OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE
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LA HENRIADE

CHANT QUATRIÈME.

ARGUMENT.

D'Aumale était près de se rendre maître du camp de Henri III lorsque le héros, revenant d'Angleterre, combat les ligueurs, et fait changer la fortune.
La Discorde console Mayenne et vole à Rome pour y chercher du secours. Description de Rome, où régnait alors Sixte-Quint. La Discorde y trouve la Politique; elle revient avec elle à Paris, soulève la Sorbonne, anime les Seize contre le Parlement, et arme les moines. On livre à la main du bourreau des magistrats qui tenaient pour le parti des rois. Troubles et confusion horrible dans Paris.
 

   Tandis que, poursuivant leurs entretiens secrets, 
Et pesant à loisir de si grands intérêts, 
Ils épuisaient tous deux la science profonde 
De combattre, de vaincre, et de régir le monde, 
La Seine, avec effroi, voit sur ses bords sanglants 
Les drapeaux de la Ligue abandonnés aux vents. 
Valois, loin de Henri, rempli d'inquiétude, 
Du destin des combats craignait l'incertitude. 
A ses desseins flottants il fallait un appui; 
Il attendait Bourbon, sûr de vaincre avec lui. 
Par ces retardements les ligueurs s'enhardirent; 
Des portes de Paris leurs légions sortirent: 
Le superbe d'Aumale, et Nemours, et Brissac, 
Le farouche Saint-Paul, La Châtre, Canillac, 
D'un coupable parti défenseurs intrépides, 
Épouvantaient Valois de leurs succès rapides; 
Et ce roi, trop souvent sujet au repentir, 
Regrettait le héros qu'il avait fait partir. 
   Parmi ces combattants, ennemis de leur maître, 
Un frère(1) de Joyeuse osa longtemps paraître. 
Ce fut lui que Paris vit passer tour à tour 
Du siècle au fond d'un cloître, et du cloître à la cour: 
Vicieux, pénitent, courtisan, solitaire, 
Il prit, quitta, reprit la cuirasse et la haire. 
Du pied des saints autels arrosés de ses pleurs, 
Il courut de la Ligue animer les fureurs, 
Et plongea dans le sang de la France éplorée 
La main qu'à l'Éternel il avait consacrée. 
   Mais de tant de guerriers, celui dont la valeur 
Inspira plus d'effroi, répandit plus d'horreur, 
Dont le coeur fut plus fier et la main plus fatale, 
Ce fut vous, jeune prince, impétueux d'Aumale, 
Vous, né du sang lorrain, si fécond en héros, 
Vous, ennemi des rois, des lois, et du repos. 
La fleur de la jeunesse en tout temps l'accompagne: 
Avec eux sans relâche il fond dans la campagne; 
Tantôt dans le silence, et tantôt à grand bruit,
A la clarté des cieux, dans l'ombre de la nuit, 
Chez l'ennemi surpris portant partout la guerre, 
Du sang des assiégeants son bras couvrait la terre. 
Tels du front du Caucase, ou du sommet d'Athos, 
D'où l'oeil découvre au loin l'air, la terre, et les flots, 
Les aigles, les vautours, aux ailes étendues(2),
D'un vol précipité fendant les vastes nues, 
Vont dans les champs de l'air enlever les oiseaux, 
Dans les bois, sur les près, déchirent les troupeaux, 
Et dans les flancs affreux de leurs roches sanglantes 
Remportent à grands cris ces dépouilles vivantes. 
   Déjà plein d'espérance, et de gloire enivré, 
Aux tentes de Valois il avait pénétré. 
La nuit et la surprise augmentaient les alarmes: 
Tout pliait, tout tremblait, tout cédait à ses armes. 
Cet orageux torrent, prompt à se déborder(3),
Dans son choc ténébreux allait tout inonder. 
L'étoile du matin commençait à paraître: 
Mornay, qui précédait le retour de son maître, 
Voyait déjà les tours du superbe Paris. 
D'un bruit mêlé d'horreur il est soudain surpris; 
Il court, il aperçoit dans un désordre extrême 
Les soldats de Valois, et ceux de Bourbon même: 
« Juste ciel! est-ce ainsi que vous nous attendiez? 
Henri va vous défendre; il vient, et vous fuyez! 
Vous fuyez, compagnons! » Au son de sa parole, 
Comme on vit autrefois au pied du Capitole 
Le fondateur de Rome, opprimé des Sabins, 
Au nom de Jupiter arrêter ses Romains, 
Au seul nom de Henri les Français se rallient; 
La honte les enflamme, ils marchent, ils s'écrient: 
« Qu'il vienne, ce héros, nous vaincrons sous ses yeux. » 
Henri dans le moment paraît au milieu d'eux, 
Brillant comme l'éclair au fort de la tempête: 
Il vole aux premiers rangs, il s'avance à leur tête; 
Il combat, on le suit il change les destins: 
La foudre est dans ses yeux, la mort est dans ses mains. 
Tous les chefs ranimés autour de lui s'empressent; 
La victoire revient, les ligueurs disparaissent, 
Comme aux rayons du jour qui s'avance et qui luit, 
S'est dissipé l'éclat des astres de la nuit. 
C'est en vain que d'Aumale arrête sur ces rives 
Des siens épouvantés les troupes fugitives; 
Sa voix pour un moment les rappelle aux combats: 
La voix du grand Henri précipite leurs pas; 
De son front menaçant la terreur les renverse; 
Leur chef les réunit, la crainte les disperse. 
