NOTES

Note_1La Lettre critique d’une belle dame d’un beau monsieur de Paris, sur le poème de la bataille de Fontenoy, qui, dans l’édition de Beuchot, suit cette pièce, se trouve au tome VIII. 

Note_2Voltaire lui-même, dans son Commentaire historique, se dit auteur de ce Manifeste, qui est de 1745. Voyez, tome XV, le chapitre XXV du Précis du Siècle de Louis XV.

Note_3L’Académie française est la plus ancienne de France; elle fut d’abord composée de quelques gens de lettres, qui s’assemblaient pour conférer ensemble. Elle n’est point partagée en honoraires et pensionnaires; elle n’a que des droits honorifiques, comme celui des commensaux de la maison du roi, de ne point plaider hors de Paris; celui de haranguer le roi en corps avec les cours supérieures, et de ne rendre compte directement qu’au roi. (Note de Voltaire.) 

Note_4MM. de La Monnoie, Bouhier, Lantin, et surtout l’éloquent Bossuet, évêque de Meaux, regardé comme le dernier Père de l’Église. (Note de Voltaire.) 

Note_5Saint-Évremond admire Pétrone, parce qu’il le prend pour un grand homme de cour, et que Saint-Évremond croyait en être un: c’était la manie du temps. Saint-Évremond et beaucoup d’autres décident que Néron est peint sous le nom de Trimalcion; mais en vérité, quel rapport d’un vieux financier grossier et ridicule, et de sa vielle femme, qui n’est qu’une bourgeoise impertinente, qui fait mal au coeur, avec un jeune empereur et son épouse, la jeune Octavie ou la jeune Poppée? Quel rapport des débauches et des larcins de quelques écoliers fripons avec les plaisirs du maître du monde? Le Pétrone, auteur de la satire, est visiblement un jeune homme d’esprit, élevé parmi des débauchés obscurs, et n’est pas le consul Pétrone. (Note de Voltaire.) 

Note_6Horace est traduit en vers italiens par (Stefano) Pallavicini; Virgile, par Annibal Caro; Ovide, par Anguillara; Théocrite, par Ricolotti. Les Italiens ont cinq bonnes traductions d’Anacréon. A l’égard des Anglais, Dryden a traduit Virgile et Juvénal; Pope, Homère. Creech, Lucrèce, etc. (Note de Voltaire.) 

Note_7On n’a pu, dans un discours d’appareil, entrer dans les raisons de cette difficulté attachée à notre poésie; elle vient du génie de la langue: car quoique M. de Lamotte, et beaucoup d’autres après lui, aient dit en pleine Académie que les langues n’ont point de génie, il paraît démontré que chacune a le sien bien marqué. 

Ce génie est l’aptitude à rendre heureusement certaines idées, et l’impossibilité d’en exprimer d’autres avec succès. Ces secours et ces obstacles naissent: 1° de la désinence des termes; 2° des verbes auxiliaires et des participes; 3° du nombre plus ou moins grand des rimes; 4° de la longueur et de la brièveté des mots; 5° des cas plus ou moins variés; 6° des articles et pronoms; 7° des élisions; 8° de l’inversion; 9° de la quantité dans les syllabes; et enfin d’une infinité de finesses qui ne sont senties que par ceux qui ont fait une étude approfondie d’une langue. 

La désinence des mots, comme perdre, vaincre, un coin, sucre, reste, crotte, perdu, sourdre, fief, coffre: ces syllabes dures révoltent l’oreille, et c’est le partage de toutes les langues du Nord. 

Les verbes auxiliaires et les participes. Victis hostibus; les ennemis ayant été vaincus: voilà quatre mots pour deux. Loeso et invicto iniliti: c’est l’inscription des Invalides de Berlin; si on va traduire, pour les soldats qui ont été blessés, et qui n’ont pas été vaincus quelle langueur! Voila pourquoi la langue latine est plus propre aux inscriptions que la française 

Le nombre des rimes. Ouvrez un dictionnaire de rimes italiennes et un de rimes françaises, vous trouvez toujours une fois plus de termes dans l’italien; et vous remarquerez encore que dans le français il y a toujours vingt rimes burlesques et basses pour deux qui peuvent entrer dans le style noble 

La longueur et la brièveté des mots. C’est ce qui rend la langue plus ou moins propre à l’expression de certaines maximes, et à la mesure de certains vers. 

