
de Pharan, d’Oreb, et de Cadés-Barné, l’espèce féminine,
plus faible que l’autre, avait succombé. Il faut bien qu’en effet
les Juifs manquassent de filles, puisqu’il leur est toujours ordonné,
quand ils s’emparent d’un bourg ou d’un village, soit à gauche,
soit à droite du lac Asphaltite, de tuer tout, excepté les
filles nubiles.
Les Arabes qui habitent encore une partie de ces déserts
stipulent toujours, dans les traités qu’ils font avec les caravanes,
qu’on leur donnera des filles nubiles. Il est vraisemblable que les jeunes
gens, dans ce pays affreux, poussèrent la dépravation de
la nature humaine jusqu’à s’accoupler avec des chèvres, comme
on le dit de quelques bergers de la Calabre.
Il reste maintenant à savoir si ces accouplements
avaient produit des monstres, et s’il y a quelque fondement aux anciens
contes des satyres, des faunes, des centaures, et des minotaures; l’histoire
le dit, la physique ne nous a pas encore éclairés sur cet
article monstrueux. (Note de Voltaire.)
- C’est à propos de cette note que l’abbé Guenée
écrivit sa Lettre du rabbin Aaron Mathathaï àGuillaume
Vadé.
Note_79
Josué, chap. xxiv, v. 15 et suiv. (Note
de Vo1taire.)
Note_80
Nomb.,
chap. xxi, v. 9. (Note
de Voltaire.)
Note_81
II.
Paralip., chap. iv.
Note_82
II.
Rois, xii, 28.
Note_83
Ibid., 34.
Note_84
Rois, liv. III, chap. xv, v. 44; Ibid.,
chap. xxii, v. 44. (Note deVo1taire.)
Note_85
Rois,
liv. IV, chap. xvi. (Note
de Voltaire.)
Note_86
Ibid.,
liv. III, chap. xviii, v. 38 et
40; ibid., liv. IV, chap. ii, v. 24. (Note
de Voltaire.)
Note_87
IV.
Rois, ii, 24.
Note_88
Nomb.,
chap. xxxi. (Note
de Voltaire.)
Note_89
Madian n’était point compris dans la terre
promise: c’est un petit canton de l’Idumée, dans l’Arabie Pétrée;
il commence vers le septentrion au torrent d’Arnon, et finit au torrent
de Zared, au milieu des rochers, et sur le rivage oriental du lac Asphaltite.
Ce pays est habité aujourd’hui par une petite horde d’Arabes: il
peut avoir huit lieues ou environ de long, et un peu moins en largeur.
(Note de Voltaire.)
Note_90
Nombres,
xxxi, 32 et suiv.
Note_91
Nombres, xxxi, 40.
Note_92
Il est certain par le texte (Juges, xi,
39) que Jephté immola sa fille. « Dieu n’approuve pas ces
dévouements, dit dom Calmet dans sa Dissertation sur le voeu de
Jephté; mais lorsqu’on les a faits, il veut qu’on les exécute,
ne fût-ce que pour punir ceux qui les faisaient, ou pour réprimer
la légèreté qu’on aurait eue à les faire, si
on n’en avait pas craint l’exécution. » Saint Augustin et
presque tous les Pères condamnent l’action de Jephté: il
est vrai que l’Écriture (Juges, xi, 29) dit qu’il fut
rempli de l’esprit de Dieu; et saint Paul, dans son Épître
aux Hébreux, chap. xi [verset 32], fait l’éloge de Jephté;
il le place avec Samuel et David.
Saint Jérôme, dans son Épître
à Julien, dit: « Jephté immola sa fille au Seigneur,
et c’est pour cela que l’apôtre le compte parmi les saints. »
Voilà de part et d’autre des jugements sur lesquels il ne nous est
pas permis de porter le nôtre; on doit craindre même d’avoir
un avis. (Note de Voltaire.)
Note_93
On peut regarder la mort du roi Agag comme un
vrai sacrifice. Saül avait fait ce roi des Amalécites prisonnier
de guerre, et l’avait reçu à composition; mais le prêtre
Samuel lui avait ordonné de ne rien épargner; il lui avait
dit en propres mots (I. Rois,
xv, 3): « Tuez tout, depuis
l’homme jusqu’à la femme, jusqu’aux petits enfants, et ceux qui
sont encore à la mamelle.
« Samuel coupa le roi Agag en morceaux, devant le
Seigneur, à Galgal.
« Le zèle dont ce prophète était
animé, dit dom Calmet, lui mit l’épée en main dans
cette occasion pour venger la gloire du Seigneur et pour confondre Saül.
»
On voit, dans cette fatale aventure, un dévouement,
un prêtre, une victime: c’était donc un sacrifice.
