NOTES

Note_1 Cette pièce, qui n’était pas dans les éditions de Kehl, est quelquefois intitulée le Parnasse; et ce fut à son occasion que Chaulieu adressa à Voltaire l’épître qui commence ainsi: 
 


Que j’aime ta noble audace, 
Arouet, qui d’un plein saut 
Escalades le Parnasse, 
Et tout a coup, près d’Horace, 
Sur le sommet le plus haut, 
Brigues la première place, etc.

Les éditeurs de Chaulieu ne savaient pas quelle était la pièce de Voltaire à laquelle se rapportait celle de l’abbé. Cependant le Bourbier ou le Parnasse a souvent été imprimé, savoir: dans les Nouvelles Littéraires, 1715, tome Ier, page 151; à la suite d’une édition de la Ligue (Henriade),Amsterdam, 1724, in-12, page 194; dans le Voltariana, page 270;dans Mon Petit Portefeuille, 1774,tome II, page 121; dans l’Histoire littéraire de Voltaire, par Luchet, tome Ier page 26; dans l’Almanach littéraire ou Étrennes d’Apollon pour 1793, page 5; Mme Dunoyer l’avait aussi inséré dans ses Lettres galantes. Voltaire avait composé cette satire de dépit de voir son Ode sur le voeu de Louis XIII (voyez tome VIII) jugée indigne du prix que Houdard de Lamotte fit adjuger à l’abbé du Jarry. Ce fut peut-être le même sentiment de dépit qui, longtemps après le Bourbier, dicta à voltaire le vers contre Lamotte qu’on lit dans l’exorde de la Pucelle (voyez tome IX). Voltaire publia aussi des observations sur l’ode de du Jarry. On lui a même attribué une épigramme à ce propos (voyez dans les Poésies mêlées, n° vii). (B.) 

¾ Quand le Bourbier parut, le poète avait vingt ans (le concours académique avait été clos en 1714). L’attaque était sanglante, elle s’adressait à un homme estimé, qui avait des amis, si ses idées et sa poétique lui avaient mérité des adversaires. Le Bourbier fit scandale: il indigna, il amusa, il attira l’attention sur son auteur... Voltaire, dans sa Lettre aux auteurs du Nouvelliste du Parnasse, juin 1731, convient de ces premiers écarts de sa verve, qu’excusent l’imprudence de l’âge et le ressentiment d’une injustice, mais qui ne seront pas, dit-il, ceux de son âge mûr: « Je me suis imposé la loi de ne jamais tomber dans ce détestable genre d’écrire. » (G. D.) 

Note_2 Une note du temps nous apprend qu’il est question de Jean de La Chapelle, auteur des Amours de Catulle, 1770, in-12; des Amours de Tipule, 1712-1713, deux volumes in-12. Il ne faut pas confondre cet écrivain avec l’ami de Bachaumont. (B.) 

Note_3 Horace. 

Note_4 Le banquier suisse Hoguère, qui habitait le château de Châtillon, près Paris. 

Note_5 J.-B. Rousseau avait fait une satire intitulée la Baronade, contre le baron de Breteuil son bienfaiteur, dont il avait été le secrétaire, et il avait eu l’impudence de prétendre ne s’être brouillé avec M. de Voltaire que par zèle pour la religion: hypocrisie révoltante dans un homme connu par tant d’épigrammes irréligieuses, et banni pour crime de subornation. Ces circonstances rendent cette satire excusable: l’ingratitude et l’hypocrisie doivent être traitées sans ménagement.(K.) 

¾ Tout le monde n’a pas autant d’indulgence: « Il est triste qu’un homme comme M. de Voltaire, qui, jusque-là, avait eu la gloire de ne se jamais servir de son talent pour accabler ses ennemis, ait voulu perdre cette gloire. » Telles sont les expressions employées par Voltaire lui-même dans sa Vie de Rousseau, à propos de la Crépinade. Il témoigne ailleurs d’autres regrets pour quelques expressions violentes contre Rousseau. 

La Crépinade est de 1736, du même temps que l’Ode sur l’ingratitude (tome Viii). Voltaire l’envoya à La Faye en septembre 1736. L’auteur donna ce titre à sa satire, parce que le père de J.-B. Rousseau était cordonnier. (B.) 

Note_6 Titres d’ouvrages dramatiques de J.-B. Rousseau 

Note_7 Ce vers et le huitième sont imités de l’Art d’aimer d’Ovide, chant III, vers 121-122. 

Note_8 Variante: « Tant décrié par nos pauvres docteurs. » 

Note_9 Fréron, dans l’Année littéraire, 1764, tome VIII, fait l’éloge de ce vers. 

Note_10 Variante: « Nos bons aïeux vivaient dans l’innocence. » 

Note_11 Auteur du Cuisinier français. (V., 1748) ¾ A.-A. Barbier, auteur du Dictionnaire des ouvrages anonymes, dit que le nom est Massialo; d’autres écrivent Massialot. (B.) 

Note_12 Variante: 
 


Mon cher Adam, mon gourmand, mon bon père, 
Je crois te voir, dans un recoin d’Éden, 
Grossièrement forger le genre humain, 
En secouant madame Ève, ma mère: 
Deux singes verts, deux chèvres pieds fourchus, 
Sont moins hideux au pied de leur feuillée. 
Par le soleil votre face hâlée, 
Vos bras velus, votre main écaillée, 
Vos ongles longs, crasseux, noirs, et crochus, 
Votre peau bise, endurcie, et brûlée, 
Sont les attraits, sont les charmes flatteurs, 
Dont l’assemblage attire vos ardeurs. 
Bientôt lassés, etc.

Une autre version porte: 
 


Mon cher Adam, mon vieux et tendre père, 
Je crois te voir, en un recoin d’Éden, 
Grossièrement forger le genre humain, 
En tourmentant madame Ève, ma mère. 
Deux singes verts, deux chèvres pieds fourchus, 
Sont moins hideux au fond de leur feuillée. 
Dont l’assemblage allume vos ardeurs. 
Bientôt lassés, etc.

Les deux versions du quatrième vers de cette variante sont rapportées par Voltaire dans sa lettre au marquis d’Argens, du 2 février 1737. (B.) 

Note_13 Fameux sculpteur, né à Chaumont en Champagne. (V., 1748.) 

Note_14 Excellent orfèvre, dont les dessins et les ouvrages sont du plus grand goût. (V., 1748.) ¾ Thomas Germain, né à Paris le 19 août 1674, y est mort le 14 août 1748. (B.) 

Note_15 Voltaire avait d’abord mis: 

Rendent sa peau douce, fraîche et polis.

Dans sa lettre à Tressan, du 9 décembre 1736, il donne la version actuelle comme meilleure: et cependant il a dit dans le chant Ier de la Pucelle, vers 139 (voyez tome IX): 

Qui font la peau douce, fraîche et polie.

Note_16 L’une, danseuse à l’Opéra, et l’autre, actrice à la Comédie-Française. 

Note_17 Variante: « Le tendre amour s’enivre de faveurs. » 

Note_18 L’opéra. (V., 1739.) 

Note_19 Variante: « Il va siffler le Jason de Rousseau. » 

Note_20 Dans sa lettre à La Faye, du mois de septembre 1736, Voltaire écrit: 
 


Certain vin frais dont la mousse pressée, 
De la bouteille avec force élancée, 
Avec éclat fait voler le bouchon.

Note_21 Variante: « Or maintenant, Mentor et Télémaque. » 

Note_22 Variante: 
 


Jardin fameux par Ève et par sa pomme, 
C’est bien en vain que, tristement séduits,

Note_23 Les curieux d’anecdotes seront bien aises de savoir que ce badinage, non seulement très innocent, mais dans le fond très utile, fut composé dans l’année 1736, immédiatement après le succès de la tragédie d’Alzire. ce succès anima tellement les ennemis littéraires de l’auteur, que l’abbé Desfontaines alla dénoncer la petite plaisanterie du Mondain à un prêtre nommé Couturier, qui avait du crédit sur l’esprit du cardinal de Fleury. Desfontaines falsifia l’ouvrage, y mit des vers de sa façon, comme il avait fait à la Henriade. L’ouvrage fut traité de scandaleux, et l’auteur de la Henriade, de Mérope, de Zaïre, fut obligé de s’enfuir de sa patrie. Le roi de Prusse lui offrit alors le même asile qu’il lui a donné depuis; mais l’auteur aima mieux aller retrouver ses amis dans sa patrie. Nous tenons cette anecdote de la bouche même de M. de Voltaire. (Note de Voltaire, 1752.) 

¾ Le texte de cette note, telle que je la reproduis, est de 1756; mais en 1752 il n’y avait que quatre mots de plus. Après le mot donné, on lisait: avec tant de grandeur. Voltaire était alors en Prusse. En 1756, il était sur les bords du lac de Genève. (B.) 

Note_24 Cette lettre fut écrite dans le temps que la pièce du Mondain parut, en 1736. (Note de Voltaire, 1752.) 

Mme la comtesse de Verrue, mère de Mme la princesse de Carignan, dépensait 100,000 francs par an en curiosités : elle s’était formé un des beaux cabinets de l’Europe en raretés et en tableaux. Elle rassemblait chez elle une société de philosophes, auxquels elle fit des legs par son testament. Elle mourut avec la fermeté et la simplicité de la philosophie la plus intrépide. (Note de Voltaire, 1752.) 

Note_25 Melon, secrétaire du Régent, est mort le 24 janvier 1738. L’Essai politique sur le commerce parut en 1731, sous la date de 1735. Une nouvelle édition est de 1736. 

Note_26 La lettre à M. le comte de Saxe (depuis maréchal), qui depuis 1771 s’imprime ordinairement à la suite de la lettre de M. de Melon, a été reportée dans la Correspondance, année 1737. 

