Notes.

Note_1 Marie de Médicis en 1610; voyez dans l’Histoire du Parlement, chapitre XLIV; et Anne d’Autriche, voyez l’Histoire du Parlement, chapitre LIV. 

Note_2 Voyez l’Histoire du Parlement, chapitre lix. 

Note_3 Après tous les absurdes mensonges qu’on a été forcé de relever dans les prétendus Mémoire de madame de Maintenon, et dans les notes de La Beaumelle, insérées dans son édition du Siècle de Louis XIV, à Francfort, le lecteur ne sera point surpris que cet auteur ait osé avancer que la grand’salle était remplie d’officiers armés sous leurs habits. Cela n’est pas vrai. j’y étais; il y avait beaucoup plus de gens de robe et de simples citoyens que d’officiers. Nulle apparence d’aucun parti, encore moins de tumulte. Il eût été de la plus grande folie d’introduire des gens apostés avec des pistolets, et de révolter les esprits, qui étaient tous disposés en faveur du duc d’Orléans. Il n’y avait autour du palais où l’on rend la justice qu’un détachement des gardes françaises et suisses. Cette fable que la grand’salle était pleine d’officiers armés sous leurs habits est tirée des Mémoires de la régence et de la Vie de Philippe, duc d’Orléans, ouvrages de ténèbres, imprimés en Hollande et remplis de faussetés. 

L’auteur des Mémoires de Maintenon avance que « le président Lubert, le premier président de Maisons, et plusieurs membres de l’assemblée, étaient prêts de se déclarer contre le duc d’Orléans ». 

Il y avait en effet un président de Lubert, mais qui n’était que président aux enquêtes, et qui ne se mêlait de rien. Il n’y a jamais en de premier président de Maisons. C’était alors Claude de Mesmes, du nom d’Avaux, qui avait cette place; M. de Maisons, beau-frère du maréchal de Villars, était président à mortier, et très attaché au duc d’Orléans. C’était chez lui que le marquis de Canillac avait arrangé le plan de la régence avec quelques autres confidents du prince. Il avait parole d’être garde des sceaux, et mourut quelque temps après. Ce sont des faits publics dont j’ai été témoin, et qui se trouvent dans les Mémoires manuscrits du maréchal de Villars.

Le compilateur des Mémoires de Maintenon ajoute à cette occasion que dans le traité de Rastadt, fait par le maréchal de Villars et le prince Eugène, « il y a des articles secrets qui excluent le duc d’Orléans du trône ». Cela est faux et absurde: il n’y eut aucun article secret dans le traité de Rastadt: C’était un traité de paix authentique. On n’insère des articles secrets qu’entre des confédérés qui veulent cacher leurs conventions au public. Exclure le duc d’Orléans en cas de malheur, c’eût été donner la France à Philippe V, roi d’Espagne, compétiteur de l’empereur Charles VI, avec lequel on traitait; c’eût été détruire l’édifice de la paix d’Utrecht auquel on donnait la dernière main, outrager l’empereur, renverser l’équilibre de l’Europe. On n’a jamais rien écrit de plus absurde. (Note de Voltaire.) 

Note_4 Il s’appelait Breûner (Note de Voltaire, 1763.) 

Note_5 Ou mieux Alésia. 

Note_6 Oncle du roi de France. 

Note_7 Familier de la cour de Sceaux, et protégé de maréchal de Villars, Voltaire aurait eu encore bien d’autres détails à donner sur cette conspiration. (G. A.) 

Note_8 Les traducteurs français de l’Histoire universelle, dont j’ai parlé dans mon Avertissement, ont, dans une note, raconté un peu autrement l’anecdote de la Fillon. « Le secrétaire du prince de Cellamare avait un rendez-vous chez cette femme le jour que partait l’abbé Porto-Carrero. Il s’y rendit tard, et s’excusa sur ce qu’il avait été occupé à des expéditions de lettres fort importantes dont il fallait charger des Voyageurs. La Fillon fit agir une fille fort adroite, qui lui déroba son secret, et en instruisit aussitôt cette courtisane. Celle-ci alla sur-le-champ rendre compte au régent de ce qu’elle venait d’apprendre; en conséquence on expédia un courrier muni des ordres nécessaires pour avoir main-forte. Il joignit les voyageurs à Poitiers, les fit arrêter et saisir leurs papiers, qu’il rapporta à Paris. M. de Voltaire, qui était alors à Paris, n’a pas dû ni pu ignorer ces faits. Comment croire d’ailleurs qu’un ambassadeur eût été assez imprudent pour confier des papiers de la plus grande importance à un jeune homme avant le moment de son départ? Plus on y réfléchit, plus on voit que le fait n’a pu arriver de la manière dont il est rapporté par M. de Voltaire. » (B.) 

Note_9 Le 11 décembre 1715. 

Note_10 J’ajoute la fin de cette phrase d’après l’exemplaire dont je parle dans l’Avertissement. (B.) 

Note_11 Il ne fut pas livré aux troupes françaises. Chassé d’Espagne, il arriva en France après avoir échappé à un guet-apens, et fut reçu par un envoyé du régent, le chevalier de Marcien. (G. A.) 

Note_12 C’est au même ministre que l’Espagne doit la conservation du tribunal de l’Inquisition, et de cette foule de prérogatives tyranniques ou séditieuses qui, sous le nom d’immunités ecclésiastiques, ont changé en couvents et en déserts le pays de l’Europe le plus beau et le plus fertile, et ont rendu inutiles cette force d’âme et cette sagacité naturelle qui ont toujours formé le caractère et l’esprit de la nation espagnole. 

Macanaz, fiscal du conseil de Castille, avait présenté un Mémoire à Philippe V sur la nécessité de diminuer les énormes abus de ces immunités ecclésiastiques. Le cardinal Giudice, grand-inquisiteur et ambassadeur en France, ayant une copie de ce Mémoire qu’un ministre lui avait confiée, trahit son prince, et la remit à un inquisiteur. Le saint-office rendit un décret contre le Mémoire, et Giudice confirma ce décret par son approbation. 

Cet excès d’insolence devait faire détruire l’inquisition et perdre Giudice. Qu’espérer pour un pays dans lequel un Mémoire présenté au souverain peut être condamné et flétri par un tribunal, où les avis qu’un citoyen, qu’un ministre croit devoir donner au prince, sont poursuivis comme un crime? 

