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Notes.
Note_1
Marie de Médicis en 1610; voyez dans l’Histoire du Parlement,
chapitre
XLIV; et Anne d’Autriche, voyez l’Histoire du Parlement,
chapitre
LIV.
Note_2
Voyez l’Histoire du Parlement, chapitre lix.
Note_3
Après tous les absurdes mensonges qu’on a été forcé
de relever dans les prétendus Mémoire de madame de Maintenon,
et dans les notes de La Beaumelle, insérées dans son édition
du Siècle de Louis XIV, à Francfort, le lecteur ne
sera point surpris que cet auteur ait osé avancer que la grand’salle
était remplie d’officiers armés sous leurs habits. Cela n’est
pas vrai. j’y étais; il y avait beaucoup plus de gens de robe et
de simples citoyens que d’officiers. Nulle apparence d’aucun parti, encore
moins de tumulte. Il eût été de la plus grande folie
d’introduire des gens apostés avec des pistolets, et de révolter
les esprits, qui étaient tous disposés en faveur du duc d’Orléans.
Il n’y avait autour du palais où l’on rend la justice qu’un détachement
des gardes françaises et suisses. Cette fable que la grand’salle
était pleine d’officiers armés sous leurs habits est tirée
des Mémoires de la régence et de la Vie de Philippe, duc
d’Orléans, ouvrages de ténèbres, imprimés
en Hollande et remplis de faussetés.
L’auteur des Mémoires de Maintenon avance
que « le président Lubert, le premier président de
Maisons, et plusieurs membres de l’assemblée, étaient prêts
de se déclarer contre le duc d’Orléans ».
Il y avait en effet un président de Lubert, mais
qui n’était que président aux enquêtes, et qui ne se
mêlait de rien. Il n’y a jamais en de premier président de
Maisons. C’était alors Claude de Mesmes, du nom d’Avaux, qui avait
cette place; M. de Maisons, beau-frère du maréchal de Villars,
était président à mortier, et très attaché
au duc d’Orléans. C’était chez lui que le marquis de Canillac
avait arrangé le plan de la régence avec quelques autres
confidents du prince. Il avait parole d’être garde des sceaux, et
mourut quelque temps après. Ce sont des faits publics dont j’ai
été témoin, et qui se trouvent dans les Mémoires
manuscrits du maréchal de Villars.
Le compilateur des Mémoires de Maintenon
ajoute à cette occasion que dans le traité de Rastadt, fait
par le maréchal de Villars et le prince Eugène, « il
y a des articles secrets qui excluent le duc d’Orléans du trône
». Cela est faux et absurde: il n’y eut aucun article secret dans
le traité de Rastadt: C’était un traité de paix authentique.
On n’insère des articles secrets qu’entre des confédérés
qui veulent cacher leurs conventions au public. Exclure le duc d’Orléans
en cas de malheur, c’eût été donner la France à
Philippe V, roi d’Espagne, compétiteur de l’empereur Charles VI,
avec lequel on traitait; c’eût été détruire
l’édifice de la paix d’Utrecht auquel on donnait la dernière
main, outrager l’empereur, renverser l’équilibre de l’Europe. On
n’a jamais rien écrit de plus absurde. (Note
de Voltaire.)
Note_4
Il s’appelait Breûner (Note de Voltaire,
1763.)
Note_5
Ou mieux Alésia.
Note_6
Oncle du roi de France.
Note_7
Familier de la cour de Sceaux, et protégé de maréchal
de Villars, Voltaire aurait eu encore bien d’autres détails à
donner sur cette conspiration. (G. A.)
Note_8
Les traducteurs français de l’Histoire universelle, dont
j’ai parlé dans mon Avertissement, ont, dans une note, raconté
un peu autrement l’anecdote de la Fillon. « Le secrétaire
du prince de Cellamare avait un rendez-vous chez cette femme le jour que
partait l’abbé Porto-Carrero. Il s’y rendit tard, et s’excusa sur
ce qu’il avait été occupé à des expéditions
de lettres fort importantes dont il fallait charger des Voyageurs. La Fillon
fit agir une fille fort adroite, qui lui déroba son secret, et en
instruisit aussitôt cette courtisane. Celle-ci alla sur-le-champ
rendre compte au régent de ce qu’elle venait d’apprendre; en conséquence
on expédia un courrier muni des ordres nécessaires pour avoir
main-forte. Il joignit les voyageurs à Poitiers, les fit arrêter
et saisir leurs papiers, qu’il rapporta à Paris. M. de Voltaire,
qui était alors à Paris, n’a pas dû ni pu ignorer ces
faits. Comment croire d’ailleurs qu’un ambassadeur eût été
assez imprudent pour confier des papiers de la plus grande importance à
un jeune homme avant le moment de son départ? Plus on y réfléchit,
plus on voit que le fait n’a pu arriver de la manière dont il est
rapporté par M. de Voltaire. » (B.)
Note_9
Le 11 décembre 1715.
Note_10
J’ajoute la fin de cette phrase d’après l’exemplaire dont je parle
dans l’Avertissement. (B.)
Note_11
Il ne fut pas livré aux troupes françaises. Chassé
d’Espagne, il arriva en France après avoir échappé
à un guet-apens, et fut reçu par un envoyé du régent,
le chevalier de Marcien. (G. A.)
Note_12
C’est au même ministre que l’Espagne doit la conservation du tribunal
de l’Inquisition, et de cette foule de prérogatives tyranniques
ou séditieuses qui, sous le nom d’immunités ecclésiastiques,
ont changé en couvents et en déserts le pays de l’Europe
le plus beau et le plus fertile, et ont rendu inutiles cette force d’âme
et cette sagacité naturelle qui ont toujours formé le caractère
et l’esprit de la nation espagnole.
Macanaz, fiscal du conseil de Castille, avait présenté
un Mémoire à Philippe V sur la nécessité de
diminuer les énormes abus de ces immunités ecclésiastiques.
Le cardinal Giudice, grand-inquisiteur et ambassadeur en France, ayant
une copie de ce Mémoire qu’un ministre lui avait confiée,
trahit son prince, et la remit à un inquisiteur. Le saint-office
rendit un décret contre le Mémoire, et Giudice confirma ce
décret par son approbation.
Cet excès d’insolence devait faire détruire
l’inquisition et perdre Giudice. Qu’espérer pour un pays dans lequel
un Mémoire présenté au souverain peut être condamné
et flétri par un tribunal, où les avis qu’un citoyen, qu’un
ministre croit devoir donner au prince, sont poursuivis comme un crime?
Philippe V défendit la publication du décret.