On n’a jamais pu rendre en français dans un beau vers: 
 

Quanto si mosfra men, tante è più bella. 

On n’a jamais pu traduire en beaux vers italiens: 
 

Tel brille au second rang qui s’éclipse au premier. 
(Henr., I, 3l.)
C’est un poids bien pesant qu’un nom trop tôt fameux. 
(Henr., III, 41.)

Les cas plus ou moins variés. Mon père, de mon père, à mon père, meus Pater, mei patris, meo patri; cela est sensible. 

Les articles et pronoms. De ipsius negotio ei loquebatur. Con ello parlava dell’ affare di lui; il lui parlait de son affaire. Point d’amphibologie dans le latin. Elle est presque inévitable dans le français. On ne sait si son affaire est celle de l’homme qui parle, ou de celui auquel on parle; le pronom il se retranche en latin, et fait languir l’italien et le français. 

Les élisions.

Canto l’arme pietose, e il capitano.

Nous ne pouvons dire: 

Chantons la piété et la vertu heureuse.

Les inversions. César cultiva tous les arts utiles; on ne peut tourner cette phrase que de cette seule façon. On peut dire en latin de cent vingt façons différentes: 

Caesar omnes utiles artes coluit. 

Quelle incroyable différence! 

La quantité dans les syllabes. C’est de là que naît l’harmonie. Les brèves et les longues des Latins forment une vraie musique. Plus une langue approche de ce mérite, plus elle est harmonieuse. Voyez les vers italiens, la pénultième est toujours longue: 

capitâno, mâno, sêno, chrîsto, acquîsto.

Chaque langue a donc son génie, que des hommes supérieurs sentent les premiers, et font sentir aux autres. Ils font éclore ce génie caché de la langue. (Note de Voltaire.) 

Note_8Art poétique, I, 96. 

Note_9Art poétique, I, 131. 

Note_10Frédéric II, roi de Prusse. 

Note_11La princesse Ulrique de Prusse, reine de Suède, à qui Voltaire avait adressé un célèbre madrigal (voyez, dans les Poésies mêlées, tome X). 

Note_12L’endroit où est Pétersbourg n’était qu’un désert marécageux et inhabité. (Note de Voltaire.) 

Note_13C’est le président Hénault. Dans quelques traductions de ce discours, on a mis en note l’abbé Lenglet, au lieu de M. Hénault; c’est une étrange méprise. (Note de Voltaire.) 

Note_14Le président de Montesquieu. (Note de Voltaire.) 

Note_15Le marquis de Vauvenargues, jeune homme de la plus grande espérance, mort à vingt-sept ans. (Note de Voltaire.) 

Note_16M. Crébillon, auteur d’Électre et de Rhadamiste. Ces pièces, remplies de traits vraiment tragiques, sont souvent jouées. (Note de Voltaire.) 

Note_17M. de Fontenelle. (Note de M. Decroix.) 

Note_18L’abbé d’Olivet, directeur de l’Académie lors de la réception de Voltaire, et qui, en cette qualité, répondit à son discours. 

Note_19Le maréchal de Saxe; voyez le chapitre xv du Précis du Siècle de Louis XV.

Note_20M. le maréchal duc de Richelieu; (Note de Voltaire.) 

Note_21L’événement a justifié, en 1748, ce que disait M. de Voltaire en 1746. (Note de Voltaire.) 

Note_22Les médailles frappées au Louvre sont au-dessus des plus belles de l’antiquité, non pas pour les légendes, mais pour le dessin et la beauté des coins. (Note de Voltaire.) 

