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NOTES
Note_1
Cette pièce, qui n’était pas dans
les éditions de Kehl, est quelquefois intitulée le Parnasse;
et ce fut à son occasion que Chaulieu adressa à Voltaire
l’épître qui commence ainsi:
Que j’aime ta noble audace,
Arouet, qui d’un plein saut
Escalades le Parnasse,
Et tout a coup, près d’Horace,
Sur le sommet le plus haut,
Brigues la première place, etc. |
Les éditeurs de Chaulieu ne savaient pas quelle
était la pièce de Voltaire à laquelle se rapportait
celle de l’abbé. Cependant le Bourbier ou le Parnasse
a souvent été imprimé, savoir: dans les Nouvelles
Littéraires, 1715, tome Ier, page 151; à la suite d’une
édition de la Ligue (Henriade),Amsterdam, 1724, in-12,
page 194; dans le Voltariana, page 270;dans Mon Petit Portefeuille,
1774,tome II, page 121; dans l’Histoire littéraire de Voltaire,
par Luchet, tome Ier page 26; dans l’Almanach littéraire
ou Étrennes d’Apollon pour 1793, page 5; Mme Dunoyer
l’avait aussi inséré dans ses Lettres galantes. Voltaire
avait composé cette satire de dépit de voir son Ode sur
le voeu de Louis XIII (voyez tome VIII) jugée indigne du prix
que Houdard de Lamotte fit adjuger à l’abbé du Jarry. Ce
fut peut-être le même sentiment de dépit qui, longtemps
après le Bourbier, dicta à voltaire le vers contre
Lamotte qu’on lit dans l’exorde de la Pucelle (voyez tome IX). Voltaire
publia aussi des observations sur l’ode de du Jarry. On lui a même
attribué une épigramme à ce propos (voyez dans les
Poésies mêlées, n° vii). (B.)
¾ Quand le Bourbier
parut, le poète avait vingt ans (le concours académique
avait été clos en 1714). L’attaque était sanglante,
elle s’adressait à un homme estimé, qui avait des amis, si
ses idées et sa poétique lui avaient mérité
des adversaires. Le Bourbier fit scandale: il indigna, il amusa,
il attira l’attention sur son auteur... Voltaire, dans sa Lettre aux auteurs
du Nouvelliste du Parnasse, juin 1731, convient de ces premiers
écarts de sa verve, qu’excusent l’imprudence de l’âge et le
ressentiment d’une injustice, mais qui ne seront pas, dit-il, ceux de son
âge mûr: « Je me suis imposé la loi de ne jamais
tomber dans ce détestable genre d’écrire. » (G. D.)
Note_2
Une note du temps nous apprend qu’il est question
de Jean de La Chapelle, auteur des Amours de Catulle, 1770, in-12;
des Amours de Tipule, 1712-1713, deux volumes in-12. Il ne faut
pas confondre cet écrivain avec l’ami de Bachaumont. (B.)
Note_3
Horace.
Note_4
Le banquier suisse Hoguère, qui habitait
le château de Châtillon, près Paris.
Note_5
J.-B. Rousseau avait fait une satire intitulée
la Baronade, contre le baron de Breteuil son bienfaiteur,
dont il avait été le secrétaire, et il avait eu l’impudence
de prétendre ne s’être brouillé avec M. de Voltaire
que par zèle pour la religion: hypocrisie révoltante dans
un homme connu par tant d’épigrammes irréligieuses, et banni
pour crime de subornation. Ces circonstances rendent cette satire excusable:
l’ingratitude et l’hypocrisie doivent être traitées sans ménagement.(K.)
¾ Tout le monde n’a
pas autant d’indulgence: « Il est triste qu’un homme comme M. de
Voltaire, qui, jusque-là, avait eu la gloire de ne se jamais servir
de son talent pour accabler ses ennemis, ait voulu perdre cette gloire.
» Telles sont les expressions employées par Voltaire lui-même
dans sa Vie de Rousseau, à propos de la Crépinade.
Il témoigne ailleurs d’autres regrets pour quelques expressions
violentes contre Rousseau.
La Crépinade est de 1736, du même
temps que l’Ode sur l’ingratitude (tome Viii). Voltaire l’envoya
à La Faye en septembre 1736. L’auteur donna ce titre à sa
satire, parce que le père de J.-B. Rousseau était cordonnier.
(B.)
Note_6
Titres d’ouvrages dramatiques de J.-B. Rousseau
Note_7
Ce vers et le huitième sont imités
de l’Art d’aimer d’Ovide, chant III, vers 121-122.
Note_8
Variante: « Tant décrié par
nos pauvres docteurs. »
Note_9
Fréron, dans l’Année littéraire,
1764, tome VIII, fait l’éloge de ce vers.
Note_10
Variante: « Nos bons aïeux vivaient
dans l’innocence. »
Note_11
Auteur du Cuisinier français. (V.,
1748) ¾ A.-A. Barbier, auteur du Dictionnaire
des ouvrages anonymes, dit que le nom est Massialo; d’autres écrivent
Massialot. (B.)
Note_12
Variante:
Mon cher Adam, mon gourmand, mon bon père,
Je crois te voir, dans un recoin d’Éden,
Grossièrement forger le genre humain,
En secouant madame Ève, ma mère:
Deux singes verts, deux chèvres pieds fourchus,
Sont moins hideux au pied de leur feuillée.
Par le soleil votre face hâlée,
Vos bras velus, votre main écaillée,
Vos ongles longs, crasseux, noirs, et crochus,
Votre peau bise, endurcie, et brûlée,
Sont les attraits, sont les charmes flatteurs,
Dont l’assemblage attire vos ardeurs.
Bientôt lassés, etc. |
Une autre version porte:
Mon cher Adam, mon vieux et tendre père,
Je crois te voir, en un recoin d’Éden,
Grossièrement forger le genre humain,
En tourmentant madame Ève, ma mère.
Deux singes verts, deux chèvres pieds fourchus,
Sont moins hideux au fond de leur feuillée.
Dont l’assemblage allume vos ardeurs.
Bientôt lassés, etc. |
Les deux versions du quatrième vers de cette variante
sont rapportées par Voltaire dans sa lettre au marquis d’Argens,
du 2 février 1737. (B.)
Note_13
Fameux sculpteur, né à Chaumont
en Champagne. (V., 1748.)
Note_14
Excellent orfèvre, dont les dessins et
les ouvrages sont du plus grand goût. (V., 1748.) ¾
Thomas Germain, né à Paris le 19 août 1674, y est
mort le 14 août 1748. (B.)
Note_15
Voltaire avait d’abord mis:
Rendent sa peau douce, fraîche et polis.
Dans sa lettre à Tressan, du 9 décembre
1736, il donne la version actuelle comme meilleure: et cependant il a dit
dans le chant Ier de la Pucelle, vers 139 (voyez tome IX):
Qui font la peau douce, fraîche et polie.
Note_16
L’une, danseuse à l’Opéra, et l’autre,
actrice à la Comédie-Française.
Note_17
Variante: « Le tendre amour s’enivre de
faveurs. »
Note_18
L’opéra. (V., 1739.)
Note_19
Variante: « Il va siffler le Jason de
Rousseau. »
Note_20
Dans sa lettre à La Faye, du mois de septembre
1736, Voltaire écrit:
Certain vin frais dont la mousse pressée,
De la bouteille avec force élancée,
Avec éclat fait voler le bouchon. |
Note_21
Variante: « Or maintenant, Mentor et Télémaque.
»
Note_22
Variante:
Jardin fameux par Ève et par sa pomme,
C’est bien en vain que, tristement séduits, |
Note_23
Les curieux d’anecdotes seront bien aises de savoir
que ce badinage, non seulement très innocent, mais dans le fond
très utile, fut composé dans l’année 1736, immédiatement
après le succès de la tragédie d’Alzire. ce
succès anima tellement les ennemis littéraires de l’auteur,
que l’abbé Desfontaines alla dénoncer la petite plaisanterie
du Mondain à un prêtre nommé Couturier, qui
avait du crédit sur l’esprit du cardinal de Fleury. Desfontaines
falsifia l’ouvrage, y mit des vers de sa façon, comme il avait fait
à la Henriade. L’ouvrage fut traité de scandaleux,
et l’auteur de la Henriade, de Mérope, de Zaïre,
fut obligé de s’enfuir de sa patrie. Le roi de Prusse lui offrit
alors le même asile qu’il lui a donné depuis; mais l’auteur
aima mieux aller retrouver ses amis dans sa patrie. Nous tenons cette anecdote
de la bouche même de M. de Voltaire. (Note de Voltaire, 1752.)
¾ Le texte de cette
note, telle que je la reproduis, est de 1756; mais en 1752 il n’y avait
que quatre mots de plus. Après le mot donné, on lisait:
avec tant de grandeur. Voltaire était alors en Prusse. En
1756, il était sur les bords du lac de Genève. (B.)
Note_24
Cette lettre fut écrite dans le temps que
la pièce du Mondain parut, en 1736. (Note
de Voltaire, 1752.)
Mme la comtesse de Verrue, mère de Mme la princesse
de Carignan, dépensait 100,000 francs par an en curiosités
: elle s’était formé un des beaux cabinets de l’Europe en
raretés et en tableaux. Elle rassemblait chez elle une société
de philosophes, auxquels elle fit des legs par son testament. Elle mourut
avec la fermeté et la simplicité de la philosophie la plus
intrépide. (Note de Voltaire, 1752.)
Note_25
Melon, secrétaire du Régent, est
mort le 24 janvier 1738. L’Essai politique sur le commerce parut
en 1731, sous la date de 1735. Une nouvelle édition est de 1736.
Note_26
La lettre à M. le comte de Saxe (depuis
maréchal), qui depuis 1771 s’imprime ordinairement à la suite
de la lettre de M. de Melon, a été reportée dans la
Correspondance, année 1737.