Tous les peuples dont nous avons l’histoire ont sacrifié
des hommes à la Divinité, excepté les Chinois. Plutarque
(Quest. rom. lxxxii) rapporte que les Romains même en immolèrent
du temps de la république.
On voit, dans les Commentaires de César (De
Bello gall.,
I, xxiv), que les Germains allaient immoler les otages
qu’il leur avait donnés, lorsqu’il délivra ces otages par
sa victoire.
J’ai remarqué ailleurs que cette violation du droit
des gens envers les otages de César, et ces victimes humaines immolées,
pour comble d’horreur, par la main des femmes, dément un peu le
panégyrique que Tacite fait des Germains, dans son traité
De
Moribus Germanorum. Il paraît que, dans ce traité, Tacite
songe plus à faire la satire des Romains que l’éloge des
Germains, qu’il ne connaissait pas.
Disons ici au passant que Tacite aimait encore mieux la
satire que la vérité. Il veut rendre tout odieux, jusqu’aux
actions indifférentes, et sa malignité nous plaît presque
autant que son style, parce que nous aimons la médisance et l’esprit.
Revenons aux victimes humaines. Nos pères en immolaient
aussi bien que les Germains: c’est le dernier degré de la stupidité
de notre nature abandonnée à elle-même, et c’est un
des fruits de la faiblesse de notre jugement. Nous dîmes: Il faut
offrir à Dieu ce qu’on a de plus précieux et de plus beau;
nous n’avons rien de plus précieux que nos enfants; il faut donc
choisir les plus beaux et les plus jeunes pour les sacrifier à la
Divinité.
Philon dit que, dans la terre de Channan, on immolait
quelquefois ses enfants avant que Dieu eût ordonné à
Abraham de lui sacrifier son fils unique Isaac, pour éprouver sa
foi.
Sanchoniathon, cité par Eusèbe, rapporte
que les Phéniciens sacrifiaient dans les grands dangers le plus
cher de leurs enfants, et qu’Ilus immola son fils Jéhud à
peu prés dans le temps que Dieu mit la foi d’Abraham à l’épreuve.
Il est difficile de percer dans les ténèbres de cette antiquité;
mais il n’est que trop vrai que ces horribles sacrifices ont été
presque partout en usage; les peuples ne s’en sont défaits qu’à
mesure qu’ils se sont policés: la politesse amène l’humanité.
(Note de Voltaire.)
Note_94
xxxix, 20, 18.
Note_95
Juges, chap. xi, v. 24. (Note
de Voltaire.)
Note_96
Juges,
chap. xvii, vers. dernier. (Note
de Voltaire.)
Note_97
Rois,
liv. IV, ch. v, v. 48 et 19. (Note
de Voltaire.)
Note_98
Ceux qui sont peu au fait des usages de l’antiquité,
et qui ne jugent que d’après ce qu’ils voient autour d’eux, peuvent
être étonnés de ces singularités; mais il faut
songer qu’alors dans l’Égypte, et dans une grande partie de l’Asie,
la plupart des choses s’exprimaient par des figures, des hiéroglyphes,
des signes, des types.
Les prophètes, qui s’appelaient les voyants
chez les Égyptiens et chez les Juifs, non seulement s’exprimaient
en allégories, mais ils figuraient par des signes les événements
qu’ils annonçaient. Ainsi Isaïe, le premier des quatre grands
prophètes juifs, prend un rouleau (chap. viii), et y écrit:
« Shas bas,
butinez vite »; puis il s’approche de la
prophétesse. Elle conçoit, et met au monde un fils qu’il
appelle Maher-Salas-Has-bas: c’est une figure des maux que les peuples
d’Égypte et d’Assyrie feront aux Juifs.
Ce prophète dit (vii, 15, 16, 18, 20): «
Avant que l’enfant soit en âge de manger du beurre et du miel, et
qu’il sache réprouver le mauvais et choisir le bon, la terre détestée
par vous sera délivrée des deux rois; le Seigneur sifflera
aux mouches d’Égypte et aux abeilles d’Assur; le Seigneur prendra
un rasoir de louage, et en rasera toute la barbe et les poils des pieds
du roi d’Assur. »
Cette prophétie des abeilles, de la barbe, et du
poil des pieds rasés, ne peut être entendue que par ceux qui
savent que c’était la coutume d’appeler les essaims au son du flageolet
ou de quelque autre instrument champêtre; que le plus grand affront
qu’on pût faire à un homme était de lui couper la barbe;
qu’on appelait le poil des pieds, le poil du pubis; que l’on ne
rasait ce poil que dans les maladies immondes, comme celle de la lèpre.
Toutes ces figures si étrangères à notre style ne
signifient autre chose sinon que le Seigneur, dans quelques années,
délivrera son peuple d’oppression.