Alors les inquisiteurs déclarent que leur conscience ne leur permet
point d’obéir. Giudice offre de se démettre de sa place de
grand-inquisiteur, ne pouvant, disait-il, concilier son respect pour le
roi avec son devoir; mais il s’arrangea pour faire refuser sa démission
par le pape.
Albéroni venait de conclure le mariage de Philippe
V avec la princesse de Parme, il croit qu’il est de son intérêt
de s’unir avec Giudice. Tous deux déterminent la nouvelle reine
à chasser honteusement la princesse des Ursins. Orry, qui gouvernait
sous elle, est renvoyé en France. Macanaz est forcé de s’enfuir,
et le petit-fils de Houri IV soumet sa couronne au saint-office. Ce fut
sous ces auspices qu’Albéroni entra dans le ministère.
Le jésuite Robinet, confesseur du roi, n’avait
pas désapprouvé Macanaz; Il avait même dit à
son pénitent que ce ministre n’avançait dans son Mémoire
que des principes avoués en France, qu’on pouvait les adopter sans
blesser la conscience; il perdit sa place, et on vit disgracier un jésuite
pour n’avoir pas été assez fanatique.
Daubenton, plus digne d’être l’instrument d’Albéroni,
fut appelé pour diriger la conscience de Philippe V.
Le cardinal Giudice se crut maître de l’Espagne;
mais Albéroni, qui avait apprécié son ambition et
son incapacité, brisa bientôt un appui devenu inutile, et
Giudice alla intriguer à Rome contre le roi d’Espagne, de qui il
tenait sa fortune.
C’est ainsi que l’Espagne conserva l’Inquisition, et les
abus ecclésiastiques que l’établissement d’une nouvelle race
de souverains semblait devoir anéantir; et cette révolution,
qui devait rendre ce royaume une des premières puissances de l’Europe,
fut arrêtée par les intrigues de deux prêtres. (K.)
Note_13
Marie-Anne-Victoire, née en 1718; voyez ci-après, chapitre
iii.
Note_14
Voyez l’Histoire du Parlement, chapitre LXII.
Note_15
Philippe V était attaqué d’une mélancolie profonde
qui le rendait quelquefois incapable de tout travail. Ce fut pour dérober
cet état aux yeux de la nation que ceux qui le conseillaient se
prêtèrent au projet d’abdiquer qu’il avait formé. il
se retira au château de Balsain avec la reine, son confesseur, et
son ministre de confiance; mais le jeune roi, don Louis, n’eut d’abord
que les honneurs de la royauté; c’était à Balsain
que se décidaient toutes les affaires. Cependant, quoique ce règne
n’ait duré que quelques mois, les ministres du nouveau roi, tous
nommés par Philippe, tentèrent de brouiller le père
et le fils. On proposa dans le conseil de Louis de retrancher la moitié
de la pension du roi Philippe, sous le prétexte du désordre
des finances. Louis rejeta cette proposition avec l’indignation qu’elle
méritait. Philippe en fut instruit; et lorsqu’il remonta sur le
trône, à la mort de son fils, il dit au marquis de Leide,
l’un de ceux qui avaient opiné pour le retranchement et qui lui
devait sa fortune: « Monsieur le marquis de Leide, je n’aurais jamais
cru cela de vous. » De Leide se retira de la cour, et mourut de chagrin
peu de temps après. Nous verrons bientôt un exemple plus frappant
encore de l’ingratitude des ministres à l’égard des rois
descendus du trône. (K.)
Note_16
Ce fait se trouve attesté dans l’histoire civile d’Espagne, écrite
par Belando, imprimée avec la permission du roi d’Espagne lui-même;
elle doit être dans la bibliothèque des cordeliers à
Paris. On peut la lire à la page 306 de la ive
partie. J’en ai la copie entre les mains. Cette perfidie de Daubenton,
plus commune qu’on ne croit, est connue de plus d’un grand d’Espagne qui
l’atteste. (Note de Voltaire.)
— Victor-Amédée est le premier prince de
l’Europe qui ait renoncé aux confesseurs jésuites, et ôté
à ces pères les collèges de ses États. voici
à quelle occasion. Un jésuite qu’il avait pour confesseur
étant tombé malade, Victor allait souvent le voir; peu de
jours avant de mourir, le confesseur le pria d’approcher de lui: «
Comblé de vos bontés, lui dit-il, je ne puis vous marquer
ma reconnaissance qu’en vous donnant un dernier conseil, mais si important
que peut-être il suffit pour m’acquitter envers vous. N’ayez jamais
de confesseur jésuite. Ne me demandez point les motifs de ce conseil,
il ne me serait pas permis de vous le dire. » Victor le crut, et
depuis ce temps il ne voulut plus confier aux jésuites ni sa conscience
ni l’éducation de ses sujets. Nous tenons ce fait d’un homme aussi
véridique qu’éclairé, qui l’a entendu de la bouche
même de Victor-Amédée. (K.) – Voltaire parle un peu
plus longuement de la révélation du P. Daubenton dans un
article sur les Mémoires du maréchal de Noailles,
faisant le cinquième des morceaux extraits de Journal de politique
et de littérature. L’indiscrétion du jésuite avait
été révoquée en doute par l’abbé Grozior,
dans l’Année littéraire, 1777, tome IV, pages 145
et suiv.; mais elle est évidente. Ou a vu dans la note de voltaire
qu’il citait l’exemplaire de Belando, déposé dans la bibliothèque
des cordeliers à Paris. Cet exemplaire est aujourd’hui à
la Bibliothèque du roi, et contient, dans les deux langues (espagnole
et française), un avertissement manuscrit du P. Belando,
rédigé au moment du départ de ce religieux pour l’exil,
et qui confirme ce qu’il avait dit du P. Daubenton. Cette pièce
a été imprimée en 1825, dans la treizième livraison
de la France catholique, tome III, pages 7-11. Elle est précédée
du texte du passage de l’histoire du P. Belando où il est question
de Daubenton. (B.)
Note_17
Voyez ci-après, chapitre XXIX; et le chapitre Ier des Fragments
historiques sur l’Inde.
Note_18
Dans les Mémoires infidèles de la régence on
le dit le fils d’un orfèvre. On appelle en anglais orfèvre,
goldsmith,
un dépositaire d’argent, espèce d’agent de change. (Note
de Voltaire.)
Note_19
Il avait tué en duel son adversaire.
Note_20
Desmarets n’avait pas moins accepté de Lass un projet de banque
sur un très large plan. Mais disons tout de suite que Voltaire n’est
pas ici un juge impartial, et qu’il lui serait même bien difficile
de l’être. Il appartenait par reconnaissance à la cause des
Pâris, qui aidèrent à sa fortune; or les Pâris
furent non seulement les ennemis de Lass, mais encore les justiciers de
son système. (G. A.)