Philippe V défendit la publication du décret. Alors les inquisiteurs déclarent que leur conscience ne leur permet point d’obéir. Giudice offre de se démettre de sa place de grand-inquisiteur, ne pouvant, disait-il, concilier son respect pour le roi avec son devoir; mais il s’arrangea pour faire refuser sa démission par le pape. 

Albéroni venait de conclure le mariage de Philippe V avec la princesse de Parme, il croit qu’il est de son intérêt de s’unir avec Giudice. Tous deux déterminent la nouvelle reine à chasser honteusement la princesse des Ursins. Orry, qui gouvernait sous elle, est renvoyé en France. Macanaz est forcé de s’enfuir, et le petit-fils de Houri IV soumet sa couronne au saint-office. Ce fut sous ces auspices qu’Albéroni entra dans le ministère. 

Le jésuite Robinet, confesseur du roi, n’avait pas désapprouvé Macanaz; Il avait même dit à son pénitent que ce ministre n’avançait dans son Mémoire que des principes avoués en France, qu’on pouvait les adopter sans blesser la conscience; il perdit sa place, et on vit disgracier un jésuite pour n’avoir pas été assez fanatique. 

Daubenton, plus digne d’être l’instrument d’Albéroni, fut appelé pour diriger la conscience de Philippe V. 

Le cardinal Giudice se crut maître de l’Espagne; mais Albéroni, qui avait apprécié son ambition et son incapacité, brisa bientôt un appui devenu inutile, et Giudice alla intriguer à Rome contre le roi d’Espagne, de qui il tenait sa fortune. 

C’est ainsi que l’Espagne conserva l’Inquisition, et les abus ecclésiastiques que l’établissement d’une nouvelle race de souverains semblait devoir anéantir; et cette révolution, qui devait rendre ce royaume une des premières puissances de l’Europe, fut arrêtée par les intrigues de deux prêtres. (K.) 

Note_13 Marie-Anne-Victoire, née en 1718; voyez ci-après, chapitre iii. 

Note_14 Voyez l’Histoire du Parlement, chapitre LXII. 

Note_15 Philippe V était attaqué d’une mélancolie profonde qui le rendait quelquefois incapable de tout travail. Ce fut pour dérober cet état aux yeux de la nation que ceux qui le conseillaient se prêtèrent au projet d’abdiquer qu’il avait formé. il se retira au château de Balsain avec la reine, son confesseur, et son ministre de confiance; mais le jeune roi, don Louis, n’eut d’abord que les honneurs de la royauté; c’était à Balsain que se décidaient toutes les affaires. Cependant, quoique ce règne n’ait duré que quelques mois, les ministres du nouveau roi, tous nommés par Philippe, tentèrent de brouiller le père et le fils. On proposa dans le conseil de Louis de retrancher la moitié de la pension du roi Philippe, sous le prétexte du désordre des finances. Louis rejeta cette proposition avec l’indignation qu’elle méritait. Philippe en fut instruit; et lorsqu’il remonta sur le trône, à la mort de son fils, il dit au marquis de Leide, l’un de ceux qui avaient opiné pour le retranchement et qui lui devait sa fortune: « Monsieur le marquis de Leide, je n’aurais jamais cru cela de vous. » De Leide se retira de la cour, et mourut de chagrin peu de temps après. Nous verrons bientôt un exemple plus frappant encore de l’ingratitude des ministres à l’égard des rois descendus du trône. (K.) 

Note_16 Ce fait se trouve attesté dans l’histoire civile d’Espagne, écrite par Belando, imprimée avec la permission du roi d’Espagne lui-même; elle doit être dans la bibliothèque des cordeliers à Paris. On peut la lire à la page 306 de la ive partie. J’en ai la copie entre les mains. Cette perfidie de Daubenton, plus commune qu’on ne croit, est connue de plus d’un grand d’Espagne qui l’atteste. (Note de Voltaire.) 

— Victor-Amédée est le premier prince de l’Europe qui ait renoncé aux confesseurs jésuites, et ôté à ces pères les collèges de ses États. voici à quelle occasion. Un jésuite qu’il avait pour confesseur étant tombé malade, Victor allait souvent le voir; peu de jours avant de mourir, le confesseur le pria d’approcher de lui: « Comblé de vos bontés, lui dit-il, je ne puis vous marquer ma reconnaissance qu’en vous donnant un dernier conseil, mais si important que peut-être il suffit pour m’acquitter envers vous. N’ayez jamais de confesseur jésuite. Ne me demandez point les motifs de ce conseil, il ne me serait pas permis de vous le dire. » Victor le crut, et depuis ce temps il ne voulut plus confier aux jésuites ni sa conscience ni l’éducation de ses sujets. Nous tenons ce fait d’un homme aussi véridique qu’éclairé, qui l’a entendu de la bouche même de Victor-Amédée. (K.) – Voltaire parle un peu plus longuement de la révélation du P. Daubenton dans un article sur les Mémoires du maréchal de Noailles, faisant le cinquième des morceaux extraits de Journal de politique et de littérature. L’indiscrétion du jésuite avait été révoquée en doute par l’abbé Grozior, dans l’Année littéraire, 1777, tome IV, pages 145 et suiv.; mais elle est évidente. Ou a vu dans la note de voltaire qu’il citait l’exemplaire de Belando, déposé dans la bibliothèque des cordeliers à Paris. Cet exemplaire est aujourd’hui à la Bibliothèque du roi, et contient, dans les deux langues (espagnole et française), un avertissement manuscrit du P. Belando, rédigé au moment du départ de ce religieux pour l’exil, et qui confirme ce qu’il avait dit du P. Daubenton. Cette pièce a été imprimée en 1825, dans la treizième livraison de la France catholique, tome III, pages 7-11. Elle est précédée du texte du passage de l’histoire du P. Belando où il est question de Daubenton. (B.) 

Note_17 Voyez ci-après, chapitre XXIX; et le chapitre Ier des Fragments historiques sur l’Inde.

Note_18 Dans les Mémoires infidèles de la régence on le dit le fils d’un orfèvre. On appelle en anglais orfèvre, goldsmith, un dépositaire d’argent, espèce d’agent de change. (Note de Voltaire.) 

Note_19 Il avait tué en duel son adversaire. 

Note_20 Desmarets n’avait pas moins accepté de Lass un projet de banque sur un très large plan. Mais disons tout de suite que Voltaire n’est pas ici un juge impartial, et qu’il lui serait même bien difficile de l’être. Il appartenait par reconnaissance à la cause des Pâris, qui aidèrent à sa fortune; or les Pâris furent non seulement les ennemis de Lass, mais encore les justiciers de son système. (G. A.) 

