OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE  MÉLANGES II
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A M***.
SUR LE MÉMOIRE DE DESFONTAINES. (1739)
Notice bibliographique.

Février 1739
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(120)Le hasard m’a fait tomber entre les mains un des scandales ridicules de ce siècle: c’est le Mémoire de Guyot-Desfontaines. Je l’ai brûlé, en attendant mieux. Ce serait bien la chose la plus plaisante, si ce n’était la plus révoltante, qu’un Guyot-Desfontaines se plaigne qu’on lui a dit des injures. 

Quis tulerit Gracchos de seditione querentes(121)?

J’admire la modestie de ce bonhomme; il se compare à Despréaux, parce qu’il a fait un livre en vers(122), et les Seconds Voyages de Gulliver(123), et l’Histoire de Pologne(124), et des Observations sur les écrits modernes(125); enfin, parce qu’il a écrit autant que l’abbé Bordelon(126). Il se dit homme de qualité, parce qu’il a un frère auditeur des comptes à Rouen. Il s’intitule homme de bonnes moeurs, parce qu’il n’a été, dit-il, que peu de jours au Châtelet et à Bicêtre. Il dit qu’il va toujours avec un laquais; mais il n’articule point si ce laquais hardi est devant ou derrière(127),et ce n’est pas le cas de prétendre qu’il n’importe guère(128).

Enfin il pousse l’effronterie jusqu’à dire qu’il a des amis: c’est attaquer cruellement l’espèce humaine, à laquelle il a toujours joué de si vilains tours. Il se défend d’avoir jamais reçu de l’argent pour dire du bien ou du mal; et moi, je sais de science certaine qu’il a reçu une tabatière de trois louis du sieur Lavau(129), pour louer un petit poème peu louable que ce Lavau avait malheureusement mis en lumière; et ce Lavau me l’a dit en présence de quatre personnes. Qui ne sait d’ailleurs que dans son bureau de médisance on vendait l’éloge et la satire à tant la phrase? Enfin Desfontaines, pour avoir le plaisir de dire des choses uniques, loue l’abbé Desfontaines et la traduction de Virgile; sur quoi il faudrait le renvoyer à cette petite épigramme qui a couru (et qui est, dit-on, d’un homme très célèbre, d’un aigle qui s’est amusé à donner des coups de bec à un hibou): 
 

Pour Corydon et pour Virgile. 
Il fit des efforts assidus; 
Je ne sais s’il est fort habile 
Il les a tous deux corrompus.

Il faudrait encore qu’il se souvînt de cette inscription pour mettre au bas de son effigie; elle est de Piron, qui réussit mieux en inscriptions qu’en tragédies: 
 

Il fut auteur, et sodomite, et prêtre, 
De ridicule et d’opprobre chargé. 
Au Châtelet, au Parnasse, à Bicêtre, 
Bien fessé fut, et jamais corrigé.

Il prétend qu’il se raccommodera avec le chancelier: cela sera long. Mais comment se raccommodera-t-i1 avec le public, dont il est le mépris et l’exécration ? Il doit bien servir d’exemple aux petits esprits qui ont un vilain coeur. Adieu. 

Malicourt(130).