Note_21
Voyez l’article BANQUE, dans le Dictionnaire philosophique.
Note_22
Les lettres de naturalisation ne furent pas enregistrées. L’Académie
des sciences l’avait choisi, en 1719, pour un de ses honoraires; mais son
élection fit déclarée nulle en 1711, à cause
de ce défaut d’enregistrement, et le cardinal de Fleury élu
à sa place. (K.)
Note_23
Voyez l’Histoire du Parlement, chapitre lx.
Note_24
I1 est sûr qu’en payant en papier-monnaie les dettes d’un État,
il se trouve libéré sans qu’il en ait rien coûté;
mais pour que cette opération soit juste et utile, il faut que ces
billets aient dans le commerce une valeur égale à la somme
d’argent qu’ils représentent. Or des billets ne peuvent conserver
cette valeur s’il n’existe pas une opinion générale que tout
possesseur de ces billets pourra, au moment qu’il voudra, les convertir
en argent comptant. Cette opinion n’est pas fondée uniquement sur
la proportion de la somme de ces billets avec la masse d’argent donnée
à la banque, ni même avec la totalité de l’argent du
pays. Il suffit que chacun se regarde comme assuré que le nombre
des billets qu’on voudra liquider à la fois n’excédera point
la somme que la banque peut réaliser à chaque instant, et,
ce qui on est la conséquence, qu’ils continueront de circuler dans
le commerce; mais lorsque la somme de ces billets est supérieure
à celle qu’on suppose que la banque peut réunir en argent,
cette opinion ne peut s’établir que peu à peu et par l’habitude.
En supposant même la confiance entière, la valeur totale des
billets doit encore avoir des bornes; si elle surpasse la quantité
d’argent nécessaire pour la circulation, c’est-à-dire pour
les opérations du commerce intérieur, le surplus devient
inutile, et ceux qui le possèdent doivent chercher à le réaliser.
Il faudrait donc qu’outre la somme nécessaire à tenir un
réserve pour liquider les billets qui servent à la circulation,
la banque eût toujours en argent comptant une somme égale
à la valeur de ces billets superflus. Ainsi, loin d’être utiles
à la banque dont ils seraient sortis, ou à l’État
qui les aurait employés, ils leur deviendraient à charge,
et les exposeraient à perdre leur crédit, s’ils n’avaient
pas des moyens sûrs, quoique onéreux, de rassembler en peu
de jours les sommes nécessaires pour ces liquidations. Les États-Unis
d’Amérique, tout éclairés qu’ils sont, n’ont pas senti
ces vérités si simples, et le discrédit rapide de
leurs papiers a prouvé combien l’opinion de l’usage indéfini
d’un papier-monnaie était peu fondée.
Lass paraît avoir été dans la même
erreur; mais il savait très bien que si l’on se bornait, dans la
circonstance où il se trouvait, à payer les dettes un papier-monnaie,
ces billets seraient bientôt sans valeur; il fallait donc chercher
à leur en donner une. Il employa pour cela trois moyens: le premier
consistait à donner à la banque des profits de finance ou
des privilèges de commerce, un admettant les porteurs de billets
au partage de ces profits. Il était clair en effet que dès
lors le papier pouvait valoir, outre la somme qu’il représentait,
un profit plus ou moins considérable; il devait donc, suivant l’idée
qu’on aurait de la possibilité de ces profits, ou se maintenir au
niveau de sa valeur, ou même s’élever au-dessus. Le gouvernement
avait besoin d’une confiance moins grande, puisque l’espérance de
gagner doit engager à courir des risques; mais il fallait que le
profit espéré fût au-dessus de l’intérêt
ordinaire du commerce, et dès lors l’établissement de la
banque n’était plus qu’un emprunt onéreux pour l’État.
Aussi ce n’était point ce que voulait Lass; il espérait seulement
accréditer les billets par des espérances vagues ou plutôt
trompeuses, comptant que lorsque la nation y serait accoutumée ils
pourraient se soutenir d’eux-mêmes; et c’est surtout dans cette partie
de ses opérations qu’il se permit d’employer la charlatanerie. Nous
n’en citerons qu’un exemple. Lorsqu’il accorda à la banque le privilège
du commerce d’Afrique, il y joignit une petite prime pour chaque livre
d’or qu’elle introduirait un France; cette prime n’était pas un
cinquième pour cent de la valeur, et par conséquent ne pouvait
être comptée pour quelque chose qu’en supposant l’introduction
d’une grande quantité de livres d’or. Le premier moyen réussit;
les actions gagnèrent, et Lass les multipliait à l’excès,
en y attachant toujours de nouveaux profits en espérance.
Ces charlataneries ne pouvaient soutenir le crédit
que pendant très peu de temps; les billets tombèrent. Il
prit alors un second moyen; ou contraignit à recevoir les billets
de banque comme argent comptant. Ceux qui remboursèrent leurs dettes
avec ces billets eurent le profit des banqueroutes, dont ils partageaient
l’honneur avec le ministère. Mais cette contrainte ne peut exister
dans les opérations de commerce; le marchand qui vend sa denrée
argent comptant est le maître de la donner à meilleur marché
que s’il la vend en billets: ainsi ce moyen, injuste en lui-même,
ne put ni soutenir suffisamment les billets, ni avoir longtemps du l’influence.
Lass jusque-là était un homme persuadé
faussement que l’établissement d’une banque augmentait les richesses
réelles, et que, dans le cas où il la fondait, elle devait
anéantir la dette publique. Peu délicat sur les moyens, il
avait été injuste et charlatan; mais il pouvait paraître
habile aux yeux de ceux qui n’étaient point assez éclairés
pour sentir qu’il ne pouvait résulter du son système, en
lui supposant tout le succès possible, que l’existence d’une compagnie
maîtresse des impôts et des privilèges de commerce,
une banque très compliquée, enfin une banqueroute faite au
hasard, et sans que les pertes fussent proportionnelles, ce qui la rendait
encore plus injuste et plus funeste.
