OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE
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LA HENRIADE

CHANT DIXIÈME.

ARGUMENT.

Retour du roi à son armée: il recommence le siège. Combat singulier du vicomte de Turenne et du chevalier d'Aumale. Famine horrible qui désole la ville. Le roi nourrit lui-même les habitants qu'il assiège. Le ciel récompense enfin ses vertus. La vérité vient l'éclairer. Paris lui ouvre ses portes, et la guerre est finie.
 

   Ces moments dangereux, perdus dans la mollesse, 
Avaient fait aux vaincus oublier leur faiblesse. 
À de nouveaux exploits Mayenne est préparé; 
D'un espoir renaissant le peuple est enivré. 
Leur espoir les trompait: Bourbon, que rien n'arrête, 
Accourt, impatient d'achever sa conquête. 
Paris épouvanté revit ses étendards; 
Le héros reparut au pied de ses remparts, 
De ces mêmes remparts où fume encor sa foudre, 
Et qu'à réduire en cendre il ne put se résoudre, 
Quand l'ange de la France, apaisant son courroux, 
Retint son bras vainqueur, et suspendit ses coups. 
Déjà le camp du roi jette des cris de joie; 
D'un oeil d'impatience il dévorait sa proie. 
Les ligueurs cependant, d'un juste effroi troublés, 
Près du prudent Mayenne étaient tous rassemblés. 
Là, d'Aumale, ennemi de tout conseil timide, 
Leur tenait fièrement ce langage intrépide: 
« Nous n'avons point encore appris à nous cacher; 
L'ennemi vient à nous: c'est là qu'il faut marcher, 
C'est là qu'il faut porter une fureur heureuse. 
Je connais des Français la fougue impétueuse; 
L'ombre de leurs remparts affaiblit leur vertu: 
Le Français qu'on attaque est à demi vaincu. 
Souvent le désespoir a gagné des batailles; 
J'attends tout de nous seuls, et rien de nos murailles. 
Héros qui m'écoutez, volez aux champs de Mars;

Chant 10. Il entre au nom du Dieu qui fait régner les rois.


