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CONSEILS A UN JOURNALISTE
SUR LA PHILOSOPHIE, L’HISTOIRE, LE THÉÂTRE, LES PIÈCES DE POÉSIE,
LES MÉLANGES DE LITTÉRATURE,
LES ANECDOTES LITTÉRAIRES, LES LANGUES ET LE STYLE. (10 mai 1737.)

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Notice de Beuchot
Notice bibliographique.
Conseils à un journaliste
Sur la philosophie.
Sur l’histoire.
Sur la comédie.
De la tragédie.
Des pièces de poésie.
Des mélanges de littérature, et des anecdotes littéraires.
Sur les langues.
Du style d’un journaliste.
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Notice de Beuchot: C’est tous le titre de Conseils à un journaliste, etc., que ce morceau fut imprimé, en 1765, dans le tome Ier des Nouveaux Mélanges, avec la note que voici: « Cette pièce parut en Hollande, il y a trente ans elle n’a pas été imprimée depuis: le public jugera si elle mérite de trouver place dans ce recueil. » Je ne connais pas d’édition plus ancienne que celle qu’on trouve dans le Mercure de 1744 (premier volume de novembre), sous le titre de: Avis à un journaliste, et avec la date de: 10 mai 1737, que j’ai ajoutée ici ainsi que quelques variantes; la version actuelle est de 1765. (B.)

CONSEILS...

L’ouvrage périodique auquel vous avez dessein de travailler, monsieur, peut très bien réussir, quoiqu’il y en ait déjà trop de cette espèce. Vous me demandez comment il faut s’y prendre pour qu’un tel journal plaise à notre siècle et à la postérité. Je vous répondrai en deux mots: Soyez impartial. Vous avez la science et le goût; si avec cela vous êtes juste, je vous prédis un succès durable. Notre nation aime tous les genres de littérature, depuis les mathématiques jusqu’à l’épigramme. Aucun des journaux ne parle communément de la partie la plus brillante des belles-lettres, qui sont les pièces de théâtre, ni de tant de jolis ouvrages de poésie, qui soutiennent tous les jours le caractère aimable de notre nation. Tout peut entrer dans votre espèce de journal, jusqu’à une chanson qui sera bien faite; rien n’est à dédaigner. La Grèce, qui se vante d’avoir fait naître Platon, se glorifie encore d’Anacréon, et Cicéron ne fait point oublier Catulle. 

SUR LA PHILOSOPHIE.

Vous savez assez de géométrie et de physique pour rendre un compte exact des livres de ce genre, et vous avez assez d’esprit pour en parler avec cet art qui leur ôte leurs épines, sans les charger de fleurs qui ne leur conviennent pas. 

Je vous conseillerais surtout, quand vous ferez des extraits de philosophie, d’exposer d’abord au lecteur une espèce d’abrégé historique des opinions qu’on propose, ou des vérités qu’on établit. Par exemple, s’agit-il de l’opinion du vide: dites en deux mots comment Épicure croyait le prouver; montrez comment Gassendi l’a rendu plus vraisemblable; exposez les degrés infinis de probabilité que Newton a ajoutés enfin à cette opinion par ses raisonnements, par ses observations, et par ses calculs. 

S’agit-il d’un ouvrage sur la nature de l’air; il est bon de montrer d’abord qu’Aristote et tous les philosophes ont connu sa pesanteur, mais non son degré de pesanteur. Beaucoup d’ignorants qui voudraient au moins savoir l’histoire des sciences, les gens du monde, les jeunes étudiants, verront avec avidité par quelle raison et par quelles expériences le grand Galilée combattit le premier l’erreur d’Aristote au sujet de l’air, avec quel art Torricelli le pesa, ainsi qu’on pèse un poids dans une balance; comment on connut son ressort; comment enfin les admirables expériences de MM. Hales et Boerhaave(1) ont découvert des effets de l’air, qu’on est presque forcé d’attribuer à des propriétés de la matière inconnues jusqu’à nos jours. 

Paraît-il un livre hérissé de calculs et de problèmes sur la lumière; quel plaisir ne faites-vous pas au public de lui montrer les faibles idées que l’éloquente et ignorante Grèce avait de la réfraction; ce qu’en dit l’Arabe Alhazen, le seul géomètre de son temps; ce que devine Antonio de Dominis; ce que Descartes met habilement et géométriquement en usage, quoique en se trompant; ce que découvre ce Grimaldi(2), qui a trop peu vécu; enfin ce que Newton pousse jusqu’aux vérités les plus déliées et les plus hardies auxquelles l’esprit humain puisse atteindre, vérités qui nous font voir un nouveau monde, mais qui laissent encore un nuage derrière elles. 

Composera-t-on quelque ouvrage sur la gravitation des astres, sur cette admirable partie des démonstrations de Newton; ne vous aura-t-on pas obligation si vous rendez l’histoire de cette gravitation des astres, depuis Copernic, qui l’entrevit, depuis Kepler, qui osa l’annoncer comme par instinct, jusqu’à Newton, qui a démontré à la terre étonnée qu’elle pèse sur le soleil, et le soleil sur elle? 

(3)Rapportez à Descartes et à Harriot l’art d’appliquer l’algèbre à la mesure des courbes; le calcul intégral et différentiel à Newton, et ensuite à Leibnitz. Nommez dans l’occasion les inventeurs de toutes les découvertes nouvelles. Que votre ouvrage soit un registre fidèle de la gloire des grands hommes. 

Surtout en exposant des opinions, en les appuyant, en les combattant, évitez les paroles injurieuses qui irritent un auteur, et souvent toute une nation, sans éclairer personne. Point d’animosité, point d’ironie. Que direz-vous d’un avocat général qui, en résumant tout un procès, outragerait par des mots piquants la partie qu’il condamne? Le rôle d’un journaliste n’est pas si respectable, mais son devoir est à peu près le même. Vous ne croyez point l’harmonie préétablie, faudra-t-il pour cela décrier Leibnitz? (4)Insulterez-vous à Locke, parce qu’il croit Dieu assez puissant pour pouvoir donner, s’il le veut, la pensée à la matière? Ne croyez-vous pas que Dieu, qui a tout créé, peut rendre cette matière et ce don de penser éternels? que s’il a créé nos âmes, il peut encore créer des millions d’êtres différents de la matière et de l’âme? qu’ainsi le sentiment de Locke est respectueux pour la Divinité, sans être dangereux pour les hommes? si Bayle, qui savait beaucoup, a beaucoup douté, songez qu’il n’a jamais douté de la nécessité d’être honnête homme. Soyez-le donc avec lui, et n’imitez point ces petits esprits qui outragent par d’indignes injures un illustre mort qu’ils n’auraient osé attaquer pendant sa vie. 

SUR L’HISTOIRE.

Ce que les journalistes aiment peut-être le mieux à traiter, ce sont les morceaux d’histoire: c’est là ce qui est le plus à la portée de tous les hommes, et le plus de leur goût. Ce n’est pas que dans le fond on ne soit aussi curieux pour le moins de connaître la nature que de savoir ce qu’a fait Sésostris ou Bacchus; mais il en coûte de l’application pour examiner, par exemple, par quelle machine ou pourrait fournir beaucoup d’eau à la ville de Paris, ce qui nous importe pourtant assez; et on n’a qu’à ouvrir les yeux pour lire les anciens contes qui nous sont transmis sous le nom d’histoires, lesquels on nous répète tous les jours, et qui ne nous importent guère. 

