OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE LA
PUCELLE D'ORLÉANS
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VARIANTES DU CHANT V
Vers 36. — Dans les
premières éditions on lisait:
*D’un roi du Nord, de quatorze chanoines,
De deux curés et de quarante moines. (K.) |
Vers 116:
Lors Constantin dit ces triples paroles.
Vers 135. — Édition
de 1756:
*« Si comme toi Constantin est damné!
Ainsi que lui vingt rois fêtés à
Rome
Dans ces bas lieux brûleront à jamais.
Le pape eut beau, pour payer leurs bienfaits,
Les mettre en rouge au livre qu’on renomme,
Leur donner jour, et vouloir qu’on les chôme,
Le diable rit de tous ces beaux décrets.
D’après leur vie il leur lut leurs arrêts;
Et chacun d’eux, jugé sur ses forfaits,
Rôtit ou bout, comme il fut méchant homme.
Riant au nez du sire Constantin,
Le cordelier, en fort mauvais latin,
Fit compliment, puis en marchant admire
Tous les secrets du ténébreux empire.
En même rang que ces fameux brigands
Si sottement célébrés sur la terre,
Et justement dévoués aux tourments
Dans les enfers, le très révérend
frère
Vit saint Louis, la fleur de nos patrons,
Ce saint Louis, le père des Bourbons.
Il maudissait la cruelle manie
Qui, sur la foi d’un fourbe ultramontain,
Lui fit laisser à son mauvais destin,
Sans nuls galants, sa femme tant jolie,
Pour s’en aller dans la turque Syrie(1)
Assassiner le pauvre Sarrasin.
Ce roi bigot, insensé paladin,
Qui dans le ciel aurait eu belle place
S’il eût été tout simplement chrétien,
Grillait là-bas, et le méritait bien.
Homme pieux sans être homme de bien,
Laissant le vrai pour prendre la grimace,
Il fut toujours au delà de la grâce,
Et bien plus loin que les commandements.
Il se fessa, se couvrit de la haire,
Il but de l’eau, fit fort mauvaise chère,
Onc ne tâta de bisques, d’ortolans,
Onc ne mangea ni perdrix ni faisans.
Sur un châlit, sans fermer la paupière,
L’esprit au ciel, la discipline en main,
Il attendit souvent le lendemain.
Il eût mieux fait certes, le pauvre sire,
De se gaudir avec sa Margoton
Tranquillement au sein de son empire.
C’est, sur ma foi, pour aller au démon
Un sot chemin que celui du martyre.
Cet innocent renta les Quinze-Vingts,
Pour le moutier dota cent pauvres filles,
Et fonda gîte aux dévots pèlerins:
C’est bien de quoi le mettre au rang des saints!
Mais sans remords, dans le sein des familles,
Il répandit de ses dévotes mains
Les tristes fruits des combats inhumains,
Et le trépas, et l’affreuse indigence;
Il appauvrit, il dévasta la France,
Il la remplit de veuves, d’orphelins:
Quel diable eût fait plus de mal aux humains?
Le Grisbourdon le vit, et sut se taire.
Dans un réduit, à feu de réverbère,
Il vit bouillir maints grands prédicateurs,
*Riches prélats, casuistes, docteurs,
*Moines d’Espagne et nonnains d’Italie,
De tous les rois les graves confesseurs,
De nos beautés les paillards directeurs:
*Le paradis ils ont eu dans leur vie.
Dans le foyer d’un grand feu de charbon,
La tête hors d’un énorme chaudron,
Sous un grand feutre en forme de galère,
Le moine vit le féroce Calvin(2),
Qui dès deux yeux, au défaut de la main,
Faisait la nique à Luther son confrère,
Puis menaçait un pontife romain.
A son regard farouche, atrabilaire,
On connaissait de l’orgueilleux sectaire
Le mauvais coeur, l’esprit intolérant,
L’âme jalouse, et digne d’un tyran.
Tout en cuisant, il semblait être encore
Dans sa cité, qu’un galant homme abhorre,
Et que redoute un esprit dégagé
Des contes vieux et du sot préjugé,
A voir rôtir Servet le grand apôtre,
Juste ennemi, toutefois indiscret,
De maint cafard, diseur de patenôtre,
Rival haï, dont tout le crime était
De raisonner mieux que lui ne faisait.
