|
NOTES
Note_1
Chapitre xv du Bélisaire de Marmontel.
Note_2
Anecdote sur Bélisaire, Seconde anecdote
sur Bélisaire, Lettre de Gérofle à Cogé, la
Prophétie de la Sorbonne, Réponse catégorique au sieur
Cogé, Lettre de l’archevêque de Cantorbery à l’archevêque
de Paris. (B.)
Note_3
Ce dernier, Christian VII, se trouvait encore
à Paris lorsque cette satire y fut distribuée. Quant à
Brunswick, il avait poussé jusqu’à Ferney en 1766. (G. A.)
Note_4
On dit qu’un écrivain, nommé M.
de Bury, a fait une Histoire de Henri IV, dans laquelle ce héros
est un homme très médiocre. On ajoute qu’il y a dans Paris
une petite secte qui s’élève sourdement contre la gloire
de ce grand homme. Ces messieurs sont bien cruels envers sa patrie; qu’ils
songent cependant combien il est important qu’on regarde comme un être
approchant de la Divinité un prince qui exposa toujours sa vie pour
sa nation, et qui voulut toujours la soulager. Mais il avait des faiblesses.
Oui, sans doute; il était homme: mais béni soit celui qui
a dit que ses défauts étaient ceux d’un homme aimable, et
ses vertus celles d’un grand homme! Plus il fut la victime du fanatisme,
plus il doit être presque adoré par quiconque n’est pas convulsionnaire.
Chaque nation, chaque cour, chaque prince a besoin de
se choisir un patron pour l’admirer et pour l’imiter. Eh! quel autre choisira-t-on
que celui qui dégageait ses amis aux dépens de son sang dans
le combat de Fontaine-Française; qui criait, dans la victoire d’Ivry:
« Épargnez les compatriotes! » et qui, au faîte
de la puissance et de la gloire, disait à son ministre: «
Je veux que le paysan ait une poule au pot tous les dimanches? »(Note
de Voltaire; 1769.)
Note_5
Il est nécessaire de dire au public, qui
l’a oublié, qu’un nommé Riballier, principal du collège
Mazarin, et un régent nommé Cogé, s’étant avisés
d’être jaloux de l’excellent livre moral de Bélisaire,
cabalèrent pendant un an pour le faire censurer par ceux qu’on
appelle docteurs de Sorbonne. Au bout d’un an, ils firent imprimer
cette censure en latin et en français; elle n’est cependant ni française
ni latine; le titre même est un solécisme: Censure de la
faculté de théologie contre le livre, etc. On ne dit
point censure contre, mais censure de. Le public pardonne
à la faculté de ne pas savoir le français; on lui
pardonne moins de ne pas savoir le latin. Determinatio sacrae facultatis
in libellum est une expression ridicule. Determinatio ne se
trouve ni dans Cicéron, ni dans aucun bon auteur; deterntinatio
in est un barbarisme insupportable; et ce qui est encore plus barbare,
c’est d’appeler Bélisaire un libelle, en faisant un mauvais
libelle contre lui.
Ce qui est encore plus barbare, c’est de déclarer
damnés tous les grands hommes de l’antiquité qui ont enseigné
et pratiqué la justice. Cette absurdité est heureusement
démentie par saint Paul, qui dit expressément dans son épître
aux Juifs tolérés à Rome: « Lorsque les gentils,
qui n’ont point la loi, font naturellement ce que la loi commande, n’ayant
point notre loi, ils sont loi à eux-mêmes. » Tous les
honnêtes gens de l’Europe et du monde entier ont de l’horreur et
du mépris pour cette détestable ineptie qui va damnant toute
l’antiquité. Il n’y a que des cuistres sans raison et sans humanité
qui puissent soutenir une opinion si abominable et si folle, désavouée
même dans le fond de leur coeur. Nous ne prétendons pas dire
que les docteurs de Sorbonne sont des cuistres, nous avons pour eux une
considération plus distinguée; nous les plaignons seulement
d’avoir signé un ouvrage qu’ils sont incapables d’avoir fait, soit
en français, soit en latin.
Remarquons, pour leur justification, qu’ils se sont intitulés
dans le titre sacrée faculté en langue latine, et
qu’ils ont eu la discrétion de supprimer en français ce mot
sacrée. (Note de Voltaire;
1769.)
¾ C’est dans l’Épître
aux Romains, chapitre xi, verset 14, que saint Paul parle de la loi
des gentils. (B.)
Note_6
En effet le sieur Riballier, qu’on nomme ici Ribaudier,
venait de faire condamner en Sorbonne M. Marmontel, pour avoir dit que
Dieu pourrait bien avoir fait miséricorde à Titus, à
Trajan, à Marc-Aurèle. Ce Riballier est un peu dur. (Note
de Voltaire; 1771.)
Note_7
On ne peut trop répéter que la Sorbonne
fit le panégyrique du jacobin Jacques Clément, assassin de
Henri III, étudiant en Sorbonne; et que d’une voix unanime elle
déclara Henri III déchu de tous ses droits à la royauté,
et Henri IV incapable de régner.
Il est clair que, selon les principes cent fois étalés
alors par cette faculté, l’assassin parricide Jacques Clément,
qu’on invoquait publiquement alors dans les églises, était
dans le ciel au nombre des saints; et que Henri III, prince voluptueux,
mort sans confession, était damné. On nous dira peut-être
que Jacques Clément mourut aussi sans confession; mais il s’était
confessé, et même avait communié l’avant-veille, de
la main de son prieur Bourgoing son complice, qu’on dit avoir été
docteur de Sorbonne, et qui fut écartelé. Ainsi Clément,
muni des sacrements, fut non seulement saint, mais martyr. Il avait imité
saint Judas, non pas Judas Iscariote, mais Judas Machabée; sainte
Judith, qui coupait si bien les têtes des amants avec lesquels elle
couchait; saint Salomon, qui assassina son frère Adonias; saint
David, qui assassina Urie, et qui en mourant ordonna qu’on assassinât
Joab; sainte Jahel, qui assassina le capitaine Sizara; saint Aod, qui assassina
son roi Églon; et tant d’autres saints de cette espèce. Jacques
Clément était dans les mêmes principes, il avait la
foi: on ne peut lui contester l’espérance d’aller au paradis, au
jardin; de la charité, il en était dévoré,
puisqu’il s’immolait volontairement pour les rebelles. Il est donc aussi
sûr que Jacques Clément est sauvé qu’il est sûr
que Marc-Aurèle est damné. (Note
de Voltaire., 1769.)
Note_8
Selon les mêmes principes, Ravaillac doit
être dans le paradis, dans le jardin, et Henri IV dans l’enfer qui
est sous terre; car Henri IV mourut sans confession, et il était
amoureux de la princesse de Condé: Ravaillac, au contraire, n’était
point amoureux, et il se confessa à deux docteurs de Sorbonne. Voyez
quelles douces consolations nous fournit une théologie qui damne
à jamais Henri IV, et qui fait un élu de Ravaillac et de
ses semblables! Avouons les obligations que nous avons à Ribaudier
de nous avoir développé cette doctrine. (Note
de Voltaire; 1769.)
Note_9
M. Caille a sans doute accolé ces deux
noms pour produire le contraste le plus ridicule. On appelle communément
à Paris un Fréron tout gredin insolent, tout polisson qui
se mêle de faire de mauvais libelles pour de l’argent. Et M. Caille
oppose un de ces taquins de la lie du peuple, qui reçoit l’extrême-onction
sur son grabat, au grand Turenne, qui fut tué d’un coup de canon
sans le secours des saintes huiles, dans le temps qu’il était amoureux
de Mme de Coetquen. Cette note rentre dans la précédente,
et sert à confirmer l’opinion théologique qui accorde la
possession du jardin au dernier malotru couvert d’infamie, et qui la refuse
aux plus grands hommes et aux plus vertueux de la terre. (Note
de Voltaire., 1769.)
¾ On a prétendu
que Turenne avait quitté dès 1670 Mme de Coetquen, qui le
sacrifiait au chevalier de Lorraine; mais il aima toujours les femmes à
la fureur. Ce grand homme, qui, avec des talents militaires du premier
ordre et une âme héroïque, avait un esprit peu éclairé
et un caractère faible, était, à ce qu’on dit, devenu
dévot dans ses dernières années; mais l’aventure de
Mme de Coetquen est postérieure à son abjuration de la religion
protestante. C’était un singulier spectacle qu’un homme qui avait
gagné des batailles, occupé le matin de savoir au juste ce
qu’il faut croire pour n’être pas damné, et cherchant le soir
à se damner en commettant le péché de fornication;
et que le siècle où l’on admirait tout cela était
un pauvre siècle! Quoi qu’il en soit, il est très vraisemblable
que Dieu a pardonné à Turenne ses maîtresses; mais
lui a-t-il pardonné d’avoir exécuté l’ordre de brûler
le Palatinat, et de n’avoir pas renoncé au commandement plutôt
que de faire le métier d’incendiaire? (K.)
Note_10
On invite les lecteurs attentifs à relire
quelques maximes de l’empereur Antonin, et à jeter les yeux, s’ils
le peuvent, sur la Censure contre Bélisaire. Ils trouveront
dans cette censure des distinctions sur la foi et sur la loi, sur la grâce
prévenante, sur la prédestination absolue; et dans Marc-Antonin,
ce que la vertu a de plus sublime et de plus tendre. On sera peut-être
un peu surpris que de petits Welches, inconnus aux honnêtes gens,
aient condamné dans la rue des Maçons ce que l’ancienne Rome
adora, et ce qui doit servir d’exemple au monde entier. Dans quel abîme
sommes-nous descendus! la nouvelle Rome vient de canoniser un capucin nommé
Cucufin, dont tout le mérite, à ce que rapporte le procès
de la canonisation, est d’avoir eu des coups de pied dans le cul, et d’avoir
laissé répandre un oeuf frais sur sa barbe. L’ordre des capucins
a dépensé quatre cent mille écus aux dépens
des peuples, pour célébrer dans l’Europe l’apothéose
de Cucufin, sous le nom de saint Séraphin; et Ribaudier damne Marc-Aurèle!
O Ribaudier! la voix de l’Europe commence à tonner contre tant de
sottises.
Lecteur éclairé et judicieux (car je ne
parle pas aux bégueules imbéciles qui n’ont lu que l’Année
sainte de Le Tourneux, ou le Pédagogue chrétien),de
grâce apprenez à vos amis quelle est l’énorme distance
des Offices de Cicéron, du Manuel d’Épictète,
des Maximes de l’empereur Antonin, à tous les plats ouvrages
de morale écrits dans nos jargons modernes, bâtards de la
langue latine, et dans les effroyables jargons du nord. Avons-nous seulement,
dans tous les livres faits depuis six cents ans, rien de comparable à
une page de Sénèque? Non, nous n’avons rien qui en approche,
et nous osons nous élever contre nos maîtres! (Note
de Voltaire; 1769.)
Note_11
On n’a jusqu’à ce jour assigné aucune
date à cette satire; je la crois de 1771; je la trouve du moins
à la page 162 du volume intitulé Épîtres,
Satires, Contes, Odes et Pièces fugitives du poète philosophe,
dont plusieurs n’ont point encore paru, enrichies de notes curieuses et
intéressantes; 1771, in-8°. C’est la première édition
que je connaisse des Deux Siècles. (B.)
Note_12
On a déjà vu que Jean-Jacques Rousseau
le Genevois s’avisa d’écrire, dans une lettre à M. l’archevêque
de Paris, que l’Europe aurait dû lui élever une statue, à
lui Jean-Jacques. (Note de Voltaire;
1771.)
¾ Dans une des notes
de son Épître au roi de la Chine, Voltaire cite le
passage où Rousseau déclare mériter une statue. Or
l’Épître au roi de la Chine et ses notes sont, dans
le volume dont je parle en la note de la page précédente,
imprimées avant les Deux Siècles. (B.)
Note_13
Variante: « Prenez un vol plus haut. »
Note_14
C’est ce qu’avait proposé Maupertuis.
Note_15
Variante: « ...Moi, je parle; tout change.
»
Note_16
Variante:
Venez, et laissant là les finances du roi,
Molécule animé, soyez dieu comme moi. |
Note_17
C’était avec l’abbé Joannet que
l’abbé Trublet faisait le Journal chrétien. Le récollet
Hayer faisait un autre journal avec l’avocat Soret; l’abbé Dinouart
et l’abbé Gauchat en faisaient deux autres. Nous avions alors quatre
journaux théologiques. (K.)
Note_18
Jean-Jacques Rousseau.
Note_19
Cette satire doit être aussi de 1771. Elle
est à la suite de la précédente dans le volume dont
j’ai parlé, page 458. L’auteur en cite un vers dans sa lettre à
Laharpe, du 25 février 1772. (B.)