Note_23Métam., XV, 259 et suiv. 

Note_24Voltaire a reproduit ces vers avec quelques changements dans le chapitre xvi des Singularités de la nature (voyez année 1768), et les a fait précéder des vers latins. 

Note_25Il est prouvé que l’obliquité de l’écliptique n’est point constante, et qu’elle éprouve une variation sensible dans l’espace d’un siècle; mais doit-on supposer que l’écliptique ait une révolution comme celle de la précession des équinoxes, ou un simple balancement; ou bien qu’outre ce balancement elle ait une tendance à se rapprocher du plan de Jupiter et de Saturne? Toutes ces combinaisons sont possibles, et ni les observations ni le calcul ne peuvent nous apprendre encore laquelle mérite la préférence. Il n’en faut pas être surpris: nous n’avons d’observations exactes que depuis un siècle environ, et il n’y a qu’un peu plus de trente ans que nous savons appliquer le calcul a ces grandes questions. 

Au reste, le changement qui résulterait de cette révolution de l’écliptique affecterait surtout la température des différentes parties du globe, la durée de leurs jours, les mouvements apparents des corps célestes, etc., mais influerait très peu sur l’équilibre des fluides placés à la surface. (K.) — Il est bien vrai que l’écliptique se déplace de 28 secondes par siècle. (D.) 

Note_26Buffon. 

Note_27Demaillet; voyez les notes, tome XXI. 

Note_28Il est incontestable que la terre a été modifiée à sa surface. Les soulèvements successifs qui ont donné naissance à beaucoup de chaînes de montagnes ont amené au dehors ces bancs de coquilles ou ces empreintes isolées qui excitent la verve de Voltaire. (D.) 

Note_29Cette évaporation est très probablement la cause de ce phénomène. si une mer intérieure ne recevait des cours d’eau qui s’y jettent une compensation à cette perte continuelle, elle se dessécherait peu à peu. Telle est la mer Morte: la salure y devient extrême, le lit se comble par les dépôts, et un jour viendra où elle sera complètement à sec. (D.) 

Note_30Cette Digression ne fut imprimée qu’en 1751; voyez la note 1 de la page 219. 

Note_31Cet Avis fut inséré dans le Mercure de janvier 1748. J’ai recueilli, et je donnerai dans le courant de l’édition, à leurs dates, divers Avis, Déclarations et autres pièces de même nature. (B.) 

Note_32Voyez tome XVII. 

Note_33Dans le prologue d’Atys, opéra de Quinault, on lit: 
 

Les plaisirs à ses yeux ont beau se présenter, 
Sitôt qu’il voit Bellone il quitte tout pour elle; 
                 Rien ne peut l’arrêter 
                 Quand la Gloire l’appelle.

Note_34Quelques personnes ont porté beaucoup plus haut le montant de ce que Versailles a coûté à la France. Mirabeau, et Volney surtout, ont tellement dépassé les évaluations de Voltaire que, craignant de voir l’architecture compromise, C.-A. Guillaumot, architecte, a publié des Observations sur le tort que font à l’architecture les déclamations hasardées et exagérées contre les dépenses qu’occasionne la construction des monuments publics; Paris, Perronneau, an IX, in-8° de trente-trois pages. Guillaumot fait monter la dépense de Versailles seulement à près de cent vingt-deux millions de notre espèce actuelle. Je ne sais pourquoi l’auteur a porté les dépenses en monnaie de son temps: il était plus naturel de les donner telles qu’il les trouvait aux sources où il dit avoir puisé. Ce qui peut diminuer encore la confiance dans ses calculs, c’est que ses additions ne sont pas justes; au surplus, son écrit, dont on trouve un extrait dans la troisième édition de l’Histoire de Fénelon, par le cardinal de Bausset, a été analysé avec plus d’exactitude dans les Documents authentiques et Détails curieux sur les dépenses de Louis XIV, par G. Peignot, 1827, in-8°. Malgré Guillaumot, il est permis de croire que Voltaire a été ici, comme tant d’autres fois, mieux instruit et plus exact qu’on ne voudrait. (B.) - Pour la construction seule du palais, on compte, jusqu’en 1690, quatre-vingt huit millions. (G. A.) 