Si vous rendez compte de l’histoire ancienne, proscrivez, je vous en conjure, toutes ces déclamations contre certains conquérants. Laissez Juvénal et Boileau donner, du fond de leur cabinet, des ridicules à Alexandre, qu’ils eussent fatigué d’encens s’ils eussent vécu sous lui; qu’ils appellent Alexandre insensé(5); vous, philosophe impartial, regardez dans Alexandre ce capitaine général de la Grèce, semblable à peu près à un Scanderbeg, à un Huniade, chargé comme eux de venger son pays, mais plus heureux, plus grand, plus poli et plus magnifique. Ne le faites pas voir seulement subjuguant tout l’empire de l’ennemi des Grecs, et portant ses conquêtes jusqu’à l’Inde, où s’étendait la domination de Darius; mais représentez-le donnant des lois au milieu de la guerre, formant des colonies, établissant le commerce, fondant Alexandrie et Scanderon(6), qui sont aujourd’hui le centre du négoce de l’Orient. C’est par là surtout qu’il faut considérer les rois; et c’est ce qu’on néglige. Quel bon citoyen n’aimera pas mieux qu’on l’entretienne des villes et des ports que César a bâtis, du calendrier qu’il a réformé, etc., que des hommes qu’il a fait égorger? 

Inspirez surtout aux jeunes gens plus de goût pour l’histoire des temps récents, qui est pour nous de nécessité, que pour l’ancienne, qui n’est que de curiosité; qu’ils songent que la moderne a l’avantage d’être plus certaine, par cela même qu’elle est moderne. 

Je voudrais surtout que vous recommandassiez de commencer sérieusement l’étude de l’histoire au siècle qui précède immédiatement Charles-Quint, Léon X, François Ier. C’est là qu’il se fait dans l’esprit humain, comme dans notre monde, une révolution qui a tout changé(7).

Le beau siècle de Louis XIV achève de perfectionner ce que Léon X, tous les Médicis, Charles-Quint, François Ier, avaient commencé. Je travaille depuis longtemps à l’histoire de ce dernier siècle(8), qui doit être l’exemple des siècles à venir; j’essaye de faire voir le progrès de l’esprit humain, et de tous les arts, sous Louis XIV. Puissé-je, avant de mourir, laisser ce monument à la gloire de ma nation J’ai bien des matériaux pour élever cet édifice. Je ne manque point de Mémoires sur les avantages que le grand Colbert a procurés et voulait faire à la nation et au monde; sur la vigilance infatigable, sur la prévoyance d’un ministre de la guerre(9) né pour être le ministre d’un conquérant; sur les révolutions arrivées dans l’Europe; sur la vie privée de Louis XIV, qui a été dans son domestique l’exemple des hommes, comme il a été quelquefois celui des rois. J’ai des Mémoires(10) sur des fautes inséparables de l’humanité, dont je n’aime à parler que parce qu’elles font valoir les vertus; et j’applique déjà à Louis XIV(11) ce beau mot d’Henri IV, qui disait à l’ambassadeur don Pèdre: « Quoi donc! votre maître n’a-t-il pas assez de vertus pour avoir des défauts? » Mais j’ai peur de n’avoir ni le temps ni la force de conduire ce grand ouvrage à sa fin. 

Je vous prierai de bien faire sentir que si nos histoires modernes écrites par des contemporains sont plus certaines en général que toutes les histoires anciennes, elles sont quelquefois plus douteuses dans les détails. Je m’explique. Les hommes diffèrent entre eux d’état, de parti, de religion. Le guerrier, le magistrat, le janséniste, le moliniste(12), ne voient point les mêmes faits avec les mêmes yeux: c’est le vice de tous les temps. Un Carthaginois n’eût point écrit les guerres puniques dans l’esprit d’un Romain, et il eût reproché à Rome la mauvaise foi dont Rome accusait Carthage. Nous n’avons guère d’historiens anciens qui aient écrit les uns contre les autres sur le même événement: ils auraient répandu le doute sur des choses que nous prenons aujourd’hui pour incontestables. Quelque peu vraisemblables qu’elles soient, nous les respectons pour deux raisons: parce qu’elles sont anciennes, et parce qu’elles n’ont point été contredites. 

Nous autres historiens contemporains, nous sommes dans un cas bien différent; il nous arrive souvent la même chose qu’aux puissances qui sont en guerre. On a fait à Vienne, à Londres, à Versailles, des feux de joie pour des batailles que personne n’avait gagnées(13): chaque parti chante victoire, chacun a raison de son côté. Voyez que de contradictions sur Marie Stuart, sur les guerres civiles d’Angleterre, sur les troubles de Hongrie, sur l’établissement de la religion protestante, sur le concile de Trente(14). Parlez de la révocation de l’édit de Nantes à un bourgmestre hollandais, c’est une tyrannie imprudente; consultez un ministre de la cour de France, c’est une politique sage. Que dis-je? la même nation, au bout de vingt ans, n’a plus les mêmes idées qu’elle avait sur le même événement et sur la même personne: j’en ai été témoin au sujet du feu roi Louis XIV. Mais quelles contradictions n’aurai-je pas à essuyer sur l’histoire de Charles XIII J’ai écrit sa vie singulière sur les Mémoires de M. Fabrice, qui a été huit ans son favori; sur les lettres de M. de Fierville, envoyé de France auprès de lui; sur celles de M. de Villelongue, longtemps colonel à son service; sur celles de M. de Poniatowski. J’ai consulté M. de Croissy, ambassadeur de France auprès de ce prince, etc. J’apprends à présent que M. Nordberg, chapelain de Charles XII, écrit une histoire de son règne. Je suis sûr que le chapelain aura souvent vu les mêmes choses avec d’autres yeux que le favori de l’ambassadeur. Quel parti prendre en ce cas? celui de me corriger sur-le-champ dans les choses où ce nouvel historien aura évidemment raison, et de laisser les autres au jugement des lecteurs désintéressés. Que suis-je en tout cela? je ne suis qu’un peintre qui cherche à représenter d’un pinceau faible, mais vrai, les hommes tels qu’ils ont été. Tout m’est indifférent de Charles XII et de Pierre le Grand, excepté le bien que le dernier a pu faire aux hommes. Je n’ai aucun sujet de les flatter ni d’en médire. Je les traiterai comme Louis XIV(15), avec le respect qu’on doit aux têtes couronnées qui viennent de mourir, et avec le respect qu’on doit à la vérité, qui ne mourra jamais. 

SUR LA COMÉDIE.

