NOTES

Note_1 Les deux poèmes, l’un sur la Loi naturelle , l’autre sur le Désastre de Lisbonne, furent imprimés, pour la première fois, en 1756; mais ils n’avaient pas été composés la même année; voyez les deux notes suivantes. (B.) 

Note_2 Voltaire lui-même, dans la note de l’Exorde, dit que la Loi naturelle est de 1751. Il lui donne la même date dans sa note de l’Ode sur la mort de la princesse de Bareith. Dans sa lettre à d’Argental, du 22 mars 1756, il dit que ce poème fut crayonné pour le roi de Prusse précisément avant la brouillerie, qui est du commencement de 1753 et même de la fin de 1752. D’après Colini (Mon séjour auprès de Voltaire, page 31), c’est en 1752 que ce poème fut composé. J’ai donc adopté cette date. Voltaire l’appelle tantôt son Petit Carême (voyez lettre à Thieriot, du 12 mars 1756), tantôt son Testament en vers (voyez lettre à Thieriot, du 12 avril 1756). Quant au titre de la Religion naturelle, que l’on reprocha à Voltaire qui fut réduit à le renier, Voltaire l’emploie lui même dans sa lettre à Thieriot, du 12 mars 1756. Thomas publia des Réflexionsphilosophiques et littéraires sur le poème de la Religion naturelle, 1756 petit in-8°, réimprimées en 1801, in-8°. Je ne sais quel est l’auteur de l’Anti-Naturaliste, ou Examen critique du poème de la Religion naturelle, Berlin, 1756, petit in-8° de 21 pages. C’est une critique des pensées et non du style. J’ignore aussi le nom de l’auteur d’une Parodie anecdotique du poème de la Religion naturelle de M. de Voltaire, par M. P. A. A. A. P., La Haye, Regissart, 1757, petit in-8° de xii et 52 pages. Cette Parodie a cinq chants. Les Remarques sur la Religion naturelle, poème de M. de V..., suivies d’une addition sur l’édition de Genève du même poème, Louvain, 1757, petit in-8° de 72 pages, ne me sont connues que par la mention que j’en trouve dans les Annales typographiques (pour 1757), Paris, 1759, in-4°, page 33. Le Catalogue de la bibliothèque du duc de La Vallière (n° 14,335 de la deuxième partie) contient une Épître d’un homme désintéressé à M. de Voltaire, sur son poème de la Religion naturelle; examen du Voltéranisme en prose et envers, 1757, in-8°. Cette Épître est probablement celle dont Luchet cite un fragment dans le t. III de son Histoire littéraire de Voltaire. C’est Sauvigny qui est auteur de la Religion révélée, poème en réponse à celui de la Religion naturelle, etc., 1758, petit in-8° de 64 pages. Les Lettres flamandes, ou Histoire des variations et contradictions de la prétendue Religion naturelle (par l’abbé Duhamel), Lille (Auxerre), 1752, in-18, sont, comme on voit, antérieures au poème de Voltaire. Ce n’est donc pas contre cet ouvrage, mais contre quelques autres écrits du même auteur, soit en vers, soit en prose, que les Lettres flamandes sont dirigées. (B.) 

Note_3 Le tremblement de terre de Lisbonne est du 1er novembre 1755; mais Voltaire n’en eut la certitude qu’à la fin du mois (voyez ses lettres à M. Bertrand, des 28 et 30 novembre). On peut croire qu’il avait déjà conçu l’idée de son poème; mais il en parle pour la première fois dans sa lettre à d’Argental, du 8 janvier 1756. Il l’y appelle son Sermon. Dans une lettre à Thieriot, du 12 avril 1756, il l’appelle ses Lamentations de Jérémie. L’ouvrage circulait à Paris dès le mois de janvier, et Voltaire voulait l’attribuer à un P. Liébaut ou Liébaud (voyez lettres à Gauffecourt, du 29 janvier 1756; à Thieriot, du 29 février). Le Journal encyclopédique du 15 février 1756 parle d’une Épître sur la ruine de Lisbonne, qu’on attribuait à Voltaire, mais qui paraît être de Ximenès. Cette épître, qui n’a que trente-six vers, est imprimée dans la Correspondance de Grimm, au 15 janvier 1756. On imprima dans le Journal encyclopédique, du 1er avril 1756, une Réponse à M. de V..., ou Défense de l’axiome Tout est tien. Cette Réponse en cent soixante-quatre vers est réimprimée à la suite d’une édition du Poème de M. de Voltaire, 1756, in-8° de 16 pages. 
Je dois aussi parler du Poème sur le tremblement de terre de Constantinople, par un garçon perruquier, ci-devant attaché à la boutique de M. André, Amsterdam, 1766, in-8° de 15 pages. Un perruquier, nommé Charles André, né à Langres en 1722, s’étant laissé persuader qu’il était poète, avait publié le Tremblement de terre de Lisbonne, tragédie en cinq actes et en vers, 1755 (1756), in-8°, dédiée à l’illustre et célèbre poète M. de Voltaire, qu’il appelle monsieur et cher confrère. Le principal auteur de cette tragédie est Lasalle-Dampierre, l’une des pratiques d’André; quelques personnes l’attribuent aussi à Pâris de Maizieux. On ne sait quelle est la personne qui a publié le poème sur le Tremblement de terre de Constantinople, sous le nom d’un garçon perruquier; mais ce n’était pas un ami de Voltaire, qu’on essaye en deux ou trois endroits de tourner en ridicule. Dans sa lettre à d’Alembert, du 30 juillet 1766, Voltaire parle d’un tremblement de terre à Constantinople. (B.) 