Le même Isaïe (chap. xx) marche tout nu, pour
marquer que le roi d’Assyrie emmènera d’Égypte et d’Éthiopie
une foule de captifs qui n’auront pas de quoi couvrir leur nudité.
Ézéchiel (chap. iv et suiv.) mange le volume
de parchemin qui lui est présenté; ensuite il couvre son
pain d’excréments, et demeure couché sur son côté
gauche trois cent quatre-vingt-dix jours, et sur le côté droit
quarante jours, pour faire entendre que les Juifs manqueront de pain, et
pour signifier les années que devait durer la captivité.
Il se charge de chaînes, qui figurent celles du peuple; il coupe
ses cheveux et sa barbe, et les partage en trois parties: le premier tiers
désigne ceux qui doivent périr dans la ville; le second,
ceux qui seront mis à mort autour des murailles; le troisième,
ceux qui doivent être emmenés à Babylone.
Le prophète Osée (chap. iii) s’unit à
une femme adultère, qu’il achète quinze pièces d’argent
et un chomer et demi d’orge: « Vous m’attendrez, lui dit-il, plusieurs
jours, et pendant ce temps nul homme n’approchera de vous: c’est l’état
où les enfants d’Israël seront longtemps sans rois, sans princes,
sans sacrifice, sans autel, sans éphod. » En un mot, les nabis,
les voyants, les prophètes, ne prédisent presque jamais sans
figurer par un signe la chose prédite.
Jérémie ne fait donc que se conformer à
l’usage, en se liant de cordes, et en se mettant des colliers et des jougs
sur le dos, pour signifier l’esclavage de ceux auxquels il envoie ces types.
Si on veut y prendre garde, ces temps-là sont comme ceux d’un ancien
monde, qui diffère en tout du nouveau: la vie civile, les lois,
la manière de faire la guerre, les cérémonies de la
religion, tout est absolument différent. Il n’y a même qu’à
ouvrir Homère et le premier livre d’Hérodote pour se convaincre
que nous n’avons aucune ressemblance avec les peuples de la haute antiquité,
et que nous devons nous défier de notre jugement quand nous cherchons
à comparer leurs moeurs avec les nôtres.
La nature même n’était pas ce qu’elle est
aujourd’hui. Les magiciens avaient sur elle un pouvoir qu’ils n’ont plus:
ils enchantaient les serpents, ils évoquaient les morts, etc. Dieu
envoyait des songes, et des hommes les expliquaient. Le don de prophétie
était commun. On voyait des métamorphoses telles que celles
de Nabuchodonosor changé en boeuf, de la femme de Loth en statue
de sel, de cinq villes en un lac bitumineux.
Il y avait des espèces d’hommes qui n’existent
plus. La race des géants Réphaïm, Énim, Néphilim,
Énacim, a disparu. Saint Augustin, au liv. V de la Cité
de Dieu, dit avoir vu la dent d’un ancien géant grosse comme
cent de nos molaires. Ézéchiel (xxvii, ii) parle des pygmées
Gamadim, hauts d’une coudée, qui combattaient au siège de
Tyr: et en presque tout cela les auteurs sacrés sont d’accord avec
les profanes. Les maladies et les remèdes n’étaient point
les mêmes que de nos jours: les possédés étaient
guéris avec la racine nommée barad, enchâssée
dans un anneau qu’on leur mettait sous le nez.
Enfin tout cet ancien monde était si différent
du nôtre qu’on ne peut en tirer aucune règle de conduite;
et si, dans cette antiquité reculée, les hommes s’étaient
persécutés et opprimés tour à tour au sujet
de leur culte, on ne devrait pas imiter cette cruauté sous la loi
de grâce. (Note de Voltaire.)
Note_99
Jérém., ch. xxvii, v. 6. (Note
de Voltaire.)
Note_100
Jérémie, chap. xxviii, v. 17. (Note
de Voltaire.)
Note_101
Isaïe, ch. XLIV et XLV. (Note
de Voltaire.)
Note_102
I, ii.
Note_103
Exode, chap. xx, v. 5. (Note
de Voltaire.)
Note_104
Deutéronome, v, 16.
Note_105
Deutéronome, xxviii. (Note
de Voltaire.)
Note_106
Il n’y a qu’un seul passage dans les lois de Moïse
d’où l’on pût conclure qu’il était instruit de l’opinion
régnante chez les Égyptiens, que l’âme ne meurt point
avec le corps; ce passage est très important, c’est dans le chapitre
xviii du Deutéronome:
« Ne consultez point les devins
qui prédisent par l’inspection des nuées, qui enchantent
les serpents, qui consultent l’esprit de Python, les voyants, les connaisseurs
qui interrogent les morts et leur demandent la vérité. »
Il paraît, par ce passage, que si l’on évoquait
les âmes des morts, ce sortilège prétendu supposait
la permanence des âmes. Il se peut aussi que les magiciens dont parle
Moïse, n’étant que des trompeurs grossiers, n’eussent pas une
idée distincte du sortilège qu’ils croyaient opérer.