Note_21 Voyez l’article BANQUE, dans le Dictionnaire philosophique

Note_22 Les lettres de naturalisation ne furent pas enregistrées. L’Académie des sciences l’avait choisi, en 1719, pour un de ses honoraires; mais son élection fit déclarée nulle en 1711, à cause de ce défaut d’enregistrement, et le cardinal de Fleury élu à sa place. (K.) 

Note_23 Voyez l’Histoire du Parlement, chapitre lx. 

Note_24 I1 est sûr qu’en payant en papier-monnaie les dettes d’un État, il se trouve libéré sans qu’il en ait rien coûté; mais pour que cette opération soit juste et utile, il faut que ces billets aient dans le commerce une valeur égale à la somme d’argent qu’ils représentent. Or des billets ne peuvent conserver cette valeur s’il n’existe pas une opinion générale que tout possesseur de ces billets pourra, au moment qu’il voudra, les convertir en argent comptant. Cette opinion n’est pas fondée uniquement sur la proportion de la somme de ces billets avec la masse d’argent donnée à la banque, ni même avec la totalité de l’argent du pays. Il suffit que chacun se regarde comme assuré que le nombre des billets qu’on voudra liquider à la fois n’excédera point la somme que la banque peut réaliser à chaque instant, et, ce qui on est la conséquence, qu’ils continueront de circuler dans le commerce; mais lorsque la somme de ces billets est supérieure à celle qu’on suppose que la banque peut réunir en argent, cette opinion ne peut s’établir que peu à peu et par l’habitude. En supposant même la confiance entière, la valeur totale des billets doit encore avoir des bornes; si elle surpasse la quantité d’argent nécessaire pour la circulation, c’est-à-dire pour les opérations du commerce intérieur, le surplus devient inutile, et ceux qui le possèdent doivent chercher à le réaliser. Il faudrait donc qu’outre la somme nécessaire à tenir un réserve pour liquider les billets qui servent à la circulation, la banque eût toujours en argent comptant une somme égale à la valeur de ces billets superflus. Ainsi, loin d’être utiles à la banque dont ils seraient sortis, ou à l’État qui les aurait employés, ils leur deviendraient à charge, et les exposeraient à perdre leur crédit, s’ils n’avaient pas des moyens sûrs, quoique onéreux, de rassembler en peu de jours les sommes nécessaires pour ces liquidations. Les États-Unis d’Amérique, tout éclairés qu’ils sont, n’ont pas senti ces vérités si simples, et le discrédit rapide de leurs papiers a prouvé combien l’opinion de l’usage indéfini d’un papier-monnaie était peu fondée. 

Lass paraît avoir été dans la même erreur; mais il savait très bien que si l’on se bornait, dans la circonstance où il se trouvait, à payer les dettes un papier-monnaie, ces billets seraient bientôt sans valeur; il fallait donc chercher à leur en donner une. Il employa pour cela trois moyens: le premier consistait à donner à la banque des profits de finance ou des privilèges de commerce, un admettant les porteurs de billets au partage de ces profits. Il était clair en effet que dès lors le papier pouvait valoir, outre la somme qu’il représentait, un profit plus ou moins considérable; il devait donc, suivant l’idée qu’on aurait de la possibilité de ces profits, ou se maintenir au niveau de sa valeur, ou même s’élever au-dessus. Le gouvernement avait besoin d’une confiance moins grande, puisque l’espérance de gagner doit engager à courir des risques; mais il fallait que le profit espéré fût au-dessus de l’intérêt ordinaire du commerce, et dès lors l’établissement de la banque n’était plus qu’un emprunt onéreux pour l’État. Aussi ce n’était point ce que voulait Lass; il espérait seulement accréditer les billets par des espérances vagues ou plutôt trompeuses, comptant que lorsque la nation y serait accoutumée ils pourraient se soutenir d’eux-mêmes; et c’est surtout dans cette partie de ses opérations qu’il se permit d’employer la charlatanerie. Nous n’en citerons qu’un exemple. Lorsqu’il accorda à la banque le privilège du commerce d’Afrique, il y joignit une petite prime pour chaque livre d’or qu’elle introduirait un France; cette prime n’était pas un cinquième pour cent de la valeur, et par conséquent ne pouvait être comptée pour quelque chose qu’en supposant l’introduction d’une grande quantité de livres d’or. Le premier moyen réussit; les actions gagnèrent, et Lass les multipliait à l’excès, en y attachant toujours de nouveaux profits en espérance. 

Ces charlataneries ne pouvaient soutenir le crédit que pendant très peu de temps; les billets tombèrent. Il prit alors un second moyen; ou contraignit à recevoir les billets de banque comme argent comptant. Ceux qui remboursèrent leurs dettes avec ces billets eurent le profit des banqueroutes, dont ils partageaient l’honneur avec le ministère. Mais cette contrainte ne peut exister dans les opérations de commerce; le marchand qui vend sa denrée argent comptant est le maître de la donner à meilleur marché que s’il la vend en billets: ainsi ce moyen, injuste en lui-même, ne put ni soutenir suffisamment les billets, ni avoir longtemps du l’influence. 

Lass jusque-là était un homme persuadé faussement que l’établissement d’une banque augmentait les richesses réelles, et que, dans le cas où il la fondait, elle devait anéantir la dette publique. Peu délicat sur les moyens, il avait été injuste et charlatan; mais il pouvait paraître habile aux yeux de ceux qui n’étaient point assez éclairés pour sentir qu’il ne pouvait résulter du son système, en lui supposant tout le succès possible, que l’existence d’une compagnie maîtresse des impôts et des privilèges de commerce, une banque très compliquée, enfin une banqueroute faite au hasard, et sans que les pertes fussent proportionnelles, ce qui la rendait encore plus injuste et plus funeste. 

Mais à cette dernière époque toute cette habileté apparente disparut; Il imagina d’abord de dégoûter de l’argent comptant par des variations rapides dans les monnaies; l’argent monnayé devenant, par ce moyen, d’un usage incommode, et ceux qui avaient des monnaies anciennes ne pouvant ni les employer dans le commerce, ni les vendre avec avantage comme matière, la valeur des billets devait augmenter; mais cette hausse était plus que compensée par la diminution de la confiance. Il finit par défendre de garder de l’argent chez soi; l’effet de cette dernière loi fut encore de rendre l’argent plus rare, mais aussi de faire tomber les billets de plus en plus. Au milieu de toutes ces lois, le public de Paris, occupé, non plus des fortunes qu’on pouvait faire en actions ou en payant ses dettes un billets, mais de celles que l’agiotage de ces billets faisait espérer, ne voyait encore qu’à demi l’illusion des projets de Lass. Lui-même enfin réduisit ses billets à la moitié de leur valeur: alors le prestige qui l’avait soutenu fut absolument dissipé, et Lass fut obligé de quitter le ministère et la France. 