Note_20
Il est beaucoup question de Larcher et de Nonotte
dans différents ouvrages en prose de Voltaire; Cogé, régent
de rhétorique au collège Mazarin, auteur de quelques mauvaises
brochures contre M. de Voltaire et M. Marmontel, à l’occasion de
Bélisaire; Viret, cordelier qui a écrit une brochure
contre le Dîner du comte de Boulainvilliers; elle était
intitulée le Mauvais Dîner. (K.)
Note_21
Fantin, curé de Versailles, fameux directeur
qui séduisait ses dévotes, et qui fut saisi volant une bourse
de cent louis à un mourant qu’il confessait: il n’était
pourtant pas philosophe. (Note de Voltaire.)
Note_22
Billard, financier et dévot de profession,
avait fait une banqueroute considérable. Le petit peuple du quartier
Saint-Eustache, qui le voyait communier souvent et aller tous les jours
à plusieurs messes, s’empressait de lui porter son argent, et en
fut la dupe.
Le parlement en fit justice, et le condamna au pilori.
M. l’abbé Grisel, son directeur, fameux par des aventures de testaments,
etc., fut impliqué dans l’affaire; mais il n’y eut point de preuves
juridiques contre lui. (K.) ¾ Voyez aussi,
sur Billard et sur Grisel, ou Grizel, t. VIII, p. 536.
Note_23
Voyez tome IX, p. 519.
Note_24
L’arrêt contre l’Inquisition est du 7 février
1770. (B.)
Note_25
L’archevêque de Paris, Beaumont, exigeait
que ceux qui demandaient les sacrements, à la mort, présentassent
un billet signé de leur confesseur. Le parlement crut devoir sévir
contre ce joug nouveau qu’on voulait imposer aux citoyens. Malheureusement
il se trompa sur les moyens: il ordonna d’administrer, au lieu d’ordonner
simplement d’enterrer ceux que l’archevêque laisserait mourir sans
sacrements. Au bout de six mois, le bon Christophe les aurait offerts à
tout le monde. (K.)
Note_26
Voyez la Lettre d’un quaker à Jean-George.
Il y avait dans les premières éditions: Du fier
prélat du Puy; mais Jean-George ayant quitté son église
du Puy pour en épouser une plus riche, il a fallu changer ce vers.
L’évêque actuel du Puy est un homme de qualité,
homme d’esprit, sans être bel esprit, et qui n’a rien de commun avec
son prédécesseur. (K.) ¾
Cette note est de 1785; alors l’évêque du Puy était
Marie-Joseph Galard de Terraube, qui avait été sacré
le 14 juillet 1774. Après avoir été plus de trente
ans évêque du Puy, Jean-George Lefranc de Pompignan avait,
en 1774, quitté ce siège pour l’archevêché de
Vienne. (B.)
Note_27
La première lettre de Voltaire où
il soit question des Systèmes est celle à d’Alembert,
du 1er juillet 1772. Mais on voit par cette lettre que la satire avait
été précédemment envoyée à Paris.
Une édition séparée contient quatre notes que je rapporterai.
Les Systèmes furent réimprimés, et les notes
ajoutées sous le nom de M. de Morza, dans la douzième partie
des Nouveaux Mélanges, datée de 1772. Voltaire les
fit insérer à la suite de son édition des Lois
de Minos, en 1773. (B.) ¾ Voyez,
dans le tome VI du Théâtre, la note 1 de la page 166.
Note_28
Variante: « Un jour pour s’amuser ... »
Note_29
Nous n’avons de saint Thomas d’Aquin que dix-sept
gros volumes bien avérés, mais nous en avons vingt et un
d’Albert aussi celui-ci a été surnommé le Grand.
(Note de M. de Morza;
1772.) ¾ M. de Morza n’est autre que
Voltaire.
Note_30
Scot... Scot est le fameux rival de Thomas. C’est
lui qu’on a cru mal à propos l’instituteur du dogme de l’Immaculée
Conception; mais il fut le plus intrépide défenseur de
l’Universel de la part de la chose. (Note
de M. de Morza; 1772.)
Note_31
Bonaventure... Nous avons de saint Bonaventure
le Miroir de l’âme, l’itinéraire de l’esprit à Dieu,
la Diète du Salut, le Rossignol de la passion, le Bois de vie, l’Aiguillon
de l’amour, les Flammes de l’amour, l’Art d’aimer, les Vingt-cinq Mémoires,
les Quatre Vertus cardinales. les Six Chemins de l’éternité,
les Six Ailes des chérubins, les Six Ailes des séraphins,
les Cinq Fêtes de l’enfant Jésus, etc. (Note
de M. de Morza; 1772.)
Note_32
Gassendi, qui ressuscita pendant quelque temps
le système d’Épicure. En effet, il ne s’éloigne pas
de penser que l’homme a trois âmes: la végétative,
qui fait circuler toutes les liqueurs; la sensitive, qui reçoit
toutes les impressions; et la raisonnable, qui loge dans la poitrine. Mais
aussi il avoue l’ignorance éternelle de l’homme sur les premiers
principes des choses; et c’est beaucoup pour un philosophe. (Note
de M. de Morza; 1772.)
Note_33
Descartes était le contraire de Gassendi:
celui-ci cherchait, et l’autre croyait avoir trouvé. On sait assez
que toute la philosophie de Descartes n’est qu’un roman mal tissu qu’on
ne se donne plus la peine ni de réfuter ni d’examiner. Quel homme
aujourd’hui perd son temps à rechercher comment des dés,
tournant sur eux-mêmes dans le plein, ont produit des soleils, des
planètes, des terres, et des mers? Les partisans de ces chimères
les appelaient les hautes sciences; ils se moquaient d’Aristote, et ils
disaient: Nous avons de la méthode. On peut comparer le système
de Descartes à celui de Law; tous deux étaient fondés
sur la synthèse. Descartes vint dans un temps où la raison
humaine était égarée. Law se mit à philosopher
en France, lorsque l’argent du royaume était plus égaré
encore. Tous deux élevèrent leur édifice sur des vessies.
Les tourbillons de Descartes durèrent une quarantaine d’années;
ceux de Law ne subsistèrent que dix-huit mois. On est plus tôt
détrompé en arithmétique qu’en philosophie. (Note
de M. de Morza; 1772.)
Note_34
Ce sont les propres paroles de saint Thornas d’Aquin.
D’ailleurs toute la partie métaphysique de sa Somme est fondée
sur la métaphysique d’Aristote. (Note de
M. de Morza; 1772). ¾
Voyez le vingt-troisième paragraphe du Philosophe ignorant.
Note_35
Variante: « ... Votre bon saint Thomas.
»
Note_36
Voici où est, ce me semble, le défaut
de cet argument ingénieux de Descartes. Je conclus l’existence de
l’Être nécessaire et éternel, de ce que j’ai aperçu
clairement que quelque chose existe nécessairement et de toute éternité;
sans quoi il y aurait quelque chose qui aurait été produit
du néant et sans cause, ce qui est absurde: donc un être a
existé toujours nécessairement, et de lui-même. J’ai
donc conclu son existence de l’impossibilité qu’il ne soit pas,
et non de la possibilité qu’il soit: cela est délicat, et
devient plus délicat encore quand on ose sonder la nature de cet
Être éternel et nécessaire. Il faut avouer que tous
ces raisonnements abstraits sont assez inutiles, puisque la plupart des
têtes ne les comprennent pas. Il serait assurément d’une horrible
injustice, et d’un énorme ridicule, de faire dépendre le
bonheur et le malheur éternel du genre humain de quelques arguments
que les neuf dixièmes des hommes ne sont pas en état de comprendre.
C’est à quoi ne prendront pas garde tant de scolastiques orgueilleux
et peu sensés qui osent enseigner et menacer. Quand un philosophe
serait le maître du monde, encore devrait-il proposer ses opinions
modestement; c’est ainsi qu’en usait Marc-Aurèle, et même
Julien. Quelle différence de ces grands hommes à Garasse,
à Nonotte, à l’abbé Guyon, à l’auteur de la
Gazette ecclésiastique, à Paulian l’ex-jésuite,
et à tant d’autres polissons (Note de M.
de Morza; 1772.)
Note_37
Donnez-moi de la matière et du mouvement,
et je ferai un monde. Ces paroles de Descartes sont un peu téméraires;
elles n’auraient pas été permises Platon. Passe qu’Archimède
ait dit: Donnez-moi un point fixe dans le ciel, et j’enlèverai la
terre; il ne s’agissait plus que de trouver le levier. Mais qu’avec de
la matière et du mouvement on fasse des organes sentants et des
têtes pensantes, sitôt que Dieu y aura mis une âme, cela
est bien fort. Je doute même que Descartes et le P. Mersenne ensemble
eussent pu donner à la matière la gravitation vers un centre.
Après tout, Descartes avait de la matière et du mouvement;
nous n’en manquons pas. Que ne travaillait-il? Que ne faisait-il un petit
automate de monde? Avouons que dans toutes ces imaginations on ne voit
que des enfants qui se jouent. (Note de M. de
Morza; 1772.)
Note_38
Variante: « Du noble Tourangeau blâmait
l’audace insigne, » ou « Du noble Tourangeau trouvait ... »
Note_39
Démocrite, Épicure, et Lucrèce,
avec leurs atomes déclinant dans le vide, étaient pour le
moins aussi enfants que Descartes avec ses tourbillons tournoyant dans
le plein; et l’on ne peut que déplorer la perte d’un temps précieux
employé à étudier sérieusement ces fadaises
par des hommes qui auraient pu être utiles.
Où est l’homme de bon sens qui ait jamais conçu
clairement que des atomes se soient assemblés pour aller en ligne
droite, et pour se détourner ensuite à gauche; moyennant
quoi ils ont produit des astres, des animaux, des pensées? Pourquoi
de tant de fabricateurs de mondes ne s’en est-il pas trouvé un seul
qui soit parti d’un principe vrai, et reçu de tous les hommes raisonnables?
Ils ont adopté des chimères, et ont voulu les expliquer mais
quelle explication! Ils ressemblaient parfaitement aux commentateurs des
anciens historiens. La tour de Babel avait vingt mille pieds de haut; donc
les maçons avaient des grues de plus de vingt mille pieds pour élever
leurs pierres. Le lit du roi Og était de quinze pieds. Le serpent,
qui eut de longues conversations avec Ève, ne put lui parler qu’en
hébreu: car il devait lui parler en sa langue pour être entendu,
et non en la langue des serpents; et Ève devait parler le pur hébreu,
puisqu’elle était la mère des Hébreux, et que ce langage
n’avait pu encore se corrompre. C’est sur des raisons de cette force que
furent appuyés longtemps tous les commentaires et tous les systèmes.
Hérodote a dit que le soleil avait changé deux fois de levant
et de couchant: et sur cela on a recherché par quel mouvement ce
phénomène s’était opéré. Des savants
se sont distillé le cerveau pour comprendre comment le cheval d’Achille
avait parlé grec; comment la nuit que Jupiter passa avec Alcmène
fut une fois plus longue qu’elle ne devait être, sans que l’ordre
de la nature fût dérangé; comment le soleil avait reculé
au souper d’Atrée et de Thyeste; par quel secret Hercule était
resté trois jours et trois nuits enseveli dans le ventre d’une baleine;
par quel art, au son d’un instrument, les murs de... Enfin on a compilé
et empilé des écrits sans nombre pour trouver la vérité
dans les plus absurdes et les plus insipides fables. (Note
de M. de Morza; 1772.)
Note_40
Dans l’édition séparée dont
j’ai parlé, on lit ici en note:
« Baruch-Benjamin Spinosa, qu’on appelle Benoît
Spinosa, parce que quelques lecteurs, voyant B. Spinosa au titre, prirent
ce B. pour Benoît; mais il ne pouvait avoir un prénom chrétien,
n’ayant jamais eu l’honneur d’être baptisé. » (B.)
Note_41
Variante: « ... Modeste et retiré.
»
Note_42
Spinosa, dans son fameux livre, si peu lu, ne
parle que de Dieu; et on lui a reproché de ne point connaître
de Dieu. C’est qu’il n’a point séparé la Divinité
du grand Tout qui existe par elle. C’est le Dieu de Straton, c’est le dieu
des stoïciens:
Jupiter est quodcumque vides, quocumque moveris.
Lucain, Pharsale, ch. ix, v. 580.
C’est le dieu d’Aratus, dans le sens d’une philosophie
audacieuse. « In Deo vivimus, movemur et sumus. » (Actes
des Apôtres, chap. xvii, v. 28.)