Ils faisaient accroire qu’ils forçaient des morts à parler,
qu’ils les remettaient, par leur magie, dans l’état où ces
corps avaient été de leur vivant, sans examiner seulement
si l’on pouvait inférer ou non de leurs opérations ridicules
le dogme de l’immortalité de l’âme. Les sorciers n’ont jamais
été philosophes, ils ont été toujours des jongleurs
qui jouaient devant des imbéciles.
On peut remarquer encore qu’il est bien étrange
que le mot de
Python se trouve dans le Deutéronome, longtemps
avant que ce mot grec pût être connu des Hébreux: aussi
le Python n’est point dans l’hébreu, dont nous n’avons aucune traduction
exacte.
Cette langue a des difficultés insurmontables:
c’est un mélange de phénicien, d’égyptien, de syrien,
et d’arabe; et cet ancien mélange est très altéré
aujourd’hui. L’hébreu n’eut jamais que deux modes aux verbes, le
présent et le futur: il faut deviner les autres modes par le sens.
Les voyelles différentes étaient souvent exprimées
par les mêmes caractères; ou plutôt ils n’exprimaient
pas les voyelles, et les inventeurs des points n’ont fait qu’augmenter
la difficulté.
Chaque adverbe a vingt significations différentes.
Le même mot est pris en des sens contraires.
Ajoutez à cet embarras la sécheresse et
la pauvreté du langage: les Juifs, privés des arts, ne pouvaient
exprimer ce qu’ils ignoraient. En un mot, l’hébreu est au grec ce
que le langage d’un paysan est à celui d’un académicien.
(Note de Voltaire.)
Note_107
Ézéchiel, chap. xviii, v. 20. (Note
de Voltaire.)
Note_108
Ibid.,
ch. xx, v. 25. (Note
de Voltaire.)
Note_109
Le sentiment d’Ézéchiel prévalut
enfin dans la synagogue; mais il y eut des Juifs qui, en croyant aux peines
éternelles, croyaient aussi que Dieu poursuivait sur les enfants
les iniquités des pères: aujourd’hui ils sont punis par-delà
la cinquantième génération, et ont encore les peines
éternelles à craindre. On demande comment les descendants
des Juifs, qui n’étaient pas complices de la mort de Jésus-Christ,
ceux qui étant dans Jérusalem n’y eurent aucune part, et
ceux qui étaient répandus sur le reste de la terre, peuvent
être temporellement punis dans leurs enfants, aussi innocents que
leurs pères. Cette punition temporelle, ou plutôt cette manière
d’exister différente des autres peuples, et de faire la commerce
sans avoir de patrie, peut n’être point regardée comme un
châtiment en comparaison des peines éternelles qu’ils s’attirent
par leur incrédulité, et qu’ils peuvent éviter par
une conversion sincère. (Note de Voltaire.)
Note_110
Ceux qui ont voulu trouver dans le Pentateuque
la doctrine de l’enfer et du paradis, tels que nous les concevons,
se sont étrangement abusés: leur erreur n’est fondée
que sur une vaine dispute de mots; la Vulgate ayant traduit le mot
hébreu sheol,
la fosse, par infernum, et le mot latin
infernum ayant été traduit en français par
enfer, on s’est servi de cette équivoque pour faire croire
que les anciens Hébreux avaient la notion de l’Adès et
du Tartare des Grecs, que les autres nations avaient connus auparavant
sous d’autres noms.
Il est rapporté au chapitre xvi des Nombres
(31-33) que la terre ouvrit sa bouche sous les tentes de Coré,
de Dathan, et d’Abiron, qu’elle les dévora avec leurs tentes et
leur substance, et qu’ils furent précipités vivants dans
la sépulture, dans le souterrain: il n’est certainement question
dans cet endroit ni des âmes de ces trois Hébreux, ni des
tourments de l’enfer, ni d’une punition éternelle.
Il est étrange que, dans le Dictionnaire encyclopédique,
au mot ENFER, on dise que les anciens Hébreux en ont reconnu la
réalité; si cela était, ce serait une contradiction
insoutenable dans le Pentateuque. Comment se pourrait-il faire que
Moïse eût parlé dans un passage isolé et unique
des peines après la mort, et qu’il n’en eût point parlé
dans ses lois? On cite le trente-deuxième chapitre du Deutéronome
(versets 24-24), mais on le tronque; le voici entier: « Ils m’ont
provoqué en celui qui n’était pas Dieu, et ils m’ont irrité
dans leur vanité; et moi je les provoquerai dans celui qui n’est
pas peuple, et je les irriterai dans la nation insensée. Et il s’est
allumé un feu dans ma fureur, et il brûlera jusqu’au fond
de la terre; il dévorera la terre jusqu’à son germe, et il
brûlera les fondements des montagnes; et j’assemblerai sur eux les
maux, et je remplirai mes flèches sur eux; ils seront consumés
par la faim, les oiseaux les dévoreront par des morsures amères;
je lâcherai sur eux les dents des bêtes qui se traînent
avec fureur sur la terre, et des serpents. »
Y a-t-il le moindre rapport entre ces expressions et l’idée
des punitions infernales telles que nous les concevons? Il semble plutôt
que ces paroles n’aient été rapportées que pour faire
voir évidemment que notre enfer était ignoré des anciens
Juifs.