Telle est l’histoire abrégée de ce système, tel que nous avons pu le saisir au milieu de cette foule de lois et d’opérations qui se succédaient avec une rapidité dont il n’y a peut-être jamais eu d’exemple. 

L’ignorance où l’on était alors, principalement en France, sur la nature et les effets des opérations du ce genre, fut la seule cause du succès momentané de système de Lass, des révolutions prodigieuses qu’il causa dans les fortunes; son effet dans l’administration fut une banqueroute partielle faite de la manière la plus injuste, la plus propre à multiplier les désastres particuliers; et il n’en est resté dans les esprits que des préjugés contre les billets de banque, qui cependant peuvent souvent être utiles, soit pour diminuer le prix de l’argent, et en laisser une plus grande quantité pour le commerce étranger ou pour les différents usages qu’on peut faire de l’argent non monnayé, soit pour augmenter la production et le commerce, en rendant la circulation plus facile et moins coûteuse. (K.) 

Note_25 Les frères Pâris. (Note de Voltaire.) — L’aîné se nommait Antoine, le second La Montagne; le troisième est connu sous le nom de Pâris-Duverney (voyez ci après, chapitre III, pages 472 et 476); le quatrième était appelé Pâris de Montmartel. Le marquis de Luchet a publié une Histoire de MM. Pâris, 1776, in-8°. (B.) 

Note_26 L’historien de la régence et celui du duc d’Orléans parlent de cette grande affaire avec aussi peu de connaissance que de toutes les autres: ils disent que le contrôleur général, M. de La Houssaie, était chambellan du duc d’Orléans; ils prennent un écrivain obscur, nommé La Jonchère, pour La Jonchère le trésorier des guerres. Ce sont des livres de Hollande. Vous trouverez dans une continuation de l’Histoire universelle de Bénigne Bossuet, imprimée en 1738, chez L’Honoré, à Amsterdam, que le duc de Bourbon-Condé, premier ministre après le duc d’Orléans, « fit bâtir le château de Chantilly de fond en comble du produit des actions »: vous y verrez que Lass avait vingt millions sur la Banque d’Angleterre: autant de lignes, autant de mensonges. (Note de Voltaire, 1763.) 

Note_27 Elle ne se soutint qu’aux dépens du trésor public, que l’ignorance des ministres sur les principes du commerce prodiguait à cette compagnie ou plutôt à ses agents. Voyez, ci-après, le chapitre XXIX. (K.) 

Note_28 J’ajoute les trois derniers mots de ce sommaire d’après l’exemplaire dont j’ai parlé dans mon Avertissement. Ce chapitre est de 1768; mais beaucoup d’additions sont posthumes. (B.) 

Note_29 Jules III; voyez, dans les Mélanges, le Catéchisme de l’honnête homme...

Note_30 Le régent, en 1722, avait fait le cardinal Dubois premier ministre. Où le compilateur des Mémoires de Maintenon a-t-il pris que Louis XIV, ayant donné un petit bénéfice, en 1692, à cet abbé Dubois, alors obscur, avait dit de lui: « Il ne s’attache point aux femmes qu’il aime; s’il boit, il ne s’enivre pas; et s’il joue, il ne perd jamais? » Voilà de singulières raisons pour donner un bénéfice. Peut-on faire parler ainsi Louis XIV? et ce monarque jetait-il la vue sur l’abbé Dubois? (Note de Voltaire, 1763.) D’ailleurs l’abbé Dubois n’était ni joueur ni buveur. (V.., 1768.) 

Note_31 On lit dans la Henriade, chant VII, vers 443, (tome VIII) que le duc d’Orléans était 

Ardent, plein de génie, Trop ami des plaisirs, et trop des nouveauté. Note_32 On lit dans la Henriade, chant VII, vers 443, (tome VIII) que le duc d’Orléans était  Ardent, plein de génie, Trop ami des plaisirs, et trop des nouveauté. Note_33 Au lieu des trois derniers mots, qui m’ont été fournis par l’exemplaire dont je parle dans mon Avertissement, on lit dans toutes les éditions: le ministère. (B.) 

Note_34 Voyez dans l’Histoire du Parlement, chapitre LAI. 

Note_35 Les Condés eussent ainsi porté un double coup aux d’Orléans. (G. A.) 

Note_36 Marie-Anne-Victoire, infante d’Espagne, née en 1718, fut mariée en 1729 au prince de Brésil, depuis roi de Portugal sous le nom de Joseph Ier. 

Note_37 Joseph-Emmanuel, né en 1714, roi en 1750, sous le nom de Joseph Ier, mourut on 1777. 

Note_38 Henriette-Louise-Marie-Françoise-Gabrielle, connue sous le nom de Mlle de Vermandois, soeur de Mlles de Charolais et de Clermont, était née le 15 janvier 1703; elle devint abbesse de Beaumont-les-Tours en 1728, et n’est morte que le 19 septembre 1772. (B.) 

Note_39 Entre autres 10 dernier maréchal d’Estrées du nom de Letellier. Le mariage manqua, parce qu’on ne voulut pas faire duc et pair le Comte d’Estrées en considération de cette alliance. La princesse, devenue reine, le traita toujours avec distinction, et comme un homme qui, dans son infortune, s’était occupé du soin de l’adoucir. (K.) – Cette note, ainsi que le passage auquel elle se rapporte, a paru, pour la première fois, dans les éditions de Kehl comme étant des éditeurs. Mais je suis tenté de croire qu’elle est de Voltaire. (B.) 

Note_40 Acte II, scène II. 

Note_41 C’est le mot de Louis XI. 

Note_42 Voyez aussi l’Éloge funèbre de Louis XV.

Note_43 C’est pendant toute cette crise que Voltaire fut insulté par un Rohan, jeté à la Bastille pour la seconde fois, et, sans appui, contraint de fuir en Angleterre. On peut donc dire qu’il fut enveloppé dans la disgrâce de Monsieur le Duc, quoique celui-ci ne tombât que deux mois après. (G. A.) 

