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LA HENRIADE
CHANT NEUVIÈME.
ARGUMENT.
Description du temple de l'Amour:
la Discorde implore son pouvoir pour amollir le courage de Henri IV. Ce
héros est retenu quelque temps auprès de Mme d'Estrées,
si célèbre sous le nom de la belle Gabrielle. Mornay l'arrache
à son amour, et le roi retourne à son armée.
(38)Sur les
bords fortunés de l'antique Idalie(39),
Lieux où finit l'Europe et commence l'Asie,
S'élève un vieux palais(40)
respecté par les temps:
La Nature en posa les premiers fondements;
Et l'art, ornant depuis sa simple architecture,
Par ses travaux hardis surpassa la nature.
Là, tous les champs voisins, peuplés de
myrtes verts(41),
N'ont jamais ressenti l'outrage des hivers.
Partout on voit mûrir, partout on voit éclore
Et les fruits de Pomone et les présents de Flore;
Et la terre n'attend, pour donner ses moissons,
Ni les voeux des humains, ni l'ordre des saisons.
L'homme y semble goûter, dans une paix profonde,
Tout ce que la nature, aux premiers jours du monde,
De sa main bienfaisante accordait aux humains,
Un éternel repos, des jours purs et sereins,
Les douceurs, les plaisirs que promet l'abondance,
Les biens du premier âge, hors la seule innocence.
On entend, pour tout bruit, des concerts enchanteurs
Dont la molle harmonie inspire les langueurs;
Les voix de mille amants, les chants de leurs maîtresses
Qui célèbrent leur honte, et vantent leurs
faiblesses.
Chaque jour on les voit, le front paré de fleurs,
De leur aimable maître implorer les faveurs;
Et, dans l'art dangereux de plaire et de séduire,
Dans son temple à l'envi s'empressent de s'instruire.
La flatteuse Espérance, au front toujours serein,
A l'autel de l'Amour les conduit par la main.
Près du temple sacré les Grâces demi-nues
Accordent à leurs voix leurs danses ingénues(42),
La molle Volupté, sur un lit de gazons,
Satisfaite et tranquille, écoute leurs chansons.
On voit à ses côtés le Mystère
en silence,
Le Sourire enchanteur, les Soins, la Complaisance,
Les Plaisirs amoureux, et les tendres Désirs,
Plus doux, plus séduisants encor que les Plaisirs.
De ce temple fameux telle est l'aimable entrée.
Mais, lorsqu'en avançant sous la voûte sacrée,
On porte au sanctuaire un pas audacieux,
Quel spectacle funeste épouvante les yeux!
Ce n'est plus des Plaisirs la troupe aimable et tendre:
Leurs concerts amoureux ne s'y font plus entendre.
Les Plaintes, les Dégoûts, l'Imprudence,
la Peur,
Font de ce beau séjour un séjour plein
d'horreur.
La sombre Jalousie, au teint pâle et livide,
Suit d'un pied chancelant le Soupçon qui la guide:
La Haine et le Courroux, répandant leur venin,
Marchent devant ses pas, un poignard à la main.
La Malice les voit, et d'un souris perfide
Applaudit, en passant, à leur troupe homicide.
Le Repentir les suit, détestant leurs fureurs,
Et baisse en soupirant ses yeux mouillés de pleurs.
C'est là, c'est au milieu de cette
cour affreuse,
Des plaisirs des humains compagne malheureuse,
Que l'Amour a choisi son séjour éternel.
Ce dangereux enfant, si tendre et si cruel,
Porte en sa faible main les destins de la terre,
Donne, avec un souris, ou la paix, ou la guerre,
Et, répandant partout ses trompeuses douceurs,
Anime l'univers, et vit dans tous les coeurs.
Sur un trône éclatant contemplant ses conquêtes,
Il foulait à ses pieds les plus superbes têtes;
Fier de ses cruautés plus que de ses bienfaits,
Il semblait s'applaudir des maux qu'il avait faits.
La Discorde soudain, conduite par la Rage,
Écarte les Plaisirs, s'ouvre un libre passage,
Secouant dans ses mains ses flambeaux allumés,
Le front couvert de sang, et les yeux enflammés:
Mon frère, lui dit-elle, où sont tes traits
terribles?
Pour qui réserves-tu tes flèches invincibles?