Peuples qui nous suivez, vos chefs sont vos remparts. » 
   Il se tut à ces mots: les ligueurs en silence 
Semblaient de son audace accuser l'imprudence. 
Il en rougit de honte, et dans leurs yeux confus 
Il lut, en frémissant, leur crainte et leur refus. 
« Eh bien! poursuivit-il, si vous n'osez me suivre, 
Français, à cet affront je ne veux point survivre 
Vous craignez les dangers; seul je m'y vais offrir, 
Et vous apprendre à vaincre, ou du moins a mourir(58). » 
   De Paris à l'instant il fait ouvrir la porte; 
Du peuple qui l'entoure il éloigne l'escorte; 
Il s'avance: un héraut, ministre des combats, 
Jusqu'aux tentes du roi marche devant ses pas, 
Et crie à haute voix: « Quiconque aime la gloire, 
Qu'il dispute en ces lieux l'honneur de la victoire: 
D'Aumale vous attend; ennemis, paraissez. » 
   Tous les chefs, à ces mots, d'un beau zèle poussés, 
Voulaient contre d'Aumale essayer leur courage: 
Tous briguaient près du roi cet illustre avantage; 
Tous avaient mérité ce prix de la valeur: 
Mais le vaillant Turenne emporta cet honneur. 
Le roi mit dans ses mains la gloire de la France. 
« Va, dit-il, d'un superbe abaisser l'insolence; 
Combats pour ton pays, pour ton prince, et pour toi, 
Et reçois, en partant, les armes de ton roi. » 
Le héros, à ces mots, lui donne son épée. 
« Votre attente, ô grand roi! ne sera point trompée, 
Lui répondit Turenne embrassant ses genoux: 
J'en atteste ce fer, et j'en jure par vous. » 
Il dit. Le roi l'embrasse, et Turenne s'élance 
Vers l'endroit où d'Aumale, avec impatience, 
Attendait qu'à ses yeux un combattant parût. 
Le peuple de Paris aux remparts accourut; 
Les soldats de Henri près de lui se rangèrent: 
Sur les deux combattants tous les yeux s'attachèrent: 
Chacun, dans l'un des deux voyant son défenseur, 
Du geste et de la voix excitait sa valeur. 
   Cependant sur Paris s'élevait un nuage(59)
Qui semblait apporter le tonnerre et l'orage; 
Ses flancs noirs et brûlants, tout à coup entr'ouverts, 
Vomissent dans ces lieux les monstres des enfers, 
Le Fanatisme affreux, la Discorde farouche, 
La sombre Politique au coeur faux, à l'oeil louche, 
Le démon des combats respirant les fureurs, 
Dieux enivrés de sang, dieux dignes des ligueurs. 
Aux remparts de la ville ils fondent, ils s'arrêtent; 
En faveur de d'Aumale au combat ils s'apprêtent. 
Voilà qu'au même instant, du haut des cieux ouverts, 
Un ange est descendu sur le trône des airs, 
Couronné de rayons, nageant dans la lumière, 
Sur des ailes de feu parcourant sa carrière, 
Et laissant loin de lui l'occident éclairé 
Des sillons lumineux dont il est entouré. 
Il tenait d'une main cette olive sacrée, 
Présage consolant d'une paix désirée; 
Dans l'autre étincelait ce fer d'un Dieu vengeur, 
Ce glaive dont s'arma l'ange exterminateur, 
Quand jadis le Très-Haut à la Mort dévorante 
Livra les premiers nés d'une race insolente. 
A l'aspect de ce glaive, interdits, désarmés, 
Les monstres infernaux semblent inanimés; 
La terreur les enchaîne; un pouvoir invincible 
Fait tomber tous les traits de leur troupe inflexible. 
Ainsi de son autel teint du sang des humains 
Tomba ce fier Dagon, ce dieu des Philistins, 
Lorsque de l'Éternel, en son temple apportée, 
À ses yeux éblouis l'arche fut présentée. 
   Paris, le roi, l'armée, et l'enfer, et les cieux, 
Sur ce combat illustre avaient fixé les yeux(60).
Bientôt les deux guerriers entrent dans la carrière. 
Henri du champ d'honneur leur ouvre la barrière. 
Leur bras n'est point chargé du poids d'un bouclier; 
Ils ne se cachent point sous ces bustes d'acier, 
Des anciens chevaliers ornement honorable, 
Éclatant à la vue, aux coups impénétrable: 
Ils négligent tous deux cet appareil qui rend(61)
Et le combat plus long, et le danger moins grand. 
Leur arme est une épée; et, sans autre défense, 
Exposé tout entier, l'un et l'autre s'avance. 
« O Dieu! cria Turenne, arbitre de mon roi(62),
Descends, juge sa cause, et combats avec moi; 
Le courage n'est rien sans ta main protectrice; 
J'attends peu de moi-même, et tout de ta justice. » 
D'Aumale répondit: « J'attends tout de mon bras(63);
C'est de nous que dépend le destin des combats: 
En vain l'homme timide implore un Dieu suprême; 
Tranquille au haut du ciel, il nous laisse à nous-même: 
Le parti le plus juste est celui du vainqueur; 
Et le dieu de la guerre est la seule valeur. » 
Il dit; et, d'un regard enflammé d'arrogance, 
Il voit de son rival la modeste assurance. 
   Mais la trompette sonne: ils s'élancent tous deux; 
Ils commencent enfin ce combat dangereux. 
Tout ce qu'ont pu jamais la valeur et l'adresse(64),
L'ardeur, la fermeté, la force, la souplesse, 
Parut des deux côtés en ce choc éclatant. 