L’auteur de cet article cite encore le passage de Job,
au chap. xxiv (15-19). « L’oeil de l’adultère observe l’obscurité,
disant: L’oeil ne me verra point, et il couvrira son visage; il perce les
maisons dans les ténèbres, comme il l’avait dit dans le jour,
et ils ont ignoré la lumière; si l’aurore apparaît
subitement, ils la croient l’ombre de la mort, et ainsi ils marchent dans
les ténèbres comme dans la lumière; il est léger
sur la surface de l’eau; que sa part soit maudite sur la terre, qu’il ne
marche point par la voie de la vigne, qu’il passe des eaux de neige à
une trop grande chaleur; et ils ont péché jusqu’au tombeau
»; ou bien: « le tombeau a dissipé ceux qui pèchent
», ou bien (selon les Septante), « leur péché
a été rappelé en mémoire ».
Je cite les passages entiers, et littéralement,
sans quoi il est toujours impossible de s’en former une idée vraie.
Y a-t-il là, je vous prie, le moindre mot dont
on puisse conclure que Moïse avait enseigné aux Juifs la doctrine
claire et simple des peines et des récompenses après la mort?
Le livre de Job n’a nul rapport avec les lois de Moïse.
De plus, il est très vraisemblable que Job n’était point
Juif; c’est l’opinion de saint Jérôme dans ses questions hébraïques
sur la Genèse. Le mot Sathan, qui est dans Job (i,
1, 6, 12), n’était point connu des Juifs, et vous ne le trouvez
jamais dans le Pentateuque. Les Juifs n’apprirent ce nom que dans
la Chaldée, ainsi que les noms de Gabriel et de Raphaël, inconnus
avant leur esclavage à Babylone. Job est donc cité ici très
mal à propos.
On rapporte encore le chapitre dernier d’Isaïe (23,
24): « Et de mois en mois, et de sabbat en sabbat, toute chair viendra
m’adorer, dit le Seigneur; et ils sortiront, et ils verront à la
voirie les cadavres de ceux qui ont prévariqué; leur ver
ne mourra point, leur feu ne s’éteindra point, et ils seront exposés
aux yeux de toute chair jusqu’à satiété. »
Certainement, s’ils sont jetés à la voirie,
s’ils sont exposés à la vue des passants jusqu’à satiété,
s’ils sont mangés des vers, cela ne veut pas dire que Moïse
enseigna aux Juifs le dogme de l’immortalité de l’âme; et
ces mots: Le feu ne s’éteindra point, ne signifient pas que
des cadavres qui sont exposés à la vue du peuple subissent
les peines éternelles de l’enfer.
Comment peut-on citer un passage d’Isaïe pour prouver
que les Juifs du temps de Moïse avaient reçu le dogme de l’immortalité
de l’âme? Isaïe prophétisait, selon la computation hébraïque,
l’an du monde 3380. Moïse vivait vers l’an 2500; Il s’est écoulé
huit siècles entre l’un et l’autre. C’est une insulte au sens commun,
ou une pure plaisanterie, que d’abuser ainsi de la permission de citer,
et de prétendre prouver qu’un auteur a eu une telle opinion, par
un passage d’un auteur venu huit cents ans après, et qui n’a point
parlé de cette opinion. Il est indubitable que l’immortalité
de l’âme, les peines et les récompenses après la mort,
sont annoncées, reconnues, constatées dans le Nouveau Testament,
et il est indubitable qu’elles ne se trouvent on aucun endroit du Pentateuque;
et c’est ce que le grand Arnauld dit nettement et avec force dans son apologie
de Port-Royal.
Les Juifs, en croyant depuis l’immortalité de l’âme,
ne furent point éclairés sur sa spiritualité; ils
pensèrent, comme presque toutes les autres nations, que l’âme
est quelque chose de délié, d’aérien, une substance
légère, qui retenait quelque apparence du corps qu’elle avait
animé; c’est ce qu’on appelle les ombres, les mânes des corps.
Cette opinion fut celle de plusieurs Pères de l’Église. Tertullien,
dans son chapitre xxii de l’Ame, s’exprime ainsi: « Definimus
animam Dei flatu natam, immortalem, corporalem, effigiatam, substantia
simplice. — Nous définissons l’âme née du souffle de
Dieu, immortelle, corporelle, figurée, simple dans sa substance.