Venons aux belles-lettres, qui feront un des principaux articles de votre journal. Vous comptez parler beaucoup des pièces de théâtre. Ce projet est d’autant plus raisonnable que le théâtre est plus épuré parmi nous, et qu’il est devenu une école de moeurs. Vous vous gardez bien sans doute de suivre l’exemple de quelques écrivains périodiques, qui cherchent à rabaisser tous leurs contemporains, et à décourager les arts, dont un bon journaliste doit être le soutien. Il est juste de donner la préférence à Molière sur les comiques de tous les temps et de tous les pays; mais ne donnez point d’exclusion. Imitez les sages Italiens, qui placent Raphaël au premier rang, mais qui admirent les Paul Véronèse, les Carrache, les Corrége, les Dominiquin, etc. Molière est le premier; mais il serait injuste et ridicule de ne pas mettre le Joueur à côté de ses meilleures pièces. Refuser son estime aux Ménechmes, ne pas s’amuser beaucoup au Légataire universel, serait d’un homme sans justice et sans goût; et qui ne se plaît pas à Regnard n’est pas digne d’admirer Molière. 

Osez avouer avec courage que beaucoup de nos petites pièces, comme le Grondeur(16), le Galant Jardinier(17), la Pupille(18),le Double Veuvage(19), l’Esprit de contradiction(20), la Coquette de village(21), le Florentin(22),etc., sont au-dessus de la plupart des petites pièces de Molière; je dis au-dessus pour la finesse des caractères, pour l’esprit dont la plupart sont assaisonnées, et même pour la bonne plaisanterie. 

Je ne prétends point ici entrer dans le détail de tant de pièces nouvelles, ni déplaire à beaucoup de monde par des louanges données à peu d’écrivains, qui peut-être n’en seraient pas satisfaits; mais je dirai hardiment: Quand on donnera des ouvrages pleins de moeurs et où l’on trouve de l’intérêt, comme le Préjugé à la mode; quand les Français seront assez heureux pour qu’on leur donne une pièce telle que le Glorieux, gardez-vous bien de vouloir rabaisser leur succès, sous prétexte que ce ne sont pas des comédies dans le goût de Molière; évitez ce malheureux entêtement, qui ne prend sa source que dans l’envie, ne cherchez point à proscrire les scènes attendrissantes qui se trouvent dans ces ouvrages: car, lorsqu’une comédie, outre le mérite qui lui est propre, a encore celui d’intéresser, il faut être de bien mauvaise humeur pour se fâcher qu’on donne au public un plaisir de plus. 

J’ose dire que si les pièces excellentes de Molière étaient un peu plus intéressantes, on verrait plus de monde à leurs représentations; le Misanthrope serait aussi suivi qu’il est estimé. Il ne faut pas que la comédie dégénère en tragédie bourgeoise: l’art d’étendre ses limites, sans les confondre avec celles de la tragédie, est un grand art qu’il serait beau d’encourager et honteux de vouloir détruire. C’en est un que de savoir bien rendre compte d’une pièce de théâtre. J’ai toujours reconnu l’esprit des jeunes gens au détail qu’ils faisaient d’une pièce nouvelle qu’ils venaient d’entendre; et j’ai remarqué que tous ceux qui s’en acquittaient le mieux ont été ceux qui depuis ont acquis le plus de réputation dans leurs emplois: tant il est vrai qu’au fond l’esprit des affaires et le véritable esprit des belles-lettres est le même! 

Exposer en termes clairs et élégants un sujet qui quelquefois est embrouillé, et, sans s’attacher à la division des actes, éclaircir l’intrigue et le dénouement, les raconter comme une histoire intéressante, peindre d’un trait les caractères, dire ensuite ce qui a paru plus ou moins vraisemblable, bien ou mal préparé, retenir les vers les plus heureux, bien saisir le mérite ou le vice général du style: c’est ce que j’ai vu faire quelquefois, mais ce qui est fort rare chez les gens de lettres même qui s’en font une étude, car il est plus facile à certains esprits de suivre leurs propres idées que de rendre compte de celles des autres. 

DE LA TRAGÉDIE.

Je dirai à peu près de la tragédie ce que j’ai dit de la comédie Vous savez quel honneur ce bel art a fait à la France, art d’autant plus difficile et d’autant plus au-dessus de la comédie qu’il faut être vraiment poète pour faire une belle tragédie, au lieu que la comédie demande seulement quelque talent pour les vers. 

Vous, monsieur, qui entendez si bien Sophocle et Euripide, ne cherchez point une vaine récompense du travail qu’il vous en a coûté pour les entendre, dans le malheureux plaisir de les préférer, contre votre sentiment, à nos grands auteurs français. Souvenez-vous que, quand je vous ai défié de me montrer, dans les tragiques de l’antiquité, des morceaux comparables à certains traits des pièces de Pierre Corneille, je dis de ses moins bonnes, vous avouâtes que c’était une chose impossible. Ces traits dont je parle étaient, par exemple, ces vers de la tragédie de Nicomède. Je veux, dit Prusias(23),
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J’y veux mettre d’accord l’amour et la nature, 
Être père et mari dans cette conjoncture. 

NICOMÈDE.

Seigneur, voulez-vous bien vous en fier à moi? 
Ne soyez l’un ni l’autre. 

PRUSIAS.

                                   Eh ! que dois-je être? 

NICOMÈDE.

                                                                  Roi. 
Reprenez hautement ce noble caractère. 
Un véritable roi n’est ni mari ni père: 
Il regarde son trône, et rien de plus. Régnez. 
Rome vous craindra plus que vous ne la craignez.
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Vous n’inférerez point que les dernières pièces de ce père du théâtre soient bonnes, parce qu’il s’y trouve de si beaux éclairs: avouez leur extrême faiblesse avec tout le public. 

Agésilas et Suréna ne peuvent rien diminuer de l’honneur que Cinna et Polyeucte font à la France. M. de Fontenelle, neveu du grand Corneille, dit, dans la Vie de son oncle, que, si le proverbe Cela est beau comme le Cid passa trop tôt, il faut s’en prendre aux auteurs qui avaient intérêt à l’abolir. Non, les auteurs ne pouvaient pas plus causer la chute du proverbe que celle du Cid: c’est Corneille lui-même qui le détruisit; c’est à Cinna qu’il faut s’en prendre. Ne dites point avec l’abbé de Saint-Pierre que dans cinquante ans on ne jouera plus les pièces de Racine. Je plains nos enfants s’ils ne goûtent pas ces chefs-d’oeuvre d’élégance Comment leur coeur sera-t-il donc fait, si Racine ne les intéresse pas? 

Il y a apparence que les bons auteurs du siècle de Louis XIV dureront autant que la langue française; mais ne découragez pas leurs successeurs en assurant que la carrière est remplie, et qu’il n’y a plus de place. Corneille n’est pas assez intéressant; souvent Racine n’est pas assez tragique. L’auteur de Venceslas, celui de Rhadamiste et d’Électre, avec leurs grands défauts, ont des beautés particulières qui manquent à ces deux grands hommes; et il est à présumer que ces trois pièces resteront toujours sur le théâtre français, puisqu’elles s’y sont soutenues avec des acteurs différents: car c’est la vraie épreuve d’une tragédie. 