Ah! si de la Discorde allumant le tison,
Jamais à tes fureurs tu mêlas mon poison;
Si tant de fois pour toi j'ai troublé la nature,
Viens, vole sur mes pas, viens venger mon injure:
Un roi victorieux écrase mes serpents;
Ses mains joignent l'olive aux lauriers triomphants:
La Clémence avec lui marchant d'un pas tranquille,
Au sein tumultueux de la guerre civile,
Va sous ses étendards, flottants de tous côtés,
Réunir tous les coeurs par moi seul écartés:
Encore une victoire, et mon trône est en poudre.
Aux remparts de Paris Henri porte la foudre:
Ce héros va combattre, et vaincre, et pardonner;
De cent chaînes d'airain son bras va m'enchaîner.
C'est à toi d'arrêter ce torrent dans sa
course(43);
Va de tant de hauts faits empoisonner la source;
Que sous ton joug, Amour, il gémisse abattu;
Va dompter son courage au sein de la vertu.
C'est toi, tu t'en souviens, toi dont la main fatale
Fit tomber sans effort Hercule aux pieds d'Omphale.
Ne vit-on pas Antoine amolli dans tes fers,
Abandonnant pour toi les soins de l'univers,
Fuyant devant Auguste, et, te suivant sur l'onde,
Préférer Cléopâtre à
l'empire du monde?
Henri te reste à vaincre, après tant de
guerriers:
Dans ses superbes mains va flétrir ses lauriers;
Va du myrte amoureux ceindre sa tête altière;
Endors entre tes bras son audace guerrière;
A mon trône ébranlé cours servir
de soutien:
Viens, ma cause est la tienne, et ton règne est
le mien. »
Ainsi parlait ce monstre; et la voûte
tremblante
Répétait les accents de sa voix effrayante.
L'Amour, qui l'écoutait, couché parmi des
fleurs,
D'un souris fier et doux répond à ses fureurs.
Il s'arme cependant de ses flèches dorées:
Il fend des vastes cieux les voûtes azurées,
Et, précédé des Jeux, des Grâces,
des Plaisirs,
Il vole aux champs français sur l'aile des Zéphyrs.
Dans sa course d'abord il découvre
avec joie
Le faible Simoïs, et les champs où fut Troie;
Il rit en contemplant, dans ces lieux renommés,
La cendre des palais par ses mains consumés.
Il aperçoit de loin ces murs bâtis sur l'onde,
Ces remparts orgueilleux, ce prodige du monde,
Venise, dont Neptune admire le destin,
Et qui commande aux flots renfermés dans son sein.
Il descend, il s'arrête aux champs de la Sicile,
Où lui-même inspira Théocrite et
Virgile,
Où l'on dit qu'autrefois, par des chemins nouveaux,
De l'amoureux Alphée il conduisit les eaux.
Bientôt, quittant les bords de l'aimable Aréthuse,
Dans les champs de Provence il vole vers Vaucluse(44),
Asile encor plus doux, lieux où, dans ses beaux
jours,
Pétrarque soupira ses vers et ses amours.
Il voit les murs d'Anet, bâtis aux bords de l'Eure;
Lui-même en ordonna la superbe structure:
Par ses adroites mains avec art enlacés,
Les chiffres de Diane(45)
y sont encor tracés.
Sur sa tombe, en passant, les Plaisirs et les Grâces
Répandirent les fleurs qui naissaient sur leurs
traces.
Aux campagnes d'Ivry l'Amour arrive enfin.
Le roi, près d'en partir pour un plus grand dessein,
Mêlant à ses plaisirs l'image de la guerre,
Laissait pour un moment reposer son tonnerre.
Mille jeunes guerriers, à travers les guérets,
Poursuivaient avec lui les hôtes des forêts.
L'Amour sent, à sa vue, une joie inhumaine;
Il aiguise ses traits, il prépare sa chaîne;
Il agite les airs que lui-même a calmés;
Il parle, on voit soudain les éléments
armés.
D'un bout du monde à l'autre appelant les orages,
Sa voix commande aux vents d'assembler les nuages,
De verser ces torrents suspendus dans les airs,
Et d'apporter la nuit, la foudre, et les éclairs.
Déjà les Aquilons, à
ses ordres fidèles,
Dans les cieux obscurcis ont déployé leurs
ailes;
La plus affreuse nuit succède au plus beau jour;
La Nature en gémit, et reconnaît l'Amour.
