OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE
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POÉSIES MÊLÉES
261 A 309.
Notices
bibliographiques.
261. REMERCIEMENT D’UN JANSÉNISTE
AU SAINT DIACRE FRANÇOIS
DE PÂRIS.
Dans un recueil divin par Montgeron(55)
formé,
Jadis le pieux La Blétrie
Attesta que la toux d’un saint prêtre enrhumé
Par le bienheureux diacre en trois mois fut guérie.
L’espoir d’un vain fauteuil d’académicien
A ce traître depuis fit accepter la bulle(56);
Tu punis l’apostat, saint diacre, et tu fis bien.
Chez le dévot, chez l’incrédule
Il n’est qu’un renégat méprisé de
tous deux;
Chez les grands il rampe et mendie;
Il transforme Tacite en un cuistre ennuyeux,
Et n’est point de l’Académie.. |
262. LA CHARITÉ MAL REÇUE.
.Un mendiant poussait des cris perçants;
Choiseul le plaint, et quelque argent lui donne.
Le drôle alors insulte les passants;
Choiseul est juste: aux coups il l’abandonne.
Cher La Blétrie, apaise ton courroux;
Reçois l’aumône, et souffre en paix les
coups(57). |
263. A UNE JEUNE DAME DE GENÈVE,
QUI AVAIT CHANTÉ DANS
UN REPAS(58).
.Que j’ai goûté le plaisir de l’entendre!
Que j’ai senti le danger de la voir!
Dans tous ses traits l’Amour mit son pouvoir;
Même on m’a dit qu’il lui fit un coeur tendre:
Je suis venu trop tard pour y prétendre,
Mais assez tôt pour l’aimer sans espoir. |
264. A MADAME DU BOCAGE,
QUI AVAIT ADRESSÉ A L’AUTEUR
UN COMPLIMENT EN VERS,
A L’OCCASION DE SA FÊTE.
(1768)
.Qui parle ainsi de saint François?
Je crois reconnaître la sainte
Qui de ma retraite autrefois
Visita la petite enceinte.
Je crus avoir sainte Vénus,
Sainte Pallas, dans mon village:
Aisément je les reconnus,
Car c’était sainte du Bocage.
L’Amour même aujourd’hui se plaint
Que, dans mon coeur étant fêtée,
Elle ne fut que respectée:
Ah! que je suis un pauvre saint! |
265. PORTRAIT DE Mme DE SAINT-JULIEN.
L’esprit, l’imagination,
Les grâces, la philosophie,
L’amour du vrai, le goût du bon,
Avec un peu de fantaisie;
Assez solide en amitié,
Dans tout le reste un peu légère
Voilà, je crois, sans vous déplaire,
Votre portrait fait à moitié.. |
266. ÉPITAPHE DU PAPE
CLÉMENT XIII.
(1769)
.Ci-gît des vrais croyants le mufti téméraire,
Et de tous les Bourbons l’ennemi déclaré(59);
De Jésus sur la terre il s’est dit le vicaire;
Je le crois aujourd’hui mal avec son curé. |
267. A Mme LA COMTESSE DE B***(60).
A quoi peut-on servir sur la fin de sa vie?
Ah! croyez-moi, choisissez mieux
Sans doute un vieil aveugle ennuie,
C’est un aveugle enfant qu’il faut à vos beaux
yeux.. |
268. A MONSIEUR ***.
Beau rossignol de la belle Italie,
Votre sonnet cajole un vieux hibou,
Au mont Jura retiré dans un trou,
Sans voix, sans plume, et surtout sans génie.
Il veut quitter son pays morfondu;
Auprès de vous, à Naple il va se rendre:
S’il peut vous voir, et s’il peut vous entendre,
Il reprendra tout ce qu’il a perdu.. |
269. SUR UN RELIQUAIRE.
Ami, la Superstition
Fit ce présent à la Sottise:
Ne le dis pas à la Raison;
Ménageons l’honneur de l’Église.. |
270. A MONSIEUR ***,
SUR L’IMPÉRATRICE DE
RUSSIE(61).
