Notes.

Note_1 Voyez l’article Loi salique, dans le Dictionnaire philosophique.

Note_2 Matth. vi, 28. 

Note_3 Roger Bacon était cordelier. 

Note_4 Voyez l’article abus, dans le Dictionnaire philosophique. 

Note_5 Voyez chap. xxxviii et l. 

Note_6 M. Crapelet a publié le Combat des trente Bretons contre trente Anglais, 1827, in-8°. Cette première édition d’un ouvrage rimé et dont l’auteur vivait au xve siècle, a étéfaite d’après le manuscrit de la Bibliothèque du roi. (B.) 

Note_7 Voyez chap. li. En général nous entendons toujours par livre numéraire la livre numéraire, monnaie d’argent. 

Note_8 Chap. lxix. 

Note_9 Chap. lxxvi. 

Note_10 Chap. lxxi. 

Note_11 Ce siècle d’horreur a cependant produit un magistrat dont la vie eût honoré des temps plus heureux. Il était de ce petit nombre d’hommes qui doivent leur vertu a leur conscience et à leur raison, et non aux opinions de leur siècle. C’est de Jean Juvénal des Ursins que nous parlons. Né sans fortune, il fut d’abord avocat (car, soit qu’il descendit réellement des Ursins d’Italie, soit que cette origine fût une fable dont on a flatté depuis la vanité de ses enfants, il est certain qu’il subsista longtemps de cette profession): sa réputation de probité et de courage lui fit donner par Charles VI, alors gouverné par des ministres vertueux, la place de prévôt des marchands, longtemps supprimée, et qu’on crut devoir rétablir. A peine revêtu de cette charge, il voit que des moulins, construits par les seigneurs sur les rivières de Marne et de Seine, gênent la navigation; la puissance de ces seigneurs, leur crédit dans le parlement ne l’arrêtent point; il sollicite un arrêt qui ordonne la destruction des moulins et le remboursement de leur valeur au denier dix; il l’obtient, parce qu’on espère faire naître des obstacles à l’exécution. Mais la nuit même tous les moulins sont abattus, et la subsistance du peuple assurée. Pendant la première attaque de folie de Charles VI, les princes s’emparèrent du gouvernement; on persécuta les ministres. On, ôta l’épée de connétable à Clisson; Nogent et La Rivière furent emprisonnes; Juvenal prit leur défense et les sauva. Le duc de Bourgogne, Philippe, irrité contre lui veut le faire décapiter dans les halles; c’était alors le sort des gens en place disgraciés, comme l’exil il y a quelque temps, et maintenant l’oubli. On suborne des témoins contre lui; Juvénal était cher au peuple. Un cabaretier, qui avait surpris le cahier des informations (car c’était au cabaret que se traitaient les intrigues du gouvernement), s’expose à tout pour l’avertir; Juvénal instruit ne laisse pas le temps d’accomplir le projet, se présente hardiment aux princes, et réduit ses adversaires au silence. Échappé de ce danger, il conserve tout son courage; attaché an roi et à l’État, au milieu des factions des Orléanais et des Bourguignons, il ose reprocher au duc d’Orléans ses dissipations, sa légèreté et ses débauches, et lui en prédire les suites. Il reproche avec la même franchise, au duc de Bourgogne, ses liaisons avec des scélérats, et son obstination à tirer vanité de l’assassinat du duc d’Orléans. 

En 1410, il devient avocat du roi au parlement; c’était dans le temps où le grand schisme d’Occident agitait toute l’Europe. Juvénal soutient que le roi a droit d’assembler son clergé, d’y présider, et, après l’avoir consulté, de choisir le pape qu’il voudra reconnaître; maximes qui annoncent des idées supérieures à son siècle. 

Le duc de Lorraine avait fait abattre les armes de France placées dans des terres qui relevaient du roi; le parlement de Paris le condamna, par contumace, à la confiscation de ces terres et au bannissement. Cependant le duc arrive à la cour, protégé par le duc de Bourgogne, alors tout puissant. Le parlement députe au roi pour lui faire sentir la nécessité de maintenir son arrêt. Juvénal arrive avec la députation au palais du roi, à l’instant même où le duc de Bourgogne allait lui présenter le duc de Lorraine. Il expose avec force les motifs du parlement. Le duc de Bourgogne, indigné de se voir arrêté par l’activité et le courage de Juvénal: « Jean Juvénal, lui dit-il, ce n’est pas ainsi qu’on agit. — Si fait, monseigneur, » dit Jean Juvénal; et il ajouta: « Que tous ceux qui sont bons citoyens se joignent à moi, et que les autres restent avec M. de Lorraine. » Le duc étonné quitte la main du duc de Lorraine, se joint à Juvénal, et le duc de Lorraine est obligé d’implorer la clémence du roi. Avouons que ce trait vaut bien celui de Popilius. 

