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Note_1 Femme de l’avocat qui prit en main la défense des Calas. Note_3 Son château était à Mont-Rouge. voyez encore, dans la Correspondance, la lettre de Voltaire au duc, de cette même année. Note_4 Cette épître fut adressée à Mlle Clairon en juillet 1765; voyez la lettre du 23 juillet. Note_5
Voltaire avait déjà dit, dans une
première épître à Mlle Clairon:
Voyez l’épître xci. Note_6 L’Électre de Crébillon, dans laquelle on condamnait surtout la partie carrée d’Électre avec Itys et d’Iphianasse avec Tydée. (B.) Note_7 La foi, en poésie, signifie la bonne foi. (Note de Voltaire; 1765.) Note_8 La Fontaine, dons son prologue de Belphégor, dédié à Mme Champmêlé, fameuse actrice pour son temps. La déclamation était alors une espèce de chant. Lamotte a fait des stances pour Mlle Duclos, dans lesquelles il la loue d’imiter la Champmêlé: et ni l’une ni l’autre ne devaient être imitées. On est tombé depuis dans un autre défaut beaucoup plus grand: c’est un familier excessif et ridicule, qui donne à un héros le ton d’un bourgeois. Le naturel dans la tragédie doit toujours se ressentir de la grandeur du sujet, et ne s’avilir jamais par la familiarité. Baron, qui avait un jeu si naturel et si vrai, ne tomba jamais dans cette bassesse. (Note de Voltaire; 1765.) Note_9 Lambert, auteur de quelques airs insipides, très célèbre avant Lulli. (Note de Voltaire; 1765.) Note_10 Le siècle de Louis XIV. Voltaire avait vingt et un ans à la mort de ce prince. Note_11 Mlle Clairon venait de quitter le théâtre, et avait été passer quelque temps à Ferney. (K.) Note_12 Le dauphin, père de Louis XVI, Louis XVIII, et Charles X, est mort le 20 décembre 1765. L’Épître à Henri IV est de janvier 1766; elle est imprimée dans le Journal encyclopédique du 1er février, sauf quelques vers que supprimèrent les éditeurs. Les vers supprimés sont les 3e, 4e, 18e, 19e, 20e, 21e, la fin du 25e, et le 26e. (B.) Note_13 Variante: « Henri, tous nos Français. » Note_14 Variante: « Nous t’implorons encor. »
¾ Voltaire n’avait fait les vers 2, 3, et 4 de cette variante que pour ne se brouiller ni avec sainte Geneviève, ni avec ses moines; voyez la lettre à Damilaville, du 6 janvier 1766. (B.) Note_16 Variante: « Ma voix pourrait percer. » Note_17 Variante: «Des ordres du destin. » Note_18 Variante: «Nos offrandes, nos voeux, nos autels. » Note_19 Variante: «Et la mère commune. » Note_20 Variante: « Quel funeste succès assure sa mémoire. » Note_21 C’était le fils de la marquise de Boufflers, maîtresse de Stanislas. Il avait alors vingt-neuf ans. Note_22 Boufflers a écrit des lettres sur la Suisse et des petits contes, tels que Aline, reine de Golconde. Note_23 Agé de quinze ou seize ans. Il venait de publier un Recueil de poésies, qu’il avait envoyé à Voltaire. Note_24 Chabanon avait alors trente-six ans. Note_25 Mme de Saint-Julien, née de La Tour-du-Pin de Charce, est morte le 9 mai 1820. Cette épître a toujours été imprimée sans date, et placée parmi celles de 1772. Je la crois de 1766, et antérieure à la lettre du 14 septembre 1766, où Voltaire parle d’un voyage que cette dame avait fait à Ferney. (B.) Note_26 Mme de Saint-Julien aimait beaucoup la chasse. Note_27 Les doyens de l’Académie française, en 1761, étaient le maréchal de Richelieu, reçu en 1720, et MM. d’Olivet et Hénault, reçus en 1723. Note_28 M. le duc de Choiseul. Note_29 Une compagnie de Nantes venait de mettre en mer un beau vaisseau qu’elle a nommé le Voltaire. (Note de Voltaire; 1768.) ¾ Cette épître
doit être de juin 1768; les Mémoires secrets en parlent
dès le 12 juillet. On en imprima des fragments dans le Mercure
de 1768, tome second de juillet, pages 5-8. Fréron (Année
littéraire, 1769, t. IV, p. 259) dit qu’un négociant
de Nantes ayant donné à l’un de ses bâtiments le nom
de Jean-Jacques, un autre négociant (M. de Montaudoin) appela
Voltaire un de ses vaisseaux; mais il ajoute (t. VI, p. 243) que
le Voltaire n’était qu’un petit bâtiment. Piron dit
gaiement:
Dans le Mercure de septembre 1768, pages 57-59, on trouve des Vers à M. de Voltaire sur le vaisseau qui porte son nom. (B.) Note_30 M. le comte d’Aranda. (Note de Voltaire; 1768.) Note_31 1768, trois volumes in-12. Note_32 Voltaire parle de cette épître dans sa lettre à d’Argental du 12 mars 1769. Clément de Dijon y répondit par une pièce intitulée Boileau à Voltaire. C’est à cette réponse que Voltaire fait allusion dans le quatrième vers de son Épître à Horace (épître cxiv.) L’Épître à Boileau, l’Épître à l’auteur du livre des Trois Imposteurs, qui suit, et l’Épître à Saint-Lambert, cv, furent réunies et intitulées les Trois Épîtres: il paraît qu’une édition fautive en fut donnée à Paris. C’est sous le même titre qu’elles sont à la fin du tome VI de l’Évangile du jour. Dans cette réimpression une note fut ajoutée à l’Épître à Saint-Lambert. (B.) Note_33
Note de Voltaire;
1769:
¾ Les deux vers que Voltaire cite dans cette note sont les premiers de l’épître xi de Boileau à son jardinier; et, en les citant, Voltaire a sans doute voulu faire voir que ce n’était pas lui qui avait pris la licence d’écrire chèvre-feuil. (B.) Note_34 Boileau a dit quelque part: M. Dongois, mon illustre neveu. C’était un greffier du parlement, qui demeurait dans la cour du Palais avec toute la famille de Boileau. (Note de Voltaire; 1771.) Note_35 L’hôtel Rambouillet se déchaîna longtemps contre Boileau, qui avait accablé dans ses satires Chapelain, très estimé et très recherché dans cette maison, mauvais poète, à la vérité, mais homme fort savant, et, ce qui est étonnant, bon critique; Cotin, non moins plat poète, et de plus plat prédicateur, mais homme de lettres et aimable dans la société; d’autres encore, dont aucun ne lui avait donné le moindre sujet de plainte. Il n’en est pas de même de notre auteur: il n’a jamais rendu ridicules que ceux qui l’ont attaqué; et en cela il a très bien fait, et nous l’exhortons à continuer. (Note de Voltaire; 1773.) Note_36 Ce vers est déjà dans le Temple du Goût; Voyez tome VIII, page 578.
Note_38 L’abbé Terrasson, traducteur de Diodore de Sicile, philosophe et savant, mais entêté du système de Law. Il fit imprimer, le 21 juin 1720, une brochure dans laquelle il démontrait que les billets de banque étaient forts préférables à l’argent, parce que le billet avait un prix invariable. Les colporteurs qui débitaient sa brochure criaient en même temps un arrêt qui réduisait les billets à moitié. Il fut ruiné par ce système même qu’il avait tant prêché. Ce fut lui qui, dans le temps où l’on remboursait en papier toutes les rentes, proposa à Law de rembourser la religion catholique. Law lui répondit que l’Église n’était pas si sotte, et qu’il lui fallait de l’argent comptant. (Note de Voltaire; 1773.) Note_39 Variante: « ... La triste arithmétique. » Note_40 Louis Racine, fils du grand Racine. (Note de Voltaire; 1773.) Note_41 Guyon, auteur de plusieurs livres, comme de l’Oracle des philosophes. Fréron est connu; Nonotte est, ainsi que Fréron, un ex-jésuite et un folliculaire; Sorinière, nous ne savons quel est cet auteur. (Note de Voltaire; 1773.) Note_42 L’auteur aurait dû dire dix-sept, mais apparemment dix-sept aurait gâté le vers. (Note de Voltaire;1773.) Note_43 Sirven est cet homme si innocent et si connu dont M. de Voltaire prit la défense. Les juges l’avaient condamné, lui et sa femme, au dernier supplice. Le procureur fiscal de cette juridiction, nommé Trinquet, donna les conclusions suivantes: « Je requiers que l’accusé, dûment atteint et convaincu de parricide, soit banni pour dix ans. » Ce Trinquet était ivre sans doute quand il conclut ainsi; mais les juges! Et c’est de pareils imbéciles barbares que dépend la vie des hommes! A la fin M. de Voltaire est venu à bout de faire rendre justice à cette famille. (Note de Voltaire; 1773.) Note_44 M. de Saint-Lambert, dans son excellent poème des quatre Saisons. (Note de Voltaire; 1769.)
