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NOTES
Note_1La
Lettre critique d’une belle dame d’un beau monsieur de Paris, sur le poème
de la bataille de Fontenoy, qui, dans l’édition de Beuchot,
suit cette pièce, se trouve au tome VIII.
Note_2Voltaire
lui-même, dans son Commentaire historique, se dit auteur de
ce Manifeste, qui est de 1745. Voyez, tome XV, le chapitre XXV du
Précis
du Siècle de Louis XV.
Note_3L’Académie
française est la plus ancienne de France; elle fut d’abord composée
de quelques gens de lettres, qui s’assemblaient pour conférer ensemble.
Elle n’est point partagée en honoraires et pensionnaires; elle n’a
que des droits honorifiques, comme celui des commensaux de la maison du
roi, de ne point plaider hors de Paris; celui de haranguer le roi en corps
avec les cours supérieures, et de ne rendre compte directement qu’au
roi. (Note de Voltaire.)
Note_4MM.
de La Monnoie, Bouhier, Lantin, et surtout l’éloquent Bossuet, évêque
de Meaux, regardé comme le dernier Père de l’Église.
(Note de Voltaire.)
Note_5Saint-Évremond
admire Pétrone, parce qu’il le prend pour un grand homme de cour,
et que Saint-Évremond croyait en être un: c’était la
manie du temps. Saint-Évremond et beaucoup d’autres décident
que Néron est peint sous le nom de Trimalcion; mais en vérité,
quel rapport d’un vieux financier grossier et ridicule, et de sa vielle
femme, qui n’est qu’une bourgeoise impertinente, qui fait mal au coeur,
avec un jeune empereur et son épouse, la jeune Octavie ou la jeune
Poppée? Quel rapport des débauches et des larcins de quelques
écoliers fripons avec les plaisirs du maître du monde? Le
Pétrone, auteur de la satire, est visiblement un jeune homme d’esprit,
élevé parmi des débauchés obscurs, et n’est
pas le consul Pétrone. (Note de Voltaire.)
Note_6Horace
est traduit en vers italiens par (Stefano) Pallavicini; Virgile, par Annibal
Caro; Ovide, par Anguillara; Théocrite, par Ricolotti. Les Italiens
ont cinq bonnes traductions d’Anacréon. A l’égard des Anglais,
Dryden a traduit Virgile et Juvénal; Pope, Homère. Creech,
Lucrèce, etc. (Note de Voltaire.)
Note_7On
n’a pu, dans un discours d’appareil, entrer dans les raisons de cette difficulté
attachée à notre poésie; elle vient du génie
de la langue: car quoique M. de Lamotte, et beaucoup d’autres après
lui, aient dit en pleine Académie que les langues n’ont point de
génie, il paraît démontré que chacune a le sien
bien marqué.
Ce génie est l’aptitude à rendre heureusement
certaines idées, et l’impossibilité d’en exprimer d’autres
avec succès. Ces secours et ces obstacles naissent: 1° de la
désinence des termes; 2° des verbes auxiliaires et des participes;
3° du nombre plus ou moins grand des rimes; 4° de la longueur et
de la brièveté des mots; 5° des cas plus ou moins variés;
6° des articles et pronoms; 7° des élisions; 8° de l’inversion;
9° de la quantité dans les syllabes; et enfin d’une infinité
de finesses qui ne sont senties que par ceux qui ont fait une étude
approfondie d’une langue.
1° La désinence des mots, comme perdre,
vaincre, un coin, sucre, reste, crotte, perdu, sourdre, fief, coffre:
ces syllabes dures révoltent l’oreille, et c’est le partage de toutes
les langues du Nord.
2° Les verbes auxiliaires et les participes. Victis
hostibus; les ennemis ayant été vaincus: voilà
quatre mots pour deux. Loeso et invicto iniliti: c’est l’inscription
des Invalides de Berlin; si on va traduire, pour les soldats qui ont
été blessés, et qui n’ont pas été
vaincus
quelle
langueur! Voila pourquoi la langue latine est plus propre aux inscriptions
que la française
3° Le nombre des rimes. Ouvrez un dictionnaire
de rimes italiennes et un de rimes françaises, vous trouvez toujours
une fois plus de termes dans l’italien; et vous remarquerez encore que
dans le français il y a toujours vingt rimes burlesques et basses
pour deux qui peuvent entrer dans le style noble
4° La longueur et la brièveté des
mots. C’est ce qui rend la langue plus ou moins propre à l’expression
de certaines maximes, et à la mesure de certains vers.