Note_35Voyez le chapitre xxviii du Siècle de Louis XIV.

Note_36Sur la statue de Henri IV, voyez la note, tome XII. — La statue de Louis XIII, dont le cheval était de Daniel Volterre, et le cavalier de Biard, qui avait été érigée Place-Royale, à Paris, par le cardinal de Richelieu, a aussi été détruite pendant la Révolution. La statue équestre du même prince, en marbre blanc, qu’on voit aujourd’hui, est de Dupaty. (B.) 

Note_37L’édition de Dresde, 1748, et la réimpression dans le Mercure de 1750, contiennent de plus ici l’alinéa suivant: 

« On prononça son panégyrique publiquement à Florence, et à Bologne. M. Guglielmini, fameux astronome toscan, fit bâtir une maison à Florence à l’aide de ses libéralités, et grava sur la porte: AEDES A DEO DATAE, maison donnée par un dieu; allusion au surnom de Dieudonné, que Louis XIV avait eu dans son enfance, et au vers de Virgile: Deus nobis haec otia fecit. Cette inscription était sans doute plus idolâtre que celle de la statue de la place des victoires: VIRO IMMORTALE, à l’homme immortel; on a critiqué cette dernière, comme si ce mot immortel signifiait autre chose que la durée de sa renommée. (B.) 

Note_38Page 234. Voici les inscriptions: « Ludovico magno. Quod diebus vix sexaginta Rhenum, Wahalim, Mosam, Isalam, superavit. Subjecit provincias tres, cepit urbes munitas quadraginta. Emendata male memori Batavorum gente, praefectus et aediles P. CC. Anno D.MDCLXXII. » — Du côté du faubourg: « Ludovico magno. Quod Trajectum ad Mosam XIII diebus cepit. Prefectus et aediles P. CC. Anno D. MDCLXXIII. » 

Note_39L’édition de 1748 contient de plus ici les huit alinéas suivants, dont le premier seul a été reproduit dans le Mercure, en 1756: 

« Une preuve incontestable de son excellent caractère, c’est la longue lettre qu’il écrivit à M. Le Tellier, archevêque de Reims, que j’ai eu le bonheur de voir en original. Il était très mécontent de M. de Barbezieux, neveu de ce prélat, auquel il avait donné la place de secrétaire d’État du célèbre Louvois, son père. Il ne voulait pas dire des choses dures à M. de Barbezieux; il écrit à son oncle pour le prier de lui parler et de le corriger: Je sais ce que je dois, dit-il, à la mémoire de M. de Louvois; mais si votre neveu ne change de conduite, je serai forcé avec douleur à prendre un parti. Ensuite il entre dans un long détail de toutes les fautes qu’il reproche à son ministre, comme un père de famille tendre et instruit de ce qui se passe dans sa maison. Il se plaint que M. de Barbezieux ne fait pas un assez bon usage de ses grands talents; qu’il néglige quelquefois les affaires pour les plaisirs; qu’il fait attendre trop longtemps les officiers dans son antichambre; qu’il parle avec trop de hauteur et de dureté. La lettre est assurément d’un roi et d’un père. 

« Dans mille libelles qu’on a écrits contre lui, on lui a reproché ses amours avec la plus grande amertume; mais quel est celui de tous ceux qui l’accusent qui n’ait eu la même passion? Il est plaisant qu’on ne veuille pas donner à un roi une liberté que les moindres de ses sujets prennent si hautement. 