Que dirais-je de Manlius, pièce digne de Corneille, et du beau rôle d’Ariane, et du grand intérêt qui règne dans Amasis(24)?Je ne vous parlerai point des pièces tragiques faites depuis vingt années: comme j’en ai composé quelques-unes, il ne m’appartient pas d’oser apprécier le mérite des contemporains qui valent mieux que moi; et à l’égard de mes ouvrages de théâtre, tout ce que je peux en dire, et vous prier d’en dire aux lecteurs, c’est que je les corrige tous les jours. 

Mais, quand il paraîtra une pièce nouvelle, ne dites jamais(25) comme l’auteur odieux des Observations(26) et de tant d’autres brochures: La pièce est excellente, ou elle est mauvaise; ou tel acte est impertinent, un tel rôle est pitoyable. Prouvez solidement ce que vous en pensez, et laissez au public le soin de prononcer. Soyez sûr que l’arrêt sera contre vous toutes les fois que vous déciderez sans preuve, quand même vous auriez raison: car ce n’est pas votre jugement qu’on demande, mais le rapport d’un procès que le public doit juger. 

Ce qui rendra surtout votre journal précieux, c’est le soin que vous aurez de comparer les pièces nouvelles avec celles des pays étrangers qui seront fondées sur le même sujet. Voilà à quoi l’on manqua dans le siècle passé, lorsqu’on fit l’examen du Cid: on ne rapporta que quelques vers de l’original espagnol; il fallait comparer les situations. Je suppose qu’on nous donne aujourd’hui Manlius, de La Fosse, pour la première fois; il serait très agréable de mettre sous les yeux du lecteur la tragédie anglaise(27) dont elle est tirée. Paraît-il quelque ouvrage instructif sur les pièces de l’illustre Racine; détrompez le public de l’idée où l’on est que jamais les Anglais n’ont pu admettre le sujet de Phèdre sur leur théâtre. Apprenez aux lecteurs que la Phèdre de Smith est une des plus belles pièces qu’on ait à Londres. Apprenez-leur que l’auteur a imité tout Racine, jusqu’à l’amour d’Hippolyte; qu’on a joint ensemble l’intrigue de Phèdre et celle de Bajazet, et que cependant l’auteur se vante d’avoir tiré tout d’Euripide. Je crois que 

les lecteurs seraient charmés de voir sous leurs yeux la comparaison de quelques scènes de la Phèdre grecque, de la latine, de la française et de l’anglaise. C’est ainsi, à mon gré, que la sage et saine critique perfectionnerait encore le goût des Français, et peut-être de l’Europe. Mais quelle vraie critique avons-nous depuis celle que l’Académie française fit du Cid, et à laquelle il manque encore autant de choses qu’au Cid même? 

DES PIÈCES DE POÉSIE.

Vous répandrez beaucoup d’agrément sur votre journal si vous l’ornez de temps en temps de ces petites pièces fugitives marquées au bon coin, dont les portefeuilles des curieux sont remplis. On a des vers du duc de Nevers, du comte Antoine Hamilton, né en France(28), qui respirent tantôt le feu poétique, tantôt la douce facilité du style épistolaire. On a mille petits ouvrages charmants de MM. d’Ussé(29), de Saint-Aulaire, de Ferrand, de La Faye, de Fieubet, du président Hénault(30), et de tant d’autres. Ces sortes de petits ouvrages dont je vous parle suffisaient autrefois à faire la réputation des Voiture, des Sarrasin, des Chapelle. Ce mérite était rare alors. Aujourd’hui qu’il est plus répandu, il donne peut-être moins de réputation; mais il ne fait pas moins de plaisir aux lecteurs délicats. Nos chansons valent mieux que celles d’Anacréon, et le nombre en est étonnant. On en trouve même qui joignent la morale avec la gaieté, et qui, annoncées avec art, n’aviliraient point du tout un journal sérieux. Ce serait perfectionner le goût, sans nuire aux moeurs(31), de rapporter une chanson aussi jolie que celle-ci, qui est de l’auteur du Double Veuvage(32):
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Phyllis, plus avare que tendre, 
Ne gagnant rien à refuser, 
Un jour exigea de Lisandre 
Trente moutons pour un baiser. 
Le lendemain, nouvelle affaire; 
Pour le berger le troc fut bon, 
Car il obtint de la bergère 
Trente baisers pour un mouton. 
Le lendemain, Phyllis plus tendre, 
Craignant de déplaire au berger, 
Fut trop heureuse de lui rendre 
Trente moutons pour un baiser. 
Le lendemain, Phyllis plus sage 
Aurait donné moutons et chien 
Pour un baiser que le volage 
A Lisette donnait pour rien.
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Comme vous n’avez pas tous les jours des livres nouveaux qui méritent votre examen, ces petits morceaux de littérature rempliront très bien les vides de votre journal. S’il y a quelques ouvrages de prose ou de poésie qui fassent beaucoup de bruit dans Paris, qui partagent les esprits, et sur lesquels on souhaite une critique éclairée, c’est alors qu’il faut oser servir de maître au public sans le paraître; et, le conduisant comme par la main, lui faire remarquer les beautés sans emphase et les défauts sans aigreur. C’est alors qu’on aime en vous cette critique, qu’on déteste et qu’on méprise dans d’autres. 

Un de mes amis, examinant(33) trois épîtres de Rousseau, en vers dissyllabes(34), qui excitèrent beaucoup de murmure il y a quelque temps, fit de la seconde(35), où tous nos auteurs sont insultés, l’examen suivant, dont voici un échantillon qui paraît dicté par la justesse et la modération. Voici le commencement de la pièce qu’il examinait: 
 

Tout institut, tout art, toute police, 
Subordonnée au pouvoir du caprice, 
Doit être aussi conséquemment pour tous 
Subordonnée à nos différents goûts. 
Mais de ces goûts la dissemblance extrême, 
A le bien prendre, est un faible problème; 
Et quoi qu’on dise, on n’en saurait jamais 
Compter que deux, l’un bon, l’autre mauvais. 
Par des talents que le travail cultive, 
A ce premier pas à pas on arrive; 
Et le public, que sa bonté prévient, 
Pour quelque temps s’y fixe et s’y maintient. 
Mais, éblouis enfin par l’étincelle 
De quelque mode inconnue et nouvelle, 
L’ennui du beau nous fait aimer le laid, 
Et préférer le moindre au plus parfait, etc.
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Voici l’examen: 

Ce premier vers: « Tout institut, tout art, toute police »; semble avoir le défaut, je ne dis pas d’être prosaïque, car toutes ces épîtres le sont, mais d’être une prose un peu trop faible et dépourvue d’élégance et de clarté. 

La police semble n’avoir aucun rapport au goût, dont il est question. De plus, le terme de police doit-il entrer dans des vers? 

Conséquemment est à peine admis dans la prose noble. Cette répétition du mot subordonnée serait vicieuse(36), quand même le terme serait élégant, et semble insupportable, puisque ce terme est une expression plus convenable à des affaires qu’à la poésie. 

La dissemblance ne paraît pas le mot propre. La « dissemblance des goûts est un faible problème »: je ne crois pas que cela soit français. 

A le bien prendre paraît une expression trop inutile et trop basse. 

Enfin il semble qu’un problème n’est ni faible ni fort: il peut être aisé ou difficile, et sa solution peut être faible, équivoque, erronée. 
 