Cent coups étaient portés et parés à l'instant. 
Tantôt avec fureur l'un d'eux se précipite; 
L'autre d'un pas léger se détourne, et l'évite: 
Tantôt, plus rapprochés, ils semblent se saisir; 
Leur péril renaissant donne un affreux plaisir; 
On se plaît à les voir s'observer et se craindre, 
Avancer, s'arrêter, se mesurer, s'atteindre: 
Le fer étincelant, avec art détourné, 
Par de feints mouvements trompe l'oeil étonné. 
Telle on voit du soleil la lumière éclatante 
Briser ses traits de feu dans l'onde transparente, 
Et, se rompant encor par des chemins divers, 
De ce cristal mouvant repasser dans les airs(65).
Le spectateur surpris, et ne pouvant le croire, 
Voyait à tout moment leur chute et leur victoire. 
D'Aumale est plus ardent, plus fort, plus furieux: 
Turenne est plus adroit, et moins impétueux; 
Maître de tous ses sens, animé sans colère, 
Il fatigue à loisir son terrible adversaire. 
D'Aumale en vains efforts épuise sa vigueur: 
Bientôt son bras lassé ne sert plus sa valeur. 
Turenne, qui l'observe, aperçoit sa faiblesse; 
Il se ranime alors, il le pousse, il le presse; 
Enfin, d'un coup mortel, il lui perce le flanc. 
D'Aumale est renversé dans les flots de son sang: 
Il tombe, et de l'enfer tous les monstres frémirent; 
Ces lugubres accents dans les airs s'entendirent: 
« De la Ligue à jamais le trône est renversé; 
Tu l'emportes, Bourbon; notre règne est passé(66). » 
Tout le peuple y répond par un cri lamentable. 
D'Aumale sans vigueur, étendu sur le sable, 
Menace encor Turenne, et le menace en vain; 
Sa redoutable épée échappe de sa main: 
Il veut parler: sa voix expire dans sa bouche(67).
L'horreur d'être vaincu rend son air plus farouche. 
Il se lève, il retombe, il ouvre un oeil mourant, 
Il regarde Paris, et meurt en soupirant. 
Tu le vis expirer, infortuné Mayenne; 
Tu le vis; tu frémis; et ta chute prochaine 
Dans ce moment affreux s'offrit à tes esprits. 
   Cependant des soldats dans les murs de Paris 
Rapportaient à pas lents le malheureux d'Aumale(68).
Ce spectacle sanglant, cette pompe fatale 
Entre au milieu d'un peuple interdit, égaré: 
Chacun voit, en tremblant, ce corps défiguré(69),
Ce front souillé de sang, cette bouche entr'ouverte, 
Cette tête penchée, et de poudre couverte, 
Ces yeux où le trépas étale ses horreurs. 
On n'entend point de cris, on ne voit point de pleurs: 
La honte, la pitié, l'abattement, la crainte, 
Étouffent leurs sanglots, et retiennent leur plainte: 
Tout se tait, et tout tremble. Un bruit rempli d'horreur 
Bientôt de ce silence augmente la terreur. 
Les cris des assiégeants jusqu'au ciel s'élevèrent; 
Les chefs et les soldats près du roi s'assemblèrent; 
Ils demandent l'assaut: mais l'auguste Louis, 
Protecteur des Français, protecteur de son fils, 
Modérait de Henri le courage terrible. 
Ainsi des éléments le moteur invisible 
Contient les aquilons suspendus dans les airs, 
Et pose la barrière où se brisent les mers: 
Il fonde les cités, les disperse en ruines, 
Et les coeurs des mortels sont dans ses mains divines. 
   Henri, de qui le ciel a réprimé l'ardeur, 
Des guerriers qu'il gouverne enchaîne la fureur. 
Il sentit qu'il aimait son ingrate patrie; 
Il voulut la sauver de sa propre furie. 
Haï de ses sujets, prompt à les épargner, 
Eux seuls voulaient se perdre; il les voulut gagner. 
Heureux si sa bonté, prévenant leur audace, 
Forçait ces malheureux à lui demander grâce. 
Pouvant les emporter, il les fait investir; 
Il laisse à leur fureur le temps du repentir. 
Il crut que, sans assauts(70), sans combats, sans alarmes, 
La disette et la faim, plus fortes que ses armes, 
Lui livreraient sans peine un peuple inanimé, 
Nourri dans l'abondance, au luxe accoutumé; 
Qui, vaincu par ses maux, souple dans l'indigence, 
Viendrait à ses genoux implorer sa clémence: 
Mais le faux Zèle, hélas! qui ne saurait céder, 
Enseigne à tout souffrir, comme à tout hasarder. 
   Les mutins, qu'épargnait cette main vengeresse,
Prenaient d'un roi clément la Vertu pour faiblesse; 
Et, fiers de ses bontés, oubliant sa valeur, 
Ils défiaient leur maître, ils bravaient leur vainqueur; 
Ils osaient insulter à sa vengeance oisive. 
   Mais lorsqu'enfin les eaux de la Seine captive 
Cessèrent d'apporter dans ce vaste séjour 
L'ordinaire tribut des moissons d'alentour; 
Quand on vit dans Paris la Faim pâle et cruelle, 
Montrant déjà la Mort qui marchait après elle; 
Alors on entendit des hurlements affreux; 
Ce superbe Paris fut plein de malheureux 
De qui la main tremblante, et la voix affaiblie, 
Demandaient vainement le soutien de leur vie. 
Bientôt le riche même, après de vains efforts, 
Éprouva la famine au milieu des trésors. 
Ce n'était plus ces jeux, ces festins, et ces fêtes, 