On n’a jamais pu rendre en français dans un beau
vers:
| Quanto si mosfra men, tante è più bella. |
On n’a jamais pu traduire en beaux vers italiens:
| Tel brille au second rang qui s’éclipse au premier.
(Henr., I, 3l.)
C’est un poids bien pesant qu’un nom trop tôt fameux.
(Henr., III, 41.)
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5° Les cas plus ou moins variés. Mon
père, de mon père, à mon père, meus Pater,
mei patris, meo patri; cela est sensible.
6° Les articles et pronoms. De ipsius negotio ei
loquebatur. Con ello parlava dell’ affare di lui; il lui parlait
de son affaire. Point d’amphibologie dans le latin. Elle est presque
inévitable dans le français. On ne sait si son affaire
est celle de l’homme qui parle, ou de celui auquel on parle; le pronom
il
se
retranche en latin, et fait languir l’italien et le français.
7° Les élisions.
Canto l’arme pietose, e il capitano.
Nous ne pouvons dire:
Chantons la piété et la vertu heureuse.
8° Les inversions. César cultiva tous les
arts utiles; on ne peut tourner cette phrase que de cette seule façon.
On peut dire en latin de cent vingt façons différentes:
Caesar omnes utiles artes coluit.
Quelle incroyable différence!
9° La quantité dans les syllabes. C’est
de là que naît l’harmonie. Les brèves et les longues
des Latins forment une vraie musique. Plus une langue approche de ce mérite,
plus elle est harmonieuse. Voyez les vers italiens, la pénultième
est toujours longue:
capitâno, mâno, sêno, chrîsto,
acquîsto.
Chaque langue a donc son génie, que des hommes
supérieurs sentent les premiers, et font sentir aux autres. Ils
font éclore ce génie caché de la langue. (Note
de Voltaire.)
Note_8Art
poétique, I, 96.
Note_9Art
poétique, I, 131.
Note_10Frédéric
II, roi de Prusse.
Note_11La
princesse Ulrique de Prusse, reine de Suède, à qui Voltaire
avait adressé un célèbre madrigal (voyez, dans les
Poésies
mêlées, tome X).
Note_12L’endroit
où est Pétersbourg n’était qu’un désert marécageux
et inhabité. (Note de Voltaire.)
Note_13C’est
le président Hénault. Dans quelques traductions de ce discours,
on a mis en note l’abbé Lenglet, au lieu de M. Hénault; c’est
une étrange méprise. (Note de Voltaire.)
Note_14Le
président de Montesquieu. (Note de Voltaire.)
Note_15Le
marquis de Vauvenargues, jeune homme de la plus grande espérance,
mort à vingt-sept ans. (Note de Voltaire.)
Note_16M.
Crébillon, auteur d’Électre
et de Rhadamiste. Ces
pièces, remplies de traits vraiment tragiques, sont souvent jouées.
(Note de Voltaire.)
Note_17M.
de Fontenelle. (Note de M. Decroix.)
Note_18L’abbé
d’Olivet, directeur de l’Académie lors de la réception de
Voltaire, et qui, en cette qualité, répondit à son
discours.
Note_19Le
maréchal de Saxe; voyez le chapitre xv du Précis du Siècle
de Louis XV.
Note_20M.
le maréchal duc de Richelieu; (Note de
Voltaire.)
Note_21L’événement
a justifié, en 1748, ce que disait M. de Voltaire en 1746. (Note
de Voltaire.)
Note_22Les
médailles frappées au Louvre sont au-dessus des plus belles
de l’antiquité, non pas pour les légendes, mais pour le dessin
et la beauté des coins. (Note de Voltaire.)