D'Aumale est avec eux dans leur fuite entraîné; 
Tel que du haut d'un mont de frimas couronné, 
Au milieu des glaçons et des neiges fondues, 
Tombe et roule un rocher qui menaçait les nues. 
   Mais que dis-je! Il s'arrête, il montre aux assiégeants, 
Il montre encor ce front redouté si longtemps. 
Des siens qui l'entraînaient, fougueux, il se dégage: 
Honteux de vivre encore, il revole au carnage, 
Il arrête un moment son vainqueur étonné; 
Mais d'ennemis bientôt il est environné. 
La mort allait punir son audace fatale. 
   La Discorde le vit, et trembla pour d'Aumale. 
La barbare qu'elle est a besoin de ses jours: 
Elle s'élève en l'air, et vole à son secours. 
Elle approche; elle oppose au nombre qui l'accable 
Son bouclier de fer, immense, impénétrable, 
Qui commande au trépas, qu'accompagne l'horreur, 
Et dont la vite inspire ou la rage ou la peur. 
O fille de l'enfer! Discorde inexorable, 
Pour la première fois tu parus secourable! 
Tu sauvas un héros, tu prolongeas son sort, 
De cette même main, ministre de la mort, 
De cette main barbare, accoutumée aux crimes, 
Qui jamais jusque-là n'épargna ses victimes. 
Elle entraîne d'Aumale aux portes de Paris, 
Sanglant, couvert de coups qu'il n'avait point sentis. 
Elle applique à ses maux une main salutaire; 
Elle étanche ce sang répandu pour lui plaire: 
Mais tandis qu'à son corps elle rend la vigueur, 
De ses mortels poisons elle infecte son coeur. 
Tel souvent un tyran, dans sa pitié cruelle, 
Suspend d'un malheureux la sentence cruelle; 
A ses crimes secrets il fait servir son bras, 
Et, quand ils sont commis, il le rend au trépas. 
   Henri sait profiter de ce grand avantage, 
Dont le sort des combats honora son courage. 
Des moments dans la guerre il connaît tout le prix(4):
Il presse au même instant ses ennemis surpris; 
Il veut que les assauts succèdent aux batailles; 
Il fait tracer leur perte autour de leurs murailles. 
Valois, plein d'espérance, et fort d'un tel appui, 
Donne aux soldats l'exemple, et le reçoit de lui; 
Il soutient les travaux, il brave les alarmes. 
La peine a ses plaisirs, le péril a ses charmes. 
Tous les chefs sont unis, tout succède à leurs voeux; 
Et bientôt la Terreur, qui marche devant eux, 
Des assiégés tremblants dissipant les cohortes, 
A leurs yeux éperdus allait briser leurs portes. 
Que peut faire Mayenne en ce péril pressant? 
Mayenne a pour soldats un peuple gémissant. 
Ici, la fille en pleurs lui redemande un père; 
Là, le frère effrayé pleure au tombeau d'un frère(5).
Chacun plaint le présent, et craint pour l'avenir; 
Ce grand corps alarmé ne peut se réunir. 
On s'assemble, on consulte, on veut fuir ou se rendre, 
Tous sont irrésolus, nul ne veut se défendre: 
Tant le faible vulgaire, avec légèreté, 
Fait succéder la peur à la témérité! 
   Mayenne, en frémissant, voit leur troupe éperdue: 
Cent desseins partageaient son âme irrésolue, 
Quand soudain la Discorde aborde ce héros, 
Fait siffler ses serpents, et lui parle en ces mots(6):
   « Digne héritier d'un nom redoutable à la France, 
Toi qu'unit avec moi le soin de ta vengeance, 
Toi, nourri sous mes yeux et formé sous mes lois, 
Entends ta protectrice, et reconnais ma voix. 
Ne crains rien de ce peuple imbécile et volage, 
Dont un faible malheur a glacé le courage; 
Leurs esprits sont à moi, leurs coeurs sont dans mes mains. 
Tu les verras bientôt, secondant nos desseins, 
De mon fiel abreuvés, à mes fureurs en proie, 
Combattre avec audace, et mourir avec joie. 
   La Discorde aussitôt, plus prompte qu'un éclair, 
Fend d'un vol assuré les campagnes de l'air. 
Partout chez les Français le trouble et les alarmes 
Présentent à ses yeux des objets pleins de charmes: 
Son haleine en cent lieux répand l'aridité; 
Le fruit meurt en naissant, dans son germe infecté 
Les épis renversés sur la terre languissent; 
Le ciel s'en obscurcit, les astres en pâlissent; 
Et la foudre en éclats, qui gronde sous ses pieds, 
Semble annoncer la mort aux peuples effrayés. 
   Un tourbillon la porte à ces rives fécondes 
Que l'Éridan rapide arrose de ses ondes. 
   Rome enfin se découvre à ses regards cruels; 
Rome, jadis son temple, et l'effroi des mortels; 
Rome, dont le destin dans la paix, dans la guerre(7),
Est d'être en tous les temps maîtresse de la terre. 
Par le sort des combats on la vit autrefois 
Sur leurs trônes sanglants enchaîner tous les rois; 
L'univers fléchissait sous son aigle terrible. 
Elle exerce en nos jours un pouvoir plus paisible: 
On la voit sous son joug asservir ses vainqueurs, 
Gouverner les esprits, et commander aux coeurs; 
Ses avis font ses lois, ses décrets sont ses armes. 
   Prés de ce Capitole où régnaient tant d'alarmes, 
Sur les pompeux débris de Bellone et de Mars(8),