Note_27 Dans sa lettre à Frédéric, de janvier 1737, Voltaire lui annonce le prochain envoi de la Défense du Mondain. Mais si les vers sur Colbert furent, comme on l’a dit (voyez pages précédentes) la cause des persécutions que Voltaire eut à essuyer, la Défense du Mondain devait être composée dès décembre 1730. (B.) 

Note_28 Voltaire, dans son Avertissement mis en tête de l’Éloge et Pensées de Pascal, 1778, in-8°, raconte ce qui suit: « Je me souviens, dit-il, que le jésuite Buffler, qui venait quelquefois chez le dernier président de Maisons, mort trop jeune, y ayant rencontré un des plus rudes jansénistes, lui dit: Et ego in interitu vestro ridebo vos et subsannabo. Le jeune Maisons, qui étudiait alors Térence, lui demanda si ce passage était des Adelphes, ou de l’Eunuque. « Non, dit Buffler, c’est la Sagesse elle-même qui parle ainsi dans son premier chapitre des Proverbes. » 

Note_29 Une poignée de foin au bout d’un bâton, nommée manipulus, était le premier étendard des Romains. (Note de Voltaire, 1748.) 

¾ Dans l’édition de 1739, cette note était ainsi conçue: « Ce qu’on appelait manipulus était d’abord une poignée de foin que les Romains mettaient au haut d’une perche, premier étendard des conquérants de l’Europe, de l’Asie mineure et de l’Afrique septentrionale. » 

Frédéric ayant écrit que les étendards de foin des Romains lui étaient inconnus, Voltaire lui adressa quelques explications, et c’est peut-être aussi l’origine de la note. (B.) 

Note_30 C’est ce qui est dit dans la Bible, troisième livre des Rois, chapitre iv, verset 33. 

Note_31 C’est depuis 1775 que cette pièce s’imprime à la suite de la Défense du Mondain. Elle avait été imprimée, en 1770, à la page 379 du tome X des Nouveaux Mélanges. (B.) 

Note_32 Dans son quatrième Discours sur l’Homme (voyez t. IX), Voltaire a dit: 

Quittons les voluptés pour savoir les reprendre.

Note_33 Toutes les éditions antérieures à 1833 portent: « Ses valets de pied, ses pages. » 

C’est dans une copie de la main de Longchamp, secrétaire de Voltaire, que j’ai trouvé la version que je donne. (B.) 

Note_34 Variante: 
 


O czarine, archiduchesse, 
Comme je sacrifierais, etc.

Note_35 Dans des stances au roi de Prusse (voyez tome VIII), Voltaire a dit: 
 


Buvez, soyez toujours heureux, 
Et je serais moins misérable.

Note_36 Jean-Joseph Vadé était mort en 1757, à trente-sept ans. Voltaire a mis à quelques autres de ses ouvrages le nom de Vadé, mais avec des prénoms qui n’étaient pas ceux du personnage réel; voyez les notes de la page 3. (B.) 

Note_37 Marc, chapitre viii, verset 33. 

Note_38 Abraham Chaumeix avait fait un livre intitulé Préjugés légitimes contre l’Encyclopédie. (K.) ¾ L’ouvrage de Chaumeix parut en l758-59, en quatre volumes in-12. (B.) 

Note_39 Voltaire semble vouloir dire ici que Gauchat était le rédacteur anonyme de ces Nouvelles. (G. A.) 

Note_40 Voltaire antidate son oeuvre à cause du nom dont il la signe. Vadé était mort à la fin de 1758. Catherine semble avoir hâte de publier les vers posthumes de son cousin. (G. A.) 

Note_41 Victor-François, duc de Broglie, né le 19 octobre 1718, créé maréchal de France le 16 décembre 1759, mort à Munster en 1804. Son père et son aïeul avaient été aussi maréchaux de France. 

Note_42 M. de Cremille, lieutenant-général, était chargé alors du département de la guerre, sous M. le maréchal de Belle-Isle. (Note de Voltaire, 1771.) 

Note_43 C’est ce qu’ont dit Lucrèce et Perse dans des vers que Voltaire cite ou rappelle souvent. 

Note_44 Pequet était un premier commis des affaires étrangères; Pleneuf était un entrepreneur des vivres. (Note de Voltaire, 1771.) ¾ Berthelot de Pleneuf était le père de la marquise de Prie, à qui est dédié l’Indiscret; voyez tome Ier du Théâtre, page 245. 

Note_45 Variante: « ... le xérès, le vin grec. » 

Note_46 Variante: « ... ma pauvre nudité. » 

Note_47 C’est le café qui existe encore dans la rue de l’Ancienne-Comédie. 

Note_48 Fréron ne se nomme pas Jean, mais Caterin. Il semble que cet homme soit le cadavre d’un coupable qu’on abandonne au scalpel des chirurgiens. Il a été méchant, et il en a été puni. Il dit, dans une de ses feuilles de l’année 1756: « Je ne hais pas la médisance, peut-être même ne haïrais-je pas la calomnie. » Un homme qui écrit ainsi ne doit pas être surpris qu’on lui rende justice. (Note de Voltaire, 1771.) 

Note_49 L’abbé Mercier de Saint-Léger, qui achetait de Fréron les livres nouveaux dont celui-ci rendait compte, ne trouvait d’ordinaire que la préface dont les feuillets fussent coupés. (Magasin encycl., 1812, tome VI, page 414.) 

Note_50 Variante: 
 


Je critiquai sans esprit et sans choix; 
Et je mentis pour dix écu, par mois 
Comme un laquais je parvins à déplaire 
Même en province, à tel point que parfois 
De nos écrits on fit de vils emplois.

Note_51 Variante: « Avait gaufré... » 

Note_52 L’homme dont il s’agit ici était d’ailleurs un magistrat et un homme de lettres et de mérite. Il eut le malheur de prononcer à l’Académie un discours peu mesuré, et même très offensant. Il est vrai que sa tragédie de Didon est faite sur le modèle de celle de Metastasio; mais aussi il y a de beaux morceaux qui sont à l’auteur français. Il faut avouer qu’en général la pièce est mal écrite. il n’y a qu’à voir le commencement: 
 


Tous mes ambassadeurs, irrités et confus, 
Trop souvent de la reine ont subi les refus. 
Voisin de ses États, faibles dans leur naissance, 
Je croyais que Didon, redoutant ma vengeance, 
Se résoudrait sans peine à l’hymen glorieux 
D’un monarque puissant, fils du maître des dieux. 
Je contiens cependant la fureur qui m’anime; 
Et déguisant encor mon dépit légitime, 
Pour la dernière fois, en proie à ses hauteurs, 
Je viens sous le faux nom de mes ambassadeurs, 
Au milieu de la cour d’une reine étrangère, 
D’un refus obstiné pénétrer le mystère; 
Que sais-je?... n’écouter qu’un transport amoureux.

Des ambassadeurs ne subissent point des refus; on essuie, on reçoit des refus. Si tous ses ambassadeurs irrités et confus ont subi des refus, comment ce Jarbe pouvait-il croire que Didon se soumettrait sans peine à cet hymen glorieux? Jarbe d’ailleurs a-t-il envoyé tous ses ambassadeurs ensemble, un l’un après l’autre? 

Il contient cependant la fureur qui l’anime, et il déguise encore son dépit légitime. S’il déguise ce dépit légitime, et s’il est si furieux, il ne croit donc pas que Didon l’épousera sans peine. Épouser quelqu’un sans peine, et déguiser son dépit légitime, ne sont pas des expressions bien nobles, bien tragiques, bien élégantes. 

Il vient, sous le faux nom de ses ambassadeurs, être en proie à des hauteurs? Comment vient-on sous le faux nom de ses ambassadeurs? on peut venir sous le nom d’un autre, mais on ne vient point sous le nom de plusieurs personnes. De plus, si on vient sous le nom de quelqu’un, on vient à la vérité sous un faux nom, puisqu’on prend un nom qui n’est pas le sien; mais on ne prend pas le faux nom d’un ambassadeur quand on prend le véritable nom de cet ambassadeur même. 

Il veut pénétrer le mystère d’un refus obstiné. Qu’est-ce que le mystère d’un refus si net, et déclaré avec tant de hauteur? Il peut y avoir du mystère dans des délais, dans des réponses équivoques, dans des promesses mal tenues; mais quand on a déclaré avec des hauteurs à tous vos ambassadeurs qu’on ne veut point de vous, il n’y a certainement là aucun mystère. 

Que sais-je?... n’écouter qu’un transport amoureux. Que sait-il? il n’écoutera qu’un transport, il sera terrible dans le tête-à-tête. 

Le grand malheur de tant d’auteurs est de n’employer presque jamais le mot propre; ils sont contents pourvu qu’ils riment, mais les connaisseurs ne sont pas contents. (Note de Voltaire, 1771.) 

¾ Voltaire avait, en 1736, publié le Fragment d’une lettre sur Didon; il répéta encore ses observations en 1774. (B.) 

Note_53 Dans sa lettre à d’Argental, du 27 avril 1760, Voltaire dit que les Cantiques de Lefranc sont d’autant plus sacrés que personne n’y touche. On a remarqué que Voltaire a, par inadvertance, fait rimer le mot touche avec lui-même. (B.) 

Note_54 Zoraïde était une tragédie africaine du même auteur. Les comédiens le prièrent de leur faire une seconde lecture pour y corriger quelque chose; il leur écrivit cette lettre: 

« Je suis fort surpris, messieurs, que vous exigiez une seconde lecture d’une tragédie telle que Zoraïde. Si vous ne vous connaissez pas en mérite, je me connais en procédés, et je me souviendrai assez longtemps des vôtres pour ne plus m’occuper d’un théâtre où l’on distingue si peu les personnes et les talents. Je suis, messieurs, autant que vous méritez que je le sois, votre, etc. (Note de Voltaire, 1771.) ¾ Le sujet de Zoraïde est, comme Alzire, la peinture des moeurs américaines opposée au portrait des moeurs européennes. Voltaire réclama auprès des Comédiens français; voyez tome II du Théâtre, page 369. 