Note_4 Voyez, dans la Correspondance, cette lettre, qui est du 18 août 1756. 

Note_5 Dans la note sur le vers 75 du poème sur le Désastre de Lisbonne.

Note_6 Cette préface est de 1756. (B.) 

Note_7 Frédéric, roi de Prusse. 

Note_8 L’auteur parle ici du poème sur le Désastre de Lisbonne, qui parut avec celui sur la Loi naturelle. (K.) 

Note_9 Voyez, dans les Oeuvres de L. Racine, les Éclaircissements sur la fille sauvage dont il est parlé dans l’épître II, sur l’homme.

Note_10 Nous savons que ce poème, qu’on regarde comme l’un des meilleurs ouvrages de notre auteur, fut fait vers l’an 1751, chez Mme la margrave de Bareith, soeur du roi de Prusse. Je ne sais quels pédants eurent depuis l’atrocité imbécile de le condamner. 
Ces vils tyrans de l’esprit, qui avaient alors trop de crédit, ont été punis depuis de toutes leurs insolences. (Note de Voltaire, 1773.) 
¾ Le parlement de Paris, qui, le 23 janvier 1750, avait condamné à être brûlés la Religion naturelle et autres écrits, était supprimé depuis décembre 1770 lorsque Voltaire imprima cette note. (B.) 

Note_11 Dieu étant un être infini, sa nature a du être inconnue à tous les hommes. Comme cet ouvrage est tout philosophique, il a fallu rapporter les sentiments des philosophes. Tous les anciens, sans exception, ont cru l’éternité de la matière; c’est presque le seul point sur lequel ils convenaient. La plupart prétendaient que les dieux avaient arrangé le monde; nul ne croyait que Dieu l’eût tiré du néant. Ils disaient que l’intelligence céleste avait, par sa propre nature, le pouvoir de disposer de la matière, et que la matière existait par sa propre nature. 
Selon presque tous les philosophes et les poètes, les grands dieux habitaient loin de la terre. L’âme de l’homme, selon plusieurs, était un feu céleste; selon d’autres, une harmonie résultante de ses organes; les uns en faisaient une partie de la Divinité, divinae particulam aurae; les autres, une matière épurée, une quintessence; les plus sages, un être immatériel mais, quelque secte qu’ils aient embrassée, tous, hors les épicuriens, ont reconnu que l’homme est entièrement soumis à la Divinité. (Note de Voltaire, 1756.) 

Note_12 Il faut distinguer Confutzée, qui s’en est tenu à la religion naturelle, et qui a fait tout ce qu’on peut faire sans révélation. (Note de Voltaire, 1756.) 

Note_13 Voltaire avait dit dans Sémiramis, acte I, scène v: 

Comme si loin de nous le Dieu de l’univers 
N’eût mis la vérité qu’au fond de ces déserts.


C’est l’idée de Lucain dans la Pharsale, livre IX, Vers 476-77. 

Note_14 Il est évident que cet arbitraire ne regarde que les choses d’institution, les lois civiles, la discipline, qui changent tous les jours, selon le besoin (Note de Voltaire, 1756), et selon la prudence des chefs de l’Église. 

C’est-à-dire, il est arbitraire, il est égal pour le salut d’être dévot à saint François ou à saint Dominique, d’aller en pèlerinage à Notre-Dame de Lorette ou à Notre-Dame des Neiges, d’avoir pour directeur un carme ou un capucin, de réciter le rosaire ou l’oraison des trente jours. Mais il n’est point arbitraire, il n’est point égal sans doute d’être catholique apostolique romain, ou de servir Dieu dans une autre religion. Nous savons bien, nous l’avons dit, et nous le confirmons avec plaisir que le roi et la reine d’Angleterre, la chambre des pairs et des communes, en un mot les trois royaumes et leurs colonies, sont damnés à toute éternité, puisqu’ils ne sont pas catholiques apostoliques romains; qu’il en est de même du roi de Danemark, du roi de Suède, du roi de Prusse, de l’impératrice de Russie, et de tous les monarques de la terre qui sont hors de notre giron. Cette vérité est incontestable 

Cependant frère Nonnotte et frère Patouillet, ci devant soi-disant jésuites, se sont portés pour délateurs de notre modeste auteur, et ils l’ont déféré à Rome à M. le secrétaire des brefs, comme nous l’avons dit. Ils l’ont accusé d’avoir cru, dans le fond de son coeur, qu’il est égal d’être jésuite, ou janséniste, ou turc. Et comme souvent les puissances belligérantes font des trêves pour courir sus à l’ennemi commun, ils se sont réunis cette fois-ci pour accabler notre pauvre auteur, qui voudrait que tous les hommes vécussent en frères, si faire se peut. 