Et, quoi qu’on dise, on n’en saurait jamais 
Compter que deux, l’un bon, l’autre mauvais.

Non seulement la poésie aimable s’accommode peu de cet air de dilemme, et d’une pareille sécheresse; mais la raison semble peu s’accommoder de voir en huit vers « que tout art est subordonné à nos différents goûts, et que cependant il n’y a que deux goûts ». 

« Arriver au goût pas à pas » est encore, je crois, une façon de parler peu convenable, même en prose. 

Et le public, que sa bonté prévient.

Est-ce la bonté du public? est-ce la bonté du goût? 
 

L’ennui du beau nous fait aimer le laid, 
Et préférer le moindre au plus parfait.

Le beau et le laid sont des expressions réservées au bas comique. 2° Si on aime le laid, ce n’est pas la peine de dire ensuite qu’on préfère le moins parfait. 3° Le moindre n’est pas opposé grammaticalement au plus parfait. 4° Le moindre est un mot qui n’entre jamais dans la poésie, etc. 

C’est ainsi que ce critique faisait sentir, sans amertume, toute la faiblesse de ces épîtres. Il n’y avait pas trente vers(37) dans tous les ouvrages de Rousseau, faits en Allemagne, qui échappassent à sa juste censure. Et pour mieux instruire les jeunes gens, il comparait à cet ouvrage un autre ouvrage du même auteur sur un sujet de littérature à peu près semblable. Il rapportait les vers de l’Épître aux muses, imitée de Despréaux; et cet objet de comparaison achevait de persuader mieux que les discussions les plus solides et les plus subtiles. 

De l’exposé de tous ces vers dissyllabes(38), il prenait occasion de faire voir qu’il ne faut jamais confondre les vers de cinq pieds avec les vers marotiques. Il prouvait que le style qu’on appelle de Marot ne doit être admis que dans une épigramme et dans un conte, comme les figures de Callot ne doivent paraître que dans des grotesques. Mais quand il faut mettre la raison en vers, peindre, émouvoir, écrire élégamment, alors ce mélange monstrueux de la langue qu’on parlait il y a deux cents ans, et de la langue de nos jours, paraît l’abus le plus condamnable qui se soit glissé dans la poésie. Marot parlait sa langue; il faut que nous parlions la nôtre. Cette bigarrure est aussi révoltante pour les hommes judicieux que le serait l’architecture gothique mêlée avec la moderne. Vous aurez souvent occasion de détruire ce faux goût. Les jeunes gens s’adonnent à ce style, parce qu’il est malheureusement facile. 

Il en a coûté peut-être à Despréaux pour dire élégamment(39):
 

Faites choix d’un censeur solide et salutaire, 
Que la raison conduise et le savoir éclaire, 
Et dont le crayon sûr d’abord aille chercher 
L’endroit que l’on sent faible, et qu’on se veut cacher.

Mais est-il bien difficile(40), est-il bien élégant de dire: 
 

Donc si Phébus ses échecs vous adjuge, 
Pour bien juger consultez tout bon juge. 
Pour bien jouer, hantez les bons joueurs; 
Surtout craignez le poison des loueurs; 
Accostez-vous de fidèles critiques(41).

Ce n’est pas qu’il faille condamner des vers familiers dans ces pièces de poésie; au contraire, ils y sont nécessaires, comme les jointures dans le corps humain, ou plutôt comme des repos dans un voyage: 
 

Et sermone opus est, modo tristi, saepe jocoso, 
Defendente vicem modo rhetoris, atque poetae, 
Interdum urbani, parcentis viribus, atque 
Extenuantis eas consulto(42).

Tout ne doit pas être orné, mais rien ne doit être rebutant. Un langage obscur et grotesque n’est pas de la simplicité: c’est de la grossièreté recherchée. 

DES MÉLANGES DE LITTÉRATURE, ET DES ANECDOTES LITTÉRAIRES.

Je rassemble ici, sous le nom de Mélanges de littérature, tous les morceaux détachés d’histoire, d’éloquence, de morale, de critique, et ces petits romans qui paraissent si souvent. Nous avons des chefs-d’oeuvre en tous ces genres. Je ne crois pas qu’aucune nation puisse se vanter d’un si grand nombre d’aussi jolis ouvrages de belles-lettres. Il est vrai qu’aujourd’hui ce genre facile produit une foule d’auteurs; on en compterait quatre ou cinq mille depuis cent ans. Mais un lecteur en use avec les livres comme un citoyen avec les hommes. On ne vit pas avec tous ses contemporains, on choisit quelques amis. Il ne faut pas plus s’effaroucher de voir cent cinquante mille volumes à la Bibliothèque du roi que de ce qu’il y a sept cent mille hommes dans Paris. Les ouvrages de pure littérature, dans lesquels on trouve souvent des choses agréables, amusent successivement les honnêtes gens, délassent l’homme sérieux dans l’intervalle de ses travaux, et entretiennent dans la nation cette fleur d’esprit et cette délicatesse qui fait son caractère. 

Ne condamnez point avec dureté tout ce qui ne sera pas La Rochefoucauld ou La Fayette, tout ce qui ne sera pas aussi parfait que la Conspiration de Venise de l’abbé de Saint-Réal, aussi plaisant et aussi original que la Conversation du P. Canaye et du maréchal d’Hocquincourt, écrite par Charleval, et à laquelle Saint-Évremond a ajouté une fin moins plaisante et qui languit un peu; enfin tout ce qui ne sera pas aussi naturel, aussi fin, aussi gai que le Voyage, quoique un peu inégal, de Bachaumont et de Chapelle. 
 

Non, si priores Maeonius tenet 
Sedes Homerus, Pindaricae latent 
Coaeque, et Alcaei minaces, 
Stesichorique graves Camoenae; 
Nec, si quid olim lusit Anacreon, 
Delevit aetas; spirat adhuc amor, 
Vivuntque commissi calores 
Aeoliae fidibus puellae43).

Dans l’exposition que vous ferez de ces ouvrages ingénieux, badinant, à leur exemple, avec vos lecteurs, et répandant les fleurs avec ces auteurs dont vous parlerez, vous ne tomberez pas dans cette sévérité de quelques critiques, qui veulent que tout soit écrit dans le goût de Cicéron ou de Quintilien. Ils crient que l’éloquence est énervée, que le bon goût est perdu, parce qu’on aura prononcé dans une académie un discours brillant qui ne serait pas convenable au barreau. Ils voudraient qu’un conte fût écrit du style de Bourdaloue. Ne distingueront-ils jamais les temps, les lieux, et les personnes? Veulent-ils que Jacob, dans le Paysan parvenu(44),s’exprime comme Pellisson ou Patru? Une éloquence mâle, noble, ennemie de petits ornements, convient à tous les grands ouvrages. Une pensée trop fine serait une tache dans le Discours sur l’Histoire universelle de l’éloquent Bossuet. Mais dans un ouvrage d’agrément, dans un compliment, dans une plaisanterie, toutes les grâces légères, la naïveté ou la finesse, les plus petits ornements, trouvent leur place. Examinons-nous nous-mêmes Parlons-nous d’affaires du ton des entretiens d’un repas? Les livres sont la peinture de la vie humaine; il en faut de solides, et on en doit permettre d’agréables. 