Note_44 Né le 22 juin 1653, chanoine de Montpellier à quinze ans, en 1668, aumônier de la reine on 1677, évêque de Fréjus le 1er novembre 1698, il se démit de son évêché en 1745, fut nommé, par le testament de Louis XIV, précepteur de son arrière-petit-fils Louis XV, admis au conseil et chargé de la feuille des bénéfices en 1723, premier ministre en juin 1726, cardinal en septembre 1726; il mourut le 29 janvier 1743, à quatre-vingt-neuf ans et sept mois. 

Note_45 Dans toutes les éditions qui ont paru depuis 1768 jusqu’à ce jour (1831), on lisait « Il s’en consola en formant insensiblement son élève aux affaires, au secret, à la probité, et conserva dans toutes les agitations de la cour, pendant la minorité, la bienveillance du régent et l’estime générale, ne cherchant point, etc. » 

Le texte que je donne est celui de l’exemplaire dont j’ai parlé dans mon Avertissement. (B.) 

Note_46 c’est encore dans cet exemplaire que se trouve la phrase qui termine l’alinéa, et qui n’avait pas encore paru. (B.) 

Note_47 Dans quelques livres étrangers, on a confondu le cardinal de Fleury avec l’abbé Fleury, auteur de l’Histoire de l’Église, et des excellents discours qui sont si au-dessus de son histoire. Cet abbé Fleury fut confesseur de Louis XV; mais il vécut à la cour inconnu; il avait une modestie vraie, et l’autre Fleury avait la modestie d’un ambitieux habile. (Note de Voltaire.) 

Note_48 On lisait dans toutes les éditions: « le conseil fut forcé », etc. Le texte que je donne est celui de l’exemplaire dont j’ai parlé dans l’Avertissement. (B.) 

Note_49 Victor-Amédée avait un fils aîné qui, rempli de qualités aimables, en faisait espérer de brillantes. Il mourut à dix-sept ans. Sa mort plongea son père dans un désespoir qui fit craindre pour sa vie. Cependant son courage triompha de sa douleur. Il s’occupa de son second fils, que jusque-là il avait négligé, et traité même avec dureté, parce que l’extérieur peu avantageux de ce prince l’humiliait, et que sa douceur et sa timidité naturelles, qualités trop opposées au caractère impétueux du roi Victor, lui paraissaient annoncer un défaut d’activité et de courage. Il donna cependant tous ses soins à l’instruction de ce fils, le seul qui lui restât; sans cesse il l’occupait à passer en revue ou à faire manoeuvrer ses régiments, à lever le plan de toutes ses places; il lui fit apprendre tous les détails des manufactures établies dans ses États, lui développa tous ses projeta de finance et de législation, les motifs de ce qu’il avait fait, le succès heureux ou malheureux de toutes ses tentatives pour rendre son pays florissant; et lorsqu’il le crut assez instruit, il le fit travailler avec lui dans toutes les affaires, n’en décidant aucune qu’après l’avoir discutée avec le prince Charles. Mais il continuait de le traiter avec la même dureté, ne lui laissant aucune liberté; pas même, après son second mariage, celle de vivre à son gré avec sa femme. Vers la fin de 1729 Victor forma le projet d’abdiquer; il croyait son fils en état de gouverner: l’Europe était en paix. L’on pouvait espérer que cette paix durerait quelques années; et il ne voulait pas exposer son État à n’avoir pour chef, pendant la guerre qu’il prévoyait pour un temps plus éloigné, qu’un jeune prince encore sans expérience, ou un vieillard abattu par l’âge et par les infirmités. Il ne se trouvait plus ni la même activité pour le travail, ni la même netteté d’esprit; il sentait qu’il n’avait plus la force de dompter son humeur. 

Il avait toujours mené une vie simple, se montrant supérieur à l’étiquette de la grandeur comme au faste et à la mollesse. Il imagina qu’il coulerait des jours tranquilles dans la retraite avec la marquise de Saint-Sébastien, dame d’honneur de la princesse de Piémont, qu’il prit la résolution d’épouser. Il n’avait jamais été son amant, et elle avait quarante-cinq ans; mais souvent trompé par des femmes, il avait des preuves de la vertu de Mme de Saint-Sébastien, et avait prie insensiblement du goût pour elle dans de fréquents tête-à-tête où ils examinaient ensemble les plus secrets détails du ménage du prince, sur lesquels un violent désir d’avoir de la postérité donnait au roi Victor une curiosité singulière. Il ne mit point Mme de Saint-Sébastien dans la confidence de son abdication, l’épousa en secret le 12 auguste 1730, et abdiqua le 3 septembre, ne se réservant qu’une pension de cinquante mille écus. 

Il recommanda à son fils le prince de Saint-Thomas, ancien ministre, sujet fidèle, et bon citoyen; Rebender, général allemand, qu’il venait de faire maréchal; et le marquis d’Ormea, alors ambassadeur à Rome. D’Ormea était un homme sans naissance que Victor-Amédéc, qui lui trouvait de l’adresse, avait tiré de la misère. Ce ministre lui avait rendu le service de terminer des différends avec la cour de Rome, qui avaient duré une grande partie de son règne, et d’obtenir d’elle un concordat plus favorable que Victor n’eût pu l’espérer. Il ne savait pas que d’Ormea ayant prodigué l’argent au cardinal Coscia (Cuisse), qui gouvernait Benoît XIII, Coscia avait fait lire un concordat au pape, et lui en avait fait signer un autre. Le marquis d’Ormea, rappelé de Rome, et placé dans le ministère, forma dès son arrivée le projet d’être le maître. Il craignait peu les autres ministres, qu’il parvint bientôt à rendre suspects ou inutiles; mais le roi Victor était un obstacle à son ambition; on lui envoyait tous les jours un bulletin qui renfermait la note de tout ce que les différents bureaux avaient fait, et dans les affaires importantes son fils paraissait ne décider que d’après lui. 

L’hiver qui suivit son abdication, le roi Victor eut une attaque d’apoplexie dont il resta défiguré. Son fils n’alla point le voir parce que lui-même s’y opposa; mais il lui écrivit pour l’engager à choisir sa retraite en Piémont, plus près de Turin, et dans un climat plus doux. Le bulletin avait été interrompu pendant la maladie de Victor, et on ne lui en envoya plus après sa convalescence. D’Ormea prit sur lui de cesser cet usage, éluda les ordres du roi Charles, qui voulait donner à son père cette marque de respect, et finit par l’en dégoûter. 