Tu cherches sur la terre un vrai héros, un sage,
Qui méprise les sots et leur fasse du bien,
Qui parle avec esprit, qui pense avec courage:
Va trouver Catherine, et ne cherche plus rien. |
271. A MADAME DE ***,
QUI AVAIT FAIT PRÉSENT
D’UN ROSIER A L’AUTEUR.
Vous embellissez la retraite
Où, loin des sots et de leur bruit,
Dans le sein d’une étude abstraite,
De la paix je goûte le fruit.
C’est par vos bienfaits qu’il arrive
Que le plus charmant arbrisseau
Au verger que ma main cultive
Va prêter un éclat nouveau:
De ce don mon âme est touchée.
Ainsi, dans l’âge heureux d’Astrée,
La main brillante des talents,
En dépit des traits de l’envie,
Sur les épines de la vie
Sema les roses du printemps.. |
272. SUR CATHERINE II.
Ses bontés font ma gloire, et causent mon regret;
Elle daigne à mes vers accorder son suffrage:
Si j’étais né plus tard, elle en serait
l’objet;
Je réussirais davantage. |
273. A M. LE CHANCELIER DE MAUPEOU.(62)
(1771)
Je veux bien croire à ces prodiges
Que la fable vient nous conter;
A ces héros, à leurs prestiges,
Qu’on ne cesse de nous citer;
Je veux bien croire à ce fier Diomède
Qui ravit le palladium;
Aux généreux travaux de l’amant d’Andromède;
A tous ces fous qui bloquaient Ilium;
De tels contes pourtant ne sont crus de personne:
Mais que Maupeou tout seul du dédale des lois
Ait su retirer la couronne,
Qu’il l’ait seul rapportée au palais de nos rois;
Voilà ce que je sais, voilà ce qui m’étonne.
J’avoue avec l’antiquité
Que ses héros sont admirables
Mais par malheur ce sont des fables;
Et c’est ici la vérité(63). |
274. SUR Mme LA MARQUISE DE MONTFERRAT,
ASSISE A TABLE ENTRE UN JÉSUITE
ET UN MINISTRE PROTESTANT.
Les malins qu’Ignace engendra,
Les raisonneurs de jansénistes,
Et leurs cousins les calvinistes,
Se disputent à qui l’aura.
Les Grâces, dont elle est l’ouvrage,
Ont dit: « Elle est notre partage,
C’est à nous qu’elle restera. » |
275. A M. LE PRÉSIDENT
DE FLEURIEU,
QUI REPROCHAIT A L’AUTEUR DE
N’AVOIR PAS RÉPONDU
A L’UNE DE SES LETTRES, ET N’AVOIR
ÉCRIT A SON FILS, M. DE LA TOURETTE.
Également à tous je m’intéresse;
Je vois partout les vertus, les talents.
Que l’on écrive au père, à la mère,
aux enfants,
C’est au mérite qu’est l’adresse.. |
276. AU LANDGRAVE DE HESSE(64),
AU NOM D’UNE DAME A QUI CE PRINCE
AVAIT DONNÉ
UNE BOÎTE ORNÉE
DE SON PORTRAIT.
J’ai baisé ce portrait charmant,
Je vous l’avouerai sans mystère:
Mes filles en ont fait autant;
Mais c’est un secret qu’il faut taire:
Une fille dit rarement
Ce qu’elle fit, ou voulut faire.
Vous trouverez bon qu’une mère
Vous parle un peu plus hardiment;
Et vous verrez qu’également
En tous les temps vous savez plaire.. |
277. A MONSIEUR ***,
OFFICIER RUSSE QUI AVAIT SERVI
CONTRE LES TURCS,
SUR UN PRÉSENT QUE LUI
AVAIT FAIT L’IMPÉRATRICE DE RUSSIE.
Reçois de cette amazone
Le noble prix de tes combats;
C’est Vénus qui te le donne,
Sous la figure de Pallas. |
278. IMPROMPTU
FAIT DEVANT UN RIGORISTE
QUI PARLAIT DE VERTU AVEC UN
PEU DE PÉDANTERIE.
