OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE LA
PUCELLE D'ORLÉANS
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VARIANTES DU CHANT XX
Vers 1. — Édition
de 1756
Que la vengeance est une passion
Funeste au monde, affreuse, impitoyable!
C’est un tourment, c’est une obsession;
Et c’est aussi le partage du diable.
*Le gros damné... (K.) |
Vers 41. — Édition
de 1756:
*« J’y crois, pour moi, ton honneur attaché.
»
Il ne faut pas beaucoup de rhétorique
Pour engager le tentateur antique
A travailler de son premier métier.
De tout méchef ce maudit ouvrier
Courut bien vite observer sur la terre
*En quel état... (K.) |
Vers 60:.
Charles, Dunois, et la grosse amazone,
Lassés tous trois des travaux de Bellone,
Étaient enfin revenus dans leur fort. |
Vers 73:
Remerciez le bon monsieur Denis.
Vers 75:
..
*Il vous souvient que je vous ai promis
De vous donner des mémoires fidèles
De ce baudet possesseur de deux ailes.
Mon cher lecteur me semble assez instruit
Que quand Dunois aux Alpes fut conduit,
Il y vola sur la noble monture
Tant célébrée en la sainte Écriture.
La nuit des temps cache encore aux humains
De l’âne ailé quels étaient les desseins.
Quand il avait sur ses ailes dorées
Porté Dunois aux lombardes contrées.
De ce héros cet âne était jaloux.
Plus d’une fois, en portant la Pucelle
Dessus sa croupe, il sentit l’étincelle
*De ce beau feu... (R.) |
Vers 100:
Mais voyagez aux confins d’Arcadie.
Vers 154. — Manuscrit:
..
*On va bien loin sitôt qu’on se fourvoie.
Négligemment la belle sur son lit,
Sans corselet, sans armes, s’étendit.
Ses vêtements, qui se jouaient en ondes,
Se relevaient sur ses deux cuisses rondes.
*Le tentateur... (K.) |
Vers 184:
J’avais parlé deux fois à Balaam.
Vers 186:
Le juste ciel récompensa mon zèle.
Vers 189:
J’en eus autant; le Seigneur ordonna...
Vers 192:
*Je jouis donc d’un éternel printemps
Dans le jardin de vos premiers parents
Avec Énoch, dont je fus la monture.
Là pour nous deux l’indulgente nature
Sans s’épuiser prodiguait ses présents.
De ce jardin le maître débonnaire... (R.) |
Vers 200:
J’obéis mieux que votre premier homme.
Vers 201:
Dieu l’emporta sur mon tempérament.
Vers 207. — Édition
de 1756:
..
*« Plus de mille ans dans ce doux célibat.
Bientôt il plut au maître du tonnerre,
Au créateur du ciel et de la terre,
Pour racheter le genre humain captif,
De se faire homme, et, ce qui pis est, juif.
Joseph Panther et la brune Marie,
Sans le savoir, firent cette oeuvre pie.
A son époux la belle dit adieu,
Puis accoucha d’un bâtard qui fut Dieu.
Il fut d’abord suivi par la canaille,
Par des Matthieu, des Jacques, des enfants:
Car Dieu se cache aux mages comme aux grands;
L’humble le suit, l’homme d’État s’en raille:
La cour d’Hérode et les gens du bel air
Narguent un Dieu bâtard et fait de chair.
De cette chair l’humanité sacrée
Est de Pilate assez peu révérée.
Mais quelques jours avant qu’il fût fessé,
Et qu’un long bois pour Jésus fut dressé,
Il devait faire en public son entrée.
C’était un point de sa religion
Que sur un âne il entrât dans Sion;
Cet âne était prédit par Isaïe,
Ézéchiel, Baruch, et Jérémie:
C’était un cas, important dans la loi;
O Jeanne d’Arc! cet âne, c’était moi.
Un ordre vint, à l’archange terrible
Qui du jardin est le Suisse inflexible,
De me laisser sortir de ce fléau lieu.
Je pris ma course, et j’allai porter Dieu.
Notre présence imposait aux oracles:
A chaque pas nous faisions des miracles;
Vérole, toux, fièvre, chancre, farcin,
Disparaissaient à notre aspect divin;
Chacun criait: Vive le roi de gloire!
Vous connaissez le reste de l’histoire.
Le Créateur, pendu publiquement,
Ressuscita bientôt secrètement.
« Je fus fidèle, et restai chez sa mère,
Très mal bâté, faisant très
maigre chère.
Marie, au jour de son assomption,
Par testament me laissa pension;
Et je vécus mille ans dans la maison,
Jusques au jour où cette maison sainte,
De la cité quittant l’indigne enceinte,
Alla par mer aux rivages heureux
Où de Lorette est le trésor fameux.
Là, du Seigneur je servis les pucelles;
J’en fus aimé; je fus plus vierge qu’elles.
*Enfin là-haut... » (K.) |
Vers 226. — Édition
de 1756:
..
*« Il me choisit, près de lui m’appela;
D’étrilles d’or mon maître m’étrilla;
Du doux Jésus les bontés paternelles
Me firent don de deux brillantes ailes;
Et dans le temps que les anges des airs
Faisaient voguer les maisons sur les mers,
*Je pris mon vol aux voûtes éternelles.