Dans les sillons fangeux de la campagne
humide;
Le roi marche incertain, sans escorte et sans guide;
L'Amour, en ce moment, allumant son flambeau,
Fait briller devant lui ce prodige nouveau.
Abandonné des siens, le roi, dans ces bois sombres,
Suit cet astre ennemi, brillant parmi les ombres:
Comme on voit quelquefois les voyageurs troublés
Suivre ces feux ardents de la terre exhalés,
Ces feux dont la vapeur maligne et passagère
Conduit au précipice, à l'instant qu'elle
éclaire.
Depuis peu la fortune, en ces tristes climats,
D'une illustre mortelle avait conduit les pas.
Dans le fond d'un château tranquille et solitaire,
Loin du bruit des combats elle attendait son père,
Qui, fidèle à ses rois, vieilli dans les
hasards,
Avait du grand Henri suivi les étendards.
D'Estrée(46) était
son nom: la main de la nature
De ses aimables dons la combla sans mesure.
Telle ne brillait point, aux bords de l'Eurotas,
La coupable beauté qui trahit Ménélas;
Moins touchante et moins belle à Tarse on vit
paraître
Celle qui des Romains avait dompté le maître(47),
Lorsque les habitants des rives du Cydnus,
L'encensoir à la main, la prirent pour Vénus.
Elle entrait dans cet âge, hélas! trop redoutable,
Qui rend des passions le joug inévitable.
Son coeur, né pour aimer, mais fier et généreux,
D'aucun amant encor n'avait reçu les voeux:
Semblable en son printemps à la rose nouvelle,
Qui renferme en naissant sa beauté naturelle,
Cache aux vents amoureux les trésors de son sein,
Et s'ouvre aux doux rayons d'un jour pur et serein.
L'Amour, qui cependant s'apprête à
la surprendre,
Sous un nom supposé vient près d'elle se
rendre:
Il paraît sans flambeau, sans flèches, sans
carquois;
Il prend d'un simple enfant la figure et la voix.
« On a vu, lui dit-il, sur la rive prochaine,
S'avancer vers ces lieux le vainqueur de Mayenne. »
Il glissait dans son coeur, en lui disant ces mots,
Un désir inconnu de plaire à ce héros.
Son teint fut animé d'une grâce nouvelle.
L'Amour s'applaudissait en la voyant si belle:
Que n'espérait-il point, aidé de tant d'appas!
Au-devant du monarque il conduisit ses pas.
L'art simple dont lui-même a formé sa parure
Paraît aux yeux séduits l'effet de la nature:
L'or de ses blonds cheveux, qui flotte au gré
des vents,
Tantôt couvre sa gorge et ses trésors naissants,
Tantôt expose aux yeux leur charme inexprimable.
Sa modestie encor la rendait plus aimable:
Non pas cette farouche et triste austérité
Qui fait fuir les Amours, et même la beauté;
Mais cette pudeur douce, innocente, enfantine,
Qui colore le front d'une rougeur divine,
Inspire le respect, enflamme les désirs,
Et de qui la peut vaincre augmente les plaisirs(48).
Il fait plus (à l'Amour tout miracle
est possible)(49);
Il enchante ces lieux par un charme invincible.
Des myrtes enlacés, que d'un prodigue sein
La terre obéissante a fait naître soudain,
Dans les lieux d'alentour étendent leur feuillage:
A peine a-t-on passé sous leur fatal ombrage,
Par des liens secrets on se sent arrêter;
On s'y plaît, on s'y trouble, on ne peut les quitter.
On voit fuir sous cette ombre une onde enchanteresse;
Les amants fortunés, pleins d'une douce ivresse,
Y boivent à longs traits l'oubli de leur devoir.
L'Amour dans tous ces lieux fait sentir son pouvoir:
Tout y paraît changé; tous les coeurs y
soupirent:
Tous sont empoisonnés du charme qu'ils respirent:
Tout y parle d'amour. Les oiseaux dans les champs
Redoublent leurs baisers, leurs caresses, leurs chants.
Le moissonneur ardent, qui court avant l'aurore
Couper les blonds épis que l'été
fait éclore,
S'arrête, s'inquiète, et pousse des soupirs:
Son coeur est étonné de ses nouveaux désirs:
Il demeure enchanté dans ces belles retraites,
Et laisse, en soupirant, ses moissons imparfaites.
Près de lui, la bergère, oubliant ses troupeaux,
De sa tremblante main sent tomber ses fuseaux.
Contre un pouvoir si grand qu'eût pu faire d'Estrée?