Note_55 Quinault-Denèle était dans ce temps-là une assez bonne comédienne, pour qui principalement Zoraïde avait été faite. Les noms qui suivent sont les noms des comédiens de ce temps-là. (Note de Voltaire, 1774.) 

Note_56 Gresset, auteur du petit poème de Ver-Vert, d’autres ouvrages dans ce goût, et de quelques comédies. Il y a des vers très heureux dans tout ce qu’il a fait. Il était jésuite quand il fit imprimer son Ver-Vert. Le contraste de son état et des termes de b... et f... qu’on voyait dans ce petit poème fit un très grand éclat dans le monde, et donna à l’auteur une grande réputation. Ce poème n’était fondé à la vérité que sur des plaisanteries de couvent, mais il promettait beaucoup; l’auteur fut obligé de sortir des jésuites. Il donna la comédie du Méchant, pièce un peu froide, mais dans laquelle il y a des scènes extrêmement bien écrites. Revenu depuis à la dévotion, il fit imprimer une Lettre dans laquelle il avertissait le public qu’il ne donnerait plus de comédies, de peur de se damner. Il pouvait cesser de travailler pour le théâtre sans le dire. Si tous ceux qui ne font point de comédies en avertissaient tout le monde, il y aurait trop d’avertissements imprimés. Cet avis au public fut plus sifflé que ne l’aurait été une pièce nouvelle, tant le public est malin. (V., 1771.) 

Note_57 L’abbé Trublet, auteur de quatre tomes d’Essais de littérature. Ce sont de ces livres inutiles, où l’on ramasse de prétendus bons mots qu’on a entendu dire autrefois, des sentences rebattues, des pensées d’autrui délayées dans de longues phrases, de ces livres enfin dont on pourrait faire douze tomes avec le seul secours du Polyanthe. (Note de Voltaire, 1771.) ¾ On appelle Polyanthea le volume intitulé Florilegii magni, seu Polyantheae floribus novissimis sparsae libri XXIII, etc. C’est un recueil par ordre alphabétique de matières, de définitions, pensées, maximes, adages d’auteurs célèbres. (B.) 

¾ En entrant dans Paris, le Pauvre Diable entra, pour ainsi dire, dans la mémoire de tous les gens du goût... Le lendemain même, M. Suard rencontre l’abbé Trublet sous les guichets du Carrousel. Ce bon diable avait aussi retenu la pièce tout entière, et ce qu’il savait mieux, c’étaient les vers sur lui, si sanglants et si gais. Il ne les récitait pas seulement, il les commentait. « Observez bien, disait-il à M. Suard, qu’un homme de peu de goût et de peu de talent aurait pu faire le vers composé d’un même mot répété trois fois: 

Il compilait, compilait, compilait.

mais qu’il n’y avait qu’un homme de beaucoup de talent et de beaucoup de goût qui pouvait le laisser. » Voltaire, qui ne l’a pas ignoré, aurait pu écrire à Trublet, comme Horace à Tibulle: 

Albi, nostrorum sermonum candide judex.

(Garat, Mémoires historiques sur le dix-huitième siècle, Paris, 1829, tome Ier, pages 129-130.) 

Note_58 Voltaire désigne ainsi le comité de la Comédie italienne. 

Note_59 Il y avait en effet alors, auprès de l’hôtel de la Comédie italienne, une maison où s’assemblaient tous les convulsionnaires, et où ils faisaient des miracles. Ils étaient protégés par un président au parlement, nommé du Bois, après l’avoir été par un Carré de Montgeron, conseiller au même parlement. Cette secte de convulsionnaires, celle des moraves, des ménonistes, des piétistes, font voir comment certaines religions peuvent aisément s’établir dans la populace, et gagner ensuite les classes supérieures. Il y avait alors plus de six mille convulsionnaires à Paris. Plusieurs d’entre eux faisaient des choses très extraordinaires. On rôtissait des filles sans que leur peau fût endommagée; on leur donnait des coups de bûche sur l’estomac sans les blesser; et cela s’appelait donner des secours. Il y eut des boiteux qui marchèrent droit et des sourds qui entendirent. Tous ces miracles commençaient par un psaume qu’on récitait en langue vulgaire; on était saisi du Saint-Esprit, on prophétisait; et quiconque dans l’assemblée se serait permis de rire aurait couru risque d’être lapidé. Ces farces ont duré vingt ans chez les Welches. (Note de Voltaire, 1771.) 

Note_60 Variante: « ... caché là. » 

Note_61 C’est Abraham Chaumeix, vinaigrier et théologien, dont on a parlé ailleurs. (Note de Voltaire, 1771.) ¾ Voyez ci-après une note du Russe à Paris.

Note_62 Variante: « ... navré de ma disgrâce. » 

Note_63 C’était la prétention des parlementaires. (G. A.) 

Note_64 L’Opéra, situé alors sur un emplacement voisin de la cour des Fontaines actuelle. 

Note_65 Marion de Lorme, courtisane du temps du cardinal de Richelieu, et qui fit une assez grande fortune avec ce ministre, qui était fort généreux. (Note de Voltaire, 1771.) 

Note_66 La mode était alors de se promener en carrosse ou à pied sur les boulevards de Paris, que M. Outrequin avait soin de faire arroser tous les jours pendant l’été. Les jeunes gens se piquaient d’y faire paraître leurs maîtresses dans les voitures les plus brillantes. On y voyait des filles de l’Opéra couvertes de diamants; elles renouaient leurs cheveux avec des peignes où il y avait autant de diamants que de dents. Les boulevards étaient bordés de cafés, de boutiques de marionnettes, de joueurs de gobelets, de danseurs de corde, et de tout ce qui peut amuser la jeunesse. (Note de Voltaire, 1771.) 

Note_67 Variante: « Sifflés, sifflants, ... » 

Note_68 Le Portier des Chartreux est un livre qui n’est pas de la morale la plus austère. On y trouve un portrait de l’abbé Desfontaines, plus hardi que tous ceux l’on lit dans Pétrone. Cet ouvrage est de l’auteur de la petite comédie intitulée le B... L’auteur était d’ailleurs aussi savant dans l’antiquité que dans l’histoire des moeurs modernes; et il a composé des discours sérieux pour des personnages très graves, qui ne savaient pas les faire eux-mêmes. (Note de Voltaire, 1771 et 75.) ¾ Le comte de Caylus (voyez tome VIII, page 599) est auteur de la comédie intitulée le Bordel, ou le J.-F. puni, comédie en prose, en trois actes, 1736, in-8°; mais c’est par plaisanterie que Voltaire lui attribue le Portier des Chartreux, imprimé, pour la première fois, sous le titre d’Histoire de Dom B... , portier des Chartreux, 1748, deux parties in-8°; réimprimé plusieurs fois, tantôt sous le titre Histoire de Gouberdom (nom anagrammatique), portier des Chartreux, 1772, in-8°, 1790, deux parties; tantôt sous celui de Mémoires de Saturnin, 1787, deux parties in-18, 1803, deux volumes in-18, etc. L’auteur de ce roman obscène est Jean-Charles Gervaise de La Touche, avocat au parlement de Paris depuis 1744, mort en 1782; il était né à Amiens. (B.) 

Note_69 Un provincial, dans un mémoire, a imprimé ces mots: « Il faut que tout l’univers sache que Leurs Majestés se sont occupées de mon discours. Le roi l’a voulu voir; toute la cour l’a voulu voir. » Il dit, dans un autre endroit, que « sa naissance est encore au-dessus de son discours. » Un frère de la Doctrine chrétienne a trouvé peu d’humilité chrétienne dans les paroles de ce monsieur; et, pour le corriger, il a mis en lumière Ces vers chrétiens, applicables à tous ceux qui ont plus de vanité qu’il ne faut. (Note de Voltaire, 1760.) ¾ Voyez la note sur Lefranc de Pompignan dans le Russe à Paris. 

Note_70 Un provincial, dans un mémoire concernant une petite querelle académique, avait imprimé ces propres mots: « Il faut que tout l’univers sache que Leurs Majestés se sont occupées de mon discours à l’Académie. » 

Et comme, dans ce discours, dont Leurs Majestés ne s’étaient point occupées, l’auteur avait insulté plusieurs académiciens, il n’est pas étonnant qu’il se soit attiré une petite correction dans la pièce de vers intitulée la Vanité. Car s’il est mal de commencer la guerre, il est très pardonnable de se défendre. (Note de Voltaire, 1771.) 