Note_46 Garasse, jésuite fameux par l’excès de ses bêtises et de ses fureurs. Il fut le délateur et le calomniateur de Théophile, auquel il pensa en coûter la vie, dans un temps où il y avait beaucoup de juges aussi absurdes que Garasse. (Note de Voltaire; 1773.) Note_47 La Jérusalem délivrée du Tasse. Note_48 Variante: « ... Asperger mon tombeau. » Note_49 Cette épître, classée jusqu’à ce jour en 1771, est de 1769. Non seulement Voltaire en parle dans sa lettre à Mme du Deffant, du 15 mars 1769; mais la pièce est imprimée dans le tome VI de l’Évangile du jour, et dans la VIIIe partie des Nouveaux Mélanges, volumes qui portent la date de 1769. (B.) Note_50 Ce livre des Trois Imposteurs est un très mauvais ouvrage, plein d’un athéisme grossier, sans esprit, et sans philosophie. (Note de Voltaire; 1771.) ¾ En mars 1768 avait paru, en français, un ouvrage intitulé Traité des Trois Imposteurs, 1768, in-8°, dont il existe d’autres éditions. On attribuait à l’empereur Frédéric II et à son chancelier des Vignes un ouvrage latin intitulé de Tribus Impostoribus, traité à l’existence duquel Voltaire ne croyait pas. C’est aussi l’opinion de La Monnoye (voyez sa Dissertation à la fin du quatrième volume du Ménagiana). Il existe un traité de Tribus Impostoritus, (1598), petit in-8°, dont on n’a vu que deux ou trois exemplaires; on croit que cet ouvrage a été fabriqué au xviiie siècle par Mercier, abbé de Saint-Léger, et le duc de La Vallière (voyez le Dictionnaire des ouvrages anonymes de Barbier, seconde édition, n° 21612). Une copie de l’ouvrage daté de 1598 s’est trouvée dans les manuscrits de Saint-Léger (mais non de sa main), et faisait partie de la bibliothèque de A.-M.-H. Boulard, tome IV, page 177. Sur le Traité des Trois Imposteurs en français, on peut aussi consulter la seconde édition du Dictionnaire des anonymes, n° 18250. (B.) Note_51 Variante: « ... à la pourpre élevés. » Note_52 Variante: « Mais défenseur heureux d’un dogme respectable. » Note_53 En France, pour être reçu procureur, notaire, greffier, il faut deux témoins qui déposent de la catholicité du récipiendaire. (Note de Voltaire; 1769.) Note_54 Tamponet était en effet docteur de Sorbonne. (Note de Voltaire; 1771.) Note_55 Je prends cette version dans la lettre de Voltaire, du 27 mars 1769. Jusqu’à ce jour on avait imprimé: Ils pourront pardonner au pincé La Blétrie. (B.) Note_56 La Bletterie, à ce qu’on m’a rapporté, a imprimé que j’avais oublié de me faire enterrer. (Note de Voltaire; 1769.) Note_57 Cette épître à Saint-Lambert est imprimée dans le Journal encyclopédique de 1769, tome VIII, page 436; et dans l’Évangile du jour, tome VI. Voltaire, en 1771, dans la cinquième partie des Questions sur l’Encyclopédie, reproduisit cette pièce sous le titre de: « Églogue a M. de Saint-Lambert, auteur du poème des quatre Saisons. » (B.)
Note_59 On ne sait quel est le misérable brouillon dont l’auteur parle ici (Note de Voltaire; 1769); dès que nous en serons informés, nous lui rendrons toute la justice qu’il mérite. (Note de Voltaire; 1771.) ¾ Il s’agit ici du nommé Biord, évêque d’Annecy, lequel proposa à M. le duc de Choiseul de faire enlever M. de Voltaire de son château, attendu que sa présence empêchait Biord de faire croire la présence réelle aux Genevois. Le ministre lui répondit avec le mépris que méritaient sa sottise, son insolence et sa méchanceté. Biord croire que son nom l’emportera sur celui de l’auteur d’Alzire et de Mahomet! un prêtre ordonner, au nom de Dieu, d’arracher un vieillard de son asile; proposer à un ministre de violer les lois de l’humanité et celles de la nation! (K.) Note_60
Avis aux imprimeurs. ¾
On avait imprimé cinq sols, au lien de cinq sous. Ce
n’est que dans l’ancien jargon du barreau qu’on prononce sol; et encore
ce n’est que dans un seul cas, au sol la livre. En toute
autre occasion on dit et on écrit sou.
L’auteur ne dit pas
Le cardinal de Retz, dans ses Mémoires, parle souvent du conseillier Quatre-Sous, et jamais du conseiller Quatre-Sols. La plupart des libraires font aussi la faute d’imprimer Westphalie, Wirtemberg, Wirtzbourg, etc. Ils ne savent pas que c’est comme s’ils imprimaient Wienne au lieu de Vienne, et Wétéravie pour Vétéravie. Ils ne savent pas que ce double W des Allemands est leur V consonne. Nous prononçons comme eux Vestphalie, Virtemberg. Nous ne nous servons jamais du double W pour écrire Ouest, Ouate, Oui, Ouais! Nous n’avons adopté le double W que pour écrire quelques noms propres anglais; le tyran Cromwell, l’insolent Warburton, le savant Wiston, le téméraire Wolston, etc. On fait aussi la faute d’imprimer je crois d’aller, je crois de faire. Il faut mettre je crois aller, je crois faire. On imprime encore qu’il aie fait, qu’il aie voyagé, etc. Il faut qu’il ait fait, qu’il ait voyagé. On ne manque jamais de dire et d’imprimer intimément, unanimément; il faut ôter l’accent, et dire unanimement, intimement, parce que ces adverbes viennent d’unanime, intime, et non d’unanimé, intimé. Presque tous les livres imprimés en ce pays sont remplis de pareilles fautes. Les éditeurs doivent avoir une grande attention, afin qu’on ne dise pas Is qua scribebat barbara terra fuit. ¾ Cette note fut ajoutée dans l’édition de l’Épître à Saint-Lambert, qui fait partie du tome VI de l’Évangile du jour. Elle n’avait pas encore été reproduite. Le vers latin qui la termine est d’Ovide, livre III des Tristes, I, 18. (B.) Note_61 Virgile, Énéide, VI, 466. Note_62 Cette Vénus-Uranie doit être Mme de Choiseul, dont le mari était alors ministre de la guerre. Note_63 Dans le drame de Mélanie. Note_64 Voyez ci-après l’épître cxix, à Mme Necker, et dans le tome VIII les stances adressées à la même dame.