La marche de Spinosa est plus géométrique
que celle de tous les philosophes de l’antiquité. C’est le premier
athée qui ait procédé par lemmes et par théorèmes.
Bayle, en prenant la doctrine de Spinosa à la lettre,
en raisonnant d’après ses paroles, trouve cette doctrine contradictoire
et ridicule. En effet, qu’est-ce qu’un Dieu dont tous les êtres seraient
des modifications, qui serait jardinier et plante, médecin et malade,
homicide et mourant, destructeur et détruit?
Bayle paraît opposer à Spinosa une dialectique
très supérieure. Mais quel est le sort de toutes les disputes?
Jurieu regardait Bayle comme un compilateur d’idées plus dangereuses
que celles de Spinosa; Arnauld et ses partisans tombaient sur Jurieu comme
sur un fanatique absurde; les jésuites accusaient Arnauld d’être
au fond un ennemi de la religion; et tout Paris voyait dans les jésuites
les corrupteurs de la raison et de la morale, et des fabricateurs de lettres
de cachet. Pour Spinosa, tout le monde en parlait, et personne ne le lisait.
Voici l’analyse de tous ses principes:
Il ne peut exister qu’une substance; ce qui est par soi
doit être un, et ne peut être limité. La substance doit
donc être infinie.
Il est impossible qu’une substance en produise une autre,
sans qu’il y ait quelque chose de commun entre elles. Or ce quelque chose
de commun ne peut exister avant la substance produite: donc la création
est impossible.
Une substance ne peut en faire une autre, puisque étant
infinie par sa nature, un infini ne peut en créer un autre.
Il n’y a donc qu’un infini; donc tout est mode.
L’intelligence et la matière existent; donc l’intelligence
et la matière entrent dans la nature de cet infini.
La substance étant infinie doit avoir une infinité
d’attributs: donc l’infinité d’attributs est Dieu; donc Dieu est
tout.
Ce système a été assez réfuté
par l’humain Fénelon, par le subtil Lami, et surtout de nos jours
par M. l’abbé de Condillac, par M. l’abbé Pluquet.
Si d’illustres adversaires peuvent servir en quelque sorte
à la gloire d’un auteur, on voit que jamais homme n’a été
honoré d’ennemis plus respectables. Il a été attaqué
par deux cardinaux des plus savants et des plus ingénieux qu’ait
eus la France, tous deux chéris à la cour, tous deux ministres
et ambassadeurs à Rome. Le premier lui fait la guerre en beaux vers
latins dans son Anti-Lucrèce; le second, en beaux vers français,
dans une épître instructive et agréable.
Voici quelques-uns des vers latins:
Dogmata complexus, partim vesana Stratonis
Reitituit commenta, suisque erroribos auxit
Omnigeni Spinosa Dei fabricator, et orbem
Appellare Deum, ne quis Deus imperet orbi.
Tamquam esset domus ipsa domum qui condidit, ausus.
Sic rediviva novo sese munimine cinxit
Impietas, tumidumque alta caput extulit arce.
Scilicet ex toto rerun glomeramine numen
Construxit, cui sint pro corpore corpora cuncta,
Et cunctae mentes pro mente, simulque perenni
Pro vita alque aevo, fuga temporis ipsa caduci
Et qui saeclorum jugis devolvitur ordo.
Pana putes.
Anti-Lucrèce, liv. III, vers
805 et suiv.
|
Voici quelques-uns des vers français:
Cesse de méditer dans ce sauvage lieu:
Homme, plante, animaux, esprit, corps, tout est Dieu.
Spinosa le premier connut mon existence:
Je suis l’être complet et l’unique substance;
La matière et l’esprit en sont les attributs:
Si je n’embrassais tout, je n’existerais plus.
Principe universel, je comprends tous les êtres,
Je suis le souverain de tous les autres maîtres;
Les membres différents de ce vaste univers
Ne composent qu’un tout dont les modes divers,
Dans les airs, dans les cieux, sur la terre, et sur l’onde,
Embellissent entre eux le théâtre du monde.
Bernis, Discours sur la poésie.
|
Le livre du Système de la Nature, qu’on
nous a donné depuis peu, est d’un genre tout différent;
c’est une philippique contre Dieu. L’auteur prétend que la matière
existe seule, et qu’elle produit seule la sensation et la pensée.
Pour avancer une idée aussi étrange, il faudrait au moins
tâcher de l’appuyer sur quelque principe, et c’est ce que l’auteur
ne fait pas. Il a pris cette opinion chez Hobbes; mais Hobbes se borne
à la supposer, il ne l’affirme pas: il dit que des philosophes savants
ont prétendu que tous les corps ont du sentiment. « Qui corpora
omnia sensu esse praedita sustinuerunt. »
Depuis Brama, Zoroastre, et Thaut, jusqu’à nous,
chaque philosophe a fait son système; et il n’y en a pas deux qui
soient de même avis. C’est un chaos d’idées dans lequel personne
ne s’est entendu. Le petit nombre des sages est toujours parvenu à
détruire les châteaux enchantés, mais jamais à
pouvoir en bâtir un logeable. On voit par la raison ce qui n’est
pas; on ne voit point ce qui est. Dans ce conflit éternel de témérités
et d’ignorances, le monde est toujours allé comme il va; les pauvres
ont travaillé, les riches ont joui, les puissants ont gouverné,
les philosophes ont argumenté, tandis que des ignorants se partageaient
la terre. (Note de M. de Morza;
1772.)
Note_43
Variante:
Notre infidèle,
Ordonna seulement qu’on guérît ta cervelle.
Et doucement l’exclut du sénat des savants;
Il partit, mais suivi de quelques partisans.
Nos sages, qui voyaient, etc. |
Note_44
Variante: « Éclatèrent bientôt
en belles visions. »
Note_45
Variante:
Une vieille rassemble
Quinze à vingt beaux esprits, faméliques
auteurs. |
L’édition qui fournit cette variante est celle
dont j’ai déjà parlé; et on y lit en note:
L’auteur désavoue l’application que la malignité
des Parisiens a faite de ce vers à une dame très respectable
et très connue, et qui reçoit chez elle des savants estimables,
et non pas des chansonniers. (Note de l’éditeur.)
¾ C’était à
Mme Geoffrin qu’on avait appliqué le vers. (B.)
Note_46
Par quelle fatalité le système de
Malebranche paraît-il retomber dans celui de Spinosa, comme deux
vagues qui semblent se combattre dans une tempête, et le moment d’après
s’unissent l’une dans l’autre?
« Dieu, dit Malebranche, est le lieu des esprits,
de même que l’espace est le lieu des corps. Notre âme ne peut
se donner d’idées... Nos idées sont efficaces, puisqu’elles
agissent sur notre esprit. Or rien ne peut agir sur notre esprit que Dieu...
Donc il est nécessaire que nos idées se trouvent dans la
substance efficace de la Divinité. » (Livre III, de l’Esprit
pur, part. ii.)
Voilà les propres paroles de Malebranche. Or si
nous ne pouvons avoir des perceptions que dans Dieu, nous ne pouvons donc
avoir de sentiment que dans lui, ni faire aucune action que dans lui; cela
me paraît évident. On peut donc en inférer que nous
ne sommes que des modifications de lui-même. Il n’y a donc dans l’univers
qu’une seule substance. Voilà le spinosisme, le stratonisme tout
pur. Et Malebranche pousse les illusions qu’il se fait à lui-même
jusqu’à vouloir autoriser son système par des passages de
saint Paul et de saint Augustin.
Je ne dis pas que ce savant prêtre de l’Oratoire
fût spinosiste, à Dieu ne plaise! je dis qu’il servait d’un
plat dont un spinosiste aurait mangé très volontiers. On
sait que depuis il s’entretint familièrement avec le Verbe. Eh pourquoi
avec le Verbe plutôt qu’avec le Saint-Esprit? Mais comme il n’y avait
personne en tiers dans la conversation, nous ne rendrons point compte de
ce qui s’est dit; nous nous contentons de plaindre l’esprit humain, de
gémir sur nous-mêmes, et d’exhorter nos pauvres confrères
les hommes à l’indulgence. (Note de M.
de Morza; 1772.)
Note_47
Il faut avouer que ce système, qui suppose
que l’Être tout-puissant et tout bon a créé exprès
des millions de milliards d’êtres raisonnables et sensibles, pour
en favoriser quelques douzaines, et pour tourmenter tous les autres à
tout jamais, paraîtra toujours un peu brutal à quiconque a
des moeurs douces. (Note de M. de Morza;
1772.)
Note_48
Variante: « Que dans son harmonie ... »
Note_49
Notre âme étant simple (car
on suppose que son existence et sa simplicité sont prouvées),
elle peut résider dans l’étoile du nord ou du petit Chien,
et notre corps végéter sur ce globe. L’âme a des idées
là-haut, et notre corps fait ici les fonctions correspondantes à
ces idées, à peu près comme un homme prêche,
tandis qu’un autre fait les gestes; ou plutôt l’âme est horloge,
et le corps sonne ici les heures. Il y a des gens qui ont étudié
cela sérieusement; et l’inventeur de ce système est celui
qui a disputé contre Newton, et qui peut même avoir eu raison
sur quelques points. Quant aux monades, tout être physique
étant composé doit être un résultat d’êtres
simples; car dire qu’il est fait d’êtres composés, c’est ne
rien dire. Des monades sans parties et sans étendue font
donc l’étendue et les parties; elles n’ont ni lieu, ni figure, ni
mouvement, quoiqu’elles constituent des corps qui ont figure et mouvement
dans un lieu.
Chaque monade doit être différente
d’une autre, sans quoi ce serait un double emploi. Chaque monade doit
avoir du rapport avec toutes les autres, parce qu’il y a entre les corps
dont ces monades font l’assemblage une union nécessaire.
Ces rapports entre ces monades simples, inétendues, ne peuvent
être que des idées, des perceptions. Il n’y a pas de raison
pour laquelle une monade, ayant des rapports avec une de ses compagnes,
n’en ait pas avec toutes. Chaque monade voit donc toutes les autres,
et par conséquent est un miroir concentrique de l’univers. Il y
a un pays où cela s’est enseigné dans des écoles à
des gens qui avaient de la barbe au menton. (Note
de M. de Morza; 1772.)
Note_50
Variante: « ... Tout n’était que
monades. »
Note_51
Dans l’édition séparée on
lit en note: « Moreau de Maupertuis. De son vivant on le peignit
aplatissant, avec un air d’orgueil, la terre, qu’il semblait mépriser
après sa mort, la piété de sa famille lui a érigé
dans l’église de Saint-Roch un petit mausolée. » (B.)
Note_52
On a fait assez connaître l’idée
d’aller disséquer des cervelles de Patagons, pour voir la nature
de l’âme; d’examiner les songes, pour savoir comment on pense dans
la veille; d’enduire les malades de poix résine, pour empêcher
l’air de nuire; de creuser un trou jusqu’au centre de la terre, pour voir
le feu central. Et ce qu’il y a de déplorable, c’est que ces folies
ont causé des querelles et des infortunes. (Note de M. de Morza,
1772.)
Note_53
On connaît aussi le système vraisemblable
par lequel la mer a formé les montagnes, et la terre est de verre;
mais celui-là n’a encore rien de funeste. Certes ceux qui ont inventé
la charrue, la navette et les poulies, étaient des dieux bienfaisants,
en comparaison de tous ces rêveurs; et il est vrai qu’un opéra-comique
vaut mieux que les systèmes de Cudworth, de Wiston, de Burnet, et
de Wodward. Car ces systèmes n’ont appris aucune vérité,
et n’ont fait aucun plaisir; mais l’opéra des Gueux et le
Déserteur ont fait passer très agréablement le
temps à plus de cent mille hommes. (Note
de M. de Morza; 1772.)
Note_54
Variante: « Le berceau vacillant fut du
plus fin cristal. »
L’édition séparée dont j’ai parlé
avait ici une note: « C’est aussi le sentiment du savant, du modeste,
du hardi et de l’immortel Buffon. Voici ses paroles; elles sont remarquables
La terre, dans le premier état, était un globe ou plutôt
un sphéroïde de verre; tome Ier, édition in-12,
page 370. (Note de l’éditeur.) » (B.)
Note_55
Variante:
Grand ami des coeurs purs, et porteur de bienfaits.
Le céleste courrier vola dans vingt provinces.
Note_56
Charniers des Saints-Innocents, belle place de
Paris, près du palais-Royal, et non loin du Louvre. C’est là
qu’on enterre tous les gueux, au lieu de les porter hors de la ville, comme
on fait partout ailleurs. On y voit plusieurs écrivains qui font
les placets au roi, les lettres des cuisinières à leurs amants,
et les critiques des pièces nouvelles. On y a travaillé longtemps
à l’Année littéraire. Il y a le style a cinq
sous, et le style à dix sous.