Note_27
Dans sa lettre à Frédéric,
de janvier 1737, Voltaire lui annonce le prochain envoi de la Défense
du Mondain. Mais si les vers sur Colbert furent, comme on l’a dit (voyez
pages précédentes) la cause des persécutions que Voltaire
eut à essuyer, la Défense du Mondain devait être
composée dès décembre 1730. (B.)
Note_28
Voltaire, dans son Avertissement mis en tête
de l’Éloge et Pensées de Pascal, 1778, in-8°,
raconte ce qui suit: « Je me souviens, dit-il, que le jésuite
Buffler, qui venait quelquefois chez le dernier président de Maisons,
mort trop jeune, y ayant rencontré un des plus rudes jansénistes,
lui dit: Et ego in interitu vestro ridebo vos et subsannabo. Le
jeune Maisons, qui étudiait alors Térence, lui demanda si
ce passage était des Adelphes, ou de l’Eunuque. «
Non, dit Buffler, c’est la Sagesse elle-même qui parle ainsi dans
son premier chapitre des Proverbes. »
Note_29
Une poignée de foin au bout d’un bâton,
nommée manipulus, était le premier étendard
des Romains. (Note de Voltaire, 1748.)
¾ Dans l’édition
de 1739, cette note était ainsi conçue: « Ce qu’on
appelait manipulus était d’abord une poignée de foin
que les Romains mettaient au haut d’une perche, premier étendard
des conquérants de l’Europe, de l’Asie mineure et de l’Afrique septentrionale.
»
Frédéric ayant écrit que les étendards
de foin des Romains lui étaient inconnus, Voltaire lui adressa quelques
explications, et c’est peut-être aussi l’origine de la note. (B.)
Note_30
C’est ce qui est dit dans la Bible, troisième
livre des Rois, chapitre iv, verset 33.
Note_31
C’est depuis 1775 que cette pièce s’imprime
à la suite de la Défense du Mondain. Elle avait été
imprimée, en 1770, à la page 379 du tome X des Nouveaux
Mélanges. (B.)
Note_32
Dans son quatrième Discours sur l’Homme
(voyez t. IX), Voltaire a dit:
Quittons les voluptés pour savoir les reprendre.
Note_33
Toutes les éditions antérieures
à 1833 portent: « Ses valets de pied, ses pages. »
C’est dans une copie de la main de Longchamp, secrétaire
de Voltaire, que j’ai trouvé la version que je donne. (B.)
Note_34
Variante:
O czarine, archiduchesse,
Comme je sacrifierais, etc. |
Note_35
Dans des stances au roi de Prusse (voyez tome
VIII), Voltaire a dit:
Buvez, soyez toujours heureux,
Et je serais moins misérable. |
Note_36
Jean-Joseph Vadé était mort en 1757,
à trente-sept ans. Voltaire a mis à quelques autres de ses
ouvrages le nom de Vadé, mais avec des prénoms qui n’étaient
pas ceux du personnage réel; voyez les notes de la page 3. (B.)
Note_37
Marc, chapitre viii, verset 33.
Note_38
Abraham Chaumeix avait fait un livre intitulé
Préjugés légitimes contre l’Encyclopédie.
(K.) ¾ L’ouvrage de Chaumeix parut
en l758-59, en quatre volumes in-12. (B.)
Note_39
Voltaire semble vouloir dire ici que Gauchat était
le rédacteur anonyme de ces Nouvelles. (G. A.)
Note_40
Voltaire antidate son oeuvre à cause du
nom dont il la signe. Vadé était mort à la fin de
1758. Catherine semble avoir hâte de publier les vers posthumes de
son cousin. (G. A.)
Note_41
Victor-François, duc de Broglie, né
le 19 octobre 1718, créé maréchal de France le 16
décembre 1759, mort à Munster en 1804. Son père
et son aïeul avaient été aussi maréchaux de France.
Note_42
M. de Cremille, lieutenant-général,
était chargé alors du département de la guerre, sous
M. le maréchal de Belle-Isle. (Note de
Voltaire, 1771.)
Note_43
C’est ce qu’ont dit Lucrèce et Perse dans
des vers que Voltaire cite ou rappelle souvent.
Note_44
Pequet était un premier commis des affaires
étrangères; Pleneuf était un entrepreneur des vivres.
(Note de Voltaire, 1771.) ¾
Berthelot de Pleneuf était le père de la marquise de Prie,
à qui est dédié l’Indiscret; voyez tome Ier
du Théâtre, page 245.
Note_45
Variante: « ... le xérès,
le vin grec. »
Note_46
Variante: « ... ma pauvre nudité.
»
Note_47
C’est le café qui existe encore dans la
rue de l’Ancienne-Comédie.
Note_48
Fréron ne se nomme pas Jean, mais Caterin.
Il semble que cet homme soit le cadavre d’un coupable qu’on abandonne au
scalpel des chirurgiens. Il a été méchant, et il en
a été puni. Il dit, dans une de ses feuilles de l’année
1756: « Je ne hais pas la médisance, peut-être même
ne haïrais-je pas la calomnie. » Un homme qui écrit ainsi
ne doit pas être surpris qu’on lui rende justice. (Note
de Voltaire, 1771.)
Note_49
L’abbé Mercier de Saint-Léger, qui
achetait de Fréron les livres nouveaux dont celui-ci rendait compte,
ne trouvait d’ordinaire que la préface dont les feuillets fussent
coupés. (Magasin encycl., 1812, tome VI, page 414.)
Note_50
Variante:
Je critiquai sans esprit et sans choix;
Et je mentis pour dix écu, par mois
Comme un laquais je parvins à déplaire
Même en province, à tel point que parfois
De nos écrits on fit de vils emplois. |
Note_51
Variante: « Avait gaufré... »
Note_52
L’homme dont il s’agit ici était d’ailleurs
un magistrat et un homme de lettres et de mérite. Il eut le malheur
de prononcer à l’Académie un discours peu mesuré,
et même très offensant. Il est vrai que sa tragédie
de Didon est faite sur le modèle de celle de Metastasio;
mais aussi il y a de beaux morceaux qui sont à l’auteur français.
Il faut avouer qu’en général la pièce est mal écrite.
il n’y a qu’à voir le commencement:
Tous mes ambassadeurs, irrités et confus,
Trop souvent de la reine ont subi les refus.
Voisin de ses États, faibles dans leur naissance,
Je croyais que Didon, redoutant ma vengeance,
Se résoudrait sans peine à l’hymen glorieux
D’un monarque puissant, fils du maître des dieux.
Je contiens cependant la fureur qui m’anime;
Et déguisant encor mon dépit légitime,
Pour la dernière fois, en proie à ses hauteurs,
Je viens sous le faux nom de mes ambassadeurs,
Au milieu de la cour d’une reine étrangère,
D’un refus obstiné pénétrer le mystère;
Que sais-je?... n’écouter qu’un transport amoureux. |
Des ambassadeurs ne subissent point des refus; on essuie,
on reçoit des refus. Si tous ses ambassadeurs irrités et
confus ont subi des refus, comment ce Jarbe pouvait-il croire que Didon
se soumettrait sans peine à cet hymen glorieux? Jarbe d’ailleurs
a-t-il envoyé tous ses ambassadeurs ensemble, un l’un après
l’autre?
Il contient cependant la fureur qui l’anime, et il déguise
encore son dépit légitime. S’il déguise ce dépit
légitime, et s’il est si furieux, il ne croit donc pas que Didon
l’épousera sans peine. Épouser quelqu’un sans peine, et déguiser
son dépit légitime, ne sont pas des expressions bien nobles,
bien tragiques, bien élégantes.
Il vient, sous le faux nom de ses ambassadeurs, être
en proie à des hauteurs? Comment vient-on sous le faux nom de ses
ambassadeurs? on peut venir sous le nom d’un autre, mais on ne vient point
sous le nom de plusieurs personnes. De plus, si on vient sous le nom de
quelqu’un, on vient à la vérité sous un faux nom,
puisqu’on prend un nom qui n’est pas le sien; mais on ne prend pas le faux
nom d’un ambassadeur quand on prend le véritable nom de cet ambassadeur
même.
Il veut pénétrer le mystère d’un
refus obstiné. Qu’est-ce que le mystère d’un refus si net,
et déclaré avec tant de hauteur? Il peut y avoir du mystère
dans des délais, dans des réponses équivoques, dans
des promesses mal tenues; mais quand on a déclaré avec des
hauteurs à tous vos ambassadeurs qu’on ne veut point de vous, il
n’y a certainement là aucun mystère.
Que sais-je?... n’écouter qu’un transport amoureux.
Que sait-il? il n’écoutera qu’un transport, il sera terrible
dans le tête-à-tête.
Le grand malheur de tant d’auteurs est de n’employer presque
jamais le mot propre; ils sont contents pourvu qu’ils riment, mais les
connaisseurs ne sont pas contents. (Note de Voltaire,
1771.)
¾ Voltaire avait, en
1736, publié le Fragment d’une lettre sur Didon; il
répéta encore ses observations en 1774. (B.)
Note_53
Dans sa lettre à d’Argental, du 27 avril
1760, Voltaire dit que les Cantiques de Lefranc sont d’autant
plus sacrés que personne n’y touche. On a remarqué que
Voltaire a, par inadvertance, fait rimer le mot touche avec lui-même.
(B.)
Note_54
Zoraïde était une tragédie
africaine du même auteur. Les comédiens le prièrent
de leur faire une seconde lecture pour y corriger quelque chose; il leur
écrivit cette lettre:
« Je suis fort surpris, messieurs, que vous exigiez
une seconde lecture d’une tragédie telle que Zoraïde. Si
vous ne vous connaissez pas en mérite, je me connais en procédés,
et je me souviendrai assez longtemps des vôtres pour ne plus m’occuper
d’un théâtre où l’on distingue si peu les personnes
et les talents. Je suis, messieurs, autant que vous méritez que
je le sois, votre, etc. (Note de Voltaire,
1771.) ¾ Le sujet de Zoraïde
est, comme Alzire, la peinture des moeurs américaines
opposée au portrait des moeurs européennes. Voltaire réclama
auprès des Comédiens français; voyez tome II du Théâtre,
page 369.
