OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE
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DISCOURS SUR L’HOMME.

VARIANTES DU DISCOURS VII.

Vers 1er. — Ce discours fut d’abord adressé à Racine le fils, auteur d’un poème janséniste sur la grâce.

Il commençait alors de la manière suivante:

J’ai lu les quatre points des sermons poétiques
Qu’a débités ta muse, en ses vers didactiques;
Peut-être il serait mieux de prêcher un peu moins,
Et d’imiter Gresset, qui, sans art et sans soins,
Dans un style rapide et vif avec mollesse,
Peint les plaisirs du sage, et chante la paresse.
Mais j’aime mieux cent fois ta mâle austérité,
Et de tes vers hardis la pénible beauté,
Qu’un écrit bigarré de grave et de comique,
Ou le rimeur moderne affecte un air gothique,
*Et dans un vers forcé, que surcharge un vieux mot,
Veut couvrir la raison du masque de Marot.
Il faut parler français. Boileau n’a qu’un langage,
Son style est clair et pur; il prouve un esprit sage:
Suis cet exemple heureux, laisse aux esprits malfaits
L’art de moraliser du ton de Rabelais.
*Ce jargon dans un conte est encor supportable;
*Mais le vrai veut un air, un ton plus respectable;
Instruis-moi donc, poursuis, parle, et dans tes discours 
Définis la vertu, que tu chantas toujours.
*C’est un beau mot sans doute, etc.


On retrouve quelques-uns des derniers vers dans le discours sur l'Envie (voyez plus haut). Quelques-uns aussi se retrouvent dans la lettre à Formont, du 14 novembre 1738.

Vers 13. — Après ce vers:

La vertu, disait-il, est un nom sans substance,

il y avait:

Hermotime, il est temps de rompre le silence;
Il est temps que ma voix défende en liberté
La cause de Dieu même et de l’humanité.
Qui se tait la trahit; l’intérêt de la terre
Force encore un profane à remonter en chaire.
Le bonheur des humains, ce grand but où tu cours,
Est le texte, la fin, l’âme de mes discours.
*Quand l’ennemi divin, etc.


Vers 67. — Premières éditions:

Je sais que ce saint oeuvre a des charmes puissants:
Mais, dis-moi, n’as-tu point des devoirs plus pressants?
D’où vient que ton ami languit dans la misère?
Pourquoi lui refuser le plus vil nécessaire,
Tandis qu’entouré d’or, et même de Chloris,
Tu vis dans la mollesse en damnant tout Paris?
« Sur mon ami, dis-tu, j’exerce la justice;
C’est un homme incrédule, et qu’il faut qu’on punisse:
Ce n’est pas aux élus, par la grâce éprouvés,
A faire aveuglément l’aumône aux réprouvés. »
Voilà donc ta réponse, âme farouche et dure!
Quelle vertu, grand Dieu, dont frémit la nature!
Et puisque par son nom tout doit être nommé,
Quel détestable vice en vertu transformé!
*Ce magistrat, dit-on, est sévère, etc.


Dans les éditions suivantes on lisait:

Pourquoi lui refuser le plus vil nécessaire?
Chez toi, chez tes pareils, le seul riche est sauvé,
Et le pauvre inutile est le seul réprouvé.
*Ce magistrat, etc.


Vers 90. — Premières éditions:

Alors, d’un ton de père et d’un regard tranquille,
Le roi lui répondit: « Modérons nos rigueurs.
Je sais quel est Timante, et je hais ses erreurs;
L’esprit de l’hérésie infecta sa province:
Mais son coeur est français, son bras est à son prince.
Vous grossissez ici ses faibles attentats;
*Il m’a donné son sang, et vous n’en parlez pas!
Je le fais à l’instant gouverneur de la ville
Où vos sévérités conseillent qu’on l’exile.
Allez de mes bienfaits l’assurer aujourd’hui,
Et, sans plus l’accuser, servez-moi comme lui. »
Ce roi, je l’avouerai, tendre, ferme, équitable,
Peint mieux que vingt sermons la vertu véritable.
Ce beau nom de vertu sera-t-il accordé
Au mérite farouche, à l’art toujours fardé,
A l’indolent Germont, dont la pitié discrète
Craint de parler pour moi quand Séjan m’inquiète;
Au faible et doux Cyrus, tout le jour occupé
Des propos d’un flatteur et des soins d’un soupé?
*Non, je donne ce titre au coeur tendre et sublime
Qui prévient les besoins d’un ami qu’on opprime;
Je le donne à Normand, je le donne à Cochin,
Dont l’éloquente voix protégea l’orphelin:
Non pas à toi, Griffon, babillard mercenaire,
Qui, prodiguant en vain ta vénale colère,
Et changeant un art noble en un lâche métier,
N’as fait qu’un plat libelle, au lieu d’un plaidoyer.
Toi qui vas nous quitter, magistrat plein de zèle,
Parlant comme de Thou, jugeant comme Pucelle,
Tendre et fidèle ami, bienfaiteur généreux,
Qui peut te refuser le nom de vertueux?
Jouis de ce grand titre, ô toi dont la sagesse
N’est point le triste fruit d’une austère rudesse;
Toi qui, malgré l’éclat dont tu blesses les yeux,
Peux compter plus d’amis que tu n’as d’envieux.
*Certain législateur, etc.


L’édition de 1748 présente une seule différence; on y lit:

Non à toi, Mannory, bateleur mercenaire,
Qui, vendant bassement ta stupide colère, etc.


Et une note appelle Mannory un « mauvais avocat, qui, manquant de causes et de pain, avait souvent reçu l’aumône de l’auteur, et qui plaida ensuite contre lui ridiculement ».

Mannory avait été l’avocat de Travenol dans son procès contre Voltaire, en 1746. C’était en 1744 qu’il avait reçu des bienfaits de Voltaire.

Dans quelques autres éditions on lisait:

. . . . . . . . . . . . . . . . Au coeur ferme et sublime
Qui sut gagner mon coeur en forçant mon estime,
A ce sage guerrier considéré des rois,
Éloquent pour autrui, muet sur ses exploits;
Je le donne à Normand...


Normand et Cochin étaient des avocats célèbres alors. Par ce sage guerrier, M. de Voltaire désigne le maréchal d’Estrées, doyen de l’Académie française. Il s’était rendu cher aux gens de lettres, en s’opposant à une cabale de prêtres qui voulaient faire exclure de l’Académie l’auteur des Lettres persanes.

Le magistrat dont parle l’auteur est M. le comte d’Argental, ministre plénipotentiaire de l’infants duc de Parme, alors conseiller au parlement. Il avait été nommé intendant d’une des îles de l’Amérique, mais il n’accepta point cette place. Il quitta sa charge de conseiller au parlement, parce que l’absurdité et la barbarie de notre jurisprudence criminelle le révoltaient. Il a été l’ami constant de M. de Voltaire depuis sa jeunesse jusqu’à la mort de ce grand homme, et l’a soutenu dans tous les temps de tout le crédit que des amis puissants pouvaient lui donner. Cette amitié si constante est une des meilleures réponses qu’on puisse faire ici à cette foule de détracteurs de M. de Voltaire, qui, bien sûrs que son génie est au-dessus de leurs atteintes, ont recours à la honteuse ressource de calomnier sa personne.

Pour les coeurs corrompus l’amitié n’est point faite.
(Quatrième discours.)


Et c’est surtout pour les amitiés longues et inaltérables que ce vers est vrai. (K.)

Vers 95. — Cette version est dans l’édition de 1752. (B.)