Note_23Métam.,
XV,
259 et suiv.
Note_24Voltaire
a reproduit ces vers avec quelques changements dans le chapitre xvi des
Singularités
de la nature (voyez année 1768), et les a fait précéder
des vers latins.
Note_25Il
est prouvé que l’obliquité de l’écliptique n’est point
constante, et qu’elle éprouve une variation sensible dans l’espace
d’un siècle; mais doit-on supposer que l’écliptique ait une
révolution comme celle de la précession des équinoxes,
ou un simple balancement; ou bien qu’outre ce balancement elle ait une
tendance à se rapprocher du plan de Jupiter et de Saturne? Toutes
ces combinaisons sont possibles, et ni les observations ni le calcul ne
peuvent nous apprendre encore laquelle mérite la préférence.
Il n’en faut pas être surpris: nous n’avons d’observations exactes
que depuis un siècle environ, et il n’y a qu’un peu plus de trente
ans que nous savons appliquer le calcul a ces grandes questions.
Au reste, le changement qui résulterait de cette
révolution de l’écliptique affecterait surtout la température
des différentes parties du globe, la durée de leurs jours,
les mouvements apparents des corps célestes, etc., mais influerait
très peu sur l’équilibre des fluides placés à
la surface. (K.) — Il est bien vrai que l’écliptique se déplace
de 28 secondes par siècle. (D.)
Note_26Buffon.
Note_27Demaillet;
voyez les notes, tome XXI.
Note_28Il
est incontestable que la terre a été modifiée à
sa surface. Les soulèvements successifs qui ont donné naissance
à beaucoup de chaînes de montagnes ont amené au dehors
ces bancs de coquilles ou ces empreintes isolées qui excitent la
verve de Voltaire. (D.)
Note_29Cette
évaporation est très probablement la cause de ce phénomène.
si une mer intérieure ne recevait des cours d’eau qui s’y jettent
une compensation à cette perte continuelle, elle se dessécherait
peu à peu. Telle est la mer Morte: la salure y devient extrême,
le lit se comble par les dépôts, et un jour viendra où
elle sera complètement à sec. (D.)
Note_30Cette
Digression
ne fut imprimée qu’en 1751; voyez la note 1 de la page 219.
Note_31Cet
Avis
fut inséré dans le Mercure de janvier 1748. J’ai recueilli,
et je donnerai dans le courant de l’édition, à leurs dates,
divers Avis, Déclarations
et autres pièces de même
nature. (B.)
Note_32Voyez
tome XVII.
Note_33Dans
le prologue d’Atys, opéra de Quinault, on lit:
Les plaisirs à ses yeux ont beau se présenter,
Sitôt qu’il voit Bellone il quitte tout pour elle;
Rien ne peut l’arrêter
Quand la Gloire l’appelle. |
Note_34Quelques
personnes ont porté beaucoup plus haut le montant de ce que Versailles
a coûté à la France. Mirabeau, et Volney surtout, ont
tellement dépassé les évaluations de Voltaire que,
craignant de voir l’architecture compromise, C.-A. Guillaumot, architecte,
a publié des Observations sur le tort que font à l’architecture
les déclamations hasardées et exagérées contre
les dépenses qu’occasionne la construction des monuments publics;
Paris,
Perronneau, an IX, in-8° de trente-trois pages. Guillaumot fait monter
la dépense de Versailles seulement à près de cent
vingt-deux millions de notre espèce actuelle. Je ne sais pourquoi
l’auteur a porté les dépenses en monnaie de son temps: il
était plus naturel de les donner telles qu’il les trouvait aux sources
où il dit avoir puisé. Ce qui peut diminuer encore la confiance
dans ses calculs, c’est que ses additions ne sont pas justes; au surplus,
son écrit, dont on trouve un extrait dans la troisième édition
de l’Histoire de Fénelon, par le cardinal de Bausset,
a été analysé avec plus d’exactitude dans les
Documents authentiques et Détails curieux sur les dépenses
de Louis XIV, par G. Peignot, 1827, in-8°. Malgré Guillaumot,
il est permis de croire que Voltaire a été ici, comme tant
d’autres fois, mieux instruit et plus exact qu’on ne voudrait. (B.) - Pour
la construction seule du palais, on compte, jusqu’en 1690, quatre-vingt
huit millions. (G. A.)