Addition de l’auteur. M. le maréchal de R... me gronde toujours de ce que mes commentateurs font revenir tant de fois sur la scène l’ami Fréron, l’ami Patouillet, et l’ami Nonnotte. Mais je le supplie de considérer que je suis attaqué continuellement dans ce que j’ai de plus cher au monde par des hommes de la plus profonde érudition, du plus grand mérite et du plus grand crédit, sur qui l’univers a les yeux. Il est certain que ces grands hommes passeront à la postérité avec la théologie du R. P. Viret. Mon nom sera porté par eux, peut-être dans deux jours et pour deux jours, au tribunal souverain de cette postérité. Il faut bien que j’aie un avocat. Damilaville et Thieriot avaient entrepris ma défense. Ils sont morts, et Dieu sait où ils sont. Il ne me reste plus que l’avocat du diable. 

Voici, au fond, de quoi il s’agit. Frère Nonnotte a voulu me faire cuire en ce monde, comme on voulut faire cuire frère Guignard, frère Girard, frère Malagrida, frère Mathos, frère Alexandre, et tant d’autres frères, et comme de fait on en a cuit quelques-uns. Non content de cette charité, il veut m’envoyer en enfer; et, qui pis est, il veut que tous les siècles à venir lui donnent la préférence sur moi. Ah! c’en est trop. Passe pour être damné. 

Mais cette postérité équitable, devant laquelle nous plaidons, que dira-t-elle de tout cela? Rien. 

Note de l’éditeur. Le R. P. Nonnotte, dont notre auteur reconnaît le crédit immense, égal à son érudition, a été en effet régent de sixième, et a même prêché dans quelques villages. 

C’est lui qui releva toutes les erreurs grossières de notre auteur, et qui eut la générosité de vouloir lui vendre toute l’édition pour deux mille écus. 

Il est vrai que le R. P. Nonnotte ne savait pas que le fameux combat de saint Pierre et de saint Paul avec Simon le magicien, à qui ressusciterait un parent de l’empereur dans Rome et à qui ferait les plus beaux tours, était un conte d’Abdias et de Marcel, répété par Hégésippe, et longtemps après très indiscrètement recueilli par Eusèbe. 

Il ne savait pas que les empereurs romains, permettant des synagogues aux Juifs dans Rome, toléraient aussi les chrétiens, et que Trajan, en écrivant à Pline: « Il ne faut faire aucune recherche contre les chrétiens », leur donnait par ces mots essentiels la permission tacite d’exercer leur religion secrètement; qu’en un mot Trajan n’était pas un exécrable persécuteur, comme ce bon jésuite le représente. 

Il est vrai que notre auteur, ayant dit dans son Histoire générale: « L’ignorance se représente d’ordinaire Dioclétien comme un ennemi armé sans cesse contre les fidèles », ce jésuite exact et officieux falsifie ainsi ce passage: « L’ignorance chrétienne, etc. », pour faire des amis à notre auteur. 

Il ne savait pas que le célèbre docteur Dupin traite de fables ridicules les prétendus martyres de saint Clément, de saint Césaire, de saint Domitite, de sainte Hyacinthe, de sainte Eudoxie, de saint Eudoxe, de saint Romule, de saint Zénon, de saint Macaire, toutes fables, dit-il, qu’il faut mettre avec les martyres des onze mille soldats et des onze mille vierges (page 178, tome II). Le pauvre homme ne connaissait ni Dupin, ni Dodwell. 

Il ne savait pas que quelques lois de la première race avaient eu plusieurs femmes à la fois, comme son confrère Daniel l’avoue de Gontran, de Théodebert et de Clotaire Second. Il n’avait pas même lu Daniel. 

Il ne savait même rien de l’histoire de la confession publique et de la confession secrète, quoiqu’il se fut mêlé de confesser des filles. Il ne savait pas l’histoire de la synaxe et de la messe, quoiqu’il l’eût dite. 

Enfin pour abréger, il ne savait pas mieux la fable que la Bible. Il dit dans son beau livre, page 360, pour excuser ses petites méprises: « Je suis comme Polyphème; je m’écrie avec lui 

Video meliora proboque, 
Deteriora sequor.


Nous ne nions pas que le R. P. Nonnotte n’ait quelque air de Polyphème; mais il le cite fort mal; et M. le secrétaire des brefs, très savant Italien qui a lu son Ovide, sait très bien que ce n’est pas Polyphème, amant de Galathée, qui dit: Deteriora sequor.

M. Damilaville, qui a daigné relever tant de sottises de Nonnotte, a dit qu’il écrivit son libelle avec l’ignorance d’un prédicateur, l’effronterie d’un jésuite, les falsifications continuelles d’un procureur de couvent, la perfidie et la scélératesse d’un délateur. Mais puisque notre auteur lui pardonne, je lui pardonne aussi, et me recommande à ses prières. (Note de Voltaire, 1773.) 

Note_15 Les deux frères de Witt. 

Note_16 Ces vers sont imités de ceux de Prudentius, que Voltaire cite dans le Dictionnaire philosophique, au mot Apostat. 

Note_17 Racine a dit: 

Je ne fais pas le bien que j’aime, 
Et je fais le mal que je hais.


On lit dans Ovide (Métamorph., VII, 20-21): 

Video meliora proboque 
Deteriora sequor.


Note_18 On ne doit entendre par ce mot décrets que les opinions passagères des hommes, qui veulent donner leurs sentiments particuliers pour des lois générales. (Note de Voltaire, 1756.) 