Note_66 Variante: « Et qui dans nos sens insinue... »
Note_69 J’ai laissé à cette épître la date de 1771, mais elle est de la fin de 1770. Voltaire l’envoya à Mme de Choiseul le 13 novembre 1770; il en parle dans plusieurs des lettres qui suivent celle à Mme de Choiseul. La Correspondance de Grimm, t. VII, p. 346, contient une réponse à l’épître de Voltaire. Le titre de la pièce en est le premier vers: Le grand roi de la Chine au grand Sien du Parnasse. Cette réponse est attribuée à Laharpe; dans sa lettre à d’Alembert, du 21 décembre 1770, Voltaire dit: « Le roi de Prusse m’a écrit des vers à faire mourir de rire, de la part du roi de la Chine. » Je n’ai pas trouvé dans les Oeuvres de Frédéric ces vers, qui m’ont tout l’air d’être une réponse à l’Épître au roi de la Chine. Une brochure intitulée les Quatre Dernières Épîtres du poète-philosophe, 1771, in-8°, contient dans l’ordre suivant les épîtres cxi, cxii, cix, cx. On les mettait avant, mais je les ai mises après l’Épître au roi de la Chine, qui leur est antérieure. (B.) Note_70 Kien-Long, roi ou empereur de la Chine, actuellement régnant, a composé, vers l’an 1743 de notre ère vulgaire, un poème en vers chinois et en vers tartares. Ce n’est pas à beaucoup près son seul ouvrage. On vient de publier la traduction française de son poème. Les Chinois et les Tartares ont le malheur de n’avoir pas, comme presque tous les autres peuples, un alphabet qui, à l’aide d’environ vingt-quatre caractères, puisse suffire à tout exprimer. Au lieu de lettres, les Chinois ont trois mille trois cent quatre-vingt-dix caractères primitifs, dont chacun exprime une idée. Ce caractère forme un mot; et ce mot, avec une petite marque additionnelle, en forme un autre. J’aime, gnao, se peint par une figure. J’ai aimé, j’aurais aimé, j’aimerai, demandent des figures un peu différentes, dont le caractère qui peint gnao est la racine. Cette méthode a produit plus de quatre-vingt mille figures qui composent la langue; et à mesure qu’on fait de nouvelles découvertes dans la nature et dans les arts, elles exigent de nouveaux caractères pour les exprimer. Toute la vie d’un Chinois lettré se consume donc dans le soin pénible d’apprendre à lire et à écrire. Rien ne marque mieux la prodigieuse antiquité de cette nation, qui, ayant d’abord exprimé, comme toutes les autres, le petit nombre d’idées absolument nécessaire par des lignes et par des figures symboliques pour chaque mot, a persévéré dans cette méthode antique, lors même qu’elle est devenue insupportable. Ce n’est pas tout: les caractères ont un peu changé avec le temps, et il y en a trente-deux espèces différentes. Les Tartares Mantchoux se sont trouvés accablés du même embarras; mais ils n’étaient point encore parvenus à la gloire d’être surchargés de trente-deux façons d’écrire. L’empereur Kien-Long, qui est, comme on sait, de race tartare, a voulu que ses compatriotes jouissent du même honneur que les Chinois. Il a inventé lui-même des caractères nouveaux, aidé dans l’art de multiplier les difficultés par les princes de son sang, par un de ses frères, un de ses oncles, et les principaux colao de l’empire. On s’est donné une peine incroyable, et il a fallu des années pour faire imprimer de soixante-quatre manières différentes son poème de Moukden, qui aurait été facilement imprimé en deux jours si les Chinois avaient voulu se réduire à l’alphabet des autres nations. Le respect pour l’antique et pour le difficile se montre ici dans tout son faste et dans toute sa misère. On voit pourquoi les Chinois, qui sont peut-être le premier des peuples policés pour la morale, sont le dernier dans les sciences, et que leur ignorance est égale à leur fierté. Le poème de l’empereur Kien-Long a plus d’un mérite, soit dans le sujet, qui est l’éloge de ses ancêtres, et ou la piété filiale semble naturelle; soit dans les descriptions, instructives pour nous, de la ville de Moukden, et des animaux, des plantes de cette vaste province; soit dans la clarté du style, perfection si rare parmi nous. Il est encore à croire que l’auteur parle purement: c’est un avantage qui manque à plus d’un de nos poètes. Ce qui est surtout très remarquable; c’est le respect dont cet empereur paraît être pénétré pour l’Être suprême. On doit peser ces paroles à la page 103 de la traduction: « Un tel pays, de tels hommes, ne pouvaient manquer d’attirer sur eux des regards de prédilection de la part du souverain maître qui règne dans le plus haut des cieux. » Voilà bien de quoi confondre à jamais tous ceux qui ont imprimé dans tant de livres que le gouvernement chinois est athée. Comment nos théologiens détracteurs ont-ils pu accorder les sacrifices solennels avec l’athéisme? N’était-ce pas assez de se contredire continuellement dans leurs opinions? fallait-il se contredire encore pour calomnier d’autres hommes au bout de l’hémisphère? Il est triste que l’empereur Kien-Long, auteur d’ailleurs fort modeste, dise qu’il descend d’une vierge qui devint grosse par la faveur du ciel, après avoir mangé d’un fruit rouge. Cela fait un peu de tort à la sagesse de l’empereur et à celle de son ouvrage. Il est vrai que c’est une ancienne tradition de sa famille; il est encore vrai qu’on en avait dit autant de la mère de Gengis. Une chose qui fait plus d’honneur à Kien-Long, c’est l’extrême considération qu’il montre pour l’agriculture, et son amour pour la frugalité. N’oublions pas que, tout originaire qu’il est de la Tartarie, il rend hommage à l’antiquité incontestable de la nation chinoise. Il est bien loin de rêver que les Chinois sont une colonie d’Égypte: les Égyptiens, dans le temps même de leurs hiéroglyphes, eurent un alphabet, et les Chinois n’en ont jamais eu; les Égyptiens eurent douze signes du zodiaque empruntés mal à propos des Chaldéens, et les Chinois en eurent toujours vingt-huit: tout est différent entre ces deux peuples. Le P. Parennin réfuta pleinement cette imagination, il y a quelques années, dans ses Lettres à M. de Mairan. (Note de Voltaire; 1771.)
Note_72 Ce passage n’a guère besoin de commentaire. On sait assez quelle peine la sagesse du roi très chrétien et du ministère a eue à calmer toutes ces querelles, aussi odieuses que ridicules. Elles ont été poussées jusqu’à refuser la sépulture aux morts. Ces horribles extravagances sont certainement inconnues à la Chine, où nous avons pourtant eu la hardiesse d’envoyer des missionnaires. (Note de Voltaire; 1771.) Note_73 Probablement l’auteur donne l’épithète de sales aux imprimeurs, parce que leurs mains sont toujours noircies d’encre. Les Estienne et les Plantin étaient des imprimeurs très savants et très corrects, tels qu’il s’en trouve aujourd’hui rarement. (Note de Voltaire; 1771.) Note_74 L’auteur fait allusion, sans doute, à un principal magistrat de la ville de Montauban, qui, dans son discours de réception à l’Académie française, sembla insulter plusieurs gens de lettres, qui lui répondirent par un déluge de plaisanteries. Mais ces facéties ne portent point sur l’essentiel, et laissent subsister le mérite de l’homme de lettres et celui du galant homme. (Note de Voltaire; 1771.) Note_75 On ne peut méconnaître à ce portrait l’auteur du libelle hebdomadaire qu’on débite clandestinement et régulièrement sous le nom de Nouvelles ecclésiastiques, depuis plusieurs années. Rien ne ressemble moins à l’Ecclésiastique ou à l’Écclésiaste que ce libelle dans lequel on déchire tous les écrivains qui ne sont pas du parti, et où l’on accable des plus fades louanges ceux qui on sont encore. Je ne suis pas étonné que l’auteur de l’Épître au roi de la Chine donne le nom d’obscur au jansénisme. Il ne l’était pas du temps de Pascal, d’Arnaud, et de la duchesse de Longueville; mais depuis qu’il est devenu une caverne de convulsionnaires, il est tombé dans un assez grand mépris. Au reste, il ne faut pas confondre avec les jansénistes convulsionnaires les gens de bien éclairés qui soutiennent les droits de l’Église gallicane et de toute Église contre les usurpations de la cour de Rome. Ce sont de bons citoyens, et non des jansénistes: ils méritent les remerciements de l’Europe (Note de Voltaire; 1771) Note_76 