Notes.

Note_1 Ce raisonnement n’est pas rigoureux il est possible que la gravitation soit essentielle à la matière comme l’impénétrabilité, quoique cette propriété générale nous frappe moins et ait été observée plus tard. L’équation qui a lieu entre l’ordonnée d’une parabole et son aire est aussi essentielle à cette courbe que la relation avec la sous-tangente, quoique l’on ait connu la parabole et cette seconde propriété longtemps avant de connaître la première. (K.) 

Note_2 Cette preuve est regardée par tous les théistes éclairés comme la seule qui ne soit pas au-dessus de l’intelligence humaine; et la difficulté entre eux et les athées se réduit à savoir jusqu’à quel point de probabilité on peut porter la preuve qu’il existe dans l’univers un ordre qui indique qu’il ait pour auteur un être intelligent. M. de Voltaire croyait, avec Fénelon et Nicole, que cette probabilité était équivalente à la certitude; d’autres la trouvent si faible qu’ils croient devoir rester dans le doute; d’autres enfin ont cru que cette probabilité était en faveur d’une cause aveugle. Ce qui doit consoler ceux que ces contradictions affligent, c’est que tous ces philosophes conviennent de la même morale, et prouvent également bien qu’il ne peut y avoir de bonheur pour l’homme que dans la pratique rigoureuse de ses devoirs. (K.) 

Note_3 En 1771, dans les Questions sur l’Encyclopédie (voyez le Dictionnaire philosophique, au mot Espace,), Voltaire dit: « J’ai cru entendre ce grand mot autrefois, car j’étais jeune; à présent je ne l’entends pas plus que ses explications de l’Apocalypse. » 

Note_4 Voici ce qu’on lit dans une édition de 1751 

« Tout a sa cause: ta volonté en a donc une. On ne peut donc vouloir qu’en conséquence de la dernière idée qu’on a reçue. Cette idée dépend de nos organes. 

« Si ton sang est enflammé, si tes nerfs et tes muscles sont abreuvés d’une liqueur âcre, tes pensées sont violentes; elles sont douces dans une disposition contraire. Tes organes sont hors de ta puissance; tu reçois tout, tu ne formes rien; tu ne peux pas plus te donner une idée qu’ajouter un cheveu a ta tête: donc tu n’es pas plus le maître de ta volonté que d’être blond quand tu es né brun. 

« Si on en était le maître, etc. » 

Note_5 L’édition de 1756 et ses réimpressions, auxquelles manquent plusieurs chapitres de 1744 et 1748, contenaient de plus un chapitre V, que voici: 

CHAPITRE V. 

Doutes sur la liberté qu’on nomme d’indifférence.

« 1. Les plantes sont des êtres organisés dans lesquels tout se fait nécessairement. Quelques plantes tiennent au règne animal, et sont en effet des animaux attachés à la terre. 

« 2. Ces animaux plantes, qui ont des racines, des feuilles et du sentiment, auraient-ils une liberté? il n’y a pas grande apparence. 

«3. Les animaux n’ont-ils pas un sentiment, un instinct, une raison commencée, une mesure d’idées et de mémoire? Qu’est-ce au fond que cet instinct? N’est-il pas un de ces ressorts secrets que nous ne connaîtrons jamais? On ne peut rien connaître que par l’analyse, ou par une suite de ce qu’on appelle les premiers principes: or quelle analyse ou quelle synthèse peut nous faire connaître la nature de l’instinct? Nous voyons seulement que cet instinct est toujours nécessairement accompagné d’idées. Un ver à soie a la perception de la feuille qui le nourrit; la perdrix, du ver qu’elle cherche et qu’elle avale; le renard, de la perdrix qu’il mange; le loup, du renard qu’il dévore. Il n’est pas vraisemblable que ces êtres possèdent ce qu’on appelle la liberté. On peut donc avoir des idées sans être libre. 

« 4. Les hommes reçoivent et combinent des idées dans leur sommeil. On ne peut pas dire qu’ils soient libres alors. N’est-ce pas une nouvelle preuve qu’on peut avoir des idées sans être libre? 

« 5. L’homme a par-dessus les animaux le don d’une mémoire plus vaste. Cette mémoire est l’unique source de toutes les pensées. Cette source commune aux animaux et aux hommes pourrait-elle produire la liberté? Des idées réfléchies dans un cerveau seraient-elles absolument d’une autre nature que des idées non réfléchies dans un autre cerveau? 

« 6. Les hommes ne sont-ils pas tous déterminés par leur instinct? et n’est-ce pas la raison pourquoi ils ne changent lamais de caractère? Cet instinct n’est-il pas ce qu’on appelle le naturel?