Le dieu des dieux assez mal raisonna
Lorsqu’à Vénus le bonhomme ordonna
D’être à jamais de grâces entourée
C’est à Minerve, et pédante et sucrée,
Que ces conseils devaient être adressés.
Écoutez bien, gens à morale austère
Sans nos avis la beauté songe à plaire,
Et la vertu n’y songe pas assez.. |
279. A MADEMOISELLE CLAIRON.
(1772)
Les talents, l’esprit, le génie,
Chez Clairon sont très assidus;
Car chacun aime sa patrie.
Chez elle ils se sont tous rendus
Pour célébrer certaine orgie(65)
Dont je suis encor tout confus.
Les plus beaux moments de ma vie
Sont donc ceux que je n’ai point vus!
Vous avez orné mon image
Des lauriers qui croissent chez vous:
Ma gloire, en dépit des jaloux,
Fut en tous les temps votre ouvrage.. |
280. A MONSIEUR ***(66).
Croyez-moi, je renonce à toutes les chimères
Qui m’ont pu séduire autrefois.
Les faveurs du public, et les faveurs des rois,
Aujourd’hui ne me touchent guères.
Le fantôme brillant de l’immortalité
Ne se présente plus à ma vue éblouie.
Je jouis du présent, j’achève on paix ma
vie
Dans le sein de la liberté;
Je l’adorai toujours, et lui fus infidèle.
J’ai bien réparé mon erreur;
Je ne connais le vrai bonheur
Que du jour que je vis pour elle. |
281. A MME LA COMTESSE DE BRIONNE(67),
QUE L’AUTEUR RECONDUISAIT A
GENÈVE.
Oui, vous avez raison, j’applaudis à vos yeux:
J’en suis plus satisfait cent fois que vous ne l’êtes.
Je vous vois, il suffit: un autre fera mieux.
Je voudrais voir ce que vous faites.. |
282. QUATRAIN(68)
ÉCRIT AU CRAYON CHEZ
MADAME MALLET,
DE FERNEY, AU BAS D’UN PORTRAIT
QUE LA NIÈCE DE CETTE DAME
ENVOYAIT A SA FAMILLE.
Si le Sort injuste et jaloux
Condamne votre Adèle aux tourments de l’absence,
Tous ses traits vous diront que, malgré la distance,
Son coeur est au milieu de vous(69).. |
283. SUR LA DESTRUCTION DES JÉSUITES
EN 1773.
C’en est donc fait, Ignace, un moine(70)
vous condamne:
C’est le lion qui meurt d’un coup de pied de l’âne.. |
284. A M. GUÉNEAU DE MONTBELLIARD(71).
Dans le séjour d’Euclide, un compagnon d’Horace,
Par des vers délicats, pleins d’esprit et de grâce,
Veut en vain ranimer mes esprits languissants:
Ma muse eut quelque feu, l’âge vient la morfondre.
Que votre épouse et vous me prêtent leurs
talents,
Alors je pourrai vous répondre(72).. |
285. IMPROMPTU
ÉCRIT DE GENÈVE
A MESSIEURS MES ENNEMIS,
AU SUJET DE MON PORTRAIT EN
APOLLON(73)(1774)
Oui, messieurs, c’est ma fantaisie
De me voir peint en Apollon;
Je conçois votre jalousie,
Mais vous vous plaignez sans raison
Si mon peintre, par aventure,
Tenté d’égayer son pinceau,
En Silène eût mis ma figure,
Vous auriez tous place au tableau:
Messieurs, vous seriez ma monture(74).. |
286. SUR L’ESTAMPE(75)
|
MISE PAR LE LIBRAIRE LE
JAY A LA TÊTE D’UN COMMENTAIRE SUR LA HENRIADE, OU LE PORTRAIT DE
VOLTAIRE EST ENTRE CEUX DE LA BEAUMELLE ET DE FRÉRON. (1774)
|
Le Jay vient de mettre Voltaire
Entre La Beaumelle et Fréron:
Ce serait vraiment un Calvaire,
S’il s’y trouvait un bon larron(76).. |
287. A MONSIEUR DECROIX(77),
SUR DES VERS PRÉSENTÉS
LE JOUR DE SAINT FRANÇOIS.
