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| Index Voltaire | Commande CDROM | Mélanges III | EXTRAIT DES NOUVELLES A LA MAIN
(81)Le Mémoire de M. Lefranc de Montauban, présenté au roi(82),étant parvenu à Montauban, et chacun étant stupéfait, les parents du sieur auteur du mémoire s’assemblèrent: et ayant reconnu que ledit sieur instruisait familièrement Sa Majesté de ses gestes, dits et écrits; qu’il parlait au roi des entretiens amiables que lui sieur Lefranc avait eus avec M. d’Aguesseau; qu’il apprenait au roi qu’il avait eu une bibliothèque à Montauban, et, de plus, qu’il faisait des vers; ayant remarqué dans ledit écrit plusieurs autres passages qui dénotaient une tête attaquée; ils députèrent en poste un avocat de ladite ville au sieur auteur, demeurant pour lors à Paris, et lui enjoignirent de s’informer exactement de sa santé et d’en faire un rapport juridique. Ledit avocat, accompagné d’un témoin irréprochable, alla à Paris, et se transporta chez le malade: il le trouva debout, à la vérité, mais les yeux un peu égarés, et le pouls élevé. Le patient cria d’abord devant les deux députés: Jeovah, Jupiter, Seigneur(83). « Je ne suis qu’un avocat, répondit le voyageur; je ne m’appelle point Jeovah. — Avez-vous vu le roi? dit le malade. - Non, monsieur, je viens vous voir. — Allez dire au roi de ma part, reprit le sieur malade, qu’il relise mon mémoire, et portez-lui le catalogue de ma bibliothèque. » L’avocat lui conseilla de manger de bons potages, de se baigner, et de se coucher de bonne heure. A ces mots le patient eut des convulsions, et dans l’accès
il s’écria:
— Eh monsieur, dit l’avocat, pourquoi me citez-vous ces détestables vers, quand je vous parle raison? » Le malade écume à ce propos, et, grinçant les dents, il dit: .
L’avocat versa des larmes en voyant l’état lamentable du patient; il retourna à Montauban faire son rapport juridique, et la famille, étant certaine que le malade était mentis non compos, fit interdire le sieur Lefranc de Pompignan, jusqu’à ce qu’un bon régime pût rétablir la santé d’icelui. FIN DE L’EXTRAIT.
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