On croit que cet Hayer était un moine récollet qui avait part à un journal dans lequel on disait des injures au Dictionnaire encyclopédique. On appelait ce journal chrétien; comme si les autres journaux de l’Europe avaient été païens. Les injures n’étaient pas chrétiennes. Bien des gens doutent que ce journal ait existé cependant il est certain qu’il a été imprimé plusieurs années de suite. (Note de Voltaire; 1771.) ¾ Le journal du P. Hayer était intitulé Lettres sur quelques écrits de ce temps. Il le faisait en commun avec un avocat nommé Soret. Le Journal chrétien est un autre ouvrage auquel Hayer a pu travailler aussi quelque temps. C’est ce même Hayer qui s’avisa un jour de faire imprimer dans une brochure trente-sept démonstrations de la spiritualité de l’âme. (K.) ¾ L’ouvrage de Hayer est intitulé la Religion vengée, etc., et a 21 volumes in-12. Les Lettres sur quelques écrits de ce temps, 1752, 13 volumes in-12, sont de Fréron et de l’abbé de Laporte. Le Journal chrétien avait pour rédacteurs Dinouart, Jouannet, et Trublet. (B.) Note_77 Les économistes sont une société qui a donné d’excellents morceaux sur l’agriculture, sur l’économie champêtre, et sur plusieurs objets qui intéressent le genre humain. M. Linguet est un avocat de beaucoup d’esprit, auteur de plusieurs ouvrages dans lesquels on a trouvé des vues philosophiques et des paradoxes. Il a eu des querelles assez vives avec les économistes auteurs des Éphémérides du citoyen, et s’est tiré avec un succès plus brillant de celles que l’abbé La Bletterie lui a suscitées. (Note de Voltaire; 1771.) Note_78 Ceci est une allusion visible à la grande querelle de M. Ribalier, principal du collège Mazarin, avec M. Marmontel, de l’Académie française, auteur du célèbre ouvrage moral intitulé Bélisaire. Il s’agissait de savoir si tous les grands hommes de l’antiquité qui avaient pratiqué la justice et les bonnes oeuvres, sans pouvoir connaître notre sainte religion, étaient plongés dans un gouffre de flammes éternelles. L’académicien soupçonnait que le père de tous les hommes, en mettant la vertu dans leurs coeurs, leur avait fait miséricorde. Le principal du collège, membre de la Sorbonne, affirmait qu’ils étaient en enfer, comme ayant invinciblement ignoré la science du salut. L’Europe fut pour M. Marmontel, et la Sorbonne pour M. Ribalier. M. de Beaumont, archevêque de Paris, prit aussi le parti de la faculté. Ce procédé déplut beaucoup à l’empereur Kien-Long, qui en fut informé par le P. Amyot, l’un des jésuites conservés à la Chine pour leur savoir et pour leurs services; mais ce n’est pas le seul roi qui a eu de petits démêlés avec M. de Beaumont. L’empereur Kien-Long n’en gouverna pas moins bien ses États, et continua à faire des vers. (Note de Voltaire; 1771.) M. Jean-Jacques Rousseau, natif de la ville de Genève, était un original qui avait voulu à toute force qu’on parlât de lui. Pour y parvenir, il composa des romans, et écrivit contre les romans; il fit des comédies, et publia que la comédie est une oeuvre du malin. Jean-Jacques, dans ses livres, disait: O mon ami! avec effusion de coeur, et se brouillait avec tous ses amis. Jean-Jacques s’écriait dans les préfaces de ses brochures: O ma patrie! ma chère patrie! et il renonçait à sa patrie. Il écrivait de gros livres en faveur de la liberté, et il présentait requête au conseil de Berne pour le prier de le faire enfermer, afin d’avoir ses coudées franches. Il écrivait que les prédicants de Genève étaient orthodoxes, et puis il écrivait que ces prédicants étaient des fripons et des hérétiques. O mon cher pasteur de Boveresse! a bovibus, s’écriait-il encore dans ses brochures, que je vous aime, et que vous êtes un pasteur selon le coeur de Dieu et selon le mien! et que vous m’avez fait verser de larmes de joie! Mais le lendemain il imprimait que le pasteur de Boveresse était un coquin qui avait voulu le faire lapider par tous les petits garçons du village. De là Jean-Jacques, vêtu en Arménien, s’en allait en Angleterre avec un ami intime qu’il n’avait jamais vu; et comme la nation anglaise faisait usage de sa liberté en se moquant outrageusement de lui, il imprima que son ami intime, qui lui rendait des services inouïs, était le coeur le plus noir et le plus perfide qu’il y eût dans les trois royaumes. M. de Beaumont, archevêque de Paris, qui était d’un caractère tout différent, et qui écrivait dans un goût tout opposé, prit Jean-Jacques sérieusement, et donna un gros mandement, non pas un mandement sur ses fermiers, pour fournir à Jean-Jacques quelques rétributions par la main des diacres, selon les règles de la primitive Église, mais un mandement pour lui dire qu’il était un hérétique, coupable d’expressions malsonnantes, téméraires, offensives des oreilles pieuses, tendantes à insinuer qu’on ne peut être en même temps à Rome et à Pékin, et qu’il y a du vrai dans les premières règles de l’arithmétique. Jean-Jacques, de son côté, répondit sérieusement à M. l’archevêque de Paris. Il intitula sa lettre Jean-Jacques à Christophe de Beaumont, comme César écrivait à Cicéron, Caesar imperator Ciceroni imperatori. Il faut avouer encore que c’était aussi le style des premiers siècles de l’Église. Saint Jérôme, qui n’était qu’un pauvre savant prêtre, retiré à Bethléem pour apprendre l’idiome hébraïque, écrivait ainsi à Jean, évêque de Jérusalem, son ennemi capital. Jean-Jacques, dans sa lettre à Christophe, dit, page 2: « Je devins homme de lettres par mon mépris même pour cet état. » Cela parut fier et grand. On remarqua dans un journal que Jean-Jacques, fils d’un mauvais ouvrier de Genève, nourri de l’hôpital, méprisait le titre d’hommes de lettres, dont l’empereur de la Chine et le roi de Prusse s’honorent. Il ne doute pas dans cette lettre que l’univers entier n’ait sur lui les yeux. Il prie, page 12, l’archevêque de lire son roman d’Héloïse, dans lequel le héros gagne un mal vénérien au b... et l’héroïne fait un enfant avec le héros avant de se marier à un ivrogne. Après quoi Jean-Jacques parle de Jésus-Christ, de la grâce prévenante, du péché originel, et de la Trinité. Et il conclut par déclarer positivement, page 127, que tous les gouvernements de l’Europe lui devaient élever des statues à frais communs. Enfin, après avoir traité à fond avec Christophe tous les points abstrus de la théologie, il finit par faire un petit opéra en prose. De son côté, Christophe commence par avertir les fidèles, page 4, que « Jean-Jacques est amateur de lui-même, fier, et même superbe, même enflé d’orgueil, impie, blasphémateur et calomniateur, et, qui pis est, amateur des voluptés plutôt que de Dieu; enfin, d’un esprit corrompu et perverti dans la foi. » On demandera peut-être à la Chine ce que le public de Paris a pensé de ces traits d’éloquence. Il a ri. (Note de Voltaire; 1771.) Note_79 M. Palissot est l’auteur de la comédie des Philosophes dans laquelle on représenta Jean-Jacques marchant à quatre pattes, et des savants volant dans la poche. Il est aussi l’auteur d’un poème intitulé la Dunciade d’après la Dunciade de Pope. Ce poème est rempli de traits contre MM. Marmontel, abbé Coyer, abbé Raynal, abbé Le Blanc, Mailhol, Baculard d’Arnaud, Le Mierre, du Belloy, Sedaine, Dorat, La Morlière, Rochon, Boistel, Taconnet, Poinsinet, du Rosoy, Blin, Colardeau, Bastide, Mouhi, Portelance, Sauvigny, Robbé, Lattaignant, Jonval, Açarq, Bergier; Mmes Graffigny, Riccoboni, Unci, Curé, etc. Ce poème est en trois chants*. Fréron y est installé chancelier de la Sottise. Sa souveraine le change en âne. Fréron, qui ne peut courir, la prie de vouloir bien lui faire présent d’une paire d’ailes; elle lui en donne, mais elle les lui ajuste à contresens: de sorte que Fréron, quand il veut voler en haut, tombe toujours en bas avec la Sottise, qu’il porte sur son dos. Cette imagination a été regardée comme la meilleure de tout l’ouvrage. On apprend, dans les notes ajoutées à ce poème par l’auteur, « que Fréron était ci-devant un jésuite chassé du collège pour ses moeurs, qu’il fut ensuite abbé, puis sous-lieutenant, et se déguisa en comtesse. » (Page 62, chant III.) Le grand nombre de gens de mérite attaqués dans ce