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| Index Voltaire | Commande CDROM | Mélanges III | REQUÊTE AUX MAGNIFIQUES SEIGNEURS ET
CURATEURS
Étant informé que les professeurs de Lausanne croient devoir favoriser le sieur Darnay leur concitoyen, et Grasset l’imprimeur, je présente cette requête aux magnifiques seigneurs curateurs, et les supplie de me pardonner si elle n’est pas dans les formes que j’ignore. 1° Je déclare et proteste que dans ce libelle infâme(22) il n’y a, de toutes les choses qu’on m’impute, aucune pièce qui soit de moi, excepté ma déclaration(23) en faveur de la famille Saurin, qui m’a prié de prendre sa défense, et qui conjure très humblement Leurs Excellences de daigner empêcher qu’on la couvre d’opprobre; qu’on renouvelle encore dans des libelles anonymes des plaies faites depuis soixante et dix ans; qu’on fasse valoir contre leur père une lettre à lui imputée, que la famille jure n’avoir jamais été écrite. 2° Les cent douze premières pages(24) de ce libelle sont tirées, à la vérité, de pièces anonymes ramassées dans d’anciens journaux de Hollande: je ne les avais jamais lus, et je suis aussi surpris qu’indigné qu’on m’impute dans ces fatras des opinions que je n’ai jamais professées. Ces cent douze pages sont pleines d’injures que je dois pardonner, mais que le bon ordre ne peut permettre. On imprime impunément en Hollande mille scandales que le sage gouvernement de Berne ne souffre pas. 3o La Défense de milord Bolingbroke n’est point de moi, mais d’un homme très supérieur à moi, et à qui on doit du respect(25). Cet écrit n’est point l’ouvrage qu’on m’avait annoncé d’abord; et, quel qu’il soit, je me plains qu’on m’attribue ce que je déclare n’avoir point fait(26). Il est dit, page 26 de la partie du libelle imprimée en petits caractères(27), que le roi de Prusse m’a chassé de ses États; cela est faux: j’en atteste Sa Majesté le roi de Prusse. Je proteste, et je fais serment qu’une lettre à moi, imputée, page 57, écrite à M. Thieriot(28), à Paris, est falsifiée, et je m’en rapporte au témoignage du sieur Thieriot. J’ajoute qu’il est contre les moeurs d’imprimer les lettres des particuliers. Je persiste à dire que la prétendue lettre d’une société de Genève(29) est un libelle infâme, qu’il est défendu d’imprimer à Genève, et qui n’y a jamais paru. Je pourrais demander justice des injures grossières qu’on vomit contre moi dans trente pages de ce libelle, des termes de déiste et d’athée(30) dont on ose se servir; mais il ne m’appartient que de demander la suppression de cette infamie, et d’attendre le jugement avec confiance et respect. Voltaire.
N. B. Deux professeurs de Lausanne, liés avec
le sieur Darnay et Grasset, disent, dans leur rapport, qu’il n’y a rien
dans le libelle contre l’État et la religion. Vraiment, on le croit
bien: si le libelle était contre Dieu et l’État, l’auteur
mériterait le dernier supplice; mais ce libelle diffame des particuliers
qui implorent la justice et la bonté des magnifiques seigneurs curateurs.
FIN DE LA REQUÊTE.
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