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| Commande CDROM | Index Voltaire | Mélanges I (1714 -1738) | LETTRES PHILOSOPHIQUES 1733 AVERTISSEMENT DE BEUCHOT. Les Lettres sur les Anglais, plus connues sous le nom de Lettres philosophiques, furent l’un des fruits du voyage de Voltaire en Angleterre en 1726(1), mais ne furent imprimées que plusieurs années après. J’en ai vu des exemplaires en français de plusieurs éditions différentes, portant la date de 1734(2). Je n’en ai jamais rencontré d’une date antérieure. Il est constant cependant qu’en 1733 ces lettres avaient été imprimées en Angleterre et en anglais par les soins de Thieriot(3). « Pendant le temps que j’étais en Angleterre, dit C. E. Jordan, les Lettres de M. de Voltaire, sur les Anglais, parurent en anglais(4) ». Voltaire possédait un exemplaire d’une édition anglaise(5); mais ce qui me paraît aussi certain, c’est que, dès 1731, ces lettres avaient été imprimées à Rouen, chez Claude-François Jore; c’est ce que dit formellement ce libraire dans le Mémoire qu’il eut, en 1736, la faiblesse de signer, et qu’il appela depuis, lui-même, factum odieux(6): ce qui n’empêcha pas les éditeurs du Voltariana(7) de le comprendre dans leur infâme collection. Des cinq éditions datées de 1734, que j’ai vues, quatre ne contiennent que vingt-cinq Lettres. Je serais tenté de croire que l’édition in-12 en 387 pages est la première qui ait été, non publiée, mais imprimée. D’abord c’est celle qui a le plus grand nombre de pages; et l’on apporte en général un peu d’économie dans les réimpressions ou contrefaçons. En second lieu, quoique la pagination soit une pour tout le volume, j’ai remarqué qu’au bas de la vingt-quatrième lettre on lit le mot FIN, et que la vingt-cinquième est imprimée avec des caractères plus gros. L’édition in-8° présente une autre particularité; c’est qu’après les 124 premières pages qui contiennent les vingt-quatre Lettres, on trouve la vingt-cinquième avec une pagination particulière de 1 à 57. L’édition in-12 de 354 pages contient vingt-cinq Lettres. Dans ces trois éditions les vingt-quatre premières Lettres roulent sur les Anglais; la vingt-cinquième est consacrée à l’examen de quelques Pensées de Pascal. L’édition de Bâle (Londres), in-8°, renferme aussi vingt-cinq Lettres, dont les vingt-quatre sur les Anglais, et une sur l’Incendie d’Altena, qui est relative à un passage de l’Histoire de Charles XII. (Voyez cette Lettre dans ce volume.) Enfin dans l’édition in-12 de 190 pages, à la suite des vingt-quatre premières, on retrouve et celle sur les Pensées de Pascal, et celle sur l’Incendie d’Altena. Cette réunion n’indique-t-elle pas clairement qu’elle est postérieure aux autres? Je passe sous silence les éditions de 1735 et des années suivantes, qui ne présentent rien de remarquable. Mais je dois encore parler d’un volume in-12, intitulé Lettres de M. de V*** avec plusieurs pièces de différents auteurs, à La Haye, Poppy, 1738, in-12, en tête duquel on trouve une pièce ayant pour titre: XXVIe Lettre sur l’âme(8): ce qui rigoureusement porte à vingt-sept le nombre des lettres appelées philosophiques. Cette XXVIe Lettre, détachée du volume (mais non réimprimée), se trouve quelquefois ajoutée à des exemplaires de 1734 des Lettres philosophiques. La date de 1731, assignée par Jore pour époque de leur première impression, coïncide avec ce que Voltaire écrivait à Cideville le 1er juin 1734. Voltaire se sert des mots il y a quelques années, à propos de l’époque de cette édition de Jore. Mais s’il est impossible de donner incontestablement la date précise de la première impression, il est, de l’aveu de l’auteur et du libraire, hors de doute qu’elle ait été faite en 1730 ou 1731. Cette impression achevée, Voltaire crut prudent d’en différer au moins l’émission. Il en avait reçu seulement deux exemplaires de Jore, qui cacha soigneusement tout le reste. Néanmoins, lorsqu’en 1734 on vit circuler une édition française des Lettres philosophiques, les soupçons tombèrent sur ce libraire, qui avait donné, en 1731, deux éditions de l’Histoire de Charles XII, et dont ainsi les relations avec Voltaire étaient connues. Jore fut donc arrêté et mis à la Bastille: il en sortit au bout de quatorze jours, lorsqu’on eut reconnu qu’il n’avait point dans son imprimerie des caractères pareils à ceux qu’on avait employés pour l’édition saisie des Lettres philosophiques. Malheureusement pour lui, la police découvrit, les 9 juin et 7 juillet, un magasin de livres contraires à l’Église et à l’État, appartenant