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| Index Voltaire | Annales de l'empire | Commande CDROM | A MADAME LA DUCHESSE DE SAXE-GOTHA. MADAME, Je n’ai fait qu’obéir aux ordres de Votre Altesse Sérénissime en écrivant cet abrégé de l’histoire de l’Empire. Il aurait un grand avantage si j’étais resté plus longtemps dans votre cour. J’aurais mieux peint la vertu, surtout cette vertu humaine et sociable à qui l’esprit et les grâces donnent un nouveau prix; mais elle est peu du ressort de l’histoire. L’ambition, qu’on masque du grand nom de l’intérêt des États, et qui ne fait que le malheur des États; les passions féroces, qui ont conduit presque toujours la politique, laissent peu de place à ces vertus douces qu’on ne cultive guère que dans la tranquillité. Partout où il y a des troubles, il y a des crimes, et l’histoire n’est que le tableau des troubles du monde. Il est important pour toutes les nations de l’Europe de
s’instruire des révolutions de l’Empire. Les histoires de France,
d’Angleterre, d’Espagne, de Pologne, se renferment dans leurs bornes. L’Empire
est un théâtre plus vaste; ses prééminences,
ses droits sur Rome et sur l’Italie, tant de rois, tant de souverains qu’il
a créés, tant de dignités qu’il a conférées
dans d’autres États, ces assemblées presque continuelles
de tant de princes, tout cela forme une scène auguste, même
dans les siècles les moins policés. Mais le détail
en est immense; et il reste aux hommes occupés trop peu de temps
pour lire ce prodigieux amas de faits qui se précipitent les uns
sur les autres, et ces recueils de lois presque toujours contredites à
force d’être expliquées. La justesse de votre esprit vous
a fait désirer des annales qui ne fussent ni sèches ni prolixes,
et qui donnassent une idée générale de l’Empire dans
une langue que parlent toutes les nations, et qui est embellie dans votre
bouche. On aurait pu sans doute obéir aux ordres de votre Altesse
Sérénissime avec plus de succès, mais non avec plus
de zèle et plus de respect.
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