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OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE-DICTIONNAIRE PHILOSOPHIQUE

SOLDAT

Le ridicule faussaire qui fit ce Testament du cardinal de Richelieu, dont nous avons beaucoup plus parlé qu’il ne mérite, donne pour un beau secret d’État de lever cent mille soldats quand on veut en avoir cinquante mille.

Si je ne craignais d’être aussi ridicule que ce faussaire, je dirais qu’au lieu de lever cent mille mauvais soldats, il en faut engager cinquante mille bons; qu’il faut rendre leur profession honorable; qu’il faut qu’on la brigue, et non pas qu’on la fuie; que cinquante mille guerriers assujettis à la sévérité de la règle sont bien plus utiles que cinquante mille moines;

Que ce nombre est suffisant pour défendre un État de l’étendue de l’Allemagne, ou de la France, ou de l’Espagne, ou de l’Italie;

Que des soldats en petit nombre dont on a augmenté l’honneur et la paye ne déserteront point;

Que cette paye étant augmentée dans un État, et le nombre des engagés diminué, il faudra bien que les États voisins imitent celui qui aura le premier rendu ce service au genre humain;

Qu’une multitude d’hommes dangereux étant rendue à la culture de la terre ou aux métiers, et devenue inutile, chaque État en sera plus florissant.

M. le marquis de Monteynard a donné, en 1771, un exemple à l’Europe; il a donné un surcroît à la paye, et des honneurs aux soldats qui serviraient après le temps de leur engagement. Voilà comme il faut mener les hommes.

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