Note_19 Chaque homme signifie clairement chaque particulier qui veut s’ériger en législateur; et il n’est ici question que des cultes étrangers, comme on l’a déclaré au commencement de la première partie. (Note de Voltaire, 1756.) 

Note_20 On ne pouvait prévoir alors que les flammes détruiraient une partie de cette ville malheureuse, dans laquelle on alluma trop souvent des bûchers. (Note de Voltaire, 1756.) 

Note_21 Les Turcs appellent indifféremment les chrétiens infidèles et chiens. (Note de Voltaire, 1756.) 

Note_22 On respecte cette maxime: « Hors de l’Église point de salut; » mais tous les hommes sensés trouvent ridicule et abominable que des particuliers osent employer cette sentence générale et comminatoire contre des hommes qui sont leurs supérieurs et leurs maîtres en tout genre: les hommes raisonnables n’en usent point ainsi. L’archevêque Tillotson aurait-il jamais écrit à l’archevêque Fénelon: « Vous êtes damné? » et un roi de Portugal écrirait-il à un roi d’Angleterre qui lui envoie des secours: « Mon frère, vous irez à tous les diables? » La dénonciation des peines éternelles à ceux qui ne pensent pas comme nous est une arme ancienne qu’on laisse sagement reposer dans l’arsenal, et dont il n’est permis à aucun particulier de se servir. (Note de Voltaire, 1756.) 

Note_23 Le modeste et sage Locke est connu pour avoir développé toute la marche de l’entendement humain, et pour avoir montré les limites de son pouvoir. Convaincu de la faiblesse humaine, et pénétré de la puissance infinie du Créateur, il dit que nous ne connaissons la nature de notre âme que par la foi; il dit que l’homme n’a point par lui-même assez de lumières pour assurer que Dieu ne peut pas communiquer la pensée à tout être auquel il daignera faire ce présent, à la matière elle-même. 

Ceux qui étaient encore dans l’ignorance s’élevèrent centre lui. Entêtés d’un cartésianisme aussi faux en tout que le péripatétisme, ils croyaient que la matière n’est autre chose que l’étendue en longueur, largeur et profondeur: ils ne savaient pas qu’elle a la gravitation vers un centre, la force d’inertie, et d’autres propriétés; que ses éléments sont invisibles, tandis que ses composés se divisent sans cesse. Ils bornaient la puissance de l’Être tout-puissant; ils ne faisaient pas réflexion qu’après toutes les découvertes sur la matière, nous ne connaissons point le fond de cet être. Ils devaient songer que l’on a longtemps agité si l’entendement humain est une faculté ou une substance; ils devaient s’interroger eux-mêmes, et sentir que nos connaissances sont trop bornées pour sonder cet abîme. 

La faculté que les animaux ont de se mouvoir n’est point une substance, un être à part; il paraît que c’est un don du Créateur Locke dit que ce même Créateur peut faire ainsi un don de la pensée à tel être qu’il daignera choisir. Dans cette hypothèse, qui nous soumet plus que toute autre à l’Être suprême, la pensée accordée à un élément de matière n’en est pas moins pure, moins immortelle que dans toute autre hypothèse. Cet élément indivisible est impérissable la pensée peut assurément subsister à jamais avec lui quand le corps est dissous. Voilà ce que Locke propose sans rien affirmer. Il dit ce que Dieu eût pu faire et non ce que Dieu a fait. Il ne connaît point ce que c’est que la matière, il avoue qu’entre elle et Dieu il peut y avoir une infinité de substances créées absolument différentes les unes des autres. La lumière, le feu élémentaire, paraît en effet, comme ou l’a dit dans les Éléments de Newton, une substance mitoyenne entre cet être inconnu, nommé matière, et d’autres êtres encore plus inconnus. La lumière ne tend point vers un centre comme la matière, elle ne paraît pas impénétrable; aussi Newton dit souvent dans son Optique: « Je n’examine pas si les rayons de la lumière sont des corps ou non. » 

Locke dit donc qu’il peut y avoir un nombre innombrable de substances, et que Dieu est le maître d’accorder des idées à ces substances Nous ne pouvons deviner par quel art divin un être, quel qu’il soit, a des idées, nous en sommes bien loin: nous ne saurons jamais comment un ver de terre a le pouvoir de se remuer Il faut dans toutes ces recherches s’en remettre à Dieu et sentir son néant. Telle est la philosophie de cet homme, d’autant plus grand qu’il est plus simple: et c’est cette soumission à Dieu qu’on a osé appeler impiété et ce sont ses sectateurs convaincus de l’immortalité de l’âme, qu’on a nommés matérialistes, et c’est un homme tel que Locke à qui un compilateur de quelque physique* a donné le nom d’ennuyeux.

Quand même Locke se serait trompé sur ce point (si l’on peut pourtant se tromper en n’affirmant rien), cela n’empêche pas qu’il ne mérite la louange qu’on lui donne ici: il est le premier, ce me semble, qui ait montré qu’on ne connaît aucun axiome avant d’avoir connu les vérités particulières; il est le premier qui ait fait voir ce que c’est que l’identité, et ce que c’est que d’être la même personne, le même soi; il est le premier qui ait prouvé la fausseté du système des idées innées. Sur quoi je remarquerai qu’il y a des écoles qui anathématisèrent les idées innées quand Descartes les établit, et qui anathématisèrent ensuite les adversaires des idées innées, quand Locke les eut détruites. C’est ainsi que jugent les hommes qui ne sont pas philosophes. (Note de Voltaire, 1756.) 