Qu’on écrive les Imaginations de M. Oufle, les
Mémoires d’un homme de qualité, les Soliloques
d’une âme dévote; que l’on condamne les idées innées,
et que l’on condamne ensuite ceux qui les rejettent; qu’on donne au public
les lettres de Thérèse à Sophie, ou qu’on dise en
mauvais latin* « que la vraie religion a été, selon
la variété des temps, variée et diverse quant à
sa forme et quant à la clarté de la révélation,
et que cependant elle a toujours été la même depuis
Adam, quant à ce qui appartient à la substance; » que
ces belles choses, dis-je, partent des charniers Saints-Innocents, ou de
l’imprimerie de la veuve Simon, cela est bien égal imitons le
bon Dieu, qui n’en a fait que rire.
Concluons surtout qu’une nation qui s’amuse continuellement
de tant de sottises doit être une nation extrêmement opulente
et extrêmement heureuse, puisqu’elle est si oisive. (Note
de M. de Morza; 1772.)
* Verum religionem, etsi quantum ad sui formam et revelationis
perspicuitatem, etc., page 21 d un livre latin rempli de solécismes
et de barbarismes, imputé faussement à la Sorbonne; il est
intitulé Determinatio sacrae facultatis Parisiensis in libellum
cui titulus Bélisaire; Parisiis, 1767: Censure de la faculté
de théologie de Paris, contre le livre qui a pour titre Bélisaire;
à Paris, 1767, chez la veuve Simon, etc. (Voyez la note des Trois
Empereurs en Sorbonne, page 153.)
Voyez aussi les Trente-sept Vérités opposées
aux trente-sept impiétés, par un bachelier ubiquiste. (Note
de M. de Morza; 1772.)
¾ L’auteur de cet ouvrage
(Turgot) était véritablement bachelier en théologie;
mais ayant renoncé à cette science, il était devenu
un des plus grands philosophes et un des premiers hommes d’État
de l’Europe. On appelle ubiquiste un docteur ou licencié
de la faculté de Paris, qui n’est ni moine ni associé aux
maisons de Sorbonne et de Navarre. (K.)
Note_57
Les Cabales suivirent de près les
Systèmes, si elles ne les précédèrent
pas. Voltaire parle des Cabales dans une lettre à Richelieu,
du 25 mai 1772. Dans celle à Marmontel, du 23 octobre,
il dit ce qui le détermina à les composer. La première
édition était intitulée les Cabales, oeuvre pacifique,
in-8° de 8 pages, et commençait ainsi:
Camarade crotté, d’où viennent tant d’intrigues,
etc. (B.)
Note_58
Ce trône est très respectable. Il
est sans doute l’objet d’une louable émulation. Simon, fils de Jones,
nommé Céphas ou Pierre, est un très grand saint; mais
il n’eut point de trône. Celui au nom duquel il parlait avait défendu
expressément à tous ses envoyés de prendre même
le nom de docteur, de maître, et avait déclaré
que qui voudrait être le premier serait le dernier. Les choses sont
changées; et dans la suite des temps le trône devint la récompense
de l’humilité passée. (Note de M.
de Morza; 1772.)
Note_59
Mustapha III, né en 1716, sultan en 1757,
mort le 21 janvier 1774. Le portrait qu’en fait Catherine, dans sa lettre
du 23 décembre 1770, n’est pas flatté. (B.)
Note_60
Au lieu de Profond, la première
édition porte Mably. Cet abbé était le protecteur
de Clément de Dijon.
Note_61
Variante: « Je me forme avec eux. »
Note_62
Ce garnement de Dijon est un nommé Clément,
maître de quartier dans un collège de Dijon, qui a fait un
livre contre MM. de Saint-Lambert, Delille, de Watelet, Dorat, et plusieurs
autres personnes. L’auteur des Cabales fut maltraité dans
ce livre, où règne un air de suffisance, un ton décisif
et tranchant qui a été tant blâmé par tous les
honnêtes gens dans les hommes les plus accrédités de
la littérature, et qui est le comble de l’insolence et du ridicule
dans un jeune provincial sans expérience et sans génie. (Note
de M. de Morza; 1772.) ¾
Il s’est couvert d’opprobre par des libelles aussi affreux qu’absurdes,
que la police n’a pas punis parce qu’elle les a ignorés. Les malheureux
qui ont composé de tels libelles pour vivre, comme Clément
La Beaumelle, Sabatier natif de Castres, ressemblent précisément
au Pauvre Diable, qui est si naturellement peint dans la pièce
de ce nom. Il n’est point de vie plus déplorable que la leur. (Note
de M. de Morza; 1775.)
Note_63
C’est principalement au parterre de la Comédie-Française,
à la représentation des pièces nouvelles, que les
cabales éclatent avec le plus d’emportement. Le parti qui fronde
l’ouvrage et le parti qui le soutient se rangent chacun d’un côté.
Les émissaires reçoivent à la porte ceux qui entrent,
et leur disent: « Venez-vous pour siffler? mettez-vous là;
venez-vous pour applaudir? mettez-vous ici. » On a joué quelquefois
aux dés la chute ou le succès d’une tragédie nouvelle
au café de Procope. Ces cabales ont dégoûté
les hommes de génie, et n’ont pas peu servi à décréditer
un spectacle qui avait fait si longtemps la gloire de la nation. (Note
de M. de Morza; 1772.)
Note_64
La même manie a passé à l’Opéra,
et a été encore plus tumultueuse. Mais les cabales au Théâtre-Français
ont un avantage que les cabales de l’Opéra n’ont pas: c’est celui
de la satire raisonnée. On ne peut à l’Opéra critiquer
que des sons; quand on a dit: Cette chaconne, cette loure me déplaît,
on a tout dit. Mais à la Comédie on examine des idées,
des raisonnements, des passions, la conduite, l’exposition, le noeud, le
dénoûment, le langage. On peut vous prouver méthodiquement,
et de conséquence en conséquence, que vous êtes un
sot qui avez voulu avoir de l’esprit, et qui avez assemblé quinze
cents personnes pour leur prouver que vous en savez plus qu’eux. Chacun
de ceux qui vous écoutent est, sans le savoir, un peu jaloux de
vous; il est en droit de vous critiquer, et vous êtes en droit de
lui répondre. Le seul malheur est que vous êtes trop souvent
un contre mille.
Il en va autrement en fait de musique; il n’y a que le
potier qui soit jaloux du potier, et le musicien du musicien, disait Hésiode.
Il y faut seulement ajouter encore les partisans du musicien; mais ceux-là
sont ennemis, et ne sont point jaloux. Dans les talents de l’esprit, au
contraire, tout le monde est jaloux en secret; et voilà pourquoi
tous les gens de lettres, méprisés quand ils n’ont pas réussi,
ont été persécutés des qu’ils ont eu de la
réputation. (Note de M. de Morza;
1772.)
Note_65
Variante: « Mais soudain d’autres fous.
»
Note_66
Il n’y a pas longtemps que les jeunes conseillers
allaient au tribunal les cheveux étalés et poudrés
de blanc, ou blanc poudrés. (Note de M.
de Morza; 1772.)
Note_67
L’Europe est pleine de gens qui, ayant perdu leur
fortune, veulent faire celle de leur patrie ou de quelque État voisin.
Ils présentent aux ministres des mémoires qui rétabliront
les affaires publiques en peu de temps; et en attendant ils demandent une
aumône qu’on leur refuse. Bois-Guillebert, qui écrivit contre
le grand Colbert, et qui ensuite osa attribuer sa Dixme royale au
maréchal de Vauban, s’était ruiné. Ceux qui sont assez
ignorants pour le citer encore aujourd’hui, croyant citer le maréchal
de Vauban, ne se doutent pas que, si on suivait ses beaux systèmes,
le royaume serait aussi misérable que lui. Celui qui a imprimé
le Moyen d’enrichir l’État, sous le nom du comte de Boulainvilliers,
est mort à l’hôpital. Le petit La Jonchère, qui a donné
tant d’argent au roi en quatre volumes, demandait l’aumône. Telles
sont les gens qui enseignent l’art de s’enrichir par le commerce après
avoir fait banqueroute, et ceux qui font le tour du monde sans sortir de
leur cabinet, et ceux qui, n’ayant jamais possédé une charrue,
remplissent nos greniers de froment. D’ailleurs la littérature ne
subsiste presque plus que d’infâmes plagiats ou de libelles. Jamais
cette profession si belle n’a été ni si universelle ni si
avilie. (Note de M. de Morza;
1772.)
¾ Voltaire a confondu
Bois-Guillebert et Vauban. L’ouvrage que Voltaire intitule Moyen d’enrichir
l’État est probablement celui qui a pour titre Mémoires
présentés au duc d’Orléans, régent de France,
contenant les moyens de rendre ce royaume très puissant, et d’augmenter
considérablement les revenus du roi et du peuple, 1727, deux
volumes in-12. Ces Mémoires sont réellement de Boulainvilliers.
Quant à l’ouvrage de La Jonchère, il est intitulé
Système d’un nouveau gouvernement en France, Amsterdam, 1720,
quatre volumes in-12. (B.)
Note_68
Variante:
Et, docile à l’édit qui fixe mes finances,
Je règle sur mes biens mes plaisirs, mes dépenses. |
Note_69
Variante: « Ses fertiles bontés »
Note_70
Variante: « ... Lorsqu’on ne peut agir.
»
Note_71
La Fronde en effet était fort plaisante,
si l’on ne regarde que ses ridicules. Le président Le Cogneux,
qui chasse de chez lui son fils, le célèbre Bachaumont, conseiller
au parlement, pour avoir opiné en faveur de la cour, et qui fait
mettre ses chevaux dans la rue; Bachaumont qui lui dit: « Mon père,
mes chevaux n’ont pas opiné, » et qui, de raillerie en raillerie,
fait boire son père à la santé du cardinal Mazarin,
proscrit par le parlement; le gentilhomme ami du coadjuteur qui vient pour
le servir dans la guerre civile, et qui, trouvant un de ses camarades chez
ce prélat, lui dit: « Il n’est pas juste que les deux plus
grands fous du royaume servent sous le même drapeau, il faut se partager,
je vais chez le cardinal Mazarin; » et qui en effet va de ce pas
battre les troupes auxquelles il était venu se joindre: ce même
coadjuteur qui prêche, et qui fait pleurer des femmes; un de ses
convives qui leur dit: « Mesdames, si vous saviez ce qu’il a gagné
avec vous, vous pleureriez bien davantage; » ce même archevêque
qui va au parlement avec un poignard, et le peuple qui crie: « C’est
son bréviaire! » et toutes les expéditions de cette
guerre méditées au cabaret, et les bons mots, et les chansons
qui ne finissaient point; tout cela serait bon sans doute pour un opéra-comique.
Mais les fourberies, les pillages, les rapines, les scélératesses,
les assassinats, les crimes de toute espèce dont ces plaisanteries
étaient accompagnées, formaient un mélange hideux
des horreurs de la Ligue et des farces d’Arlequin. Et c’étaient
des gens graves, des patres conscripti qui ordonnaient ces abominations
et ces ridicules. Le cardinal de Retz dit, dans ses Mémoires, «
que le parlement faisait par des arrêts la guerre civile, qu’il aurait
condamnée lui-même par les arrêts les plus sanglants.
»
L’auteur que je commente avait peint cette guerre de singes
dans le Siècle de Louis XIV; un de ces magistrats qui, ayant
acheté leurs charges quarante ou cinquante mille francs, se croyaient
en droit de parler orgueilleusement aux lettrés, écrivit
à l’auteur que messieurs pourraient le faire repentir d’avoir dit
ces vérités, quoique reconnues. Il lui répondit: «
Un empereur de la Chine dit un jour à l’historiographe de l’empire:
« Je suis averti que vous mettez par écrit mes fautes; tremblez.
» L’historiographe prit sur-le-champ des tablettes. « Qu’osez-vous
écrire là? ¾ Ce que Votre
Majesté vient de me dire. » L’empereur se recueillit, et dit:
« Écrivez tout, mes fautes seront réparées.
» (Note de M. de Morza;
1772.)
Note_72
On connaît le fanatisme des convulsions
de Saint-Médard, qui durèrent si longtemps dans la populace,
et qui furent entretenues par le président Dubois, le conseiller
Carré, et d’autres énergumènes. La terre a été
mille fois inondée de superstitions plus affreuses, mais jamais
il n’y en eut de plus sotte et de plus avilissante. L’histoire des billets
de confession et l’expulsion des jésuites succédèrent
bientôt à ces facéties. Observez surtout que nous avons
une liste de miracles opérés par ces malheureux, signée
de plus de cinq cents personnes. Les miracles d’Esculape, ceux de Vespasien,
et d’Apollonius de Thyane, etc., n’ont pas été plus authentiques.