Note_71 Ce fut le lundi 10 mars 1760 que Lefranc de Pompignan fut reçu à l’Académie française et prononça, en séance publique, une pièce oratoire qui sera redevable à Voltaire de son immortalité. Au moins le récipiendaire ira droit au but, sans circonlocutions ni détours. Ses paroles seront provocantes, agressives; c’est en ennemi ouvert de la philosophie qu’il se pose, et il ne néglige rien pour s’aliéner des écrivains qui, de leur côté, auront bonne mémoire et ne lui feront pas grâce. Ce morceau, trop fameux, n’est d’un bout à l’autre qu’un lieu commun, mais relevé par une force d’expression, une chaleur, une conviction indignée, de nature à produire une forte impression sur un auditoire qui n’était pas composé des seuls amis des philosophes, et dans lequel plus d’un, effrayé, épouvanté de la fièvre des esprits, se demandait déjà où l’on allait, et quelle serait la fin de toutes ces audaces. Ces déclamations violentes furent donc accueillies avec une faveur marquée, et, disons-le, leur succès fut complet. Dupré de Saint-Maur, qui répondit au nouvel élu en qualité de directeur, lui fit de son mieux les honneurs de l’Académie. Il n’eut garde d’oublier, dans ses compliments, son frère, l’évêque du Puy. Il les compara, le poète à Moïse, le prélat à Aaron. « Tout retrace en vous, dit-il, l’image de ces deux frères qui furent consacrés l’un comme juge, l’autre comme pontife, pour opérer des miracles dans Israël. » Fréron cite ce passage sans commentaires. Nous nous trompons; la comparaison lui paraît tout à fait neuve. Nous ne le contredirons point; mais on ne pouvait rendre de pire service au pauvre Saint-Maur que de reproduire cette burlesque et ridicule flatterie. Quoi qu’il en soit, fier comme Artaban, Lefranc fut admis à remettre son discours au roi, qui lui dit: « Je vous promets de le lire. » Ce n’était pas, à ce qu’on assure, une simple politesse. « Sa Majesté l’a lu en effet, rapporte Fréron dans l’Année littéraire, et le jour même elle demanda à un seigneur de sa cour comment il trouvait le discours. « Un peu long, sire, répondit-il. ¾ Il est vrai, reprit le roi, que j’ai employé vingt minutes à le lire, et qu’il a dû être plus long à l’Académie; mais c’est un excellent ouvrage, selon moi, peu fait, au reste, pour être applaudi par les impies et les esprits forts. » Que pourrais-je ajouter, monsieur, à un suffrage aussi brillant et aussi flatteur? » (G. D.) 

Note_72 Voltaire avait écrit à Marmontel, à propos de son Bélisaire condamné par le Parlement, une lettre dans laquelle il disait que, s’il était à Paris, il irait avec l’Académie demander justice au roi (7 auguste 1767). Cogé, coge pecus comme l’appelait Voltaire, lui retourna très finement ces trois vers. 

Note_73 Ce sont de petites feuilles volantes qui coururent dans Paris vers ce temps-là. (Note de Voltaire,1771.) 

Note_74 C’est la prière de Pope, connue sous le nom de Prière du déiste. Il est vrai qu’elle n’était pas chrétienne, mais elle était universelle. On ne s’en scandalisa point à Londres, non seulement parce qu’on permet beaucoup de choses aux poètes, mais parce qu’on était las de persécuter Pope, et surtout parce qu’il se trouve en Angleterre beaucoup plus de philosophes que de persécuteurs. 

M. Lefranc de Pompignan la traduisit en vers français; mais après l’avoir traduite, il ne devait pas insulter tous les gens de lettres de Paris, dans son discours de réception à l’Académie française. Il pouvait faire sa cour sans insulter ses confrères. Ce discours fut la source de quantité d’épigrammes, de chansons, et de petites pièces de vers, dont aucune ne touche à l’honneur, et qui n’empêchent pas, comme on l’a déjà dit ailleurs, que l’homme qui s’était attiré cette querelle ne put avoir beaucoup de mérite. (V., 1771.) ¾ Le ailleurs dont il s’agit dans cette note est une des notes du Pauvre Diable; voyez pages précédentes. (B.) 

Note_75 C’est le gazetier des Nouvelles ecclésiastiques; on en a déjà parlé ailleurs. C’est en effet une chose assez plaisante que l’importance mise par ce gazetier à ces petites querelles ignorées dans le reste du monde, méprisées dans Paris par tous les gens de bon sens, et connues seulement par ceux qui les excitaient, et par la canaille des convulsionnaires. Le gazetier ecclésiastique assura dans plusieurs feuilles que les temps d’Anus et d’Athanase avalent été moins orageux, et qu’on devait s’attendre aux événements les plus funestes, depuis qu’on avait mis un porte-dieu à Bicêtre, et un colporteur au pilori. (Note de Voltaire, 1771.) ¾ Le ailleurs dont Voltaire veut parler ici est une de ses notes du Russe à Paris (voyez plus loin). (B.) 

Note_76 Piron, auteur de la Métromanie, jolie pièce qui a eu beaucoup de succès. Il a fait sou épitaphe, qui commence par ce vers: 

Ci-gît, qui? quoi? ma foi, personne, rien.

(Note de Voltaire, 1771.) 

Note_77 Voltaire, dans sa lettre à Thieriot, du 8 décembre 1760, raconte que Pompignan étant allé se plaindre au dauphin, ce prince dit tout haut: 

Notre ami Pompignan pense être quelque chose! (B.)

¾ Le dauphin, quelles que fussent sa dévotion et sa charité, n’avait pu se défendre de rire comme tout le monde aux dépens de Lefranc. Ce vers, d’un comique si heureux, ne lui sortait pas de la tête. Mme du Hausset rapporte une conversation entre Quesnay et Mirabeau sur le dauphin. « Ce qui devrait vous rassurer sur le dauphin, dit Mirabeau, c’est que, malgré la dévotion de Pompignan, il le tourne en ridicule. Il y a quelque temps que, l’ayant rencontré et trouvant qu’il avait l’air bouffi d’orgueil, il dit à quelqu’un qui me l’a redit: 

Et l’ami Pompignan pense être quelque chose. »

Le pire pour le pauvre homme, c’est que l’anecdote s’ébruita, qu’elle courut bientôt Paris, et ne tarda pas même à parvenir jusqu’aux Délices, où elle fut accueillie avec transport: « Voilà, écrivait Voltaire à Helvétius (12 décembre 1760), à quoi les vers sont bons quelquefois; on les cite, comme vous voyez, dans les grandes occasions. » (G. D.) 

Note_78 Nous avons rétabli les notes de cette satire d’après les premières éditions. L’auteur avait cru devoir en supprimer quelques-unes. Ce qui occupait les esprits en 1760 était oublié en 1775. Il faut se rappeler, en les lisant, l’époque où elles ont été faites, et la nécessité où se trouvait M. de Voltaire de dévoiler l’hypocrisie des hommes qui, sous le masque du patriotisme, comme sous le manteau de la religion, cherchaient à perdre auprès de Louis XV des écrivains vertueux et amis du bien public, dont tout le crime était d’avoir excité leur envie, ou blessé leur orgueil. (K.) 

Note_79 Ce furent Huygens et Newton qui prouvèrent, le premier par la théorie des forces centrifuges, le second par celle de la gravitation, que le globe doit être un peu aplati aux pôles, et un peu élevé à l’équateur; que par conséquent les degrés du méridien sont plus petits à l’équateur, et au pôle un peu plus longs. La différence, selon Newton, est d’un deux-cent-trentième, et, selon Huygens, d’un cinq-cent-soixante-et-dix-huitième. 

On trouva au contraire, par les mesures prises en France, que les degrés du méridien étaient plus grands au sud qu’au nord. De là on conclut que la terre était aplatie au pôle, comme Newton et Huygens l’avaient prouvé par une théorie sûre. C’était tout justement le contraire de ce qu’on devait conclure. Les mesures de France étaient fausses, et la conclusion plus fausse encore. 

Cette affaire ne fut portée ni au parlement ni en Sorbonne, comme celle de l’inoculation y a été déférée. L’Académie des sciences se rétracta au bout de vingt ans, et Fontenelle avoua dans son histoire que, si les degrés étaient plus longs vers le nord, la terre devait être aplatie au pôle. 

Cela faisait voir qu’on s’était non seulement trompé en France sur la théorie, mais qu’on s’était aussi trompé dans les mesures. (Note de Voltaire, 1771.) 

¾ Les erreurs qu’elles renfermaient ont été reconnues et corrigées depuis. Il est prouvé que la terre est aplatie, comme les expériences du pendule l’avaient prouvé, comme les lois de l’équilibre des fluides paraissent l’exiger. La proportion des axes de la terre s’approche davantage de celle de Newton que de celle de Huygens, ce qui confirme ce qu’avait découvert Newton, que la force de la pesanteur est le résultat de la force attractive de tous les éléments de la terre, et non une force dirigée vers le centre, suivant l’hypothèse de Huygens; mais les observations du pendule ne sont pas d’accord avec les mesures des degrés du méridien, dans l’hypothèse de la terre homogène, et ces mesures ne s’accordent pas à donner à la terre une figure régulière. (K.) 

Note_80 Moreau de Maupertuis fit accroire au cardinal de Fleury que cette dispute purement philosophique intéressait tous les navigateurs; qu’il y allait de leur vie. Il n’y allait certainement que de la curiosité. (Note de Voltaire, 1771.) 

Note_81 C’était deux filles de Tornéa, qui étaient soeurs. Le père commença un procès criminel contre Maupertuis; mais on ne put du cercle polaire envoyer à Paris un huissier. (V., 1771.) 

¾ Voltaire a parlé ailleurs des deux Laponnes enlevées par Maupertuis; voyez tome IX. 

Note_82 Cela est vrai à la lettre. Il y avait à la fête de Versailles de grands berceaux de verdure, ornés de fleurs qui formaient des dessins pittoresques. Ce fut là que Louis XIV, qui était dans tout l’éclat de la jeunesse et de la beauté, dansa avec Mlle de La Vallière et d’autres dames. (Note de Voltaire, 1771.) 

Note_83 C’était à la première représentation de Cinna. (B.) 

Note_84 Rien n’est plus connu que l’histoire de la tragédie de Bérénice. La princesse Henriette d’Angleterre, fille de Charles Ier, et femme de Monsieur, frère unique de Louis XIV, donna ce sujet à traiter à Corneille et à Racine. On sait comment Corneille en fit une tragédie aussi froide et aussi ennuyeuse que mal écrite, et comment Racine en fit une pièce très touchante malgré ses défauts. (Note de Voltaire, 1774.) 