à Jore; et vers le même temps une édition des Lettres philosophiques, faite clandestinement par René Josse, libraire à Paris, et Coubray, papetier, probablement de complicité avec Jore. Un arrêt du conseil, du 23 octobre 1734, destitue Jore fils, reçu imprimeur en survivance de son père, René Josse, libraire à Paris, et Duval, dit le Grenadier, imprimeur à Bayeux. Dès le 10 juin de la même année, le parlement avait aussi rendu un arrêt qui ordonnait que les Lettres philosophiques seraient lacérées et brûlées par l’exécuteur de la haute justice(9). Le jugement avait été exécuté le même jour, à onze heures du matin. L’autorité ne savait sans doute pas, alors, que condamner un livre c’est lui donner de la célébrité, et conséquemment exciter à le lire. On vit les Lettres philosophiques renaître de leurs cendres, et se répandre partout. L’édition saisie et condamnée se composait de vingt-cinq Lettres, et portait l’adresse de E. Lucas. Il est donc à croire que c’était une des trois éditions que j’ai signalées, portant ce nom, et même probablement celle en 354 pages, la seule qui contienne les vingt-cinq Lettres imprimées uniformément. Le deux autres ont dû être imprimées antérieurement, et n’ont été qu’après coup enrichies de la vingt-cinquième Lettre; ce qui est évident, puisque dans l’une cette vingt-cinquième Lettre a une pagination séparée, et que dans l’autre elle est, ainsi que je l’ai dit, imprimée avec des caractères différents. Mais l’une de ces éditions ne serait-elle pas celle que Jore avait faite en 1731? Je ne serais pas éloigné de le penser: d’autant plus que ce ne serait qu’en 1733(10) que Voltaire aurait envoyé à Jore cette vingt-cinquième Lettre sur les Pensées de Pascal; et la différence des caractères employés pour l’imprimer fait conjecturer qu’il s’était écoulé quelque temps depuis l’impression des vingt-quatre premières. Une autre observation à ce sujet, c’est que Voltaire, qui avait reçu deux exemplaires de l’édition faite par Jore, se plaint de fautes considérables(11), et l’édition en 387 pages en contient en effet beaucoup, surtout quant à la ponctuation: on ne les eût pas faites si l’on eût imprimé d’après l’édition présumée condamnée, où on ne les trouve point. Je ne donne au reste tout ceci que pour de simples observations. Je ne me permets pas de prononcer: je laisse ce soin à plus heureux, plus hardi ou plus habile que moi. Des vingt-sept Lettres qui figurent sous le nom de Lettres philosophiques, vingt-quatre seulement ont du rapport entre elles, puisqu’elles concernent l’Angleterre. Les trois autres (1° sur les, Pensées de Pascal, 2° sur l’Ame, 3° sur l’incendie d’Altena) leur sont étrangères. En rétablissant en corps d’ouvrage les Lettres philosophiques, j’ai donc cru ne devoir réunir que les vingt-quatre premières Lettres. C’est en effet dans ces vingt-quatre Lettres que Voltaire fait consister son ouvrage. En envoyant la vingt-quatrième à Thieriot, il lui écrivait le 1er mai 1733: Je vous envoie la Lettre sur les académies, QUI EST LA DERNIÈRE. Dans sa lettre à Maupertuis(12), il dit n’avoir pas laissé admettre dans l’édition de Londres la Lettre sur les Pensées de Pascal (qui est la vingt-cinquième). En voilà sans doute plus qu’il n’en faut pour me justifier de n’admettre dans le corps d’ouvrage que les Lettres sur les Anglais. Ce titre de Lettres sur les Anglais, quoiqu’il soit le titre propre, n’a pas toujours été employé. Voltaire se sert le plus souvent de la dénomination de Lettres anglaises. Quelquefois il les appelle Lettres philosophiques(13).Cependant je retrouve ce titre de Lettres sur les Anglais dans une édition faite à Amsterdam en 1739, et qui fait partie des Oeuvres de M. de Voltaire, 1739, 3 vol. petit in-8°. Je ne sais s’il existe d’autres éditions où ces lettres soient en corps d’ouvrage; mais en remontant même très loin, tous les éditeurs qui m’ont précédé(14) ont disséminé ces Lettres dans les diverses divisions ou sections des Oeuvres de Voltaire(15): si je fais autrement qu’eux, je puis me justifier sans les accuser. On a vu que les Lettres philosophique: avaient attiré l’animadversion des inquisiteurs de la pensée, et qu’elles avaient été honorées d’un arrêt qui les condamnait à être brûlées. Dès lors, quoique les éditions de Voltaire se fissent à l’étranger, pour ne pas éveiller l’autorité, il fallait bien ne pas employer un titre proscrit par elle; il était sage de déguiser cet ouvrage en l’entremêlant avec d’autres morceaux du même auteur. Tout éditeur qui aurait osé admettre dans sa