poème nuisit à son succès; mais la métamorphose de Fréron en âne réunit tous les suffrages. (Note de Voltaire; 1771.) * Il y en a dix aujourd’hui; de troisième qu’il était, celui où l’on parle des ailes à l’envers et des aventures de Fréron est devenu le neuvième. (B.) Note_80 Voyez la note sur l’épître cx à d’Alembert. (Note de Voltaire; 1771.) Note_81 Variante: « Prédicant huguenot, favori de Fréron. » Note_82 Voyez l’article Épiphanie, dans les Questions sur l’Encyclopédie. On a été dans l’habitude à Paris de faire presque tous les ans des couplets sur le voyage des trois mages ou des trois rois qui vinrent, conduits par une étoile, à Bethléem, et qui reconnurent l’enfant Jésus pour leur suzerain dans son étable, en lui offrant de l’encens, de la myrrhe, et de l’or. On appelle ces chansons des noëls, parce que c’est aux fêtes de Noël qu’on les chante. On en a fait des recueils dans lesquels on trouve des couplets extrêmement plaisants. (Note de Voltaire; 1771.) Note_83 Le roi de Danemark, glorieusement régnant. (Note de Voltaire; 1771.) Note_84 M. de Saint-Lambert, mestre de camp, auteur du charmant poème des Saisons. (Note de Voltaire; 1771.) Note_85 M. Delille, auteur d’une traduction des Géorgiques, très estimée des gens de lettres. (Note de Voltaire; 1771.) Note_86 Une faction dans Paris a soutenu pendant trente ans que le gouvernement de la Chine est athée. L’empereur de la Chine, qui ne sait rien des sottises de Paris, a bien confondu cette horrible impertinence dans son poème, où il parle de la Divinité avec autant de sentiment que de respect. (Note de Voltaire; 1771.) Note_87 Avocat général qui a fait trop d’honneur au livre du Système de la Nature, livre d’un déclamateur qui se répète sans cesse, et d’un très grand ignorant en physique, qui a la sottise de croire aux anguilles de Needham. Il vaut mieux croire en Dieu avec Épictète et Marc-Aurèle. C’est une grande consolation pour la France que ce réquisitoire n’attaque que des livres anglais. (Note de Voltaire; 1771.) Note_88 Il est ordonné aux musulmans de commencer l’ablution par le coude. Les prêtres catholiques ne se lavent que les trois doigts. (Note de Voltaire; 1771.) Note_89 Il est très vrai que le grand Lama distribue quelquefois sa chaise percée à ses adorateurs (Note de Voltaire; 1771.) Note_90 Il n’y a point de pays où il y ait eu plus de disputes sur la Bible qu’à Londres, et où les théologiens aient débité plus de rêveries, depuis Prinn jusqu’à Warburton. (Note de Voltaire; 1771) Note_91 Grisel, fameux dans le métier de directeur. (Note de Voltaire; 1771.) ¾ Voyez tome VIII. Note_92 Variante: « Au trône où les Hébreux ont vu régner Isis. » Note_93 L’auteur devait dire depuis cinquante-deux ans: car le système de Law est de cette date. Mais on prétend en France que cinquante-deux ne peut pas entrer dans un vers. (Note de Voltaire; 1771.) Note_94 C’est ce que nous attendons avec concupiscence. S’il en vient à bout, il sera couvert de gloire, et nous le chanterons. (Note de Voltaire; 1771.) Note_95 Cette épître est aussi de 1770; voyez la lettre à d’Alembert, du 28 décembre 1770. Note_96 L’épître précédente est la seule que Voltaire ait adressée au roi de la Chine. Note_97 Catherine II, impératrice de Russie. Note_98 Le roi de Pologne, Stanislas Poniatowski. Note_100 Variante: « Il vous faut un brevet si vous voulez penser. » Note_101 Le chapitre quinzième du roman moral de Bélisaire passe en général pour un des meilleurs morceaux de littérature, de philosophie, et de vraie piété, qui aient jamais été écrits dans la langue française. Son succès universel irrita un principal de collège, docteur de Sorbonne, nommé Ribalier, qui, avec un autre régent de collège, nommé Coger, souleva une grande partie de la Sorbonne contre M. Marmontel, auteur de cet ouvrage. Les docteurs cherchèrent pendant six mois entiers des propositions malsonnantes, téméraires, sentant l’hérésie. Il fallut bien qu’ils en trouvassent. On en trouverait dans le Pater noster, en transposant un mot, et en abusant d’un autre. La faculté fit enfin imprimer sa censure en latin comme en français, et elle commençait par un solécisme. Le public en rit, et bientôt on n’en parla plus. (Note de Voltaire, 1771.) ¾ C’était le docteur de Sorbonne Tampon et qui se faisait fort de trouver une foule d’hérésies dans le Pater noster. La censure du Bélisaire de Marmontel, par la faculté de théologie, commence ainsi: « Hae propositiones in quarum una Belisarius asserit... et in quarum altera cum Justinianus Belisario stupens dixisset... idem Belisarius respondet, etc. (B.) Note_102 Voiture, qui fut frivole, et qui ne chercha que le bel esprit; Balzac, qui fut toujours ampoulé, et qui ne dit presque jamais rien d’utile, eurent une très grande réputation dans leur temps; Chapelain en eut encore davantage: ils étaient les rois de la littérature. Les querelles dont ils furent l’objet ne servirent qu’à faire naître enfin le bon goût, et ne causèrent d’ailleurs aucun mal. (Note de Voltaire; 1771.) Note_103 Ce sera aux yeux de la postérité un événement unique, même en Pologne qu’une guerre civile si acharnée et si cruelle, sous un roi auquel la faction opposée n’a jamais pu reprocher la moindre contravention aux lois, le plus léger abus de l’autorité, ni même la moindre action qui pût déplaire dans un particulier. C’est pour la première fois qu’on a vu un roi se borner à plaindre ceux qui se rendaient malheureux eux-mêmes en ravageant leur patrie. Il ne leur a donné que l’exemple de la modération. (Note de Voltaire; 1771.) Note_104 Variante: « Ou d’un lourd commentaire. » Note_105 Variante: « Ses faux raisonnements. » Note_106 Il s’agit ici de Van-Swieten, premier médecin de l’impératrice reine. Il s’était fait inquisiteur des livres, et passait pour entendre aussi parfaitement la médecine préservatrice des âmes qu’il entendait mal la médecine curative des corps. Il s’occupait surtout d’empêcher les oeuvres de M. de Voltaire de pénétrer dans la ville impériale. C’était d’ailleurs un homme assez savant, et dont les compilations peuvent être utiles, quoiqu’il n’eût aucune philosophie ni aucune connaissance des découvertes physiques faites de nos jours. (K.) Note_107 On ne voit pas en effet depuis ce temps un seul livre, écrit à Rome, qui soit un ouvrage de génie, et qui entre dans la bibliothèque des nations. Les Dante, les Pétrarque, les Boccace, les Machiavel, les Guichardin, les Boiardo, les Tasse, les Arioste, ne furent point Romains. (Note de Voltaire; 1771.) Note_108 Célèbre imprimeur de sottises. Tous les libelles contre Louis XIV étaient imprimés à Cologne chez Pierre Marteau. (Note de Voltaire; 1771.) Note_109
S’il faut en croire la Correspondance de Grimm
(t. VII, page 437), quelque temps après la publication de sa
pièce, Voltaire ajouta les huit vers que voici (B.):
Note_110 C’étaient des écrivains, des prédicateurs de la Ligue. Guignard était un jésuite qui fut pendu, et Bourgoin un jacobin qui fut roué. Il est vrai qu’ils étaient des fanatiques imbéciles; mais avec leur imbécillité ils mettaient le couteau dans les mains des parricides. (Note de Voltaire; 1771.) Note_111 Boyer, théatin, évêque de Mirepoix, disait toujours que l’imprimerie avait fait un mal effroyable, et que, depuis qu’il y avait des livres, les filles savaient plus de sottises à dix ans qu’elles n’en avaient su auparavant à vingt. (Note de Voltaire; 1773.) Note_112 Jusqu’au xvie siècle, il n’était pas permis, chez les catholiques, à un nouveau marié de coucher avec sa femme sans avoir fait bénir le lit nuptial, et cette bénédiction était taxée. (Note de Voltaire; 1773.) Note_113 Quiconque ne faisait pas un legs à l’Église par son testament était déclaré déconfez, on lui refusait la sépulture; et, par accommodement, l’official, ou le curé, ou le prieur le plus voisin, faisait un testament au nom du mort, et léguait pour lui à l’Église en conscience ce que le testateur aurait dû raisonnablement donner. (Note de Voltaire; 1773.) Note_114 Le commun des lecteurs ignore la manière dont on interdisait un royaume. On croit que celui qui se disait le père commun des chrétiens se bornait à priver une nation de toutes les fonctions du christianisme, afin qu’elle méritât sa grâce en se révoltant contre le souverain; mais on observait dans cette sentence des cérémonies qui doivent passer à la postérité. D’abord on défendait à tout laïque d’entendre la messe, et on n’en célébrait plus au maître-autel. On déclarait l’air impur; on ôtait tous les corps saints de leurs châsses, et on les étendait par terre dans l’église, couverts d’un voile: on dépendait les cloches, et on les enterrait dans des caveaux. Quiconque mourait dans le temps de l’interdit était jeté à la voirie. Il était défendu de manger de la chair, de se raser, de se saluer; enfin le royaume appartenait de droit au premier occupant; mais le pape prenait le soin d’annoncer ce droit par une bulle particulière, dans laquelle il désignait le prince qu’il gratifiait de la couronne vacante. (Note de Voltaire; 1771.) ¾ Cette note avait déjà été mise par Voltaire à son Cri des nations, en 1769. (B.) Note_115 Robert, roi de France, épousa sa cousine, veuve d’Eudes, comte de Chartres et de Blois; il avait tenu sur les fonts de baptême un des enfants de cette princesse. (B.) Note_116