«7. Si on était libre, quel est l’homme qui ne changeât pas son naturel? Mais a-t-on jamais vu sur la terre un homme se donner seulement un goût? A-t-on jamais vu un homme, né avec de l’aversion pour danser, se donner du goût pour la danse? un homme sédentaire et paresseux, rechercher le mouvement? et l’âge et les aliments ne diminuent-ils pas les passions que la raison croit avoir domptées? 

« 8. La volonté n’est-elle pas toujours la suite des dernières idées qu’on a reçues? Ces idées étant nécessaires, la volonté ne l’est-elle pas aussi? 

« 9. La liberté est-elle autre chose que le pouvoir d’agir, ou de n’agir pas? et Locke n’a-t-il pas eu raison d’appeler la liberté puissance

« 10. Le loup a la perception de quelques moutons paissants dans une campagne; son instinct le porte à les dévorer; les chiens l’en empêchent. Un conquérant a la perception d’une province que son instinct le porte à envahir; il trouve des forteresses et des armées qui lui barrent le passage. Y a-t-il une grande différence entre ce loup et ce prince? 

« 11. Cet univers ne paraît-il pas assujetti dans toutes ses parties à des lois immuables? si un homme pouvait diriger à son gré sa volonté, n’est-il pas clair qu’il pourrait alors déranger ces lois immuables? 

« 42. Par quel privilège l’homme ne serait-il pas soumis à la même nécessité que les astres, les animaux, les plantes, et tout le reste de la nature? 

13.A-t-on raison de dire que dans le système de cette fatalité universelle les peines et les récompenses seraient inutiles et absurdes? N’est-ce pas plutôt évidemment dans le système de la liberté que paraît l’inutilité et l’absurdité des peines et des récompenses? En effet, si un voleur de grand chemin possède une volonté libre, se déterminant uniquement par elle-même, la crainte du supplice peut fort bien ne le pas déterminer à renoncer au brigandage; mais si les causes physiques agissent uniquement, si l’aspect de la potence et de la roue fait une impression nécessaire et violente, elle corrige alors nécessairement le scélérat, témoin du supplice d’un autre scélérat. 

« 14. Pour savoir si l’âme est libre, ne faudrait-il pas savoir ce que c’est que l’âme? Y a-t-il un homme qui puisse se vanter que sa raison seule lui démontre la spiritualité, l’immortalité de cette âme? Presque tous les physiciens conviennent que le principe du sentiment est à l’endroit où les nerfs se réunissent dans le cerveau. Mais cet endroit n’est pas un point mathématique. L’origine de chaque nerf est étendue. Il y a là un timbre sur lequel frappent les cinq organes de nos sens. Quel est l’homme qui concevra que ce timbre ne tienne point de place? Ne sommes-nous pas des automates nés pour vouloir toujours, pour faire quelquefois ce que nous voulons, et quelquefois le contraire? Des étoiles au centre de la terre, hors de nous et dans nous, toute substance nous est inconnue. Nous ne voyons que des apparences: nous sommes dans un songe. 

« 15. Que dans ce songe on croie la volonté libre ou esclave, la fange organisée dont nous sommes pétris, douée d’une faculté immortelle ou périssable; qu’on pense comme Épicure ou comme Socrate, les roues qui font mouvoir la machine de l’univers seront toujours les mêmes. » 

Les éditeurs de Kehl avaient mis en note ce qui suit: 

« Quelque parti que l’on prenne sur cette question épineuse, il est impossible de ne pas convenir que, dans les actions qu’on appelle libres, l’homme a la conscience des motifs qui le font agir. Il peut donc connaître quelles actions sont conformes à la justice, à l’intérêt général des hommes, et les motifs qu’il peut avoir de faire ces actions, et d’éviter celles qui y sont contraires. Ces motifs agissent sur lui: il y a donc une morale. L’espoir des récompenses, la crainte des peines sont au nombre de ces motifs; ces sentiments peuvent donc être utiles; les peines et les récompenses peuvent donc être justes. S’il a cédé à un motif injuste, il eu sera fâché, lorsque ce motif cessera d’agir avec la même force: il se repentira, il aura des remords. Il croira qu’averti par son expérience ce motif n’aura plus le pouvoir de l’entraîner une autre fois; il se promettra donc de ne plus retomber. Ainsi quelque système que l’on prenne sur la liberté, sans excepter le fatalisme le plus absolu, les conséquences morales seront les mêmes. En effet, suivant le fatalisme, tout homme était prédéterminé à faire toutes les actions qu’il a faites; mais lorsqu’il se détermine, il ignore à laquelle des deux actions qu’il se propose il doit se déterminer: il sait seulement que c’est à celle pour laquelle il croira voir des motifs plus puissants. » 

Dans les éditions où est ce chapitre, la première partie se trouve avoir dix chapitres. (B:.) 