Le roi Victor fut irrité de ce procédé. Son fils se proposa de le voir à Chambéry, un allant aux eaux. Il lui envoya d’abord deux ministres lui rendre compte des affaires de leurs départements. Victor les écouta, les remercia de leur attention pour lui, mais refusa de croire qu’il dût leur confiance aux ordres de son fils; il le traita, lorsqu’il le vit, avec la même humeur et la même dureté qu’il lui avait prodiguées dans son enfance, et ne cacha au marquis d’Ormea et à Delborgo, autre ministre alors uni avec d’Ormea, ni son mépris, ni sa haine, ni le désir qu’il avait de détromper son fils, et d’obtenir de lui leur disgrâce. 

A son retour, le roi Charles revit son père; il en fut encore plus maltraité. Il devait rester quinze jours avec lui. D’Ormea sentit que tôt ou tard Victor se rendrait maître de son humeur, et que sa perte serait le résultat d’une conférence paisible entre le père et le fils. Alors il cherche à effrayer le jeune roi, à lui persuader qu’il n’est pas un sûreté dans le château de son père, que sa liberté est un danger, sa vie exposée à un mouvement de violence; il le détermina à partir à cheval au milieu de la nuit. La ruine le suit quelques jours après, et Victor lui-même part pour le Piémont avec sa femme; il s’arrête à Montcarlier, et mande à son fils que d’après le conseil qu’il lui avait donné de se rapprocher de Turin, et de ne plus s’exposer au climat rigoureux de la Savoie, il a quitté Chambéry, et attend qu’il lui donne une nouvelle retraite. La première entrevue fut très violente, et les menaces contre les ministres redoublèrent. D’Ormea vit qu’il n’avait plus à choisir qu’entre sa perte et celle du roi Victor; mais comment faire consentir un fils, jeune, accoutumé au respect et à la crainte, à faire arrêter son père, à soulever par cette violence l’Europe entière contre lui? il supposa que le roi Victor avait formé le projet du remonter sur le trône, tirant parti de quelques mots qui lui étaient échappés. Fosquieri, gouverneur de Turin, avait été séduit, ainsi que le marquis de Rivarol; le roi Victor avait fait une tentative pour s’introduire dans la citadelle. Il avait un des entretiens avec des médecins et des apothicaires de la cour; tout annonçait le complot le plus funeste. Il fallait, ou rendre ces complots inutiles un s’assurant de la personne de Victor, ou lui céder le trône: action qui, suivant ces indignes conseillers, avilirait le roi Charles aux yeux de toutes les puissances, et le ferait regarder comme incapable de régner. Cependant Mahomet II, qui remit deux fois le trône à son père, avait laissé un assez grand nom. Obsédé par ses ministres, qui ne lui laissaient aucun relâche et qui tous étaient les instruments d’Ormea, quoique jaloux de lui et le haïssant, le roi Charles céda; il ordonna d’arrêter son père. 

Au milieu de la nuit, des grenadiers, les uns armés de baïonnettes, les autres portant des flambeaux, entrent dans la maison où était Victor; on brise à coups du hache la porte de sa chambre qui se remplit de soldats. Il était couché avec sa femme. On lui signifia l’ordre de son fils. Dédaignant de parler aux officiers, il s’adressa aux grenadiers: « Et vous, leur dit-il, avez-vous oublié le sang que j’ai versé à votre tête pour le service de l’État? » Ils ne répondirent que par leur silence; s’obstinant à ne point obéir, on l’arrache de son lit et des bras de sa femme, qu’il tenait embrassée; on la traîne dans une chambre voisine; sa chemise, déchirée, l’exposait tout entière aux yeux des soldats. Victor consent enfin à se faire habiller; on le porte dans une voiture: il aperçoit un sortant les gardes de son fils qu’on lui avait donnés par honneur les jours précédents. « Vous avez bien fait votre devoir », leur dit-il. La voiture était entourée d’un détachement de dragons du régiment de son fils. « On a pris toutes les précautions », dit-il en les reconnaissant, et il se laissa placer dans la voiture. Un colonel des satellites voulut y monter avec lui; ce colonel était un homme de fortune. Victor le repoussa avec la main. « Apprenez, lui dit-il, que dans quelque état que soit votre roi, vous n’êtes pas fait pour vous asseoir à côté de lui. » On le conduisit à Rivoli, dans une maison dont on avait fait griller les fenêtres, et où il était entouré de gardes et d’espions. Sa femme fut conduite dans la forteresse du Ceva, où l’on n’enfermait que dus femmes perdues. 

Le marquis Fosquieri, le marquis de Rivarol, deux médecins, un apothicaire, furent arrêtés pour achever de tromper le roi, et pour un imposer au peuple; mais bientôt après on fut obligé de les relâcher. On ne trouva dans la cassette du roi Victor aucun papier qui annonçât des projets; et trente mille livres, reste d’un quartier de sa pension, payé quelques jours auparavant, étaient tout son trésor. Tels avaient été les préparatifs du la prétendue révolution. 

Louis XV, petit-fils du roi Victor, pouvait prendre la défense de son grand-père; il se serait couvert de gloire en marchant lui-même à son secours à la tête d’une armée. La nation eût applaudi à cette guerre; l’Europe eût respecté ses motifs. Comment le roi Charles, sans alliés, au milieu d’un peuple qui avait cessé de haïr un prince malheureux, et ne se souvenait plus que de sa prison, ne pouvant compter ni sur ses troupes, ni sur les commandants de ses places, ni sur sa noblesse, eût-il pu résister aux premières nouvelles de la résolution de son neveu? Il eût vu l’abîme où l’ingratitude et la scélératesse d’Ormea l’avaient plongé; et cette victime immolée à son père eût rétabli la paix, et lui eût rendu sa gloire. 

Le cardinal de Fleury n’avait qu’une politique faible ou machiavéliste; le garde des sceaux Chauvelin n’avait point un génie plus élevé. Ils ne furent frappés que de la crainte d’obliger le roi Charles de s’unir avec l’empereur; la nature, le devoir, l’honneur, furent sacrifiés à un intérêt qui même n’existait pas, et ils portèrent la pusillanimité jusqu’à ne pas oser faire demander, au nom du roi de France, qu’on adoucit la prison de son grand-père, tandis que le roi Charles et ses deux ministres étaient dans les plus grandes inquiétudes sur le parti que la France pourrait prendre. 