Mais à cette dernière époque toute
cette habileté apparente disparut; Il imagina d’abord de dégoûter
de l’argent comptant par des variations rapides dans les monnaies; l’argent
monnayé devenant, par ce moyen, d’un usage incommode, et ceux qui
avaient des monnaies anciennes ne pouvant ni les employer dans le commerce,
ni les vendre avec avantage comme matière, la valeur des billets
devait augmenter; mais cette hausse était plus que compensée
par la diminution de la confiance. Il finit par défendre de garder
de l’argent chez soi; l’effet de cette dernière loi fut encore de
rendre l’argent plus rare, mais aussi de faire tomber les billets de plus
en plus. Au milieu de toutes ces lois, le public de Paris, occupé,
non plus des fortunes qu’on pouvait faire en actions ou en payant ses dettes
un billets, mais de celles que l’agiotage de ces billets faisait espérer,
ne voyait encore qu’à demi l’illusion des projets de Lass. Lui-même
enfin réduisit ses billets à la moitié de leur valeur:
alors le prestige qui l’avait soutenu fut absolument dissipé, et
Lass fut obligé de quitter le ministère et la France.
Telle est l’histoire abrégée de ce système,
tel que nous avons pu le saisir au milieu de cette foule de lois et d’opérations
qui se succédaient avec une rapidité dont il n’y a peut-être
jamais eu d’exemple.
L’ignorance où l’on était alors, principalement
en France, sur la nature et les effets des opérations du ce genre,
fut la seule cause du succès momentané de système
de Lass, des révolutions prodigieuses qu’il causa dans les fortunes;
son effet dans l’administration fut une banqueroute partielle faite de
la manière la plus injuste, la plus propre à multiplier les
désastres particuliers; et il n’en est resté dans les esprits
que des préjugés contre les billets de banque, qui cependant
peuvent souvent être utiles, soit pour diminuer le prix de l’argent,
et en laisser une plus grande quantité pour le commerce étranger
ou pour les différents usages qu’on peut faire de l’argent non monnayé,
soit pour augmenter la production et le commerce, en rendant la circulation
plus facile et moins coûteuse. (K.)
Note_25
Les frères Pâris. (Note de Voltaire.)
— L’aîné se nommait Antoine, le second La Montagne; le troisième
est connu sous le nom de Pâris-Duverney (voyez ci après, chapitre
III, pages 472 et 476); le quatrième était appelé
Pâris de Montmartel. Le marquis de Luchet a publié une Histoire
de MM. Pâris, 1776, in-8°. (B.)
Note_26
L’historien de la régence et celui du duc d’Orléans parlent
de cette grande affaire avec aussi peu de connaissance que de toutes les
autres: ils disent que le contrôleur général, M. de
La Houssaie, était chambellan du duc d’Orléans; ils prennent
un écrivain obscur, nommé La Jonchère, pour La Jonchère
le trésorier des guerres. Ce sont des livres de Hollande. Vous trouverez
dans une continuation de l’Histoire universelle de Bénigne
Bossuet, imprimée en 1738, chez L’Honoré, à Amsterdam,
que le duc de Bourbon-Condé, premier ministre après le duc
d’Orléans, « fit bâtir le château de Chantilly
de fond en comble du produit des actions »: vous y verrez que Lass
avait vingt millions sur la Banque d’Angleterre: autant de lignes, autant
de mensonges. (Note de Voltaire,
1763.)
Note_27
Elle ne se soutint qu’aux dépens du trésor public, que l’ignorance
des ministres sur les principes du commerce prodiguait à cette compagnie
ou plutôt à ses agents. Voyez, ci-après, le chapitre
XXIX. (K.)
Note_28
J’ajoute les trois derniers mots de ce sommaire d’après l’exemplaire
dont j’ai parlé dans mon Avertissement. Ce chapitre est de 1768;
mais beaucoup d’additions sont posthumes. (B.)
Note_29
Jules III; voyez, dans les Mélanges, le Catéchisme
de l’honnête homme...
Note_30
Le régent, en 1722, avait fait le cardinal Dubois premier ministre.
Où le compilateur des Mémoires de Maintenon a-t-il
pris que Louis XIV, ayant donné un petit bénéfice,
en 1692, à cet abbé Dubois, alors obscur, avait dit de lui:
« Il ne s’attache point aux femmes qu’il aime; s’il boit, il ne s’enivre
pas; et s’il joue, il ne perd jamais? » Voilà de singulières
raisons pour donner un bénéfice. Peut-on faire parler ainsi
Louis XIV? et ce monarque jetait-il la vue sur l’abbé Dubois? (Note
de Voltaire, 1763.) D’ailleurs l’abbé Dubois n’était
ni joueur ni buveur. (V.., 1768.)
Note_31
On lit dans la Henriade, chant VII, vers 443, (tome VIII) que le
duc d’Orléans était
Ardent, plein de génie,
Trop ami des plaisirs, et trop des nouveauté.
Note_32
On lit dans la Henriade, chant VII, vers 443, (tome VIII) que le duc d’Orléans
était
Ardent, plein de génie,
Trop ami des plaisirs, et trop des nouveauté.
Note_33
Au lieu des trois derniers mots, qui m’ont été fournis par
l’exemplaire dont je parle dans mon Avertissement, on lit dans toutes les
éditions: le ministère. (B.)
Note_34
Voyez dans l’Histoire du Parlement, chapitre LAI.
Note_35
Les Condés eussent ainsi porté un double coup aux d’Orléans.
(G. A.)
Note_36
Marie-Anne-Victoire, infante d’Espagne, née en 1718, fut mariée
en 1729 au prince de Brésil, depuis roi de Portugal sous le nom
de Joseph Ier.
Note_37
Joseph-Emmanuel, né en 1714, roi en 1750, sous le nom de Joseph
Ier, mourut on 1777.
Note_38
Henriette-Louise-Marie-Françoise-Gabrielle, connue sous le nom de
Mlle de Vermandois, soeur de Mlles de Charolais et de Clermont, était
née le 15 janvier 1703; elle devint abbesse de Beaumont-les-Tours
en 1728, et n’est morte que le 19 septembre 1772. (B.)
Note_39
Entre autres 10 dernier maréchal d’Estrées du nom de Letellier.
Le mariage manqua, parce qu’on ne voulut pas faire duc et pair le Comte
d’Estrées en considération de cette alliance. La princesse,
devenue reine, le traita toujours avec distinction, et comme un homme qui,
dans son infortune, s’était occupé du soin de l’adoucir.
(K.) – Cette note, ainsi que le passage auquel elle se rapporte, a paru,
pour la première fois, dans les éditions de Kehl comme étant
des éditeurs. Mais je suis tenté de croire qu’elle est de
Voltaire. (B.)
Note_40
Acte II, scène II.
Note_41
C’est le mot de Louis XI.
Note_42
Voyez aussi l’Éloge funèbre de Louis XV.
Note_43
C’est pendant toute cette crise que Voltaire fut insulté par un
Rohan, jeté à la Bastille pour la seconde fois, et, sans
appui, contraint de fuir en Angleterre. On peut donc dire qu’il fut enveloppé
dans la disgrâce de Monsieur le Duc, quoique celui-ci ne tombât
que deux mois après. (G. A.)