N’oubliez jamais, en rapportant les traits ingénieux de tous ces livres, de marquer ceux qui sont à peu près semblables chez les autres peuples, ou dans nos anciens auteurs. On nous donne peu de pensées que l’on ne trouve dans Sénèque, dans Lucien(45), dans Montaigne, dans Bacon, dans le Spectateur anglais. Les comparer ensemble (et c’est en quoi le goût consiste), c’est exciter les auteurs à dire, s’il se peut, des choses nouvelles; c’est entretenir l’émulation, qui est la mère des arts. Quelle satisfaction pour un lecteur délicat de voir d’un coup d’oeil ces idées qu’Horace a exprimées dans des vers négligés, mais avec des paroles si expressives; ce que Despréaux a rendu d’une manière si correcte; ce que Dryden et Rochester ont renouvelé avec le feu de leur génie! Il en est de ces parallèles comme de l’anatomie comparée, qui fait connaître la nature. C’est par là que vous ferez voir souvent, non seulement ce qu’un auteur a dit, mais ce qu’il aurait pu dire: car si vous ne faites que le répéter, à quoi bon faire un journal? 

Il y a surtout des anecdotes littéraires sur lesquelles il est toujours bon d’instruire le public, afin de rendre à chacun ce qui lui appartient. Apprenez, par exemple, au public que le Chef-d’oeuvre d’un inconnu, ou Mathanasius, est de feu M. de Sallengre, et d’un illustre mathématicien(46) consommé dans tout genre de littérature, et qui joint l’esprit à l’érudition, enfin de tous ceux qui travaillaient à la Haye au Journal littéraire, et que M. de Saint-Hyacinthe fournit la chanson avec beaucoup de remarques. Mais si on ajoute à cette plaisanterie une infâme brochure(47) digne de la plus vile canaille, et faite sans doute par un de ces mauvais Français qui vont dans les pays étrangers déshonorer les belles-lettres et leur patrie, faites sentir l’horreur et le ridicule de cet assemblage monstrueux. 

Faites-vous toujours un mérite de venger les bons écrivains des zoïles obscurs qui les attaquent; démêlez les artifices de l’envie; publiez, par exemple, que les ennemis de notre illustre Racine firent réimprimer quelques vieilles pièces oubliées, dans lesquelles ils insérèrent plus de cent vers de ce poète admirable(48), pour faire accroire qu’il les avait volés. J’en ai vu une intitulée Saint Jean-Baptiste, dans laquelle on retrouvait une scène presque entière de Bérénice. Ces malheureux, aveuglés par leur passion, ne sentaient pas même la différence des styles, et croyaient qu’on s’y méprendrait: tant la fureur de la jalousie est souvent absurde! 

En défendant les bons auteurs contre l’ignorance et l’envie qui leur imputent de mauvais ouvrages, ne permettez pas non plus qu’on attribue à de grands hommes des livres peut-être bons en eux-mêmes, mais qu’on veut accréditer par des noms illustres auxquels ils n’appartiennent point(49). L’abbé de Saint-Pierre renouvelle un projet hardi, et sujet à d’extrêmes difficultés; il le met sous le nom d’un dauphin de France. Faites voir modestement qu’on ne doit pas, sans de très fortes preuves, attribuer un tel ouvrage à un prince né pour régner. 

Ce Projet de la prétendue paix universelle, attribué à Henri IV par les secrétaires de Maximilien de Sully, qui rédigèrent ses Mémoires, ne se trouve en aucun autre endroit. Les Mémoires de Villeroi n’en disent mot; on n’en voit aucune trace dans aucun livre du temps. Joignez à ce silence la considération de l’état de l’Europe était alors, et voyez si un prince aussi sage que Henri le Grand a pu concevoir un projet d’une exécution impossible. 

Si on réimprime, comme on me le mande, le livre fameux connu sous le nom de Testament politique du cardinal de Richelieu, montrez combien on doit douter que ce ministre en soit l’auteur. 

I. Parce que jamais le manuscrit n’a été vu ni connu chez ses héritiers ni chez les ministres qui lui succédèrent. 

II. Parce qu’il fut imprimé trente ans après sa mort, sans avoir été annoncé auparavant. 

III. Parce que l’éditeur n’ose pas seulement dire de qui il tient le manuscrit, ce qu’il est devenu, en quelle main il l’a déposé. 

IV. Parce qu’il est d’un style très différent des autres ouvrages du cardinal de Richelieu. 

V. Parce qu’on lui fait signer son nom d’une façon dont il ne se servait pas. 

VI. Parce que dans l’ouvrage il y a beaucoup d’expressions et d’idées peu convenables à un grand ministre qui parle à un grand roi. Il n’y a pas d’apparence qu’un homme aussi poli que le cardinal de Richelieu eût appelé la dame d’honneur de la reine la Du Fargis, comme s’il eût parlé d’une femme publique. Est-il vraisemblable que le ministre d’un roi de quarante ans lui fasse des leçons plus propres à un jeune dauphin qu’on élève qu’à un monarque âgé de qui l’on dépend? 

Dans le premier chapitre il prouve qu’il faut être chaste. Est-ce un discours bienséant dans la bouche d’un ministre qui avait eu publiquement plus de maîtresses que son maître, et qui n’était pas soupçonné d’être aussi retenu avec elles(50)? Dans le second chapitre, il avance cette nouvelle proposition, que la raison doit être la règle de la conduite. Dans un autre il dit que l’Espagne, en donnant un million par an aux protestants, rendait les Indes, qui fournissaient cet argent, tributaires de l’enfer: expression plus digne d’un mauvais orateur que d’un ministre sage tel que ce cardinal. Dans un autre, il appelle le duc de Mantoue, ce pauvre prince. Enfin est-il vraisemblable qu’il eût rapporté au roi des bons mots de Bautru, et cent minuties pareilles, dans un testament politique? 

VII. Comment celui qui a fait parler le cardinal de Richelieu peut-il lui faire dire, dans les premières pages, que dès qu’il fut appelé au conseil il promit au roi d’abaisser ses ennemis, les huguenots, et les grands du royaume? Ne devait-on pas se souvenir que le cardinal de Richelieu, remis dans le conseil par les bontés de la reine mère, n’y fut que le second pendant plus d’un an, et qu’il était alors bien loin d’avoir de l’ascendant sur l’esprit du roi, et d’être premier ministre? 

VIII. On prétend, dans le chapitre deuxième du livre premier, que pendant cinq ans le roi dépensa, pour la guerre, soixante millions par an, qui en valent environ six vingts de notre monnaie, et cela sans cesser de payer les charges de l’État, et sans moyens extraordinaires. Et, d’un autre côté, dans le chapitre IX, partie II, il est dit qu’en temps de paix il entrait par an, à l’épargne, environ trente-cinq millions, dont il fallait encore rabattre beaucoup. Ne paraît-il pas entre ces deux calculs une contradiction évidente? 