« Ceux qui n’ont jamais connu cette passion sont d’ordinaire des caractères durs et impitoyables. Une femme digne d’être aimée adoucit les moeurs; elle est la seule qui puisse dire à un prince des vérités utiles, qu’il n’entendrait peut-être pas sans honte et sans dépit de la bouche d’un homme, et qu’un homme même n’oserait pas dire. Louis XIV fut heureux dans tous ses choix, et il le fut encore dans ses enfants naturels; il en eut dix légitimés, et deux qui ne le furent pas. Des dix légitimés, deux moururent dans leur enfance; les huit qui vécurent eurent tous du mérite. Les princesses furent aimables, le duc du Maine et le comte de Toulouse furent des princes très sages. Le comte de Vermandois, qui mourut jeune, et qui était amiral avant le comte de Toulouse, promettait beaucoup. 

« Dans les dernières histoires de Louis XIV, on prétend que ce fut Mme de Montespan qui produisit elle-même Mme de Maintenon à la cour; on se trompe. Ce fut le duc de Richelieu, père du premier gentilhomme de la chambre, qui a été si connu en Europe par les agréments de sa figure et de son esprit, et par le service qu’il a rendu dans la bataille de Fontenoy. L’hôtel de Richelieu était le rendez-vous de la meilleure compagnie de Paris, et soutenait la réputation du Marais, qui était alors le beau quartier. Mme de Maintenon, qu’on appelait madame Scarron, veuve du fils d’un conseiller de grand’chambre, d’une très bonne famille de robe, et petite-fille du fameux d’Aubigné, si connu sous Henri le Grand, allait fort souvent à l’hôtel de Richelieu, dont elle faisait les délices. Mme de Montespan voulant envoyer aux eaux de Barège son fils le duc du Maine, encore enfant, qui était né avec une difformité dans un pied, cherchait une personne intelligente et secrète qui se chargeât de la conduite. La naissance de duc du Maine était encore un mystère. M. le duc de Richelieu proposa ce voyage à Mme Scarron, qui n’était pas riche; et M. de Louvois, qui était dans la confidence, la fit partir pour les eaux secrètement avec le jeune duc du Maine. Il faut avouer qu’il y eut dans la fortune de cette dame une destinée bien étrange. Elle était née à Niort, dans la prison où son père était renfermé après s’être sauvé du château Trompette avec la fille du sous-gouverneur, nommé de Cardillac, qu’il avait épousée; ainsi elle était très bonne demoiselle par son père et par sa mère, mais sans aucun bien. Son père avait dissipé le peu de fortune qu’il avait eu, et en chercha une en Amérique. Il y mena sa fille, âgée de trois ans; elle fut sur le point, en abordant sur le rivage, d’y être dévorée par un serpent. 

« De retour en France, à l’âge de douze ans, elle logea chez la duchesse de Navailles, sa parente, qui ne lui donna que de l’éducation. Elle y changea de religion, car elle était née calviniste. Ce fut une fortune pour elle d’épouser Scarron, qui ne vivait presque que de pensions et de ses ouvrages, qu’il appelait sa terre de Quinet, parce que Quinet était son libraire. 

« Après la mort de son mari, elle fit demander au roi, par tous ses amis, une partie de la pension dont Scarron jouissait, et le roi la fit attendre deux ans. 

« Enfin il lui en donna une de deux mille livres avant qu’elle menât M. le duc du Maine aux eaux; il lui dit Madame, je vous ai bien fait attendre, mais j’ai été jaloux de vos amis, et j’ai voulu que vous n’eussiez d’obligation qu’à moi. M. le cardinal de Fleury, de la bouche de qui je tiens ce fait, m’a dit que le roi lui tint le même discours quand il lui donna l’évêché de Fréjus. Elle avait environ cinquante ans quand Louis XIV s’attacha à elle. Il faut convenir qu’à cet âge on ne subjugue pas le coeur d’un roi, et surtout d’un roi devenu difficile, sans avoir un très grand mérite. Il faut de la complaisance sans empressement, de l’esprit sans envie d’en montrer, une flexibilité naturelle, une conversation solide et agréable, l’art de réveiller sans cesse l’âme d’un homme accoutumé à tout et dégoûté de tout, assez de force pour donner de bons conseils, et assez de retenue pour ne les donner qu’à propos; il faut enfin ce charme inexprimable qui enchaîne un esprit, et qui ranime les langueurs de l’habitude. Mme de Maintenon avait toutes ces qualités. Elle fit les douceurs de la vie de Louis XIV, depuis 1684 jusqu’à la mort de ce monarque. L’Histoire de Reboulet dit qu’il l’épousa en présence de Bontemps et de Forbin; mais ce fut M. de Montchevreuil, et non M. de Forbin, qui assista comme témoin. 