Un pontife est assis au trône des césars; 
Des prêtres fortunés foulent d'un pied tranquille 
Les tombeaux des Catons et la cendre d'Émile. 
Le trône est sur l'autel, et l'absolu pouvoir 
Met dans les mêmes mains le sceptre et l'encensoir. 
   Là, Dieu même a fondé son Église naissante, 
Tantôt persécutée, et tantôt triomphante: 
Là, son premier apôtre, avec la Vérité, 
Conduisit la Candeur et la Simplicité. 
Ses successeurs heureux quelque temps l'imitèrent, 
D'autant plus respectés que plus ils s'abaissèrent. 
Leur front d'un vain éclat n'était point revêtu; 
La pauvreté soutint leur austère vertu; 
Et, jaloux des seuls biens qu'un vrai chrétien désire, 
Du fond de leur chaumière ils volaient au martyre. 
Le temps, qui corrompt tout, changea bientôt leurs moeurs; 
Le ciel, pour nous punir, leur donna des grandeurs. 
Rome, depuis ce temps, puissante et profanée, 
Au conseil des méchants se vit abandonnée: 
La trahison, le meurtre, et l'empoisonnement, 
De son pouvoir nouveau fut l'affreux fondement. 
Les successeurs du Christ au fond du sanctuaire 
Placèrent sans rougir l'inceste et l'adultère; 
Et Rome, qu'opprimait leur empire odieux, 
Sous ces tyrans sacrés regretta ses faux dieux. 
On écouta depuis de plus sages maximes; 
On sut ou s'épargner ou mieux voiler les crimes. 
De l'Église et du peuple on régla mieux les droits(9);
Rome devint l'arbitre, et non l'effroi des rois; 
Sous l'orgueil imposant du triple diadème, 
La modeste vertu reparut elle-même. 
Mais l'art de ménager le reste des humains 
Est, surtout aujourd'hui, la vertu des Romains. 
   Sixte alors était roi de l'Église et de Rome(10).
Si, pour être honoré du titre de grand homme, 
Il suffit d'être faux, austère, et redouté, 
Au rang des plus grands rois Sixte sera compté. 
Il devait sa grandeur à quinze ans d'artifices; 
Il sut cacher, quinze ans, ses vertus et ses vices: 
Il sembla fuir le rang qu'il brûlait d'obtenir, 
Et s'en fit croire indigne afin d'y parvenir. 
   Sous le puissant abri de son bras despotique, 
Au fond du Vatican régnait la Politique, 
Fille de l'Intérêt et de l'Ambition, 
Dont naquirent la Fraude et la Séduction. 
Ce monstre ingénieux, en détours si fertile, 
Accablé de soucis, paraît simple et tranquille; 
Ses yeux creux et perçants, ennemis du repos, 
Jamais du doux sommeil n'ont senti les pavots; 
Par ses déguisements, à toute heure elle abuse 
Les regards éblouis de l'Europe confuse: 
Le Mensonge subtil qui conduit ses discours, 
De la Vérité même empruntant le secours, 
Du sceau du Dieu vivant empreint ses impostures, 
Et fait servir le ciel à venger ses injures. 
   A peine la Discorde avait frappé ses yeux, 
Elle court dans ses bras d'un air mystérieux; 
Avec un ris malin la flatte, la caresse; 
Puis prenant tout à coup un ton plein de tristesse: 
« Je ne suis plus, dit-elle, en ces temps bienheureux 
Où les peuples séduits me présentaient leurs voeux, 
Où la crédule Europe, à mon pouvoir soumise, 
Confondait dans mes lois les lois de son Église. 
Je parlais; et soudain les rois humiliés 
Du trône, en frémissant, descendaient à mes pieds; 
Sur la terre, à mon gré, ma voix soufflait les guerres; 
Du haut du Vatican je lançais les tonnerres; 
Je tenais dans mes mains la vie et le trépas; 
Je donnais, j'enlevais, je rendais les États. 
Cet heureux temps n'est plus(11). Le sénat de la France 
Éteint presque en mes mains les foudres que je lance(12);
Plein d'amour pour l'Église, et pour moi plein d'horreur, 
Il ôte aux nations le bandeau de l'erreur(13).
C'est lui qui, le premier, démasquant mon visage, 
Vengea la vérité, dont j'empruntais l'image. 
Que ne puis-je, ô Discorde! ardente à te servir, 
Le séduire lui-même, ou du moins le punir! 
Allons, que tes flambeaux rallument mon tonnerre: 
Commençons par la France à ravager la terre; 
Que le prince et l'État retombent dans nos fers. » 
Elle dit, et soudain s'élance dans les airs. 
   Loin du faste de Rome, et des pompes mondaines, 
Des temples consacrés aux vanités humaines, 
Dont l'appareil superbe impose à l'univers, 
L'humble Religion se cache en des déserts: 
Elle y vit avec Dieu dans une paix profonde; 
Cependant que son nom, profané dans le monde, 
Est le prétexte saint des fureurs des tyrans, 
Le bandeau du vulgaire, et le mépris des grands. 
Souffrir est son destin, bénir est son partage: 
Elle prie en secret pour l'ingrat qui l'outrage; 
Sans ornement, sans art, belle de ses attraits, 
Sa modeste beauté se dérobe à jamais 
Aux hypocrites yeux de la foule importune 
Qui court à ses autels adorer la Fortune(14).
   Son âme pour Henri brillait d'un saint amour; 
Cette fille des cieux sait qu'elle doit un jour, 
Vengeant de ses autels le culte légitime, 
Adopter pour son fils ce héros magnanime: 
Elle l'en croyait digne, et ses ardents soupirs 