Pourquoi vous plaisez-vous, avec ce doux langage,
A me reprocher mon patron?
Ne me raillez pas davantage,
Monsieur, et gardez son cordon. |
288. A M. LE CHEVALIER DE CHASTELLUX,(78)
QUI AVAIT ENVOYÉ A L’AUTEUR
SON DISCOURS DE RÉCEPTION
A L’ACADEMIE FRANÇAISE,
LEQUEL TRAITAIT DU GOÛT.
(1775)
Dans ma jeunesse, avec caprice,
Ayant voulu tâter de tout,
Je bâtis un Temple du Goût;
Mais c’était un mince édifice.
Vous en élevez un plus beau;
Vous y logez auprès du maître:
Et le Goût est un dieu nouveau
Qui vous a nommé son grand-prêtre.. |
289. IMPROMPTU SUR M. TURGOT.
Je crois en Turgot fermement:
Je ne sais pas ce qu’il veut faire,
Mais je sais que c’est le contraire
De ce qu’on fit jusqu’à présent.. |
290. A M. LE PRINCE DE BELOSELSKI(79).
(1775)
Dans des climats glacés Ovide vit un jour
Une fille du tendre Orphée;
D’un beau feu leur âme échauffée
Fit des chansons, des vers, et surtout fit l’amour.
Les dieux bénirent leur tendresse,
Il en naquit un fils orné de leurs talents;
Vous en êtes issu: connaissez vos parents,
Et tous vos titres de noblesse(80). |
291. RÉPONSE A MADEMOISELLE
***,
DE PLAISANCE (DÉPARTEMENT
DU GERS), ÂGÉE DE ONZE ANS.
(1775)
A l’âge de douze ans faire d’aussi beaux vers
Pour un vieillard octogénaire,
C’est lui donner, Églé, le plus charmant
salaire
Que puissent briguer ses concerts.
Je crois votre estime sincère;
Mais quittez les moutons, les bois, et la fougère;
Allez sur des bords plus heureux
Charmer les beaux esprits, et captiver les dieux:
Quand on a vos talents on naquit pour leur plaire(81). |
292. A M. L’ABBÉ DELILLE(82).
Vous n’êtes point savant en us;
D’un Français vous avez la grâce;
Vos vers sont de Virgilius,
Et vos épîtres sont d’Horace.. |
293. A MONSIEUR LEKAIN(83).
Acteur sublime, et soutien de la scène,
Quoi! vous quittez votre brillante cour,
Votre Paris, embelli par sa reine!
De nos beaux-arts la jeune souveraine(84)
Vous fait partir pour mon triste séjour!
On m’a conté que souvent elle-même,
Se dérobant à la grandeur suprême,
Sèche en secret les pleurs des malheureux:
Son moindre charme est, dit-on, d’être belle.
Ah! laissons là les héros fabuleux:
Il faut du vrai, ne parlons plus que d’elle.. |
294. A MADAME DE FLORIAN(85),
QUI VOULAIT QUE L’AUTEUR VÉCUT
LONGTEMPS.
(Septembre 1776.)
Vous voulez arrêter mon âme fugitive:
Ah! madame, je le vois bien,
De tout ce qu’on possède on ne veut perdre rien;
On veut que son esclave vive |
295. VERS AU CHEVALIER DE RIVAROL.
(1777)
En vain ma muse surannée
Voudrait, ainsi que vous, rimer des vers aisés;
Je sens que ma force est bornée,
Ma chaleur est éteinte, et mes sens sont usés:
Mais vous brillez à votre aurore;
Vous êtes l’ami des neuf Soeurs,
Et je vois vos talents éclore
Avec les plus belles couleurs.