Note_44
Né le 22 juin 1653, chanoine de Montpellier à quinze ans,
en 1668, aumônier de la reine on 1677, évêque de Fréjus
le 1er novembre 1698, il se démit de son évêché
en 1745, fut nommé, par le testament de Louis XIV, précepteur
de son arrière-petit-fils Louis XV, admis au conseil et chargé
de la feuille des bénéfices en 1723, premier ministre en
juin 1726, cardinal en septembre 1726; il mourut le 29 janvier 1743, à
quatre-vingt-neuf ans et sept mois.
Note_45
Dans toutes les éditions qui ont paru depuis 1768 jusqu’à
ce jour (1831), on lisait « Il s’en consola en formant insensiblement
son élève aux affaires, au secret, à la probité,
et conserva dans toutes les agitations de la cour, pendant la minorité,
la bienveillance du régent et l’estime générale, ne
cherchant point, etc. »
Le texte que je donne est celui de l’exemplaire dont j’ai
parlé dans mon Avertissement. (B.)
Note_46
c’est encore dans cet exemplaire que se trouve la phrase qui termine l’alinéa,
et qui n’avait pas encore paru. (B.)
Note_47
Dans quelques livres étrangers, on a confondu le cardinal de Fleury
avec l’abbé Fleury, auteur de l’Histoire de l’Église,
et des excellents discours qui sont si au-dessus de son histoire. Cet abbé
Fleury fut confesseur de Louis XV; mais il vécut à la cour
inconnu; il avait une modestie vraie, et l’autre Fleury avait la modestie
d’un ambitieux habile. (Note de Voltaire.)
Note_48
On lisait dans toutes les éditions: « le conseil fut forcé
», etc. Le texte que je donne est celui de l’exemplaire dont j’ai
parlé dans l’Avertissement. (B.)
Note_49
Victor-Amédée avait un fils aîné qui, rempli
de qualités aimables, en faisait espérer de brillantes. Il
mourut à dix-sept ans. Sa mort plongea son père dans un désespoir
qui fit craindre pour sa vie. Cependant son courage triompha de sa douleur.
Il s’occupa de son second fils, que jusque-là il avait négligé,
et traité même avec dureté, parce que l’extérieur
peu avantageux de ce prince l’humiliait, et que sa douceur et sa timidité
naturelles, qualités trop opposées au caractère impétueux
du roi Victor, lui paraissaient annoncer un défaut d’activité
et de courage. Il donna cependant tous ses soins à l’instruction
de ce fils, le seul qui lui restât; sans cesse il l’occupait à
passer en revue ou à faire manoeuvrer ses régiments, à
lever le plan de toutes ses places; il lui fit apprendre tous les détails
des manufactures établies dans ses États, lui développa
tous ses projeta de finance et de législation, les motifs de ce
qu’il avait fait, le succès heureux ou malheureux de toutes ses
tentatives pour rendre son pays florissant; et lorsqu’il le crut assez
instruit, il le fit travailler avec lui dans toutes les affaires, n’en
décidant aucune qu’après l’avoir discutée avec le
prince Charles. Mais il continuait de le traiter avec la même dureté,
ne lui laissant aucune liberté; pas même, après son
second mariage, celle de vivre à son gré avec sa femme. Vers
la fin de 1729 Victor forma le projet d’abdiquer; il croyait son fils en
état de gouverner: l’Europe était en paix. L’on pouvait espérer
que cette paix durerait quelques années; et il ne voulait pas exposer
son État à n’avoir pour chef, pendant la guerre qu’il prévoyait
pour un temps plus éloigné, qu’un jeune prince encore sans
expérience, ou un vieillard abattu par l’âge et par les infirmités.
Il ne se trouvait plus ni la même activité pour le travail,
ni la même netteté d’esprit; il sentait qu’il n’avait plus
la force de dompter son humeur.
Il avait toujours mené une vie simple, se montrant
supérieur à l’étiquette de la grandeur comme au faste
et à la mollesse. Il imagina qu’il coulerait des jours tranquilles
dans la retraite avec la marquise de Saint-Sébastien, dame d’honneur
de la princesse de Piémont, qu’il prit la résolution d’épouser.
Il n’avait jamais été son amant, et elle avait quarante-cinq
ans; mais souvent trompé par des femmes, il avait des preuves de
la vertu de Mme de Saint-Sébastien, et avait prie insensiblement
du goût pour elle dans de fréquents tête-à-tête
où ils examinaient ensemble les plus secrets détails du ménage
du prince, sur lesquels un violent désir d’avoir de la postérité
donnait au roi Victor une curiosité singulière. Il ne mit
point Mme de Saint-Sébastien dans la confidence de son abdication,
l’épousa en secret le 12 auguste 1730, et abdiqua le 3 septembre,
ne se réservant qu’une pension de cinquante mille écus.
Il recommanda à son fils le prince de Saint-Thomas,
ancien ministre, sujet fidèle, et bon citoyen; Rebender, général
allemand, qu’il venait de faire maréchal; et le marquis d’Ormea,
alors ambassadeur à Rome. D’Ormea était un homme sans naissance
que Victor-Amédéc, qui lui trouvait de l’adresse, avait tiré
de la misère. Ce ministre lui avait rendu le service de terminer
des différends avec la cour de Rome, qui avaient duré une
grande partie de son règne, et d’obtenir d’elle un concordat plus
favorable que Victor n’eût pu l’espérer. Il ne savait pas
que d’Ormea ayant prodigué l’argent au cardinal Coscia (Cuisse),
qui gouvernait Benoît XIII, Coscia avait fait lire un concordat au
pape, et lui en avait fait signer un autre. Le marquis d’Ormea, rappelé
de Rome, et placé dans le ministère, forma dès son
arrivée le projet d’être le maître. Il craignait peu
les autres ministres, qu’il parvint bientôt à rendre suspects
ou inutiles; mais le roi Victor était un obstacle à son ambition;
on lui envoyait tous les jours un bulletin qui renfermait la note de tout
ce que les différents bureaux avaient fait, et dans les affaires
importantes son fils paraissait ne décider que d’après lui.
L’hiver qui suivit son abdication, le roi Victor eut une
attaque d’apoplexie dont il resta défiguré. Son fils n’alla
point le voir parce que lui-même s’y opposa; mais il lui écrivit
pour l’engager à choisir sa retraite en Piémont, plus près
de Turin, et dans un climat plus doux. Le bulletin avait été
interrompu pendant la maladie de Victor, et on ne lui en envoya plus après
sa convalescence. D’Ormea prit sur lui de cesser cet usage, éluda
les ordres du roi Charles, qui voulait donner à son père
cette marque de respect, et finit par l’en dégoûter.