Hâtaient cet heureux temps, trop lent pour ses désirs. 
Soudain la Politique et la Discorde impie 
Surprennent en secret leur auguste ennemie. 
Elle lève à son Dieu ses yeux mouillés de pleurs: 
Son Dieu, pour l'éprouver, la livre à leurs fureurs. 
Ces monstres, dont toujours elle a souffert l'injure, 
De ses voiles sacrés couvrent leur tête impure, 
Prennent ses vêtements respectés des humains, 
Et courent dans Paris accomplir leurs desseins. 
D'un air insinuant, l'adroite Politique 
Se glisse au vaste sein de la Sorbonne antique; 
C'est là que s'assemblaient ces sages révérés, 
Des vérités du ciel interprètes sacrés, 
Qui, des peuples chrétiens arbitres et modèles, 
A leur culte attachés, à leur prince fidèles, 
Conservaient jusqu'alors une mâle vigueur, 
Toujours impénétrable aux flèches de l'erreur. 
Qu'il est peu de vertus qui résistent sans cesse! 
Du monstre déguisé la voix enchanteresse 
Ébranle leurs esprits par ses discours flatteurs. 
Aux plus ambitieux elle offre des grandeurs; 
Par l'éclat d'une mitre elle éblouit leur vue: 
De l'avare en secret la voix lui fut vendue; 
Par un éloge adroit le savant enchanté, 
Pour prix d'un vain encens trahit la vérité; 
Menacé par sa voix, le faible s'intimide. 
   On s'assemble en tumulte, en tumulte on décide. 
Parmi les cris confus, la dispute, et le bruit, 
De ces lieux, en pleurant, la Vérité s'enfuit. 
Alors au nom de tous un des vieillards s'écrie: 
« L'Église fait les rois, les absout, les châtie; 
En nous est cette Église, en nous seuls est sa loi: 
Nous réprouvons Valois, il n'est plus notre roi. 
Serments(15) jadis sacrés, nous brisons votre chaîne! » 
   A peine a-t-il parlé, la Discorde inhumaine 
Trace en lettres de sang ce décret odieux. 
Chacun jure par elle, et signe sous ses yeux(16).
Soudain elle s'envole, et d'église en église 
Annonce aux factieux cette grande entreprise; 
Sous l'habit d'Augustin, sous le froc de François, 
Dans les cloîtres sacrés fait entendre sa voix; 
Elle appelle à grands cris tous ces spectres austères, 
De leur joug rigoureux esclaves volontaires. 
« De la Religion reconnaissez les traits, 
Dit-elle, et du Très Haut vengez les intérêts. 
C'est moi qui viens à vous, c'est moi qui vous appelle. 
Ce fer, qui dans mes mains à vos yeux étincelle, 
Ce glaive redoutable à nos fiers ennemis, 
Par la main de Dieu même en la mienne est remis. 
Il est temps de sortir de l'ombre de vos temples: 
Allez d'un zèle saint répandre les exemples; 
Apprenez aux Français, incertains de leur foi, 
Que c'est servir leur Dieu que d'immoler leur roi. 
Songez que de Lévi la famille sacrée(17),
Du ministère saint par Dieu même honorée(18),
Mérita cet honneur en portant à l'autel 
Des mains teintes du sang des enfants d'Israël. 
Que dis-je? où sont ces temps, où sont ces jours prospères, 
Où j'ai vu les Français massacrés par leurs frères? 
C'était vous, prêtres saints, qui conduisiez leurs bras; 
Coligny par vous seul a reçu le trépas. 
J'ai nagé dans le sang; que le sang coule encore 
Montrez-vous, inspirez ce peuple qui m'adore! 
   Le monstre au même instant donne à tous le signal; 
Tous sont empoisonnés de son venin fatal; 
Il conduit dans Paris leur marche solennelle; 
L'étendard(19) de la croix flottait au milieu d'elle. 
Ils chantent; et leurs cris, dévots et furieux, 
Semblent à leur révolte associer les cieux. 
On les entend mêler, dans leurs voeux fanatiques, 
Les imprécations aux prières publiques. 
Prêtres audacieux, imbéciles soldats, 
Du sabre et de l'épée ils ont chargé leurs bras; 
Une lourde cuirasse a couvert leur cilice. 
Dans les murs de Paris cette infâme milice 
Suit, au milieu des flots d'un peuple impétueux, 
Le Dieu, ce Dieu de paix, qu'on porte devant eux. 
   Mayenne, qui de loin voit leur folle entreprise, 
La méprise en secret, et tout haut l'autorise; 
Il sait combien le peuple, avec soumission, 
Confond le fanatisme et la religion; 
Il connaît ce grand art, aux princes nécessaire, 
De nourrir la faiblesse et l'erreur du vulgaire. 
A ce pieux scandale enfin il applaudit; 
Le sage s'en indigne, et le soldat en rit. 
Mais le peuple excité jusques aux cieux envoie 
Des cris d'emportement, d'espérance, et de joie; 
Et comme à son audace a succédé la peur, 
La crainte en un moment fait place à la fureur. 
Ainsi l'ange des mers, sur le sein d'Amphitrite, 
Calme à son gré les flots, à son gré les irrite. 
La Discorde a choisi seize(20) séditieux, 
Signalés par le crime entre les factieux. 
Ministres insolents de leur reine nouvelle, 
Sur son char tout sanglant ils montent avec elle; 
L'Orgueil, la Trahison, la Fureur, le Trépas, 
Dans des ruisseaux de sang marchent devant leurs pas. 
Nés dans l'obscurité, nourris dans la bassesse, 
Leur haine pour les rois leur tient lieu de noblesse; 