collection, et sous leur titre, les Lettres philosophiques, eût vu interdire à son édition l’entrée de France, et, au besoin, exécuter l’arrêt du 10 juin 1734. Si Palissot, homme de goût et d’esprit, et pourtant mauvais éditeur de Voltaire, eût fait ces réflexions, il n’aurait pas accablé de reproches les éditeurs de Kehl: reproches injustes, puisque leur position était celle de leurs prédécesseurs, et qu’ils n’étaient pas les premiers qui eussent dispersé ces Lettres, reproches ridicules dans la bouche de Palissot, qui, en se vantant de les rétablir telles que l’auteur les avait composées, dans toute la force de son génie, et dans l’ordre qu’il leur avait donné(16), n’a fait que copier des éditions qui avaient précédé celle de Kehl, et a donné ainsi, sous le titre de Lettres philosophiques, beaucoup de morceaux hétérogènes(17). Il n’est plus nécessaire aujourd’hui de motiver longuement le rétablissement des Lettres philosophiques en corps d’ouvrage. Il n’est pas un lecteur de la correspondance de Voltaire qui ne soit bien aise de voir en quoi consistaient ces Lettres anglaises, dont Voltaire parle si souvent, dont il est question dans presque tous les ouvrages du temps, et qui ont causé tant de chagrin à leur auteur. Ces Lettres sont un des ouvrages qui ont eu le plus d’influence sur l’esprit humain dans le xviiie siècle. En les trouvant dispersées, il est naturel de croire que Voltaire n’aurait que suivi l’impulsion du siècle; leur réunion prouve qu’il l’a donnée. Lorsqu’en 1818 je reproduisis, le premier, les Lettres philosophiques, je me conformai au texte de l’édition de 1734, et je donnai en variantes les additions ou corrections faites depuis par l’auteur. En donnant aujourd’hui dans le texte la dernière version de l’auteur, j’ai mis en variante la première. Ne pas donner de façon ou d’autre le texte de 1734 serait ne faire les choses qu’à demi, puisqu’un des motifs du rétablissement des Lettres philosophiques est de mettre le lecteur en état de voir ce qu’elles étaient lors de leur condamnation. J’ai déjà dit que je ne donnais ici que les vingt-quatre Lettres sur les Anglais. J’ai parlé de trois autres. On a vu (page 27) les Remarques sur les Pensées de Pascal, qui forment la XXVe lettre; et (page 74) la Lettre sur L’Incendie d’Altena. La Lettre sur l’Ame, imprimée en 1738, forme, depuis les éditions de Kehl, une section de l’article Ame dans le Dictionnaire philosophique. (Voyez tome XVII, pages 149-154.) Les Lettres philosophiques, condamnées par le parlement de Paris en 1734, ne l’ont été à Rome que le 4 juillet 1752. Dans une note au bas de la première lettre, j’ai parlé de la Lettre d’un quaker, etc. On attribue à l’abbé Molinier les Lettres servant de réponse aux Lettres philosophiques de M. de Voltaire, in-12 de quatre-vingt-deux pages, sans nom d’auteur ni d’imprimeur, réimprimées sous le titre de Réponse aux Lettres de M. de Voltaire, La Haye, 1735, petit in-8° de soixante-dix-huit pages, plus le titre. On trouve dans la Bibliothèque française, tome XXII, page 38, une Lettre de M. de B*** (Bonneval) sur la critique de Molinier. La Réponse, ou Critique des Lettres philosophiques de M. de V*** par le R.P.D. P. B., à Basle, 1735, in-12 de 250 pages, est de Coq de Villerey, aidé de l’abbé Goujet, dit A.-A. Barbier. Une note de l’abbé Sépher attribue ce livre à D. Perreau, bénédictin. D.R. Boullier, ministre protestant, mort en 1759, fit, en 1735, dans la Bibliothèque française des Réflexions sur quelques principes de la philosophie de M. Locke, à l’occasion des Lettres philosophiques de M. de Voltaire. Ce morceau est devenu la première des trois Lettres critiques sur les Lettres philosophiques de M. de Voltaire, 1753, in-12, volume dont j’ai déjà eu occasion de parler dans la dernière note des Remarques sur les Pensées de Pascal, page 64. Les trois lettres de Boullier ont encore été réimprimées dans le volume intitulé Guerre littéraire, ou Choix de quelques pièces de M. de V*** avec les réponses, 1759, in-12 de CXL et 483 pages, volume reproduit sans avoir été réimprimé avec un nouveau titre portant seulement: Choix de quelques pièces polémiques de M. de V*** avec les réponses, 1759. Une Lettre sur Locke, par un avocat nommé Bayle, fut le sujet du Brevet accordé par Momus à l’auteur de la Lettre sur Locke, pièce satirique dont je ne parle ici que parce qu’elle a été omise dans les Mémoires pour servir à l’histoire de la calotte, nouvelle édition, 1752, six parties, petit in-12. B. .
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