Note_85 Louis XIV était parvenu jusqu’à garnir ses ports de près de deux cents vaisseaux de guerre. (V., 1771.) 

Note_86 Cela fut écrit en 1760, temps auquel le malheur des temps, les disgrâces dans la guerre, et la mauvaise administration des finances, avaient obligé le roi et la plupart des gens riches à faire porter à la Monnaie une grande partie de leur vaisselle d’argent. On servait alors les potages et les ragoûts dans des plats de faïence qu’on appelait des cus noirs. (V., 1771.) 

Note_87 On n’a pas ici la témérité de vouloir jeter le plus léger soupçon de partialité sur les remontrances: le zèle les dicte, la bonté les reçoit, l’équité y a souvent égard; On observe seulement que lorsque les Anglais se ruinent pour désoler nos côtes, insulter nos ports, détruire nos colonies et notre commerce, nous devons donner quelque chose pour nous défendre. Certes, en voyant notre roi se défaire de sa vaisselle d’argent, et se priver de ce qui fait le nécessaire d’un monarque, quel est le citoyen qui ne suivra pas un exemple si noble et si touchant? (Note de Voltaire, 1760). ¾ La générosité de Louis XV, envoyant son argenterie à la Monnaie pour secourir l’État, est portée à sa juste valeur par ce que raconte Chamfort: « Louis XV, dit-il, demanda au duc d’Ayen (depuis maréchal de Noailles) s’il avait envoyé sa vaisselle à la Monnaie. Le duc répondit que non. « Moi, dit le roi, j’ai envoyé la mienne. ¾ Ah! sire, dit M. d’Ayen, quand Jésus-Christ mourut le vendredi saint, il savait bien qu’il ressusciterait le dimanche. » (B.) 

Note_88 Greffier au parlement de Paris. (V., 1760.) 

Note_89 La querelle de la bulle Unigenitus fut un de ces ridicules sérieux qui ont troublé la France assez longtemps. On n’ignore pas que Louis XIV eut le malheur de se mêler des disputes absurdes entre les jansénistes et les molinistes; que cette extravagance jeta de l’amertume sur la fin de ses jours, et que cette guerre théologique, pour n’avoir pas été assez méprisée, renaquit ensuite assez violemment. C’était la honte de l’esprit humain; mais on était accoutumé à cette honte. (V., 1771.) 

Note_90 Valère Maxime (lib. II, cap. vi, de ext. Instit., dit que les druides prêtaient de l’argent aux pauvres, à la charge qu’ils le rendraient en l’autre monde. ¾ Je ne trouve cette note dans aucune édition du vivant de l’auteur, mais les éditeurs de Kehl la donnent comme étant de Voltaire. (B.) 

Note_91 La folie inconcevable des convulsions fut un des fruits de la bulle Unigenitus. Il y en avait encore en 1760, et elles avaient commencé en 1724. Sans les philosophes, qui jetèrent sur cette démence infâme tout le ridicule qu’elle méritait, cette fureur de l’esprit de parti aurait eu des suites très dangereuses, (V., 1771.) 

Note_92 M. Lefranc de Pompignan, dans un mémoire qu’il dit avoir présenté au roi en 1760, s’exprime ainsi, page 47: « Il faut que tout l’univers sache que... le roi s’est occupé de mon discours, non comme d’une nouveauté passagère, mais comme d’une production digne de l’attention particulière des souverains. » 

Quel producteur que ce Pompignan! quelle modestie! de quel ton il parle à l’univers! comme l’univers est occupé de lui! 

Ce même Lefranc de Pompignan dit, page 10: « Un homme de ma naissance et de mon état. » La naissance de Lefranc! 

Ce même Lefranc de Pompignan dit encore que, pendant qu’il était juge des aides en Quercy, il écrivait de la prose pour l’utilité de ses compatriotes. Voici la prose utile de M. Lefranc de Pompignan. Il eût la bonté, en 1756, d’écrire au roi, et de lui reprocher le bien que le roi faisait à la nation, en faisant lui-même, à Trianon, l’essai de la méthode de remédier à la carie des blés. Sa Majesté daigna faire envoyer la recette dans toutes les provinces: c’est une de ses attentions paternelles pour son peuple; nous l’en bénissons, nos enfants l’en béniront. M. Lefranc de Pompignan semble insulter à sa bienfaisance; il lui dit: « Ces expériences ne rendront pas nos champs moins incultes. Le parc de Versailles ne décide pas de l’état de nos campagnes. Vous traitez vos sujets plus impitoyablement que des forçats; on exerce sur eux des vexations horribles: sortez de l’enceinte de votre palais somptueux, vous verrez un royaume qui sera bientôt un désert... » 

Telle est la prose coulante et agréable du sieur Lefranc de Pompignan. Le roi n’a jamais donné un plus grand exemple de clémence qu’en daignant pardonner à ce bourgeois de Quercy un peu trop vif. Est-ce à ce titre qu’on l’a reçu à l’Académie? 

Le même Lefranc de Pompignan, auteur du Voyage de Provence, de la Prière du déiste, et de quelques psaumes traduits en vers bien durs, et de plusieurs pièces de théâtre, dont une seule a pu être jouée, nie qu’on lui ait refusé quelque temps les provisions de sa charge en Quercy, pour le punir de la Prière du déiste, parce qu’il fut d’ailleurs suspendu de sa charge en Quercy pour une autre affaire qui arriva dans un bal en Quercy. Nous n’entrerons point dans ces détails; nous nous contenterons d’observer que ce n’est pas sans raison qu’un père de la Doctrine chrétienne lui a dit: 
 


Pour vivre un peu joyeusement, 
Croyez-moi, n’offensez personne: 
C’est un petit avis qu’on donne 
Au sieur Lefranc de Pompignan.

Il peut sur cet article présenter un mémoire à l’univers. (Note de Voltaire, 1760.) 

¾ Voici le texte d’un autre passage de Pompignan: « ... Donnant tous mes soins, tous les moments de mon loisir à des travaux champêtres, à composer une nombreuse bibliothèque, à écrire des vers pour mon amusement, et de la prose pour l’utilité de mes compatriotes, je ne me suis jamais mêlé d’aucune querelle littéraire. (Page 10 du Mémoire présenté au roi.) (B.) 

Note_93 Palissot de Montenoi fit jouer par les Comédiens français une comédie intitulée les Philosophes, le 2 mai 1760. Il a eu le malheur, dans cette comédie, d’insulter et d’accuser plusieurs personnes d’un mérite supérieur; et il se reprochera sans doute cette faute toute sa vie. On voit, par la lettre qu’il a donnée au public en forme de préface, qu’il a été trompé par de faux mémoires qu’on lui avait donnés. Il justifie sa pièce en rapportant plusieurs passages tirés de l’Encyclopédie, et la plupart de ces passages ne se trouvent pas dans l’Encyclopédie. Il cite plusieurs traits de quelques mauvais livres intitulés l’Homme plante et la Vie heureuse, comme si ces livres étaient composés par quelques-uns de ceux qui ont mis la main à l’Encyclopédie; mais ces livres détestables, contre lesquels il s’élève avec une juste indignation, sont d’un médecin nommé La Métrie, natif de Saint-Malo, de l’Académie de Berlin, qui les composa à Berlin il y a plus de douze ans, dans des accès d’ivresse. Ce La Métrie n’a jamais été en relation avec aucun des citoyens qui sont maltraités dans la pièce des Philosophes.

Ceux qu’on insulte dans cette pièce sont M. Duclos, secrétaire perpétuel de l’Académie française, auteur de plusieurs ouvrages très estimables; M. d’Alembert, de la même Académie et de celle des sciences, célèbre par sa vaste littérature, par ses connaissances profondes dans les mathématiques, et par son génie; M. Diderot, dont le public fait le même éloge; M. le chevalier de Jaucourt, homme d’une grande naissance, auteur de cent excellents articles qui enrichissent le Dictionnaire encyclopédique; M. Helvétius, admirable (ce mot n’est pas trop fort) par une action unique il a quitté deux cent mille livres de rente pour cultiver les belles-lettres en paix, et il fait du bien avec ce qui lui reste. La facilité et la bonté de son caractère lui ont fait hasarder, dans un livre d’ailleurs plein d’esprit, des propositions fausses et très répréhensibles, dont il s’est repenti le premier, à l’exemple du grand Fénelon. L’auteur de la comédie des Philosophes se repent aussi d’avoir porté le poignard dans ses blessures; il a des remords d’avoir imputé des maximes et des vues pernicieuses aux plus honnêtes gens qui soient en France, à des hommes qui n’ont jamais fait le moindre mal à personne, et qui n’en ont jamais dit. En qualité de citoyen, il souhaite que le Dictionnaire encyclopédique se continue, que les libraires qui ont fait cette grande entreprise ne soient pas ruinés, que les souscripteurs ne perdent point leurs avances. 

Ce livre, qui se perfectionnait sous tant de mains, devenait cher et nécessaire à la nation. J’ai vu l’article Roi on manuscrit; des étrangers ont pleuré de tendresse au portrait qu’on fait de Louis XV, et ils ont souhaité d’être ses sujets; la reine son épouse regretterait l’article Reine, si sa vertu modeste pouvait lui faire regretter les plus justes louanges. Au mot Guerre, on croirait que celui qui commande aujourd’hui nos armées, et plusieurs lieutenants généraux, ont été désignés par l’auteur, qui est lui-même un excellent officier. Le mot Siège forme un article bien important pour nous; la prise du Port-Mahon immortalise le nom du général et le nom français: en un mot, cet ouvrage eût fait notre gloire, et il est bien honteux qu’il ait essuyé à la fois la persécution et le ridicule. (Note de Voltaire, 1760.) ¾ L’auteur de l’article Guerre dans l’Encyclopédie est le comte de Tressan. L’officier qui commandait les armées, en 1760, est le duc de Broglie. (B.) 