Note_55
Quinault-Denèle était dans ce temps-là
une assez bonne comédienne, pour qui principalement Zoraïde
avait été faite. Les noms qui suivent sont les noms des
comédiens de ce temps-là. (Note
de Voltaire, 1774.)
Note_56
Gresset, auteur du petit poème de Ver-Vert,
d’autres ouvrages dans ce goût, et de quelques comédies.
Il y a des vers très heureux dans tout ce qu’il a fait. Il était
jésuite quand il fit imprimer son Ver-Vert. Le contraste
de son état et des termes de b... et f... qu’on voyait dans ce petit
poème fit un très grand éclat dans le monde, et donna
à l’auteur une grande réputation. Ce poème n’était
fondé à la vérité que sur des plaisanteries
de couvent, mais il promettait beaucoup; l’auteur fut obligé de
sortir des jésuites. Il donna la comédie du Méchant,
pièce un peu froide, mais dans laquelle il y a des scènes
extrêmement bien écrites. Revenu depuis à la dévotion,
il fit imprimer une Lettre dans laquelle il avertissait le public
qu’il ne donnerait plus de comédies, de peur de se damner. Il pouvait
cesser de travailler pour le théâtre sans le dire. Si tous
ceux qui ne font point de comédies en avertissaient tout le monde,
il y aurait trop d’avertissements imprimés. Cet avis au public fut
plus sifflé que ne l’aurait été une pièce nouvelle,
tant le public est malin. (V., 1771.)
Note_57
L’abbé Trublet, auteur de quatre tomes
d’Essais de littérature. Ce sont de ces livres inutiles,
où l’on ramasse de prétendus bons mots qu’on a entendu dire
autrefois, des sentences rebattues, des pensées d’autrui délayées
dans de longues phrases, de ces livres enfin dont on pourrait faire douze
tomes avec le seul secours du Polyanthe. (Note
de Voltaire, 1771.) ¾ On appelle
Polyanthea le volume intitulé Florilegii magni, seu Polyantheae
floribus novissimis sparsae libri XXIII, etc. C’est un recueil par
ordre alphabétique de matières, de définitions, pensées,
maximes, adages d’auteurs célèbres. (B.)
¾ En entrant dans Paris,
le Pauvre Diable entra, pour ainsi dire, dans la mémoire
de tous les gens du goût... Le lendemain même, M. Suard rencontre
l’abbé Trublet sous les guichets du Carrousel. Ce bon diable avait
aussi retenu la pièce tout entière, et ce qu’il savait mieux,
c’étaient les vers sur lui, si sanglants et si gais. Il ne les récitait
pas seulement, il les commentait. « Observez bien, disait-il à
M. Suard, qu’un homme de peu de goût et de peu de talent aurait pu
faire le vers composé d’un même mot répété
trois fois:
Il compilait, compilait, compilait.
mais qu’il n’y avait qu’un homme de beaucoup de talent
et de beaucoup de goût qui pouvait le laisser. » Voltaire,
qui ne l’a pas ignoré, aurait pu écrire à Trublet,
comme Horace à Tibulle:
Albi, nostrorum sermonum candide judex.
(Garat, Mémoires historiques sur le dix-huitième
siècle, Paris, 1829, tome Ier, pages 129-130.)
Note_58
Voltaire désigne ainsi le comité
de la Comédie italienne.
Note_59
Il y avait en effet alors, auprès de l’hôtel
de la Comédie italienne, une maison où s’assemblaient tous
les convulsionnaires, et où ils faisaient des miracles. Ils étaient
protégés par un président au parlement, nommé
du Bois, après l’avoir été par un Carré de
Montgeron, conseiller au même parlement. Cette secte de convulsionnaires,
celle des moraves, des ménonistes, des piétistes, font voir
comment certaines religions peuvent aisément s’établir dans
la populace, et gagner ensuite les classes supérieures. Il y avait
alors plus de six mille convulsionnaires à Paris. Plusieurs d’entre
eux faisaient des choses très extraordinaires. On rôtissait
des filles sans que leur peau fût endommagée; on leur donnait
des coups de bûche sur l’estomac sans les blesser; et cela s’appelait
donner des secours. Il y eut des boiteux qui marchèrent droit et
des sourds qui entendirent. Tous ces miracles commençaient par un
psaume qu’on récitait en langue vulgaire; on était saisi
du Saint-Esprit, on prophétisait; et quiconque dans l’assemblée
se serait permis de rire aurait couru risque d’être lapidé.
Ces farces ont duré vingt ans chez les Welches. (Note
de Voltaire, 1771.)
Note_60
Variante: « ... caché là.
»
Note_61
C’est Abraham Chaumeix, vinaigrier et théologien,
dont on a parlé ailleurs. (Note de Voltaire,
1771.) ¾ Voyez ci-après une note
du Russe à Paris.
Note_62
Variante: « ... navré de ma disgrâce.
»
Note_63
C’était la prétention des parlementaires.
(G. A.)
Note_64
L’Opéra, situé alors sur un emplacement
voisin de la cour des Fontaines actuelle.
Note_65
Marion de Lorme, courtisane du temps du cardinal
de Richelieu, et qui fit une assez grande fortune avec ce ministre, qui
était fort généreux. (Note
de Voltaire, 1771.)
Note_66
La mode était alors de se promener en carrosse
ou à pied sur les boulevards de Paris, que M. Outrequin avait soin
de faire arroser tous les jours pendant l’été. Les jeunes
gens se piquaient d’y faire paraître leurs maîtresses dans
les voitures les plus brillantes. On y voyait des filles de l’Opéra
couvertes de diamants; elles renouaient leurs cheveux avec des peignes
où il y avait autant de diamants que de dents. Les boulevards étaient
bordés de cafés, de boutiques de marionnettes, de joueurs
de gobelets, de danseurs de corde, et de tout ce qui peut amuser la jeunesse.
(Note de Voltaire, 1771.)
Note_67
Variante: « Sifflés, sifflants, ...
»
Note_68
Le Portier des Chartreux est un livre qui
n’est pas de la morale la plus austère. On y trouve un portrait
de l’abbé Desfontaines, plus hardi que tous ceux l’on lit dans Pétrone.
Cet ouvrage est de l’auteur de la petite comédie intitulée
le B... L’auteur était d’ailleurs aussi savant dans l’antiquité
que dans l’histoire des moeurs modernes; et il a composé des discours
sérieux pour des personnages très graves, qui ne savaient
pas les faire eux-mêmes. (Note de Voltaire,
1771 et 75.) ¾ Le comte de Caylus (voyez
tome VIII, page 599) est auteur de la comédie intitulée le
Bordel, ou le J.-F. puni, comédie en prose, en trois actes, 1736,
in-8°; mais c’est par plaisanterie que Voltaire lui attribue le
Portier des Chartreux, imprimé, pour la première fois,
sous le titre d’Histoire de Dom B... , portier des Chartreux, 1748,
deux parties in-8°; réimprimé plusieurs fois, tantôt
sous le titre Histoire de Gouberdom (nom anagrammatique), portier
des Chartreux, 1772, in-8°, 1790, deux parties; tantôt sous
celui de Mémoires de Saturnin, 1787, deux parties in-18,
1803, deux volumes in-18, etc. L’auteur de ce roman obscène est
Jean-Charles Gervaise de La Touche, avocat au parlement de Paris depuis
1744, mort en 1782; il était né à Amiens. (B.)
Note_69
Un provincial, dans un mémoire, a imprimé
ces mots: « Il faut que tout l’univers sache que Leurs Majestés
se sont occupées de mon discours. Le roi l’a voulu voir; toute la
cour l’a voulu voir. » Il dit, dans un autre endroit, que «
sa naissance est encore au-dessus de son discours. » Un frère
de la Doctrine chrétienne a trouvé peu d’humilité
chrétienne dans les paroles de ce monsieur; et, pour le corriger,
il a mis en lumière Ces vers chrétiens, applicables à
tous ceux qui ont plus de vanité qu’il ne faut. (Note
de Voltaire, 1760.) ¾ Voyez
la note sur Lefranc de Pompignan dans le Russe à Paris.
Note_70
Un provincial, dans un mémoire concernant
une petite querelle académique, avait imprimé ces propres
mots: « Il faut que tout l’univers sache que Leurs Majestés
se sont occupées de mon discours à l’Académie. »
Et comme, dans ce discours, dont Leurs Majestés
ne s’étaient point occupées, l’auteur avait insulté
plusieurs académiciens, il n’est pas étonnant qu’il se soit
attiré une petite correction dans la pièce de vers intitulée
la Vanité. Car s’il est mal de commencer la guerre, il est
très pardonnable de se défendre. (Note
de Voltaire, 1771.)
Note_71
Ce fut le lundi 10 mars 1760 que Lefranc de Pompignan
fut reçu à l’Académie française et prononça,
en séance publique, une pièce oratoire qui sera redevable
à Voltaire de son immortalité. Au moins le récipiendaire
ira droit au but, sans circonlocutions ni détours. Ses paroles seront
provocantes, agressives; c’est en ennemi ouvert de la philosophie qu’il
se pose, et il ne néglige rien pour s’aliéner des écrivains
qui, de leur côté, auront bonne mémoire et ne lui feront
pas grâce. Ce morceau, trop fameux, n’est d’un bout à l’autre
qu’un lieu commun, mais relevé par une force d’expression, une chaleur,
une conviction indignée, de nature à produire une forte impression
sur un auditoire qui n’était pas composé des seuls amis des
philosophes, et dans lequel plus d’un, effrayé, épouvanté
de la fièvre des esprits, se demandait déjà où
l’on allait, et quelle serait la fin de toutes ces audaces. Ces déclamations
violentes furent donc accueillies avec une faveur marquée, et, disons-le,
leur succès fut complet. Dupré de Saint-Maur, qui répondit
au nouvel élu en qualité de directeur, lui fit de son mieux
les honneurs de l’Académie. Il n’eut garde d’oublier, dans ses compliments,
son frère, l’évêque du Puy. Il les compara, le poète
à Moïse, le prélat à Aaron. « Tout retrace
en vous, dit-il, l’image de ces deux frères qui furent consacrés
l’un comme juge, l’autre comme pontife, pour opérer des miracles
dans Israël. » Fréron cite ce passage sans commentaires.