(Note de Voltaire;
1772.)
Note_73
Voyez ci-dessus une des notes de l’auteur sur
le Pauvre Diable.
Note_74
Variante: « Les Pâris, les Cyrans,
illustres trépassés. »
Note_75
Dès 1734, Voltaire avait fait cette comparaison.
Trente ans plus tard, il reprochait à Maupertuis d’avoir dit qu’une
horloge ne prouve point un horloger. (B.)
Note_76
Si une horloge prouve un horloger, si un palais
annonce un architecte, comment en effet l’univers ne démontre-t-il
pas une intelligence suprême? Quelle plante, quel animal, quel élément,
quel astre ne porte pas l’empreinte de celui que Platon appelait l’éternel
géomètre? Il me semble que le corps du moindre animal démontre
une profondeur et une unité de dessein qui doivent à la fois
nous ravir en admiration, et atterrer notre esprit. Non seulement ce chétif
insecte est une machine dont tous les ressorts sont faits exactement l’un
pour l’autre; non seulement il est né, mais il vit par un art que
nous ne pouvons ni imiter ni comprendre; mais sa vie a un rapport immédiat
avec la nature entière, avec tous les éléments, avec
tous les astres dont la lumière se fait sentir à lui. Le
soleil le réchauffe, et les rayons qui partent de Sinus, à
quatre cents millions de lieues au delà du soleil, pénètrent
dans ses petits yeux, selon toutes les règles de l’optique. S’il
n’y a pas là immensité et unité de dessein qui démontrent
un fabricateur intelligent, immense, unique, incompréhensible, qu’on
nous démontre donc le contraire; mais c’est ce qu’on n’a jamais
fait. Platon, Newton, Locke, ont été frappés également
de cette grande vérité. Ils étaient théistes,
dans le sens le plus rigoureux et le plus respectable.
Des objections! on nous en fait sans nombre; des ridicules!
on croit nous en donner en nous appelant cause-finaliers; mais des preuves
contre l’existence d’une intelligence suprême, on n’en a jamais apporté
aucune. Spinosa lui-même est forcé de reconnaître cette
intelligence; et Virgile avant lui, et après tant d’autres, avait
dit: Mens agitat molem. C’est ce mens agitat molem qui est
le fort de la dispute entre les athées et les théistes, comme
l’avoue le géomètre Clarke dans son livre de l’existence
de Dieu; livre le plus éloigné de notre bavarderie ordinaire,
livre le plus profond et le plus serré que nous ayons sur cette
matière, livre auprès duquel ceux de Platon ne sont que des
mots, et auquel je ne pourrais préférer que le naturel et
la candeur de Locke. (Note de M. de Morza;
1772.)
Note_77
Variante:
Mille abus, je le sais, ont fait gémir l’Église;
Fleury l’historien ... |
Note_78
Fleury, célèbre par ses excellents
discours, qui sont d’un sage écrivain et d’un citoyen zélé,
connu aussi par son Histoire ecclésiastique, qui ressemble
trop en plusieurs endroits à la Légende dorée.
(Note de M. de Morza;
1772.)
Note_79
Variante: « Du loyoliste encor. »
Note_80
Ce consul Maillet fut un de ces charlatans dont
on a dit qu’ils voulaient imiter Dieu, et créer un monde avec la
parole. C’est lui qui, abusant de l’histoire de quelques bouleversements
avérés, arrivés dans ce globe, prétend que
les mers avaient formé les montagnes, et que les poissons avaient
été changés en hommes. Aussi quand on a imprimé
son livre, on n’a pas manqué de le dédier à Cyrano
de Bergerac. (Note de M. de Morza;
1772.)
Note_81
Variante:
Ce globe était de verre, et les mers étonnées
Ont produit le Caucase, ont fait les Pyrénées. |
Note_82
Il y a des morceaux éloquents dans ce livre;
mais il faut avouer qu’il est diffus et quelquefois déclamateur;
qu’il se contredit; qu’il affirme trop souvent ce qui est en question,
et surtout qu’il est fondé sur de prétendues expériences
dont la fausseté et le ridicule sont aujourd’hui reconnus, et sifflés
de tout le monde. Tenons-nous-en à ce dernier article, qui est le
plus palpable de tous. C’est cette fameuse transmutation qu’un pauvre jésuite
anglais, nommé Needham, crut avoir faite, de jus de mouton et de
blé pourri, en petites anguilles, lesquelles produisaient bientôt
une race innombrable d’anguilles. Nous en avons parlé ailleurs.
On disait au jésuite Needham que cela n’était
bon que du temps d’Aristote, de Gamaliel, de Flavien Josèphe, et
de Philon, où l’on croyait que la génération s’opérait
par la corruption, et que le limon d’Égypte formait des rats. Il
répondit que notre Sauveur lui-même et ses apôtres avaient
dit plusieurs fois qu’il faut que le blé pourrisse et meure pour
lever et pour produire, et que par conséquent son blé pourri
et son jus de mouton faisaient naître des races d’anguilles infailliblement.
On avait beau lui répliquer que Jésus-Christ daignait se
conformer aux idées fausses et grossières des paysans galiléens,
ainsi qu’il daignait se vêtir à leur mode, parler leur langage,
et observer tous leurs rites; mais que la sagesse incarnée devait
bien savoir que rien ne peut naître sans germe; que son système
était aussi dangereux qu’extravagant; que si on pouvait former des
anguilles avec du jus de mouton, on ne manquerait pas de former des hommes
avec du jus de perdrix; qu’alors on croirait pouvoir se passer de Dieu,
et que les athées s’empareraient de la place. Needham n’en démordait
point; et, aussi mauvais raisonneur que mauvais chimiste, il persista longtemps
à se croire créateur d’anguilles; de sorte que, par une étrange
bizarrerie, un jésuite se servait des propres paroles de Jésus-Christ
pour établir son opinion ridicule, et les athées se servaient
de l’ignorance et de l’opiniâtreté d’un jésuite pour
se confirmer dans l’athéisme. On citait partout la découverte
de Needham. Un des plus intrépides athées m’assurait que
dans la ménagerie du prince Charles à Bruxelles, il y avait
un lapin qui faisait tous les mois des enfants à une poule. Enfin
l’expérience du jésuite fut reconnue pour ce qu’elle était;
et les athées furent obligés de se pourvoir ailleurs. (Note
de M. de Morza; 1772.)
Note_83
Variante: « Va, sois adorateur d’un fantôme
impuissant. »
Note_84
L’édition de laquelle j’ai extrait les
variantes contient ce vers, qui ne rime pas avec celui qui le précède:
Vont pleuvoir sur ta tête, enfin pour te confondre.
(B.)
Note_85
C’est ce même Langlevieux La Beaumelle,
dont il est parlé dans les notes sur l’épître à
M. d’Alembert, et ailleurs.
Ce même homme s’est depuis associé avec Fréron;
et, malgré tant d’horreurs et tant de bassesses, il a surpris la
protection d’une personne respectable* qui ignorait ses excès ridicules;
mais oportet cognosci malos.
Nous ajouterons à cette note que Boileau attaqua
toujours des personnes dont il n’avait pas le moindre sujet de se plaindre,
et que notre auteur s’est toujours borné à repousser les
injures et les calomnies des Rollets de son temps. Il y avait deux partis
à prendre, celui de négliger les impostures atroces que La
Beaumelle a vomies pendant vingt ans, et celui de les relever. Nous avons
jugé le dernier parti plus juste et plus convenable. C’est rendre
un service essentiel à plus de cent familles, de faire connaître
le vil scélérat qui a osé les outrager.
Les ministres d’État, et tous ceux qui sont chargés
de maintenir l’ordre public, doivent savoir que ces libelles méprisables
sont recherchés dans l’Allemagne, dans l’Angleterre, dans tout le
nord; qu’il y en a de toute espèce; qu’on les lit avidement, comme
on y boit pour du vin de Bourgogne les vins faits à Liège;
que la faim et la malice produisent tous les jours de ces ouvrages infâmes,
écrits quelquefois avec assez d’artifice; que la curiosité
les dévore; qu’ils font pendant un temps une impression dangereuse;
que depuis peu l’Europe n été inondée de ces scandales;
et que plus la langue française a de cours dans les pays étrangers,
plus on doit l’employer contre les malheureux qui en font un si coupable
usage, et qui se rendent si indignes de leur patrie. (Note
de M. de Morza; 1772.)
La Beaumelle s’appelait Langliviel (et non Langlevieux);
voyez ci-après, la note 2 de la page 199. (B.)
* La personne respectable est Mme du Barry, qui avait
fait placer La Beaumelle à la Bibliothèque royale. (G. A.)
Note_86
Variante: « A Nonotte, à Jean-Jacque,
aux Cléments, aux Frérons. »
Note_87
Baruch Spinosa, théologien circonspect,
et fort honnête homme; nous l’appelons ici Baruch, parce que c’est
son véritable nom; on ne lui a donné celui de Benoît
que par erreur; il ne fut jamais baptisé. Nous avons fait une note
plus longue sur ce sophiste à la suite du petit poème sur
les Systèmes. (Note de M. de Morza;
1772.)
¾ Vers 1771, les querelles
sur les deux parlements, les révolutions du ministère, et
les disputes sur la cause universelle, augmentèrent le nombre des
ennemis de M. de Voltaire; les philosophes parurent un moment vouloir s’unir
aux prêtres contre lui; mais cette division entre des hommes qui
devaient rester toujours unis, pour défendre la cause de la raison
et de l’humanité, ne fut point durable. C’est à cette querelle
passagère que M. de Voltaire fait allusion à la fin des Cabales.
(K.)
Note_88
Le libraire Caille, dont il est ici question,
était de Genève, et y habitait; piqué du second vers
où il est accusé de n’avoir souvent rien qui vaille, il
fit afficher qu’il ne vendait que les ouvrages de M. de Voltaire. (B.)
Note_89
Variante: « Par malheur. »
Note_90
Variante: « Ce mot... »
Note_91
Tactique vient originairement du verbe
tasso, j’arrange. Tactique est proprement l’art d’aller par rangs;
c’est l’arrangement des troupes. C’est ce qui fit que Pyrrhus, en voyant
le camp des Romains, ne les trouva pas si barbares. (Note
de Voltaire., 1775.)
Note_92
On ne sait encore qui employa le premier les canons
dans les batailles et dans les sièges. Une invention qui a changé
entièrement l’art de la guerre, dans toute la terre connue, méritait
plus de recherches; mais presque toutes les origines sont ignorées.
Qui le premier inventa un bateau? qui imagina de plier une branche de frêne,
de l’assujettir avec une corde faite d’un intestin d’animal, et d’y ajuster
une verge garnie d’un os ou d’un fer pointu à un bout, et de quatre
plumes à l’autre bout? qui inventa la navette, les fours, les moulins?
De cette prodigieuse multitude d’arts qui secourent notre vie ou qui la
détruisent, il n’y en a pas un dont l’inventeur soit connu. C’est
que personne n’inventa l’art entier. Les architectes ne sont venus que
des milliers de siècles après les cavernes et les huttes.
Les Chinois connaissaient la poudre inflammable, et la
faisaient servir à leurs divertissements ingénieux, à
leurs fêtes, deux mille ans avant que les jésuites Shall et
Verbiest fondissent du canon pour les conquérants tartares, vers
l’an 1630. Ce furent donc deux religieux allemands qui enseignèrent
l’usage de l’artillerie dans cette vaste partie du monde, comme ce fut,
dit-on, un autre Allemand, nommé Schwartz, un moine noir, qui trouva
le secret de la poudre inflammable au xive siècle, sans qu’on ait
jamais su l’année de cette invention.
On a prétendu que Roger Bacon, moine anglais, antérieur
d’environ cent années au moine allemand, était le véritable
inventeur de la poudre. Nous avons rapporté ailleurs les paroles
de ce Roger, qui se trouvent dans son Opus majus, page 454, grande
édition d’Oxford... « Nous avons une preuve des explosions
subites dans ce jeu d’enfants qu’on fait par tout le monde. On enfonce
du salpêtre dans une balle de la grosseur d’un pouce, et on la fait
crever avec un bruit si violent qu’elle surpasse le rugissement du tonnerre,
et il en sort une plus grande exhalaison de feu, que celle de la foudre.
»
Il y a bien loin sans doute de cette petite boule de simple
salpêtre à notre artillerie, mais elle a pu mettre sur la
voie.