Où de myrte et de rose ils couronnaient leurs têtes; 
Où, parmi des plaisirs toujours trop peu goûtés, 
Les vins les plus parfaits, les mets les plus vantés, 
Sous des lambris dorés qu'habite la Mollesse, 
De leurs goûts dédaigneux irritaient la paresse. 
On vit avec effroi tous ces voluptueux, 
Pâles, défigurés, et la mort dans les yeux(71),
Périssant de misère au sein de l'opulence, 
Détester de leurs biens l'inutile abondance. 
Le vieillard, dont la faim va terminer les jours, 
Voit son fils au berceau, qui périt sans secours. 
Ici meurt dans la rage une famille entière. 
Plus loin, des malheureux, couchés sur la poussière, 
Se disputaient encore, à leurs derniers moments, 
Les restes odieux des plus vils aliments. 
Ces spectres affamés, outrageant la nature, 
Vont au sein des tombeaux chercher leur nourriture. 
Des morts épouvantés les ossements poudreux, 
Ainsi qu'un pur froment, sont préparés par eux. 
Que n'osent point tenter les extrêmes misères! 
On les vit se nourrir des cendres de leurs pères. 
Ce détestable mets(72) avança leur trépas, 
Et ce repas pour eux fut le dernier repas. 
   Ces prêtres cependant, ces docteurs fanatiques, 
Qui, loin de partager les misères publiques, 
Bornant à leurs besoins tous leurs soins paternels, 
Vivaient dans l'abondance à l'ombre des autels(73),
Du Dieu qu'ils offensaient attestant la souffrance, 
Allaient partout du peuple animer la constance. 
Aux uns, à qui la mort allait fermer les yeux, 
Leurs libérales mains ouvraient déjà les cieux; 
Aux autres ils montraient, d'un coup d'oeil prophétique, 
Le tonnerre allumé sur un prince hérétique, 
Paris bientôt sauvé par des secours nombreux, 
Et la manne du ciel prête à tomber pour eux. 
Hélas! ces vains appâts, ces promesses stériles, 
Charmaient ces malheureux, à tromper trop faciles: 
Par les prêtres séduits, par les Seize effrayés, 
Soumis, presque contents, ils mouraient à leurs pieds. 
Trop heureux, en effet, d'abandonner la vie! 
   D'un ramas d'étrangers la ville était remplie, 
Tigres que nos aïeux nourrissaient dans leur sein, 
Plus cruels que la mort, et la guerre, et la faim. 
Les uns étaient venus des campagnes belgiques; 
Les autres, des rochers et des monts helvétiques; 
Barbares(74) dont la guerre est l'unique métier, 
Et qui vendent leur sang à qui veut le payer. 
De ces nouveaux tyrans les avides cohortes 
Assiègent les maisons, en enfoncent les portes; 
Aux hôtes effrayés présentent mille morts, 
Non pour leur arracher d'inutiles trésors, 
Non pour aller ravir, d'une main adultère, 
Une fille éplorée à sa tremblante mère; 
De la cruelle faim le besoin consumant 
Fait expirer en eux tout autre sentiment; 
Et d'un peu d'aliments la découverte heureuse 
Était l'unique but de leur recherche affreuse. 
Il n'est point de tourment, de supplice, et d'horreur, 
Que, pour en découvrir, n'inventât leur fureur. 
   Une femme (grand Dieu! faut-il à la mémoire(75)
Conserver le récit de cette horrible histoire?), 
Une femme avait vu, par ces coeurs inhumains, 
Un reste d'aliment arraché de ses mains. 
Des biens que lui ravit la fortune cruelle, 
Un enfant lui restait, prêt à périr comme elle: 
Furieuse, elle approche, avec un coutelas, 
De ce fils innocent qui lui tendait les bras: 
Son enfance, sa voix, sa misère, et ses charmes, 
A sa mère en fureur arrachent mille larmes; 
Elle tourne sur lui son visage effrayé, 
Plein d'amour, de regret, de rage, de pitié; 
Trois fois le fer échappe à sa main défaillante. 
La rage enfin l'emporte; et, d'une voix tremblante, 
Détestant son hymen et sa fécondité: 
« Cher et malheureux fils que mes flancs ont porté, 
Dit-elle, c'est en vain que tu reçus la vie; 
Les tyrans ou la faim l'auraient bientôt ravie. 
Et pourquoi vivrais-tu? Pour aller dans Paris, 
Errant et malheureux, pleurer sur ses débris? 
Meurs, avant de sentir mes maux et ta misère; 
Rends-moi le jour, le sang, que t'a donné ta mère(76)
Que mon sein malheureux te serve de tombeau, 
Et que Paris du moins voie un crime nouveau. » 
En achevant ces mots, furieuse, égarée, 
Dans les flancs de son fils sa main désespérée 
Enfonce, en frémissant, le parricide acier, 
Porte le corps sanglant auprès de son foyer, 
Et, d'un bras que poussait sa faim impitoyable, 
Prépare avidement ce repas effroyable. 
   Attirés par la faim, les farouches soldats 
Dans ces coupables lieux reviennent sur leurs pas: 
Leur transport est semblable à la cruelle joie 
Des ours et des lions qui fondent sur leur proie; 
A l'envi l'un de l'autre ils courent en fureur, 
Ils enfoncent la porte. O surprise! ô terreur! 
Près d'un corps tout sanglant à leurs yeux se présente 
Une femme égarée, et de sang dégouttante. 
« Oui, c'est mon propre fils, oui, monstres inhumains, 
