OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE
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DISCOURS SUR L’HOMME.

VARIANTES DU DISCOURS IV.

Vers 21:

. . . . . . . . . . . . . . . . . Qui lui sont inutiles.

Vers 31. — On lisait dans les premières éditions, et dans l’in-4°:

Malade et dans un lit, de douleur accablé,
Par l’éloquent Sylva vous êtes consolé;
Il sait l’art de guérir autant que l’art de plaire.
Demandez à Sylva par quel secret mystère
*Ce pain, cet aliment, etc.


Vers 43:

Revole, Maupertuis, de ces déserts glacés
Où les rayons du jour sont six mois éclipsés:
Apôtre de Newton, digne appui d’un tel maître,
Né pour la vérité, viens la faire connaître.
Héros de la physique, Argonautes nouveaux,
*Qui franchissez les monts, qui traversez les eaux,
Dont le travail immense et l’exacte mesure
De la terre étonnée ont fixé la figure,
*Dévoilez ces ressorts, etc.


Cette leçon de la première édition est, comme on voit, très différente de la dernière. L’auteur, qui avait à se plaindre de Maupertuis, a substitué des plaisanteries à un éloge exagéré. La mesure d’un degré du méridien au pôle était une opération utile aux sciences; mais cette opération méritait moins de gloire que de reconnaissance. On en devait surtout à ceux qui, comme MM. Clairaut, Bouguer, Le Monnier, pouvant s’illustrer sans sortir de chez eux, eurent le courage d’entreprendre des voyages aussi pénibles. Le géomètre à qui un homme en place proposait de passer avec eux, et qui répondit: « Je n’ai pas besoin d’aller si loin pour faire des découvertes », était injuste; aussi les plaisanteries de M. de Voltaire ne tombent-elles que sur l’importance excessive que Maupertuis attachait à ce voyage. On sait qu’il se fit peindre aplatissant le globe: c’est tout au plus ce que Newton aurait pu faire, si Newton avait ou de la vanité.

On trouvera dans les Poésies mêlées les vers que M. de Voltaire a faits pour ce portrait, dans le temps de ses liaisons avec Maupertuis. Il ramena réellement deux Suédoises. Elles s’appelaient Plaiscom: il ne manqua pas de les convertir. Une d’elles se fit religieuse; l’autre épousa un gentilhomme de Normandie, qui lui intenta, en 1762, un de ces procès que les hommes raisonnables entreprennent rarement, parce qu’ils ne peuvent y gagner que la confirmation juridique d’un titre qu’on est toujours humilié de porter, quoique l’exemple de Sylla, de Pompée, de César, et de Marc-Aurèle, pût consoler l’amour-propre. (K.)

Vers 72. – Après ce vers:

C’est du coeur des humains la grande passion,

on lisait dans les premières éditions les quatre suivants, que l’auteur a retranchés:

Sans doute elle est utile, et son souffle rapide
Sur la mer de ce monde est le vent qui nous guide:
Il faut des passions; mais retenez, grands dieux,
De ces vents déchaînés le cours impétueux.


Seconde version:

*C’est du coeur des humains la grande passion.
On cherche à s’élever beaucoup plus qu’à s’instruire.
*Vingt savants qu’Apollon prenait soin de conduire
De l’éclat des grandeurs n’ont pu se détromper:
Au Parnasse ils régnaient, la cour les vit ramper.
La cour est de Circé le palais redoutable;
La fortune y préside, enchanteresse aimable,
Qui, des mains des plaisirs préparant son poison,
Par un filtre invincible assoupit la raison.
Qui la voit est changé, c’est en vain qu’on la brave;
On est arrivé libre, on se retrouve esclave.
Le guerrier tout couvert du sang des ennemis,
Le magistrat austère, et le grossier commis,
Et la dévote adroite, et le marquis volage,
Tout y cherche à l’envi l’argent et l’esclavage.
Laissons ces insensés que leur espoir séduit
Courir en malheureux au bonheur qui les fuit.
Mes vers ne peuvent rien contre tant de folie;
La seule adversité peut réformer leur vie.
Parlons de nos plaisirs; ce sujet plein d’appas
Est bien moins dangereux, et ne s’épuise pas;
De nos réflexions c’est la source féconde;
Il vaut mieux en parler que des maîtres du monde:
Que m’importe leur trône? et quel suprême honneur,
Quel éclat peut valoir un sentiment du coeur?
*Les plaisirs ont les fleurs, etc.


Vers 82. — Dans les premières éditions, on lisait:

*Prodigue au fils d’Octave un encens mercenaire.
S’ils ont cherché la cour, ils ont porté des fers;
Mais leur sagesse au moins les a rendus légers.
Horace modéré vécut riche et tranquille.
Qui veut tout n’obtient rien, le discret est l’habile.
*O vous, qui ramonez, etc.


L’auteur ajouta les vers qui sont dans le texte, après son départ de Berlin. Un philosophe doit à l’humanité de donner aux rois les leçons ou les conseils dont ils ont besoin, et qu’ils lui demandent. Il est au-dessous de lui de se charger de les amuser, et dangereux de vouloir être leur ami. (K.)

Vers 114. — Quelques éditions portent:

Quittons les voluptés pour pouvoir les reprendre.

Voltaire a exprimé la même idée dans la pièce Sur l’usage de la vie, à la suite de la Défense du Mondain.

Vers 124:

Surpris du vide affreux qu’il sent toujours en lui,
Sans appétit il mange, il parle sans rien dire;
Il cherche le plaisir, qui de lui se retire.
Le nectar d’Épernay, si pétillant, si frais,
Pour son goût dédaigneux a perdu ses attraits.


Ces quatre derniers vers ont été retranchés dès 1738.

Vers 136:

*Ce cortège aujourd’hui l’accompagne ici-bas.
Ne nous on plaignons point, imitons la nature;
Elle couvre nos champs de glace ou de verdure;
Tout renaît au printemps, tout mûrit dans l’été:
Livrons-nous donc comme elle à la diversité.
Climène a peu d’esprit, elle est vive, légère;
Touché de ses appas, vous avez su lui plaire;
Vous pensez, sur la foi de vos emportements,
De vos jours à ses pieds couler tous les moments:
Mais bientôt de vos sens vous voyez l’imposture;
Ce feu follet s’éteint faute de nourriture;
Votre bonheur usé n’est qu’un dégoût affreux,
*Et vous avez besoin de vous quitter tous deux.
Vivre avec un ami, toujours sûrs de vous plaire,
Exige en tous les deux une âme non vulgaire, etc.


Seconde version:

*Ce cortège aujourd’hui l’accompagne ici-bas.
*Semez vos entretiens de fleurs toujours nouvelles;
*Je le dis aux amants, je le répète aux belles.
De l’uniformité l’éternelle langueur
Glace un coeur émoussé par l’excès du bonheur.
D’un séducteur plaisir redoutez l’imposture
Ce feu follet, etc.


Vers 152:

Corrige les défauts qu’en moi le ciel a mis.