IX. Est-il d’un ministre d’appeler à tout moment les rentes à huit, à six, à cinq pour cent, des rentes au denier huit, au denier six, au denier cinq? Le denier cinq est vingt pour cent, et le denier vingt est cinq pour cent: ce sont des choses qu’un apprenti ne confondrait pas. 

X. Est-il vraisemblable que le cardinal de Richelieu ait appelé les parlements cours souveraines, et qu’il propose, chapitre IX, partie II, de faire payer la taille à ces cours souveraines? 

XI. Est-il vraisemblable qu’il ait proposé de supprimer les gabelles? et ce projet n’a-t-il pas été fait par un politique oisif plutôt que par un homme nourri dans les affaires? 

XII. Enfin ne voit-on pas combien il est incroyable qu’un ministre, au milieu de la guerre la plus vive, ait intitulé un chapitre: Succincte Narration des actions du roi jusqu’à la paix?

Voilà bien des raisons de douter que ce grand ministre soit l’auteur de ce livre. Je me souviens d’avoir entendu dire dans mon enfance, à un vieillard très instruit, que le Testament politique était de l’abbé Bourzeis, l’un des premiers académiciens, et homme très médiocre. Mais je crois qu’il est plus aisé de savoir de qui ce livre n’est pas que de connaître son auteur(51). Remarquez ici quelle est la faiblesse humaine. On admire ce livre parce qu’on le croit d’un grand ministre. Si on savait qu’il est de l’abbé Bourzeis, on ne le lirait pas. En rendant ainsi justice à tout le monde, en pesant tout dans une balance exacte, élevez-vous surtout contre la calomnie(52).

On a vu, soit en Hollande, soit ailleurs, de ces ouvrages périodiques destinés en apparence à instruire, mais composés en effet pour diffamer; on a vu des auteurs que l’appât du gain et la malignité ont transformés en satiriques mercenaires, et qui ont vendu publiquement leurs scandales, comme Locuste vendait les poisons. Parmi ceux qui ont ainsi déshonoré les lettres et l’humanité, qu’il me soit permis d’en citer un qui, pour prix du plus grand service qu’un homme puisse peut-être rendre à un autre homme, s’est déclaré pendant tant d’années mon plus cruel ennemi. On l’a vu imprimer publiquement, distribuer et vendre lui-même un libelle infâme, digne de toute la sévérité des lois(53); on l’a vu ensuite, de la même main dont il avait écrit et distribué ces calomnies, les désavouer presque avec autant de honte qu’il les avait publiées. « Je me croirais déshonoré, dit-il dans sa déclaration donnée aux magistrats; je me croirais déshonoré si j’avais eu la moindre part à ce libelle, entièrement calomnieux, écrit contre un homme pour qui j’ai tous les sentiments d’estime, etc. Signé: l’abbé DESFONTAINES. » 

C’est à ces extrémités malheureuses qu’on est réduit lorsqu’on fait de l’art d’écrire un si détestable usage. 

J’ai lu, dans un livre qui porte le titre de Journal, qu’il n’est pas étonnant que les jésuites prennent quelquefois le parti de l’illustre Wolf, parce que les jésuites sont tous athées. 

Parlez avec courage contre ces exécrables injustices, et faites sentir à tous les auteurs de ces infamies que le mépris et l’horreur du public seront éternellement leur partage. 

SUR LES LANGUES.

Il faut qu’un bon journaliste sache au moins l’anglais et l’italien: car il y a beaucoup d’ouvrages de génie dans ces langues, et le génie n’est presque jamais traduit. Ce sont, je crois, les deux langues de l’Europe les plus nécessaires à un Français. Les Italiens sont les premiers qui aient retiré les arts de la barbarie; et il y a tant de grandeur, tant de force d’imagination jusque dans les fautes des Anglais, qu’on ne peut trop conseiller l’étude de leur langue. 

Il est triste que le grec soit négligé en France; mais il n’est pas permis à un journaliste de l’ignorer. Sans cette connaissance, il y a un grand nombre de mots français dont il n’aura jamais qu’une idée confuse: car, depuis l’arithmétique jusqu’à l’astronomie, quel est le terme d’art qui ne dérive pas de cette langue admirable? A peine y a-t-il un muscle, une veine, un ligament dans notre corps, une maladie, un remède, dont le nom ne soit grec. Donnez-moi deux jeunes gens, dont l’un saura cette langue et dont l’autre l’ignorera; que ni l’un ni l’autre n’ait la moindre teinture d’anatomie; qu’ils entendent dire qu’un homme est malade d’un diabetès(54), qu’il faut faire à celui-ci une paracentèse, que cet autre a une ankilose ou un bubonocèle: celui qui sait le grec entendra tout d’un coup de quoi il s’agit, parce qu’il voit de quoi ces mots sont composés; l’autre ne comprendra absolument rien. 

Plusieurs mauvais journalistes ont osé donner la préférence à l’Iliade de Lamotte sur l’Iliade d’Homère. Certainement, s’ils avaient lu Homère en sa langue, ils eussent vu que la traduction(55) est autant au-dessous de l’original que Segrais est au-dessous de Virgile. 

Un journaliste versé dans la langue grecque pourra-t-il s’empêcher de remarquer, dans les traductions que Tourreil a faites de Démosthène, quelques faiblesses au milieu de ses beautés? « Si quelqu’un, dit le traducteur, vous demande: Messieurs les Athéniens, avez-vous la paix?- Non, de par Jupiter, répondez-vous; nous avons la guerre avec Philippe. » Le lecteur, sur cet exposé, pourrait croire que Démosthène plaisante à contre-temps; que ces termes familiers et réservés pour le bas comique, messieurs les Athéniens, de par Jupiter, répondent à de pareilles expressions grecques. il n’en est pourtant rien, et cette faute appartient tout entière au traducteur. Ce sont mille petites inadvertances pareilles qu’un journaliste éclairé peut faire observer, pourvu qu’en même temps il remarque encore plus les beautés. 

Il serait à souhaiter que les savants dans les langues orientales nous eussent donné des journaux des livres de l’Orient. Le public ne serait pas dans la profonde ignorance où il est de l’histoire de la plus grande partie de notre globe; nous nous accoutumerions à réformer notre chronologie sur celle des Chinois; nous serions plus instruits de la religion de Zoroastre, dont les sectateurs subsistent encore, quoique sans patrie, à peu près comme les Juifs et quelques autres sociétés superstitieuses répandues de temps immémorial dans l’Asie. On connaîtrait les restes de l’ancienne philosophie indienne; on ne donnerait plus le nom fastueux d’Histoire universelle à des recueils de quelques fables d’Égypte, des révolutions d’un pays grand comme la Champagne, nommé la Grèce, et du peuple romain qui, tout étendu et tant victorieux qu’il a été, n’a jamais eu sous sa domination tant d’États que le peuple de Mahomet, et qui n’a jamais conquis la dixième partie du monde. 

Mais aussi que votre amour pour les langues étrangères ne vous fasse pas mépriser ce qui s’écrit dans votre patrie; ne soyez point comme ce faux délicat à qui Pétrone fait dire: 
 

Ales phasiacis petita Colchis, 
Atque afrae volucres placent palato... 
Quidquid quaeritur optimum videtur.