Par un charme indomptable elle était attirée;
Elle avait à combattre, en ce funeste jour,
Sa jeunesse, son coeur, un héros, et l'Amour.
Quelque temps de Henri la valeur immortelle
Vers ses drapeaux vainqueurs en secret le rappelle:
Une invisible main le retient malgré lui.
Dans sa vertu première il cherche un vain appui:
Sa vertu l'abandonne, et son âme enivrée
N'aime, ne voit, n'entend, ne connaît que d'Estrée(50).
Loin de lui cependant tous ses chefs étonnés
Se demandent leur prince, et restent consternés.
Ils tremblaient pour ses jours; aucun d'eux n'eût
pu croire
Qu'on eût, dans ce moment, dû craindre pour
sa gloire:
On le cherchait en vain; ses soldats abattus,
Ne marchant plus sous lui, semblaient déjà
vaincus.
Mais le génie heureux qui préside
à la France
Ne souffrit pas longtemps sa dangereuse absence:
Il descendit des cieux à la voix de Louis,
Et vint d'un vol rapide au secours de son fils.
Quand il fut descendu vers ce triste hémisphère,
Pour y trouver un sage il regarda la terre.
Il ne le chercha point dans ces lieux révérés,
A l'étude, au silence, au jeûne consacrés;
Il alla dans Ivry: là, parmi la licence
Où du soldat vainqueur s'emporte l'insolence,
L'ange heureux des Français fixa son vol divin
Au milieu des drapeaux des enfants de Calvin:
Il s'adresse à Mornay. C'était pour nous
instruire
Que souvent la raison suffit à nous conduire,
Ainsi qu'elle guida, chez des peuples païens,
Marc-Aurèle, ou Platon, la honte des chrétiens.
Non moins prudent ami que philosophe austère,
Mornay sut l'art discret de reprendre et de plaire:
Son exemple instruisait bien mieux que ses discours:
Les solides vertus furent ses seuls amours.
Avide de travaux, insensible aux délices,
Il marchait d'un pas ferme au bord des précipices.
Jamais l'air de la cour, et son souffle infecté,
N'altéra de son coeur l'austère pureté.
Belle Aréthuse, ainsi ton onde fortunée
Roule, au sein furieux d'Amphitrite étonnée,
Un cristal toujours pur, et des flots toujours clairs,
Que jamais ne corrompt l'amertume des mers(51).
Le généreux Mornay, conduit
par la Sagesse, [273]
Part, et vole en ces lieux où la douce Mollesse
Retenait dans ses bras le vainqueur des humains,
Et de la France en lui maîtrisait les destins.
L'Amour, à chaque instant, redoublant sa victoire,
Le rendait plus heureux, pour mieux flétrir sa
gloire.
Les plaisirs, qui souvent ont des termes si courts,
Partageaient ses moments et remplissaient ses jours.
L'Amour, au milieu d'eux, découvre
avec colère,
A côté de Mornay, la Sagesse sévère:
Il veut sur ce guerrier lancer un trait vengeur;
Il croit charmer ses sens, il croit blesser son coeur:
Mais Mornay méprisait sa colère et ses
charmes;
Tous ses traits impuissants s'émoussaient sur
ses armes.
Il attend qu'en secret le roi s'offre à ses yeux,
Et d'un oeil irrité contemple ces beaux lieux.
Au fond de ces jardins, au bord d'une onde
claire,
Sous un myrte amoureux, asile du mystère,
D'Estrée à son amant prodiguait ses appas;
Il languissait près d'elle, il brûlait dans
ses bras.
De leurs doux entretiens rien n'altérait les charmes:
Leurs yeux étaient remplis de ces heureuses larmes,
De ces larmes qui font les plaisirs des amants:
Ils sentaient cette ivresse et ces saisissements(52),
Ces transports, ces fureurs, qu'un tendre amour inspire(53),
Que lui seul fait goûter, que lui seul peut décrire.
Les folâtres Plaisirs, dans le sein du repos,
Les Amours enfantins désarmaient ce héros:
L'un tenait sa cuirasse encor de sang trempée,
L'autre avait détaché sa redoutable épée,
Et riait, en tenant dans ses débiles mains
Ce fer, l'appui du trône et l'effroi des humains.
La Discorde de loin insulte à sa
faiblesse;
Elle exprime, en grondant, sa barbare allégresse.