Maître Calvin, les yeux chargés d’envie,
Semblait entendre et voir à ses genoux
Lui crier grâce, et demander la vie,
Ce Nivernois dont il fut si jaloux(3),
Ce sot prélat faiseur de boutonnières,
Galant chéri des jeunes chambrières,
Qui préféra les cafards genevois
Aux bonnes gens du pays champenois.
« Pendez, pendez, » le vilain semblait dire;
Baiser soubrette est péché dont ma loi
Ne permet point aux huguenots de rire;
Et ce paillard doit périr, sur ma foi,
Pour avoir eu plus de plaisir que moi.
Le cordelier, d’une voix de tonnerre,
Qu’accompagnait un regard furieux,
Lui dit: « Maraud, de quel droit sur la terre
Prétendis-tu punir l’amour heureux?
Qui t’avoua de la nouvelle guerre
Que tu livras à ces enfants des cieux
Qu’un zèle ardent pour la paix des familles
Consacre au soin de soulager les filles? »
Dans la fureur dont il était atteint,
Certes le moine allait faire tapage,
Et de Genève à mal mettre le saint,
Quand il connut qu’il était dans la cage
Où de sa main Lucifer même a peint
Tous les damnés que fournira chaque âge.
Quiconque entrait dans ce damné réduit
Se sentait tôt animé de l’esprit;
Il croyait voir, il lui semblait entendre
Se démener et gémir les portraits.
De l’avenir pénétrant les secrets
Comme présents, sans jamais s’y méprendre,
Il les avait dans son cerveau frappé;
Et des damnés, chez les races futures,
Il devinait les noires aventures
Mieux que prophète ou démon incarné.
Le Grisbourdon dedans la galerie
Venant calmer sa claustrale furie:
*Il aperçut dans le fond d’un dortoir... (K.) |
Vers 179. — Édition
de 1756:
*« Et je suis cuit pour les avoir fait cuire.
Non que je sois condamné sans retour;
J’espère encor me trouver quelque jour
Avec les saints au séjour de la gloire;
Mais en ce lieu je fais mon purgatoire.
*Oh! quand, j’aurais... (K.) |
Vers 206. — Après
ce vers on lit dans un manuscrit:
Et tous les deux sur ce vilain génie
Nous avions fait un excès d’oeuvre pie.
Le Conculix, ravi d’un tel effort... (R.) |
Vers 213. — Manuscrit:
*. . . . . . . . . De bon coeur ricanait.
Je me sentais un courage héroïque,
Et je vous jure, ô cohorte lubrique,
Que si j avais pu vivre encore un jour,
Le beau Dunois lui-même eût eu son tour.
Mais croirez-vous... (R.) |
Vers 219:
*Cet animal qui porte longue oreille,
Sur qui jadis votre ennemi monta
Quand dans Salem en triomphe il entra,
*Et qui jadis à Balaam parla... (R.) |
Note 1
C’est en Égypte que saint Louis alla faire la guerre,
et il mena sa femme avec lui. Voyez Joinville, et concluez que M. de Voltaire,
qui l’avait lu n’a pu faire ces vers, d’ailleurs si peu dignes de lui.
(K.)
Note 2
Voltaire, en désavouant ce passage, qu’il attribue à
Maubert, relève l’absurdité d’avoir placé Calvin au
temps de Charles VII; mais il est juste de remarquer que le reproche d’absurdité
n’est pas fondé, puisque l’auteur de ces vers, quel qu’il soit,
dit plus bas que ce fut par un effet de l’art magique de Lucifer que le
moine Grisbourdon crut voir Calvin, et pénétra ainsi les
secrets de l’avenir. (R.)
Note 3
Spifame, évêque de Nevers, décapité
à Genève en 1566. Calvin est mort en 1564, et il n’était
point question de chambrières dans le procès de Spifame,
qui n’était point réduit à la condition d’artisan,
mais était devenu membre du conseil des deux cents et de celui des
soixante. Ceux qui ont fait ces vers n’étaient pas au courant. (K.)
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