C'est vous qui dans son sang avez trempé mes mains; 
Que la mère et le fils vous servent de pâture 
Craignez-vous plus que moi d'outrager la nature? 
Quelle horreur à mes yeux semble vous glacer tous! 
Tigres, de tels festins sont préparés pour vous. » 
   Ce discours insensé, que sa rage prononce(77),
Est suivi d'un poignard qu'en son coeur elle enfonce. 
De crainte, à ce spectacle, et d'horreur agités, 
Ces monstres confondus courent épouvantés. 
Ils n'osent regarder cette maison funeste; 
Ils pensent voir sur eux tomber le feu céleste, 
Et le peuple, effrayé de l'horreur de son sort, 
Levait les mains au ciel, et demandait la mort. 
   Jusqu'aux tentes du roi mille bruits en coururent; 
Son coeur en fut touché, ses entrailles s'émurent; 
Sur ce peuple infidèle il répandit des pleurs: 
« O Dieu! s'écria-t-il, Dieu qui lis dans les coeurs, 
Qui vois ce que je puis, qui connais ce que j'ose, 
Des ligueurs et de moi tu sépares la cause. 
Je puis lever vers toi mes innocentes mains 
Tu le sais, je tendais les bras à ces mutins; 
Tu ne m'imputes point leurs malheurs et leurs crimes. 
Que Mayenne à son gré s'immole ces victimes: 
Qu'il impute, s'il veut, des désastres si grands 
A la nécessité, l'excuse des tyrans; 
De mes sujets séduits qu'il comble la misère; 
Il en est l'ennemi; j'en dois être le père: 
Je le suis; c'est à moi de nourrir mes enfants, 
Et d'arracher mon peuple à ces loups dévorants: 
Dût-il de mes bienfaits s'armer contre moi-même, 
Dussé-je, en le sauvant, perdre mon diadème, 
Qu'il vive, je le veux, il n'importe à quel prix; 
Sauvons-le, malgré lui, de ses vrais ennemis(78);
Et, si trop de pitié me coûte mon empire, 
Que du moins sur ma tombe un jour on puisse lire: 
« Henri, de ses sujets ennemi généreux, 
« Aima mieux les sauver que de régner sur eux. » 
   Il dit(79); et dans l'instant il veut que son armée 
Approche sans éclat de la ville affamée, 
Qu'on porte aux citoyens des paroles de paix, 
Et qu'au lieu de vengeance on parle de bienfaits. 
A cet ordre divin ses troupes obéissent. 
Les murs en ce moment de peuple se remplissent; 
On voit sur les remparts avancer à pas lents 
Ces corps inanimés, livides, et tremblants, 
Tels qu'on feignait jadis que des royaumes sombres 
Les mages à leur gré faisaient sortir les ombres 
Quand leur voix, du Cocyte arrêtant les torrents, 
Appelait les enfers, et les mânes errants. 
   Quel est de ces mourants l'étonnement extrême! 
Leur cruel ennemi vient les nourrir lui-même. 
Tourmentés, déchirés par leurs fiers défenseurs, 
Ils trouvent la pitié dans leurs persécuteurs. 
Tous ces événements leur semblaient incroyables. 
Ils voyaient devant eux ces piques formidables, 
Ces traits, ces instruments des cruautés du sort, 
Ces lances qui toujours avaient porté la mort, 
Secondant de Henri la généreuse envie, 
Au bout d'un fer sanglant leur apporter la vie.
« Sont-ce là, disaient-ils, ces monstres si cruels? 
Est-ce là ce tyran si terrible aux mortels, 
Cet ennemi de Dieu, qu'on peint si plein de rage? 
Hélas! du Dieu vivant c'est la brillante image; 
C'est un roi bienfaisant, le modèle des rois; 
Nous ne méritons pas de vivre sous ses lois. 
Il triomphe, il pardonne, il chérit qui l'offense. 
Puisse tout notre sang cimenter sa puissance! 
Trop dignes du trépas dont il nous a sauvés, 
Consacrons-lui ces jours qu'il nous a conservés. 
   De leurs coeurs attendris tel était le langage: 
Mais qui peut s'assurer sur un peuple volage, 
Dont la faible amitié s'exhale en vains discours, 
Qui quelquefois s'élève, et retombe toujours? 
Ces prêtres, dont cent fois la fatale éloquence 
Ralluma tous ces feux qui consumaient la France, 
Vont se montrer en pompe à ce peuple abattu. 
« Combattants sans courage, et chrétiens sans vertu, 
A quel indigne appât vous laissez-vous séduire? 
Ne connaissez-vous plus les palmes du martyre? 
Soldats du Dieu vivant, voulez-vous aujourd'hui 
Vivre pour l'outrager, pouvant mourir pour lui? 
Quand Dieu du haut des cieux nous montre la couronne, 
Chrétiens, n'attendons pas qu'un tyran nous pardonne. 
Dans sa coupable secte il veut nous réunir: 
De ses propres bienfaits songeons à le punir. 
Sauvons nos temples saints de son culte hérétique. » 
   C'est ainsi qu'ils parlaient; et leur voix fanatique, 
Maîtresse du vil peuple, et redoutable aux rois(80),
Des bienfaits de Henri faisait taire la voix; 
Et déjà quelques-uns, reprenant leur furie, 
S'accusaient en secret de lui devoir la vie. 
   A travers ces clameurs et ces cris odieux, 
La vertu de Henri pénétra dans les cieux. 
Louis, qui du plus haut de la voûte divine 
Veille sur les Bourbons dont il est l'origine, 
Connut qu'enfin les temps allaient être accomplis, 
Et que le Roi des rois adopterait son fils. 