Au lieu de ce vers et des trois qui suivent, on
lisait d’abord:
Voltaire n’eut d’autre motif pour faire ce changement que d’éviter une répétition: il est question des harpies dans les quatre derniers vers de l’épître à d’Alembert, qui suit. (B.) Note_117 Abbaye de la fondation de Rabelais (Gargantua, liv. I, c. lvii). On avait gravé sur la porte: Fay ce que vouldras. (Note de Voltaire; 1771.) Note_118 Il s’agit de l’épître cix au roi de Danemark. Ce fut le 2 mars 1771 que fut envoyée à d’Alembert l’épître qui est à son adresse. (B.) Note_119 Voyez, plus haut, la pièce intitulée le Pauvre Diable. (Note de Voltaire; 1771.) Note_120 L’abbé Trublet, dans ses Essais sur divers sujets de littérature et de morale, disait: « On a osé dire de la Henriade, et l’on a dit sans malignité: Je ne sais pourquoi je bâille en la lisant*. On a encore appliqué à ce poème le mot de La Bruyère sur l’opéra: « Je ne sais pas comment l’opéra, avec une musique si parfaite et une dépense toute royale, a pu réussir à m’ennuyer. » Et l’on a dit: « Je ne sais pas comment la Henriade, avec une poésie et une versification si parfaite, a pu réussir à m’ennuyer. » Ce n’est pas le poète qui ennuie et fait bâiller dans la Henriade, c’est la poésie ou plutôt les vers. » Cette opinion de l’abbé lui valut la volée de bois vert que lui infligea l’auteur du Pauvre Diable. *Citation de Boileau, sur la Pucelle de Chapelain, satire iii; mais le vers est faux. Note_121 Larcher, répétiteur au collège Mazarin. Il soutint opiniâtrement que dans la grande ville de Babylone toutes les femmes et les filles de la cour étaient obligées par la loi de se prostituer une fois dans leur vie au premier venu, pour de l’argent; et cela dans le temple de Vénus, quoique Vénus fût inconnue à Babylone. Il trouvait fort mauvais qu’on ne crût pas à cette impertinence, puisque Hérodote l’avait dite expressément. Le même Larcher disputa fortement sur le grand serpent Ophionée, sur le bouc de Mendès qui couchait avec les dames hébraïques: il traita notre auteur de vilain athée pour avoir dit que la Providence envoie la peste et la famine sur la terre. Il y a encore dans la poussière des collèges de ces cuistres qui semblent être du xve siècle. Notre auteur ne fit que se moquer de ce Larcher, et il fut secondé de tout Paris, à qui il le fit connaître. (Note de Voltaire; 1771.) Note_122 Il y a en effet un abbé nommé François, des ouvrages duquel le fleuve Léthé s’est chargé entièrement. C’est un pauvre imbécile qui a fait un livre en deux volumes contre les philosophes, livre que personne ne connaît ni ne connaîtra. (Note de Voltaire; 1771.) Note_123 Danchet est un de ces poètes médiocres qu’on ne connaît plus; il a fait quelques tragédies et quelques opéras. Pour Brunet, nous ne savons qui c’est, à moins que ce ne soit un nommé M. Le Brun, qui avait fait autrefois une ode pour engager notre auteur à prendre chez lui Mlle Corneille. Quelqu’un lui dit méchamment qu’on avait voulu recevoir Mlle Corneille, mais point son ode, qui ne valait rien. Alors M. Le Brun écrivit contre le même homme auquel il venait de donner tant de louanges. Cela est dans l’ordre; mais il paraît dans l’ordre aussi qu’on se moque de lui. (Note de Voltaire; 1771.) ¾ Voyez la note, tome IX, page 544. Note_124 Nous ne savons si par barbare on entend ici la barbarie d’Atrée ou la barbarie du style, qu’on a reprochée à Crébillon; c’est peut être l’un et l’autre. Mais ce n’est pas parce qu’Atrée est trop cruel qu’on ne joue point cette pièce et qu’elle passe pour mauvaise chez tous tes gens de goût; car dans Rodogune, Cléopâtre est plus cruelle encore et cette atrocité même semblerait devoir être plus révoltante dans une femme que dans un homme; cependant cette fin de la tragédie de Rodogune est un chef-d’oeuvre du théâtre, et réussira toujours. Nous trouvons dan le Mercure de novembre 1770, p. 83 les réflexions les plus judicieuses qu’on ait encore faites sur Atrée; les voici: « En général les vengeances, pour être intéressantes au théâtre. doivent être promptes, subites, violentes; il faut toujours frapper de grands coups sur la scène: les horreurs longues et détaillées ne sont que rebutantes. M. de Crébillon, malgré ce précepte, a risqué la coupe d’Atrée; mais elle n’a pu réussir, à beaucoup près. Quelques esprits faux, quelques jeunes têtes qui n’ont pas réfléchi, croient que les atrocités sont le plus grand effort de l’esprit humain, et que l’horreur est ce qu’il y a de plus tragique. Elles se trompent beaucoup; c’est tout ce qu’il y a de plus facile à trouver. Nous avons des romans inconnus, et fort au-dessous du médiocre, où l’on a rassemblé assez d’horreurs pour faire cinquante tragédies détestables. » Il y a bien d’autres raisons qui font voir qu’Astrée est une fort mauvaise pièce. 1° C’est qu’elle est extrêmement mal écrite. D’abord « Atrée voit enfin renaître l’espoir et la douceur de se venger d’un traître. Les vents, qu’un dieu contraire enchaînait loin de lui, semblent exciter son courroux avec les flots; le calme, si longtemps fatal à sa vengeance, n’est plus d’intelligence avec ses ennemis; le soldat ne craint plus qu’un indigne repos avilisse l’honneur de ses derniers travaux. » Aussitôt après Atrée commande que la flotte d’Atrée se prépare à voguer loin de l’île d’Eubée; il ordonne qu’on porte à tous ses chefs ses ordres absolus; et il dit que ce jour tant souhaité ranime dans son coeur l’espoir et la fierté. Cet énorme galimatias, cet assemblage de paroles vagues, oiseuses, incohérentes. qui ne disent rien, qui n’apprennent ni où l’on est, ni l’acteur qui parle, ni de qui on parle, sont insupportables à quiconque a la plus légère connaissance du théâtre et de la langue. Les maximes qu’Atrée débite, dès
cette première scène, sont d’une extravagance qui va jusqu’au
ridicule. Atrée dit:
Cette plaisanterie monstrueuse n’est-elle pas bien placée!
La Fontaine a dit en riant:
Mais mettre une telle raillerie sérieusement dans une tragédie, cela est bien déplacé; et exprimer de tels sentiments sans avoir dit encore de quoi il veut se venger, cela est contre les principes du théâtre et du sens commun. 2° Il y a bien plus: c’est que cette fureur de vengeance, au bout de vingt ans, est nécessairement de la plus grande froideur, et ne peut intéresser personne. 3° Un homme qui jure à la première scène qu’il se vengera, et qui exécute son projet à la dernière sans aucun obstacle, ne peut jamais faire aucun effet. Il n’y a ni intrigue ni péripétie, rien qui vous tienne en suspens, rien qui vous surprenne, rien qui vous émeuve; ce n’est qu’une atrocité longue et plate. 4° La pièce pèche encore par un défaut plus grand, s’il est possible; c’est un amour insipide et inutile entre un fils d’Atrée, nommé Plisthène, et Théodamie, fille de Thieste; amour postiche qui ne sert qu’à remplir le vide de la pièce. 5° Le style est digne de cette conduite: ce sont des
répétitions continuelles du plaisir de la vengeance:
La plupart des vers sont obscurs, et ne sont pas français.