Nous nous trompons; la comparaison lui paraît tout à fait
neuve. Nous ne le contredirons point; mais on ne pouvait rendre de pire
service au pauvre Saint-Maur que de reproduire cette burlesque et ridicule
flatterie. Quoi qu’il en soit, fier comme Artaban, Lefranc fut admis à
remettre son discours au roi, qui lui dit: « Je vous promets de le
lire. » Ce n’était pas, à ce qu’on assure, une simple
politesse. « Sa Majesté l’a lu en effet, rapporte Fréron
dans l’Année littéraire, et le jour même elle
demanda à un seigneur de sa cour comment il trouvait le discours.
« Un peu long, sire, répondit-il. ¾
Il est vrai, reprit le roi, que j’ai employé vingt minutes à
le lire, et qu’il a dû être plus long à l’Académie;
mais c’est un excellent ouvrage, selon moi, peu fait, au reste, pour être
applaudi par les impies et les esprits forts. » Que pourrais-je ajouter,
monsieur, à un suffrage aussi brillant et aussi flatteur? »
(G. D.)
Note_72
Voltaire avait écrit à Marmontel,
à propos de son Bélisaire condamné par le Parlement,
une lettre dans laquelle il disait que, s’il était à Paris,
il irait avec l’Académie demander justice au roi (7 auguste 1767).
Cogé, coge pecus comme l’appelait Voltaire, lui retourna
très finement ces trois vers.
Note_73
Ce sont de petites feuilles volantes qui coururent
dans Paris vers ce temps-là. (Note de Voltaire,1771.)
Note_74
C’est la prière de Pope, connue sous le
nom de Prière du déiste. Il est vrai qu’elle n’était
pas chrétienne, mais elle était universelle. On ne s’en scandalisa
point à Londres, non seulement parce qu’on permet beaucoup de choses
aux poètes, mais parce qu’on était las de persécuter
Pope, et surtout parce qu’il se trouve en Angleterre beaucoup plus de philosophes
que de persécuteurs.
M. Lefranc de Pompignan la traduisit en vers français;
mais après l’avoir traduite, il ne devait pas insulter tous les
gens de lettres de Paris, dans son discours de réception à
l’Académie française. Il pouvait faire sa cour sans insulter
ses confrères. Ce discours fut la source de quantité d’épigrammes,
de chansons, et de petites pièces de vers, dont aucune ne touche
à l’honneur, et qui n’empêchent pas, comme on l’a déjà
dit ailleurs, que l’homme qui s’était attiré cette querelle
ne put avoir beaucoup de mérite. (V., 1771.) ¾
Le ailleurs dont il s’agit dans cette note est une des notes du
Pauvre Diable; voyez pages précédentes. (B.)
Note_75
C’est le gazetier des Nouvelles ecclésiastiques;
on en a déjà parlé ailleurs. C’est en effet une
chose assez plaisante que l’importance mise par ce gazetier à ces
petites querelles ignorées dans le reste du monde, méprisées
dans Paris par tous les gens de bon sens, et connues seulement par ceux
qui les excitaient, et par la canaille des convulsionnaires. Le gazetier
ecclésiastique assura dans plusieurs feuilles que les temps d’Anus
et d’Athanase avalent été moins orageux, et qu’on devait
s’attendre aux événements les plus funestes, depuis qu’on
avait mis un porte-dieu à Bicêtre, et un colporteur au pilori.
(Note de Voltaire, 1771.) ¾
Le ailleurs dont Voltaire veut parler ici est une de ses notes du
Russe à Paris (voyez plus loin). (B.)
Note_76
Piron, auteur de la Métromanie, jolie
pièce qui a eu beaucoup de succès. Il a fait sou épitaphe,
qui commence par ce vers:
Ci-gît, qui? quoi? ma foi, personne, rien.
(Note de Voltaire,
1771.)
Note_77
Voltaire, dans sa lettre à Thieriot, du
8 décembre 1760, raconte que Pompignan étant allé
se plaindre au dauphin, ce prince dit tout haut:
Notre ami Pompignan pense être quelque chose! (B.)
¾ Le dauphin, quelles
que fussent sa dévotion et sa charité, n’avait pu se défendre
de rire comme tout le monde aux dépens de Lefranc. Ce vers, d’un
comique si heureux, ne lui sortait pas de la tête. Mme du Hausset
rapporte une conversation entre Quesnay et Mirabeau sur le dauphin. «
Ce qui devrait vous rassurer sur le dauphin, dit Mirabeau, c’est que, malgré
la dévotion de Pompignan, il le tourne en ridicule. Il y a quelque
temps que, l’ayant rencontré et trouvant qu’il avait l’air bouffi
d’orgueil, il dit à quelqu’un qui me l’a redit:
Et l’ami Pompignan pense être quelque chose. »
Le pire pour le pauvre homme, c’est que l’anecdote s’ébruita,
qu’elle courut bientôt Paris, et ne tarda pas même à
parvenir jusqu’aux Délices, où elle fut accueillie avec transport:
« Voilà, écrivait Voltaire à Helvétius
(12 décembre 1760), à quoi les vers sont bons quelquefois;
on les cite, comme vous voyez, dans les grandes occasions. » (G.
D.)
Note_78
Nous avons rétabli les notes de cette satire
d’après les premières éditions. L’auteur avait cru
devoir en supprimer quelques-unes. Ce qui occupait les esprits en 1760
était oublié en 1775. Il faut se rappeler, en les lisant,
l’époque où elles ont été faites, et la nécessité
où se trouvait M. de Voltaire de dévoiler l’hypocrisie des
hommes qui, sous le masque du patriotisme, comme sous le manteau de la
religion, cherchaient à perdre auprès de Louis XV des écrivains
vertueux et amis du bien public, dont tout le crime était d’avoir
excité leur envie, ou blessé leur orgueil. (K.)
Note_79
Ce furent Huygens et Newton qui prouvèrent,
le premier par la théorie des forces centrifuges, le second par
celle de la gravitation, que le globe doit être un peu aplati aux
pôles, et un peu élevé à l’équateur;
que par conséquent les degrés du méridien sont plus
petits à l’équateur, et au pôle un peu plus longs.
La différence, selon Newton, est d’un deux-cent-trentième,
et, selon Huygens, d’un cinq-cent-soixante-et-dix-huitième.
On trouva au contraire, par les mesures prises en France,
que les degrés du méridien étaient plus grands au
sud qu’au nord. De là on conclut que la terre était aplatie
au pôle, comme Newton et Huygens l’avaient prouvé par une
théorie sûre. C’était tout justement le contraire de
ce qu’on devait conclure. Les mesures de France étaient fausses,
et la conclusion plus fausse encore.
Cette affaire ne fut portée ni au parlement ni
en Sorbonne, comme celle de l’inoculation y a été déférée.
L’Académie des sciences se rétracta au bout de vingt ans,
et Fontenelle avoua dans son histoire que, si les degrés étaient
plus longs vers le nord, la terre devait être aplatie au pôle.
Cela faisait voir qu’on s’était non seulement trompé
en France sur la théorie, mais qu’on s’était aussi trompé
dans les mesures. (Note de Voltaire,
1771.)
¾ Les erreurs qu’elles
renfermaient ont été reconnues et corrigées depuis.
Il est prouvé que la terre est aplatie, comme les expériences
du pendule l’avaient prouvé, comme les lois de l’équilibre
des fluides paraissent l’exiger. La proportion des axes de la terre s’approche
davantage de celle de Newton que de celle de Huygens, ce qui confirme ce
qu’avait découvert Newton, que la force de la pesanteur est le résultat
de la force attractive de tous les éléments de la terre,
et non une force dirigée vers le centre, suivant l’hypothèse
de Huygens; mais les observations du pendule ne sont pas d’accord avec
les mesures des degrés du méridien, dans l’hypothèse
de la terre homogène, et ces mesures ne s’accordent pas à
donner à la terre une figure régulière. (K.)
Note_80
Moreau de Maupertuis fit accroire au cardinal
de Fleury que cette dispute purement philosophique intéressait tous
les navigateurs; qu’il y allait de leur vie. Il n’y allait certainement
que de la curiosité. (Note de Voltaire, 1771.)
Note_81
C’était deux filles de Tornéa, qui
étaient soeurs. Le père commença un procès
criminel contre Maupertuis; mais on ne put du cercle polaire envoyer à
Paris un huissier. (V., 1771.)
¾ Voltaire a parlé
ailleurs des deux Laponnes enlevées par Maupertuis; voyez tome IX.
Note_82
Cela est vrai à la lettre. Il y avait à
la fête de Versailles de grands berceaux de verdure, ornés
de fleurs qui formaient des dessins pittoresques. Ce fut là que
Louis XIV, qui était dans tout l’éclat de la jeunesse et
de la beauté, dansa avec Mlle de La Vallière et d’autres
dames. (Note de Voltaire, 1771.)
Note_83
C’était à la première représentation
de Cinna. (B.)
Note_84
Rien n’est plus connu que l’histoire de la tragédie
de Bérénice. La princesse Henriette d’Angleterre,
fille de Charles Ier, et femme de Monsieur, frère unique de Louis
XIV, donna ce sujet à traiter à Corneille et à Racine.
On sait comment Corneille en fit une tragédie aussi froide et aussi
ennuyeuse que mal écrite, et comment Racine en fit une pièce
très touchante malgré ses défauts. (Note
de Voltaire, 1774.)
Note_85
Louis XIV était parvenu jusqu’à
garnir ses ports de près de deux cents vaisseaux de guerre. (V.,
1771.)