Aussitôt de son coeur il chassa les alarmes: 
La Foi vint essuyer ses yeux mouillés de larmes; 
Et la douce Espérance, et l'Amour paternel, 
Conduisirent ses pas aux pieds de l'Éternel. 
   Au milieu des clartés d'un feu pur et durable, 
Dieu mit, avant les temps, son trône inébranlable. 
Le ciel est sous ses pieds; de mille astres divers(81)
Le cours, toujours réglé, l'annonce à l'univers. 
La puissance, l'amour, avec l'intelligence, 
Unis et divisés, composent son essence(82).
Ses saints, dans les douceurs d'une éternelle paix, 
D'un torrent de plaisirs enivrés à jamais, 
Pénétrés de sa gloire, et remplis de lui-même, 
Adorent à l'envi sa majesté suprême. 
Devant lui sont ces dieux, ces brûlants séraphins, 
A qui de l'univers il commet les destins. 
Il parle, et de la terre ils vont changer la face: 
Des puissances du siècle ils retranchent la race:
Tandis que les humains, vils jouets de l'erreur, 
Des conseils éternels accusent la hauteur. 
Ce sont eux dont la main, frappant Rome asservie, 
Aux fiers enfants du Nord a livré l'Italie, 
L'Espagne aux Africains, Solyme aux Ottomans: 
Tout empire est tombé, tout peuple eut ses tyrans, 
Mais cette impénétrable et juste Providence 
Ne laisse pas toujours prospérer l'insolence; 
Quelquefois sa bonté, favorable aux humains, 
Met le sceptre des rois dans d'innocentes mains. 
   Le père des Bourbons à ses yeux se présente, 
Et lui parle en ces mots d'une voix gémissante: 
Père de l'univers, si tes yeux quelquefois 
Honorent d'un regard les peuples et les rois, 
Vois le peuple français à son prince rebelle; 
S'il viole tes lois, c'est pour t'être fidèle. 
Aveuglé par son zèle, il te désobéit, 
Et pense te venger alors qu'il te trahit. 
Vois ce roi triomphant, ce foudre de la guerre, 
L'exemple, la terreur, et l'amour de la terre; 
Avec tant de vertus, n'as-tu formé son coeur 
Que pour l'abandonner aux pièges de l'erreur? 
Faut-il que de tes mains le plus parfait ouvrage 
A son Dieu qu'il adore offre un coupable hommage? 
Ah! si du grand Henri ton culte est ignoré, 
Par qui le Roi des rois veut-il être adoré? 
Daigne éclairer ce coeur créé pour te connaître: 
Donne à l'Église un fils, donne à la France un maître; 
Des ligueurs obstinés confonds les vains projets; 
Rends les sujets au prince, et le prince aux sujets 
Que tous les coeurs unis adorent ta justice, 
Et t'offrent dans Paris le même sacrifice. » 
   L'Éternel à ses voeux se laissa pénétrer; 
Par un mot de sa bouche il daigna l'assurer. 
A sa divine voix les astres s'ébranlèrent; 
La terre en tressaillit, les ligueurs en tremblèrent. 
Le roi, qui dans le ciel avait mis son appui, 
Sentit que le Très-Haut s'intéressait pour lui. 
   Soudain la Vérité, si longtemps attendue, 
Toujours chère aux humains, mais souvent inconnue, 
Dans les tentes du roi descend du haut des cieux. 
D'abord un voile épais la cache à tous les yeux: 
De moment en moment, les ombres qui la couvrent 
Cèdent à la clarté des feux qui les entr'ouvrent: 
Bientôt elle se montre à ses yeux satisfaits, 
Brillante d'un éclat qui n'éblouit jamais. 
   Henri, dont le grand coeur était formé pour elle, 
Voit, connaît, aime enfin sa lumière immortelle. 
Il avoue, avec foi, que la religion 
Est au-dessus de l'homme, et confond la raison. 
Il reconnaît l'Église ici-bas combattue, 
L'Église toujours une, et partout étendue, 
Libre, mais sous un chef, adorant en tout lieu, 
Dans le bonheur des saints, la grandeur de son Dieu. 
Le Christ, de nos péchés victime renaissante, 
De ses élus chéris nourriture vivante, 
Descend sur les autels à ses yeux éperdus, 
Et lui découvre un Dieu sous un pain qui n'est plus. 
Son coeur obéissant se soumet, s'abandonne 
A ces mystères saints dont son esprit s'étonne. 
   Louis, dans ce moment qui comble ses souhaits, 
Louis, tenant en main l'olive de la paix, 
Descend du haut des cieux vers le héros qu'il aime; 
Aux remparts de Paris il le conduit lui-même. 
Les remparts ébranlés s'entr'ouvrent à sa voix; 
Il entre(83) au nom du Dieu qui fait régner les rois. 
Les ligueurs éperdus, et mettant bas les armes, 
Sont aux pieds de Bourbon, les baignent de leurs larmes; 
Les prêtres sont muets; les Seize épouvantés 
En vain cherchent, pour fuir, des antres écartés. 
Tout le peuple, changé dans ce jour salutaire, 
Reconnaît son vrai roi, son vainqueur, et son père. 
   Dès lors on admira ce règne fortuné, 
Et commencé trop tard, et trop tôt terminé. 
L'Autrichien trembla. Justement désarmée, 
Rome adopta Bourbon, Rome s'en vit aimée. 
La Discorde rentra dans l'éternelle nuit. 
A reconnaître un roi Mayenne fut réduit; 
Et, soumettant enfin son coeur et ses provinces, 
Fut le meilleur sujet du plus juste des princes.