Une pièce écrite ainsi d’un bout à l’autre pourrait-elle réussir? Pour comble d’impertinence, la pièce finit par ce vers abominable: Et je jouis enfin du fruit de mes forfaits. Un tel vers est d’un scélérat ivre. Et remarquez qu’Atrée a ci-devant regardé la vengeance comme une vertu, dans un autre vers non moins extravagant: Il faut un terme au crime, et non à la vengeance. Nous avouons que la Sémiramis du même auteur, son Xerxès, son Catilina, son Triumvirat, sont des pièces encore plus mauvaises et que tout cela pouvait bien lui mériter le nom de barbare; mais nous ne convenons pas que son Électre, et surtout son Rhadamiste, méritent le mépris profond que Boileau avait pour ces deux tragédies. Le public a décidé qu’il y a de très belles choses particulièrement dans Rhadamiste; et quand le public a décidé constamment pendant soixante ans, il ne faut pas en appeler. Si les défauts subsistent, les beautés l’emportent. Boileau fut trop rebuté des défauts. Rhadamiste sera toujours jouée avec un grand succès; et même on verra Électre avec plaisir, malgré l’amour qui défigure cette pièce. Il y a dans ces deux ouvrages un fond de tragique qui attache le spectateur. L’abbé de Chaulieu disait que la pièce de Rhadamiste aurait été très claire, n’eût été l’exposition; mais quoique le premier acte soit un peu obscur il me semble qu’il y a dans les autres de très grandes beautés. (Note de Voltaire; 1771) Note_125 Les Philippiques de La Grange et les Couplets de Rousseau passèrent assez longtemps pour être écrits avec force et enthousiasme mais les esprits bien faits et les gens de bon goût ne s’y sont jamais laissé tromper. En effet, ôtez les injures, il ne reste rien. Le succès ne fut dû qu’à la malignité humaine. Mais quel succès qui conduisit La Grange en prison, et le portrait de Rousseau à la Grève! La Grange était le plus coupable des deux, sans contredit; mais le duc d’Orléans régent eut encore plus de clémence que La Grange n’avait eu de folie. (Note de Voltaire; 1771.) Note_126 On ne peut mieux connaître cet homme que par la lettre que nous allons copier. N’ayant ni le génie de La Grange ni celui de Rousseau, il s’est rendu aussi criminel qu’eux, mais infiniment plus méprisable. Il est né dans un village des Cévennes, auprès de Castres. Il a passé quelques années à Genève, et a été répétiteur des enfants de M. de Budé de Boisy. Il y fut proposant pour être ministre, en 1745. Voici la lettre qui le fera connaître: LETTRE A M. DE LA CONDAMINE, DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE ET DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES, ETC.
Nous n’ajouterons rien à une lettre aussi authentique et aussi décisive. Nous nous contenterons de féliciter notre auteur philosophe d’avoir pour ennemis de tels misérables. (Note de Voltaire; 1771.) Note_127 Un nommé Clément, jeune homme, fils d’un procureur de Dijon, et ci-devant maître de quartier dans une pension, a fait un livre entier contre M. de Saint-Lambert, M. Delille, M. Dorat, M. Watelet, et M. Lemierre. Ce jeune homme s’est avisé de dicter des arrêts du haut d’un tribunal qu’il s’est érigé. Il commence par prononcer qu’il ne faut point traduire Virgile en vers; et ensuite il décide que M. Delille a fort mal traduit les Géorgiques. Sa traduction est pourtant, de l’aveu de tous les connaisseurs, la meilleure qui ait été faite dans aucune langue, et il y en a eu quatre éditions en deux ans. Ce Clément, sans respect pour le public, décide d’un ton de maître que tel vers est ridicule, tel autre plat, tel autre grossier, sans alléguer la plus faible raison. Il ressemble à ces juges qui ne motivent jamais leurs arrêts. Nous ne connaissons point ce critique, nous ne connaissons point M. Delille; mais nous remercions M. Delille du plaisir qu’il nous a fait. Nous avouons qu’il a égalé Virgile en plusieurs endroits, et qu’il a vaincu les plus grandes difficultés. Nous osons dire qu’il a rendu un signalé service à la langue française, et Clément n’en a rendu qu’à l’envie. Il attaque avec plus d’orgueil encore l’estimable poème des Saisons, de M. de Saint-Lambert. Mais quel chef-d’oeuvre avait fait ce Clément pour être en droit de condamner si fièrement? à quels bons ouvrages avait-il donné la vie, pour être en droit de porter ainsi des arrêts de mort? il avait lu une tragédie de sa façon aux comédiens de Paris, qui ne purent en écouter que deux actes. Le pauvre diable, mourant de honte et de faim, se fit satirique pour avoir du pain. Vous trouverez dans l’histoire du Pauvre Diable la véritable histoire de tous ces petits écoliers qui, ne pouvant rien faire, se mettent à juger ce que les autres font. (Note de Voltaire, 1771.) Note_128 Voltaire écrivait à l’impératrice le 27 février 1767: Un temps viendra ... où toute la lumière nous viendra du Nord. (M.) Note_129 Le chiaoux-bacha, qui est d’ordinaire un eunuque blanc veut toujours prendre la main sur l’ambassadeur, quand il vient le complimenter. Quand le grand eunuque noir marche, il faut, si un ambassadeur se trouve sur son passage qu’il s’arrête jusqu’à ce que tout le cortège de l’eunuque soit passé. Il en est à plus forte raison de même avec le grand-vizir, les deux cadileskers, et le mufti; mais l’excès de l’insolence barbare est de faire enfermer au château des Sept Tours les ambassadeurs des puissances auxquelles ils veulent faire la guerre. Le sultan Moustapha, avant de déclarer la guerre à la Russie, a commencé par mettre en prison le président Obreskow, au mépris du droit des gens. (Note de Voltaire; 1771.) Note_130 On connaît assez les batailles de Marathon, de Platée, et de Salamine. La victoire de Marathon fut remportée par Miltiade et neuf autres chefs ses collègues, qui n’avaient que dix mille Athéniens contre cent mille hommes de pied et dix mille cavaliers, commandés par les généraux du roi de Perse, Darius. Cet événement ressemble à la bataille de Poitiers; mais ce qui rend la victoire des Grecs plus étonnante, c’est qu’ils n’étaient point retranchés comme les Anglais l’étaient auprès de Poitiers, et qu’ils attaquèrent les ennemis. Au reste, il n’est pas bien sûr que les Perses fussent au nombre de cent dix mille; il faut toujours rabattre de ces exagérations. La bataille de Salamine est un combat naval dans lequel Thémistocle défit la flotte de Xerxès, après que ce monarque eut réduit en cendres la ville d’Athènes. Cette journée est encore plus surprenante; les Athéniens, avant cette guerre, n’avaient jamais combattus en mer. C’est à peu près ainsi que la petite flotte de l’impératrice Catherine II, sous le commandement du comte Alexis Orlof, a détruit entièrement la flotte ottomane, le 6 juin 1770. Le nom d’Orlof n’est pas si harmonieux que celui de Miltiade, mais doit aller de même à la postérité. La journée de Platée est semblable à celle de Marathon. Aristide et Pausanias, avec environ soixante mille Grecs, délirent entièrement une armée de cinq cent mille Perses, selon Diodore de Sicile; supposé qu’une armée de cinq cent mille hommes ait pu se mettre en ordre de bataille dans les défilés dont la Grèce est coupée. Mardonius, chef de l’armée persane, y fut tué; supposé qu’un Perse se soit jamais appelé Mardonius, ce qui est aussi ridicule que si on l’avait appelé Villars ou Turenne. Xerxès possédait les mêmes pays que Moustapha. Le comte de Romanzov a battu le grand-vizir turc, comme Pausanias et Aristide battirent celui de Xerxès; mais il n’a pas eu affaire à cinq cent mille Turcs; nous sommes plus modestes aujourd’hui. (Note de Voltaire; 1771.) Note_131 Ceci ne doit pas s’entendre de tous les Grecs, mais de ceux qui n’ont pas secondé les Russes comme ils devaient. (Note de Voltaire; 1771.) Note_132
Ce vers cité est du roi de Prusse: il est
dans une épître à son frère.