L’aigle de Jean et le boeuf de Matthieu
Me firent fête en cet auguste lieu;
L’agneau sans tache avec moi brouta l’herbe:
Là, je bravai ce cheval si superbe
Qui doit porter, par arrêt du destin,
Tantôt Luther, tantôt le dur Calvin.
*« Je fus nourri de nectar, d’ambrosie
*Mais, O ma Jeanne! une si belle vie
*N’approche pas du plaisir que je sens
*Au doux aspect de vos charmes puissants.
L’aigle, le boeuf, le cheval, l’agneau même,
*Ne valent pas... » (K.) |
Vers 237:
L’aigle, le boeuf; et George, et Jésus même.
Vers 247. — Édition
de 1756. On lit après ce vers:
Ainsi parlait l’âne avec élégance,
En appuyant sa flatteuse éloquence
D’un geste heureux, que n’ont point eu Baron,
Et Bourdaloue, et le doux Massillon.
Ce beau récit, cette histoire admirable,
Cet air naïf dont l’âne débitait,
Mais plus que tout ce geste inimitable,
Firent sur Jeanne un vif et prompt effet,
Que son Dunois n’avait point encor fait.
Tandis qu’il parle avec tant d’impudence,
*Le grand Dunois, qui près de là couchait,
*Prêtait l’oreille, était tout stupéfait
*Des traits hardis d’une telle éloquence.
*Il voulut voir le héros qui parlait,
*Et quel rival l’amour lui suscitait.
*Il entre, il voit (ô prodige! ô merveille!)
*Le possédé porteur de longue oreille,
*Et ne crut pas encor ce qu’il voyait.
*De Débora la lance redoutable
*Était chez Jeanne auprès de son chevet.
Il la saisit; la puissance du diable
*Ne tint jamais contre ce fer divin.
Le grand Dunois poursuit l’esprit malin;
Belzébuth tremble, et, prompt à disparaître,
Emporte l’âne à travers la fenêtre.
Il le conduit par le chemin des airs
Dans ce château, fatal à l’innocence,
Où Conculix tenait en sa puissance
La belle Agnès et les héros divers,
Anglais, Français, qui, tombés dans le
piège,
Sont prisonniers en ce lieu sacrilège.
Ce Conculix, depuis le jour cruel
Où le bâtard et la Pucelle altière,
L’ayant couvert d’un affront éternel,
De son palais ont forcé la barrière,
Se gardait bien de donner des soupés
Aux chevaliers dans ses lacs attrapés.
Il les traitait avec rude manière,
Et les tenait dans le fond d’un caveau,
Son chancelier s’en vint, en long manteau,
Signifier à la troupe éplorée
De Conculix la volonté sacrée.
Vous jeûnerez et vous boirez de l’eau,
Serez fessés une fois par semaine,
Jusqu’au moment où quelqu’une ou quelqu’un
En remplissant un devoir peu commun,
Pourra sauver votre demi-douzaine.
Tâchez d’aimer; il faut qu’un de vous six
Du fond du coeur brûle pour Conculix.
Il veut qu’on l’aime: il en vaut bien la peine.
Si nul de vous ne peut y réussir,
Soyez fessés, car tel est son plaisir. »
Il s’en retourne; après cette sentence,
Les prisonniers restent en conférence.
Mais qui voudra se dévouer pour tous?
Agnès disait: « Pourrais-je en conscience
Du dieu d’amour sentir ici les coups?
Le don d’aimer ne dépend pas de nous;
Et je serai fidèle au roi de France. »
Parlant ainsi, ses regards affligés
Lorgnent Monrose, et de pleurs sont chargés.
Monrose dit: « Pour moi, j’aime une belle
Que pour des dieux je ne saurais quitter.
Cent Conculix ne sauraient me tenter,
Et je voudrais être fessé pour elle.
— Je voudrais l’être aussi pour mon amant,
Dit Dorothée. Il n’est point de tourment
Que de l’amour le charme n’adoucisse:
Quand on est deux, est-il quelque supplice?
Son La Trimouille, à ce discours charmant,
Tombe à ses pieds, et s’abandonne en proie
A des douleurs qu’allège un peu de joie.
Le confesseur, ayant toussé deux fois,
Leur dit: « Messieurs, j’étais jeune autrefois:
Ce temps n’est plus, et les rides de l’âge
Ont sillonné la peau de mon visage:
Que puis-je? hélas! je suis, par mon emploi,
Dominicain et confesseur du roi:
Je ne saurais vous tirer d’esclavage. »
Paul Tirconel, qu’anime un fier courage,
Se lève, et dit: « Eh bien! ce sera moi.
»
A ces trois mots, dits avec assurance,
Les prisonniers reprirent l’espérance.
A Conculix, le lendemain matin,
Étant pourvu du sexe féminin,
Paul écrivit une lettre fort tendre,
Qu’au chancelier la geôlière alla rendre.
Paul y joignit un petit madrigal,
D’un goût tout neuf et fort original. (K.) |
On lit dans un manuscrit:
...
Ainsi parlait cet âne avec prudence,
En appuyant sa nerveuse éloquence
D’un geste heureux que n’eut point Cicéron,
Et que n’a point tout faiseur de sermon.
Son beau récit, cette histoire admirable,
Cet air naïf dont il la débitait,
Et, plus que tout, ce geste inimitable,
Firent sur Jeanne un prompt et sûr effet
Que Dunois nu n’avait pas encor fait.
Son coeur s’émut; tous ses sens se troublèrent. |
La suite comme aux variantes du vingt et unième
chant.
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