Note_86
Cela fut écrit en 1760, temps auquel le
malheur des temps, les disgrâces dans la guerre, et la mauvaise administration
des finances, avaient obligé le roi et la plupart des gens riches
à faire porter à la Monnaie une grande partie de leur vaisselle
d’argent. On servait alors les potages et les ragoûts dans des plats
de faïence qu’on appelait des cus noirs. (V., 1771.)
Note_87
On n’a pas ici la témérité
de vouloir jeter le plus léger soupçon de partialité
sur les remontrances: le zèle les dicte, la bonté les reçoit,
l’équité y a souvent égard; On observe seulement que
lorsque les Anglais se ruinent pour désoler nos côtes, insulter
nos ports, détruire nos colonies et notre commerce, nous devons
donner quelque chose pour nous défendre. Certes, en voyant notre
roi se défaire de sa vaisselle d’argent, et se priver de ce qui
fait le nécessaire d’un monarque, quel est le citoyen qui ne suivra
pas un exemple si noble et si touchant? (Note
de Voltaire, 1760). ¾ La générosité
de Louis XV, envoyant son argenterie à la Monnaie pour secourir
l’État, est portée à sa juste valeur par ce que raconte
Chamfort: « Louis XV, dit-il, demanda au duc d’Ayen (depuis maréchal
de Noailles) s’il avait envoyé sa vaisselle à la Monnaie.
Le duc répondit que non. « Moi, dit le roi, j’ai envoyé
la mienne. ¾ Ah! sire, dit M. d’Ayen,
quand Jésus-Christ mourut le vendredi saint, il savait bien qu’il
ressusciterait le dimanche. » (B.)
Note_88
Greffier au parlement de Paris. (V., 1760.)
Note_89
La querelle de la bulle Unigenitus fut
un de ces ridicules sérieux qui ont troublé la France assez
longtemps. On n’ignore pas que Louis XIV eut le malheur de se mêler
des disputes absurdes entre les jansénistes et les molinistes; que
cette extravagance jeta de l’amertume sur la fin de ses jours, et que cette
guerre théologique, pour n’avoir pas été assez méprisée,
renaquit ensuite assez violemment. C’était la honte de l’esprit
humain; mais on était accoutumé à cette honte. (V.,
1771.)
Note_90
Valère Maxime (lib. II, cap. vi, de
ext. Instit., dit que les druides prêtaient de l’argent aux pauvres,
à la charge qu’ils le rendraient en l’autre monde. ¾
Je ne trouve cette note dans aucune édition du vivant de l’auteur,
mais les éditeurs de Kehl la donnent comme étant de Voltaire.
(B.)
Note_91
La folie inconcevable des convulsions fut un des
fruits de la bulle Unigenitus. Il y en avait encore en 1760, et
elles avaient commencé en 1724. Sans les philosophes, qui jetèrent
sur cette démence infâme tout le ridicule qu’elle méritait,
cette fureur de l’esprit de parti aurait eu des suites très dangereuses,
(V., 1771.)
Note_92
M. Lefranc de Pompignan, dans un mémoire
qu’il dit avoir présenté au roi en 1760, s’exprime ainsi,
page 47: « Il faut que tout l’univers sache que... le roi s’est occupé
de mon discours, non comme d’une nouveauté passagère, mais
comme d’une production digne de l’attention particulière des souverains.
»
Quel producteur que ce Pompignan! quelle modestie! de
quel ton il parle à l’univers! comme l’univers est occupé
de lui!
Ce même Lefranc de Pompignan dit, page 10: «
Un homme de ma naissance et de mon état. » La naissance de
Lefranc!
Ce même Lefranc de Pompignan dit encore que, pendant
qu’il était juge des aides en Quercy, il écrivait de la
prose pour l’utilité de ses compatriotes. Voici la prose utile
de M. Lefranc de Pompignan. Il eût la bonté, en 1756, d’écrire
au roi, et de lui reprocher le bien que le roi faisait à la nation,
en faisant lui-même, à Trianon, l’essai de la méthode
de remédier à la carie des blés. Sa Majesté
daigna faire envoyer la recette dans toutes les provinces: c’est une de
ses attentions paternelles pour son peuple; nous l’en bénissons,
nos enfants l’en béniront. M. Lefranc de Pompignan semble insulter
à sa bienfaisance; il lui dit: « Ces expériences ne
rendront pas nos champs moins incultes. Le parc de Versailles ne décide
pas de l’état de nos campagnes. Vous traitez vos sujets plus impitoyablement
que des forçats; on exerce sur eux des vexations horribles: sortez
de l’enceinte de votre palais somptueux, vous verrez un royaume qui sera
bientôt un désert... »
Telle est la prose coulante et agréable du sieur
Lefranc de Pompignan. Le roi n’a jamais donné un plus grand exemple
de clémence qu’en daignant pardonner à ce bourgeois de Quercy
un peu trop vif. Est-ce à ce titre qu’on l’a reçu à
l’Académie?
Le même Lefranc de Pompignan, auteur du Voyage
de Provence, de la Prière du déiste, et de quelques
psaumes traduits en vers bien durs, et de plusieurs pièces de théâtre,
dont une seule a pu être jouée, nie qu’on lui ait refusé
quelque temps les provisions de sa charge en Quercy, pour le punir de la
Prière du déiste, parce qu’il fut d’ailleurs suspendu
de sa charge en Quercy pour une autre affaire qui arriva dans un bal en
Quercy. Nous n’entrerons point dans ces détails; nous nous contenterons
d’observer que ce n’est pas sans raison qu’un père de la Doctrine
chrétienne lui a dit:
Pour vivre un peu joyeusement,
Croyez-moi, n’offensez personne:
C’est un petit avis qu’on donne
Au sieur Lefranc de Pompignan. |
Il peut sur cet article présenter un mémoire
à l’univers. (Note de Voltaire,
1760.)
¾ Voici le texte d’un
autre passage de Pompignan: « ... Donnant tous mes soins, tous les
moments de mon loisir à des travaux champêtres, à composer
une nombreuse bibliothèque, à écrire des vers pour
mon amusement, et de la prose pour l’utilité de mes compatriotes,
je ne me suis jamais mêlé d’aucune querelle littéraire.
(Page 10 du Mémoire présenté au roi.)
(B.)
Note_93
Palissot de Montenoi fit jouer par les Comédiens
français une comédie intitulée les Philosophes,
le 2 mai 1760. Il a eu le malheur, dans cette comédie, d’insulter
et d’accuser plusieurs personnes d’un mérite supérieur; et
il se reprochera sans doute cette faute toute sa vie. On voit, par la lettre
qu’il a donnée au public en forme de préface, qu’il a été
trompé par de faux mémoires qu’on lui avait donnés.
Il justifie sa pièce en rapportant plusieurs passages tirés
de l’Encyclopédie, et la plupart de ces passages ne se trouvent
pas dans l’Encyclopédie. Il cite plusieurs traits de quelques
mauvais livres intitulés l’Homme plante et la Vie heureuse,
comme si ces livres étaient composés par quelques-uns
de ceux qui ont mis la main à l’Encyclopédie; mais
ces livres détestables, contre lesquels il s’élève
avec une juste indignation, sont d’un médecin nommé La Métrie,
natif de Saint-Malo, de l’Académie de Berlin, qui les composa à
Berlin il y a plus de douze ans, dans des accès d’ivresse. Ce La
Métrie n’a jamais été en relation avec aucun des citoyens
qui sont maltraités dans la pièce des Philosophes.
Ceux qu’on insulte dans cette pièce sont M. Duclos,
secrétaire perpétuel de l’Académie française,
auteur de plusieurs ouvrages très estimables; M. d’Alembert, de
la même Académie et de celle des sciences, célèbre
par sa vaste littérature, par ses connaissances profondes dans les
mathématiques, et par son génie; M. Diderot, dont le public
fait le même éloge; M. le chevalier de Jaucourt, homme d’une
grande naissance, auteur de cent excellents articles qui enrichissent le
Dictionnaire encyclopédique; M. Helvétius, admirable
(ce mot n’est pas trop fort) par une action unique il a quitté deux
cent mille livres de rente pour cultiver les belles-lettres en paix, et
il fait du bien avec ce qui lui reste. La facilité et la bonté
de son caractère lui ont fait hasarder, dans un livre d’ailleurs
plein d’esprit, des propositions fausses et très répréhensibles,
dont il s’est repenti le premier, à l’exemple du grand Fénelon.
L’auteur de la comédie des Philosophes se repent aussi d’avoir
porté le poignard dans ses blessures; il a des remords d’avoir imputé
des maximes et des vues pernicieuses aux plus honnêtes gens qui soient
en France, à des hommes qui n’ont jamais fait le moindre mal à
personne, et qui n’en ont jamais dit. En qualité de citoyen, il
souhaite que le Dictionnaire encyclopédique se continue,
que les libraires qui ont fait cette grande entreprise ne soient pas ruinés,
que les souscripteurs ne perdent point leurs avances.
Ce livre, qui se perfectionnait sous tant de mains, devenait
cher et nécessaire à la nation. J’ai vu l’article Roi on
manuscrit; des étrangers ont pleuré de tendresse au portrait
qu’on fait de Louis XV, et ils ont souhaité d’être ses sujets;
la reine son épouse regretterait l’article Reine, si sa vertu modeste
pouvait lui faire regretter les plus justes louanges. Au mot Guerre, on
croirait que celui qui commande aujourd’hui nos armées, et plusieurs
lieutenants généraux, ont été désignés
par l’auteur, qui est lui-même un excellent officier. Le mot Siège
forme un article bien important pour nous; la prise du Port-Mahon immortalise
le nom du général et le nom français: en un mot, cet
ouvrage eût fait notre gloire, et il est bien honteux qu’il ait essuyé
à la fois la persécution et le ridicule. (Note
de Voltaire, 1760.) ¾ L’auteur
de l’article Guerre dans l’Encyclopédie est le comte de Tressan.