Il paraît qu’il est très faux que les Anglais
eussent employé le canon dans leur victoire de Crécy en 1346,
et dans celle de Poitiers dix ans après. Les actes de la tour de
Londres, recueillis par Rymer, en diraient quelque chose.
Plusieurs de nos historiens ont assuré qu’il existe
encore, dans la ville d’Amberg, du haut Palatinat, un canon fondu en 1301,
et que cette date est encore gravée sur la culasse.
Et voilà justement comme on écrit l’histoire.
On écrivait et on imprimait à Paris cette
erreur avec tant d’assurance que je fis écrire à M. le comte
de Holstein de Bavière, gouverneur du pays d’Amberg. Il donna un
certificat authentique qu’un fondeur de canons, nommé Martin, assez
fameux pour son temps, était mort en 1501. On mit un petit canon
sur son tombeau, avec la date 1501. Il eut la bonté d’envoyer une
copie figurée de l’inscription. Il est étonnant qu’on ait
pris 1501 pour 1301; mais les historiens aiment l’antique et le merveilleux.
Je n’ai guère plus de foi à la bombarde
de Froissart, qui avait plus de « cinquante pieds de long, et qui
menoit si grande noise au decliquer, qu’il sembloit que tous les diables
d’enfer fussent en chemin. » C’était apparemment une espèce
de baliste.
Je doute beaucoup encore du registre de du Drach, trésorier
des guerres en 1338: « A Henri Faumechon, pour avoir poudre et autres
choses nécessaires aux canons devant Puisguillaume. » Du Cange
rapporte ce trait, mais il se borne à le rapporter. Il n’examine
point s’il y avait alors des trésoriers des guerres. Il ne s’informe
pas si on assiégea un Puisguillaume ou un Puisguilliem dans le Périgord.
Il ne paraît pas qu’on ait fait le moindre exploit de guerre en Périgord
en l’an 1338. Si l’on entend le petit hameau de Puisguillaume en Bourbonnais,
on ne voit pas qu’il eût un château. Il faut donc douter, et
c’est presque toujours le seul parti à prendre. Ce qui paraît
certain, c’est que trois moines ont contribué à détruire
les hommes et les villes par l’artillerie, et en ajoutant à ces
trois moines les jésuites Shall et Verbiest, cela fera cinq. (Note
de Voltaire; 1775.)
¾ Dans le troisième
alinéa de cette note, Voltaire parle d’un passage de R. Bacon. L’historien
désigné au commencement du sixième alinéa est
Villaret. Quant au vers cité, il est de Voltaire lui-même
(Charlot, acte Ier, scène vii); voyez tome V du Théâtre.
(B.)
Note_93
Lorsqu’on tire un boulet, ou qu’on lance une flèche
horizontalement, elle tend à décrire une ligne droite; mais
la gravitation la fait descendre continuellement dans une autre ligne droite
vers le centre de la terre, et de ces deux directions se compose la ligne
courbe nommée parabole, à la lettre: allant au
delà. Si un canonnier s’occupait de toutes les propriétés
de cette ligne courbe, il n’aurait jamais le temps de mettre le feu à
son canon. (Note de Voltaire;
1775.)
Note_94
Variante: « ... De fusils et d’échelles.
»
Note_95
Variante: « Dans leur propre science. »
Note_96
Il s’est élevé sur ces vers une
grande dispute. Les uns ont pris ces vers pour un reproche, les autres
pour une louange. Il est clair qu’on ne peut faire un plus grand éloge
d’un guerrier qu’en le mettant au-dessus du prince Eugène et du
grand Gustave. On a dit que vouloir condamner cette comparaison, c’était
vouloir faire une querelle d’Allemand. (Note de
Voltaire; 1775.)
Note_97
Voyez la Correspondance avec Frédéric,
fin 1773 et commencement de 1774. Le roi de Prusse fut vivement blessé
de ces vers.
Note_98
Variante: « ... Et Nembrod et Cyrus. »
Note_99
Le roi de Prusse a formé lui-même
tous ses généraux. (Note de Voltaire;
1775.)
Note_100
Variante: « Le monde vante en vain leur
valeur indomptable. »
Note_101
Variante: « Mais, sans plus retracer. »
Note_102
Richelieu: c’est à ce vers et au suivant
que Voltaire fait allusion dans sa lettre du 10 décembre 1773. (B.)
Note_103
Voltaire en a parlé dans son Poème
de Fontenoy (tome VIII), et dans le Précis du Siècle
de Louis XV.
Note_104
Il y a ici, ce me semble, un petit anachronisme.
La bataille de Fontenoy, achetée au prix du sang des Lutteaux, des
Craon, etc., est de 1745. Sémiramis n’est que de 1748; l’Orphelin
de la Chine, de 1755. (B.)
Note_105
Voyez les notes sur le Dialogue de Pégase
et du Vieillard. (Note de Voltaire;
1775.) ¾ Ci-après pages suivantes.
(B.)
Note_106
Variante: « Souffrez donc, s’il vous plaît,
qu’on prenne la défense. »
Note_107
M. Guibert a fait une tragédie du Connétable
de Bourbon, dans laquelle le chevalier Bayard dit des choses admirables;
(Note de Voltaire;
1775.)
Note_108
L’idée d’une paix perpétuelle entre
tous les hommes est plus chimérique sans doute que le projet d’une
langue universelle. Il est trop vrai que la guerre est un fléau
contradictoire avec la nature humaine et avec presque toutes les religions,
et cependant un fléau aussi ancien que cette nature humaine, et
antérieur à toute religion. Il est aussi difficile d’empêcher
les hommes de se faire la guerre que d’empêcher les loups de manger
des moutons.
La guerre est quelque chose de si exécrable, que
plus nos nations barbares qui sont venues envahir, ensanglanter, ravager
toute notre Europe, se sont un peu policées, plus elles ont adouci
les horreurs que la guerre traînait après elle.
Ce n’est point assurément l’ouvrage immense de
Grotius, sur le droit prétendu de la guerre et de la paix, qui a
rendu les hommes moins féroces; ce ne sont point ses citations de
Carnéade, de Quintilien, de Porphire, d’Aristote, de Juvénal,
et du Pentateuque; ce n’est point parce qu’après le déluge
il fut défendu de manger les animaux avec leur âme et leur
sang, comme le rapporte Barbeirac son commentateur; ce n’est point, en
un mot, par tous les arguments profondément frivoles de Grotius
et de Puffendorf; c’est uniquement parce qu’on ne voit plus parmi nous
des hordes sauvages et affamées sortir de leur pays pour en aller
détruire un autre. Nos peuples ne font plus la guerre. Des rois,
des évêques, des électeurs, des sénateurs, des
bourgmestres, ont un certain terrain à défendre. Des hommes
qui sont leurs troupeaux paissent dans ce terrain. Les maîtres ont
pour eux la laine, le lait, la peau, et les cornes, avec quoi ils entretiennent
des chiens armés d’un collier, pour garder le pré, et pour
prendre celui du voisin dans l’occasion. Ces chiens se battent; mais les
moutons, les boeufs, les ânes, ne se battent pas: ils attendent patiemment
la décision qui leur apprendra à quel maître leur lait,
leur laine, leurs cornes, leur peau, appartiendront.
Quand le prince Eugène assiégeait Lille,
les dames de la ville allèrent à la comédie pendant
tout le siège; et dès que la capitulation fut faite, le peuple
paya tranquillement à l’empereur ce qu’il payait auparavant au roi
de France. Point de pillage, point de massacre, point d’esclavage, comme
du temps des Huns, des Alains, des Visigoths, des Francs.
Le duc de Marlborough faisait garder très soigneusement
tous les domaines de ce Fénelon, archevêque de Cambrai, citoyen
de toute l’Europe par son amour du genre humain; amour plus dangereux peut-être
à sa cour que son amour de Dieu.
Quand les Français eurent remporté la célèbre
victoire de Fontenoy, tous les habitants de Tournai et des environs s’empressèrent
de loger chez eux les prisonniers blessés; tous eurent soin d’eux
comme de leurs frères, et les femmes prodiguèrent tant de
délicatesses sur leurs tables que les médecins et les chirurgiens
furent obligés de modérer cet excès de zèle,
devenu dangereux.
A Rosbach, on vit le roi de Prusse lui-même acheter
tout le linge d’un château voisin pour le service de nos blessés;
et quand il les eut fait guérir, il les renvoya sur leur parole,
en disant: « Je ne puis m’accoutumer à verser le sang des
Français. »
Quelle humanité, quelle belle âme le prince
héréditaire de Brunswick ne déploya-t-il pas, lorsqu’il
reçut prisonnier à Crevelt ce comte de Gisors, ce fils du
maréchal de Belle-Isle, cet espoir du royaume, ce jeune homme si
valeureux, si instruit, si aimable! Le prince de Brunswick ne sortit point
d’auprès de son lit, et le baigna de larmes, en le voyant expirer
entre ses bras. Il pleurait celui des Français auquel il ressemblait
davantage.
Portons nos regards chez cette nation nouvelle qui naît
tout d’un coup pour être l’émule des plus policées,
et l’exemple des autres. Voyons un comte Alexis Orlof prendre un vaisseau
turc chargé des femmes, des esclaves, des meubles, de l’or, de l’argent,
des bijoux, du plus riche bacha de la Turquie, et lui renvoyer tout à
Constantinople. Ce même bacha, quelque temps après, commande
un corps d’armée contre les Russes; il s’avance hors des rangs avec
un interprète, et demande à parler: « Avez-vous, dit-il,
à votre tête un comte Orlof? ¾
Non; que lui voudriez-vous? ¾ Me jeter
à ses pieds » répliqua le Turc.
Pouvons-nous rien ajouter à ces traits, sinon l’accueil,
les attentions nobles et délicates, les fêtes, les présents,
les bienfaits, que reçurent les prisonniers turcs dans Pétersbourg,
d’une impératrice qui leur enseignait la guerre, la politesse, et
la générosité?
Nous ne voyons point de telles leçons dans Grotius.
Il vous dit bien, dans son chapitre du Droit de ravager, que les
Juifs étaient obligés de ravager au nom du Seigneur; mais
il ne trouve chez le peuple saint aucun trait qui ressemble aux exemples
profanes que nous venons de rapporter.
Voilà donc le dictame que l’humanité des
grands coeurs répand sur les maux que fait la guerre: mais ces consolations
divines nous démontrent que la guerre est infernale. (Note
de Voltaire; 1775.)
Note_109
En effet, notre auteur a défriché
quelques terrains plus rebelles que ceux des plus mauvaises landes de Bordeaux
et de la Champagne pouilleuse, et ils ont produit le plus beau froment;
mais ces tentatives très longues et très dispendieuses ne
peuvent être imitées par des colons. Il faudrait que le gouvernement
s’en chargeât, qu’il recommandât ce travail immense à
un intendant, l’intendant à un subdélégué,
et qu’on fît venir de la cavalerie sur les lieux. (Note
de M. de Morza; 1775.)
Note_110
Vadé, écrivain de la Foire, sous
le nom duquel l’auteur de l’Écossaise se cacha par modestie.
(Note de M. de Morza; 1774.) ¾L’Écossaise
a été donnée sous le nom de Jérôme
Carré, et non sous celui de Vadé (voyez tome IV du Théâtre,
mais l’auteur de l’Écossaise a pris aussi le nom de Vadé;
voyez ci-dessus, page 3.
Note_111
Martin Fréron; Martin n’est pas son nom
de baptême, ce n’est que son nom de guerre. Il s’est déchaîné,
dit-on, pendant vingt ans contre l’auteur de ce dialogue, pour faire vendre
ses feuilles. « Qua mensura mensi fueritis, eadem remetietur vobis.
» Il s’est attiré l’Écossaise, et nous en sommes
bien fâchés. (Note de M. de Morza;
1715.)
Note_112
L’abbé Sabotier ou Sabatier, natif de Castres,
ne s’est pas exercé dans les mêmes genres que le chantre de
Henri IV, et le peintre qui a dessiné le Siècle de Louis
XIV et de Louis XV; ainsi Il ne peut être son rival. S’il
s’était adonné aux mêmes études, il aurait été
son maître.
Cet abbé avait fait, en 1771, un dictionnaire de
littérature, dans lequel il prodiguait des éloges outrés;
il ne se vendit point. Mais il en fit un autre, en 1772, intitulé
les Trois Siècles, dans lequel il prodiguait des calomnies,
et il se vendit. Il insulta MM. d’Alembert, de Saint-Lambert, Marmontel,
Thomas, Diderot, Beauzée, Laharpe, Delille, et vingt autres gens
de lettres vivants, dont il faudrait respecter la mémoire s’ils
étaient morts.