Et jusque sous le dais par le peuple portés, 
Mayenne, en frémissant, les voit à ses côtés: 
Des jeux de la Discorde ordinaires caprices, 
Qui souvent rend égaux ceux qu'elle rend complices(21).
Ainsi, lorsque les vents, fougueux tyrans des eaux(22),
De la Seine ou du Rhône ont soulevé les flots, 
Le limon croupissant dans leurs grottes profondes 
S'élève, en bouillonnant, sur la face des ondes; 
Ainsi, dans les fureurs de ces embrasements 
Qui changent les cités en de funestes champs, 
Le fer, l'airain, le plomb, que les feux amollissent, 
Se mêlent dans la flamme à l'or qu'ils obscurcissent. 
   Dans ces jours de tumulte et de sédition, 
Thémis résistait seule à la contagion; 
La soif de s'agrandir, la crainte, l'espérance, 
Rien n'avait dans ses mains fait pencher sa balance; 
Son temple était sans tache, et la simple Équité 
Auprès d'elle, en fuyant, cherchait sa sûreté. 
   Il était dans ce temple un sénat vénérable, 
Propice à l'innocence, au crime redoutable, 
Qui, des lois de son prince et l'organe et l'appui, 
Marchait d'un pas égal entre son peuple et lui. 
Dans l'équité des rois sa juste confiance 
Souvent porte à leurs pieds les plaintes de la France: 
Le seul bien de l'État fait son ambition; 
Il hait la tyrannie et la rébellion; 
Toujours plein de respect, toujours plein de courage, 
De la soumission distingue l'esclavage; 
Et, pour nos libertés toujours prompt à s'armer, 
Connaît Rome, l'honore, et la sait réprimer(23).
   Des tyrans de la Ligue une affreuse cohorte 
Du temple de Thémis environne la porte: 
Bussi les conduisait; ce vil gladiateur, 
Monté par son audace à ce coupable honneur, 
Entre, et parle en ces mots à l'auguste assemblée 
Par qui des citoyens la fortune est réglée: 
« Mercenaires appuis d'un dédale de lois, 
Plébéiens, qui pensez être tuteurs des rois, 
Lâches, qui dans le trouble et parmi les cabales 
Mettez l'honneur honteux de vos grandeurs vénales; 
Timides dans la guerre, et tyrans dans la paix, 
Obéissez au peuple, écoutez ses décrets. 
Il fut des citoyens avant qu'il fût des maîtres. 
Nous rentrons dans les droits qu'ont perdus nos ancêtres. 
Ce peuple fut longtemps par vous-même abusé; 
Il s'est lassé du sceptre, et le sceptre est brisé(24).
Effacez ces grands noms qui vous gênaient sans doute, 
Ces mots de plein pouvoir, qu'on hait et qu'on redoute: 
Jugez au nom du peuple; et tenez au sénat, 
Non la place du roi, mais celle de l'État: 
Imitez la Sorbonne, ou craignez ma vengeance. 
   Le sénat répondit par un noble silence. 
Tels, dans les murs de Rome abattus et brûlants, 
Ces sénateurs courbés sous le fardeau des ans 
Attendaient fièrement, sur leur siège immobiles, 
Les Gaulois et la mort avec des yeux tranquilles. 
Bussi, plein de fureur, et non pas sans effroi: 
Obéissez, dit-il, tyrans, ou suivez-moi... » 
Alors Harlay se lève, Harlay, ce noble guide, 
Ce chef d'un parlement juste autant qu'intrépide; 
Il se présente aux Seize, il demande des fers, 
Du front dont il aurait condamné ces pervers(25).
On voit auprès de lui les chefs de la justice, 
Brûlant de partager l'honneur de son supplice, 
Victimes de la foi qu'on doit aux souverains, 
Tendre aux fers des tyrans leurs généreuses mains(26).
   Muse, redites-moi ces noms chers à la France; 
Consacrez ces héros qu'opprima la licence, 
Le vertueux de Thou(27), Molé, Scarron, Bayeul, 
Potier, cet homme juste, et vous, jeune Longueil, 
Vous en qui, pour hâter vos belles destinées, 
L'esprit et la vertu devançaient les années. 
Tout le sénat enfin, par les Seize enchaîné, 
A travers un vil peuple en triomphe est mené 
Dans cet affreux château(28), palais de la vengeance, 
Qui renferme souvent le crime et l'innocence(29).
Ainsi ces factieux ont changé tout l'État; 
La Sorbonne est tombée, il n'est plus de sénat... 
Mais pourquoi ce concours et ces cris lamentables? 
Pourquoi ces instruments de la mort des coupables? 
Qui sont ces magistrats que la main d'un bourreau, 
Par l'ordre des tyrans, précipite au tombeau? 
Les vertus dans Paris ont le destin des crimes. 
Brisson, Larcher, Tardif(30), honorables victimes, 
Vous n'êtes point flétris par ce honteux trépas: 
Mânes trop généreux, vous n'en rougissez pas(31);
Vos noms toujours fameux vivront dans la mémoire; 
Et qui meurt pour son roi meurt toujours avec gloire(32).
   Cependant la Discorde, au milieu des mutins, 
S'applaudit du succès de ses affreux desseins: 
D'un air fier et content, sa cruauté tranquille 
Contemple les effets de la guerre civile; 
Dans ces murs tout sanglants, des peuples malheureux 
Unis contre leur prince, et divisés entre eux, 
Jouets infortunés des fureurs intestines, 
De leur triste patrie avançant les ruines; 
Le tumulte au dedans, le péril au dehors, 
Et partout le débris, le carnage, et les morts.