Note_6 Chapitre II, page 408. 

Note_7 L’édition originale de la Métaphysique de Newton, Amsterdam, 1740, portait engendrer; et les auteurs de la Bibliothèque française, tome XXXII, page 130, dirent à ce sujet: « L’Académie a décidé que ce mot d’engendrer ne se dit proprement que du mâle. Cette décision n’est pas sans appel, puisque voici M. de Voltaire qui fait engendrer la femelle. » (B.) 

Note_8 Ce passage est cité dans la lettre de Voltaire au marquis d’Argenson. du 15 avril 1744. 

Note_9 Cette conversion de l’eau en terre est encore une question, quoique l’opinion de Boerhaave soit la plus vraisemblable. Au reste, ce ne serait pas une vraie transmutation l’eau est une espèce de terre fusible à très petit degré de chaleur, et cette terre pourrait perdre cette propriété par la digestion dans les vaisseaux clos, soit en se combinant avec le feu libre qui passe à travers les vaisseaux, soit en vertu d’une nouvelle combinaison de ses propres éléments. (K.) 

-Si on excepte les eaux de pluie recueillies avec soin et certaines eaux des montagnes granitiques, toutes les eaux de la nature tiennent en dissolution des matières solides qui peuvent se déposer. Cette terre de Boyle n’est qu’un dépôt. (D.) 

Note_10 M. de Voltaire suit ici le système des vers spermatiques. Voyez les notes sur l’article Génération, dans le Dictionnaire philosophique. (K.) — Les éditions de Kehl n’ont fait aucune note sur l’article Génération; mais ils en ont fait une sur le chapitre vii de l’Homme aux quarante écus; voyez tome I. 

Note_11 M. de Voltaire emploie ici le langage des chimistes du temps où il a écrit. (K.) 

Note_12 Si cette question d’une matière première n’est pas insoluble pour l’espèce humaine, elle l’est certainement pour les philosophes de notre siècle. Les chimistes sont obligés de reconnaître dans les corps un très grand nombre d’éléments, les uns simples et inaltérables dans nos expériences, les autres composés et destructibles, mais dont les principes sont encore peu connus. C’est à bien reconnaître les principes simples, à analyser les principes composés, à tâcher de réduire les premiers à un moindre nombre, à chercher à deviner le secret de la combinaison des autres, dont la nature s’est réservé jusqu’ici les moyens, que s’applique surtout la chimie théorique, depuis que cette science s’est soumise comme les autres à la marche analytique; mais il y a loin de ce que nous savons à la connaissance d’une matière première, ou même d’un petit nombre de principes primitifs simples et invariables. (K.) 

Note_13 Horace, livre Ier, ode iii, vers 27. 

Note_14 Dans l’édition de 1756 et ses réimpressions, au lieu de ce dernier alinéa il y avait: 

« Voilà pourtant les choses qu’on a cru expliquer par lemmes, théorèmes et corollaires. Qu’a-t-on prouvé par là? Ce que Cicéron a dit: Qu’il n’y a rien de si étrange qui ne soit soutenu par les philosophes. O métaphysique! nous sommes aussi avancés que du temps des premiers druides. » 

C’est dans son ouvrage De Divinatione, II, 58, que Cicéron a dit: Nescio quomodo nihil tam absurde dici potest quod non dicatur ab aliquo philosophorun. (B.) 

Note_15 Le principe de la conservation des forces vives a lieu en général dans la nature, toutes les fois qu’on supposera que les changements se feront par degrés insensibles; c’est-à-dire tant que la loi de continuité y est observée. Il en est de même du principe de la conservation d’action. Celui de la moindre action est vrai aussi. en général, dans ce sens que le mouvement est déterminé par les mêmes équations générales qu’on aurait trouvées en supposant que l’action est un minimum. Mais cela ne suffit pas pour que l’action soit réellement un minimum; elle peut être un maximum, ou n’être ni l’un ni l’autre, quoique ces équations aient lieu. L’accord de ces équations avec la nature prouve seulement que, dans les changements infiniment petits qui ont lieu dans un temps infiniment petit, la quantité d’action reste la même. 

Au reste, ce serait en vain qu’on croirait voir des causes finales dans ces différentes lois: elles ne sont, comme l’a démontré M. d’Alembert, que la conséquence nécessaire des principes essentiels et mathématiques du mouvement. La découverte de ces principes, qu’il a étendus aux corps solides, flexibles et fluides, en trouvant en même temps le nouveau calcul qui était nécessaire pour y appliquer l’analyse mathématique, doit être regardée comme le plus grand effort que l’esprit humain ait fait dans ce siècle. (K.)