Fleury avait peut-être des motifs plus personnels; il craignait du rapprocher Louis XV de son aïeul; il n’ignorait pas que Victor-Amédée blâmait sa conduite, le soin qu’il avait d’éloigner le roi des affaires, de ne lui laisser voir ni ses troupes, ni ses places de guerre, ni ses provinces, de favoriser sa timidité naturelle qui l’empêchait de parler à ses sujets ou aux étrangers. 

Quelques mois après, on transporta le roi Victor à Montcarlier. Rivoli était placé sur le grand chemin de France à Rome, à la vue de palais de Turin, dans les campagnes où le roi chassait tous les jours. Un étranger, que le roi Victor avait traité avec cette affabilité franche qui plaît tant dans les rois, fut le seul qui osa s’intéresser à son infortune; il fit sentir à d’Ormea combien toutes ces circonstances rendaient plus odieuse encore la prison de ce malheureux prince. On lui rendit sa femme, à laquelle d’Ormea défendit, sous peine de la vie, d’avouer qu’elle eût été enfermée au château de Ceva. Il mourut la même année. Dans ses derniers jours, il demandait à voir son fils, promettant de ne lui faire aucun reproche. D’Ormea eut le crédit d’empêcher une entrevue qui pouvait le perdre, un apprenant au roi que toute cette horrible catastrophe était l’ouvrage de son ministre. Telle fut la fin du Victor-Amédée, victime d’un sujet qu’il avait comblé de biens. Les malheurs du père et du fils doivent apprendre aux princes à quels revers, à quels crimes involontaires ils s’exposent lorsque, plus frappés des talents que de la probité, ils comptent la vertu pour rien dans le choix de ceux qu’ils élèvent aux grandes places. 

Nous avons cru ces détails intéressants: c’est d’ailleurs un devoir de détruire des calomnies accréditées, même contre la mémoire des morts. On avait accusé Victor d’inconstance, sa femme d’ambition, et tous deux du projet de troubler leur pays pour satisfaire leur ambition. Ils ne furent coupables que de trop de sensibilité aux outrages d’un sujet ingrat. Pourquoi ne pas apprendre à ceux que le récit de cet événement indigne ou attendrit que le roi Charles-Emmanuel fut trompé lui-même, qu’il ne sut que lorsqu’il n’en était plus temps, et l’innocence des démarches de son père, et l’insolente cruauté de ses persécuteurs? Pourquoi ne pas dévouer le vrai coupable au jugement de la postérité? (K.) 

Note_50 J’ai ajouté la dernière phrase du cet alinéa d’après l’exemplaire dont j’ai parlé dans mon Avertissement. (B.) 

Note_51 C’est le prince que l’histoire et Voltaire lui-même appellent Auguste Ier. 

Note_52 Je suis toujours le texte de l’exemplaire dont j’ai parlé dans mon Avertissement. Dans tontes les éditions on lit: « ... où il vécut dans une extrême misère, pour reparaître ensuite avec éclat. Telle est la vicissitude des grandeurs. » (B.) 

Note_53 Elle se rapporte à la France. 

Note_54 Toutes les éditions portent Moscovites. (B.) 

Note_55 Au lieu de tout ce qui suit, et que je donne toujours d’après l’exemplaire déjà cité, on lisait: « Le roi de France n’envisageait aucun avantage pour lui que sa propre gloire, l’abaissement de ses ennemis, et le succès de ses alliés. 

« Personne ne prévoyait, etc. » (B.) 

Note_56 Celle de Parme, le 29 juin; celle de Guastalla, le 19 septembre 1734. 

Note_57 Jean Gaston, dernier grand-duc, de la maison de Médicis, mort sans postérité en 1737. 

Note_58 Quoique l’Angleterre ne fut pas intervenue dans le traité, cependant le cardinal de Fleury avait réglé avec l’ambassadeur d’Angleterre tous les points de la négociation; et ce fut par faiblesse qu’il consentit à demander la Lorraine sans en instruire le ministre anglais. Cette conduite diminua la confiance qu’on avait en lui; l’Angleterre et la Hollande regardaient cette cession éventuelle de la Lorraine comme un gage du consentement que la France donnerait aux dispositions de Charles VI et à l’élection de son gendre à l’empire. L’accomplissement de la cession de la Lorraine aurait été le prix de la modération de la France. Le cardinal l’avait senti; il voyait, par cette disposition, la paix plus assurée contre les intrigues des ambitieux qui voudraient allumer la guerre, et il ne pardonna point au garde des sceaux Chauvelin d’avoir abusé de sa faiblesse. (K.) Toutes ces réflexions des éditeurs de Kehl ne sont pas justes. Il faut faire comme Voltaire: applaudir à la conduite de Chauvelin, qui s’indigna de voir Fleury tout à la dévotion des Anglais. (G. A.) 

Note_59 Toutes les éditions portent: « Presque dans le même temps il pacifiait, etc. » Voyez l’Avertissement de Beuchot. 

Note_60 Le 20 octobre, d’une indigestion de champignons. 

Note_61 Voyez Annales de l’Empire, année 1564, tome XIII, page 534. 

Note_62 Voltaire l’appelle encore Auguste III dans le chapitre XXXII ci-après, et tome XIII, page 612. Mais, dans le chapitre XIV ci-après, Voltaire l’appelle Auguste II. 

Note_63 Le premier roi de Prusse ne s’appelait que Frédéric. Comme électeur de Brandebourg, il était Frédéric III; comme roi, il est Frédéric Ier. (B.) 

Note_64 Ce titre est celui que donne à ce monarque l’Art de vérifier les dates; mais Frédéric-Guillaume, dit le Grand, père du premier roi de Prusse, n’ayant été qu’électeur, on donna le nom de Frédéric-Guillaume Ier au second roi de Prusse. 

Note_65 Le 10 avril 1741. 

Note_66 Maximilien-Marie. 

Note_67Annales de l’Empire, à la fin; liste des électeurs de Brandebourg. Voltaire nomme encore le grand Frédéric, Frédéric III, ce qui n’a point prévalu. L’histoire, et Voltaire lui-même dans ses Mémoires, le nomment Frédéric II. Voici une liste exacte des rois de Prusse selon leur nom et leur ordre de succession. 
 