FIN DU DIXIÈME ET DERNIER CHANT.
 
 
 
 
 
 

VARIANTES

DU CHANT DIXIÈME.

L'édition de 1723, où ce chant était le neuvième (et toujours le dernier), contenait une longue remarque que voici:
« Il y aura sans doute des lecteurs qui seront étonnés de la suppression de plusieurs événements considérables dans le neuvième chant, et de quelques dérangements de chronologie qu'ils y trouveront; cette matière mérite d'être éclaircie.
« Ce chant contient trois faits principaux: 1° les états de Paris; 2° le siège de cette ville; et 3° la conversion de Henri IV, qui attira la réduction de Paris.
« Selon la vérité de l'histoire, Henri le Grand assiégea Paris quelque temps après la bataille d'Ivry, en 1590, au mois d'avril. Le duc de Parme lui fit lever le siège au mois de septembre. La Ligue, longtemps après, en 1593, assembla les états pour élire un roi à la place du cardinal de Bourbon, qu'elle avait reconnu sous le nom de Charles X, et qui était mort depuis deux ans et demi. Enfin, sur la fin de la même année 1593, au mois de juillet, le roi fit son abjuration dans Saint-Denis, et n'entra dans Paris qu'au mois de mars 1594.
« De tous ces événements on a supprimé l'arrivée du duc de Parme, et le prétendu règne de Charles, cardinal de Bourbon. Il est aisé de s'apercevoir que faire paraître le duc de Parme sur la scène eût été avilir Henri IV, le héros du poème, et agir précisément contre le but de l'ouvrage; ce qui serait une faute impardonnable.
« A l'égard du cardinal de Bourbon, ce n'était pas la peine de blesser l'unité, si essentielle dans tout ouvrage épique, en faveur d'un roi en peinture tel que ce cardinal: il serait aussi inutile dans le poème qu'il le fut dans le parti de la Ligue. En un mot, on passe sous silence le duc de Parme, parce qu'il était trop grand, et le cardinal de Bourbon, parce qu'il était trop petit. On a été obligé de placer les états de Paris avant le siège, parce que, si on les eût mis dans leur ordre, on n'aurait pas eu les mêmes occasions de faire paraître la vérité de l'histoire; on n'aurait pas pu lui faire donner des vivres aux assiégés, et le faire aussitôt récompenser de sa générosité. D'ailleurs les états de Paris ne sont pas du nombre des événements qu'on ne peut déranger de leur point chronologique; la poésie permet la transposition de tous les faits qui ne sont point écartés les uns des autres d'un grand nombre d'années, et qui n'ont entre eux aucune liaison nécessaire. Par exemple, je pourrais, sans qu'on eût rien à me reprocher, faire Henri IV amoureux de Gabrielle d'Estrées du vivant de Henri III, parce que la vie et la mort de Henri III n'ont rien de commun avec l'amour de Henri IV pour Gabrielle d'Estrées.
« Les états de la Ligue sont dans le même cas par rapport au siège de Paris: ce sont deux événements absolument indépendants l'un de l'autre. Ces états n'eurent aucun effet; on n'y fit nulle résolution, ils ne contribuèrent en rien aux affaires du parti: le hasard aurait pu les assembler avant le siège comme après, et ils sont bien mieux placés avant le siège dans le poème: de plus, il faut considérer qu'un poème épique n'est pas une histoire: on ne saurait trop présenter cette règle aux lecteurs qui n'en seraient pas instruits:
 

Loin ces rimeurs craintifs dont l'esprit flegmatique
Garde dans ses fureurs un ordre didactique;
Qui, chantant d'un héros les exploits éclatants,
Maigres historiens, suivront l'ordre des temps!
Ils n'osent un moment perdre un sujet de vue:
Pour prendre Lille il faut que Dôle soit rendue,
Et que leur vers exact, ainsi que Mézeray,
Ait déjà fait tomber les remparts de Courtray. »

Les changements faits à ce chant, tels que la transposition de la tenue des états, mise dans le sixième chant, rendirent la note inutile. Elle ne fut pas même recueillie en 1741 pour l'édition in-4°. Quelques-unes des pensées qui terminent cette note se retrouvent dans l'Idée de la Henriade.

Vers 1. - Voici de quelle manière commence l'Édition de 1723:
 

   Le temps vole, et sa perte est toujours dangereuse;
En vain du grand Bourbon la main victorieuse
Fit dans les champs d'Ivry triompher sa vertu:
Négliger ses lauriers c'est n'avoir point vaincu.
Ces jours, ces doux moments, perdus dans la mollesse,
Rendaient aux ennemis l'audace et l'allégresse;
Déjà dans leur asile oubliant leurs malheurs,
Vaincus, chargés d'opprobre, ils parlaient en vainqueurs.
Les envoyés de Rome et ceux de l'Ibérie,
Les ligueurs obstinés, les prêtres en furie,
Pour réparer leur honte et cacher leur effroi,
Dans ces murs désolés veulent choisir un roi.
Ils pensaient, etc.

C'était après ces vers que M. de Voltaire plaçait les états de Paris et le discours de Daubray. Voyez les variantes du sixième chant, tirées de l'édition de 1728; la marche du poème est la même que dans les dernières éditions, mais les détails du combat de Turenne ont été très embellis depuis l'édition de 1728. (K.)

Vers 82. - Édition de 1737:

Ce présage charmant d'une paix désirée.

Vers 85. - Éditions de 1737 à 1775:

Quand jadis l'Éternel à la Mort dévorante.

Vers 93. - Éditions de 1737 à 1775:

Lorsque du Dieu des dieux en son temple apportée.

Vers 114. - C'est ainsi qu'on lit dans les éditions de 1746, 1748, 1751, 1752, 1756, 1764. On a mis dans les éditions de 1768 et suivantes:

Il me laisse à moi-même.