Note_35Voyez
le chapitre xxviii du Siècle de Louis XIV.
Note_36Sur
la statue de Henri IV, voyez la note, tome XII. — La statue de Louis XIII,
dont le cheval était de Daniel Volterre, et le cavalier de Biard,
qui avait été érigée Place-Royale, à
Paris, par le cardinal de Richelieu, a aussi été détruite
pendant la Révolution. La statue équestre du même prince,
en marbre blanc, qu’on voit aujourd’hui, est de Dupaty. (B.)
Note_37L’édition
de Dresde, 1748, et la réimpression dans le Mercure de 1750,
contiennent de plus ici l’alinéa suivant:
« On prononça son panégyrique publiquement
à Florence, et à Bologne. M. Guglielmini, fameux astronome
toscan, fit bâtir une maison à Florence à l’aide de
ses libéralités, et grava sur la porte: AEDES A DEO DATAE,
maison
donnée par un dieu; allusion au surnom de Dieudonné,
que
Louis XIV avait eu dans son enfance, et au vers de Virgile: Deus nobis
haec otia fecit. Cette inscription était sans doute plus idolâtre
que celle de la statue de la place des victoires: VIRO IMMORTALE,
à
l’homme immortel; on a critiqué cette dernière, comme
si ce mot immortel signifiait autre chose que la durée de
sa renommée. (B.)
Note_38Page
234. Voici les inscriptions: « Ludovico magno. Quod diebus vix sexaginta
Rhenum, Wahalim, Mosam, Isalam, superavit. Subjecit provincias tres, cepit
urbes munitas quadraginta. Emendata male memori Batavorum gente, praefectus
et aediles P. CC. Anno D.MDCLXXII. » — Du côté du faubourg:
« Ludovico magno. Quod Trajectum ad Mosam XIII diebus cepit. Prefectus
et aediles P. CC. Anno D. MDCLXXIII. »
Note_39L’édition
de 1748 contient de plus ici les huit alinéas suivants, dont le
premier seul a été reproduit dans le Mercure, en 1756:
« Une preuve incontestable de son excellent caractère,
c’est la longue lettre qu’il écrivit à M. Le Tellier, archevêque
de Reims, que j’ai eu le bonheur de voir en original. Il était très
mécontent de M. de Barbezieux, neveu de ce prélat, auquel
il avait donné la place de secrétaire d’État du célèbre
Louvois, son père. Il ne voulait pas dire des choses dures à
M. de Barbezieux; il écrit à son oncle pour le prier de lui
parler et de le corriger: Je sais ce que je dois, dit-il, à
la mémoire de M. de Louvois; mais si votre neveu ne change de conduite,
je serai forcé avec douleur à prendre un parti. Ensuite
il entre dans un long détail de toutes les fautes qu’il reproche
à son ministre, comme un père de famille tendre et instruit
de ce qui se passe dans sa maison. Il se plaint que M. de Barbezieux ne
fait pas un assez bon usage de ses grands talents; qu’il néglige
quelquefois les affaires pour les plaisirs; qu’il fait attendre trop longtemps
les officiers dans son antichambre; qu’il parle avec trop de hauteur et
de dureté. La lettre est assurément d’un roi et d’un père.
« Dans mille libelles qu’on a écrits contre
lui, on lui a reproché ses amours avec la plus grande amertume;
mais quel est celui de tous ceux qui l’accusent qui n’ait eu la même
passion? Il est plaisant qu’on ne veuille pas donner à un roi une
liberté que les moindres de ses sujets prennent si hautement.