*Pluche, auteur du Spectacle de la Nature.

Note_24 Toute la fin de cette troisième partie est citée par Voltaire dans son Avis au public sur les Calas et les Sirven.

Note_25 « Alter alterius onera portate », dit saint Paul dans son Épître aux Galates, vi, 2. 

Note_26 Il ne faut pas entendre par ce mot l’Église catholique, mais le poignard d’un ecclésiastique, le fanatisme abominable de quelques gens d’église de ces temps-là, détesté par l’Église de tous les temps. (Note de Voltaire, 1756.) 

Note_27 Chénier, dans sa pièce de vers intitulée la Promenade, a dit: 

Tel est le fruit amer des discordes civiles.

Note_28 Louis XIV. 

Note_29 Ce ridicule, si universellement senti par toutes les nations, tombe sur les grandes intrigues pour de petites choses, sur la haine acharnée de deux partis qui n’ont jamais pu s’entendre, sur plus de quatre mille volumes imprimés. (Note de Voltaire, l756.) 

Note_30 Allusion au figuier dont parlent saint Matthieu, ch. xxi, v. 19; saint Marc, ch. xi, v. 13 et 14. 

Note_31 Voyez dans le Dictionnaire philosophique, au mot Théocratie, la Note de Voltaire lui-même sur ces deux vers. 

Note_32 Ce n’est pas à dire que chaque ordre de l’État n’ait ses distinctions, ses privilèges indispensablement attachés à ses fonctions. Ils jouissent de ces privilèges dans tout pays; mais la loi générale lie également tout le monde. (Note de Voltaire, 1756.) 

Note_33 Marie Leczinska, en allant à la messe (juillet 1757), aperçut sur un étalage de libraire la Religion naturelle. Elle en fut indignée. Elle ne s’arrêta point pourtant; mais au retour elle se saisit de la brochure et la déchira, en disant à la marchande que, si elle s’avisait de débiter de pareilles oeuvres, on lui ôterait sa boutique. La pauvre femme était loin de se croire si coupable. Le titre de Religion l’avait trompée: elle pensait vendre un livre d’édification. (Duc de Luynes, Mémoires, Paris, Didot, tome XVI, p. 108, extrait d’une lettre du 19 juillet 1757.) 

Note_34 Cette préface et la note suivante sont de 1756. (B.) 

Note_35 Note de Voltaire: C’est peut-être la première fois qu’on a dit que le système de Pope était celui du lord Shaftesbury; c’est pourtant une vérité incontestable. Toute la partie physique est presque mot à mot dans la première partie du chapitre intitulé les Moralistes, section iii, Much is alleg’d in answer to show, etc. « On a beaucoup à répondre à ces plaintes des défauts de la nature: comment est-elle sortie si impuissante et si défectueuse des mains d’un être parfait? Mais je nie qu’elle soit défectueuse... sa beauté résulte des contrariétés, et la concorde universelle naît d’un combat perpétuel... Il faut que chaque être soit immolé à d’autres, les végétaux aux animaux, les animaux à la terre...; et les lois du pouvoir central et de la gravitation, qui donnent aux corps célestes leur poids et leur mouvement, ne seront point dérangées pour l’amour d’un chétif et faible animal, qui, tout protégé qu’il est par ces mêmes lois, sera bientôt par elles réduit en poussière. » 

Cela est admirablement dit; et cela n’empêche pas que l’illustre docteur Clarke, dans son traité de l’existence de Dieu, ne dise que « le genre humain se trouve dans un état où l’ordre naturel des choses de ce monde est manifestement renversé; » page 10, tome II, deuxième édition, traduction de M. Ricotier. Cela n’empêche pas que l’homme ne puisse dire: « Je dois être aussi cher à mon maître, moi être pensant et sentant, que les planètes, qui probablement ne sentent point »; cela n’empêche pas que les choses de ce monde ne puissent être autrement, puisqu’on nous apprend que l’ordre a été perverti, et qu’il sera rétabli; cela n’empêche pas que le mal physique et le mal moral ne soient une chose incompréhensible à l’esprit humain; cela n’empêche pas qu’on ne puisse révoquer en doute le Tout est bien, en respectant Shaftesbury et Pope, dont le système a d’abord été attaqué comme suspect d’athéisme, et est aujourd’hui canonisé. 

La partie morale de l’Essai sur l’Homme de Pope est aussi tout entière dans Shaftesbury, à l’article de la recherche sur la vertu, au second volume des Caracteristics. C’est là que l’auteur dit que l’intérêt particulier bien entendu fait l’intérêt général. « Aimer le bien public et le nôtre est non seulement possible, mais inséparable: To be well affected towards the public interest and ones own, is not only consistent, but inseparable. » C’est là ce qu’il prouve dans tout ce livre, et c’est la base de toute la partie morale de l’Essai de Pope sur l’Homme. C’est par là qu’il finit. 

That reason, passion, answer one great aim, 
That true self love and social be the same.