Note_94 Le 14 mai 1760, jour de l’anniversaire de la mort de Henri IV, les apothicaires de Paris firent saisir, dans un couvent de jésuites qu’on appelait la maison professe, des drogues que les jésuites vendaient en fraude, et leur firent un procès au parlement, qui condamna ces pères. On disait qu’ils débitaient chez eux ces drogues pour empoisonner les jansénistes. (Note de Voltaire, 1771.) ¾ Dans les éditions soit in-4°, soit in-8° de 1760, il y avait: « On saisit des drogues et du vert-de-gris chez les frères jésuites de la rue Saint-Antoine, le 10 mai 1760, jour de l’anniversaire de la mort de Henri le Grand. Il y a un grand procès sur cette contrebande entre les frères jésuites et les apothicaires, sur quoi un janséniste a imprimé que les frères jésuites, après avoir empoisonné les âmes, voulaient aussi empoisonner les corps; mais ce sont de mauvaises plaisanteries. Dans sa lettre à d’Argental, du 6 juillet 1760, Voltaire dit qu’au lieu du 10 (mai) il faut lire 14. Il parle des expressions de jésuites empoisonneurs de corps dans sa lettre à Thieriot, du 30 juin 1760. La note que je viens de rapporter fut supprimée par l’auteur en 1761. Celle qu’on lit aujourd’hui est de 1771. 

Le 2 septembre 1760, le lieutenant général de police rendit une sentence qui déclare valable la saisie faite chez les jésuites, de trois boites de thériaque et de trois de confection de hyacinthe. Voyez Journal encyclopédique, 1760, septembre, tome II, page 153; voyez aussi lettre à d’Argental, 6 juillet 1760, et celle à Lutzelbourg, 2 juillet 1760. (B.) 

Note_95 C’est ce qu’on appelle la Gazette ecclésiastique. Ce journal clandestin commença en 1724, et dure encore. C’est un ramas de petits faits concernant des bedeaux de paroisse, des porte-dieu, des thèses de théologie, des refus de sacrements, des billets de confession: c’est surtout dans le temps de ces billets de confession que cette gazette a eu le plus de vogue. L’archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, avait imaginé ces lettres de change tirées à vue sur l’autre monde, pour faire refuser le viatique à tous les mourants qui se seraient confessés à des prêtres jansénistes. Ce comble de l’extravagance et de l’horreur causa beaucoup de troubles, et mit la Gazette ecclésiastique alors dans un grand crédit: elle tomba quand cette sottise fut finie. Elle était, dit-on, comme les crapauds, qui ne peuvent s’enfler que de venin. (Note de Voltaire, 1771.) ¾ La Gazette ecclésiastique n’a commencé qu’en 1727. (B.) 

Note_96 Le Journal chrétien ou du chrétien fut d’abord composé par un récollet nommé Hayer, l’abbé Trublet, l’abbé Dinouart, un nommé Joannet. Ils dédièrent leur besogne à la reine, dans l’espérance d’avoir quelque bénéfice; en quoi ils se trompèrent. Ils mirent d’abord leur Mercure chrétien à 30 sous, puis à 20, puis à 15, puis à 12. Voyant qu’ils ne réussissaient pas, ils s’avisèrent d’accuser d’athéisme tous les écrivains, à tort et à travers. Ils s’adressèrent malheureusement à M. de Saint-Foix, qui leur fit un procès criminel, et les obligea de se rétracter. Depuis ce temps-là leur journal fut entièrement décrié, et ces pauvres diables furent obligés de l’abandonner. 

Pour le Journal de Trévoux, il a subi le sort des jésuites ses auteurs, il est tombé avec eux. (Note de Voltaire, 1771.) 

Note_97 Cet Abraham Chaumeix était ci-devant vinaigrier, et, s’étant fait convulsionnaire, il devint un homme considérable dans le parti, surtout depuis qu’il se fut fait crucifier avec une couronne d’épines sur la tête, le 2 mars 1749, dans la rue Saint-Denis, vis-à-vis Saint-Leu et Saint-Gilles. Ce fut lui qui dénonça au parlement de Paris le Dictionnaire encyclopédique. Il a été couvert d’opprobre, et obligé de se réfugier à Moscou, où il s’est fait maître d’école. 

Hayer le récollet n’est connu que par le Journal chrétien; le jésuite Berthier par le Journal de Trévoux, et surtout par une facétie plaisante intitulée Relation de la maladie, de la confession, de la mort, et de l’apparition du jésuite Berthier. (Note de Voltaire, 1771.) 

¾ Jean-Nicolas Hayer, né à Sarlouis, mort le 14 juillet 1780, est auteur de la Religion vengée, etc., et de divers autres ouvrages. 

Note_98 Le doux Caveyrac est ici par antiphrase; il n’y a rien de si peu doux que son Apologie de la révocation de l’édit de Nantes et de la Saint-Barthélemy. Ce n’est pas qu’on doive en inférer absolument qu’il eût fait la Saint-Barthélemy, s’il eût été à la place du Balafré. On justifie quelquefois les plus abominables actions qu’on ne voudrait pas avoir faites. On fait un livre pour plaire à un évêque, pour attraper un petit bénéfice, une petite pension du clergé, qu’on n’attrape point; et ensuite on écrirait pour les huguenots avec autant de zèle qu’on a écrit contre eux. Tout cela n’est, au bout du compte, que du papier perdu et de l’honneur perdu; ce qui est fort peu de chose pour ces gens-là. 

Nonotte est un ex-jésuite que notre auteur philosophe a fait connaître par les ignorances dont il l’a convaincu, et par les ridicules dont il l’a accablé avec très juste raison. (Note de Voltaire, 1771.) 

¾ Il y avait Rabot dans les premières éditions. Nous n’avons rien pu découvrir sur ce Rabot. Il en serait de même de la plupart des autres faiseurs de libelles immortalisés par M. de Voltaire, s’il ne s’était donné la peine d’ajouter à leurs noms des notes instructives. (K.) 

¾ L’ouvrage de Caveyrac, dont Voltaire parle ci-dessus, est intitulé Apologie de Louis XIV et de son conseil sur la révocation de l’édit de Nantes, 1758, in-8°. (B.) 

Note_99 Peu d’auteurs se sont servis du mot instructeur, qui semble manquer à notre langue. On voit bien que c’est un Russe qui parle. Ce terme répond à celui de coukaski, qui est très énergique en slavon. (Note de Voltaire, 1760.) 

Note_100 Les comédies qu’on joue sur les boulevards. (V., 1760). 

Note_101 Ramponeau était un cabaretier de la Courtille, dont la figure comique et le mauvais vin qu’il vendait bon marché lui acquirent pendant quelque temps une réputation éclatante. Tout Paris courut à son cabaret; des princes du sang même allèrent voir M. Ramponeau. 

Une troupe de comédiens établis sur les remparts s’engagea à lui payer une somme considérable pour se montrer seulement sur leur théâtre, et pour y jouer quelques rôles muets. Les jansénistes firent un scrupule à Ramponeau de se produire sur la scène; ils lui dirent que Tertullien avait écrit contre la comédie; qu’il ne devait pas ainsi prostituer sa dignité de cabaretier; qu’il y allait de son salut. La conscience de Ramponeau fut alarmée. Il avait reçu de l’argent d’avance, et il ne voulut point le rendre, de peur de se damner. Il y eut procès. M. Élie de Beaumont, célèbre avocat, daigna plaider contre Ramponeau; notre poète philosophe plaida pour lui, soit par zèle pour la religion, soit pour se réjouir. Ramponeau rendit l’argent, et sauva son âme. (Note de Voltaire, 1771.) 

¾ Voltaire composa dans le temps une facétie qu’il intitula Plaidoyer de Ramponeau. (B.) 

Note_102 La même année 1760, on joua sur le théâtre de la Comédie-Française la comédie des Philosophes, avec un concours de monde prodigieux. On voyait sur le théâtre Jean-Jacques Rousseau marchant à quatre pattes et mangeant une laitue. Cette facétie n’était ni dans le goût du Misanthrope, ni dans celui du Tartuffe; mais elle était bien aussi théâtrale que celle de Pourceaugnac, qui est poursuivi par des lavements et des fils de p... 

Le reste de la pièce ne parut pas assez gai; mais on ne pouvait pas dire que ce fût là de la comédie larmoyante. On reprocha à l’auteur d’avoir attaqué de très honnêtes gens dont il n’avait pas à se plaindre. (Note de Voltaire, 1771.) 

Note_103 Saint-Médard est une vilaine paroisse d’un très vilain faubourg de Paris, où les convulsions commencèrent. On appelle depuis ce temps-là les fanatiques: chiens de Saint-Médard. (Note de Voltaire, 1771.) 

Note_104 Variante: 
 


Le fripon le plus vil, le plus déshonoré, 
Dans la basse débauche obscurément vautré.

Note_105 Fantin, curé de Versailles, fameux directeur qui séduisait ses dévotes, et qui fut saisi volant une bourse de cent louis à un mourant qu’il confessait: il n’était pourtant pas philosophe. (V., 1760.) 

Note_106 Marie Alacoque, ouvrage impertinent de Languet, évêque de Soissons, dans lequel l’absurdité et l’impiété furent poussées jusqu’à mettre dans la bouche de Jésus-Christ quatre vers pour Marie Alacoque. (V., 1760.) 

Note_107 La Fleur des Saints, compilation extravagante du jésuite Ribadeneira; c’est un extrait de la Légende dorée, traduit et augmenté par le frère Girard, jésuite. 