Seize lustres brisent mon être;
Je respire avec peine l’air;
Mais vous commencez à paraître,
Et l’on voit le printemps renaître
Des tristes débris de l’hiver.. |
296. A MONSIEUR LE PRINCE DE
LIGNE(86).
Sous un vieux chêne un vieux hibou
Prétendait aux dons du génie;
Il fredonnait dans son vieux trou
Quelques vieux airs sans harmonie:
Un charmant cygne, au cou d’argent,
Aux sons remplis de mélodie,
Se fit entendre au chat-huant,
Et le triste oiseau sur-le-champ
Mourut, dit-on, de jalousie.
Non, beau cygne, c’est trop mentir,
Il n’avait pas tant de faiblesse
Il eût expiré de plaisir,
Si ce n’eût été de vieillesse.. |
297. A MONSIEUR NECKER,
DIRECTEUR GÉNÉRAL
DES FINANCES.
(1777)
On vous damne comme hérétique;
On vous damne bien autrement
Pour votre plan économique,
Fruit du génie et du talent:
Mais ne perdez point l’espérance.
Allez toujours à votre but
En réformant notre finance.
On ne peut manquer son salut
Quand on fait celui de la France.. |
298. A M. D’HERMENCHES(87),
BARON DE CONSTANT, ETC.,
|
QUI AVAIT JOUÉ LA
COMÉDIE A FERNEY, ET CHANTÉ DES COUPLETS A LA LOUANGE
DE L’AUTEUR, SUR L’AIR: VIVE LA SORCELLERIE! A LA SUITE D’UNE PETITE PIÈCE
OU IL FAISAIT LE RÔLE D’UN MAGICIEN.
|
De nos hameaux vous êtes l’enchanteur;
De mes écrits vous voilez la faiblesse;
Vous y mettez, par un art séducteur,
Ce qu’ils n’ont point, la grâce, la noblesse.
C’est bien raison qu’un sorcier si flatteur
Pour son épouse ait une enchanteresse.. |
299. A MADAME DE SAINT-JULIEN.
Dans un désert un vieux hibou
Tombait sous le fardeau de l’âge:
Un serin fit près de son trou
Briller sa voix et son plumage.
Que faites-vous, serin charmant?
Pourquoi prodiguer vos merveilles,
Sans pouvoir à ce chat-huant
Rendre des yeux et des oreilles?. |
300. A MADAME DENIS(88).
Si par hasard, pour argent ou pour or(89),
A vos boutons vous trouviez un remède,
Peut-être vous seriez moins laide;
Mais vous seriez bien laide encor. |
301. A MONSIEUR ***.
Je le ferai bientôt ce voyage éternel
Dont on ne revient point au séjour de la vie:
En vain vous prétendez que le Dieu d’Israël
Daignera me prêter, comme au bonhomme Élie,
Un beau cabriolet des remises du ciel,
Avec quatre chevaux de sa grande écurie;
Dieu fait depuis ce temps moins de cérémonie:
Le luxe était permis dans le Vieux Testament;
De la nouvelle Loi la rigueur le condamne;
Tout change sur la terre et dans le firmament:
Élie eut un carrosse, et Jésus n’eut qu’un
âne.. |
302. SUR LE MARIAGE
DE M. LE MARQUIS DE VILLETTE.
(1777)
Il est vrai que le dieu d’amour,
Fatigué du plaisir volage,
Loin de la ville et de la cour,
Dans nos champs a fait un voyage.
Je l’ai vu, ce dieu séducteur:
Il courait après le bonheur,
Il ne l’a trouvé qu’au village.. |
303. A MONSIEUR PIGALLE,
SCULPTEUR, CHARGÉ PAR
LE ROI DE FAIRE LES STATUES
DU MARÉCHAL DE SAXE ET
DE VOLTAIRE.