« La raison et les passions répondent au grand but de Dieu. Le véritable amour-propre et l’amour social sont le même. » 

Une si belle morale, bien mieux développée encore dans Pope que dans Shaftesbury, a toujours charmé l’auteur des poèmes sur Lisbonne et sur la Loi naturelle: voilà pourquoi il a dit: 

Mais Pope approfondit ce qu’ils ont effleuré, 
Et l’homme avec lui seul apprend à se connaître.


Le lord Shaftesbury prouve encore que la perfection de la vertu est due nécessairement à la croyance d’un Dieu: « And thus perfection of virtue must be owing to the belief of a God. » 

C’est apparemment sur ces paroles que quelques personnes ont traité Shaftesbury d’athée. S’ils avaient bien lu son livre, ils n’auraient pas fait cet infâme reproche à la mémoire d’un pair d’Angleterre, d’un philosophe élevé par le sage Locke. 

C’est ainsi que le P. Hardouin traita d’athées Pascal, Malebranche, et Arnauld; c’est ainsi que le docteur Lange traita d’athée le respectable Wolf pour avoir loué la morale des Chinois; et Wolf s’étant appuyé du témoignage des jésuites missionnaires à la Chine, le docteur répondit: « Ne sait-on pas que les jésuites sont des athées? » Ceux qui gémirent sur l’aventure des diables de Loudun, si humiliante pour la raison humaine; ceux qui trouvèrent mauvais qu’un récollet, en conduisant Urbain Grandier au supplice, le frappât au visage avec un crucifix de fer, furent appelés athées par les récollets. Les convulsionnaires ont imprimé que ceux qui se moquaient des convulsions étaient des athées; et les molinistes ont cent fois baptisé de ce nom les jansénistes. 

Lorsqu’un homme connu écrivit le premier en France, il y a plus de trente ans, sur l’inoculation de la petite vérole, un auteur inconnu écrivit: « Il n’y a qu’un athée imbu des folies anglaises qui puisse proposer à notre nation de faire un mal certain pour un bien incertain. » 

L’auteur des Nouvelles ecclésiastiques, qui écrit tranquillement depuis si longtemps contre les lois et contre la raison, a employé une feuille à prouver que M. de Montesquieu était athée, et une autre feuille à prouver qu’il était déiste. 

Saint-Sorlin Desmarets, connu en son temps par le poème de Clovis et par son fanatisme, voyant passer un jour dans la galerie du Louvre La Mothe-Le-Vayer, conseiller d’État et précepteur de Monsieur: « Voilà, dit-il, un homme qui n’a point de religion. » La Motte-Le-Vayer se retourna vers lui, et daigna lui dire: « Mon ami, j’ai tant de religion que je ne suis pas de ta religion. » 

En général, cette ridicule et abominable démence d’accuser d’athéisme à tort et à travers tous ceux qui ne pensent pas comme nous est ce qui a le plus contribué à répandre d’un bout de l’Europe à l’autre ce profond mépris que tout le public a aujourd’hui pour les libelles de controverse. 

¾ L’homme connu dont il est parlé dans un des alinéa de cette note est Voltaire lui-même, qui, en 1727, dans la XIe de ses Lettres philosophiques, avait parlé de l’inoculation. (B.) 

Note_36 Ces deux hommes sont Silhouette et l’abbé du Resnel. 

Note_37 Ce P. S. est aussi de 1756. (B.) 

Note_38 Note de Voltaire, 1756: La chaîne universelle n’est point, comme on l’a dit, une gradation suivie qui lie tous les êtres. Il y a probablement une distance immense entre l’homme et la brute, entre l’homme et les substances supérieures; il y a l’infini entre Dieu et toutes les substances. Les globes qui roulent autour de notre soleil n’ont rien de ces gradations insensibles, ni dans leur grosseur, ni dans leurs distances, ni dans leurs satellites. 

Pope dit que l’homme ne peut savoir pourquoi les lunes de Jupiter sont moins grandes que Jupiter: il se trompe en cela; c’est une erreur pardonnable qui a pu échapper à son beau génie. Il n’y a point de mathématicien qui n’eût fait voir au lord Bolingbroke et à M. Pope que si Jupiter était plus petit que ses satellites, ils ne pourraient pas tourner autour de lui; mais il n’y a point de mathématicien qui pût découvrir une gradation suivie dans les corps du système solaire. 

Il n’est pas vrai que, si on ôtait un atome du monde, le monde ne pourrait subsister; et c’est ce que M. de Crousaz, savant géomètre, remarqua très bien dans son livre contre M. Pope. Il paraît qu’il avait raison en ce point, quoique sur d’autres il ait été invinciblement réfuté par MM. Warburton et Silhouette. 

Cette chaîne des événements a été admise et très ingénieusement défendue par le grand philosophe Leibnitz; elle mérite d’être éclaircie. Tous les corps, tous les événements, dépendent d’autres corps et d’autres événements. Cela est vrai; mais tous les corps ne sont pas nécessaires à l’ordre et à la conservation de l’univers, et tous les événements ne sont pas essentiels à la série des événements. Une goutte d’eau, un grain de sable de plus ou de moins ne peuvent rien changer à la constitution générale. La nature n’est asservie ni à aucune quantité précise, ni à aucune forme précise. Nulle planète ne se meut dans une courbe absolument régulière; nul être connu n’est d’une figure précisément mathématique; nulle quantité précise n’est requise pour nulle opération: la nature n’agit jamais rigoureusement. Ainsi on n’a aucune raison d’assurer qu’un atome de moins sur la terre serait la cause de la destruction de la terre. 