Nota bene que ce n’était pas ce frère Girard condamné au feu, le 12 octobre 1731, par la moitié du parlement d’Aix, pour avoir abusé de sa pénitente en lui donnant le fouet assez doucement, et pour plusieurs profanations. Il fut absous par l’autre moitié du parlement d’Aix, parce qu’on avait ridiculement mêlé l’accusation de sortilège aux véritables charges du procès. C’est bien dommage que ce frère Girard n’ait pas été philosophe. (V., 1760.) 

Note_108 De ce qu’il est parlé de ces Étrennes dans la lettre à aime de Fontaine, du 1er février 1761, il ne faut pas conclure qu’elles sont du commencement de cette année. C’est une preuve seulement que la lettre, telle qu’elle est, n’est qu’un recueil de divers fragments. La date du 1er janvier 1762 est à l’édition originale; la lettre de Voltaire à Richelieu, du 27 janvier 1762, celle du même jour de d’Alembert à Voltaire, prouvent encore que cette satire est de 1762, ou de la fin de 1761; car Bernis en parle dans sa lettre du 23 décembre 1761. (B.) 

Note_109 Bossuet. 

Note_110 Boyer, moine imbécile, que le cardinal de Fleury fit précepteur du dauphin, et désigna en mourant pour ministre de la feuille. Des dévotes lui avaient fait obtenir l’évêché de Mirepoix, qu’il quitta en venant à la cour. Il était l’ennemi déclaré de toute espèce de mérite, et persécuta violemment M. de Voltaire. (K.) 

Note_111 Gauchat, mauvais auteur de quelques brochures. (Note de Voltaire, 1764.) 

Note_112 Nom d’un avocat qui prononça un plaidoyer pour faire rayer du tableau un de ses confrères, convaincu d’avoir prouvé que l’excommunication des comédiens du roi, pensionnaires de Sa Majesté, est abusive, et contraire aux libertés de l’Église gallicane. Le Dain fut hué, mais il réussit à faire rayer son confrère. (K.) 

Note_113 Crevier, mauvais auteur d’une histoire romaine et d’une histoire de l’Université, et beaucoup plus fait pour la seconde que pour la première. Il a depuis fait un libelle contre le célèbre Montesquieu, dans lequel il s’efforce de prouver que Montesquieu était pas chrétien. Voilà un beau service que cet homme rend à notre religion, de chercher à nous convaincre qu’elle était méprisée par un grand homme. La monture de Bathos paraît assez convenable à ce monsieur. (V., 1764) 

Note_114 L’abbé La Coste, qui a travaillé à l’Année littéraire, de présent employé à Toulon sur les galères du roi. (V., 1771.) 

Note_115 Guyon, auteur de l’Oracle des nouveaux philosophes, ouvrage distingué par son ridicule dans la foule des libelles sans nombre publiés avec approbation contre le citoyen qui faisait le plus d’honneur à son pays, et un de ceux qui lui ont été le plus utiles. (K.) 

Note_116 Moreau, avocat au conseil. Il a beaucoup écrit en faveur des fermiers généraux, et contre la philosophie. Il est l’auteur du Catéchisme des cacouacs. Dans ses livres sur l’histoire de France, il s’est permis d’altérer et de déguiser les monuments de nos anciennes annales, comme si l’autorité royale avait besoin d’être soutenue par des mensonges: ses livres ont eu le sort qu’ils méritaient, ils ont été méprisés et payés. On a de lui quelques jolis couplets dans le genre flagorneur. (K.) 

Note_117 J.-J. Rousseau. 

Note_118 Charles Frey de Neuville, jésuite célèbre alors par des sermons remplis d’antithèses, où l’on rencontre de loin en loin quelques traits heureux; d’ailleurs peu fanatique, et plus homme de lettres que jésuite. (K.) 

Note_119 M....re signifie Molmire: c’est dans la lettre de d’Alembert, du 27 janvier 1762, qu’est cette explication. 

Note_120 Cette pièce fut faite dans le temps où les prêtres genevois s’avisèrent, pour prouver qu’ils n’étaient pas sociniens, d’essayer s’ils ne pourraient pas rappeler dans Genève les beaux jours où Calvin brûlait, proscrivait, exilait, et gouvernait au nom de Dieu. Les esprits étaient changés, et on se moqua d’eux. (K.) 

¾ Cette pièce est, pour le plus tard, du mois de mai 1766; elle est antérieure à la Lettre curieuse de Robert Covelle, où elle est rappelée. C’est aussi contre Vernet que cette satire est dirigée. En la reproduisant l’année suivante dans la vingt-cinquième de ses Honnêtetés littéraires, Voltaire l’intitula Maître Guignard, ou de l’Hypocrisie, diatribe par M. Robert Covelle, dédiée à M. Isaac Bernet, prédicant de Carcassonne. Dans le tome XXVIII de l’édition in-4°, au lieu de Bernet on lit Larnet. (B.) 

Note_121 Nom de jésuite. (G. A.) 

Note_122 Sixte-Quint. Il est vrai qu’il fit longtemps semblant d’être humble et doux, lui qui était si fier et si dur. Voilà pourquoi M. Robert Covelle dit que Sixte-Quint se déguise en chrétien: avec sa permission, je trouve ce terme un peu hardi. (Note posthume.) ¾C’est sous le nom de Robert Covelle que Voltaire a publié la Lettre curieuse à la louange de Vernet. Il suppose ici que c’est encore de Robert Covelle qu’est la satire de l’Hypocrisie. (B.) 

Note_123 Cet avertissement est de Voltaire, et se trouve dans la première édition, qui est de 1768. Il est question de cette pièce dans les Mémoires secrets du 26 octobre. 

Note_124 Le vers 32 prouve que, du temps de Voltaire, on prononçait Marseillois. On prononçait encore ainsi en 1792 et même en 1796; car, dans ses Essais en vers et en prose, Paris, Didot l’aîné, 1796, in-8°, M. Rouget de Lisle a imprimé, page 57: « Le Chant des Combats, vulgairement l’Hymne des Marseillois. » 

Note_125 Il est constant que le serpent parlait La Genèse dit expressément qu’il était le plus rusé de tous les animaux. La Genèse ne dit point que Dieu lui donna alors la parole par un acte extraordinaire de sa toute-puissance pour séduire Ève; elle rapporte la conversation du serpent et de la femme, comme on rapporte un entretien entre deux personnes qui se connaissent, et qui parlent la même langue. Cela même est si évident que le Seigneur punit le serpent d’avoir abusé de son esprit et de son éloquence; il le condamne à se traîner sur le ventre, au lieu qu’auparavant il marchait sur ses pieds. Flavien Josèphe dans ses Antiquités, Philon, saint Basile, saint Éphrem, n’en doutent pas. Le révérend père dom Calmet, dont le profond jugement est reconnu de tout le monde, s’exprime ainsi: « Toute l’antiquité a reconnu les ruses du serpent, et on a cru qu’avant la malédiction de Dieu cet animal était encore plus subtil qu’il ne l’est à présent. L’Écriture parle de ses finesses en plusieurs endroits; elle dit qu’il bouche ses oreilles pour ne pas entendre la voix de l’enchanteur. Jésus-Christ, dans l’Évangile, nous conseille d’avoir la prudence du serpent. » (Note de Voltaire, 1768.) 

Note_126 Il n’en était pas ainsi de l’âne ou de l’ânesse qui parla à Balaam. il est vraisemblable que les ânes n’avaient point le don de la parole, car il est dit expressément que le Seigneur ouvrit la bouche de l’ânesse et même saint Pierre, dans sa seconde épître, dit que cet animal muet parla d’une voix humaine. Mais remarquons que saint Augustin, dans sa quarante-huitième question, dit que Balaam ne fut point étonné d’entendre parler son ânesse. Il en conclut que Balaam était accoutumé à entendre parler les autres animaux. Le révérend père dom Calmet avoue que la chose est très ordinaire. « L’âne de Bacchus, dit-il, le bélier de Phryxus, le cheval d’Hercule, l’agneau de Bochoris, les boeufs de Sicile, les arbres même de Dodone, et l’ormeau d’Apollonius de Thyane, ont parlé distinctement. » Voilà de grandes autorités qui servent merveilleusement à justifier M. de Saint-Didier. (V., 1768.) 

Note_127 La remarque de Mme Dacier sur cet endroit d’Homère est également importante et judicieuse. Elle appuie beaucoup sur la sage conduite d’Homère; elle fait voir que les chevaux d’Achille, Xante et Balie, fils de Podarge, sont d’une race immortelle, et qu’ayant déjà pleuré la mort de Patrocle, il n’est point du tout étonnant qu’ils tiennent un long discours à Achille. Enfin elle cite l’exemple de l’ânesse de Balaam, auquel il n’y a rien a répliquer. (Note de Voltaire, 1768.) 

Note_128 Descartes était certainement un grand géomètre et un homme de beaucoup d’esprit; mais toutes les nations savantes avouent qu’il abandonna la géométrie, qui devait être son guide, et qu’il abusa de son esprit pour ne faire que des romans. L’idée que les animaux ont tous les organes du sentiment pour ne point sentir est une contradiction ridicule. Ses tourbillons, ses trois éléments, son système sur la lumière, son explication des ressorts du corps humain, ses idées innées, sont regardés par tous les philosophes comme des chimères absurdes. On convient que dans toute sa physique il n’y a pas une vérité physique. Ce grand exemple apprend aux hommes qu’on ne trouve ces vérités que dans les mathématiques et dans l’expérience. (V., 1768.) 