Chant 1. Allons que les flambeaux rallument mon tonnerre...

FIN DU QUATRIÈME CHANT.
 

VARIANTES

DU CHANT QUATRIÈME.

Vers 13.  Édition de 1723:
 

Nemours, d'Aumale, Elbeuf, et Villars, et Brissac,
La Châtre, Bois-Dauphin, Saint-Paul, et Canillac.

Dans l'édition de 1728, le premier de ces deux vers est tel qu'on le lit aujourd'hui. Le second est ainsi:

Elbeuf et Bois-Dauphin, Boufflers et Canillac.

Vers 18. Après ce vers, il y avait dans les premières éditions:
 

Soudain, pareil au feu dont l'éclat fend la nue,
Henri vole à Paris d'une course imprévue;
La fureur dans les yeux et la mort dans les mains,
Il arrive, il combat, il change les destins;
Il met d'Aumale en fuite, il fait tomber Saveuse:
Vers son indigne cloître on voit s'enfuir Joyeuse.
   Boufflers, où courez-vous, trop jeune audacieux?
Ne cherchez point la mort qui s'avance à vos yeux;
Respectez de Henri la valeur invincible.
Mais il tombe déjà sous cette main terrible;
Ses beaux yeux sont noyés dans l'ombre du trépas,
Et son sang qui la couvre efface ses appas
*Telle une tendre fleur, qu'un matin voit éclore
*Des baisers du Zéphire et des pleurs de l'Aurore,
Tombe aux premiers efforts de l'orage et des vents,
Dont le souffle ennemi vient ravager nos champs.
   C'est en vain que Mayenne arrête sur ces rives
De ses soldats tremblants les troupes fugitives;
C'est en vain que sa voix les rappelle aux combats:
*La voix du grand Henri précipite leurs pas;
*De son front menaçant la terreur les renverse:
La fureur les a joints, la crainte les disperse;
Et Mayenne, avec eux dans leur fuite emporté,
Suit bientôt dans Paris ce peuple épouvanté.
Henri sait profiter de ce grand avantage.

L'édition de 1728 offre quelques variantes de cette version. C'est, au reste, en 1730 que ce passage fut supprimé. Voltaire a dit ce qui l'avait porté à faire cette suppression (Voyez Idée de la Henriade). La comparaison: Telle une tendre fleur, etc., a été reportée dans le chant III, vers 215 et suiv. (B.)