« Ceux qui n’ont jamais connu cette passion sont
d’ordinaire des caractères durs et impitoyables. Une femme digne
d’être aimée adoucit les moeurs; elle est la seule qui puisse
dire à un prince des vérités utiles, qu’il n’entendrait
peut-être pas sans honte et sans dépit de la bouche d’un homme,
et qu’un homme même n’oserait pas dire. Louis XIV fut heureux dans
tous ses choix, et il le fut encore dans ses enfants naturels; il en eut
dix légitimés, et deux qui ne le furent pas. Des dix légitimés,
deux moururent dans leur enfance; les huit qui vécurent eurent tous
du mérite. Les princesses furent aimables, le duc du Maine et le
comte de Toulouse furent des princes très sages. Le comte de Vermandois,
qui mourut jeune, et qui était amiral avant le comte de Toulouse,
promettait beaucoup.
« Dans les dernières histoires de Louis XIV,
on prétend que ce fut Mme de Montespan qui produisit
elle-même Mme de Maintenon à la cour; on se trompe.
Ce fut le duc de Richelieu, père du premier gentilhomme de la chambre,
qui a été si connu en Europe par les agréments de
sa figure et de son esprit, et par le service qu’il a rendu dans la bataille
de Fontenoy. L’hôtel de Richelieu était le rendez-vous de
la meilleure compagnie de Paris, et soutenait la réputation du Marais,
qui était alors le beau quartier. Mme de Maintenon, qu’on
appelait madame Scarron, veuve du fils d’un conseiller de grand’chambre,
d’une très bonne famille de robe, et petite-fille du fameux d’Aubigné,
si connu sous Henri le Grand, allait fort souvent à l’hôtel
de Richelieu, dont elle faisait les délices. Mme de Montespan
voulant envoyer aux eaux de Barège son fils le duc du Maine, encore
enfant, qui était né avec une difformité dans un pied,
cherchait une personne intelligente et secrète qui se chargeât
de la conduite. La naissance de duc du Maine était encore un mystère.
M. le duc de Richelieu proposa ce voyage à Mme Scarron,
qui n’était pas riche; et M. de Louvois, qui était dans la
confidence, la fit partir pour les eaux secrètement avec le jeune
duc du Maine. Il faut avouer qu’il y eut dans la fortune de cette dame
une destinée bien étrange. Elle était née à
Niort, dans la prison où son père était renfermé
après s’être sauvé du château Trompette avec
la fille du sous-gouverneur, nommé de Cardillac, qu’il avait épousée;
ainsi elle était très bonne demoiselle par son père
et par sa mère, mais sans aucun bien. Son père avait dissipé
le peu de fortune qu’il avait eu, et en chercha une en Amérique.
Il y mena sa fille, âgée de trois ans; elle fut sur le point,
en abordant sur le rivage, d’y être dévorée par un
serpent.
« De retour en France, à l’âge de douze
ans, elle logea chez la duchesse de Navailles, sa parente, qui ne lui donna
que de l’éducation. Elle y changea de religion, car elle était
née calviniste. Ce fut une fortune pour elle d’épouser Scarron,
qui ne vivait presque que de pensions et de ses ouvrages, qu’il appelait
sa terre de Quinet, parce que Quinet était son libraire.
« Après la mort de son mari, elle fit demander
au roi, par tous ses amis, une partie de la pension dont Scarron jouissait,
et le roi la fit attendre deux ans.
« Enfin il lui en donna une de deux mille livres
avant qu’elle menât M. le duc du Maine aux eaux; il lui dit Madame,
je
vous ai bien fait attendre, mais j’ai été jaloux de vos amis,
et j’ai voulu que vous n’eussiez d’obligation qu’à moi.
M. le
cardinal de Fleury, de la bouche de qui je tiens ce fait, m’a dit que le
roi lui tint le même discours quand il lui donna l’évêché
de Fréjus. Elle avait environ cinquante ans quand Louis XIV s’attacha
à elle. Il faut convenir qu’à cet âge on ne subjugue
pas le coeur d’un roi, et surtout d’un roi devenu difficile, sans avoir
un très grand mérite. Il faut de la complaisance sans empressement,
de l’esprit sans envie d’en montrer, une flexibilité naturelle,
une conversation solide et agréable, l’art de réveiller sans
cesse l’âme d’un homme accoutumé à tout et dégoûté
de tout, assez de force pour donner de bons conseils, et assez de retenue
pour ne les donner qu’à propos; il faut enfin ce charme inexprimable
qui enchaîne un esprit, et qui ranime les langueurs de l’habitude.