Mais celui que MM. Sabotier et Clément ont déchiré
avec l’acharnement le plus emporté est un vieillard de quatre-vingts
ans qui ne pouvait pas se défendre.
Il est permis, il est utile de dire son sentiment sur
des ouvrages, surtout quand on le motive par des raisons solides, ou du
moins séduisantes. S’il ne s’agissait que de littérature,
nous dirions qu’il est très injuste d’accuser l’auteur de la
Henriade et du Siècle de Louis XIV, occupé de
célébrer la gloire des grands hommes de ce siècle,
de ne leur avoir pas rendu justice. Nous dirions que personne n’a parlé
avec plus de sensibilité des admirables scènes de Corneille,
de la perfection désespérante du style de Racine (comme
s’exprime M. de Laharpe), de la perfection non moins désespérante
de l’Art poétique, et de plusieurs belles épîtres
de Boileau.
Nous dirions que sa liste des grands écrivains
de ce siècle mémorable contient l’Éloge raisonné
de l’inimitable Molière, qu’il regarde comme supérieur
à tous les comiques de l’antiquité; celui de La Fontaine,
qui a surpassé Phèdre par sa naïveté et par ses
grâces; celui de Quinault, qui n’eut ni modèles ni rivaux
dans ses opéras. Nous dirions qu’il a rendu des hommages aux Bossuet,
aux Fénelon, à tous les hommes de génie, à
tous les savants.
Nous ajouterions qu’il aurait été indigne
d’apprécier leurs extrêmes beautés s’il n’avait pas
connu leurs fautes, inséparables de la faiblesse humaine; que c’eût
été une grande impertinence de mettre sur le même rang
Cinna et Pertharite, Polyeucte et Théodore, et
d’admirer également les excellentes fables de La Fontaine, et celles
qui sont moins heureuses. Il faut plus encore; il faut savoir discerner
dans le même ouvrage une beauté au milieu des défauts,
et un vice de langage, un manque de justesse dans les pensées les
plus sublimes: c’est en quoi consiste le goût. Et nous pourrions
assurer que l’auteur du Siècle de Louis XIV, après
soixante ans de travaux, était peut-être alors aussi en droit
de dire son avis que l’est aujourd’hui M: Sabotier.
Mais il s’agit ici d’accusations plus importantes. C’est
peu que cet abbé, dans l’espérance de plaire à ses
supérieurs, dont il ignore l’équité et le discernement,
impute à cent littérateurs de nos jours des sentiments odieux:
il a la cruauté de les appeler indévots, impies. Il
dit en propres mots que l’auteur de la Henriade nie l’immortalité
de l’âme. C’était bien assez de lui ravir l’immortalité
d’Alzire, de Zaïre, de Mérope, dont nous
sommes certain qu’il est peu jaloux, et dont il ne prend point le parti.
Il est trop dur de dépouiller une âme de quatre-vingts ans
de la seule vie qui puisse lui rester dans le temps à venir. Ce
procédé est injuste et maladroit, et d’autant plus maladroit
qu’il nous met dans la nécessité de révéler
quelle est l’âme de l’abbé dans le temps présent.
Nous l’avons vu et lu, et nous le tenons entre nos mains,
le Spinosa commenté, expliqué, éclairci, embelli,
écrit tout entier de la main de M. l’abbé Sabotier, natif
de Castres; et nous déposerons ce monument chez un notaire ou chez
un greffier, dès qu’il nous en aura donné la permission;
car nous ne voulons pas disposer d’un tel écrit sans l’aveu de l’auteur.
C’est un égard que nous nous devons les uns aux autres.
Pour les poésies légères de ce grand
critique et de ce grand missionnaire, nous en userons un peu plus librement.
Voici les preuves de la piété de cet abbé, qui est
si peu indulgent pour les péchés de son prochain; voici les
preuves du bon goût de celui qui trouve les vers de MM. de Saint-Lambert,
Delille, de Laharpe, si mauvais.
En sortant de la prison où ses moeurs respectables
l’avaient fait renfermer à Strasbourg, il s’amusa, pour se dissiper,
à faire un conte intitulé le... mauvais lieu. Ce conte
commence ainsi; et remarquez bien que nous l’avons, écrit de sa
main, de la même main que le Spinosa.
Du temps que la dame Pâris
Tenait école florissante
De jeux d’amour à juste prix,
D’une écolière assez savante
Sur les bords de la Seine un jour le pied glissa:
La chose assurément n’était pas merveilleuse,
Mais la chute dans l’eau n’était pas périlleuse,
Lorsqu’un mousquetaire passa.
Il crut que ce serait une perte publique
Que la perte de tant d’appas:
Aussi, plein d’ardeur héroïque,
Mit-il, sans hésiter, chemise et pourpoint bas,
etc. |
Nous épargnons sans hésiter, aux yeux de
nos chastes lecteurs, la suite de ce morceau délicat. Ce n’est qu’un
échantillon de l’élégante poésie de M. l’abbé
des Trois Siècles.
Nous lui demandons bien pardon de publier un autre morceau
de sa prose, bien plus touchant et bien plus décisif (et toujours
de sa main, et signé Sabotier de Castres)
« On n’aime ici que les processions, les sermons,
et les messes. Les gens qui ont eu la force de secouer le joug des préjugés
de l’enfance, du fanatisme et de l’erreur, en un mot les hommes qui pensent
bien, n’osent se faire connaître, etc., etc. »
Nous donnerons le reste, si cela lui fait plaisir.
Jugez maintenant, lecteur, s’il sied bien à ce
galant homme de traiter un secrétaire d’une de nos académies
d’impie et de scélérat, et d’en dire autant de nos littérateurs
les plus illustres. On croit qu’il aura incessamment un bénéfice:
mais quelle récompense aura le censeur royal qui lui a fait obtenir
une permission tacite d’outrager la vertu et le bon goût?
On dit qu’il est tonsuré, et qu’étant bientôt
élevé aux dignités de l’Église, il croira en
Dieu, ne fût-ce que par reconnaissance; car, malgré son spinosisme,
il saura qu’il n’y a point de société policée qui
n’admette un Être suprême, rémunérateur de la
vertu, et vengeur du crime. Nous le prions de se souvenir de ce vers de
M. de Voltaire:
Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer.
Ce philosophe écrivait, il n’y a pas longtemps,
à un grand prince: « C’est de tous les vers médiocres
que j’ai jamais faits, le moins médiocre, et celui dont je suis
le moins mécontent. » (Note de M.
de Morza; 1774.)
Il avait grande raison: un athée est peut-être
presque aussi dangereux, si on l’ose dire, qu’un fanatique; car si le fanatique
est un loup enragé qui égorge et qui suce le sang publiquement,
en croyant bien faire, l’athée pourra commettre tous les crimes
secrets, sachant bien qu’il fait mal, et comptant sur l’impunité.
Voilà pourquoi les deux grands législateurs Locke et Penn,
qui ont admis toutes les religions dans la Caroline et dans la Pensylvanie,
en ont formellement exclu les athées. (Note
de M. de Morza; 1775.)
¾ Le premier des ouvrages
de Sabatier dont il est question dans le premier alinéa de cette
note est intitulé Dictionnaire de littérature, 1770,
trois volumes in-8°. J’ai parlé des Trois Siècles,
tome VI du Théâtre, page 172; voyez aussi tome
IX, note 3 de la page 292.
Dans le huitième alinéa, Voltaire dit que
Sabatier avait commenté Spinosa. Dans sa lettre à Marmontel,
du 24 juillet 1773, Voltaire dit avoir le manuscrit écrit tout
entier de sa main et signé Bathesabit, ce qui est à
peu près l’anagramme de son nom. Cet ouvrage de Sabatier n’a
été imprimé qu’en 1806.
Quoi que Voltaire en dise dans son dixième alinéa,
Sabatier, dans sa Correspondance littéraire (lettre 3), assure
n’être jamais allé à Strasbourg; mais dans sa lettre
45, l’abbé nie avoir traduit Boccace, qu’il a traduit cependant.
Le conte dont Voltaire rapporte les premiers vers ne se
trouve pas dans les Quarts d’Heure d’un joyeux solitaire, ou Contes
de M***, La Haye, 1766, in-12, recueil obscène qu’on sait être
de l’abbé Sabatier, mais qui est sans doute antérieur à
la composition du conte, qui ne s’y trouve pas.
Le vers Si Dieu n’existait pas, etc., est dans
l’Épître à l’auteur du livre des Trois imposteurs.
Note_113
L’abbé Guyon, auteur d’un libelle insipide
contre notre auteur, intitulé l’Oracle des philosophes. (Note
de M. de Morza; 1774.)
Note_114
Langleviel, dit La Beaumelle, autre écrivain
de libelles aussi ridicules qu’affreux contre la cour. Il faut pardonner
à notre auteur s’il n’a puni ces gredins qu’en imprimant leurs noms,
et en exposant simplement leurs calomnies. (Note
de M. de Morza; 1774.)
¾ Le nom de famille
de La Beaumelle est Angliviel. (B.)
Note_115
On a imprimé cinq ou six volumes des prétendues
lettres de notre auteur; cela n’est pas honnête. On en a falsifié
plusieurs; cela est encore moins honnête; mais les éditeurs
ont voulu gagner de l’argent. (Note de M. de Morza;
1774.)
Note_116
On a glissé dans le recueil de ses ouvrages
bien des morceaux qui ne sont pas de lui, comme une traduction des Apocryphes
de Fabricius, qui est de M. Bigex; un dialogue de Périclès
et d’un Russe, fort estimé, dont l’auteur est M. Suard; des
vers sur la mort de Mlle Lecouvreur, moins estimés, commençant
par ceux-ci:
Quel contraste frappe mes yeux?
Melpomène ici désolée
Élève, avec l’aveu des dieux,
Un magnifique mausolée. |
Cette pièce est du sieur Bonneval, jadis précepteur
chez M. de Montmartel: s’il a eu l’aveu des dieux, il n’a pas eu celui
d’Apollon.
On trouve dans la collection des ouvrages de M. de Voltaire
de prétendus vers de M. Clairaut, qui n’en fit jamais; une pièce
qui a pour titre les Avantages de la raison, dans laquelle il n’y
a ni raison ni rime; une épître à Mlle Sallé,
qui est de M. Thieriot; une épître à l’abbé
de Rothelin, qui est de M. de Formont; des vers sur la mort de Mme du Chatelet,
dont nous ignorons l’auteur;
Des vers au duc d’Orléans, régent, qu’il
n’a jamais faits;
Une ode intitulée le Vrai Dieu, qui est
d’un jésuite nommé Lefèvre;
Une épître de l’abbé de Grécourt,
platement licencieuse, qui commence par ces mots Belle maman, soyez
l’arbitre; des vers au médecin Silva et à l’oculiste
Gendron; une réponse à un M. de B... qui commence ainsi:
Oui, mon cher B..., il est l’âme du monde;
Sa chaleur le pénètre et sa clarté
l’inonde,
Effets d’une même action.
Sa plus belle production
Est cette lumière éthérée
Dont Newton le premier, d’une main inspirée,
Sépara les couleurs par la réfraction.. |
Les beaux vers! et que les gens qui les attribuent à
M. de Voltaire ont le goût fin, et que leur main est inspirée!
Des vers à une prétendue marquise de T.
sur la philosophie de Newton, dans lesquels on trouve cette élégante
tirade:
Tout est en mouvement; la terre, suspendue,
En atome léger nage dans l’étendue;
L’espace, ou plutôt Dieu dans son immensité
Balance sur son poids l’univers agité.
Les travaux de la nuit, les phases, sont prédites.
Newton des premiers mois retraça les orbites. |
Et les éditeurs suisses, qui ont imprimé
ces bêtises venues de Paris, ont l’assurance d’imprimer en notes
que c’est la véritable leçon.
On a fait pourtant un recueil immense de ces fadaises
barbares sans consulter jamais l’auteur, ce qui est aussi incroyable que
vrai. Tant pis pour les libraires qui ont ainsi déshonoré
leur art et la littérature.
C’est sur quoi l’auteur disait: « On fait mon inventaire,
quoique je ne sois pas encore mort; et chacun y glisse ses meubles pour
les vendre. » (Note de M. de Morza;
1774.)
¾ Quelques-uns des ouvrages
que désavoue ici Voltaire sont cependant regardés comme étant
de lui.
Voltaire revient sur le désaveu de quelques-unes
de ces pièces dans sa Lettre écrite sous le nom de
La Visclède et dans sa lettre à d’Argence de Dirac, du
12 novembre 1764.
C’est dans le tome V des Nouveaux Mélanges qu’on
avait, en 1768, imprimé le dialogue intitulé Périclès,
un Grec moderne, un Russe. Ce dialogue, qui est de Suard, fait aussi
partie du tome XIII de l’édition in-4° des Oeuvres de Voltaire.