Sa fière activité ménage ces instants:
Elle court de la Ligue irriter les serpents;
Et tandis que Bourbon se repose et sommeille,
De tous ses ennemis la rage se réveille.
Enfin dans ces jardins, où sa vertu
languit,
Il voit Mornay paraître(54):
il le voit, et rougit.
L'un de l'autre, en secret, ils craignaient la présence.
Le sage, en l'abordant, garde un morne silence;
Mais ce silence même, et ces regards baissés,
Se font entendre au prince, et s'expliquent assez.
Sur ce visage austère, où régnait
la tristesse,
Henri lut aisément sa honte et sa faiblesse.
Rarement de sa faute on aime le témoin:
Tout autre eût de Mornay mal reconnu le soin.
« Cher ami, dit le roi, ne crains point ma colère;
Qui m'apprend mon devoir est trop sûr de me plaire:
Viens, le coeur de ton prince est digne encor de toi:
Je tai vu, c'en est fait, et tu me rends à moi;
Je reprends ma vertu, que l'Amour m'a ravie:
De ce honteux repos fuyons l'ignominie;
Fuyons ce lieu funeste, où mon coeur mutiné
Aime encor les liens dont il fut enchaîné.
Me vaincre est désormais ma plus belle victoire(55):
Partons, bravons l'Amour dans les bras de la Gloire;
Et bientôt, vers Paris répandant la terreur,
Dans le sang espagnol effaçons mon erreur.
A ces mots généreux, Mornay
connut son maître.
« C'est vous, s'écria-t-il, que je revois
paraître;
Vous, de la France entière auguste défenseur;
Vous, vainqueur de vous-même, et roi de votre coeur!
L'Amour à votre gloire ajoute un nouveau lustre:
Qui l'ignore est heureux, qui le dompte est illustre.
»
Il dit. Le roi s'apprête à
partir de ces lieux.
Quelle douleur, ô ciel! attendrit ses adieux(56)!
Plein de l'aimable objet qu'il fuit et qu'il adore,
En condamnant ses pleurs, il en versait encore.
Entraîné par Mornay, par l'Amour attiré,
Il s'éloigne, il revient, il part désespéré.
Il part(57). En ce moment
d'Estrée, évanouie,
Reste sans mouvement, sans couleur, et sans vie;
D'une soudaine nuit ses beaux yeux sont couverts.
L'Amour, qui l'aperçut, jette un cri dans les
airs;
Il s'épouvante, il craint qu'une nuit éternelle
N'enlève à son empire une nymphe si belle,
N'efface pour jamais les charmes de ces yeux
Qui devaient dans la France allumer tant de feux.
Il la prend dans ses bras; et bientôt cette amante
Rouvre, à sa douce voix, sa paupière mourante,
Lui nomme son amant, le redemande en vain,
Le cherche encor des yeux, et les ferme soudain.
L'Amour, baigné des pleurs qu'il répand
auprès d'elle,
Au jour qu'elle fuyait tendrement la rappelle;
D'un espoir séduisant il lui rend la douceur,
Et soulage les maux dont lui seul est l'auteur.
Mornay, toujours sévère et
toujours inflexible,
Entraînait cependant son maître trop sensible.
La Force et la Vertu leur montrent le chemin;
La Gloire les conduit, les lauriers à la main;
Et l'Amour indigné, que le devoir surmonte,
Va cacher loin d'Anet sa colère et sa honte. |
FIN DU CHANT NEUVIÈME.
VARIANTES
DU CHANT NEUVIÈME.
Vers 13. - Au lieu
de ce vers et des sept qui le suivent, on trouve dans l'édition
de 1723 ceux que voici:
Dans ces climats charmants habite l'Indolence.
Les peuples paresseux, séduits par l'abondance,
N'ont jamais exercé par d'utiles travaux
Leurs corps appesantis, qu'énerve le repos;
Dans un loisir profond, aux soins inaccessible,
La Mollesse entretient un silence paisible:
Seulement quelquefois on entend dans les airs
Les sons efféminés des plus tendres concerts,
Les voix de mille amants, etc. |
Vers 28. - Édition
de 1723:
A l'autel de leur dieu les conduit par la main.
Vers 34. - Édition
de 1723:
Les Refus attirants, les Soins, la Complaisance.
Vers 57. - Voici comme
l'édition de 1723 a mis ces deux vers:
Sans cesse armé de traits plus prompts que le
tonnerre,
*Porte en sa faible main les destins de la terre. |
Vers 110. - L'édition
de 1723 met ainsi ce vers:
La campagne où jadis on vit les murs de Troie.