Il en est de même des événements: chacun d’eux a sa cause dans l’événement qui précède; c’est une chose dont aucun philosophe n’a jamais douté. Si on n’avait pas fait l’opération césarienne à la mère de César, César n’aurait pas détruit la république, il n’eût pas adopté Octave, et Octave n’eût pas laissé l’empire à Tibère. Maximilien épouse l’héritière de la Bourgogne et des Pays-Bas, et ce mariage devient la source de deux cents ans de guerre. Mais que César ait craché à droite ou à gauche, que l’héritière de Bourgogne ait arrangé sa coiffure d’une manière ou d’une autre, cela n’a certainement rien changé au système général. 

Il y a donc des événements qui ont des effets, et d’autres qui n’en ont pas. Il en est de leur chaîne comme d’un arbre généalogique; on y voit des branches qui s’éteignent à la première génération, et d’autres qui continuent la race. Plusieurs événements restent sans filiation, C’est ainsi que dans toute machine il y a des effets nécessaires au mouvement, et d’autres effets indifférents, qui sont la suite des premiers, et qui ne produisent rien. Les roues d’un carrosse servent à le faire marcher; mais qu’elles fassent voler un peu plus ou un peu moins de poussière, le voyage se fait également. Tel est donc l’ordre général du monde que les chaînons de la chaîne ne seraient point dérangés par un peu plus ou un peu moins de matière, par un peu plus ou un peu moins d’irrégularité. 

La chaîne n’est pas dans un plein absolu; il est démontré que les corps célestes font leurs révolutions dans l’espace non résistant. Tout l’espace n’est pas rempli. Il n’y a donc pas une suite de corps depuis un atome jusqu’à la plus reculée des étoiles; il peut donc y avoir des intervalles immenses entre les êtres sensibles, comme entre les insensibles. On ne peut donc assurer que l’homme soit nécessairement placé dans un des chaînons attachés l’un à l’autre par une suite non interrompue. Tout est enchaîné ne veut dire autre chose sinon que tout est arrangé. Dieu est la cause et le maître de cet arrangement. Le Jupiter d’Homère était l’esclave des destins; mais dans une philosophie plus épurée Dieu est le maître des destins. Voyez Clarke, Traité de l’existence de Dieu.

Note_39 « Sub Deo justo nemo miser nisi mereatur. » Saint Augustin. (Note de Voltaire, 1756.) 

Note_40 Principe du mal chez les Égyptiens. (Note de Voltaire, 1756.) 

Note_41 Principe du mal chez les Perses. (Note de Voltaire, 1756.) 

Note_42 C’est-à-dire d’un autre principe. (Note de Voltaire, 1756.) 

Note_43 Un philosophe anglais a prétendu que le monde physique avait dû être changé au premier avènement, comme le monde moral. (Note de Voltaire, 1756.) 

Note_44 Voilà, avec l’opinion des deux principes, toutes les solutions qui se présentent à l’esprit humain dans cette grande difficulté; et la révélation seule peu enseigner ce que l’esprit humain ne saurait comprendre. (Note de Voltaire, 1756.) 

Note_45 Note de Voltaire, 1756: Une centaine de remarques répandues dans le Dictionnaire de Bayle lui ont fait une réputation immortelle. Il a laissé la dispute sur l’origine du mal indécise. Chez lui toutes les opinions sont exposées; toutes les raisons qui les soutiennent, toutes les raisons qui les ébranlent, sont également approfondies; c’est l’avocat général des philosophes, mais il ne donne point ses conclusions. Il est comme Cicéron, qui souvent, dans ses ouvrages philosophiques, soutient son caractère d’académicien indécis, ainsi que l’a remarqué le savant et judicieux abbé d’Olivet. 

Je crois devoir essayer ici d’adoucir ceux qui s’acharnent depuis quelques années avec tant de violence et si vainement contre Bayle; j’ai tort de dire vainement, Car ils ne servent qu’à le faire lire avec plus d’avidité. Ils devraient apprendre de lui à raisonner et à être modérés: jamais d’ailleurs le philosophe Bayle n’a nié ni la Providence, ni l’immortalité de l’âme. On traduit Cicéron, on le commente, on le fait servir à l’éducation des princes; mais que trouve-t-on presque à chaque page dans Cicéron, parmi plusieurs choses admirables? on y trouve que « s’il est une Providence, elle est blâmable d’avoir donné aux hommes une intelligence dont elle savait qu’ils devaient abuser. » Sic vestra ista Providentia reprehendenda, quae rationem dederit iis quos scierit ea perverse et improbe usuros. (De Natura deorum, lib. III, cap. xxxi.) 

« Jamais personne n’a cru que la vertu vînt des dieux, et on a eu raison. » Virtutem autem nemo unquam Deo retulit; nimirum recte. (Ibid., cap. xxxvi.) 

« Qu’un criminel meure impuni, vous dites que les dieux le frappent dans sa postérité. Une ville souffrirait-elle un législateur qui condamnerait les petits-enfants pour les crimes de leur grand-père? » Ferretne ulla civitas latorem istius modi legis ut condemnaretur filius aut nepos, si pater aut avus deliquisset? (Ibid., cap. xxxviii.) 