»
Saint Irénée dit, dans son liv. II, chap.
xxxiv: « Incorporales sunt animae quantum ad comparationem mortalium
corporum. — Les âmes sont incorporelles en comparaison des corps
mortels. » Il ajoute que « Jésus-Christ a enseigné
que les âmes conservent les images du corps, — caracterem corporum
in quo adoptantur, etc. » On ne voit pas que Jésus-Christ
ait jamais enseigné cette doctrine, et il est difficile de deviner
le sens de saint Irénée.
Saint Hilaire est plus formel et plus positif dans son
commentaire sur saint Matthieu: il attribue nettement une substance corporelle
à l’âme: « Corpoream naturae suae substantiam sortiuntur.
»
Saint Ambroise, sur Abraham, liv. II. chap. viii, prétend
qu’il n’y a rien de dégagé de la matière, si ce n’est
la substance de la sainte Trinité.
On pourrait reprocher à ces hommes respectables
d’avoir une mauvaise philosophie; mais il est à croire qu’au fond
leur théologie était fort saine, puisque, ne connaissant
pas la nature incompréhensible de l’âme, ils l’assuraient
immortelle, et la voulaient chrétienne.
Nous savons que l’âme est spirituelle, mais nous
ne savons point du tout ce que c’est qu’esprit. Nous connaissons très
imparfaitement la matière, et il nous est impossible d’avoir une
idée distincte de ce qui n’est pas matière. Très peu
instruits de ce qui touche nos sens, nous ne pouvons rien connaître
par nous-mêmes de ce qui est au delà des sens. Nous transportons
quelques paroles de notre langage ordinaire dans les abîmes de la
métaphysique et de la théologie, pour nous donner quelque
légère idée des choses que nous ne pouvons ni concevoir
ni exprimer; nous cherchons à nous étayer de ces mots, pour
soutenir, s’il se peut, notre faible entendement dans ces régions
ignorées.
Ainsi nous nous servons du mot esprit, qui répond
à souffle, et vent, pour exprimer quelque chose qui n’est pas matière
et ce mot souffle, vent, esprit, nous ramenant malgré nous
à l’idée d’une substance déliée et légère,
nous en retranchons encore ce que nous pouvons, pour parvenir à
concevoir la spiritualité pure; mais nous ne parvenons jamais à
une notion distincte: nous ne savons même ce que nous disons quand
nous prononçons le mot substance; il veut dire, à
la lettre, ce qui est dessous, et par cela même il nous avertit qu’il
est incompréhensible: car qu’est-ce en effet que ce qui est dessous?
La connaissance des secrets de Dieu n’est pas le partage de cette vie.
Plongés ici dans des ténèbres profondes, nous nous
battons les uns contre les autres, et nous frappons au hasard au milieu
de cette nuit, sans savoir précisément pour quoi nous combattons.
Si l’on veut bien réfléchir attentivement
sur tout cela, il n’y a point d’homme raisonnable qui ne conclût
que nous devons avoir de l’indulgence pour les opinions des autres, et
en mériter.
Toutes ces remarques ne sont point étrangères
au fond de la question, qui consiste à savoir si les hommes doivent
se tolérer: car si elles prouvent combien on s’est trompé
de part et d’autre dans tous les temps, elles prouvent aussi que les hommes
ont dû, dans tous les temps, se traiter avec indulgence. (Note
de Voltaire.)
Note_111
Le dogme de la fatalité est ancien et universel:
vous le trouvez toujours dans Homère. Jupiter voudrait sauver la
vie à son fils Sarpédon; mais le destin l’a condamné
à la mort: Jupiter ne peut qu’obéir. Le destin était,
chez les philosophes, ou l’enchaînement nécessaire des causes
et des effets nécessairement produits par la nature, ou ce même
enchaînement ordonné par la Providence: ce qui est bien plus
raisonnable. Tout le système de la fatalité est contenu dans
ce vers d’Annaeus Sénèque (épit. cvii):
Ducunt volentem fata, nolentem trahunt.
On est toujours convenu que Dieu gouvernait l’univers
par des lois éternelles, universelles, immuables: cette vérité
fut la source de toutes ces disputes inintelligibles sur la liberté,
parce qu’on n’a jamais défini la liberté, jusqu’à
ce que le sage Locke soit venu; il a prouvé que la liberté
est le pouvoir d’agir. Dieu donne ce pouvoir; et l’homme, agissant librement
selon les ordres éternels de Dieu, est une des roues de la grande
machine du monde. Toute l’antiquité disputa sur la liberté;
mais personne ne persécuta sur ce sujet jusqu’à nos jours.
