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| Index Voltaire | Commande CDROM | Mélanges III | LES CAR
(1)Vous ne cessez point de calomnier la nation; car jusque dans l’Éloge de feu monseigneur le duc de Bourgogne(2), lorsqu’il ne s’agit que d’essuyer nos larmes, vous ne parlez à l’héritier du trône, au père affligé, au prince sensible et juste, que de la fausse et aveugle philosophie qui règne en France, de la raison égarée, des coeurs corrompus, des mains suspectes, d’esprits gâtés par des opinions dangereuses; vous dites que dans ce siècle on ne regarde la mort que comme le retour au néant, etc. Vous avez tort: car il est cruel de dire à la maison royale que la France est pleine d’esprits qui ont peu de respect pour la religion catholique, et d’insinuer qu’ils en auront peu pour le trône; il est barbare de peindre comme dangereux des gens de lettres qui sont presque tous sans appui; il est affreux de faire le métier de délateur quand on s’érige en consolateur, et de vouloir irriter des coeurs dont vous prétendez adoucir les regrets par vos phrases. On voit assez que vous cherchez à écarter les gens de lettres de l’éducation des Enfants de France: car vous aspirez à en être chargé vous-même, vous et monsieur votre frère; car, pour paraître à la cour en maître, vous priâtes M. Dupré de Saint-Maur, qui vous recevait à l’Académie, de vous comparer à Moïse, dans son beau discours(3), et monsieur votre frère à Aaron: ce qu’il fit, et ce qu’il ne fera plus. Ah, Moïse de Montauban vous n’aviez pas pris dans les Tables de la loi votre Prière du déiste(4), car elle n’y est pas. Cessez donc d’imputer des sentiments d’impiété à la nation, car vous avez ouvertement professé l’impiété. Ce n’était pas ce que professait le professeur en droit votre grand-père, professant à Cahors: c’était un homme sage que ce professeur; s’il vivait encore, il vous dirait: Mon fils, soyez modeste; corrigez les vers de votre Didon, qui sont lâches, faibles, durs, secs, hérissés de solécismes. Récitez les psaumes pénitentiaux, et ne les translatez point en vers plus durs et plus chargés d’épithètes que votre Didon. Ne soyez point hypocrite après avoir été impie, car c’est là le mal. Demandez pardon à l’Académie de l’avoir insultée, et surtout ennuyée, la seule fois que vous avez osé paraître devant elle. Ne donnez point de Mémoires au roi(5), car il ne les lira pas; et n’imaginez point de les faire imprimer par ordre du roi, car le roi n’en donnera pas l’ordre; ne soyez point délateur, car c’est un vilain métier; ne faites point le grand seigneur, car vous êtes d’une bonne bourgeoisie; ne cabalez plus pour être intrus dans l’éducation de nos princes, car, comme vous dites dans votre Épître à monseigneur le dauphin, elle ne sera pas confiée aux esprits gâtés, aux auteurs de la Prière du déiste, ni aux têtes chaudes qui ont l’esprit froid; n’insultez point les gens de lettres, car ils vous diront des vérités. Si vous présidez à la cour des aides de Cahors, ou à l’élection, ou au grenier à sel, n’imitez point ce juge de village dont parle Horace, qui portait le laticlave, et faisait parade de sa chaise curule: car on en rit. Ne dites plus au roi, dans un libelle de supplique, qu’il traite ses sujets comme des esclaves, car alors ce n’est plus une supplique, et il ne reste que le libelle; et lorsqu’on est coupable d’un libelle si insensé, on a beau faire sa cour au P. Desmarets, jésuite(6), le P. Desmarets jésuite ne vous fera jamais entrer dans le conseil: car il n’y entrera pas lui-même. FIN DES CAR.
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