Et ce qu’il y a de plus étrange, c’est que Cicéron finit son livre de la Nature des dieux sans réfuter de telles assertions. Il soutient en cent endroits la mortalité de l’âme, dans ses Tusculanes, après avoir soutenu son immortalité. 

Il y a bien plus; c’est à tout le sénat de Rome qu’il dit, dans son plaidoyer pour Cluentius: « Quel mal lui a fait la mort? Nous rejetons tous les fables ineptes des enfers; qu’est-ce donc que la mort lui a ôté, sinon le sentiment des douleurs? »Quid tandem illi mali mors attulit? nisi forte ineptus et fabulis ducimur; ut existimemus illum apud inferos impiorum supplicia perferre... quae si falsa sunt, id quod omnes intelligunt, quid ei tandem aliud mors eripuit, praeter sensum doloris? (Cap. lxi.) 

Enfin dans ses lettres, où le coeur parle, ne dit-il pas: Sinon ero, sensu omnino carebo? « Quand je ne serai plus, tout sentiment périra avec moi. » (Ep. fam., lib.VI, ep. iii.) 

Jamais Bayle n’a rien dit d’approchant. Cependant on met Cicéron entre les mains de la jeunesse; on se déchaîne contre Bayle: pourquoi? c’est que les hommes sont inconséquents, c’est qu’ils sont injustes. 

¾ Au moment où se publiait le poème sur le Désastre de Lisbonne le parle ment de Paris condamnait au feu, le 9 avril 1756, une Analyse de Bayle (par Marsy). Voltaire craignit que quelques expressions de cette note ne fussent appliquées à l’arrêt du parlement et au réquisitoire de l’avocat général Fleury Il pria de faire quelques corrections; mais il était trop tard. (B.) 

Note_46 Note de Voltaire, 1756: Il est clair que l’homme ne peut par lui même être instruit de tout cela. L’esprit humain n’acquiert aucune notion que par l’expérience; nulle expérience ne peut nous apprendre ni ce qui était avant notre existence, ni ce qui est après, ni ce qui anime notre existence présente. Comment avons nous reçu la vie? quel ressort la soutient? comment notre cerveau a-t-il des idées et de la mémoire? comment nos membres obéissent-ils incontinent à notre volonté? etc. Nous n’en savons rien. Ce globe est-il seul habité? a-t-il été fait après d’autres globes ou dans le même instant? chaque genre de plantes vient-il ou non d’une première plante? chaque genre d’animaux est-il produit ou non, par deux premiers animaux? Les plus grands philosophes n’en savent pas plus sur ces matières que les plus ignorants des hommes. Il en faut revenir à ce proverbe populaire: « La poule a-t-elle été avant l’oeuf, ou l’oeuf avant la poule? » Le proverbe est bas, mais il confond la plus haute sagesse, qui ne sait rien sur les premiers principes des choses sans un secours surnaturel. 

Note_47 Pascal a dit: « L’homme n’est qu’un roseau, mais c’est un roseau pensant. » (B.) 

Note_48 On trouve difficilement une personne qui voulût recommencer la même carrière qu’elle a courue, et repasser par les mêmes événements. (Note de Voltaire, 1756.) 

Note_49 Voltaire désigne sa pièce du Mondain.

Note_50 La plupart des hommes ont eu cette espérance, avant même qu’ils eussent le secours de la révélation. L’espoir d’être après la mort est fondé sur l’amour de l’être pendant la vie; il est fondé sur la probabilité que ce qui pense pensera. On n’en a point de démonstration, parce qu’une chose démontrée est une chose dont le contraire est une contradiction, et parce qu’il n’y a jamais eu de disputes sur les vérités démontrées. Lucrèce, pour détruire cette espérance, apporte, dans son troisième livre, des arguments dont la force afflige; mais il n’oppose que des vraisemblances à des vraisemblances plus fortes. Plusieurs Romains pensaient comme Lucrèce; et on chantait sur le théâtre de Rome: Post mortem nihil est, « il n’est rien après la mort. » Mais l’instinct, la raison, le besoin d’être consolé, le bien de la société, prévalurent, et les hommes ont toujours eu l’espérance d’une vie à venir; espérance, à la vérité, souvent accompagnée de doute. La révélation détruit le doute, et met la certitude à la place: mais qu’il est affreux d’avoir encore à disputer tous les jours sur la révélation; de voir la société chrétienne insociable, divisée en cent sectes sur la révélation; de se calomnier, de se persécuter, de se détruire pour la révélation; de faire des Saint-Barthélemy pour la révélation; d’assassiner Henri III et Henri IV pour la révélation; de faire couper la tête au roi Charles Ier pour la révélation; de traîner un roi de Pologne tout sanglant pour la révélation! O Dieu, révélez-nous donc qu’il faut être humain et tolérant! (Note de Voltaire, 1756, 1771, etc.) 
¾ Dans les éditions de 1756, la note se terminait aux mots met la certitude à la place. En 1771, l’auteur ajouta: mais gardons-nous de nous méprendre sur la révélation. Cependant l’édition encadrée ou de 1775 ne contient pas cette petite addition. C’est dans l’édition de Kehl que la fin de cette note parut pour la première fois. 
L’attentat contre le roi de Pologne est du 3 novembre 1771. (B.)