Le texte que j'ai adopté est exigé par le sens. La suppression de la lettre s à la fin du mot même est nécessaire pour la rime, et rappelle cette licence de Racine dans Mithridate, acte III, scène v:
 

Jusqu'ici la fortune et la victoire mêmes
Cachaient mes cheveux blancs sous trente diadèmes. (B.)

Vers 178. - Au lieu des dix vers qui suivent, l'édition de 1728 contient les deux que voici:
 

Ils demandent l'assaut: le roi dans ce moment
Modéra leur courage et leur emportement;
Il sentit qu'il aimait, etc.

Vers 179. - Au lieu de ce vers et des treize qui le suivent, l'édition de 1723 contient les six derniers vers transcrits dans la variante du chant VI, vers 152:

Mais d'un peuple barbare.

Vers 200. - Édition de 1723:

Nourri dans la mollesse, au luxe accoutumé.

Vers 203. - Édition de 1723:
 

Mais il ne prévit pas en cette occasion
Ce que pouvaient les Seize et la religion.
   Aux yeux d'un ennemi la clémence est faiblesse.
*Les mutins, qu'épargnait cette main vengeresse,
A peine encor remis de leur juste terreur,
Allaient insolemment défier leur vainqueur.
Ils osaient insulter.

Vers 223. - Édition de 1723:

Où, parmi cent plaisirs toujours trop peu goûtés.

Vers 226. - Édition de 1723:

De leur goût dédaigneux irritaient la paresse.

Vers 244. - Édition de 1723:
 

Mais ce mets détestable avança leur trépas,
*Et ce repas pour eux fut le dernier repas.

Ces deux vers sont imités d'une imprécation de Pénélope dans l'Odyssée, livre IV, vers 685-86, que Boileau, dans le Traité du sublime, chap. xxiii. avait ainsi traduite:
 

Fasse le juste ciel, avançant leur trépas,
Que ce repas pour eux soit le dernier repas

Vers 276. - Édition de 1723:

Semble étouffer en eux tout autre sentiment.

Vers 292. - Édition de 1723:

Plein d'amour, de regret, de rage, de pitié.

Vers 298. - Édition de 1723:

Les tyrans ou la faim l'auront bientôt ravie.

Vers 308. - Édition de 1723:

Porte son corps sanglant auprès de son foyer.

Vers 313. - Édition de 1723:

Leur transport est égal à la cruelle joie.

Vers 342. - Édition de 1723:
 

Que la Ligue, à son gré, s'immole ces victimes;
Que Pellevé, Mendozze, et Mayenne, et Nemours,
Des peuples, sans pitié, laissent trancher les jours;
De mes sujets séduits qu'ils comblent la misère;
Ils en sont les tyrans, j'en dois être le père.

Vers 361. - Édition de 1723:

Au seul son de sa voix ses troupes obéissent.

Vers 393. Édition de 1723:
 

Guincestre, dont cent fois la fatale éloquence
*Ralluma tous ces feux qui consumaient la France;
Guincestre se présente à ce peuple abattu,
Combattant sans courage, et chrétien sans vertu.
« A quel indigne appât, etc.

Guincestre était curé de Saint-Gervais.

Vers 406. - Édition de 1723:

Ainsi parlait Guincestre; et sa voix fanatique, etc.

Vers 411. - Au lieu de ce vers et des neuf qui le suivent, il y avait dans l'Édition de 1723:
 

Enfin les temps affreux allaient être accomplis,
Qu'aux plaines d'Albion le ciel avait prédits;
Le saint roi, qui du haut de la voûte divine
Veillait sur le héros dont il est l'origine,
Touché de sa vertu, saisi de tant d'horreurs,
Aux pieds de l'Éternel apporte ses douleurs.
   Au milieu des clartés, etc.

Vers 426. - Édition de 1723:

Unis et séparés, composent son essence.

Vers 431. Au lieu de ces vers on lisait dans l'édition de 1723:
 

Par des coups effrayants souvent ce Dieu jaloux
A sur les nations étendu son courroux;
Mais toujours pour le juste il eut des yeux propices;
Il le soutient lui-même au bord des précipices,
Épure sa vertu dans les adversités,
Combat pour sa défense, et marche à ses côtés.
   Le père des Bourbons, etc.

Vers 458. Édition de 1723:

N'offre au Dieu qui l'a fait qu'un criminel hommage.

Vers 480. - Dans l'édition de 1723, le poème se terminait par ces vers:
 

Henri, dont le grand coeur était formé pour elle,
Voit, connaît, aime enfin sa lumière immortelle;
Ces rayons désirés enflamment ses esprits
Il avance avec elle aux remparts de Paris;
Il parle, et les remparts tombent en sa présence;
Les ligueurs éperdus implorent sa clémence;
Les prêtres sont muets; les Seize épouvantés
En vain cherchent pour fuir des antres écartés;
Et le peuple à genoux, dans ce jour salutaire,
Reconnaît son vrai roi, son vainqueur et son père.

Vers 483. - Il y avait dans l'édition de 1728:
 

Il abjure avec foi ces dogmes séducteurs,
Ingénieux enfants de cent nouveaux docteurs.
Il reconnaît l'Église, etc.

 

FIN DE LA HENRIADE.

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