Le roi Victor fut irrité de ce procédé.
Son fils se proposa de le voir à Chambéry, un allant aux
eaux. Il lui envoya d’abord deux ministres lui rendre compte des affaires
de leurs départements. Victor les écouta, les remercia de
leur attention pour lui, mais refusa de croire qu’il dût leur confiance
aux ordres de son fils; il le traita, lorsqu’il le vit, avec la même
humeur et la même dureté qu’il lui avait prodiguées
dans son enfance, et ne cacha au marquis d’Ormea et à Delborgo,
autre ministre alors uni avec d’Ormea, ni son mépris, ni sa haine,
ni le désir qu’il avait de détromper son fils, et d’obtenir
de lui leur disgrâce.
A son retour, le roi Charles revit son père; il
en fut encore plus maltraité. Il devait rester quinze jours avec
lui. D’Ormea sentit que tôt ou tard Victor se rendrait maître
de son humeur, et que sa perte serait le résultat d’une conférence
paisible entre le père et le fils. Alors il cherche à effrayer
le jeune roi, à lui persuader qu’il n’est pas un sûreté
dans le château de son père, que sa liberté est un
danger, sa vie exposée à un mouvement de violence; il le
détermina à partir à cheval au milieu de la nuit.
La ruine le suit quelques jours après, et Victor lui-même
part pour le Piémont avec sa femme; il s’arrête à Montcarlier,
et mande à son fils que d’après le conseil qu’il lui avait
donné de se rapprocher de Turin, et de ne plus s’exposer au climat
rigoureux de la Savoie, il a quitté Chambéry, et attend qu’il
lui donne une nouvelle retraite. La première entrevue fut très
violente, et les menaces contre les ministres redoublèrent. D’Ormea
vit qu’il n’avait plus à choisir qu’entre sa perte et celle du roi
Victor; mais comment faire consentir un fils, jeune, accoutumé au
respect et à la crainte, à faire arrêter son père,
à soulever par cette violence l’Europe entière contre lui?
il supposa que le roi Victor avait formé le projet du remonter sur
le trône, tirant parti de quelques mots qui lui étaient échappés.
Fosquieri, gouverneur de Turin, avait été séduit,
ainsi que le marquis de Rivarol; le roi Victor avait fait une tentative
pour s’introduire dans la citadelle. Il avait un des entretiens avec des
médecins et des apothicaires de la cour; tout annonçait le
complot le plus funeste. Il fallait, ou rendre ces complots inutiles un
s’assurant de la personne de Victor, ou lui céder le trône:
action qui, suivant ces indignes conseillers, avilirait le roi Charles
aux
yeux de toutes les puissances, et le ferait regarder comme incapable de
régner. Cependant Mahomet II, qui remit deux fois le trône
à son père, avait laissé un assez grand nom. Obsédé
par ses ministres, qui ne lui laissaient aucun relâche et qui tous
étaient les instruments d’Ormea, quoique jaloux de lui et le haïssant,
le roi Charles céda; il ordonna d’arrêter son père.
Au milieu de la nuit, des grenadiers, les uns armés
de baïonnettes, les autres portant des flambeaux, entrent dans la
maison où était Victor; on brise à coups du hache
la porte de sa chambre qui se remplit de soldats. Il était couché
avec sa femme. On lui signifia l’ordre de son fils. Dédaignant de
parler aux officiers, il s’adressa aux grenadiers: « Et vous, leur
dit-il, avez-vous oublié le sang que j’ai versé à
votre tête pour le service de l’État? » Ils ne répondirent
que par leur silence; s’obstinant à ne point obéir, on l’arrache
de son lit et des bras de sa femme, qu’il tenait embrassée; on la
traîne dans une chambre voisine; sa chemise, déchirée,
l’exposait tout entière aux yeux des soldats. Victor consent enfin
à se faire habiller; on le porte dans une voiture: il aperçoit
un sortant les gardes de son fils qu’on lui avait donnés par honneur
les jours précédents. « Vous avez bien fait votre devoir
», leur dit-il. La voiture était entourée d’un détachement
de dragons du régiment de son fils. « On a pris toutes les
précautions », dit-il en les reconnaissant, et il se laissa
placer dans la voiture. Un colonel des satellites voulut y monter avec
lui; ce colonel était un homme de fortune. Victor le repoussa avec
la main. « Apprenez, lui dit-il, que dans quelque état que
soit votre roi, vous n’êtes pas fait pour vous asseoir à côté
de lui. » On le conduisit à Rivoli, dans une maison dont on
avait fait griller les fenêtres, et où il était entouré
de gardes et d’espions. Sa femme fut conduite dans la forteresse du Ceva,
où l’on n’enfermait que dus femmes perdues.
Le marquis Fosquieri, le marquis de Rivarol, deux médecins,
un apothicaire, furent arrêtés pour achever de tromper le
roi, et pour un imposer au peuple; mais bientôt après on fut
obligé de les relâcher. On ne trouva dans la cassette du roi
Victor aucun papier qui annonçât des projets; et trente mille
livres, reste d’un quartier de sa pension, payé quelques jours auparavant,
étaient tout son trésor. Tels avaient été les
préparatifs du la prétendue révolution.
Louis XV, petit-fils du roi Victor, pouvait prendre la
défense de son grand-père; il se serait couvert de gloire
en marchant lui-même à son secours à la tête
d’une armée. La nation eût applaudi à cette guerre;
l’Europe eût respecté ses motifs. Comment le roi Charles,
sans alliés, au milieu d’un peuple qui avait cessé de haïr
un prince malheureux, et ne se souvenait plus que de sa prison, ne pouvant
compter ni sur ses troupes, ni sur les commandants de ses places, ni sur
sa noblesse, eût-il pu résister aux premières nouvelles
de la résolution de son neveu? Il eût vu l’abîme où
l’ingratitude et la scélératesse d’Ormea l’avaient plongé;
et cette victime immolée à son père eût rétabli
la paix, et lui eût rendu sa gloire.
Le cardinal de Fleury n’avait qu’une politique faible
ou machiavéliste; le garde des sceaux Chauvelin n’avait point un
génie plus élevé. Ils ne furent frappés que
de la crainte d’obliger le roi Charles de s’unir avec l’empereur; la nature,
le devoir, l’honneur, furent sacrifiés à un intérêt
qui même n’existait pas, et ils portèrent la pusillanimité
jusqu’à ne pas oser faire demander, au nom du roi de France, qu’on
adoucit la prison de son grand-père, tandis que le roi Charles et
ses deux ministres étaient dans les plus grandes inquiétudes
sur le parti que la France pourrait prendre.