Après l’assassinat du duc d’Orléans, le duc de Bourgogne, maître de Paris, livrait aux bourreaux ceux des Armagnacs qui n’avaient pu s’échapper; une troupe de scélérats à ses ordres emprisonnait, forçait à des rançons, assassinait ceux qu’on n’osait ou qu’on ne daignait pas livrer à un supplice public. Le roi, la reine, le dauphin, Louis, gendre du duc de Bourgogne, étaient prisonniers et exposés à l’insolence des satellites bourguignons. Juvénal ose concevoir seul l’idée de les délivrer et de sauver l’État. Il était aimé du peuple, et surtout de celui de son quartier. Il sait à la fois relever leur courage, exciter leur zèle et le contenir; et cette révolution, faite par le peuple, s’exécute sans qu’il en coûte un seul homme. Peu de jours après, il sauve le roi que le duc de Bourgogne voulait enlever, sous prétexte de le mener à la chasse. Ainsi, au milieu d’un peuple révolté, de princes, de grands accompagnés de troupes armées, agités par l’ambition et par la haine, un seul homme rétablit la paix, et tout lui obéit sans qu’il ait d’autre force que celle que donne la vertu. 

Le dauphin, Louis, fut à la tête des affaires, et Juvénal devint son chancelier. On déclara la guerre au duc de Bourgogne, à qui Juvénal avait su la générosité de laisser la liberté lors du tumulte de Paris. On reprit sur lui tout le pays dont il s’était emparé depuis Compiègne jusqu’à Arras. Le roi fit en personne le siège de cette ville; et le duc de Bourgogne, battu en voulant la secourir, demanda la paix, en consentant de remettre Arras. Juvénal fit conclure cette paix. Ce fut le dernier service qu’il rendit à son pays. Il était chancelier du dauphin; on lui présenta des lettres qui contenaient des dons excessifs accordés par ce prince; il refusa de les sceller, et perdit sa place. 

Lors de la prise de Paris par le duc de Bourgogne, Juvénal était dans la ville, attaché au parti du roi contre la cabale du duc; il s’attendait à périr. Il était douteux même que le duc de Bourgogne, qui lui devait la vie, l’eût épargné. Jamais tyran peut-être n’a uni tant de fausseté, de noirceur, et de férocité; et il est difficile de supposer qu’un mouvement de vertu ait pu lui échapper. Mais Juvénal avait également sauvé Debar, l’un des généraux du duc de Bourgogne, le même qui avec Chatelus et L’Isle-Adam s’étaient rendus si célèbres par leurs pillages, leurs exactions, et leurs cruautés. Debar avertit Juvénal de se sauver. 

On ne parle plus de lui après cette époque. Ses services furent récompensés dans ses enfants. L’un fut chancelier; un autre, archevêque de Reims, a donné une histoire de ces temps malheureux, où il y a plus de patriotisme et moins de superstition qu’on ne devait en attendre. Il a le courage de louer son père de ce qu’il avait osé dire contre les prétentions du clergé. 

Cette famille est éteinte; les deux dernières héritières se sont alliées dans les maisons de Harville et de Saint-Chamans de Pesché. (K.) 

Note_12 Peu de jours avant l’assassinat du duc d’Orléans, le duc de Bourgogne lui avaient communié de la même hostie sur laquelle ils s’étaient juré une amitié éternelle. 

La mort de ce duc de Bourgogne, Jean, fut-elle l’effet d’une trahison, ou du hasard? 

Nous croyons la seconde opinion plus vraisemblable, et voici nos raisons: 

Charles VII a été un prince faible; mais on ne lui a reproché aucune action atroce. Le duc de Bourgogne s’était souillé de toutes les espèces de crimes. 