« La première femme du roi d’Angleterre Jacques second était fille du chancelier Hyde. Il s’en fallait beaucoup qu’elle fût d’aussi bonne maison que Mme de Maintenon, et elle n’avait pas son mérite. Nous avons vu Pierre le Grand épouser une personne bien inférieure à ces deux dames; et cette épouse de Pierre le Grand devenir impératrice, et mériter de l’être. Le mérite fait disparaître bien des disproportions, et rapproche bien des intervalles. Une des choses qui prouva combien Mme de Maintenon était digne de sa fortune, c’est que jamais elle n’en abusa. Elle n’eut jamais la vanité de vouloir paraître ce qu’elle était; sa modestie ne se démentit point; personne à la cour n’eut à se plaindre d’elle. Elle se retira à Saint-Cyr après la mort de Louis XIV, et y vécut d’une pension de quatre-vingt mille livres; c’était la seule fortune qu’elle se réserva. » 

Ce qui concerne Mme de Maintenon se retrouve dans le chapitre xxvii du Siècle de Louis XIV, avec quelques rectifications (voyez tome XIV). Quant à ce qui, dans le troisième alinéa, regarde Mme de Montespan, et surtout à l’utilité pour un roi d’avoir une maîtresse, il est bon de ne pas oublier qu’au moment où Voltaire écrivait cela, Mme de Pompadour avait auprès de Louis XV l’emploi que Mme de Montespan avait auprès de Louis XIV. On conçoit alors pourquoi cet alinéa ne fut pas répété dans le Mercure de 1750. (B.) 

Note_40Dans l’édition de 1748 on trouve cette phrase, qui avait été supprimée dans le Mercure de 1750: 

« Quand l’État fut délivré de leur secte et privé de leurs secours, les jansénistes voulurent prendre leur place, et faire un parti considérable; il le fut quelque temps: Louis XV en fut importuné les dernières années de sa vie; mais l’autorité les a écrasés, et les convulsions les ont rendus ridicules. » 

Cette phrase n’a, jusqu’à ce jour (1830), été reproduite par aucun éditeur. (B.) — Sur le Calvinisme et le Jansénisme, voyez le chapitre xxxvi et le chapitre xxxvii du Siècle de Louis XIV.

Note_41Bossuet, qui a fait les oraisons funèbres de Henriette d’Angleterre, de Condé et de Le Tellier. 

Note_42Prague voyez le chapitre vi du Précis du Siècle de Louis XV.

Note_43Voyez le chapitre vii du Précis de Siècle de Louis XV et tome XX. 

Note_44Le prince de Conti; voyez le chapitre ix du Précis du Siècle de Louis XV.

Note_45Voyez le chapitre xv du Précis du Siècle de Louis XV.

Note_46Le chevalier de Belle-Isle. (Note de Voltaire.) 

Note_47Voyez le chapitre xxii du Précis du Siècle de Louis XV.

Note_48Le maréchal de Noailles; voyez le chapitre x du Précis du Siècle de Louis XV

Note_49Boufflers de Remiancourt, neveu du duc de Boufflers. (Note de Voltaire.) 

Note_50Lieutenant-colonel des gardes, et lieutenant général. (Note de Voltaire.) 

Note_51Le marquis de Fénelon, lieutenant général, ambassadeur en Hollande. (Note de Voltaire.) 

Note_52Le duc de Gramont. 

Note_53Le marquis de Talleyrand. 

Note_54Le comte de Périgord. 

Note_55La brigade irlandaise. 