Note_129 Il est rapporté, dans l’histoire de l’Académie, que La Fontaine demanda à un docteur s’il croyait que saint Augustin eût autant d’esprit que Rabelais, et que le docteur répondit à La Fontaine: « Prenez garde, monsieur, vous avez mis un de vos bas à l’envers; » ce qui était vrai. 

Ce docteur était un sot. Il devait convenir que saint Augustin et Rabelais avaient tous deux beaucoup d’esprit, et que le curé de Meudon avait fait un mauvais usage du sien. Rabelais était profondément savant, et tournait la science en ridicule. Saint Augustin n’était pas si savant; il ne savait ni le grec ni l’hébreu mais il employa ses talents et son éloquence à son respectable ministère. Rabelais prodigua indignement les ordures les plus basses; saint Augustin s’égara dans des explications mystérieuses que lui-même ne pouvait entendre. On est étonné qu’un orateur tel que lui ait dit, dans son sermon sur le psaume vi: 

« Il en clair et indubitable que le nombre de quatre a rapport au corps humain, à cause des quatre éléments et des quatre qualités dont il est composé: savoir, le chaud et le froid, le sec et l’humide; c’est pourquoi aussi Dieu a voulu qu’il fût soumis à quatre différentes saisons, savoir: l’été, le printemps, l’automne et l’hiver... Comme le nombre de quatre a rapport au corps, le nombre de trois a rapport à l’âme, parce que Dieu nous ordonne de l’aimer d’un triple amour, savoir; de tout notre coeur, de toute notre âme, et de tout notre esprit. 

« Lors donc que les deux nombres de quatre et de trois, dont le premier a rapport au corps, c’est-à-dire au vieil homme et au vieux Testament, et le second a rapport à l’âme, c’est-à-dire au nouvel homme et au nouveau Testament, seront écoulés et passés, comme le nombre de sept jours passe et s’écoule, parce qu’il n’y a rien qui ne se fasse dans le temps et par la distribution du nombre quatre au corps, et du nombre trois à l’âme; lors, dis-je, que ce nombre de sept sera passé, on verra arriver le huitième, qui sera celui du jugement. » 

Plusieurs savants ont trouvé mauvais qu’en voulant concilier les deux généalogies différentes données à saint Joseph, l’une par saint Matthieu, et l’autre par saint Luc, il dise, dans son sermon 51, « qu’un fils peut avoir deux pères, puisqu’un père peut avoir deux enfants. » 

On lui a encore reproché d’avoir dit, dans son livre contre les manichéens, que les puissances célestes se déguisaient ainsi que les puissances infernales en beaux garçons et en belles filles pour s’accoupler ensemble, et d’avoir imputé aux manichéens cette théurgie impure, dont ils ne furent jamais coupables. 

On a relevé plusieurs de ses contradictions. Ce grand saint était homme; il a ses faiblesses, ses erreurs, ses défauts, comme les autres saints. Il n’en est pas moins vénérable, et Rabelais n’est pas moins un bouffon grossier, un impertinent dans les trois quarts de son livre, quoiqu’il ait été l’homme le plus savant de son temps, éloquent, plaisant, et doué d’un vrai génie. Il n’y a pas sans doute de comparaison à faire entre un père de l’Église très vénérable et Rabelais, mais on peut très bien demander lequel avait plus d’esprit; et un bas à l’envers n’est pas une réponse. (Note de Voltaire, 1768.) 

Note_130 Dans le Spectacle de la nature, M. le prieur de Jonval, qui d’ailleurs est un homme fort estimable, prétend que toutes les bêtes ont un profond respect pour l’homme. Il est pourtant fort vraisemblable que les premiers ours et les premiers tigres qui rencontrèrent les premiers hommes leur témoignèrent peu de vénération, surtout s’ils avaient faim. 

Plusieurs peuples ont cru sérieusement que les étoiles n’étaient faites que pour éclairer les hommes pendant la nuit. Il a fallu bien du temps pour détromper notre orgueil et notre ignorance; mais aussi plusieurs philosophes, et Platon entre autres, ont enseigné que les astres étaient des dieux. Saint Clément d’Alexandrie et Origène ne doutent pas qu’ils n’aient des âmes capables de bien et de mal; ce sont des choses très curieuses et très instructives. (Note de Voltaire, 1768.) 

Note_131 Il faut pardonner au lion s’il ne connaissait pas Noé. Les Juifs sont les seuls qui l’aient jamais connu. On ne trouve ce nom chez aucun autre peuple de la terre. Sanchoniathon n’en a point parlé; s’il en avait dit un mot, Eusèbe, son abréviateur, en aurait pris un grand avantage. Ce nom ne se trouve point dans le Zend-Avesta de Zoroastre. Le Sadder, qui en est l’abrégé, ne dit pas un seul mot de Noé. Si quelque auteur égyptien en avait parlé, Flavien Josèphe, qui rechercha si exactement tous les passages des livres égyptiens qui pouvaient déposer en faveur des antiquités de sa nation, se serait prévalu du témoignage de ces auteurs. Noé fut entièrement inconnu aux Grecs, et il le fut également aux Indiens et aux Chinois. Il n’en est parlé ni dans le Veidam, ni dans le Shasta, ni dans les cinq Kings; et il est très remarquable que lui et ses ancêtres aient été également ignorés du reste de la terre. (Note de Voltaire, 1768.) 

Note_132 Au chapitre ix de la Genèse, verset 10 et suivants, le Seigneur fait un pacte avec les animaux, tant domestiques que de la campagne. Il défend aux animaux de tuer les hommes; il dit qu’il en tirera vengeance, parce que l’homme est son image. Il défend de même à la race de Noé de manger du sang des animaux mêlé avec de la chair. Les animaux sont presque toujours traités dans la loi juive à peu près comme les hommes; les uns et les autres doivent être également en repos le jour du sabbat. (Exode, ch. xxiii.) Un taureau qui a frappé un homme de sa corne est puni de mort. (Exod., ch. xxi.) Une bête qui a servi de succube ou d’incube à une personne est aussi mise à mort. (Lévit., ch. xx.) Il est dit que l’homme n a rien de plus que la bête. (Ecclés., ch. iii et ix.) Dans les plaies d’Égypte, les premiers nés des hommes et des animaux sont également frappés. (Exod., ch. xii et xiii.) Quand Jonas prêche la pénitence à Ninive, il fait jeûner les hommes et les animaux. Quand Josué prend Jéricho, il extermine également les bêtes et les hommes. Tout cela prouve évidemment que les hommes et les bêtes étaient regardés comme deux espèces du même genre. Les Arabes ont encore le même sentiment: leur tendresse excessive pour leurs chevaux et pour leurs gazelles en est un témoignage assez connu. (V., 1768.) 

Note_133 Le grand Newton, Samuel Clarke, prétendent que le Pentateuque fut écrit du temps de Saül D’autres savants hommes pensent que ce fut sous Osias; mais il est décidé que Moïse en est l’auteur, malgré toutes les vaines objections fondées sur les vraisemblances et sur la raison, qui trompe si souvent les hommes. (V., 1768.) 

Note_134 Ceux qui ont écrit l’histoire naturelle auraient bien dû compter les dents des lions: mais ils ont oublié cette particularité aussi bien qu’Aristote. Quand on parle d’un guerrier, il ne faut pas omettre ses armes. M. de Saint-Didier, qui avait vu disséquer à Marseille un lion nouvellement venu d’Afrique, s’assura qu’il avait quarante dents. (V., 1768.) 

Note_135 Ce lion paraît fort instruit, et c’est encore une preuve de l’intelligence des bêtes. La Sainte-Baume, où se retira sainte Marie-Madeleine, est fort connue; mais peu de gens savent à fond cette histoire. La Fleur des Saints peut en donner quelques notions; il faut lire son article, tome II de la Fleur des Saints, depuis la page 59. Ce fut Marie-Madeleine à qui deux anges parlèrent sur le Calvaire, et à qui notre Seigneur parut en jardinier. Ribadeneira, le savant auteur de la Fleur des Saints, dit expressément que si cela n’est pas dans l’Évangile, la chose n’en est pas moins indubitable. Elle demeura, dit-il, dans Jérusalem auprès de la vierge Marie, avec son frère Lazare, que Jésus avait ressuscité, et Marthe sa soeur, qui avait préparé le repas lorsque Jésus avait soupé dans leur maison. 

L’aveugle-né, nommé Celedone, à qui Jésus donna la vue en frottant ses yeux avec un peu de boue, et Joseph d’Arimathie, étaient de la société intime de Madeleine. Mais le plus considérable de ses amis fut le docteur saint Maximin, l’un des soixante et dix disciples. 

Dans la première persécution qui fit lapider saint Étienne, les Juifs se saisirent de Marie-Madeleine, de Marthe, de leur servante Marcelle, de Maximin leur directeur, de l’aveugle-né, et de Joseph d’Arimathie. On les embarqua dans un vaisseau sans voiles, sans rames, et sans mariniers; le vaisseau aborda à Marseille, comme l’atteste Baronius. Dès que Madeleine fut à terre, elle convertit toute la Provence. Le Lazare fut évêque de Marseille, Maximin eut l’évêché d’Aix; Joseph d’Arimathie alla prêcher l’Évangile en Angleterre; Marthe fonda un grand couvent; Madeleine se retira dans la Sainte-Baume, où elle brouta l’herbe toute sa vie. Ce fut là que, n’ayant plus d’habits, elle pria toujours toute nue; mais ses cheveux crûrent jusqu’à ses talons, et les anges venaient la peigner et l’enlever au ciel sept fois par jour, en lui donnant de la musique. On a gardé longtemps une fiole remplie de son sang, et ses cheveux; et tous les ans, le jour du vendredi saint, cette fiole a bouilli à vue d’oeil. La liste de ses miracles avérés est innombrable. (Note de Voltaire, 1768.)