Vers 27. J'ai suivi le texte adopté par Palissot, qui est aussi celui des éditions de 1728, 1729, 1730, 1732, 1733, 1734, 1737, 1746, 1748, 1751, 1752, 1756, 1764, 1768, 1774, 1775. On lit dans les éditions de Kehl et les réimpressions faites depuis:

Et plongea dans le sein de la France éplorée. (B.)

Vers 49. Éditions de 1728 à 1764:

Dans un de ces combats, de sa gloire enivré.

Le vers actuel est dans l'édition de 1768.
 

Vers 121. Les éditions antérieures à 1728 portent:

Du moment qu'on diffère il connaît tout le prix.

Vers 133.  Édition de 1723:

Que feras-tu, Mayenne?

Vers 140:

. . . . . . . .Nul ne veut se défendre, etc.

Après ce vers, l'édition de 1723 met les quatre suivants:
 

Où sont ces grands guerriers, ces fiers soutiens des lois,
Ces ligueurs redoutés qui font trembler les rois?
Paris n'a dans son sein que de lâches complices,
Qu'a déjà fait pâlir la crainte des supplices:
Tant le faible vulgaire, etc

.
Vers 168. Édition de 1723:

Que le Tibre enrichit du tribut de ses ondes.

Vers 177. Éditions de 1723 à 1764:

Elle a su sous son joug.

Vers 186. Édition de 1723:
 

Le sceptre et l'encensoir,
C'est de là que le Dieu qui pour nous voulut naître
S'explique aux nations par la voix du grand-prêtre;
Là, son premier disciple, avec la Vérité,
Conduisit la Candeur et la Simplicité;
Mais Rome avait perdu sa trace apostolique.
   Alors au Vatican régnait la Politique,
Fille de l'Intérêt, etc.

Et en note, on lisait: « On a mis exprès ce mot alors, afin de fermer la bouche aux malintentionnés, qui pourraient dire qu'on a manqué de respect à la Cour de Rome.
« Cette fiction de la Politique, qui se joint à la Discorde et qui emprunte les habits de la Religion, ne signifie autre chose que les intrigues des Espagnols et des ligueurs auprès du pape; il n'y a presque personne en Europe qui ne sache que leurs artifices engagèrent la cour de Rome à se déclarer contre la France. Le pape peut être considéré comme le chef de l'Église; alors on ne peut avoir qu'un respect sans bornes pour la sainteté de son caractère, et une soumission profonde pour ses décisions; mais comme prince temporel, il a des intérêts temporels à ménager; c'est un prince qui a besoin de politique pour faire la guerre et la paix. Ainsi Sixte-Quint donna de l'argent à la Ligue, et Grégoire XIV lui donna aussi de l'argent et des troupes. »

Vers 208. Il y avait dans les éditions de Londres:
 

Sous des dehors plus doux la cour cacha ses crimes?
La décence y régna, le conclave eut ses lois;
La vertu la plus pure y régna quelquefois;
Des Ursins dans nos jours a mérité des temples;
Mais d'un tel souverain la terre a peu d'exemples,
Et l'Église a compté, depuis plus de mille ans,
Peu de pasteurs sans tache, et beaucoup de tyrans.
Sixte alors était roi, etc.

La suppression est de 1730; mais dans les éditions de 1733 et 1734, on avait mis en note: « Les amis de l'auteur savent qu'il retrancha ces vers parce que la suite de la vie de ce des Ursins, pape sous le nom de Benoît III, fit voir que c'était moins un saint qu'un homme faible, incapable du pontificat et du trône, et gouverné par des ministres qui ont été l'objet de la haine des Romains. » (B.)

Vers 231. Les éditions antérieures à 1737 portent:

Par cent déguisements.

Vers 233. Dans l'édition de 1748 et dans les précédentes, on lisait:
 

Toujours l'autorité lui prête un prompt secours.
Le mensonge subtil règne en tous ses discours;
Et, pour mieux déguiser son artifice extrême,
Elle emprunte la voix de la vérité même.

Vers 259. Édition de 1723:
 

Allons, qu'à tes flambeaux je rallume ma foudre;
Que le trône français tombe réduit en poudre;
Que nos poisons unis infectent l'univers.

Vers 263. Dans les premières éditions, on lisait:
 

Ces monstres à l'instant pénètrent un asile
Où la Religion, solitaire, tranquille,
Sans pompe, sans éclat, belle de sa beauté,
Passait, dans la prière et dans l'humilité,
Des jours qu'elle dérobe à la foule importune
Qui court à ses autels encenser la Fortune.
Son âme pour Henri, etc.

Vers 276. Dans quelques éditions anciennes, on lit, comme on l'a vu:

Qui court à ses autels encenser la Fortune.