Il est donc plus naturel de soupçonner le duc d’avoir voulu se saisir du dauphin, que le dauphin d’avoir formé le complot de l’assassiner. 

Charles nia que le meurtre du duc de Bourgogne fût prémédité. Tannegui du Châtel fit faire la même déclaration sur sa foi de chevalier au fils et à la veuve du duc de Bourgogne. Il s’offrit à la maintenir par les armes contre deux chevaliers, et personne n’accepta le défi. Jamais ni un ni l’autre ne varièrent dans leurs déclarations. 

Parmi le grand nombre de chevaliers attachés au duc de Bourgogne, aucun n’osa entreprendre de le venger; et il est bien vraisemblable que c’était non par lâcheté, mais d’après l’idée superstitieuse qui faisait croire que Dieu accordait la victoire à la cause de la vérité. 

Le duc de Bourgogne avait cependant avoué hautement l’assassinat du duc d’Orléans; il avait fait soutenir par le cordelier Jean Petit que c’était une bonne action. 

Pourquoi, si le dauphin eût vengé ce crime par un crime semblable, n’eût-il pas avoué qu’il avait traité le duc de Bourgogne suivant ses propres principes? Tannegui du Châtel était un homme d’une grande générosité. Charles VII fut obligé de le sacrifier au connétable de Richemont. Tannegui se retira dans la ville d’Avignon sans se plaindre, après avoir même exhorté le roi à faire à ses dépens cette réconciliation nécessaire. Dans ce temps de barbarie, un homme de ce caractère pouvait tramer un assassinat; mais il n’est pas vraisemblable qu’il l’eût nié. Au contraire, il eût mis de la hauteur à s’en charger pour disculper le dauphin. Attaché au duc d’Orléans, assassiné par Jean de Bourgogne, il eût déclaré qu’il avait vengé son ami. 

On a prétendu que Tannegui s’était vanté de ce meurtre, qu’il portait la hache avec laquelle il avait frappé le duc. Mais ou la pièce qui rapporte ce fait ne regarde pas du Châtel, ou elle n’est digne d’aucune créance. Tannegui du Châtel, qui avait, en 1404, fait une descente en Angleterre, à la tête de quatre cents gentilshommes, pour venger la mort de son frère, qui, la même année, en repoussant les Anglais qui étaient venus à leur tour en Bretagne, avait tué leur général de sa main, peut-il être désigné, vers 1420, comme un bâtard naguère varlet de cuisine et de chevaux à Paris?

On a compté la dame de Gyac, maîtresse du duc de Bourgogne, parmi les complices, parce qu’après la mort du duc, elle se retira dans les terres du dauphin, pour échapper à la vengeance de la duchesse. Cette accusation n’est-elle pas absurde? Que pouvait offrir le dauphin à cette femme, pour la dédommager de ce qu’il lui faisait perdre? 

La dame de Gyac avait conseillé au duc de Bourgogne d’accepter la conférence de Montereau; c’en était assez pour que la duchesse la crût coupable mais cela ne prouve rien contre elle. 

On a instruit une espèce de procès contre les meurtrier, devant qui? devant les officiers de la maison du duc de Bourgogne: qui a-t-on entendu? 

1° Trois des dix seigneurs qui l’ont accompagné; et de ces trois, deux disent ne pas savoir comment la chose s’est passée. Un seul dit avoir vu frapper le duc par du Châtel; mais aucun des trois ne parle des circonstances qui ont pu occasionner le tumulte. 

2° Seguinat, secrétaire du duc, longtemps retenu à Bourges par le dauphin comme prisonnier; il était entré dans les barrières: son récit est très détaillé, et il est le seul qui charge le dauphin. 

3° Deux écuyers du sire de Noailles de la maison de Foix; ces écuyers n’ont rien vu, mais ils déposent ce qu’ils ont entendu dire au sire de Noailles, qui, blessé en même temps que le duc, mourut trois jours après. Cette déposition n’est pas faite comme les autres devant une espèce de tribunal; c’est une simple déclaration par-devant notaire; déclaration écrite en latin; tandis que les autres sont en français, ce qui prouve qu’elle n’a pas été dictée par les deux écuyers. Pourquoi, au lieu de ces discours tenus à ces écuyers, n’a-t-on pas son testament de mort? S’il existe, est-il conforme à la déclaration des deux écuyers? 