Mme de Maintenon avait toutes ces qualités. Elle fit
les douceurs de la vie de Louis XIV, depuis 1684 jusqu’à la mort
de ce monarque. L’Histoire de Reboulet dit qu’il l’épousa
en présence de Bontemps et de Forbin; mais ce fut M. de Montchevreuil,
et non M. de Forbin, qui assista comme témoin.
« La première femme du roi d’Angleterre Jacques
second était fille du chancelier Hyde. Il s’en fallait beaucoup
qu’elle fût d’aussi bonne maison que Mme de Maintenon,
et elle n’avait pas son mérite. Nous avons vu Pierre le Grand épouser
une personne bien inférieure à ces deux dames; et cette épouse
de Pierre le Grand devenir impératrice, et mériter de l’être.
Le mérite fait disparaître bien des disproportions, et rapproche
bien des intervalles. Une des choses qui prouva combien Mme de
Maintenon était digne de sa fortune, c’est que jamais elle n’en
abusa. Elle n’eut jamais la vanité de vouloir paraître ce
qu’elle était; sa modestie ne se démentit point; personne
à la cour n’eut à se plaindre d’elle. Elle se retira à
Saint-Cyr après la mort de Louis XIV, et y vécut d’une pension
de quatre-vingt mille livres; c’était la seule fortune qu’elle se
réserva. »
Ce qui concerne Mme de Maintenon se retrouve
dans le chapitre xxvii du Siècle de Louis XIV, avec quelques
rectifications (voyez tome XIV). Quant à ce qui, dans le troisième
alinéa, regarde Mme de Montespan, et surtout à
l’utilité pour un roi d’avoir une maîtresse, il est bon de
ne pas oublier qu’au moment où Voltaire écrivait cela,
Mme de Pompadour avait auprès de Louis XV l’emploi que
Mme de Montespan avait auprès de Louis XIV. On conçoit
alors pourquoi cet alinéa ne fut pas répété
dans le Mercure de 1750. (B.)
Note_40Dans
l’édition de 1748 on trouve cette phrase, qui avait été
supprimée dans le Mercure
de 1750:
« Quand l’État fut délivré
de leur secte et privé de leurs secours, les jansénistes
voulurent prendre leur place, et faire un parti considérable; il
le fut quelque temps: Louis XV en fut importuné les dernières
années de sa vie; mais l’autorité les a écrasés,
et les convulsions les ont rendus ridicules. »
Cette phrase n’a, jusqu’à ce jour (1830), été
reproduite par aucun éditeur. (B.) — Sur le Calvinisme et
le Jansénisme, voyez le chapitre xxxvi et le chapitre xxxvii
du Siècle de Louis XIV.
Note_41Bossuet,
qui a fait les oraisons funèbres de Henriette d’Angleterre, de Condé
et de Le Tellier.
Note_42Prague
voyez le chapitre vi du Précis du Siècle de Louis XV.
Note_43Voyez
le chapitre vii du Précis de Siècle de Louis XV et
tome XX.
Note_44Le
prince de Conti; voyez le chapitre ix du Précis du Siècle
de Louis XV.
Note_45Voyez
le chapitre xv du Précis du Siècle de Louis XV.
Note_46Le
chevalier de Belle-Isle. (Note de Voltaire.)
Note_47Voyez
le chapitre xxii du Précis du Siècle de Louis XV.
Note_48Le
maréchal de Noailles; voyez le chapitre x du Précis du
Siècle de Louis XV
Note_49Boufflers
de Remiancourt, neveu du duc de Boufflers. (Note
de Voltaire.)
Note_50Lieutenant-colonel
des gardes, et lieutenant général. (Note
de Voltaire.)
Note_51Le
marquis de Fénelon, lieutenant général, ambassadeur
en Hollande. (Note de Voltaire.)
Note_52Le
duc de Gramont.
Note_53Le
marquis de Talleyrand.
Note_54Le
comte de Périgord.
Note_55La
brigade irlandaise.