L’officier qui commandait les armées, en 1760, est le duc de Broglie.
(B.)
Note_94
Le 14 mai 1760, jour de l’anniversaire
de la mort de Henri IV, les apothicaires de Paris firent saisir, dans un
couvent de jésuites qu’on appelait la maison professe, des drogues
que les jésuites vendaient en fraude, et leur firent un procès
au parlement, qui condamna ces pères. On disait qu’ils débitaient
chez eux ces drogues pour empoisonner les jansénistes. (Note
de Voltaire, 1771.) ¾ Dans
les éditions soit in-4°, soit in-8° de 1760, il y avait:
« On saisit des drogues et du vert-de-gris chez les frères
jésuites de la rue Saint-Antoine, le 10 mai 1760, jour de l’anniversaire
de la mort de Henri le Grand. Il y a un grand procès sur cette contrebande
entre les frères jésuites et les apothicaires, sur quoi un
janséniste a imprimé que les frères jésuites,
après avoir empoisonné les âmes, voulaient aussi empoisonner
les corps; mais ce sont de mauvaises plaisanteries. Dans sa lettre à
d’Argental, du 6 juillet 1760, Voltaire dit qu’au lieu du 10 (mai) il faut
lire 14. Il parle des expressions de jésuites empoisonneurs de
corps dans sa lettre à Thieriot, du 30 juin 1760. La note que
je viens de rapporter fut supprimée par l’auteur en 1761. Celle
qu’on lit aujourd’hui est de 1771.
Le 2 septembre 1760, le lieutenant général
de police rendit une sentence qui déclare valable la saisie faite
chez les jésuites, de trois boites de thériaque et de trois
de confection de hyacinthe. Voyez Journal encyclopédique, 1760,
septembre, tome II, page 153; voyez aussi lettre à d’Argental, 6
juillet 1760, et celle à Lutzelbourg, 2 juillet 1760. (B.)
Note_95
C’est ce qu’on appelle la Gazette ecclésiastique.
Ce journal clandestin commença en 1724, et dure encore. C’est
un ramas de petits faits concernant des bedeaux de paroisse, des porte-dieu,
des thèses de théologie, des refus de sacrements, des billets
de confession: c’est surtout dans le temps de ces billets de confession
que cette gazette a eu le plus de vogue. L’archevêque de Paris, Christophe
de Beaumont, avait imaginé ces lettres de change tirées à
vue sur l’autre monde, pour faire refuser le viatique à tous les
mourants qui se seraient confessés à des prêtres jansénistes.
Ce comble de l’extravagance et de l’horreur causa beaucoup de troubles,
et mit la Gazette ecclésiastique alors dans un grand crédit:
elle tomba quand cette sottise fut finie. Elle était, dit-on, comme
les crapauds, qui ne peuvent s’enfler que de venin. (Note
de Voltaire, 1771.) ¾ La Gazette
ecclésiastique n’a commencé qu’en 1727. (B.)
Note_96
Le Journal chrétien ou du chrétien
fut d’abord composé par un récollet nommé Hayer,
l’abbé Trublet, l’abbé Dinouart, un nommé Joannet.
Ils dédièrent leur besogne à la reine, dans l’espérance
d’avoir quelque bénéfice; en quoi ils se trompèrent.
Ils mirent d’abord leur Mercure chrétien à 30 sous,
puis à 20, puis à 15, puis à 12. Voyant qu’ils ne
réussissaient pas, ils s’avisèrent d’accuser d’athéisme
tous les écrivains, à tort et à travers. Ils s’adressèrent
malheureusement à M. de Saint-Foix, qui leur fit un procès
criminel, et les obligea de se rétracter. Depuis ce temps-là
leur journal fut entièrement décrié, et ces pauvres
diables furent obligés de l’abandonner.
Pour le Journal de Trévoux, il a subi le
sort des jésuites ses auteurs, il est tombé avec eux. (Note
de Voltaire, 1771.)
Note_97
Cet Abraham Chaumeix était ci-devant vinaigrier,
et, s’étant fait convulsionnaire, il devint un homme considérable
dans le parti, surtout depuis qu’il se fut fait crucifier avec une couronne
d’épines sur la tête, le 2 mars 1749, dans la rue Saint-Denis,
vis-à-vis Saint-Leu et Saint-Gilles. Ce fut lui qui dénonça
au parlement de Paris le Dictionnaire encyclopédique. Il
a été couvert d’opprobre, et obligé de se réfugier
à Moscou, où il s’est fait maître d’école.
Hayer le récollet n’est connu que par le Journal
chrétien; le jésuite Berthier par le Journal de Trévoux,
et surtout par une facétie plaisante intitulée Relation de
la maladie, de la confession, de la mort, et de l’apparition du jésuite
Berthier. (Note de Voltaire, 1771.)
¾ Jean-Nicolas Hayer,
né à Sarlouis, mort le 14 juillet 1780, est auteur de la
Religion vengée, etc., et de divers autres ouvrages.
Note_98
Le doux Caveyrac est ici par antiphrase; il n’y
a rien de si peu doux que son Apologie de la révocation de l’édit
de Nantes et de la Saint-Barthélemy. Ce n’est pas qu’on doive
en inférer absolument qu’il eût fait la Saint-Barthélemy,
s’il eût été à la place du Balafré. On
justifie quelquefois les plus abominables actions qu’on ne voudrait pas
avoir faites. On fait un livre pour plaire à un évêque,
pour attraper un petit bénéfice, une petite pension du clergé,
qu’on n’attrape point; et ensuite on écrirait pour les huguenots
avec autant de zèle qu’on a écrit contre eux. Tout cela n’est,
au bout du compte, que du papier perdu et de l’honneur perdu; ce qui est
fort peu de chose pour ces gens-là.
Nonotte est un ex-jésuite que notre auteur philosophe
a fait connaître par les ignorances dont il l’a convaincu, et par
les ridicules dont il l’a accablé avec très juste raison.
(Note de Voltaire, 1771.)
¾ Il y avait Rabot dans
les premières éditions. Nous n’avons rien pu découvrir
sur ce Rabot. Il en serait de même de la plupart des autres faiseurs
de libelles immortalisés par M. de Voltaire, s’il ne s’était
donné la peine d’ajouter à leurs noms des notes instructives.
(K.)
¾ L’ouvrage de Caveyrac,
dont Voltaire parle ci-dessus, est intitulé Apologie de Louis
XIV et de son conseil sur la révocation de l’édit de Nantes,
1758, in-8°. (B.)
Note_99
Peu d’auteurs se sont servis du mot instructeur,
qui semble manquer à notre langue. On voit bien que c’est un
Russe qui parle. Ce terme répond à celui de coukaski,
qui est très énergique en slavon. (Note
de Voltaire, 1760.)
Note_100
Les comédies qu’on joue sur les boulevards.
(V., 1760).
Note_101
Ramponeau était un cabaretier de la Courtille,
dont la figure comique et le mauvais vin qu’il vendait bon marché
lui acquirent pendant quelque temps une réputation éclatante.
Tout Paris courut à son cabaret; des princes du sang même
allèrent voir M. Ramponeau.
Une troupe de comédiens établis sur les
remparts s’engagea à lui payer une somme considérable pour
se montrer seulement sur leur théâtre, et pour y jouer quelques
rôles muets. Les jansénistes firent un scrupule à Ramponeau
de se produire sur la scène; ils lui dirent que Tertullien avait
écrit contre la comédie; qu’il ne devait pas ainsi prostituer
sa dignité de cabaretier; qu’il y allait de son salut. La conscience
de Ramponeau fut alarmée. Il avait reçu de l’argent d’avance,
et il ne voulut point le rendre, de peur de se damner. Il y eut procès.
M. Élie de Beaumont, célèbre avocat, daigna plaider
contre Ramponeau; notre poète philosophe plaida pour lui, soit par
zèle pour la religion, soit pour se réjouir. Ramponeau rendit
l’argent, et sauva son âme. (Note de Voltaire,
1771.)
¾ Voltaire composa dans
le temps une facétie qu’il intitula Plaidoyer de Ramponeau. (B.)
Note_102
La même année 1760, on joua sur le
théâtre de la Comédie-Française la comédie
des Philosophes, avec un concours de monde prodigieux. On voyait
sur le théâtre Jean-Jacques Rousseau marchant à quatre
pattes et mangeant une laitue. Cette facétie n’était ni dans
le goût du Misanthrope, ni dans celui du Tartuffe; mais
elle était bien aussi théâtrale que celle de Pourceaugnac,
qui est poursuivi par des lavements et des fils de p...
Le reste de la pièce ne parut pas assez gai; mais
on ne pouvait pas dire que ce fût là de la comédie
larmoyante. On reprocha à l’auteur d’avoir attaqué de très
honnêtes gens dont il n’avait pas à se plaindre. (Note
de Voltaire, 1771.)
Note_103
Saint-Médard est une vilaine paroisse d’un
très vilain faubourg de Paris, où les convulsions commencèrent.
On appelle depuis ce temps-là les fanatiques: chiens de Saint-Médard.
(Note de Voltaire, 1771.)
Note_104
Variante:
Le fripon le plus vil, le plus déshonoré,
Dans la basse débauche obscurément vautré. |
Note_105
Fantin, curé de Versailles, fameux directeur
qui séduisait ses dévotes, et qui fut saisi volant une bourse
de cent louis à un mourant qu’il confessait: il n’était
pourtant pas philosophe. (V., 1760.)
Note_106
Marie Alacoque, ouvrage impertinent de
Languet, évêque de Soissons, dans lequel l’absurdité
et l’impiété furent poussées jusqu’à mettre
dans la bouche de Jésus-Christ quatre vers pour Marie Alacoque.
(V., 1760.)
Note_107
La Fleur des Saints, compilation extravagante
du jésuite Ribadeneira; c’est un extrait de la Légende
dorée, traduit et augmenté par le frère Girard,
jésuite.