Note_56Le duc de Boufflers, lieutenant général, s’était mis avec son fils, âgé de quinze ans, à la tête du régiment de ce jeune homme; il avait reçu dix coups de feu dans ses habits; il est mort à Gênes, et son fils a eu son gouvernement de Flandre. (Note de Voltaire.)Voyez le chapitre xxi du Précis du SiècLe de Louis XV.

Note_57Le marquis de La Faye, tué à Gênes. (Note de Voltaire.) 

Note_58Le comte de Froulai. (Note de Voltaire.) 

Note_59Le comte de Bavière. (Note de Voltaire.) 

Note_60Le marquis de Ségur, depuis ministre de la guerre. (Note de Voltaire.) 

Note_61Yves-Marie de Recourt, comte de Rupelmonde, tué le 15 avril 1745, à Pfaffenhofen; fils de cette même dame de Rupelmonde à qui Voltaire, en 1722, avait adressé le Pour et le Contre, et qui est morte on 1752. Marie-Chrétienne-Christine de Gramont, comtesse de Rupelmonde, sa bru, se fit carmélite en 1751. (Cl.) 

Note_62Le marquis de Beauvau, fils du prince de Craon. (Note de Voltaire.) — Il fut tué le 23 juin 1744. 

Note_63Ypres capitula le 27 juin. 

Note_64Voir la note 2 de la page 261. 

Note_65Dans la première édition, à la suite de Sémiramis, ce N. B. était en note. (B.) 

Note_66Ces vers sont de Saint-Lambert, dans son Épître à *** dont voici les premiers vers: 
 

A vivre loin du jansénisme, 
Cher prince, je suis condamné.

Le quatrième des vers que cite Voltaire s’y lit ainsi: 

Ce qu’est l’homme, ou ce qu’il doit être.

Note_67L’ouvrage dont M. de Voltaire parle ci-dessus $(page 259) est une Épître de M. de Marmontel, production de sa jeunesse, où l’on trouve une philosophie et des vers dignes de son maître. 

Dans le temps de la mort de M. de Vauvenargues, les jésuites avaient la manie de chercher à s’emparer des derniers moments de tous les hommes qui avaient quelque célébrité; et s’ils pouvaient ou en extorquer quelque déclaration, ou réveiller dans leur âme affaiblie les terreurs de l’enfer, ils criaient au miracle. Un de ces pères se présenta chez M. de Vauvenargues mourant. « Qui vous a envoyé ici? dit le philosophe. - Je viens de la part de Dieu, » répondit le jésuite. Vauvenargues le chassa; puis, se tournant vers ses amis : 
 

Cet esclave est venu; 
Il a montré son ordre, et n’a rien obtenu. 
(Bajazet, I, I.)

L’ouvrage de M. de Vauvenargues, imprimé après sa mort*, est intitulé Introduction à la connaissance de l’esprit humain.

Les éditeurs, pour faire passer les maximes hardies qu’il renferme, y ont joint une méditation et une prière trouvées dans les papiers de l’auteur, qui, dans une dispute sur Bossuet avec ses amis, avait soutenu qu’on pouvait parler de la religion avec majesté et avec enthousiasme sans y croire. On le défia de le prouver, et c’est pour répondre à ce défi qu’il fit les deux pièces qu’on trouve dans ses oeuvres**. (K.) 

- L’Épître de Marmontel, dont il est question dans cette note, est imprimée à la tête de la tragédie de Denis le tyran; elle est adressée à Voltaire, et commence par ces vers: 
 

Des amis les beaux-arts ami tendre et sincère, 
Toi l’âme de mes vers, ô mon guide, ô mon père!

* Il avait été imprimé de son vivant. 

** L’assertion de Condorcet relativement à la méditation et à la prière qui se trouvent dans les oeuvres de Vauvenargues est vivement contestés par M. D.-L. Gilbert (édition de 1857, p. 230 et suiv.), ainsi que l’anecdote relative au jésuite et aux vers de Bajazet.