Fleury avait peut-être des motifs plus personnels;
il craignait du rapprocher Louis XV de son aïeul; il n’ignorait pas
que Victor-Amédée blâmait sa conduite, le soin qu’il
avait d’éloigner le roi des affaires, de ne lui laisser voir ni
ses troupes, ni ses places de guerre, ni ses provinces, de favoriser sa
timidité naturelle qui l’empêchait de parler à ses
sujets ou aux étrangers.
Quelques mois après, on transporta le roi Victor
à Montcarlier. Rivoli était placé sur le grand chemin
de France à Rome, à la vue de palais de Turin, dans les campagnes
où le roi chassait tous les jours. Un étranger, que le roi
Victor avait traité avec cette affabilité franche qui plaît
tant dans les rois, fut le seul qui osa s’intéresser à son
infortune; il fit sentir à d’Ormea combien toutes ces circonstances
rendaient plus odieuse encore la prison de ce malheureux prince. On lui
rendit sa femme, à laquelle d’Ormea défendit, sous peine
de la vie, d’avouer qu’elle eût été enfermée
au château de Ceva. Il mourut la même année. Dans ses
derniers jours, il demandait à voir son fils, promettant de ne lui
faire aucun reproche. D’Ormea eut le crédit d’empêcher une
entrevue qui pouvait le perdre, un apprenant au roi que toute cette horrible
catastrophe était l’ouvrage de son ministre. Telle fut la fin du
Victor-Amédée, victime d’un sujet qu’il avait comblé
de biens. Les malheurs du père et du fils doivent apprendre aux
princes à quels revers, à quels crimes involontaires ils
s’exposent lorsque, plus frappés des talents que de la probité,
ils comptent la vertu pour rien dans le choix de ceux qu’ils élèvent
aux grandes places.
Nous avons cru ces détails intéressants:
c’est d’ailleurs un devoir de détruire des calomnies accréditées,
même contre la mémoire des morts. On avait accusé Victor
d’inconstance, sa femme d’ambition, et tous deux du projet de troubler
leur pays pour satisfaire leur ambition. Ils ne furent coupables que de
trop de sensibilité aux outrages d’un sujet ingrat. Pourquoi ne
pas apprendre à ceux que le récit de cet événement
indigne ou attendrit que le roi Charles-Emmanuel fut trompé lui-même,
qu’il ne sut que lorsqu’il n’en était plus temps, et l’innocence
des démarches de son père, et l’insolente cruauté
de ses persécuteurs? Pourquoi ne pas dévouer le vrai coupable
au jugement de la postérité? (K.)
Note_50
J’ai ajouté la dernière phrase du cet alinéa d’après
l’exemplaire dont j’ai parlé dans mon Avertissement. (B.)
Note_51
C’est le prince que l’histoire et Voltaire lui-même appellent Auguste
Ier.
Note_52
Je suis toujours le texte de l’exemplaire dont j’ai parlé dans mon
Avertissement. Dans tontes les éditions on lit: « ... où
il vécut dans une extrême misère, pour reparaître
ensuite avec éclat. Telle est la vicissitude des grandeurs. »
(B.)
Note_53
Elle se rapporte à la France.
Note_54
Toutes les éditions portent Moscovites. (B.)
Note_55
Au lieu de tout ce qui suit, et que je donne toujours d’après l’exemplaire
déjà cité, on lisait: « Le roi de France n’envisageait
aucun avantage pour lui que sa propre gloire, l’abaissement de ses ennemis,
et le succès de ses alliés.
« Personne ne prévoyait, etc. » (B.)
Note_56
Celle de Parme, le 29 juin; celle de Guastalla, le 19 septembre 1734.
Note_57
Jean Gaston, dernier grand-duc, de la maison de Médicis, mort sans
postérité en 1737.
Note_58
Quoique l’Angleterre ne fut pas intervenue dans le traité, cependant
le cardinal de Fleury avait réglé avec l’ambassadeur d’Angleterre
tous les points de la négociation; et ce fut par faiblesse qu’il
consentit à demander la Lorraine sans en instruire le ministre anglais.
Cette conduite diminua la confiance qu’on avait en lui; l’Angleterre et
la Hollande regardaient cette cession éventuelle de la Lorraine
comme un gage du consentement que la France donnerait aux dispositions
de Charles VI et à l’élection de son gendre à l’empire.
L’accomplissement de la cession de la Lorraine aurait été
le prix de la modération de la France. Le cardinal l’avait senti;
il voyait, par cette disposition, la paix plus assurée contre les
intrigues des ambitieux qui voudraient allumer la guerre, et il ne pardonna
point au garde des sceaux Chauvelin d’avoir abusé de sa faiblesse.
(K.) Toutes ces réflexions des éditeurs de Kehl ne sont pas
justes. Il faut faire comme Voltaire: applaudir à la conduite de
Chauvelin, qui s’indigna de voir Fleury tout à la dévotion
des Anglais. (G. A.)
Note_59
Toutes les éditions portent: « Presque dans le même
temps il pacifiait, etc. » Voyez l’Avertissement de Beuchot.
Note_60
Le 20 octobre, d’une indigestion de champignons.
Note_61
Voyez Annales de l’Empire, année 1564, tome XIII, page 534.
Note_62
Voltaire l’appelle encore Auguste III dans le chapitre XXXII ci-après,
et tome XIII, page 612. Mais, dans le chapitre XIV ci-après, Voltaire
l’appelle Auguste II.
Note_63
Le premier roi de Prusse ne s’appelait que Frédéric. Comme
électeur de Brandebourg, il était Frédéric
III; comme roi, il est Frédéric Ier. (B.)
Note_64
Ce titre est celui que donne à ce monarque l’Art de vérifier
les dates; mais Frédéric-Guillaume, dit le Grand, père
du premier roi de Prusse, n’ayant été qu’électeur,
on donna le nom de Frédéric-Guillaume Ier au second roi de
Prusse.
Note_65
Le 10 avril 1741.
Note_66
Maximilien-Marie.
Note_67Annales
de l’Empire, à la fin; liste des électeurs de Brandebourg.
Voltaire nomme encore le grand Frédéric, Frédéric
III, ce qui n’a point prévalu. L’histoire, et Voltaire lui-même
dans ses Mémoires, le nomment Frédéric II.
Voici une liste exacte des rois de Prusse selon leur nom et leur ordre
de succession.
Ier roi. Frédéric Ier, né à
Koenigsberg un 1657, couronné roi de Prusse au commencement de 1701,
mort en 1713.