Nota bene que ce n’était pas ce frère
Girard condamné au feu, le 12 octobre 1731, par la moitié
du parlement d’Aix, pour avoir abusé de sa pénitente en lui
donnant le fouet assez doucement, et pour plusieurs profanations. Il fut
absous par l’autre moitié du parlement d’Aix, parce qu’on avait
ridiculement mêlé l’accusation de sortilège aux véritables
charges du procès. C’est bien dommage que ce frère Girard
n’ait pas été philosophe. (V., 1760.)
Note_108
De ce qu’il est parlé de ces Étrennes
dans la lettre à aime de Fontaine, du 1er février 1761,
il ne faut pas conclure qu’elles sont du commencement de cette année.
C’est une preuve seulement que la lettre, telle qu’elle est, n’est qu’un
recueil de divers fragments. La date du 1er janvier 1762 est à l’édition
originale; la lettre de Voltaire à Richelieu, du 27 janvier 1762,
celle du même jour de d’Alembert à Voltaire, prouvent encore
que cette satire est de 1762, ou de la fin de 1761; car Bernis en parle
dans sa lettre du 23 décembre 1761. (B.)
Note_109
Bossuet.
Note_110
Boyer, moine imbécile, que le cardinal
de Fleury fit précepteur du dauphin, et désigna en mourant
pour ministre de la feuille. Des dévotes lui avaient fait obtenir
l’évêché de Mirepoix, qu’il quitta en venant à
la cour. Il était l’ennemi déclaré de toute espèce
de mérite, et persécuta violemment M. de Voltaire. (K.)
Note_111
Gauchat, mauvais auteur de quelques brochures.
(Note de Voltaire, 1764.)
Note_112
Nom d’un avocat qui prononça un plaidoyer
pour faire rayer du tableau un de ses confrères, convaincu d’avoir
prouvé que l’excommunication des comédiens du roi, pensionnaires
de Sa Majesté, est abusive, et contraire aux libertés de
l’Église gallicane. Le Dain fut hué, mais il réussit
à faire rayer son confrère. (K.)
Note_113
Crevier, mauvais auteur d’une histoire romaine
et d’une histoire de l’Université, et beaucoup plus fait pour la
seconde que pour la première. Il a depuis fait un libelle contre
le célèbre Montesquieu, dans lequel il s’efforce de prouver
que Montesquieu était pas chrétien. Voilà un beau
service que cet homme rend à notre religion, de chercher à
nous convaincre qu’elle était méprisée par un grand
homme. La monture de Bathos paraît assez convenable à ce monsieur.
(V., 1764)
Note_114
L’abbé La Coste, qui a travaillé
à l’Année littéraire, de présent employé
à Toulon sur les galères du roi. (V., 1771.)
Note_115
Guyon, auteur de l’Oracle des nouveaux philosophes,
ouvrage distingué par son ridicule dans la foule des libelles
sans nombre publiés avec approbation contre le citoyen qui faisait
le plus d’honneur à son pays, et un de ceux qui lui ont été
le plus utiles. (K.)
Note_116
Moreau, avocat au conseil. Il a beaucoup écrit
en faveur des fermiers généraux, et contre la philosophie.
Il est l’auteur du Catéchisme des cacouacs. Dans ses livres
sur l’histoire de France, il s’est permis d’altérer et de déguiser
les monuments de nos anciennes annales, comme si l’autorité royale
avait besoin d’être soutenue par des mensonges: ses livres ont eu
le sort qu’ils méritaient, ils ont été méprisés
et payés. On a de lui quelques jolis couplets dans le genre flagorneur.
(K.)
Note_117
J.-J. Rousseau.
Note_118
Charles Frey de Neuville, jésuite célèbre
alors par des sermons remplis d’antithèses, où l’on rencontre
de loin en loin quelques traits heureux; d’ailleurs peu fanatique, et plus
homme de lettres que jésuite. (K.)
Note_119
M....re signifie Molmire: c’est dans la
lettre de d’Alembert, du 27 janvier 1762, qu’est cette explication.
Note_120
Cette pièce fut faite dans le temps où
les prêtres genevois s’avisèrent, pour prouver qu’ils n’étaient
pas sociniens, d’essayer s’ils ne pourraient pas rappeler dans Genève
les beaux jours où Calvin brûlait, proscrivait, exilait, et
gouvernait au nom de Dieu. Les esprits étaient changés, et
on se moqua d’eux. (K.)
¾ Cette pièce
est, pour le plus tard, du mois de mai 1766; elle est antérieure
à la Lettre curieuse de Robert Covelle, où elle est
rappelée. C’est aussi contre Vernet que cette satire est dirigée.
En la reproduisant l’année suivante dans la vingt-cinquième
de ses Honnêtetés littéraires, Voltaire l’intitula
Maître Guignard, ou de l’Hypocrisie, diatribe par M. Robert Covelle,
dédiée à M. Isaac Bernet, prédicant de Carcassonne.
Dans le tome XXVIII de l’édition in-4°, au lieu de Bernet
on lit Larnet. (B.)
Note_121
Nom de jésuite. (G. A.)
Note_122
Sixte-Quint. Il est vrai qu’il fit longtemps semblant
d’être humble et doux, lui qui était si fier et si dur. Voilà
pourquoi M. Robert Covelle dit que Sixte-Quint se déguise en chrétien:
avec sa permission, je trouve ce terme un peu hardi. (Note posthume.)
¾C’est sous le nom de Robert Covelle
que Voltaire a publié la Lettre curieuse à la louange
de Vernet. Il suppose ici que c’est encore de Robert Covelle qu’est
la satire de l’Hypocrisie. (B.)
Note_123
Cet avertissement est de Voltaire, et se trouve
dans la première édition, qui est de 1768. Il est question
de cette pièce dans les Mémoires secrets du 26 octobre.
Note_124
Le vers 32 prouve que, du temps de Voltaire, on
prononçait Marseillois. On prononçait encore ainsi en 1792
et même en 1796; car, dans ses Essais en vers et en prose, Paris,
Didot l’aîné, 1796, in-8°, M. Rouget de Lisle a imprimé,
page 57: « Le Chant des Combats, vulgairement l’Hymne des Marseillois.
»
Note_125
Il est constant que le serpent parlait La Genèse
dit expressément qu’il était le plus rusé de tous
les animaux. La Genèse ne dit point que Dieu lui donna alors
la parole par un acte extraordinaire de sa toute-puissance pour séduire
Ève; elle rapporte la conversation du serpent et de la femme, comme
on rapporte un entretien entre deux personnes qui se connaissent, et qui
parlent la même langue. Cela même est si évident que
le Seigneur punit le serpent d’avoir abusé de son esprit et de son
éloquence; il le condamne à se traîner sur le ventre,
au lieu qu’auparavant il marchait sur ses pieds. Flavien Josèphe
dans ses Antiquités, Philon, saint Basile, saint Éphrem,
n’en doutent pas. Le révérend père dom Calmet, dont
le profond jugement est reconnu de tout le monde, s’exprime ainsi: «
Toute l’antiquité a reconnu les ruses du serpent, et on a cru qu’avant
la malédiction de Dieu cet animal était encore plus subtil
qu’il ne l’est à présent. L’Écriture parle de ses
finesses en plusieurs endroits; elle dit qu’il bouche ses oreilles pour
ne pas entendre la voix de l’enchanteur. Jésus-Christ, dans l’Évangile,
nous conseille d’avoir la prudence du serpent. » (Note
de Voltaire, 1768.)
Note_126
Il n’en était pas ainsi de l’âne
ou de l’ânesse qui parla à Balaam. il est vraisemblable que
les ânes n’avaient point le don de la parole, car il est dit expressément
que le Seigneur ouvrit la bouche de l’ânesse et même saint
Pierre, dans sa seconde épître, dit que cet animal muet
parla d’une voix humaine. Mais remarquons que saint Augustin, dans
sa quarante-huitième question, dit que Balaam ne fut point étonné
d’entendre parler son ânesse. Il en conclut que Balaam était
accoutumé à entendre parler les autres animaux. Le révérend
père dom Calmet avoue que la chose est très ordinaire. «
L’âne de Bacchus, dit-il, le bélier de Phryxus, le cheval
d’Hercule, l’agneau de Bochoris, les boeufs de Sicile, les arbres même
de Dodone, et l’ormeau d’Apollonius de Thyane, ont parlé distinctement.
» Voilà de grandes autorités qui servent merveilleusement
à justifier M. de Saint-Didier. (V., 1768.)
Note_127
La remarque de Mme Dacier sur cet endroit d’Homère
est également importante et judicieuse. Elle appuie beaucoup sur
la sage conduite d’Homère; elle fait voir que les chevaux d’Achille,
Xante et Balie, fils de Podarge, sont d’une race immortelle, et qu’ayant
déjà pleuré la mort de Patrocle, il n’est point du
tout étonnant qu’ils tiennent un long discours à Achille.
Enfin elle cite l’exemple de l’ânesse de Balaam, auquel il n’y a
rien a répliquer. (Note de Voltaire,
1768.)
Note_128
Descartes était certainement un grand géomètre
et un homme de beaucoup d’esprit; mais toutes les nations savantes avouent
qu’il abandonna la géométrie, qui devait être son guide,
et qu’il abusa de son esprit pour ne faire que des romans. L’idée
que les animaux ont tous les organes du sentiment pour ne point sentir
est une contradiction ridicule. Ses tourbillons, ses trois éléments,
son système sur la lumière, son explication des ressorts
du corps humain, ses idées innées, sont regardés par
tous les philosophes comme des chimères absurdes. On convient que
dans toute sa physique il n’y a pas une vérité physique.
Ce grand exemple apprend aux hommes qu’on ne trouve ces vérités
que dans les mathématiques et dans l’expérience. (V., 1768.)
Note_129
Il est rapporté, dans l’histoire de l’Académie,
que La Fontaine demanda à un docteur s’il croyait que saint Augustin
eût autant d’esprit que Rabelais, et que le docteur répondit
à La Fontaine: « Prenez garde, monsieur, vous avez mis un
de vos bas à l’envers; » ce qui était vrai.