Note_56Le
duc de Boufflers, lieutenant général, s’était mis
avec son fils, âgé de quinze ans, à la tête du
régiment de ce jeune homme; il avait reçu dix coups de feu
dans ses habits; il est mort à Gênes, et son fils a eu son
gouvernement de Flandre. (Note de Voltaire.)
— Voyez le chapitre xxi du Précis du SiècLe de Louis
XV.
Note_57Le
marquis de La Faye, tué à Gênes. (Note
de Voltaire.)
Note_58Le
comte de Froulai. (Note de Voltaire.)
Note_59Le
comte de Bavière. (Note de Voltaire.)
Note_60Le
marquis de Ségur, depuis ministre de la guerre. (Note
de Voltaire.)
Note_61Yves-Marie
de Recourt, comte de Rupelmonde, tué le 15 avril 1745, à
Pfaffenhofen; fils de cette même dame de Rupelmonde à qui
Voltaire, en 1722, avait adressé le Pour et le Contre, et
qui est morte on 1752. Marie-Chrétienne-Christine de Gramont, comtesse
de Rupelmonde, sa bru, se fit carmélite en 1751. (Cl.)
Note_62Le
marquis de Beauvau, fils du prince de Craon. (Note
de Voltaire.) — Il fut tué le 23 juin 1744.
Note_63Ypres
capitula le 27 juin.
Note_64Voir
la note 2 de la page 261.
Note_65Dans
la première édition, à la suite de Sémiramis,
ce
N. B. était en note. (B.)
Note_66Ces
vers sont de Saint-Lambert, dans son Épître à ***
dont
voici les premiers vers:
A vivre loin du jansénisme,
Cher prince, je suis condamné. |
Le quatrième des vers que cite Voltaire s’y lit
ainsi:
Ce qu’est l’homme, ou ce qu’il doit être.
Note_67L’ouvrage
dont M. de Voltaire parle ci-dessus $(page 259) est une Épître
de
M. de Marmontel, production de sa jeunesse, où l’on trouve une philosophie
et des vers dignes de son maître.
Dans le temps de la mort de M. de Vauvenargues, les jésuites
avaient la manie de chercher à s’emparer des derniers moments de
tous les hommes qui avaient quelque célébrité; et
s’ils pouvaient ou en extorquer quelque déclaration, ou réveiller
dans leur âme affaiblie les terreurs de l’enfer, ils criaient au
miracle. Un de ces pères se présenta chez M. de Vauvenargues
mourant. « Qui vous a envoyé ici? dit le philosophe. - Je
viens de la part de Dieu, » répondit le jésuite. Vauvenargues
le chassa; puis, se tournant vers ses amis :
Cet esclave est venu;
Il a montré son ordre, et n’a rien obtenu.
(Bajazet, I, I.)
|
L’ouvrage de M. de Vauvenargues, imprimé après
sa mort*, est intitulé Introduction à la connaissance
de
l’esprit
humain.
Les éditeurs, pour faire passer les maximes hardies
qu’il renferme, y ont joint une méditation et une prière
trouvées
dans les papiers de l’auteur, qui, dans une dispute sur Bossuet avec ses
amis, avait soutenu qu’on pouvait parler de la religion avec majesté
et avec enthousiasme sans y croire. On le défia de le prouver, et
c’est pour répondre à ce défi qu’il fit les deux pièces
qu’on trouve dans ses oeuvres**. (K.)
- L’Épître de Marmontel, dont il est
question dans cette note, est imprimée à la tête de
la tragédie de Denis le tyran; elle est adressée à
Voltaire, et commence par ces vers:
Des amis les beaux-arts ami tendre et sincère,
Toi l’âme de mes vers, ô mon guide, ô
mon père! |
* Il avait été imprimé de son vivant.
** L’assertion de Condorcet relativement à la méditation
et
à la prière qui se trouvent dans les oeuvres de Vauvenargues
est vivement contestés par M. D.-L. Gilbert (édition de 1857,
p. 230 et suiv.), ainsi que l’anecdote relative au jésuite et aux
vers de Bajazet.
|