Le dauphin et le duc devaient être accompagnés chacun de dix personnes; le dauphin était faible, peu accoutumé aux armes; le duc de Bourgogne était très fort, cependant le dauphin mena avec lui, parmi les dix, trois hommes de robe sans armes. Ce serait la première fois que dans un assassinat prémédité on aurait pris volontairement des gens inutiles. 

Le duc Philippe voulait faire périr sur un échafaud les meurtriers de son père; le roi d’Angleterre, Henri V, avait entre ses mains Barbasan et Tannegui du Châtel, les deux hommes que la faction bourguignonne haïssait le plus; jamais il ne voulut consentir à les livrer au duc, et il les relâcha, quoi que les meurtriers du duc de Bourgogne fussent exceptés de toute capitulation. Henri V était fourbe et féroce; il avait besoin du duc de Bourgogne; il fallait donc que lui et les Anglais qui l’accompagnaient fussent bien convaincus de l’innocence de ces deux hommes. 

Charles, dus de Bourbon, gendre du duc, était avec lui; il suivit le dauphin, et combattit pour lui dans la même année en Languedoc, où il prit Béziers. Est-il vraisemblable qu’il eût tenu cette conduite, s’il eût vu le dauphin faire assassiner son beau-père sous ses yeux? 

Les partisans du dauphin ont prétendu que le duc de Bourgogne ayant proposé au dauphin de venir vers son père, et que le dauphin l’ayant refusé, après quelques discours le sire de Noailles saisit le dauphin et mit la main sur son épée; qu’alors Tannegui emporta le dauphin dans ses bras et lui sauva une seconde fois la liberté et la vie (car ce fut lui qui, lorsque le duc de Bourgogne entra dans Paris et fit le massacre des Armagnacs, prit le dauphin dans son lit et l’emporta sur son cheval à Vincennes); que les autres suivants du dauphin se retirèrent, excepté quatre qui tuèrent le duc de Bourgogne et le sire de Noailles. Ce récit est beaucoup plus vraisemblable que ceux de la faction bourguignonne. 

De ces quatre, trois avouèrent qu’ils avaient tué le duc de Bourgogne, parce qu’ils avaient vu qu’il voulait faire violence au dauphin. Un d’eux, ancien domestique du duc d’Orléans, se vantait d’avoir coupé la main du duc Jean, comme il avait coupé celle de son maître. Le quatrième avoua qu’il avait tué le sire de Noailles, parce qu’il lui avait vu tirer à demi son épée. Voyez l’Histoire de Charles VI, par Juvénal des Ursins. 

Nous croyons donc que l’on doit regarder le dauphin et Tannegui du Châtel comme absolument innocents, non seulement de l’assassinat prémédité, mais même du meurtre du duc Jean; qu’il n’y eut rien de prémédité dans cet assassinat, qui n’eut pour cause que l’imprudente trahison du duc de Bourgogne, qui voulait profiter de la faiblesse du dauphin pour le forcer de le suivre, et la haine violente que lui portaient d’anciens serviteurs du duc d’Orléans qui saisirent ce prétexte pour le tuer. 

Nos historiens ont presque tous accusé le dauphin, et du Châtel, parce que, si on excepte Juvénal des Ursins, tous les historiens du temps étaient ou sujets ou partisans de la maison de Bourgogne. 

Voyez dans les Essais historiques sur Paris, par M. de Saint-Foix; une dissertation très intéressante sur ce point de notre histoire. (K.) 

Note_13 L’archevêque de Reims, des Ursins, l’avoue dans son histoire. Voyez le chap. vi de l’Histoire du parlement de Paris.

Note_14 On l’attribue plus généralement à Salvino degli Armati. 

Note_15 Ou plutôt vers le xive siècle. 

Note_16 Chap. lxxx. 

Note_17 Voltaire désigne ici les moines de l’abbaye de Cherzel et les chanoines du chapitre noble de Saint-Claude. 

Note_18 Vers des Lois de Minos, acte iii, scène v. 

Note_19 Chap. lxxvi. 

Note_20 Chap. lviii. 

Note_21 Chap. lxxvi. 

Note_22 Chap. lxxii. 

Note_23 Chap.vi. 

Note_24 Chap. lx. 

Note_25 Chap.lxxxvi.