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| Index Voltaire | Dictionnaire philosophique | Commande CDROM | CONVULSIONS (1)On dansa, vers l’an 1724(2),
sur le cimetière de Saint-Médard il s’y fit beaucoup de miracles:
en voici un, rapporté dans une chanson de Mme la duchesse
du Maine:
Les convulsions miraculeuses, comme on sait, continuèrent
jusqu’à ce qu’on eût mis une garde au cimetière.
Les jésuites, comme on le sait encore, ne pouvant
plus faire de tels miracles depuis que leur Xavier avait épuisé
les grâces de la Compagnie à ressusciter neuf morts de compte
fait, s’avisèrent, pour balancer le crédit des jansénistes,
de faire graver une estampe de Jésus-Christ habillé en jésuite.
Un plaisant du parti janséniste, comme on le sait encore, mit au
bas de l’estampe:
Les jansénistes, pour mieux prouver que jamais
Jésus-Christ n’avait pu prendre l’habit de jésuite, rempliront
Paris de convulsions, et attirèrent le monde à leur préau.
Le conseiller au parlement Carré de Montgeron alla présenter
au roi un recueil in-4° de tous ces miracles, attestés par mille
témoins. Il fut mis, comme de raison, dans un château, où
l’on tâcha de rétablir son cerveau par le régime; mais
la vérité l’emporte toujours sur les persécutions:
les miracles se perpétuèrent trente ans de suite, sans discontinuer.
On faisait venir chez soi soeur Rose, soeur illuminée, soeur Promise,
soeur Confite: elles se faisaient fouetter, sans qu’il y parût le
lendemain; on leur donnait des coups de bûche sur leur estomac bien
cuirassé, bien rembourré, sans leur faire de mal; on les
couchait devant un grand feu, le visage frotté de pommade, sans
qu’elles brûlassent; enfin, comme tous les arts se perfectionnent,
on a fini par leur enfoncer des épées dans les chairs, et
par les crucifier(3). Un fameux maître d’école(4)
même a eu aussi l’avantage d’être mis on croix: tout cela pour
convaincre le monde qu’une certaine bulle était ridicule, ce qu’on
aurait pu prouver sans tant de frais. Cependant, et jésuites et
jansénistes se réuniront tous contre l’Esprit des lois,
et contre... et contre... et contre... et contre... Et nous osons après
cela nous moquer des Lapons, des Samoyèdes et des Nègres,
ainsi que nous l’avons dit tant de fois!
Notes. Note_1Dictionnaire philosophique, 1764. (B.) Note_2 Le diacre Pâris, sur le tombeau duquel se firent les miracles, n’est mort que le 1er mai 1727: Voltaire en a déjà parlé au chapitre xxxxii du Siècle de Louis XIV. Il parle des convulsionnaires de Saint-Médard dans les notes du Pauvre Diable et des Cabales (voir les Pièces en vers). ainsi que dans une note de la Pucelle, chant III (au même tome). Il a parlé des convulsionnaires de Dijon au ixe siècle, dans le chapitre xxxi de l’Essai sur les Moeurs. Note_3 Voyez Correspondance de Grimm, etc., tome iv, pages 208, 379 et suiv. Édition Maurice Tourneux; Paris, Garnier frères, 1878. Note_4
Abraham Chaumeix se fit mettre en croix, le 2 mars 1749, dans la rue Saint-Denis.
Ce fut lui qui dénonça au Parlement l’Encyclopédie;
voyez
la note qui le concerne (tome X, page 127).
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