Quelle horreur absurde d’avoir emprisonné, exilé pour cette
dispute, un Arnauld, un Sacy, un Nicole, et tant d’autres qui ont été
la lumière de la France! (Note de Voltaire.)
Note_112
Le roman théologique de la métempsycose
vient de l’Inde, dont nous avons reçu beaucoup plus de fables qu’on
ne croit communément. Ce dogme est expliqué dans l’admirable
quinzième livre des
Métamorphoses d’Ovide. Il a été
reçu presque dans toute la terre; il a été toujours
combattu; mais nous ne voyons point qu’aucun prêtre de l’antiquité
ait jamais fait donner une lettre de cachet à un disciple de Pythagore.
(Note de Voltaire.)
Note_113
Ni les anciens Juifs, ni les Égyptiens,
ni les Grecs leurs contemporains, ne croyaient que l’âme de l’homme
allât dans le ciel après sa mort. Les Juifs pensaient que
la lune et le soleil étaient à quelques lieues au-dessus
de nous, dans le même cercle, et que le firmament était une
voûte épaisse et solide qui soutenait le poids des eaux, lesquelles
s’échappaient par quelques ouvertures. Le palais des dieux, chez
les anciens Grecs, était sur le mont Olympe. La demeure des héros
après la mort était, du temps d’Homère, dans une île
au delà de l’Océan, et c’était l’opinion des esséniens.
Depuis Homère, on assigna des planètes aux
dieux, mais il n’y avait pas plus de raison aux hommes de placer un dieu
dans la lune qu’aux habitants de la lune de mettre un dieu dans la planète
de la terre. Junon et Iris n’eurent d’autres palais que les nuées;
il n’y avait pas là où reposer son pied. Chez les Sabéens,
chaque dieu eut son étoile; mais une étoile étant
un soleil, il n’y a pas moyen d’habiter là, à moins d’être
de la nature du feu. C’est donc une question fort inutile de demander ce
que les anciens pensaient du ciel: la meilleure réponse est qu’ils
ne pensaient pas. (Note de Voltaire.)
Note_114
Saint Matthieu, chap. xxii, v. 4. (Note
de Voltaire.)
Note_115
Saint Luc, chap. xiv. (Note
de Voltaire.)
Note_116
Verset 23.
Note_117
Luc, xiv, 12.
Note_118
Saint Luc, chap. xiv, v. 26 et suiv. (Note
de Voltaire.)
Note_119
Saint Matthieu, chap. xviii, v. 17. (Note
de Voltaire.)
Note_120
Matthieu, xi, 19.
Note_121
Marc, xi, 13.
Note_122
Luc, xv.
Note_123
Matthieu, xx.
Note_124
Luc, x.
Note_125
Matthieu, ix, 15.
Note_126
Luc, vii, 48.
Note_127
Jean, viii, 11.
Note_128
Jean, ii, 9.
Note_129
Matthieu, xxvi, 52; Jean,xvii, 11.
Note_130
Luc, ix, 55.
Note_131
Luc, xxiii, 34.
Note_132
Luc, xxii, 44.
Note_133
Saint Matthieu, chap. xxiii. (Note
de Voltaire.)
Note_134
Ibid.,
chap. xxvi, v. 59. (Note
de Voltaire.)
Note_135
Matthieu, chap. xxvi, v. 61. (Note
de Voltaire.)
Note_136
Matthieu, chap. xxvi, v. 63.
Note_137
Il était en effet très difficile
aux Juifs, pour ne pas dire impossible, de comprendre, sans une révélation
particulière, ce mystère ineffable de l’incarnation du Fils
de Dieu, Dieu lui-même. La Genèse (chap. vi) appelle
fils de Dieu les fils des hommes puissants: de même, les grands
cèdres, dans les psaumes (LXXIX, 14), Sont appelés les cèdres
de Dieu.
Samuel (I. Rois, xvi, 45) dit qu’une frayeur
de Dieutomba sur le peuple, c’est-à-dire une grande frayeur;
un grand vent, unvent de Dieu; la maladie de Saül, mélancolie
de Dieu. Cependant il paraît que les Juifs entendirent à
la lettre que Jésus se dit fils de Dieu dans le sens propre; mais
s’ils regardèrent ces mots comme un blasphème, c’est peut-être
encore une preuve de l’ignorance où ils étaient du mystère
de l’incarnation, et de Dieu, fils de Dieu, envoyé sur la terre
pour le salut des hommes. (Note de Voltaire.)
Note_138
Matthieu, xxvi, 64.
Note_139
Acta apost. xxv,
46.
Note_140
Jean, xiv, 28.
Note_141
La Rochefoucauld, maxime 223.
Note_142
Ce n’est point ici une plaisanterie exagérée.