Le roi connaît votre talent:
Dans le petit et dans le grand
Vous produisez oeuvre parfaite:
Aujourd’hui, contraste nouveau,
Il veut que votre heureux ciseau
Du héros descende au trompette(90). |
304. A MADAME DU DEFFANT,
POUR S’EXCUSER DE NE POUVOIR
ALLER AVEC ELLE VOIR L’OPÉRA
DE ROLAND.
(Février 1778)(91)
De ce Roland que l’on nous vante
Je ne puis avec vous aller, ô du Deffand,
Savourer la musique et douce et ravissante.
Si Tronchin le permet, Quinault me le défend(92). |
305. A MADAME HÉBERT(93).
(1778)
Je perdais tout mon sang, vous l’avez conservé;
Mes yeux étaient éteints, et je vous dois
la vue.
Si vous m’avez deux fois sauvé,
Grâce ne vous soit point rendue;
Vous en faites autant pour la foule inconnue
De cent mortels infortunés;
Vos soins sont votre récompense:
Doit-on de la reconnaissance
Pour les plaisirs que vous prenez?. |
306. A M. LE MARQUIS DE SAINT-MARC,
SUR LES VERS QU’IL FIT PRONONCER
LORS DU COURONNEMENT
DE L’AUTEUR AU THÉÂTRE-FRANÇAIS(94).
Vous daignez couronner, aux jeux de Melpomène,
D’un vieillard affaibli les efforts impuissants:
Ces lauriers, dont vos mains couvraient mes cheveux blancs,
Étaient nés dans votre domaine.
On sait que de son bien tout mortel est jaloux:
Chacun garde pour soi ce que le ciel lui donne:
Le Parnasse n’a vu que vous
Qui sût partager sa couronne.. |
307. A MONSIEUR GRÉTRY,
|
SUR SON OPÉRA DU
JUGEMENT
DE MIDAS, REPRÉSENTÉ SANS SUCCÈS DEVANT UNE NOMBREUSE
ASSEMBLÉE DE GRANDS SEIGNEURS, ET TRÈS APPLAUDI QUELQUES
JOURS APRÈS SUR LE THÉÂTRE DE PARIS.
|
La cour a dénigré tes chants,
Dont Paris a dit des merveilles.
Hélas! les oreilles des grands(95)
Sont souvent de grandes oreilles. |
308. ÉPITAPHE DE M. JAYEZ,
MINISTRE DE L’ÉVANGILE
A NOYON,
DE MANDÉE PAR SA VEUVE
A VOLTAIRE. (1778)
Sans superstition ministre des autels,
Il fut plus citoyen que prêtre:
Il instruisait, aimait, soulageait les mortels,
Et fut digne de Dieu, si quelqu’un le peut être. |
309. ADIEUX A LA VIE.
(1778)
Adieu; je vais dans ce pays
D’où ne revint point feu mon père:
Pour jamais adieu, mes amis,
Qui ne me regretterez guère.
Vous en rirez, mes ennemis;
C’est le requiem ordinaire.
Vous en tâterez quelque jour;
Et lorsqu’aux ténébreux rivages
Vous irez trouver vos ouvrages,
Vous ferez rire à votre tour.
Quand sur la scène de ce monde
Chaque homme a joué son rôlet,
En partant il est à la ronde
Reconduit à coups de sifflet.
Dans leur dernière maladie
J’ai vu des gens de tous états,
Vieux évêques, vieux magistrats,
Vieux courtisans à l’agonie
Vainement en cérémonie
Avec sa clochette arrivait
L’attirail de la sacristie;
Le curé vainement oignait
Notre vieille âme à sa sortie;
Le public malin s’en moquait;
La satire un moment parlait
Des ridicules de sa vie;
Puis à jamais on l’oubliait;
Ainsi la farce était finie.
Le purgatoire ou le néant
Terminait cette comédie.
Petits papillons d’un moment,
Invisibles marionnettes,
Qui volez si rapidement
De polichinelle au néant,
Dites-moi donc ce que vous êtes.
Au terme où je suis parvenu,
Quel mortel est le moins à plaindre?
C’est celui qui ne sait rien craindre,
Qui vit et qui meurt inconnu. |
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