IIe — Frédéric-Guillaume Ier, né
en 1688, succède à son père le 25 février 1713,
meurt le 31 mai 1710.
IIIe — Frédéric II, surnommé le
Grand, né le 24 janvier 1712, le troisième fils du précédent,
auquel il succéda immédiatement; mort le 1 auguste 1786.
IVe — Frédéric-Guillaume II, neveu du grand
Frédéric, né le 25 septembre 1744, mort le 16 novembre
1797.
Ve — Frédéric-Guillaume III, fils du précédent,
né le 3 auguste 1770, roi depuis 1797. (CL.) |
Note_68
15 décembre 1740.
Note_69
L’auteur était un ce temps-là auprès du roi de Prusse.
Il peut assurer que le cardinal de Fleury ignorait absolument à
quel prince il avait affaire. (Note de Voltaire.)
— Voltaire parle ici du sa première visite à Frédéric,
au château de Mailand, près Vesel. (G. A.)
Note_70
Au commencement de 1744 le cardinal de Fleury avait quatre-vingt-sept ans
et demi.
Note_71
Dans toutes les éditions on lisait ici: « ... de l’Europe,
aidés dans ce grand dessein par une dame alors trop puissante. Le
cardinal combattit; il donna même au roi son avis par écrit,
et cet avis était contre l’entreprise. On croyait qu’il se retirerait
alors: sa carrière entière eut été glorieuse;
mais il n’eut pas la force de renoncer au ministère, et de vivre
avec lui-même sur le bord de son tombeau. Le maréchal de Belle-Isle
et son frère arrangèrent tout, et le vieux cardinal présida
à une entreprise qu’il désapprouvait.
Ce passage est rayé dans l’exemplaire dont il est
parlé dans l’Avertissement de Beuchot. – La dame alors trop puissante
est la duchesse de Châteauroux.
Note_72
Ces lettres ne furent scellées que le 20 auguste 1741. (Note
de Voltaire.)
Note_73
C’était une maladresse; l’Allemagne se sentit blessée. (G.
A.)
Note_74
Marie d’Anjou, dans le xive siècle, et Élisabeth de Luxembourg,
dans le xve, avaient le titre de Rex dans des actes publics.
Note_75
Trois ans plus tard, le même Ogilvy rendit la même place avec
quinze mille hommes.
Note_76
Voltaire passe sous silence la capitulation secrète que Frédéric
avait faite avec Marie-Thérèse, et qu’il rompit alors. (G.
A.)
Note_77
Lisez quatre-vingt-neuf ans.
Note_78
La sortie de Prague eut lieu dans la nuit du 16 au 17 décembre 1742.
Note_79
Voltaire mettait cette retraite de Prague au-dessus de la retraite des
dix mille; voyez, dans le Dictionnaire philosophique, l’article
XÉNOPHON, in fine.
Note_80
C’est-à-dire qu’il n’eut pas de premier ministre. Mais il s’inspira
du cardinal de Tencin, de Noailles et du duc de Richelieu. De là
nulle unité dans la politique française. (G. A.)
Note_81
Ce sommaire est celui de l’exemplaire dont j’ai parlé dans mon Avertissement.
Dans tontes les éditions il y a: « Conduite de l’Angleterre.
Ce que fit le prince de Conti en Italie. » (B.)
Note_82
La prise de Porto-Bello, par Vernon, est du 1er décembre 1739, nouveau
style, qui n’était pas encore adopté par les Anglais, et
du 20 novembre, suivant l’ancien calendrier. Dans l’Histoire de la guerre
de 1741, on lit, Chapitre V: « L’amiral Vernon pénétra,
en 1740, dans le golfe du Mexique. » Dans l’édition de 1768
du Précis, et dans toutes celles qui ont des additions marginales,
on lit: « mars, 1740. » Les journaux ne parlèrent qu’en
mars 1740 des événements arrivés à Porto-Bello
en décembre 1739; et Voltaire a pris par mégarde la date
des journaux pour celle des événements. (B.)
Note_83
Dans toutes les éditions on lit: « comme presque toutes les
batailles navales (à l’exception de celle de la Hogue), dans lesquelles,
etc. » La version que je donne est de l’exemplaire dont je parle
dans mon Avertissement. (B.)
Note_84
L’édition originale (1768, in-8°), une édition séparée
(1769, in-12), portent 15 mai. L’édition in-4° dit 13
mai. L’édition encadrée (1775) ne donne point de date; mais
la date de 26 avril, qui se rapporte à un événement
qui ne vient qu’après, prouve qu’an lieu de mai on doit lire mars.
La date du 15 mars est donnée par le Journal du règne
de Louis XV, et le Mercure de mars 1744 qui contient l’Ordonnance
portant déclaration de guerre. (B.)
Note_85
Voltaire ne fut pas étranger à cette déclaration de
guerre. Chargé par la cour de Versailles d’aller trouver le roi
de Prusse pour l’engager secrètement à renouer l’alliance
française, il apprit de ce roi que l’obstacle à l’alliance
venait de la faiblesse qu’avait eue Louis XV de ne pas déclarer
la guerre à l’Angleterre. Voltaire revint à Paris, rendit
compte de son voyage. Au printemps suivant Louis XV déclarait la
guerre à George, et, vingt jours après cette déclaration,
Frédéric renouait avec la France. (G. A.)
Note_86
Louis-François, né en 1717, mort le 2 auguste 1776.
Note_87
Voyez ci-après, pages suivantes. Dans la lettre à d’Argental,
du 23 août l743, Voltaire dit que Mentzel avait été
comédien.
Note_88
Comme électeur de Hanovre. Francfort était ville neutre.
Note_89
Ce texte est celui de l’édition originale (1768, in-8°), de
l’édition de 1769, in-12, de l’édition in-4°. Dans l’édition
de 1775 trois mots ont été oubliés; on y lit: «
avantage certain, qui devenait un piège inévitable. »
Les éditions de Kehl se sont arrêtées au mot certain,
à cause du contresens que présente l’édition de 1775,
sur laquelle elles ont été faites. (B.)
Note_90
Les éditions de Kehl portent: « rester à l’armée.
» Le texte que j’ai suivi est celui des éditions de 1768,1769
in-4°, et 1775. (B.)
Note_91
Grammont et la maison du roi ne voulurent pas que l’artillerie eût
l’honneur de l’affaire. (G. A.)
Note_92
Louis-Philippe, né en 1725, mort en 1785, aïeul du roi Louis-Philippe
Ier. (B.)
Note_93
C’étaient de jeunes milices amenées
de la veille à l’armée. Les gardes françaises se débandèrent
aussi. (G. A)
|