Ier roi. Frédéric Ier, né à Koenigsberg un 1657, couronné roi de Prusse au commencement de 1701, mort en 1713. 
IIe — Frédéric-Guillaume Ier, né en 1688, succède à son père le 25 février 1713, meurt le 31 mai 1710. 
IIIe — Frédéric II, surnommé le Grand, né le 24 janvier 1712, le troisième fils du précédent, auquel il succéda immédiatement; mort le 1 auguste 1786. 
IVe — Frédéric-Guillaume II, neveu du grand Frédéric, né le 25 septembre 1744, mort le 16 novembre 1797. 
Ve — Frédéric-Guillaume III, fils du précédent, né le 3 auguste 1770, roi depuis 1797. (CL.)

Note_68 15 décembre 1740. 

Note_69 L’auteur était un ce temps-là auprès du roi de Prusse. Il peut assurer que le cardinal de Fleury ignorait absolument à quel prince il avait affaire. (Note de Voltaire.) — Voltaire parle ici du sa première visite à Frédéric, au château de Mailand, près Vesel. (G. A.) 

Note_70 Au commencement de 1744 le cardinal de Fleury avait quatre-vingt-sept ans et demi. 

Note_71 Dans toutes les éditions on lisait ici: « ... de l’Europe, aidés dans ce grand dessein par une dame alors trop puissante. Le cardinal combattit; il donna même au roi son avis par écrit, et cet avis était contre l’entreprise. On croyait qu’il se retirerait alors: sa carrière entière eut été glorieuse; mais il n’eut pas la force de renoncer au ministère, et de vivre avec lui-même sur le bord de son tombeau. Le maréchal de Belle-Isle et son frère arrangèrent tout, et le vieux cardinal présida à une entreprise qu’il désapprouvait. 

Ce passage est rayé dans l’exemplaire dont il est parlé dans l’Avertissement de Beuchot. – La dame alors trop puissante est la duchesse de Châteauroux. 

Note_72 Ces lettres ne furent scellées que le 20 auguste 1741. (Note de Voltaire.) 

Note_73 C’était une maladresse; l’Allemagne se sentit blessée. (G. A.) 

Note_74 Marie d’Anjou, dans le xive siècle, et Élisabeth de Luxembourg, dans le xve, avaient le titre de Rex dans des actes publics. 

Note_75 Trois ans plus tard, le même Ogilvy rendit la même place avec quinze mille hommes. 

Note_76 Voltaire passe sous silence la capitulation secrète que Frédéric avait faite avec Marie-Thérèse, et qu’il rompit alors. (G. A.) 

Note_77 Lisez quatre-vingt-neuf ans. 

Note_78 La sortie de Prague eut lieu dans la nuit du 16 au 17 décembre 1742. 

Note_79 Voltaire mettait cette retraite de Prague au-dessus de la retraite des dix mille; voyez, dans le Dictionnaire philosophique, l’article XÉNOPHON, in fine.

Note_80 C’est-à-dire qu’il n’eut pas de premier ministre. Mais il s’inspira du cardinal de Tencin, de Noailles et du duc de Richelieu. De là nulle unité dans la politique française. (G. A.) 

Note_81 Ce sommaire est celui de l’exemplaire dont j’ai parlé dans mon Avertissement. Dans tontes les éditions il y a: « Conduite de l’Angleterre. Ce que fit le prince de Conti en Italie. » (B.) 

Note_82 La prise de Porto-Bello, par Vernon, est du 1er décembre 1739, nouveau style, qui n’était pas encore adopté par les Anglais, et du 20 novembre, suivant l’ancien calendrier. Dans l’Histoire de la guerre de 1741, on lit, Chapitre V: « L’amiral Vernon pénétra, en 1740, dans le golfe du Mexique. » Dans l’édition de 1768 du Précis, et dans toutes celles qui ont des additions marginales, on lit: « mars, 1740. » Les journaux ne parlèrent qu’en mars 1740 des événements arrivés à Porto-Bello en décembre 1739; et Voltaire a pris par mégarde la date des journaux pour celle des événements. (B.) 

Note_83 Dans toutes les éditions on lit: « comme presque toutes les batailles navales (à l’exception de celle de la Hogue), dans lesquelles, etc. » La version que je donne est de l’exemplaire dont je parle dans mon Avertissement. (B.) 

Note_84 L’édition originale (1768, in-8°), une édition séparée (1769, in-12), portent 15 mai. L’édition in-4° dit 13 mai. L’édition encadrée (1775) ne donne point de date; mais la date de 26 avril, qui se rapporte à un événement qui ne vient qu’après, prouve qu’an lieu de mai on doit lire mars. La date du 15 mars est donnée par le Journal du règne de Louis XV, et le Mercure de mars 1744 qui contient l’Ordonnance portant déclaration de guerre. (B.) 

Note_85 Voltaire ne fut pas étranger à cette déclaration de guerre. Chargé par la cour de Versailles d’aller trouver le roi de Prusse pour l’engager secrètement à renouer l’alliance française, il apprit de ce roi que l’obstacle à l’alliance venait de la faiblesse qu’avait eue Louis XV de ne pas déclarer la guerre à l’Angleterre. Voltaire revint à Paris, rendit compte de son voyage. Au printemps suivant Louis XV déclarait la guerre à George, et, vingt jours après cette déclaration, Frédéric renouait avec la France. (G. A.) 

Note_86 Louis-François, né en 1717, mort le 2 auguste 1776. 

Note_87 Voyez ci-après, pages suivantes. Dans la lettre à d’Argental, du 23 août l743, Voltaire dit que Mentzel avait été comédien. 

Note_88 Comme électeur de Hanovre. Francfort était ville neutre. 

Note_89 Ce texte est celui de l’édition originale (1768, in-8°), de l’édition de 1769, in-12, de l’édition in-4°. Dans l’édition de 1775 trois mots ont été oubliés; on y lit: « avantage certain, qui devenait un piège inévitable. » Les éditions de Kehl se sont arrêtées au mot certain, à cause du contresens que présente l’édition de 1775, sur laquelle elles ont été faites. (B.) 

Note_90 Les éditions de Kehl portent: « rester à l’armée. » Le texte que j’ai suivi est celui des éditions de 1768,1769 in-4°, et 1775. (B.) 

Note_91 Grammont et la maison du roi ne voulurent pas que l’artillerie eût l’honneur de l’affaire. (G. A.) 

Note_92 Louis-Philippe, né en 1725, mort en 1785, aïeul du roi Louis-Philippe Ier. (B.) 

Note_93 C’étaient de jeunes milices amenées de la veille à l’armée. Les gardes françaises se débandèrent aussi. (G. A)