On ne trouva(56) de poète français dans la bibliothèque de l’abbé de Longuerue qu’un tome de Malherbe. Je voudrais, encore une fois, en fait de belles-lettres, qu’on fût de tous les pays, mais surtout du sien. J’appliquerai à ce sujet des vers de M. de Lamotte, car il en a quelquefois fait d’excellents: 
 

C’est par l’étude que nous sommes 
Contemporains de tous les hommes, 
Et citoyens de tous les lieux.
.
DU STYLE D’UN JOURNALISTE.

Quant au style d’un journaliste, Bayle est peut-être le premier modèle, s’il vous en faut un: c’est le plus profond dialecticien qui ait jamais écrit; c’est presque le seul compilateur qui ait du goût. Cependant dans son style toujours clair et naturel, il y a trop de négligence, trop d’oubli des bienséances, trop d’incorrection. Il est diffus il fait, à la vérité, conversation avec son lecteur comme Montaigne, et en cela il charme tout le monde; mais il s’abandonne à une mollesse de style, et aux expressions triviales d’une conversation trop simple, et en cela il rebute souvent l’homme de goût. 

En voici un exemple qui me tombe sous la main: c’est l’article d’Abailard, dans son Dictionnaire. « Abailard, dit-il, s’amusait beaucoup plus à tâtonner et à baiser son écolière qu’à lui expliquer un auteur. » Un tel défaut lui est trop familier, ne l’imitez pas. 
 

Nul chef-d’oeuvre par vous écrit jusqu’aujourd’hui(57)
Ne vous donne le droit de faillir comme lui.

N’employez jamais un mot nouveau, à moins qu’il n’ait ces trois qualités: d’être nécessaire, intelligible, et sonore. Des idées nouvelles, surtout en physique, exigent des expressions nouvelles; mais substituer à un mot d’usage un autre mot qui n’a que le mérite de la nouveauté, ce n’est pas enrichir la langue, c’est la gâter. Le siècle de Louis XIV mérite ce respect des Français que jamais ils ne parlent une autre langue que celle qui a fait la gloire de ces belles années(58).

Un des plus grands défauts des ouvrages de ce siècle, c’est le mélange des styles, et surtout de vouloir parler des sciences comme on en parlerait dans une conversation familière(59). Je vois les livres les plus sérieux déshonorés par des expressions qui semblent recherchées par rapport au sujet, mais qui sont en effet basses et triviales. Par exemple, la nature fait les frais de cette dépense; il faut mettre sur le compte du vitriol romain un mérite dont nous faisons honneur à l’antimoine; un système de mise; adieu l’intelligence des courbes, si on néglige le calcul, etc.

Ce défaut vient d’une origine estimable: on craint le pédantisme; on veut orner des matières un peu sèches, mais 

In vitium ducit culpae fuga, si caret arte(60).

Il me semble que tous les honnêtes gens aiment mieux cent fois un homme lourd, mais sage, qu’un mauvais plaisant. Les autres nations ne tombent guère dans ce ridicule. La raison en est que l’on y craint moins qu’en France d’être ce que l’on est. En Allemagne, en Angleterre, un physicien est physicien; en France, il veut encore être plaisant. Voiture fut le premier qui eut de la réputation par son style familier. On s’écriait: Cela s’appelle « écrire en homme du monde, en homme de cour; voilà le ton de la bonne compagnie! » On voulut ensuite écrire sur des choses sérieuses, de ce ton de la bonne compagnie, lequel souvent ne serait pas supportable dans une lettre. 

Cette manie a infecté plusieurs écrits d’ailleurs raisonnables. Il y a en cela plus de paresse encore que d’affectation: car ces expressions plaisantes qui ne signifient rien et que tout le monde répète sans penser, ces lieux communs sont plus aisés à trouver qu’une expression énergique et élégante. Ce n’est point avec la familiarité du style épistolaire, c’est avec la dignité du style de Cicéron qu’on doit traiter la philosophie. Malebranche, moins pur que Cicéron, mais plus fort et plus rempli d’images, me paraît un grand modèle dans ce genre; et plût à Dieu qu’il eût établi des vérités aussi solidement qu’il a exposé ses opinions avec éloquence! 

Locke, moins élevé que Malebranche, peut-être trop diffus, mais plus élégant, s’exprime toujours dans sa langue avec netteté et avec grâce. Son style est charmant, puroque simillimus amni(61).Vous ne trouvez dans ces auteurs aucune envie de briller à contretemps, aucune pointe, aucun artifice. Ne les suivez point servilement, o imitatores, servum pecus(62)! mais, à leur exemple, remplissez-vous d’idées profondes et justes. Alors les mots viennent aisément, rem verba sequentur(63). Remarquez que les hommes qui ont le mieux pensé sont aussi ceux qui ont le mieux écrit. 

Si la langue française doit bientôt se corrompre, cette altération viendra de deux sources: l’une est le style affecté des auteurs qui vivent en France; l’autre est la négligence des écrivains qui résident dans les pays étrangers. Les papiers publics et les journaux sont infectés continuellement d’expressions impropres auxquelles le public s’accoutume à force de les relire. 

Par exemple, rien n’est plus commun dans les gazettes que cette phrase: Nous apprenons que les assiégeants auraient un tel jour battu en brèche; on dit que les deux armées se seraient approchées; au lieu de: les deux armées se sont approchées, les assiégeants ont battu en brèche, etc. 

Cette construction très vicieuse est imitée du style(64) barbare qu’on a malheureusement conservé dans le barreau et dans quelques édits. On fait, dans ces pièces, parler au roi un langage gothique. Il dit: On nous aurait remontré, au lieu de: on nous a remontré; Lettres royaux, au lieu de Lettres royales; Voulons et nous plaît, au lieu de toute autre phrase plus méthodique et plus grammaticale. Ce style gothique des édits et des lois est comme une cérémonie dans laquelle on porte des habits antiques; mais il ne faut point les porter ailleurs. On ferait même beaucoup mieux de faire parler le langage ordinaire aux lois, qui sont faites pour être entendues aisément. On devrait imiter l’élégance des Institutes de Justinien(65). Mais que nous sommes loin de la forme et du fond des lois romaines! 

Les écrivains doivent éviter cet abus, dans lequel donnent tous les gazetiers étrangers. Il faut imiter le style de la Gazette qui s’imprime à Paris: elle dit au moins correctement des choses inutiles(66).

La plupart des gens de lettres qui travaillent en Hollande, où se fait le plus grand commerce de livres, s’infectent d’une autre espèce de barbarie, qui vient du langage des marchands; ils commencent à écrire par contre, pour au contraire; cette présente, au lieu de cette lettre; le change, au lieu de changement. J’ai vu des traductions d’excellents livres remplies de ces expressions. Le seul exposé de pareilles fautes doit suffire pour corriger les auteurs(67). Plût à Dieu qu’il fût aussi aisé de remédier au vice qui produit tous les jours tant d’écrits mercenaires, tant d’extraits infidèles, tant de mensonges, tant de calomnies dont la presse inonde la république des lettres! 

FIN DES CONSEILS A UN JOURNALISTE.