A la mort de Pascal, on publia qu’il avait abjuré le jansénisme
dans ses derniers moments, et il fut prouvé qu’il n’était
mécontent des jansénistes que parce qu’ils avaient montré
trop de condescendance dans une paix passagère avec la cour de Rome.
On supposa depuis une rétractation de M. de Monclar, procureur général
du parlement de Provence. On supposa, comme on le verra ci-dessous, une
déclaration de la vieille servante de Calas. (K.) — L’ordre que
nous avons suivi étant diffèrent de celui des éditeurs
de Kehl, c’est dans le tome précédent, qu’on peut voir ce
qui est relatif a la déclaration de la servante de Calas. La rétractation
attribuée à Ripert de Monclar, que Voltaire (Au Dictionnaire
Philosophique.) appelle l’oracle du parlement de Provence, a été
désavouée par sa famille. Voyez le Journal politique,
ou Gazette des gazettes, seconde quinzaine de mars 1773, page 64.
Note_143
Lorsqu’on écrivait ainsi, en 1762, l’ordre
des jésuites n’était pas aboli en France. S’ils avaient été
malheureux, l’auteur les aurait assurément respectés. Mais
qu’on se souvienne à jamais qu’ils n’ont été persécutés
que parce qu’ils avaient été persécuteurs; et que
leur exemple fasse trembler ceux qui, étant plus intolérants
que les jésuites, voudraient opprimer un jour leurs concitoyens
qui n’embrasseraient pas leurs opinions dures et absurdes. (Note
de Voltaire.) — Cette note a été ajoutée
en 1771.
Note_144
La poudre à canon.
Note_145
En 1714, année en laquelle Voltaire suppose
écrite la lettre qui forme ce chapitre, il n’y avait en France que
douze parlements.
Note_146
Cette initiale est celle du nom de Ravaillac;
c’est Voltaire lui-même qui l’apprend dans son Avis au public
sur les parricides imputés aux Calas et aux Sirven.
Note_147
Act.,
v, 29.
Note_148
Voyez le chap. XLII de Dieu et les Hommes.
Note_149
Voyez, dans le Dictionnaire philosophique,
le mot FRAUDE.
Note_150
Voltaire ne parle que de huit enfants ressuscités,
à son article FRANÇOIS XAVIER.
Note_151
Saint-Marceau.
Note_152
I. Cor., xv, 36.
Note_153
C’est ce qu’avait dit l’évêque de
Soissons Fitz-James.
Note_154
Voyez l’excellent livre intitulé le Manuel
de l’Inquisition. (Note de Voltaire.)
— Le livre que Voltaire recommande ici, avec raison, est
le Manuel des inquisiteurs à l’usage des Inquisitions d’Espagne
et de Portugal, ou Abrégé de l’ouvrage intitulé
Directorium inquisitorum,
composé vers 1358, par Nicolas
Eymerie, etc., 1762, in-12; l’auteur du Manuel est l’abbé
Morellet. (B.)
Note_155
C’est d’après l’ouvrage de l’abbé
Morellet, cité en la note précédente, que j’ai rétabli
les noms de Cuchalon, Roias, et Felynus (au lieu de Chucalon,
Royas, et Telinus,
qu’on lit dans les autres éditions).
Les noms de Gomarus, Diabarus, et Gemelinus, me semblent
aussi altérés; je les ai vainement cherchés, non seulement
dans l’ouvrage de Morellet, mais encore dans plusieurs bibliographes nationaux
ou professionnaux; au lieu de Gomarus, Gemelinus, peut-être
faut-il lire Gomez
et Geminianus, mais je ne puis expliquer
Diabarus. (B.) — Il n’est pas à penser que le Gomarus mentionné
ici soit le Hollandais Gomar, dont il est question et ci-dessus.
Note_156
Luc, x, 27.
Note_157
L’abbé Malvaux.
Note_158
De l’abbé Caveyrac.
Note_159
Négociations en Hollande, 6 vol.,
1752-1753.
Note_160
M. de Voltaire entend ici qu’il n’a eu d’autres
liaisons avec la famille des Calas que d’avoir pris sa défense,
d’avoir appuyé ses réclamations et ses plaintes. (K.)
Note_161
C’est ici que finit le Traité de la
Tolérance dans l’édition de 1763; l’article qui suit
fut ajouté, en 1765, dans l’impression qui fait partie du tome second
des Nouveaux Mélanges.
Note_162
Le Père La Valette.
Note_163
Par d’Alembert, 1765, in-12; 1767, in-12; et dans
les Oeuvres de cet auteur.
Note_164
Mémoire à consulter et Consultation
pour les enfants du défunt J. Calas, marchand à Toulouse.
Délibéré, à Paris, ce 22 janvier
1765. Signé Lambon, Mallard, d’Outremont, Mariette, Gerbier, Legouvé,
Loyseau de Mauléon, Élie de Beaumont.
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