Ce docteur était un sot. Il devait convenir que
saint Augustin et Rabelais avaient tous deux beaucoup d’esprit, et que
le curé de Meudon avait fait un mauvais usage du sien. Rabelais
était profondément savant, et tournait la science en ridicule.
Saint Augustin n’était pas si savant; il ne savait ni le grec ni
l’hébreu mais il employa ses talents et son éloquence à
son respectable ministère. Rabelais prodigua indignement les ordures
les plus basses; saint Augustin s’égara dans des explications mystérieuses
que lui-même ne pouvait entendre. On est étonné qu’un
orateur tel que lui ait dit, dans son sermon sur le psaume vi:
« Il en clair et indubitable que le nombre de quatre
a rapport au corps humain, à cause des quatre éléments
et des quatre qualités dont il est composé: savoir, le chaud
et le froid, le sec et l’humide; c’est pourquoi aussi Dieu a voulu qu’il
fût soumis à quatre différentes saisons, savoir: l’été,
le printemps, l’automne et l’hiver... Comme le nombre de quatre a rapport
au corps, le nombre de trois a rapport à l’âme, parce que
Dieu nous ordonne de l’aimer d’un triple amour, savoir; de tout notre coeur,
de toute notre âme, et de tout notre esprit.
« Lors donc que les deux nombres de quatre et de
trois, dont le premier a rapport au corps, c’est-à-dire au vieil
homme et au vieux Testament, et le second a rapport à l’âme,
c’est-à-dire au nouvel homme et au nouveau Testament, seront écoulés
et passés, comme le nombre de sept jours passe et s’écoule,
parce qu’il n’y a rien qui ne se fasse dans le temps et par la distribution
du nombre quatre au corps, et du nombre trois à l’âme; lors,
dis-je, que ce nombre de sept sera passé, on verra arriver le huitième,
qui sera celui du jugement. »
Plusieurs savants ont trouvé mauvais qu’en voulant
concilier les deux généalogies différentes données
à saint Joseph, l’une par saint Matthieu, et l’autre par saint Luc,
il dise, dans son sermon 51, « qu’un fils peut avoir deux pères,
puisqu’un père peut avoir deux enfants. »
On lui a encore reproché d’avoir dit, dans son
livre contre les manichéens, que les puissances célestes
se déguisaient ainsi que les puissances infernales en beaux garçons
et en belles filles pour s’accoupler ensemble, et d’avoir imputé
aux manichéens cette théurgie impure, dont ils ne furent
jamais coupables.
On a relevé plusieurs de ses contradictions. Ce
grand saint était homme; il a ses faiblesses, ses erreurs, ses défauts,
comme les autres saints. Il n’en est pas moins vénérable,
et Rabelais n’est pas moins un bouffon grossier, un impertinent dans les
trois quarts de son livre, quoiqu’il ait été l’homme le plus
savant de son temps, éloquent, plaisant, et doué d’un vrai
génie. Il n’y a pas sans doute de comparaison à faire entre
un père de l’Église très vénérable et
Rabelais, mais on peut très bien demander lequel avait plus d’esprit;
et un bas à l’envers n’est pas une réponse. (Note
de Voltaire, 1768.)
Note_130
Dans le Spectacle de la nature, M. le prieur
de Jonval, qui d’ailleurs est un homme fort estimable, prétend que
toutes les bêtes ont un profond respect pour l’homme. Il est pourtant
fort vraisemblable que les premiers ours et les premiers tigres qui rencontrèrent
les premiers hommes leur témoignèrent peu de vénération,
surtout s’ils avaient faim.
Plusieurs peuples ont cru sérieusement que les
étoiles n’étaient faites que pour éclairer les hommes
pendant la nuit. Il a fallu bien du temps pour détromper notre orgueil
et notre ignorance; mais aussi plusieurs philosophes, et Platon entre autres,
ont enseigné que les astres étaient des dieux. Saint Clément
d’Alexandrie et Origène ne doutent pas qu’ils n’aient des âmes
capables de bien et de mal; ce sont des choses très curieuses et
très instructives. (Note de Voltaire,
1768.)
Note_131
Il faut pardonner au lion s’il ne connaissait
pas Noé. Les Juifs sont les seuls qui l’aient jamais connu. On ne
trouve ce nom chez aucun autre peuple de la terre. Sanchoniathon n’en a
point parlé; s’il en avait dit un mot, Eusèbe, son abréviateur,
en aurait pris un grand avantage. Ce nom ne se trouve point dans le Zend-Avesta
de Zoroastre. Le Sadder, qui en est l’abrégé,
ne dit pas un seul mot de Noé. Si quelque auteur égyptien
en avait parlé, Flavien Josèphe, qui rechercha si exactement
tous les passages des livres égyptiens qui pouvaient déposer
en faveur des antiquités de sa nation, se serait prévalu
du témoignage de ces auteurs. Noé fut entièrement
inconnu aux Grecs, et il le fut également aux Indiens et aux Chinois.
Il n’en est parlé ni dans le Veidam, ni dans le Shasta,
ni dans les cinq Kings; et il est très remarquable que
lui et ses ancêtres aient été également ignorés
du reste de la terre. (Note de Voltaire,
1768.)
Note_132
Au chapitre ix de la Genèse, verset
10 et suivants, le Seigneur fait un pacte avec les animaux, tant domestiques
que de la campagne. Il défend aux animaux de tuer les hommes; il
dit qu’il en tirera vengeance, parce que l’homme est son image. Il défend
de même à la race de Noé de manger du sang des animaux
mêlé avec de la chair. Les animaux sont presque toujours traités
dans la loi juive à peu près comme les hommes; les uns et
les autres doivent être également en repos le jour du sabbat.
(Exode, ch. xxiii.) Un taureau qui a frappé un homme de sa
corne est puni de mort. (Exod., ch. xxi.) Une bête qui a servi de
succube ou d’incube à une personne est aussi mise à mort.
(Lévit., ch. xx.) Il est dit que l’homme n a rien de plus que la
bête. (Ecclés., ch. iii et ix.) Dans les plaies d’Égypte,
les premiers nés des hommes et des animaux sont également
frappés. (Exod., ch. xii et xiii.) Quand Jonas prêche la pénitence
à Ninive, il fait jeûner les hommes et les animaux. Quand
Josué prend Jéricho, il extermine également les bêtes
et les hommes. Tout cela prouve évidemment que les hommes et les
bêtes étaient regardés comme deux espèces du
même genre. Les Arabes ont encore le même sentiment: leur tendresse
excessive pour leurs chevaux et pour leurs gazelles en est un témoignage
assez connu. (V., 1768.)
Note_133
Le grand Newton, Samuel Clarke, prétendent
que le Pentateuque fut écrit du temps de Saül D’autres
savants hommes pensent que ce fut sous Osias; mais il est décidé
que Moïse en est l’auteur, malgré toutes les vaines objections
fondées sur les vraisemblances et sur la raison, qui trompe si souvent
les hommes. (V., 1768.)
Note_134
Ceux qui ont écrit l’histoire naturelle
auraient bien dû compter les dents des lions: mais ils ont oublié
cette particularité aussi bien qu’Aristote. Quand on parle d’un
guerrier, il ne faut pas omettre ses armes. M. de Saint-Didier, qui avait
vu disséquer à Marseille un lion nouvellement venu d’Afrique,
s’assura qu’il avait quarante dents. (V., 1768.)
Note_135
Ce lion paraît fort instruit, et c’est encore
une preuve de l’intelligence des bêtes. La Sainte-Baume, où
se retira sainte Marie-Madeleine, est fort connue; mais peu de gens savent
à fond cette histoire. La Fleur des Saints peut en donner
quelques notions; il faut lire son article, tome II de la Fleur des
Saints, depuis la page 59. Ce fut Marie-Madeleine à qui deux
anges parlèrent sur le Calvaire, et à qui notre Seigneur
parut en jardinier. Ribadeneira, le savant auteur de la Fleur des Saints,
dit expressément que si cela n’est pas dans l’Évangile,
la chose n’en est pas moins indubitable. Elle demeura, dit-il, dans Jérusalem
auprès de la vierge Marie, avec son frère Lazare, que Jésus
avait ressuscité, et Marthe sa soeur, qui avait préparé
le repas lorsque Jésus avait soupé dans leur maison.
L’aveugle-né, nommé Celedone, à qui
Jésus donna la vue en frottant ses yeux avec un peu de boue, et
Joseph d’Arimathie, étaient de la société intime de
Madeleine. Mais le plus considérable de ses amis fut le docteur
saint Maximin, l’un des soixante et dix disciples.
Dans la première persécution qui fit lapider
saint Étienne, les Juifs se saisirent de Marie-Madeleine, de Marthe,
de leur servante Marcelle, de Maximin leur directeur, de l’aveugle-né,
et de Joseph d’Arimathie. On les embarqua dans un vaisseau sans voiles,
sans rames, et sans mariniers; le vaisseau aborda à Marseille, comme
l’atteste Baronius. Dès que Madeleine fut à terre, elle convertit
toute la Provence. Le Lazare fut évêque de Marseille, Maximin
eut l’évêché d’Aix; Joseph d’Arimathie alla prêcher
l’Évangile en Angleterre; Marthe fonda un grand couvent; Madeleine
se retira dans la Sainte-Baume, où elle brouta l’herbe toute sa
vie. Ce fut là que, n’ayant plus d’habits, elle pria toujours toute
nue; mais ses cheveux crûrent jusqu’à ses talons, et les anges
venaient la peigner et l’enlever au ciel sept fois par jour, en lui donnant
de la musique. On a gardé longtemps une fiole remplie de son sang,
et ses cheveux; et tous les ans, le jour du vendredi saint, cette fiole
a bouilli à vue d’oeil. La liste de ses miracles avérés
est innombrable. (Note de Voltaire,
1768.)
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