Vers 284. Les premières éditions portent:
 

Surprennent en secret leur auguste ennemie;
Sur son modeste front, sur ses charmes divins,
Ils portent sans frémir leurs sacrilèges mains,
Prennent ses vêtements, et, fiers de cette injure,
De ses voiles sacrés ornent leur tête impure:
C'en est fait, et déjà leurs malignes fureurs
Dans Paris éperdu vont changer tous les coeurs.
D'un air insinuant l'adroite Politique
Pénètre au vaste sein de la Sorbonne antique:
Elle y voit à grands flots accourir ces docteurs,
De la vérité sainte éclairés défenseurs,
Qui des peuples chrétiens, etc.

Et dans une édition de Londres, au lieu du dernier vers,

De leurs faux arguments obstinés défenseurs.

Sur le vers:

Pénètre au vaste sein de la Sorbonne antique,

l'édition de 1723 contient cette note: « On sait que soixante-douze docteurs de la Faculté de théologie de Paris donnèrent un décret par lequel les sujets étaient relevés du serment de fidélité envers le roi. »  Cette note fut supprimée en 1730, et remplacée par celle qui est page 117. (B.)

Vers 299.  Toutes les éditions du vivant de l'auteur que j'ai vues portent:

Qu'il est peu de vertu qui résiste sans cesse!

Vers 311. Au lieu de ce vers et des sept qui suivent, il y a dans les premières éditions:
 

On brise les liens de cette obéissance
Qu'aux enfants des Capets avait jurée la France.
La Discorde aussitôt, de sa cruelle main,
Trace en lettres de sang ce décret inhumain.
Soudain elle s'envole, etc.

Vers 334 Édition de 1723:

Que d'attaquer leur roi.

Vers 345 Édition de 1723:
 

Le monstre au même instant leur donne le signal,
Et marche en déployant son étendard fatal.
   Ils le suivent en foule, et remplis de sa rage,
Dans leur zèle insensé ces reclus furieux
Pensent à leur révolte associer les cieux;
On les entend mêler, etc.

Il y a, comme on voit, un vers sans rime. Ce vers manque aussi dans l'édition de 1724.
Dans l'édition de 1728, on lit:

Venez... » Au même instant il donne le signal.

A ce seul mot près, le passage est, en 1728, tel qu'il est actuellement et depuis 1730.

Vers 355 Édition de 1723:
 

D'une lourde cuirasse il couvre leurs cilices.
Dans les murs de Paris ces indignes milices
Suivent parmi les flots d'un peuple impétueux.

Vers 371. Édition de 1723:

Ainsi le dieu des vents.

Vers 399. Dans les éditions antérieures à 1768, on lit:
 

Il est dans ce saint temple. . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Marche d'un pas égal, etc.

Vers 411. Les éditions antérieures à 1730 portent:
 

De ces seize tyrans l'insolente cohorte
Du temple de Thémis environne la porte.
On voyait à leur tête un vil gladiateur,
*Monté par son audace à ce coupable honneur.
Il s'avance au milieu de l'auguste assemblée
*Par qui des citoyens la fortune est réglée:
« Magistrats, leur dit-il, qui tenez au sénat,
Non la place du roi, mais celle de l'État,
Le peuple, assez longtemps opprimé par vous-mêmes,
Vous instruit par ma voix de ses ordres suprêmes.
Las du joug des Capets qui l'ont tyrannisé,
Il leur ôte un pouvoir dont ils ont abusé:
Je vous défends ici d'oser les reconnaître;
Songez que désormais le peuple est votre maître;
Obéissez... » Ces mots, prononcés fièrement,
Portent dans les esprits un juste étonnement.
Le sénat, indigné d'une telle insolence,
Ne pouvant la punir, garde un noble silence.
La Ligue audacieuse en frémit de fureur;
Elle avait tout séduit, hors ce sénat vengeur.
Cette fermeté rare est pour elle un outrage;
Le grand Harlay surtout est l'objet de sa rage:
Cet organe des lois, si terrible aux pervers,
Par ceux qu'il doit punir se voit chargé de fers.
On voit auprès de lui, etc.

L'édition de 1723 contient en note le nom du vil gladiateur: « Il s'appelait Bussi-Le-Clerc. »

Vers 450. L'édition de 1723 porte:

Amelot, Blancménil, et vous, jeune Longueil;

et, dans les remarques à la fin du poème, on lisait cette phrase: « On ne connaît rien d'Amelot, sinon qu'il était conseiller en cette année, et de la maison de robe qui porte son nom. »

Vers 452.  Ce vers et le précédent manquent dans les éditions de 1723 et 1724, où il y a ainsi quatre rimes masculines de suite. On lit dans l'édition de 1728:
 

Amelot, Blancménil, et vous, jeune Longueil,
De qui le rare esprit tient lieu d'expérience,
Et dont l'âme intrépide égala la prudence.

La version actuelle est de 1730.

Vers 456. Édition de 1723:

Qui renferma souvent...

Vers 459. Au lieu de ce vers et du suivant, on lisait avant 1730:
 

En est-ce assez enfin pour leur rage insolente?
Ciel! ô ciel! quel objet à mes yeux se présente?

 

 

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