(B.)
Note_117
M. Clément et M. Sabotier ont imprimé
que notre auteur avait pillé le poème de la Henriade d’un
poème intitulé Clovis, par M. Saint-Didier. Cela est
encore peu honnête, car ce Clovis ne parut que trois ans après
la Henriade; mais une erreur de trois ans est peu de chose.
Il en a échappé une de quinze ans à
M. l’abbé Sabotier; car il a imprimé que notre auteur avait
pillé son Siècle de Louis XIV dans les Annales
politiques de l’abbé de Saint-Pierre; mais le Siècle
de Louis XIV fut imprimé pour la première fois en 1752,
et le livre de l’abbé de Saint-Pierre en 1767; sur quoi un mauvais
plaisant, se souvenant mal à propos que Sabatier est le fils d’un
bon perruquier de Castres, chassé de chez son père, a écrit
qu’il aurait dû plutôt faire des perruques pour l’auteur de
la Henriade, que de le dépouiller cruellement de ses prétendus
lauriers et d’exposer sa tête octogénaire à la rigueur
des saisons. (Note de M. de Morza;
1774.)
¾ Voltaire à
son tour se trompe dans cette note. La première édition des
Annales de l’abbé de Saint-Pierre a été imprimée
en 1757, comme Voltaire le dit dans son Siècle de Louis XIV
Note_118
Cet homme était venu de Dijon à
Paris avec sa tragédie de Charles Ier, et sa tragédie
de Médée. Il ne put venir à bout de
les faire représenter. La faim le pressait; il s’engagea avec un
libraire à lui fournir des critiques contre les premiers livres
qui auraient du succès. Il obtint quelque argent à compte
sur ses satires à venir. M. de Saint-Lambert donnait alors ses Saisons,
M. Delille sa traduction de Virgile, M. Dorat son poème sur
la déclamation, M. Watelet son poème sur la peinture. Voilà
l’écolier Clément qui se met vite à écrire
contre ces maîtres de l’art, et qui leur donne des leçons
comme à des disciples dont il serait mécontent. S’il n’avait
eu que ce ridicule on n’en aurait pas parlé, on ne l’aurait pas
connu; mais pour rendre ses leçons plus piquantes il y mêle
des traits personnels; il outrage une dame respectable. Alors on sait qu’il
existe, la police met mon pédant dans je ne sais quelle prison,
soit Bicêtre, soit le Fort-l’Évêque. M. de Saint-Lambert
a la générosité de solliciter sa grâce, et d’obtenir
son élargissement. Que fait le critique alors? Il persuade qu’on
ne lui a fait cette correction que pour avoir enseigné l’art d’écrire,
pour avoir soutenu la cause du bon goût, qui sans lui allait expirer
en France, et qu’il est, comme Fréron, victime de ses grands talents.
Sorti de prison, il fait un nouveau libelle, clans lequel
il insulte un conseiller de grand’chambre, fils d’un magistrat de la chambre
des comptes; il dit ingénieusement qu’il est fils d’un pâtissier,
et ce magistrat a dédaigné de le faire remettre à
Bicêtre. Il s’associe depuis à Fréron, à Sabotier,
et à d’autres gens de cette espèce. Il broche libelle sur
libelle contre un vieillard solitaire, retiré depuis trente années,
qu’on peut outrager impunément. Il avait écrit auparavant
à ce même solitaire plusieurs lettres dont nous avons les
originaux entre les mains. En voici un fragment:
« Jugez, monsieur, si votre silence peut ne pas
m’affliger. Peut-être, hélas! vous êtes-vous imaginé
que vous me verriez payer votre amitié, vos bienfaits, par la plus
noire ingratitude; que je serais assez lâche, assez criminel, pour
n’être pas plus reconnaissant que tant d’autres! Ah, monsieur! ne
me faites pas l’injure de soupçonner ainsi ma probité. C’est
ce bien précieux que je voudrais délivrer de la contagion
générale; vos soupçons le flétriraient. Votre
générosité, votre grandeur d’âme, peuvent en
conserver et en relever l’éclat. Ma tendresse, mon zèle,
mon respect, voilà mes seuls biens, ils sont tous à vous,
et ils y seront toujours, etc. A Dijon, ce sixième décembre
1769. Voici mon adresse: A Clément fils, chez son père, procureur
à Dijon, derrière les Minimes. »
Il a eu depuis l’intention de désavouer cette lettre,
et la probité de dire qu’elle était falsifiée. Nous
la conservons pourtant, quoique ce ne soit pas une pièce bien curieuse;
mais c’est toujours un témoignage subsistant de l’honneur que cette
petite cabale met dans sa conduite. C’est ce qui faisait dire à
M. Duclos, secrétaire de l’Académie, qu’il ne connaissait
rien de plus méprisable et de plus méchant que la canaille
de la littérature. Il est à croire que M. Clément;
s’étant marié, deviendra plus juste et plus sage, qu’il sera
plus modeste, qu’il ne calomniera plus des personnes dont il n’eut jamais
sujet de se plaindre, qu’il n’a même jamais envisagées, et
qu’il se repentira d’avoir débuté dans le monde par une conduite
si infâme. (Note de M. de Morza;
1774.)
¾ Le libelle dont il
est question dans le second alinéa de cette note est la Quatrième
lettre à M. de Voltaire, par Clément; il avait dit, à
l’occasion de l’Épître de Voltaire à Boileau:
« Peut-être M. de V. veut-il se venger de ce que ce fameux
satirique avait traité d’empoisonneur le traiteur Mignot,
dont M. de V. est le petit-neveu, à ce qu’on dit. » L’abbé
Mignot, conseiller-clerc au parlement, et neveu de Voltaire, n’était
pas de la famille du pâtissier Mignot. Voltaire se plaignit au chancelier,
et Clément écrivit à l’abbé Mignot une lettre
d’excuse insérée au Mercure de mars 1774, dans laquelle
sont ces mots: « Je suis fâché d’avoir publié,
sur la foi d’autrui, une erreur sur monsieur votre oncle et sur votre famille.
Je vous en fais mille excuses bien sincères. »
La lettre de Clément, du 6 décembre 1769,
dont Voltaire rapporte un passage, est en entier parmi les Pièces
justificatives de la Vie de Voltaire, dans le tome Ier.
Au lieu du mot infâme qui termine cette note
depuis 1775, on lisait précédemment condamnable. (B.)
Patouillet est un ex-jésuite qui débitait,
il y a quelques années, des déclamations de collège
nommées mandements, pour des évêques qui ne
pouvaient pas en faire. Il en débita un contre notre auteur et contre
d’autres gens de lettres: c’est dommage qu’il ait été brûlé
par la main du bourreau. Ce Patouillet était un des plus forts écrivains
dans le genre calomnieux que nous ayons eus depuis Garasse. (Note de M.
de Morza, 1775.) ¾ Le mandement dont
il s’agit avait été composé pour l’archevêque
d’Auch; voyez tome IX, page 553. (B.)
Nonotte est un autre ex-jésuite, digne compagnon
de Patouillet. Il a fait deux gros volumes sous le titre d’Erreurs de
Voltaire, et qu’il aurait pu intituler Erreurs de Nonotte. Il
commence par reprocher à l’auteur de l’Essai sur les moeurs et
l’esprit des nations, d’avoir dit que l’ignorance chrétienne
regarde le règne des empereurs romains comme une Saint-Barthélemy
continuelle; et l’auteur n’a point dit cela. Nonotte, pour rendre odieux
celui qu’il attaque, ajoute de sa grâce ce mot chrétienne.
L’auteur ne parle point là des autres empereurs; il parle du
seul Dioclétien que Galérius engagea à être
persécuteur après dix-neuf ans d’un règne de douceur
et de tolérance. Sur quoi l’auteur avait remarqué la faute
qu’ont faite tous les chronologistes de placer l’ère des martyrs
la première année de ce règne; il la fallait dater
de l’an 303, et non de l’an 284.
Il fait dire à l’auteur que Dioclétien ne
punit que quelques chrétiens, qui étaient des hommes brouillons,
emportés, et factieux. L’auteur n’a pas dit un mot de cela,
et n’a pu le dire. Il n’a pas assez oublié sa langue pour se servir
de cette expression, hommes brouillons.
Nonotte accuse l’auteur d’avoir dit que Charlemagne n’était
qu’un heureux brigand. L’auteur n’a rien écrit de semblable. Ainsi
voilà en deux pages trois calomnies dont ce bon Nonotte est convaincu.
M. Damilaville daigna prendre le soin de relever deux on trois cents erreurs
de Nonotte. Elles sont imprimées à la suite de l’Essai
sur les moeurs et l’esprit des nations. Et Nonotte était tout
étonné qu’on lui manquât ainsi de respect, à
lui qui avait eu l’honneur de prêcher dans un village de Franche-Comté,
et de régenter en sixième. L’orgueil a du bon; et quand il
est soutenu par l’ignorance, il est parfait. (Note
de M. de Morza; 1774.)
¾ Il était tout
naturel que Voltaire parlât souvent de Nonotte; c’est ce qu’il a
fait.
Note_119
Il a fort encouragé l’agriculture par son
livre intitulé l’Ami des hommes. (Note
de M. de Morza; 1775.)
Note_120
René Descartes. On sait qu’il était
excellent géomètre, mais que toute sa philosophie n’est fondée
que sur des chimères. (Note de M. de Morza;
1774.)
Note_121
On sait aussi que Malebranche s’est entretenu
familièrement avec le Verbe, quoique la première partie de
son livre sur les erreurs des sens et de l’imagination soit un chef-d’oeuvre
de philosophie. (Note de M. de Morza;
1774.)
Note_122
Rien n’est plus chimérique en effet que
la plupart des systèmes de physique. Burnet et Woodwart n’ont écrit
que des folies raisonnées sur le déluge universel. Malebranche
a inventé de petits tourbillons mous pour expliquer la lumière
et les couleurs, et cela plus de vingt ans après que Newton avait
fait son Optique. Maillet a osé dire que la mer avait formé
les montagnes, que les hommes avaient été poissons, que notre
globe est de verre, qu’il est le débris d’une comète; d’autres
ont retrouvé le monde primitif, la langue primitive, la manière
dont les métaux se formaient dans ce monde primitif. On sait qu’un
philosophe très doux, très modeste, très judicieux,
et point jaloux, a eu le secret d’enduire les hommes de poix-résine,
pour les empêcher de tomber malades; qu’il disséquait des
géants pour connaître la nature de l’âme, et qu’il prédisait
l’avenir: de tels hommes pourtant en ont imposé. (Note
de M. de Morza; 1775.) ¾
Le philosophe que, dans cette note, Voltaire appelle ironiquement très
doux, très modeste, très judicieux, et point jaloux, est
Maupertuis.
Note_123
Le 16 février 1775, jour de la réception
de Malesherbes à l’Académie française, l’abbé
Delille avait lu deux chants d’un poème sur la nature champêtre,
qu’il a depuis intitulé l’Homme des champs, dont la première
édition est de 1800. Mais je n’y ai pas trouvé ce vers que
Voltaire cite encore dans sa lettre au chevalier de Lisle, du 25 mars 1775.
(B.)
Note_124
Le roi Louis XVI venait d’abolir les corvées,
et de défendre qu’on poursuivît arbitrairement les débiteurs
du fisc. Ces deux opérations si simples n’ont rien coûté
à la couronne, et auraient été le salut du peuple....
(Note de Voltaire.)
Note_125
Il faut être juste; les prêtres n’eurent
aucune part aux intrigues, aux calomnies qui privèrent la France
du ministre le plus éclairé et le plus vertueux qui ait jamais
gouverné un grand empire. (K.)¾Le
ministre vertueux dont parlent les éditeurs de Kehl est Turgot,
qui avait quitté le pouvoir le 11 mai 1776, quelques mois après
la publication du Temps présent. (B.)
Note_126
M. le marquis de Condorcet. (Note
de Voltaire.)
Note_127
Dans un Recueil des pièces du régiment
de la Calotte, à Paris, chez J. Colombat, 1726, petit in-12, est
à la page 261 un Brevet pour agréger le sieur Camuzat dans
le régiment de la Calotte, par Voltaire. Je ne puis croire que cette
pièce, dont au reste personne n’a parlé, soit de Voltaire.
Dans le même recueil, page 267, est le Brevet pour agréger
le sieur Arouet de Voltaire dans le régiment de la Calotte, par
Camuzat. Cette dernière pièce est dans l’édition de
1752-54 des Mémoires pour servir à l’histoire de la Calotte,
en six volumes in-12; mais le Brevet pour Camuzat n’y est pas. (B).
|