C'est le Campos ubi Troja fuit, de Virgile (Énéide,
liv. III, v. ii).
Vers 113. - Édition
de 1723:
Il voit en un moment ces murs bâtis sur l'onde.
Vers 121. - Dans l'édition
de 1723, on lisait:
Bientôt dans la Provence il voit cette fontaine
Dont son pouvoir aimable éternisa la veine,
Quand le tendre Pétrarque, au printemps de ses
jours,
Sur ces bords enchantés soupirait ses amours.
Il voit les murs d'Anet, etc. |
Vers 137. - Édition
de 1723:
L'amour sent, à le voir, une joie inhumaine.
Vers 139. - Édition
de 1723:
Il soulève avec lui les éléments
armés;
Il trouble en un moment les airs qu'il a calmés. |
Vers 148. - Édition
de 1723:
Présage infortuné des chagrins de l'amour.
Vers 167. - Au lieu
de ces vers, on lisait dans l'Édition de 1723:
Jamais rien de plus beau ne parut sous les cieux,
Et seule elle ignorait le pouvoir de ses yeux.
Elle entrait dans cet âge, etc. |
Vers 187. - Édition
de 1723:
Il excitait son coeur en lui disant ces mots,
Par un désir secret de plaire à son héros. |
C'est une imitation de Virgile (Énéide,
I,
725-26)
. . . . . Et vivo tentat praevertere amore
Jam pridem resides animos, desuetaque corda. |
Vers 192. On lisait
dans l'Édition de 1723:
Au-devant du monarque il conduisit ses pas
Armé de tous ses traits, présent à
l'entrevue,
Il allume en leur âme une crainte inconnue,
Leur inspire ce trouble et ces émotions
Que forment en naissant les grandes passions.
Quelque temps de Henri la valeur immortelle, etc. |
Vers 235. - Édition
de 1723:
Une invincible main le retient malgré lui.
Vers 238. - Dans l'édition
de 1723, après ce vers, on lisait:
C'est alors que l'on vit dans les bras du repos
Les folâtres Plaisirs désarmer ce héros:
L'un tenait sa cuirasse encor de sang trempée;
L'autre avait détaché sa redoutable épée,
Et riait en voyant dans ses débiles mains
Ce fer, l'appui du trône et l'effroi des humains.
Tandis que de l'amour Henri goûtait
les charmes,
Son absence en son camp répandait les alarmes;
Et ses chefs étonnés, ses soldats abattus,
Ne marchant plus sous lui, semblaient déjà
vaincus.
Mais le génie heureux qui préside à
la France
Ne souffrit pas longtemps sa dangereuse absence;
Il va trouver Sully d'un vol léger et prompt,
Il lui dit de son roi la faiblesse et l'affront.
Non moins prudent ami que philosophe austère,
Sully sut l'art heureux de reprendre et de plaire;
Des solides vertus rigoureux sectateur,
Favori de son maître, et jamais son flatteur;
Avide de travaux, etc. |
Vers 241. - Édition
de 1728:
Ils tremblaient pour ses jours: hélas! qui l'eût
pu croire.
Vers 273. - Édition
de 1723:
Ce guerrier généreux, conduit par la Sagesse.
Vers 284. - Édition
de 1723:
Par l'attrait des plaisirs il croit vaincre son coeur.
Vers 298. - Édition
de 1723:
Que lui seul fait sentir, que lui seul peut décrire.
Enfin, dans le repos où sa vertu
languit,
Il voit Sully paraître, il le voit, et rougit. |
Vers 315. - Édition
de 1723:
Mais son silence même et ses regards baissés.
Vers 317. - Édition
de 1723:
Sur ce visage austère où régnait
la sagesse.
Vers 320. - Édition
de 1723:
Tout autre eût de Sully mal reconnu le soin,
Tout autre eût d'un censeur haï le front sévère.
« Cher ami, dit le roi, tu ne peux me déplaire;
Viens, le coeur de ton prince, etc. |
Vers 325. - Édition
de 1723:
Je reprends la vertu que l'amour m'a ravie.
Vers 336. - Édition
de 1723:
Vous, maître de vous-même et roi de votre
coeur.
Vers 366. - Édition
de 1723:
Va cacher dans Paphos sa colère et sa honte.
|