(Note de Voltaire; 1771) Note_133 Pompée défit Mithridate sur la route de l’Ibérie à la Colchide; mais Mithridate se donna la mort à Panticapée. (Note de Voltaire; 1771.) Note_134 Encore un vers qu’on répète bien souvent. Voltaire avait déjà dit dans le Triumvirat, tome V du Théâtre, page 185: A quels maîtres, grands dieux, livrez-vous l’univers! Note_135 Le prince royal de Suède était venu à Paris en 1771, et se proposait d’aller à Ferney, lorsque la nouvelle de la mort du roi son père le rappela tout à coup à Stockholm. Note_136 Le prince son frère était avec lui. (Note de Voltaire; 1771.) Note_137 Cette épître a été écrite à Mme la duchesse de Choiseul, à l’occasion de la disgrâce de son mari. (K.)¾ Voltaire envoya cette épître à Mme du Deffant le 19 janvier 1771; mais elle ne fut pas imprimée sur-le-champ. (B.) Note_138 On sait que ce fut comme une procession à Chanteloup, où s’était retiré Choiseul. Note_139 En dépit de cette épître, Choiseul n’en rompit pas moins avec Voltaire, qui soutenait la politique de Maupeou. Note_140 On a donné à cette épître la date de 1771. Voltaire était occupé à la composer en auguste 1772; voyez la lettre à Chabanon, du 30 auguste 1772. Il dut la finir en septembre. Laharpe a fait une réponse à cette épître: elle est intitulée Horace à Voltaire; imprimée d’abord séparément, puis réimprimée avec l’Épître à Horace, et comprise dans le tome XIV des Nouveaux mélanges (par Voltaire), elle fait partie des Oeuvres de Laharpe. (B.) Note_141 Ces mots plat secrétaire désignent Clément de Dijon, et font allusion à son épître de Boileau à Voltaire. Note_142 M. l’abbé de Mably, frère de l’abbé de Condillac. Il avait donné d’excellentes Observations sur l’Histoire de France, et un grand nombre d’autres ouvrages qui respirent l’amour de la vertu. On peut lui reprocher d’avoir quelquefois montré de l’humeur contre M. de Voltaire et d’autres hommes de lettres qui devaient lui être chers, puisqu’ils avaient le même but que lui, et défendaient la même cause. Sa conduite a toujours été digne de ses ouvrages; et la protection passagère qu’il eut la faiblesse d’accorder à l’écolier de Dijon n’a été qu’une erreur d’un moment. (K.) Note_143 A la révocation de l’édit de Nantes, tous les principaux habitants du petit pays de Gex passèrent à Genève et dans les terres helvétiques. Cette langue de terre, qui est dans la plus belle situation de l’Europe, fut déserte; elle se couvrit de marais; il y eut quatre-vingts charrues de moins; plus d’un village fut réduit à une ou deux maisons; tandis que Genève, par sa seule industrie et presque sans territoire, a su acquérir plus de quatre millions de rentes en contrats sur la France, sans compter ses manufactures et son commerce. (Note de Voltaire; 1773.) Note_144 Parmi les calomnies dont on a régalé l’auteur, selon l’usage établi, on a imprimé dans vingt libelles qu’il avait gagné quatre ou cinq cent mille francs à vendre ses ouvrages. C’est beaucoup mais aussi d’autres écrivains ont assuré qu’après sa mort ses écrits n’auraient plus de débit, et cela les console. (Note de Voltaire, 1773.) Note_145 Marchand, avocat de Paris s’est amusé à faire le prétendu testament de l’auteur, et plusieurs personnes y ont été trompées. (Note de Voltaire; 1773.) Note_146 Il y eut en effet, le 15 avril 1768 une déclaration faite par devant notaire, d’une prétendue profession de foi que des polissons inconnus disaient avoir entendu prononcer. Les faussaires qui rédigèrent cette pièce, écrite d’un style ridicule, ne poussèrent pas leur insolence jusqu’à prétendre qu’elle fût signée par l’auteur. (Note de Voltaire; 1773.) ¾ Voyez la vie de M. de Voltaire. ¾ Voyez aussi la lettre à d’Alembert, du 21 mai 1769. Note_147 Célèbre médecin de Lausanne, capitale du pays roman. (Note de Voltaire; 1773.) Note_148 Neveu de la célèbre Mlle Huber, auteur de la Religion essentielle à l’homme, livre très profond. M. Huber avait le talent de faire des portraits en caricature, et même de les faire en papier avec des ciseaux (Note de Voltaire; 1771.) ¾ « Dans l’Épître à Horace, dit Grimm, M. de Voltaire parle de M. Huber et le cite avec M. Tronchin, pour garant de la bonne grâce avec laquelle il avait pris son parti, lorsqu’il se croyait près de sa fin. J’ai fait comparaître ces deux témoins à mon audience pour avoir communication des faits. Les deux témoins sont d’accord que le mourant faisait tant de plaisanteries, il disait tant de folies, qu’il y avait de quoi étouffer de rire. » Et Grimm dit encore à propos d’Huber: « Il a consacré son pinceau presque entièrement à M. de Voltaire, avec qui il vit depuis dix-huit ou vingt ans; mais celui-ci, qui est très enfant sur ce point, ne lui en a jamais su bon gré, et il a toujours cherché à décrier les tableaux d’Huber comme des caricatures. Note_149 On devait sans doute mépriser les enfers des païens, qui n’étaient que des fables ridicules; mais l’auteur ne méprise pas les enfers des chrétiens, qui sont la vérité même constatée par l’Église. (Note de Voltaire; 1771.) Note_150 Allusion au drame de Sedaine. Note_151 Sur le coup d’État que fit ce prince contre son sénat. ¾ La révolution de Suède est du 19 auguste 1772. L’épître au roi de Suède ne peut donc être au plus tôt que de septembre. Note_152 La question ne se réduit pas à savoir ci le peuple suédois était réellement opprimé par le sénat: dans ce cas on peut, sans doute, excuser la révolution, mais elle n’en devient pas plus juste. L’abus qu’un autre fait d’un pouvoir même usurpé ne me donne pas le droit de m’en emparer. (K.) Note_153 Il y avait en Suède le parti des bonnets et celui des chapeaux. (M.) Note_154 Pierre-Alexandre Monsigny, né en 1729, mort le 14 janvier 1817, a composé la musique d’un grand nombre d’opéras-comiques, du Déserteur entre autres. (M.) Note_155 Mère de la princesse de Craon. Il y avait alors (août 1773) affluence de princes et de princesses à Lausanne et à Genève, « soit pour voir Tissot, soit pour se promener, » disait Voltaire. (M.) Note_156 Thomas venait de publier son Essai sur le caractère, les moeurs et l’esprit des femmes dans les différents siècles, 1772, in-8°. ¾ Voyez la critique de cet ouvrage par Diderot, Oeuvres complètes, édition Garnier frères, t. II, p. 251. (M.) Note_157 Pierre-Augustin Guys, né à Marseille en 1721, mort à Zante en 1799, avait envoyé à Voltaire la seconde édition de son Voyage littéraire de la Grèce, 1776, deux volumes in-8°. Note_158 M. Turgot. ¾ Il avait été renvoyé du ministère en mai 1776. (M.) Note_160 L’archevêque de Lyon venait de publier une instruction pastorale conte l’incrédulité: les incrédules en dirent beaucoup de bien, parce qu’il n’y avait aucune de ces injures qu’un évêque qui a du goût ne doit jamais se permettre, et que d’ailleurs il n’y assurait pas que tout magistrat qui ne brûle pas les philosophes de leur vivant est éternellement brûlé après sa mort: ce que la Sorbonne et les évêques de séminaire ne manquent jamais de dire dans leurs libelles sacrés. (K.) ¾ Voltaire n’a pas toujours parlé respectueusement de Montazet. (M.) Note_161 Voyez, dans le tome VIII, les stances à Mme Necker. Note_162 Voltaire ayant envoyé au marquis de Villette une montre à répétition, à quantième, à secondes, et garnie de son portrait, Villette l’en avait remercié par une épître dont la première moitié est sur les rimes ine et ents. (B.) Note_163 Variante: « Je m’aperçus bien dès ce temps. » Note_164 Variante: « Plus j’y vois un fond de doctrine. » Note_165 Cette épître est imprimée dans le Journal de politique et de littérature du 5 décembre 1771. C’est une supposition, de la donner comme une traduction de Properce. (B.) Note_166 Voltaire venait d’arriver à Paris. Note_167 Quelques jours avant de mourir, Voltaire songeait à retourner à Ferney. Note_168 Voltaire avait d’abord mis ce vers dans son Ode sur les malheurs du temps, en 1713; voyez tome VIII. Note_169 En 1823, j’avais rejeté une Épître à Richelieu et une autre intitulée les Héros du Rhin, qui n’étaient admises que depuis 1817 dans les Oeuvres de Voltaire. Aucun éditeur ne les ayant rétablies, je n’ai pas de raison d’abandonner une opinion qui paraît généralement adoptée, et je ne donne pas ces deux épîtres. Denina, dans son Essai sur la vie et le règne de Frédéric (page 120), parle d’une Épître que Voltaire composa sous le nom d’un ami qui, en le plaignant de sa disgrâce (et de la scène de Francfort, en 1753), le blâmait en même temps de s’être exposé à de tels revers. Denina, peu flatté de la manière dont Voltaire avait parlé de lui dans l’Homme aux quarante écus, répétait avec complaisance ce qu’avait dit l’auteur d’un ouvrage intitulé Frédéric le Grand, in-8° (sans date), et 1785, in-18. Dans cet ouvrage anonyme, on rapporte cent vers de la pièce attribuée à Voltaire. Après avoir pris lecture de ces vers, j’ai douté plus que jamais que Voltaire en fût l’auteur, et je me suis bien gardé de l’introduire dans ses Oeuvres. Le volume de Lettres inédites de Voltaire, de madame Denis, etc., Paris, Mongie aîné, 1821, in-8° (et in-12,), contient, page 212, une Épître inédite adressée au roi de Prusse par Voltaire, en 1758. Eu voici les deux derniers vers: Nous verrons si Frédéric
Le dernier vers suffit, ce me semble, pour motiver le
rejet de la pièce. (B.)
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